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Full text of "Les comédies;"

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^^«M- LES 



COMEDIES 



DE 



TEREN^E 

madame' DACIER 

A V F. C 

DES NOTES jFRANCOISBS AUXQUELLES ON EH 

A AJOUTE d'allemandes, POUR CE QJ'I CONCERNE 

LES PROV^EREES, GALLICISMES, IDIOTISMES, ET AUTRES 

1' H RAS E S L E S PLUS DIFFICILES, EN V A J O U TA N T U N E 

GRANDE QJJANTITE DE GRAMMATICALES. 

LE ^ 

TOUT DANS L'INTENTION D'ETRE UTILE 

A LA 

NOBLE NATION GERMANIQUE 

P AR 

FRANÇOIS JAQLIES TH0L0SAN, 

'ei> devant P, P, de cette même Langue dans les ColI« HT. de 

Brandebourg . Baïreith , Géra et Saxe-Weimar: Enfeignant 

préfentement publiquement cette Langue dans la ce'kbrc 

Univerfitc de Halle. 



TROISIEME EDITION ^^f?^ 
CORRIGEE EXACTEMENT 



Avec Piivîlege de Sa Maj. le Roi de Pologne ethlcileur de Saxe. 




A L E I P S l C 
^IfEZ LFS H£R11JFKS LANCKISCH, 17^9. 



SON EXCELLENCE 

MONSEIGNEUR 

LE COMTE 
DE 

G T T E R, 

MINISTRE D'ETAT ET DE GUERRE PRIVE, 
DIRECTEUR DU GRAND DIRECTOIRE 

DE MEMECLUE 

I)IR€CTEUR ^E>,ERAL DES POSTES 

DE 

SA MAJESTE LE ROI^ 

CHEVALIER DE l'oRDUE DE l'aiGLE NOIRE 

ET SEJGNEUK HEKED1TAIRE, JUSTICIER 

ET FEODAL DE MOLTZDORKF, 

NLU-GOTTEn, ETC. ETC. 



f • 



MONSEIGNEUR, 




eft^ j'en tombe ingénû- 
■^ ment d'accord, faire à 

VOTRE EXCELLENCE UH 

très chétif préfent, que d'ofcr s'éman- 
ciper de vous offrir, monseigneur, 
un amas de Phrafes et de Réflexions 
"^ 3 Gram- 



Grammaticales. Un ouvrage fcho- 
laftiquc n cfl: giicrc le fait d'un Minif- 
trc d'Etat, confommé en tout ce que 
la plus fine Politique a de plus fubli- 
me. Mais votre excellence, un 
pauvre réfugié, toujours mal-traité de 
la Fortune, ne peut donner que ce que 
cette A\'eugle lui a laiffé. Et comme 
à mon avis, l'ingratitude eft le vice le 
plus abominable, dont Fhomme qui 
tant foit peu fait réfléchir, puifle ja- 
mais fc noircir ; qu'il vous plaife, 
GENEREUX COMTE, agréer gracicu- 
femciit cet hommage public, que 
je prends la hardiefTe de vous préfen- 
terici, monseigneur, de la rccon- 

noif- 



iioi/îàiice la plus jiiftc, la plus vive et 
la plus parfaite qui fat jamais. Veuille 
CET ETRE SUPREME, dont 
tout bien abonde, par fa grâce ineffa- 
ble, préferver, fortifier et conferv^er 

VOTRE EXCELLENCE, jusquà FâgC Ig 

plus recule, dans l'éminent Pofle de 
Difrinaion, où il a plu à NOTRE 
AUGUSTE MONARQUE, Fré- 
déric LE GRAND, de LA placer pour 
le bien de fcs peuples! Je connois 
trop bien, monseigneur, la grandeur 
de votre amc et la bonté de votre 
coeur, pour douter un feul moment, 
que vous ne daigniez, gracieux et 
ILLUSTRE COMTE, mc faite la grâce 

4 dac- 



d'accepter ce petit ouvrage pour une 
preuve irrévocable du profond reP 
pe£t, de l'entière ibumifTion et de la 
vénération fans égale, avec laquelle je 
ferai gloire d'être jusqu'au dernier 
moment de ma vie, 

MONSEIGNEUR, 

DE VOTRE EXCELLENCE, 



de Halle 
dans le Duché de 
Magdebourg le 
18 me d' Avril 
l'An. 1754. 



le trcs-humble, trcs-obéi/Tant 
et tics oblige Serviteur 

F. J, THOLOSAN. 




AVIS, 

MIS A LA TETE DE LA SECONDE EDITION, 

ET ADRESSE 

AUX 

AMATEURS DE LA LANGUE 

FRANÇOISE ET SURTOUT 

A 

CEUX 

DE LA 

NOBLE NATION GERMANIQUE. 

MESSIEURS, 




ouvrage , 



V^e n'eft point par une vaine 
gloire, ni par une deman- 
geaifon outrée de voir mon 
nom au frontifpice de cet 

que je m ' émancipe de vous 
* ç offrir 



AVIS. 

offrir les Comédies de Tcvcncc^ fous une 
autre forme* Un defl'ein plus noble m'anime, 
c'ed, MESSIEURS, celui de contribuer, detoiï^ 
tes mes forces , à votre avancement dans l'é- 
tude d'une langue qui fait une partie effen- 
tielle de Vos études galantes. Trop heureux! 
fi par mes veilles et mes foins , j'ai pu mériter 
Vos bonnes grâces et me rendre digne de Vo- 
tre approbation : je Vous en laiffe les Juges. 
Permettez, s'il Vous plaît, que je dife en peu 
de mots , ce qui m'a porté à donner la préfé- 
rence à mon Auteur. C'eft l'utilité que gé- 
néralement tous Meilleurs les Etrangers en 
peuvent tirer dans le difeours familier. Mais, 
me dira t-on peut-être, n'y a-t-il pas d'autres 
Auteurs , qui furpafTent Tércnce en ce genre de 
ftile ? Peu en vérité , à ce qu'une expérience 
journalière de près de quarante ans, m*a fait 
voir. 



La 



AVIS. 
La mémoire de feu Moniïcur Fàie/on nous 
fera à jamais chère, Télémaque qui eft forti de 
(à plume, eft un excellent livre pour ce qui 
concerne la morale, mais le ftile en eft trop 
poétique, trop fublime, pour l'employer, foit 
dans l'Art Epiftolaire, foit dans le difcours fa- 
milier, et j'ofe même avancer, que c'eft com- 
mencer à rebours et perdre le temps que de 
commencer par-là. 

Selon le goût du fîécle où nous vivons, 
Molière furpaflTe de beaucoup Térence pour 
le jeu de Théâtre 3 lile furpafle même dans 
le iel comique dont la plupart de fes phrafes 
font remplies. Mais l' on ne fauroir non plus 
bazarder de fe fervir de ces mêmes phrafes, 
dans le difcours ordinaire, fans un difcerne- 
ment^ excellent, ou courir risque de fe com- 
mettre un peu. Ajoutons à cela que plu- 
(ieurs comédies de cet Auteur et même les 

nieil- 



*^ AVIS, 

meilleures font en Poëiie j Or il y a peu d'é- 
trangers qui falTent paroître avoir du goût 
pour ce genre de ftile, quoique ce foit k lan- 
gage des Dieux. Enfin les comédies de Mo- 
lière ibnt chères et par conféquent elles ne 
ibnt pas le fait de chacun. Terence au con- 
traire, eii: d'un prix médiocre, à la portée de 
tout le monde et généralement presque toutes 
fes locutions imitables dans le difcours familier. 

Les Notes Allemandes que je me fuis ha- 
zardé d'y joiiv.lic, ne font que dans la vue, 
d aider à l' intelligence et à la mémoire de 
ceux de la A^ob/c Nation Germanique qui défi- 
rent ardemment de parler françois. Il eft 
fort difficile, pour ne pas dire impofiible, à 
un François de Nation, de parvenir à un d 
éminent degré de pcrfedion daçis la Langue 
Allemande, pour s'énoncer noblement et per- 
tinément en tout. Je ne fuis point affez am- 
bitieux, 



AVIS. 4» 

bitieux, pour me flater d' une réudite qui fur- 
pafle de beaucoup mes forces. 

Néanmoins j'efpere en faveur de mon 
zélé pour Mcffieurs les Allemands, qu'ils au- 
ront aflez d'indulgence pour pardonner ce qui 
pourroitm'être échappé par mégarde ou igno- 
rance. Voilà la grâce dont j' ofe les fuplier ! 

On verra dans cette nouvelle édition, de 
combien j'ai augmenté, non feulement les 
phrafes Allemandes, Idiotismes et Gallicif- 
mesj Mais furtout, ce que j'ai fait çà et là, 
pour éclaircir la plupart des difficultés gram- 
maticales, fans m'attâcher à aucune Grammaire 
préférablement à l'autre et éviter par -là tout 
reproche, les exernples prouvant d'eux-mêmes 
fuffifamment la chofe. 

Je ne répéterai point non plus ici ce que 
j'ai déjà allégué dans mon édition des Letti*es 



«I A V î s. 

de feu Mr. de Milleran. Car C\ je voulois 
parler de i'Ortographe en général, il faudroit 
la divifcr en plufieurs parties 3 parler en pre- 
mier lieu, de l'ancienne, et des divers change- 
mens, que par fucceflion des temps, elle a 
été obligée de fubir. Il faudroit encore faire 
mention de TOrtograplie moderne, de la dou- 
teufej en faifant voir ce que Tufàge, ce Tiran 
formidable ! le caprice, le préjugé, l'habitude, 
et Tignorance même, a opéré à cette occa- 
fion. Et enfin ce qu'il y a de plus raifonabîe 
et de mieux fondé à ce fujet, par le fentiment 
même de nos Maîtres ^ lotis /es Do^es Mem- 
bres de r/lcn demie Franç^oife. Une pareille dé- 
duction me meneroit trop loin 3 Elle efl: trop 
ample pour trouver place dans un Avis au Lee* 
teîir comme celui-ci 3 Peut-être qu'un jour, je 
traiterai cette matière à part dans une Difier- 
tation aflez vafte : Et même avec des raifons 
fuffifamment fondées, pour ofer efpcrcr obte- 
nir 



AVIS. 

nir gain de caufe devant le iévere Tribunal 
de la Critique la plus rigoureufe. 

A ce fujet je prends pour mes Défenfeurs 
Mrs. Bouhours, (a) Frain du Tremblay (b) et 
le Laboureur (c), qui en ont déjà parlé de- 
puis long temps, avec une folidité fans égale. 

On verra fuffiianiment par-ià, que je ne 
me fuis nullement émancipé de rien innover, 
niais qu'au contraire je me fiiis foigneufement 
appliqué à fuir avec exactitude, tout ce qui 
pouvoit caufer une équivoque ou occafioner 
un fens contraire. Travaillant donc, pour la 
pureté, netteté et élégance de la Langue, fous 
la direcTiion de fi grands Maîtres, je me flatc 
être hors de tout reproche et à l'abri de toute 

Cri- 

(a) Dans fes Entretiens d'Aride et d'Eugène. Edit, 
d'Amfterd. en 1703. If. Entietien. 

(b) Dans fonTrairc des Langues. Edir. d'Amfîerd. •709. 
{c) Dans Cvn Traité des avantages de Ja Langue 

Françoife i«r Ja Langue Latine. Edir, de Paris en 



t-"^ AVIS. 

Critique tant foit peu raifonable. Quintilien 
dit fort bien : îib, TmoCap.^, Cluae primo dura 

v/fa faut, vfii molliiintur. 

f en Mr. Bierwirth étant décédé depuis 
peu, et ayant même, dès fon vivant, cédé à 
Mrs. les Héritiers Lanckifch de Leipfic, Mar- 
xliands Libraires très célèbres et qui depuis 
un temps immémorable, fe font un vrai plaifir 
de munir de bons livres, le public j je me flate 
par avance que de leur côté , ils employèrent 
tous les Ibins imaginables en tout ce qui re- 
garde rimprefîion de ce livrer et je ne dqute 
nullement, que l'on ne lui donne la préférence 
à plufieurs autres éditions qui ont été impri- 
. mêes ci- de vant,ou qui pourroient Têtre ci-après, 
ce qui pourra m'encourager à donner dans 
peu avec l'aiïîftance de Dieu un autre ouvra- 
ge au public. Fait à Halle dans le Duché de 
Magdebourg le I8me d'Avril 1754. 

-^ # «^ 

LA 




LA 



VIE DE TERENCE 

ECRITE PAR SUETONE. 




ERENCE naquit à Carthage : il fut 
efclave de terentius Luca- 
nus *) Sénateur Romain , qui à 
caufe de Ton efprit non feulement 
le fit élever avec beaucoup de foin, mais 
l'affranchit fort jeune. ") Quelques Auteurs 
ont cru, qu'il avoit été pris en guerre, ^) 
mais **) FENESTELLA prouve fort bien que 

cela 

•) Ge f(it ce Sénateur qui mis en liberté. Ainfi le vé- 
donna à ce Poète le nom de ritable nom de ce Poëte nous 
Jcrence : car ks affranchis eft inconnu, 
porto.enc ordinairement le ^*)L.Fe?;ê/îe//actoitut)des 
mm du maître qui ks avcit plus cxa^s HiUcriens, & des 

plus 

1) 3^n nicfx ntïdn forvîfafd.-j anUt^u^n ijcjî, fonèern 

5l)m and) fcljr jung bic tïrcDl)v;t fd)?neîe. 

2) S)ag cr in C)cm ^riegc trare gcfan^cu rcoiten. 

a 



2- 



LA VIE 



cela ne peut être, puisque Térencc eft né 
après la féconde guerre Punique, ^) & qu'il 
eft mort avant le commencement de la 
troifiême : Et quand même il auroit été pris 
par les Numides ou par les Gétuîiens, **) il 
n' auroit pu tomber entre les mains d'un 
Capitaine Romain, ^) ***) le commerce entre 

les 



plus fav'^ns dans Tantiquitc 
que Kojne ait jamais eu: ii 
vivoit à la fin du règne 
d'Aut^ulte, ou au coinmen- 
cemcnt de celui, de Tibère, 
Il avoit Fait piulicurs ouvra. 
geSjfurtout des Annales, Il 
ne nous rcite rien de lui. 

*) Il y a entre ces deux 
guerres 1' cfpace de cin- 
quante & un an, qui a vu naî- 
tre & mourir Térencc. Nous 
iavons, qu'il clt mort l'an de 
Rome 5c;4. fous le Confulat 
de CiKMUs Cornélius Dola- 
bella & deMarcusFulvius à 
l'âge de 3ç. ans, neuf ans ^ 
avant la troiflême guerre 
Punique, & par conféqucnt 
il croit né l'an 560, huit 
ans après la féconde» 

**) Car depuis la féconde 
jusqu' à la troïfiême guerre 
Punique, il y eut presque 



(oujours une guerre conti- 
nuelle entre ies Carthagi- 
nois & les îy uni ides ou les 
Gotuliens, âr par confcquent, 
Tcrciice auroit pu être pris 
dans quelque rencnntre par 
les troupes de Malinifla Koi 
de Nuiîiidie. - 

***) Ce raifonnemcnt de 
Fen-wlieîla ne me paroît ni 
Julie ni vrai. Il ell bien 
certain, qu'avant la ruine de 
Carthage les Romains n* 
avoient pas un Fort grand 
commerce en Afrique, maiS' 
aufli il ne falloit pas y en 
avoir beaucoup pour avoir 
un elclave comme Térence. 
Apres la féconde guerre Pu- 
nique les Komains n'envo- 
yèrent - ils pas deux ou trois 
fais des AmbalTadeurs à Car- 
thage pour terminer les dif- 
fCrcns qui e'toient entre les 
Car- 



3) S^ku ce nid)f in hk S^ântii mi^ 2îo'mifc^cu S?lD' 



DE TERENCH. 



r 



les Romains & les Afriquains n'ayant com- 
mencé que depuis la ruine de Carthage» "*) 
Ce Poëte étoit fort aimé & fort eilimé des 
premiers de Rome. ') Il vivoit furtout très- 
familierement avec ■^) .s ci pi on l'afri- 

Q^U.\IN ^) & avec LAELIUS. FeNES" 

T E L L A dit que Térence étoit plus vieux 

qu'eux, *^) Cornélius nepos ) foutient, 

a 2 qu'ils 

Carthaginois & les Numides. 
Qn'eft-ce donc qui auroit 
pu empêcfierqu'un Numide 
n'eût vendu à un de ces Ro- 
mains un eiclave qui auroit 
été aux^ Cartliaginois / Il 
ne me paroît rien là d'iin- 
podible, 

*) Ceux qui ont entendu 
ceci du grand Scipion l'A- 
friquain , ih font extrême- 
ment trompés: carTcrence 
n'avoit que dix ans quand 
ce premier Scipfon mourut) 
l'an de Kouje yyo. Il faut 
donc l'entendre du dernier 
Scipion qui étoit fils de Paul 
iEniiie, <k qui ayant été a- 
dopté par le fils du premier 
Scipion, prit le nom de fon 



pcre adoptif. & fut aufîî fur- 
nonmic .^l-ricain, parce- 
qu'ii acheva de ruïiier.Car- 
thagc. Comme le vieux 
Scipion a voit été l'intime 
ami de C. Liîlius, le jeune 
Scipion fut au^î -tvès étroi- 
tement uni avec le tils de ce 
Lalius qui poitoit le même 
liom» 

**) Il a voit raifbn, car ce 
Poëte avuit neuf ans plus 
que Scipion, étant né i'an 
560 ^' Scipion l'an 0^. 
L'âge de Liiius n\iï pas fi 
marqué. 

***) C'eft n liftorien Cor- 
iiélius Népos contemporain 
de Céiar, II avoit fait la 
vie des hommes illultrcs, 



tanc 

5) 53on èencn ?3orne()nit{en tu ?ii:m. 

6) €c gieiig t»ornd)m(ic() fc&c mmwi mit Dcm Scipîo. 

iic Ahicauo uiî]. 



4 LA VIE 

qu'ils êtoient de même âge, & poRcms 
parle de lui en ces termes : pendantque Tcrence 
veut être des plaifirs des Grands, ') & qiCil re- 
cherche leurs louanges Jtatteiifes, pendantqu il 
écoute & qiCil admire la divine voix de Scipion, 
& quil croit que c^ejl un très grand honneur 
pour lui d^. aller foiiper chez *) FURIUS & 
chez LAELIUS ^ & que c* eft pour (on efprit 
qii'on le nime fouvent au thont **) cl' ALBE, 
il fe tronva réduit tout d\in coup à une extrê- 
7ne ***^ pauvreté, ^) qui /' obligea à fuir ie com- 
merce des hommes i ^) & à partir pour fe retirer ' 

au 

tant Grecs que Romains. II **) Scîpîon- ou Lxlius 

avoit fait aufîi trois volumes avoient fans doute là une 

de Chroniques, qui conte- niailon. 
noient une hiitoire de tous 

les temps. Mais tout cela ***) Ce que Porcins dit ici 
s'eft perdu, il ne rclte plus de la pauvreté de Tcrence, 
que XVIT. v'iQS decesHom- elt faux, Ôc le ridicule qu'il 
mes iUiiftres & celle de lui donne, e(t très mal fon- 
Potfipon/ns .-iùticm avec cel- de. Mais ce n'cft pas la vê- 
le de Catou. rite que l'on doit chercher 

dans les railleries & dans 

*) C'eft Turîus PuMius, les inveftives que la pafîîon 

homme de grande q lalitc. fuggcre. 

7) 2ltt bcm 2Jcr(\nii(jen, obcc on bcncn i!u|î6arf«itcn &« 

(iH'rfoÇî.) 

9) t)ctt UmgQng mit Scutcii ju flJe^cn, 



DE TERENCE. 5 

■ au fond de la GRECE, '") // mourut h 
STYMPHALE ville d'MCADIE, &c. Il 
nous refte de lui (ix Comédies. *) Quand 
il vendit aux Ediles la première, ") qui eft 
I'andriene, on voulut qu'il la lût aupara- 
vant à cEciLms. Il alla donc chez lui & 
le trouva à table. '^) On le fit entrer, &: 
comme il étoit fort mal vêtu, '') on lui don- 
na **} près du lit de cEciLms un petit 
a 5 fiege, 

*) Suétone prétend ddnc litis croit fi eftiraé des Ro- 
que l'AiiJriene eft la prc- mainç, quand Térence com- 
miere de toutes les Pièces de mença à paraître., que les 
'Térence, Se celle qui coin- Ediles ne voulurent p..s i'en 
inençi à le faire connoître. rapporter au jugement qu' 
Au lieu qu'en nous difant ils pourroient faire de la 
que Térevce fut obligé de Pièce qa'jl leur vendojt, & 
lire fti première Comédie qu'ils aimèrent mieux la 
à Cécilius, il nous apprend faire examiner pnr Cécilius. 
une particularité remarqua- **) On pourroit s'cton- 
ble, c'eft que le Poëte C^f/- ner que Cécilius qui avoît 

été 

10) Um fîJ) tueif in ©riecficnlanb ^iticin ju 6ege6ctt. 

11) Sencn Q^aumcifîern NR. - - îDi?fcé 3Bovf ifî nue 
gcbrducf)Iicî), roann Don bcn ?{dmifd)cn Q$ciumci5 
(îcrn bje Sicbe i|î , unb feine'J'.ïte^c^ auf aubcre 
ju uppliciren cdaubt; mann olfo m grember an 
cincn 9lat{)8baumeiiler fd)ric()e, fo wu§ ce «é ganj 
ttJeg lûjleii, obcc in bcr Ueberfi^rift eé fo ouébrù» 
rfen: infpecleur des batimcns publics. 

12) ganbci^n bey îifcfK. 

13) î)a «r f«5r fc^(ccî}( s?ncibet war. 



6 LA VIE 

fîege, où il s' afïit & commença à lire. Mais 
il n'eut pas plutôt lu quelques vers, que ce- 
• CIL lus le pria à louper '*) & le fit mettre à 
table près de lui. Après fouper il acheva 
d'entendre cette lecture, & en fut charmé. 

Ses fix Comédies onf^té *) également 
eftimées des Romains, quoique **) volca- 
Tius dans le jugement qu'il en a fait, '') .ait 
dit que ***j i^Hécyre ejl la dernière desfix. 

L'EU- 



êté efclave aufîî bîen que 
lérence. Je 'traitât avec tant 
de iDcprjsj mais il faut le 
Jfcuvenir que Cccilius, ctoit 
alors Fort âge, & que la rc- 
putation qu'il avoit, lui don- 
noit beaucoup d'autorité, & 
le faifc)it aller de pair avec 
tout ce qu'il y avoit déplus 
i;raud à Komc, 

*) Il Icroit difîicile de 
décider à laquelle de ces iîx 
Pièces on devroit donner la 
préléreiice : car clics ont 
chacune des béantes particu- 
lières. XS Andricnne !k_ les 
Âiic/phes uic paroiirent l'em- 



porter pour la beauté âes 
caractères &. pour la pein- 
ture des irœurs: V Eunuque 
& le P h 7 un on pour la viva- 
cité de rintrii'uc, & V Heau- 
tomiiiionniienoî Si VHccyre 
me femblent avoir P avan- 
tage pour la beauté des fen- 
timens, pour les pafTions & 
pout la iîmphcitc & la naï- 
veté du Itiie. 

*^^ C'elt Volcatim Segi- 
ditusPocte fort ancien: ^^'i\^ 
on ne lait pas prccilcmcnt 
en quel tcms il a vécu, 

***) Je ne doute pas que 
ceux qui eut rangé les Pic- 
ces 



14) 35" *">^ î""ï SKJcnbcffcit néif)iôcti. 



' DE TERENCE. f 

L'EiiNuquE *) eut un (l grand fuccès, '^ 
qu'elle fut jouée deux fois en un jour, & 
qu on la p^ya beaucoup mieux qu'aucune '0 
Comédie n'avoit jamais été payée : cat Té- 
rciîce en eut lîuit mille pièces ou deux cens 
écus. **) C'eft pourquoi aufli cette fomane a 
été marquée au titre. Varron préfère 
34 le 



CCS de lêrejtce, & qui les 
ont miles dans un autre or- 
dre que celui du terns, au» 
quel elles avoient été jouées, 
n'ayeut (u.vi ce jugement de 
Vokatius. Ce qu'il dit ici 
de l'/Jccyre, qu'elle cil la der- 
nière des fïx, peut être vrai 
^ certains égards; mais en 
vérité, quand je penfe au 
choix & à la conduite du lu- 
jet, à la beauté dcsfèntimcns, 
& à la vive reprcientation 
des pafïïons, qui font, il na- 
turelles & fi égdlement fou- 
tenues depuis le commence- 
ment jusqu' à la fin, fans 
que rien fc démente ; je ne 
fai, fi on ne doit pas l'égaler 



à celle dont on efl: le plus 

charmé. 

*) C'eft une des plus 
grandes louanges , qu' on 
pouvoit doimer en ce tems- 
ià à une Pièce? car les Co- 
médies n'étoient faites ordi- 
nairement que pour fervir 
deux ou trois Fois pour le 
plus. Et f Eunuque fut 
jouée deux fois en un jour, 
le matin <k le foir : ce qui 
n'étoit peut-être jamais ar- 
rivé à aucune Pièce. 

*^) Ce paffage prouve 
l'antiquité de ces titres, il 
prouve encore oa' ils ne 
font pas venus tout entiers 
jusqucs à nous. 



16) ©ieuv] fo gïucffic^ Dotî {laiUn. 

«7) ^^% wcn fie i?i«l t^îurcï alâ irgsnî) ein«. hm^XU, 



8 LA VIE 

le commencement des Adelphe s à l'original 

de MEN ANDRE. 

C'eft un bruit *) allez public '^) que s ci- 
pion & LA EL lus lui aidoient à compoier, & 
il l'a augmenté lui-même, **) en ne s'en dé- 
fendant que fort légèrement, '^) comme il 
fait dans le Prologue des adelphes : jjonr 
ce que difent ces envieux, que, des premiers de la 
République lui aident à faire ces Pièces , & tra- 
vaillent tous les jours avec lui, bien loin ^°) d^ en 

être 



*) Ce bruit avoit fins 
doute quoique fundeme:!t. 
Sc/pio» àc Lce/iui pouvoient 
lui aider à pdli • fes Pièces, «S: 
lui donner même quelques 
i'ers, qu'ils aif)icnt pris plai- 
fir à comporcr. Peut-être 
même qu'ih lui fcrvoicnt 
beaucoup pour la pureté du 
ftile: car apparonment un 
Africain n'auroit pu écrire 
avec tant de naivetc & de 



politefle dans la Langue des 
Ko mains. 

**) Il cft vrni que dans 
ce Prologue il fait Fort bien 
fa cour à Lxlius ik à Sci* 
pion ; mais dans celui de 
l' fieauto^fimtjrutnenoi il n* 
avoit pas été {i compIbiUiit; 
car il dit que c'eit une ca- 
lomnie; &. il prie les Ko- 
mains de ne pas écouter en 
cette occafioji les contes ^\i% 
m éc ha us. 



i8) S^ iiî en jicmllc^ gcmeincé (ûlltu 6cFûnn{e<?) ©e^ 

19) î)a «r flc^ bc§r»côen nuv o&cnî)in ^)m()ci^ige(• 

20) Bien loin, fo t)i(ï alÔ au lieu, èeçbC Adverb. ait 
(îatt. 



DE TERENCE. 9 

être ojfensé, comme. Us Je r imaginent, il trouve 
quon ne htifauroit domitr une plur grande louan- 
ge, ^'; puisque cejî une marque qu il a r honneur 
de plaire à des perfonnes qui vous plaifmt , Mef- 
fimrs, '& à tout le peuple Rômar,i, ^ qui en paix, 
en guerre & en toutes fortes à' affaires ont rendu 
h la République en général, & à chacun en parti- 
Cîdicr, des jèrvices très tonfidérabks , fans en être 
pour cela plus fers ni plus orgueilleux,^^) 

On pourroit croire pourtant, ^^ qu'il ne 
s'eft (i mal défendu que pour faire pluilir à 
Lailius Ik à Scipion, à qui il favoit bien que 
cela ne déplaifoit pas. Cependant ce bruit 
s'ell accru de plus en plus, ~^) & eft venu jus- 
qu'à notre tems. 

QuiNTUS MEMMius *) dans rOraifon qu'il 
a 5 fit 

%) C ' éfolt apparem- à qui Lucrèce addrefle fôn 
ment le grand père de celui livre, 

21) ^ûU it fcafnr, bûg man thm îm grégcrcé îib 
bfi^legen fou tue» 

22) Dbne (td)barauf cftvaîîcinjubKC'cn/ unî) \M)\\m* 
tl)Hj«r ju n>cr£)en. 

23) C)«nnod) fonntc mon glaui^cn. 

24) 2)icf<é (55enîc&fc h(^i \z ml}t unî) jîic^r ji^gcncm? 



10 LA VIE 

fit pour fa propre défenfe, "0' àk^ Sàpioii 
V Ajnquaïn a emprunté le nom de TERENCE 
pour donner au Théâtre ce qiCil avait -fait chez 
lui en fe diverti IJant. Cornélius nepos dit 
<|u'il lait de bonne part ^'^) *) qu'un premier 
jour de Mars Lœlins étant à fa maifon de cam- 
pagne à pouzzoLES," fut prié par fa femme 
de vouloir fouper de meilleure heure ^^J qu'à 
fon ordinaire, que Lcelms la pria de ne pas 
l'interrompre, & qu'enfin étant allé fort tard 
fe mettre à table, ~^) il avort dit que jamais 
Jl n'avoit travaillé avec plus de plaiiîr & plus 
de fuccès: & ayant été prié de dire ce qu'il 
venoit de faire, ii récita **} ce vers de la 

troi- 

*) Le premier jour de les Pièces de Molière ne 

M rs étoit la ^hz des Da- trouve-t-on pas bien quel- 

ines Koiîitincs : c'eft pour- ques vers que fes amis au- 

quoi eUcs étoient ce jour là roient faits pour lui? ce- 

maîtrcfles dans leurs mai- pendant s' clt - on jiinais 

fons. avilc de dire que ces l'ié- 

ces ne font pas de Moli- 

*^) Cela peut être. Dans cre ? 

25) NB. Çfuf nu %<x<\,i fa^f man \\éVi, la Harangue: 
fcic ôifaitlidjc SlcDC/ C'ie cr ju femer .çis«n«n SSa; 
tOc'tiç^ung ()ieltc. 

a6) ^a§ cr JJon ftcî)rct: ^anb ttJcig. 

27) Adv'crb. jeitigcr. 

28) î>a ec ficî) fc'çr fpaf ju "SifcOe gcfc^f ^^t^C 



DE TERENCE. 



I r 



troifiêmc fcene de l'Acle quatrième de 
I'heautontimorumenos : En bonne fol 
Syriis ni'a fait venir ici fort impertinemment avec 
fcs belles promefcs. Mais *)* saxtp.a eîl: per- 
fbadé que (i Térence avoit eu belbin du fe- 
cour5 de quelqu'un pour Tes Comédies, **) il 
fe feroit bien moips fervi de scipiox & de 
LAELius, qui éroient alors fort jeunes, 
que de c. sulpicius gallus ***) homme 
très favant, & qui le premier avoit £iit jouer 
des Comédies pendant les Jeux Confulaires, 

ou plutôt de **^^) Q^ FABIUS LABEO & 

de 



*) Cet Auteur vivoit 
du tcms de j^u'e Ccfnr. Il 
avoit tait \\n Traité de 
l' antiquité ci i MOfi, Cf /fs 
viei des hommei illuftrci 
On né le conncît aujoiird' 
hui que pi-r ce que les an- 
ciens Grammairiens en ont 

*^) Ce raisonnement de 
Santra ne j)rouve rien. Car 
Jor?qiie Jcrence donna 
i'Andriene l'an de Kome 



avoit l'eTprit excellent, .&.- 
la nîture avoit ralîèmblé 
en kn toutes les vertus ds 
ion père & celles (Su e;rand 
Scipiofi Ion grand -père 
aduptif» 

^î'*) C'eft le même .9///- 
piciui Gallus qui étoit Con- 
ful l'aniice que l'Andciene 
fut jouée. 

■>f^**j C étoit un Iioinme 
d'un très i^rap^ mérite. II 



55^7. à l' âge de 27. ans, ,fiit (^leikar, Fiétcur, Tri- 

icipion en avoit Ig: & à 

cet âge -là il pouvoit tort 

bien être en état d'aider 

Tcrence. Car outre qu'il 

avoit été' élevé par {qw père 

avec un très grand foin , il 



umvir, (Joniul &. Grand 
Fontire. Il commanda les 
Armées iSzs. Romains avec 
luccè.<. Les Annales met- 
tent fon Confulat- à l'an 
de Kome 750, II eut 
pour 



12 



LA VIE 



de *) M« POPiLius, qui avoient tous deux 
été Confuls, & qui étoient tous deux grands 
Poètes. Térence même en délignant ceuK ~^) 
qu'on difoit qui lui avoient aidé, ne marque 
pas de jeunes gens, **) mais des hommes 
faits, puisqu'il dit qii'en paix, eu guerre & en 
toutes fortes cV affaires ils avoient rendu h la Ré- 
publique en général & à chacun en particulier des 
fer vices trcs confidérables. 

Soit qu' il voulût faire cefler le reproche 
qu'on lui failbit de donner les ouvrages des 
autres fous fon nom,^ ou qu'il eût dellein 
d'aller s'inftruire à fonds des coutumes &: 

des 



jt.-iiir CoHegLie M Ouud'im 
Muvcelhiî. Térence n'avoit 
slors que lo. ans, 

*) Ceft C. Popiliiiî La. 
Kiti, qui fut Conlul l'an de 
Kome jgr. avec P. Ae/im 
Ligur. 'lét-eiice avoit alors 
21. ans. 

^*) Cette raiTon de San- 
tra feroit fort bonne, fi 
"léretice avoit dit cela dans 
le Prologue de l'Andriene: 
car il n' y auroit pas eu 



d'apparence, qu'un homme 
de ig. ans eut pu rendre 
à la RcjuiMique des fervi- 
ccs fi confid<'rabfes Mais 
Térence ne le dit qne dins 
le Pro!o»;ue des Adelpijes 
c'ell: à dire dans Je Prolo- 
gue de fa dernière Pièce, 
C'ell: pourquoi le r^ifcm- 
nement de Santra elt faux : 
car Scipion ayant 25. ans, 
quand les Adelphes furent 
ioucs; il avoit pu fcrvir uti- 
lement la Kcpublique ôc les 
particuliers, puisqu'à 1' âjrc 
de 



29) Tcrentius fclOfî, bû « bicjfuigcn fterû&rt 



DE TERENCE. 13 

des moeurs des Grecs, '°) pour les mieux re- 
préienter dans fes Pièces, quoiqu'il en foit, ^'} 
après avoir fait les (ix Comédies que nous 
avons de lui, Se n'ayant pas encore 35'. ans, 
il fortit de Rome , & on ne le vit plus de- 
puis. ^") 

VoLCATius parle de fa mort en ces ter- 
mes: apm que le Pocte Carthaginois eut fait 
fix Comédies, il partit pour aller en A(ie, & 
depuis qu'il fe fut embarqué, on ne le vit plus, 
il mourut dans ce voyage» 

Q. coNSENTius *) dit qu'il mourut 
fur mer à fon retour de Grèce, *') d' où il 

rap- 



de 17. ans il avoit déjà 
donné des marques d' une 
valeur étonnante dans une 
bataille contre Perses Koi 
de Macédoine. 

*) Ce Q. Confentius ou 
Confetius m'eft entièrement 
inconnu. 



**) La plus fongue vie 
n'auroit pas fuffi à Icrcnce 
pour traduire cent huit Co- 
médies. D' ailleurs Mé- 
nandre n'avoif fait en tout 
que cent huit ou cent neuf 
Pièces. Il y a mcmc des 
Auteurs qui ne lui en don- 
nent que cent cinq. 7V- 
vence 



30) 35on hftî @e6râucï)?n unb ©i«cn tcr©ciec^m jîch 
flrun&lid) ju unterricf)tcn« 

SO ©cm fco ivie i^m njcHe. 



14 LA VIE 

rapportoit cent huit Pièces, qu'il avoit tra- 
duites de Ménandre. Les autres afiiircnt 
qu'il mourut en Arcadie dans la ville de 
STYMPHALE fous k Confulat de cn. Cor- 
nélius' DOLAEELLA & dc M. FULVIUS 

NOBiLiOR, 8c qu'il mourut d'une maladie, 
que lui caufa la douleur d'av^oir perdu les Co- 
médies qu'il avoit traduites, & celles quil 
avoit faites lui-même. 

On dit qu'il étoit d'une taille médiocre, 
fort menu, & d un teint fort brun. ''} Il n'eut 
qu'une fille, qui après fa mort fut mariée à un 
Chevalier Romain, 8c à qui il lailïa une niai- 
fon & un jardin de deux arpens fur la voye 
Appienne , ^*) près du Heu qa on appelloit 
VILLA MARTI s. Cc qui fait que je m'étonne 
encore plus de ce quepÔRTius a écrit, ni Sci- 
pon, tii Lœlïm, va Fnrhis, qui étoieiit alors les trois 
plus riches hommes dc Rome & les pins piufans, ne 
lui feruirent de rien, & toute r amitié qnils eurent 

pour 

vence en avoîÉ déjà traduit roit-il pu en rafïportercent 
quatre avant que de quitter huit toutes nouvcijcs? c'eli 
Kome: comment donc su- un conte fait à plaifir. 

33) ©ebr t)raun eon fôeftcîîtc. 

34) Siefcé Gycinpd berocifct, î)rtfl cf;cb^m baô 5Borf, 
voyc, proprie (îcLnMud)t luo!-C«en, jc^o ijl C6 nue 
im Stylo pnctfco proprie, \\\ prela QX>it illl fl^Ûr* 



DE TERENCE. 



ï^ 



pour hiî, ne. te mit pas fcuienient en état d'' avoir 
une petite maifon de louage, ^0 ou un efclave qid 
en revenant des funérailles de fon maître, put au 
moins aller dire en pleurant, ^^) helas mon tnakre 
eft mort! 

Afranius '') le préfère à tous les Poëtes 
comiques, car il dit dans fa Pièce qui a pour 
titre coMPiTALiA, c'eft à dire la tête des 
CARREFOURS, tii ne diras pcrfonne égal à TE- 
RENCE. 

Mais voLCATius ne lui préfère pas feule- 
ment NAEVIUS, PLAUTE & CECILIUS. 11 

lui préfère encore **} licinius» Pour cice- 
RON il loue TER EN CE jusqu'à dire dans fa ***) 
PRAIRIE, & VOUS aiijfi TERENCE dont lejtil^ 

efi 

*) Cet AFranîus étoi't 
lui-même un grand Poète 
qui avoit fait des Tragé- 
dies uc des Coincdies, ik. 
le jugement qu'il fait de 
Tévence^ elt d'autant plus 
confîJérahIe, qu'il ctoit ^on 
contcmj>orain, nuoique plus 
jeune que lui: car Afraiiius 
ne vcmmença à avoir de la 
réputation qu'après la mort 
de Jérence, 



**) C'cft L'duiîis hn- 
ùrex, qui fioriiruit l'an de 
Rome f^4. Je ne fai fi c'é- 
toic le lucme que P, Ucmi- 

Ui Tegula, 



***) Ciccron svcit fait un 
Ouvrage en vers, qu'il avoit 
intitule Leinion-, d'un mot 
Grec, qui fignifîe Pvairie, 
(ans doute parceque com- 
me les prairies font rem- 
plies 

35) (?tn Ikmiû ipauélcin juc 5)îicîf;ç. 
36; îlSçineuD fpr€Cî)çn. 



i6 LA VIE DE TERENCE. 

p/î ftpoii & fi plein de charmei. ") voj.is nom tra- 
daifez & nou^ ^rendez parfaitement Ménandre , & 
vous lui faites parler avec une grâce infime la Laii' 
gne des 'Romains, in faifant un choix très jujle de 
tout ce qît' elle peut avoir de 'plus doux. j. césar 
dit auili de ce Poëte, Toi anjfi DEMI ME- 
N AND RE, tu es mis au nombre des plus grands 
Poètes & avec raifon pour ta pureté de tonjlile. 
Et plût aux Dieux que la douceur de tes Ecrits 
fût accompagnée de la force que demande la Corné' 
die, afinque ton mérite fût égal à celui des Grecs, 
& qiien cela tu ne fiiffes pas fort au de/fous des 
autres: mais cefl-ce qui te manque, TERENCE-^ 
& c'ejî-ce qui fait ma donleur, ^^) 

plies de fleurs différentes, Il paroît qu'il n'y avtiiC Jà 

cet nuvmsze ttoit rempli de que les cloi^es des hommes 

fleurs différentes qui fai- illultrcs, 
foient une agrcable variété. 

37) ScfTcn Stylus fo rein unb t)on«t Qlnmut^ ifï. 

38) 3lUeinc hkÇié Ul)Ut bir , iinb i?«iurfiic(}t Uicinm 
©c^mcrj, ( unD taé bcfiagc \d). ) 






V AN- 




Uandriene 

DE 

T E R E N C E. 



L E 



TITRE OU LA DIDASGALIE. ') 




^ eue- pièce fut jouée pendant la Fêté 
de Cybele , ^) fous les Ediles Cu- 
rules Mûrcus Fulviiis i^ Nlarcus 
Glabrio, ^) par la troupe de Lu- 
dus Attilius Ttirpio , (f de Luc i us Ambivius de Pre- 

riejîe 



i) Ce que les Latins appel- 
îoient Tttre, les Grecs l'appel- 
Joient Didafcalie, c'eft àdire 
aîjeignement^ inftruéîion. 

2) Cette Fête de Cybele 
étoit le cinquième d'Août, & 
l'on prétend qu'elle duroit 
lîx jours, & qu'elle n' étoit 
jamais fans Comcdie, 



3) Les Ediles font nom- 
més ici avant les Confuls, 
parceque c' étoient eux qui 
avoient foin desjeux publics, 
& qui payoientlesComédies. 
Il parle des Ediles que Ton 
appelloit Cttyw/fî , pour les 
diltinguer des Ediles Vie- 
béem, parcequ* étant pris du 
A corps 



L'ANDRÎENÊ 



«^7?!? •*). Fi û ce us. Affranchi de Clan di us fit la Mu* 
Jîque , ou il employa les flûtes égales , droites (^ gau- 
ches ^). ElJe eji toute Greque ^)» Elle fut repre- 
fentée fouslc Coufulat de Marcus MarcelJus (S" de 
Caius Suipitius ^)» 



corps des Sénateurs , ils 
avoient le droit défaire por- 
ter dans les lieux publics un 
lîcge d'y voire,qije l'on appel- 
le fcUam air/ilem: au lieu 
que les Ediles Vhhéem 
ctoient affis au dcfTous avec 
Jes Tribuns fur des bancs ou 
lïéges ordinaires. 

4) C'étoient les Maîtres 
de la Troupe des Comédiens. 

5') Les joueurs de fiùte 
jouoient toujours deux Mû- 
tes à la fois à ces Comédies, 
Celle qu'ils touchoient de la 
main droite , étoit appclle'e 
droite par cette raifon; & 
celle qu'ils touchoient de la 
gauche ctoitappellcej^(r//r/'? 
par conlèquent. La prcmic- 
re n'avoic que peu de trous, 
& rcndoit un lôn grave; la 
gauche en avoit plulîcurs, (k. 
rcndoit un Ion plus clair & 
plus aiç,u, Quand les Mu- 
iiciens jouoient donc de ces 
lieux (lûtes de difFéi-ent l'on, 
on difoit que la Pièce avoit 
cre jouée avec la iiûtei inéga- 
ies, on avec les fiùtes droiêes 



if gaitcheî. Et quami ils 
jouoient de deux Hi^ites de mê- 
me ion, de deux droites ou de 
deux gauches,comme cela ar- 
rivoit fouvent, on difoit que 
la Pièce avoit été jouce avec 
des/lûtes égales droites^ fi c'c- 
toit avec celles du (on grave j 
ou avec des Jlùtes éga/ei gaU" 
cIjcs , fi c'étoit avec les fiûtes 
du Ion aigu. 

6) 11 luffifoit dédire, elU 
efi Greque; les Comédies de 
Terente font toutes ^rc- 
ques, c'clt à dire, qu'il- 
n'-y-a rien des mœurs ni des 
manières des Romains. Dans 
Plante il-y-a des Pièces, qui 
quoique Grequcs ne le fonC 
pourtant pas entièrement: 
il-y-a tics ibuvcnt des choies 
qui font toutes komaincs. 

7) Le premier ell M, Cliv.- 
dius Mnrelhii y îk l'autre C, 
Sulpitriis, qui furent Conluls 
enlerable Tan de Rome 587» 
cent foixantc quatre ans 
avant la naiil'mce de Notre 
Seigneur. Tereuce avoit 
alors vingt fept any. 



PER- 



DE TERENCE, I 

PERSONNAGES 

DE 

LA IMECE. 

Ie Prologue, On appelloic oinll l' A^eur qui ré- 
-J cicoic le Prologue, cétoic ordinairement le 
Maître de la Troupe. 
Simon i père de Pamphile. 
Pamph'ile^ fils de Simon & Amant de GlyceriorN 
Sojie, afîVanclii de Simon^ 
Davus ^ valet de Pamphile. 
Chrcwès , père de Glycérion & de Philumene. 
iJlycerion^ fille de Chrêmes, 
'Cariiiiis y amant de Philumene» 
Byrrhia-t valet de Carinus^ 
Crriofij de F Ile d Andros, 
Dromou f valet de Simon. 
MyfiSy lervanre de Glycérion. 
Lesbia, fa^e- femme, 

Perfonnages muetu 
ArquîIJisy la garde de Glycérion, 
D^;- valets., qui reviennent du marclié avec Si'm'On, 
La fcene ell h Athènes, 

PROLOGUE, 
^) T orsque terence fe mit à travailler ^) pour 
JLi le Théâtre, il croyolt, Meflieurs, qu'il ne 
Al dévoie 

*)Ces premiers mots prou- d' autres Pièces avant l' An- 
vent, que Terence a voit Fait dricnc, 

i) 3" arbeiten ntifinq. Se mettre mit î>cm tarouf 
folgenbcti gcrunclfo rn à f)dO*et oU^mol nnfancicH» 
wnt> 1(1 çin idiotiimus m i>çv ffan|c.pfi1/cn ^pradje; 



4 L'ANDRIENE 

devoit avoir pour but que de faire en, forte que fes 
Pièces pu'iTent vou*; pl.nre & vous divertir^ mais il 

^voic bien qu'il s'eft trompé dans fes efperances: 
car il faut qu'u employé fon tems à f<iire des Pro- 
Icçues, pour répondre aux médif^nces d'un vieux '^) 
rêveur de F'>ëfe qui lui en veut> ^) & nullement 
pour vous expliquer le lujec de fes Comédies. Pré- 
fenremenc, /Vlelliears, voyez^ je vous prie ce que 
ce Poëce & roucc la Cabale trouvent à reprendre. ^) 
Méniiidre a fnc i'Andi'.ene & **) la Périnthiene. 
Qui 1 vu l'une de ces deux pièces, les û vues tou- 
tes deux: car leur fujet fe refTemble tout-a-fair, 
quoique la conduire (5c le iMe en foient furt difFé- 
rens. Terence avoue qu'il a mis dans l'Andriene 
tout ce quM a trouvé dans la Périnthlene, qui 
pouvoir y convenir, & qu'il en a ufé '*) commcd'une 
chofe qu; lui appartenoit, C'eft ce que blâment 
ces hîbiles gens, &: ils ibutiennent, qu'il n'eft pas 
peimis de mêler les Comédies, & d'en fjire de 
deux Greques une Latine, mais en bonne foi en 

faifant 
*) Ce vieux Pocte envieux il a ùit le Prologue de lafe- 
ctoitun Lucùti aviuimy s'il conJe Comédie. 
en Faut oroire Dmiat ; mais 

je neconriois point de PoL-te **) Parcequ'ilintroduifbit 
de ce II un -là. Jccroi p'iitôt une fille de Pc'-inthe, ville de 
que Te-ciirc parie ici i\c Lu- Thrace lur les bords de la 

fciiuLanuvinUs contre leçjuel Propontidc. 

mit cincm ^ar<luf folgcnbcn dativo articull indcfiniti 
obcr, tt>irb té proprie i^ebrûuc^t, v. g. fe mettre a 
tahle. fK() <U %\\d)t fcBfH. 

a) C:inc0 Qltcii tvûumcnbcu ^oetcn , ^ec if)m in Me 
jÇ)aare rpiCI. 

3) Unb fcm (janÇcr 5lnr)ûno ^u (abcln finbeu- 

4) Uiio tag (r Oumit gcOnnDdt. 



DE TERENCE, f 

faifant les entendus, ') ils font bien voir qu'ils n'y 
entendent rien , & ils ne prennent pas garde, qu'en 
blâmant notre Poète ils biàment Névius, Plaute & 
Ennius, qui ont tous fait la même chofe, & de qui 
Terence aime beaucoup mieux*) imiter l'heureufe 
négligence, ^) que Texaâjtude obicure & embarraliée 
de cesMefîieurs. **) Mais enfîi) je les avertis qu'ils 
feront fort bien de fe tenir en repos, & de mettre 
fin à leurs mèdifances , ^) depeurque s'ils conti- 
nuent à nous chagriner, nous ne faiîions enfin voir 
leurs impertinences à tout le monde. Pour vous, ^) 
Meflieurs, nous vous lupplions de nous écouter fa- 
vorablement , & d'examiner cette Pièce, afinque 
vous puiflîez juger ce que vous devez attendre de 
notre Poète, ^) & (1 les Comédies qu'il fera dans la 
fuite, mériteront d'être jouées devant vous, ou fi 
vous les devez plutôt rejetter fans les entendre, 

A 3 L'AN- 

*) ^^gl'gefice efticîpour leufement à certaines règles 
une manière libre, tant clans doit avoir fes bornes; car 
leftile, que dans la difpofi- lorlqu'clle elt pouflce trop 
tion du fujct, (ans i'aHljjettir J.iii, elle prodiMtoii laleclie- 
trop aux retilcs, rcffe ou l' obfcurité & l'em- 

**) Cette exaéb'tufle qui barras, 
confîlte à s'attacher icriipu' 
5) '^KiÀiim, fte ftcb k\W flua bùncfm. 
C) Né;;li^ence ()eitTct oi-r e!n< freçc unb ungcjttjungmc 
(êdliCibart , Aimer hec>ucoup mieux , XQîlt licbec 
IDoHvnvt. ga'licifimis, Pruv. qui bien aime, l^icn châ- 
tie, ircr fiiu ^'inb lieb (jut, î)cr ^ôXt «À Oct» uniev 
b<r Slutbc. 

7) 6nflc ^u lïçen unb i^rm ^Secleumbungen cin €nb< ju 

mai)cn. 

8) 5Saef Sucf) anbdcingt. ' 



6 '^^^'^ # '^O'^S^ 

L'ANDRIENE 
DE 

T E K E N C E. 

» . ■ — "» ■ 

ACTE PREMIER 

SCENE /, 

SIMON. SOSIE. DES VALETS 

qi/i portetu ce que Shion a 'acheté. 

eu marché* 

Si mon. 
jL-lola, vous autres, emportez cela au logis, alu 
■*• -^ lez. Toi, Sofie> demeure, j' ai un mot à te dire.') 
Sojie, *) J'entends, Monfienr, vous voulez mç^ 
recommander, que tout ceci Ibit bien apprêté, i>'' 
cil: - ce pas ? ^) 

*) Terence cxprîmc ad- cjiii vcuîent toujours cnten- 
inirablement par là le cara- dre àcfcmi-njot ik deviner ce 
^ere de ces maîtres-valets 3) qu'un va leur dire. 

ï) 3cî) ^^^<^ ^l'^ f'tt ®ûr{ 5U fi13«n. Apprêter \)i'\^t bCÎ) 
bcncrt .Çiûtcrn, fieifeu j. <S. apprêter un chapeau, 
cincn put fluffteifcn. 

s) 3<^> t>^rlî«^« «fi*' meni.Çerr, 3-)'' itJoBctmic ax\Uii\)c 
"" Un, ba§ biefeé alïcé ( namlid) wa0 bi< nnbern 5;ncd)* 
f< &creitij n)cgn^H^'a uiibbcr Simon aiifbcmîOîarfte 
gefauft bot, ti>ic ber Xitut amiciijcf,) n?ol)l jugc^ 
rid)tct tt)crbt% gdt ? obtr ; nidl)t fo ? obcc au^ : 
■tjl c^ nicî)t ûrt bcm? 

5) Maître valet hciffet propr/c, Dec oberfîc 5înccf)f. 3'l 
^aiibtDcrfcu bibcutct mairre- garçon Dcn Slltgcftl^ 
len , {)ier ab«r j(î eé ironice geHommm/ unD t)«t)cu« 
Ui dni;n uafcmveifen Q)c&ifnt«n« 



L'AXDRIENE DE TEREXCE, 7 

Sîmôn, Non, c'eft autre chofe, 

> Su fie Qu'y- a- c- il de plu?, en quoi le peu d' 
adrefle que j'ai, vous puiilè ccre utile? 

Simon^ Je n'ai pas befoin de ton adrefTe pou? 
r affaire que je médite ma'ntenant j ^) mais j'ai be^ 
foin de cette fidélité & de ce fecrec, que j'ai tou- 
jours remarqués en toi. 

Sojte, J'ai bien de l'impatience de fa voir ce que 
vous voulez, 

Simon» Depuisque *) je t'achetai tout petîe 
enfant, ^) tu Tais avec quelle bonté, avec quelle 
douceur je t' si traité dans ton efclavage, ôc 
parceque tu fervois en honnête gracoii , ') 

A4 ' *) je 

4) 5)cr ©iicl;e tuegcn, &ie iû) jcÇo im (rittne ^a6e. 

5) J^ier i|î per ellipiïn: le temps âUéGeîCJΫn; ê^O fcltl 

6) S^m ift per ellipfîn baé Adverb comparandj, com- 

me unt) ber Articulus unitatis ûuéqelûffcn: 
2)a \d) Mcî) n{d cin gatij fidncé ^inb faufte. 

7) Servir en honnête garçon, clé cin cf)V[ic5cc ^Ctï 

bicnen. 

S^ûéîOerf gracon tt'irb nid)f/reiefîc{)bie.<)crrm 
S^cutfc^cn cinbilben, o.[U\z\t in mz\o fenfu gcncm* 
mcn, fonbcrn cffcrd oud) in bonu ienfu, tviç in 
folgcn Sîebené Slrtctj, aie : 

l) Le Prince Eueenc eft encore garçon, bcr '^\\l^ 
tugenius j(l nod) Icbig. (uni^frOcçrat^cf-) 

ft) îbcp5ïûn|ïen bcifif bui^ïBort garçon ©efefff, 
îiQ man im O^egcntOeil bei) gccmoiern jpnnbtscrfoin 
in foidjem ^erjîanbç Oaé S3oi'{ compagnon kaud^t, 

G£r|on 



g L'ANDRÏENE 

*) Je t'ai affranchi: ce qui efl; la plus grande recom- 
penfe que je pouvois te donner, 

S fie. Cela eft vrai, Monfieur , & je ne l'ai pas 
publié, je vous afiure. 

Simon, Je ne rr.e repeijs ^) pas de T avoir 
fait, 5) 

iyojic'. Je fuis ravi Ç\ j'ai été , ou fi je fuis encore 
aflez heureux pour faire quelque chofe '°) qui vous 
foie agréable ; & je vous ai bien de l' obligation, 

que 

*) Le bon homme remet dans le chara6lere des vieil- 

toujours devant les yeux de lards, qui veulent toujours 

fbn affranchi la fervitude faire fentir la grandeur de 

dont il l'a tiré. Cela clt bien leurs bienfaits. 

rMarchand, 5îaufmannê*î)i«ncr. 

1. Apoticaire, 2lpot{)CC^r;@ef«Ue. 
^ 'chirurgien, 5i)art':€r;@cMIe. 

Çrarçon< Orfevre. ©o(^fd)nli^)té » ©cfeHe. 

j Sculpteur, 33iibi)auer»(*)cfcnc. 

^^Perruquier, ^aiufetunad)çr;@cf«De« 

„ (Tailleur, ©d)ncibcr*@ef«fle. 

Compagnon {cordonnier, ©d)U|îcr.©Cl<ae. 

In malo fenfu , ttjanu folcf;C Epitheta , olé fot« 
gtnbe DabcO jle|)en: 

S) £>ÛÔ verhum fe repentir i(l iitl ^rûnjo'fîfd)»! dUmaX 
Cin v'crbum rcciprociim perionaie, ob CCJ fcf)On'.ni 
2)2UtrcI)en imperfonahter unb reciproce Ç}cbraud)t 
roirD , C{\é\ je me rcpcns, ce rciiet inic^i K» auc^ 
juiucilen adive, ûlé ; iil) bercuc. 

9) d-f? nuet micf) nid)t, fold)cf^ getban ju ^aben, ob«c 

baj^ id) fL>Id)ei> gctban bfibc. 

10) eo (jludlid) bin, l>aè id) <tn?a^ (î)im fan. 



DE TERENCE» 9 

que mon fervîce ne vous aie pss ûéAu* "} Mais ce 
que vous venez de me dire, '^) me fâche extrême- 
ment; car il femble que de me remettre ainfi vos 
bienfaits devant les yeux, c'eft prefque me repro- 
cher que je les ai oubliés* au nom de Dieu dites- 
pioi en un mot '^) ce que vous me voulez. '*)^ 

Simon. C'eft ce que je veux faire: mais premiè- 
rement je t'avertis , que ce mariage , que tu crois 
entièrement conclu, ne l'eft point du tout. 

Sojje, Pourquoi en faites - vous donc ie fem- 
Want? t) 

Simon. Je vais tout te conter d' un bout h l'au- 
tre: '^) par ce moyen tu fauras '^) la vie de mon fils, 
mon deflein , & ce que je veux que tu fafles dans 
cette affaire. '^) Pour commencer il faut donc te 
dire quePamphile étant devenu grand, '^) ii lui fut 
permis de vivre avec un peu plus de liberté, '^) 

A 5 Ce 

II) Unb id) 6û6e (Eucï) ^\i{^nhmb\\é)U\t , bû§ S-ucO 
mcmc ©icnjîe nid)t ïni§faflen \:)aUn. 

î2) iancine njûé 3l)r mir cbcn ^^îia^t (fcil. ^ake.) 

13) @aget mir mit cincm Çffîorte. 

J4) 5Baé 3bc i)oii mir Dcrlangjt. Prov. ce qifi! veut, 
il le veut, xoaû cc fict) in bm ^opf gîfeijty babcç 
blcibt cr. 

f ) îgarum 0«flct if)r cuci) b«nn fo? 

15) 3cl) tvifl biç ûlleé »om QinfaHi) biiJ $um (Snbc cr? 
jâolen. 

16) bbfc()on favoir proprie wiffen bcîJKt; fo tvifb ce 
bod) nietaphorice nud) fur ccfû^rcn gcbrauc()t- 

17) Unb tvaé bu bct) biffer (Sad)e r()un foOfl. 

' 1 8) 3DaO ba ber Pamphilus gré^cc ivorbcn tvar» 
19) ^twrt^ fr«pct îtt (cbcn. 



10 * UANDRTENE 

Ce fut cette liberté qui découvk^ Ton naturel: ^'') 
C3r avant ce!^ comment rauroit-on pu connoître, 
pendant que l'îige, la crainte & les Maîtres le rete^ 
noient? ^') 

Sofie^ Cela cfl vrai. 

Simon. La plupart ^^) des jeunes gens ont tou- 
jours quelque palTion dominante,"^) comme *) d'avoir 
<jes chevaux, des chiens de chafle; "'*] ou **) de 
s'attacher à des iMiilofophes* mais pour lui, il ne 
s' occupoit h aucune de ces chofes plus qu' a l' autre, 

*) Comme Hovace dit dans des jeunes ^/>6^«/«« pour les 

r An roëtique. chevaux- 
Imberbisjuveuii tandem eu- '^*) Car c' e'toit à cet âge- là 

fiode ranoto, que ies(7rfcj s'appliquoient 

Gaudet e(juncanihiii(}ue. à rétuJç de la Philofophie, 

„îc jeune lioiT^me qui n'a ^ qu'ils choifîfToient dans 

„ plus de Goqvcrncur, prend cette profefîion ceux aux- 

3, plailir à avoirdescliioii"; & quels ils voulofent s' stta- 

3, des chevaux. „ Dans les cher- Les Diaîoques de P/^<- 

î^uèei d' Ari/iophajie on voit ton nous iullruifent ^(îci de 

^uflî quelle' étoit la paCHon cette coutunu*. 

20) N^iturel ji«(ct «îlïqcit nuf bie iimcre G)einilt()55a* 
he, ba ()in3egcn tempérament x>on btï îcibcâf 
Conititution gcDiùucfjC wirî?. 

ai) ©a tûê 3iUcr, fo erbamaU^ iyatti obct bie^wgcnbii 
^ci{).ve, bic Ç;ird}t unî) bt{ 2e()rmci|tfi: i^n ncc(; in 
tcc 3"*t l)ît(ten. 

fiî) ©i<J Subllintiva unb Adverbia quantitatis, bk clnoil 
Gcnirivum in plurali tvirfltd) nad) fic()baben/ obcc 
aud) nur ba' untcr ^erfcibcii , crfobcni ein Verbum 

in tertia pei-loiia pluralis. 

«2) ©ic mcifîcn juujjcn îmtî {)Cibin jcbcvjeif cinc ^crr? 

fcf;cnbc 55ctVfrbe. 
5 4) 5jtc^?hi£?fprad)c bcj) btm -Sort chaiïc ifî genau ju 

becbad)tci:. 8prld)t man tciô a lang ûué, fo be» 
I J)Çiu«t (é çjnçn ^a|î(n< tuoviuiun bU Ovcliqutcn 



DE TEIIENGE. il 

& i\ s' âppliquoic à tomes avec modération; j' en 
étais ravi. 

SoJJe. Et avec raifon; car il rf-y-a rien de plus 
utile dans la vie, que la pratique de ce précepte, 

Simon, Voici la manière dont il vivoit. ^^) Il 
avoit **) une complaif^nce extrême pour les gens 
9vec qui il étoit d' ordinaire, il fe donnoit tout a 
€U2(, '"''^j il vouloir tout ce qu'ils vouioient, il ne 

con- 

■*) Ce Proverbe efl fi an- **') Le beau pnrÉrafÉ: que 
cicn , que les Créa ne con- Simon fait de ioi) fijs ! Ce bon 
nrirnint pas {on origine l'ont homme veut fe periuader, Se 
attribue à ^pol/o» . fur le perfiiafier aux autres, que la 
Tcmpie duquel il ctort écrit débauche de fon fils ne ve- 
à "Delpher, di P/reton remar- noit pas de (on naturel cor- 
que fort bien que les pré- rompu; mais de lacomplai- 
miers Philolophes a voient fance ^u'il avoit pour fes 
renfermé toute la Morale amis, 
dans des feiitences de peu 
de mots, 

«incê S'jt'\{\o,t\\ ^cttjnbrt mcrbfit, âuc^ ^aê, fôcdntî 
€in ^riUtnglaé cingifaflct iO, \U ein ©d)ecr»^?3t<f3 
iit'S;>i^t K. îijtrb aUï bac^ a furj ûué(]çfprcd}€n: 
fi) bciivt biefcé ^ort bic ^agb, r^ai^crcp, <îucî> 
fattitlij)c 3^gî5bc"cietuc lubfî ^puntcn- fcrncr bûé 
S^ilbpret, ^ai \na\\ auf bcr ^a^h 9c|"c[;oj]cn, uiib 
cn&lid) bec Oxt, u^o bic ^^^Qb gcbaltcn mirb: in» 
lenln suctaph. Dic gludjt, bni^ îjerjagcn bcr ^-ein* 
be unb b>iô âîac^fegciu Huitres de chaflè, ^ciffm 
Slulîcrn îc. 

SIC) 3" *>««î ifî un^efunb. 
26) 60 pflegic €r jii Icbcrt. 

?7) DJÎit t>cnen cr gcmeinioljc^ umgieuO/ «C UHi \%\\m 
in alK'm iu ©jfoUcn, 



L'ANDRIENE 



contrecilfolt jamais , & jamais ^^) il ne s'eftimoit 
plus que les autres. De cetre manière ^^ ) il n'efl: 
pas diiiicile de s'attirer des louanges fans enyie, & 
de fe faire des amis. 

Sofe^ C'eft entrer fagement dans le monde. *) 
Car au temps où nous lomme?, ^°) comme on dit 
fort bien, la complaifance fait des amis, & la vérité 
attire ia haine, ^') 

Simon, 

*)(;^]anL] '?/>//(??; a parlé de la vérité TofFenfoit: ainfi il 
la complaifancedelonfiis, il -prend of^feûuium, qui n'eifc 



a voiilu parler de cette eom 
plaiJanre honnête, qui elt 
éioii^tiée delaflaterie, & qui 
n'eU point contraire à la vé- 
rité, car autretrient il auroiC 
l'ià né Ion fils au lieu de le 
louer. Mais comme les va- 
lets prennent toujours tout 
du mavaiscôré, ScJ^e fe (èrt 
de cette ncc-ifion puur blâ- 
mer (on fiécle, en diiant que 



propremertt qu'une douceur 
de mœurs, \iOur cottiplaifan^ 
ce^fintevie^ qui ett un vice de 
refprit& du cœur, & qui fe 
rencontrant dans nos amis, 
nous les rend plus dani;e- 
reux que nos ennemis mê- 
mes. Il -y -a plus de fï nèfle 
dans ce pafl^age qu'il ne pa- 
roit d'abord» 



28) |5ie-S5'?bcr&ofunv! bcé adverbir negandi j-imais, bie 
jum crfîcu nacî)^ baé <1n^crc mal t)or (l«^et, jcigt 
cinc Me>*v' qraiTuihHicalifd)e (Ek^aiij an. 

39) 5li'f r^i.iK»:jl'-r. 

30) 5Datf f>c:TÎot tfcifîlirb an(\cfan{icn, inbtc^ïBcff jufre* 
tcn. (ftd) m ^t•^ OBdt fi'()cn ju {*î(f<n.) £tfnn i» 
^cr 3fit tvO'tnne trir Icben. Oblèrva. i) C'c{t 
«or cini'ui îiiriiiitivo t^ebcutot im5ranÇôfîfc()enûQc# 
m.i(; ^lU^ hviif.t, unD ifî cm idiotifinns. 2) Où 
tvirb ôirt relative 0|ciiraud)t an (tatt auquel, dans 
le ijuel oùcr que. iim§ rtlfo DOtl ^C!^ aJverbio in- 
terroii;iruli n>H? njol)! Ui:terfd)lf&i'n rpT^cn. 

^<ini:c juivcse. 



DE TERENCE 13 

Simon, Cependant une certaine femme ^^) de 
Tlle d'Andros vint il -y -a trois ans en cette Vil- 
le* ") & Te logea près de nous. *) Sa pauvreté 
& la négligence de ks parens l'avaient contrainte 
de quitter Ion pais; elle étoit belle &à la fleur de 
fa jeurieflè* 

bojie. Ah! que je crains qUe cette Andriene ne 
vienne nous porter malheur. ^^) 

Simon, ** Au commencement elle étoit fige, & 
vivoit d'une manière dure& laborieufe, gagnant pe- 
titement fa vie à filer^ ^^) & à taire de la tapifl'erie; 
mais depuisqu' il fe fut prélenté des amans '^'^') 
qui lu» promirent de payer fes faveurs, comme 
P efprit eft naturellement porté à quitter la peine 
pour le plaifir, elle ne put le foutenir dans un pas 

fi 

*}. Parceqne fes parens élevée avec une perfonnedC' 

avoient négligé de l'époufer bar.cl ée hors de la dernière 

comme la Loi i'ordonnoit, néceilité. D'abord ciic (ut 

**) Avecqueilebienféance fage. Voilà ion naturel qui 

Jev^Hff'exiulè cette ^/it/r/ff- la portoit à la vertu. Elle fe 

ne pour prévenir toutes les corrompit eiduitc , vaincue 

idées fàchcules qu'on auroiù par la néceffité & par le 

pu =îVoir de Glycêrmi^ qui commerce des jcimes gens, 

devoit ie trouver fille de Deux cbofeségaleuient dan- 

Chremh, & être Femme de getiufespour une jeune per- 

Tamphile j ii elle avoit été i'onne. 

32) (Sine cjcwiffe ^rnu. 

34) \\\\^ tm llnplucF^ufiicjen, ( t)?rurfad)cn ,) môge, 

35) 3nl>^m fie fî'1) fùmmerlid) mit 6pinaen crnûèrte. 

36) 3îad)f)eni ^xà) toerfdjitNne Sie()|)aber «ingcjïçUct 
batfen 

37) î)«-rnacb \«Att ftc fîd) nuf bic ncbci-ljcl)« êeUe. 



14 L'ANDRIENE 

fi gliffant, ^^) Elle fe contenta d'abord '^) d*un 
ou de deux Amans ; mais dans la fuite elle reçut 
chez elle tous ceux qui voulurent y aller. Par ha- 
zard '^°) ceux qui l'aimoient en ce tems-là, com- 
me cela arrive d'ordinaire, '*') y menèrent mon 
fîls. Aullitôt je dis en moi-même, *) le vpilà pris, 
il en tient, "^^ ) j' obfervois le matin leurs valets, 
lorsqu'ils entroienc chez cette femme, ou qu'ils en 
fortoient* je les interrogeois, Hoia, leur difois-je, 
dites- moi, je vous prie^ qui avoir hier les bon- 
nes grâces de Chryfis? '^^) c'eft ainfî qu'elle s'ap- 
pelloit. 

Sojîe. Fort bien. 

Simofî. Tantôt ^) ils me difoient quec'étolc 
Phèdre, tantôt Clinias, & d'autres fois quec'étoic 

Niceratus* 

*) Ce (ont des termes pris des Gladiateurs, 

3^) ^onnte fie fid) 6en cincm fo fd)lijî.\ffcrjjîcn (^îfà^tli* 

6)m ) .Çsanbel nicbt nie()r WDbl t>e(35rtn«<n? errcchrcn» 

GîifTer, gliffant, glidc, fi/lidcrn, oliffcftciT, 

39) D'abord, adverb. onf^îliolid). €é qUH biclcSuh- 
Ihntiva bie crillid) m genitivo , |n><l}tené dativo, 
brittcni? accurarivi) , unb cnMid) Diertrné mit mît 
prapof. adverhialiter gcnoinmcn ttfrbcn» 

40 ) 33cn unqcft'br» 

41) 5Cie (^ qem«iniatid) ju ocfd;eT)nî pfffQf. 

42) (gr iftflcfrtnn«n/ tT bat fcimn 1i)t\i. (timé <ini 
2^cin iH'foinmcii. 

43)5Si'rbcforî (<c(?crn Mcïï3obl0|CWCtVnf)eit ter Chryfis? 
44) NB. Tanh^t mvi> im ;^ran|èfifc^en auf Dret) un» 
fcJ)icblidK ^l'Un (\<^ïan&t- 

1) 5pct^t(St»obin/ niiteinemPerfXompoC^.g. 

Pai étc t?nôt chez vous, 
3cf) bin bcrbui (ny cud) *K»t?cfen. 

2) Spi\(n i^, bcrnad), mit ticm.Fut. Ind, v.g* 
J'irai tantôt clic* lui. 



DE TERENCE* 15 

Niceratus * car ces trois -là l'aimoient en même 
temps. Eh quoi, mes amis, qu'y fit donc Pam- 
phile? Ce q'uil fît? *) il paya Ion écoc ''^) & lou- 
pa avec les outres. J'étois ravi. le les interro- 
geois le lendemiiin de la même maniei'e , & jamais 
je ne découvrais rien de Pamphiîe* Enfin je crus 
que je l'a vois aflez éprouvé, '*^) & quil étoit un 
grand exemple de lagefle. Car lorfqu'un jeune 
homme fréquente des gens de l'humeur de ceux 
qu'il voyoic > & qu'il n'en eft pas moins fl^ge, "^'J i' on 

doit 
*) Ces repas par ccot font èo:i)^ç^ Mais ils n'Ctoicnt 
Tort anciens, comme on le pjs feulement en ufage en 
voit par //owÉ-j-f qui les con- Grèce, ils l'étoient auflî 
noifToir, Se qui en parle dans parmi les juifs, cat Sa/off/on 
Je I. & dans le Xi, Liv. de en parle dans fcs Prorerbei, 
VO^y//ce: on les appelioit, XXIII, 20.21. 

3f^ acerbe f)?rnacl? ju i{)m gc^scn. 
§) ^IBantKé bepbencn Xom.Pron. Adverh Pr:î- 
pof'g?brflud)îun'orepctirttt?irb, fi^l)ei§îcéimS)cut» 
fcïjcii bûlb, halb. v. g. - 

Tantôt Pierre, tantôt Jean. 

S5ûlC) ""IVlrué, &nlï» ^of^^^nneé» 

Tantôt du vin, tan ôt de la bierre. 

S)albaBcin, balb 5£jcr. 

■ bon mauvais, 

— • QHt ■ 60i?. 

moi lui. 

ic^ er. 

• beaucoup peu, 

Diel ttjenic) ïC. 

4Ç ) (?r ^ûblte fcine '^t(i)t. in dilcurfu famiiîarî fm)f 
man, parlez à votre écût , i){lltit taà ?Oîaul, Uù 
î{)r gefrngct roerber. 
4<5) S)a§ Jd) il)» fartfam ouf bte ^ro6e geHcOf. 
47) Unb tDcnn « âlelc^njpl etcn fo «t)tbvu unb Attfam 
()Ui()r* 



i6 /L'ANDRÎENE 

doit être perfuadé, qu'on peut lui laifler la bride 
fur le cou, "^^j & l'abandonner à (a booDe foi Si 
j'étois fort fatisfait de fa conduire, tout le monde 
autlî la lou'oit tout d'une voix, '*^) &: ne parloir que 
de rhon bonheur , d'avoir un fils II bien né. ^°) 
Enfîi), pour le faire court, Chrêmes porté ^') par 
cette bonne réputation, ^^) vint de lui-même 
mV.fFrir fa fille pour Pamphile avec une grofîe dot. ") 
Le parti me plut, '"*) j'accordai mon fils, & nous 
convînmes que le mariage fe feroit ^^) aujourd'hui. 

Scjie. Quel obftacle y- a- 1- il donc, ^^) & pour- 
quoi ne fe fait- il pas? 

SiinQ7i. Tu vas ^'^} l'apprende. ^') Presque 
dans le même temps Chryfis cette voifine meurt, 

Siyjîe. O la bonne affaire, ^^) & que vous me fai- 
tes dc>' plaifir \ J'avois grand' peur de cette Chryfisi 

Siuioïu 

48) .^«? nian ilim feincn frcpcn îBiffcn fûffm fôiine. 
Brides à vaux, finfnlti^^cé Ur(l)eil. Proverbium. 

49) l^olnetî fC'îrf)C ûud) oOe îtwH einfîimmig. 

50) ^incn fi) tvobloejoKnen 6o^n ju {)abcn.. 

51 j J^icr itl baé participiurn étant per elliplîn Wt^^U 

MicbciTi 
5:2) î'er Chrcmcs, Ht burd) bicfen (jUten Stùf bewo* 

ocn tvurbc. 
5'.0 '^^it «»"««» onfebniid)cn .^<i)rrtfb^ (s^ut 

54) (X>fl^ ^(nerCictcn) ber 35orfd)laq «cfici mir. 

55) Ckfd)£ben fcntC/ tjor fid) acften fofite. 

56) 'ÎBae jîcf)t bcnn im 5[8egc?) 5Baé i(î bcnn fût eirt 
JQinbcrniO bnbn). 

5,7) Aller mit bcm Infinitiv'o ntufi jcbcrjÊit mitbcinbcut* 

fdicn fijturo auê(i<bruc!t mcrbetr. 
'>8) 5^u foOft c(^ crfaf)ren. Idiotifmus. 
')9) ^a^ gebt ja ooitrcfflic^. 



DE TERENCE 17 

S'tffion. Lorfqu*elle fut morte, mon fils étoic 
toujours là avec ceux qui l'avoient aimée; avec eux 
il prenoit foin de fes funérailles ; '^^) il étoit quel- 
quefois trifte, quelquefois même il laiflbic couler 
des larmes: cela me fiiloit plaifir, & je dilois en 
moi-même, quoi? pour fi peu de temps qu'il a 
vu cette femme, il a tant de douleur de fa mort ! 
que feroit-il donc, s'il en eût été amoureux? & 
que ne fera-t-il pas pour fon père? Je prenois 
tout cela fimplement pour les marques d'un bon 
naturel, & d'un efprit doux: en un mot, ^') je 
voulus au(H aflîiler à ces funérailles, ^^) pour l* 
amour ^^) de mon fils, ne foupçonnant encore rien 
de mal. 

Sojîe, Ha ! qu'y - a - 1 - il donc ? 

Simon. Tu le fauras. L'on emj)Qrte le corps 
deChryfIs, nous marchons. Cependant entre les 
femmes qui étoient là, j'apper^ois une fille d'une 
beauté, Sofie! 

Sejie, Grande fans doute. 

Simon* *) Ec d'un air fi modefie & fi agréable, 

qu'il 

*) Il faut bien remarquer de cette jeune per{()nne qui 
l'art de Tereuce qui fait <i' doit être fa belle fille. Quel- 
abord louer par le bon hom- le bienféanceî 
me la modeltie & l'airnoble 

60) îcug er fû? xhx îdcf^cnbegSngnié ©orge. 

61) ^1\t einem ÎBorte. 

62) 3^ rooUtc ûud) mit bcp biefem ^eicî)cnîiea^n5« 

nijfe feî)n Afîîfter un malade, un criminel, cineil 

^ranten, cincn armçii ©unDjï, âumïooc tçwim- 

63) 2lué ^m. 



18 L'ANDRIENE 

qu'il ne ie peut rien voir de plus charmant: ^^') & 
parceq'i'eile me parut plus affligée que toutes \e^ 
auTes, qu'elle étoic ulus belle, &i. qu'elle avoit 
Pair plus noble, je m'aj)proch3i des femmes qui 
la fuivoient, & leur demandai qui elle étoit. Elles 
me dirent que c'étoit la foeur de Chryfis. Auflltôc 
cela me frappa; ^') Ho, ho, dis -je en moi-même, 
voilà d'où viennent nos larmes, ^^) voiià le fujctdc 
notre atîidion. 

Sojie. Que j'appréhende la fuite de tout ceci! 

Sinwiî. Le Convoi s'avance, cepi^ndanc nous 
fuivons, & nous arrivons au tombeau; on met le 
corps lur le bûcher, tout le monde lai donne des 
larmes, '^^} & h fœur dont je t'ai parlé, s'approcha 
de la fîaîTjme un peu imprudemment, & même, ^'') 
avec aflez de dini^er. Ce fut alors ^^) que Pam- 
phile demi mort découvrit un amour qu'il -avoit tou- 
jours (i bien caché* Il accoure, & en embrafiant 
cette fille, il s'écrie; Ma chère Giycérion , que 
faites vous? & pourquoi vous allez-vous per- 
dre? '°) Alors fondant eu larmes, elle fe laida aller 

fur 

64) Unb bon cincm fo ft.'tfamm unb angcnct^mni îBc;: 
fen, bai' niditeanmutlrigcrP (^»'f<bcn a>crrcn fann. 

65) GA\. Sih^baiD fcfiofinmi)ac3)l»jtt/ ober, ba \v^r^e 
id) ftcftu ç\frùi)rcr. 

66) (êtebc, ta fommcn unfav î^rôncrt ^(v, bciè ijl 
^lc Uifodif unftrcr >crrùbniiJ. 

6y) ^')Uu Uç\t ^t•^ \:'cib nuf Dm ^Scîjfitcr^aufcn , jcbcv; 
manu bvnj^nu't bufilbc. , 

6?!) (Si) qur. Advcrb. 

69) i'rnverfviim : alors cninmc nlors, tVCnn cé fVfl bU« 
b'n fommt, irirD ce ftl) ivonl fiatxn, 

70) Unb a\uum tvofli il)î (ud) m baé S3«bcibm 



DE TERENCE. 19 

fur lui d'une manière fi pleine de tendrefle, '^') 
qu'il n'étoit que trop aifé '^) de juger que ce n'é- 
toie pas les premières marques qu'elle lui donnoic 
de Ion amour. 

Sojie. *) Que me dites- vous là! 

Simon. Je m'en revms chez moi fort en colore, 
& ayant bien de la peine à me retenir: '^) mais il 
n'-y-ayoit pas a fiez de quoi ^''j le gronder, car 
il m'auroit dit* Qu'ai je fait> mon père? quel 
crime ai -Je commis, & en quoi fuis je c- upahie? 
J'ai **) empêché une perfonne de fe jetcer dans le 
feu, je lui ai fmvé la vie . Que répondre à cela? 
cette excufe efl: honnête '^^) 

Sojie- Vous avez raifon, '^^) car fi vous querellez 

un homme qui aura fauve la vie à quelqu'un , que 

B 2 ferez- 

*) C'eft un adiniratif, & pour la perfonne la plus in- 

non pas un interrogatif, on connue, ce n'tlt donc pa* une 

s'y eil tompé. adion qui mnrque aucun 

**) C'clt ce que tout hom- commerce précédent 78) 
me cit obligé 77 ) de taire 

71) 2(lépen« ijcrfloi? fîc m ^{)rânm , unb fanf ûufcine 
fo jdrtlic()e als^ £iebc0t)oflc 2lrî in (ciue 'ilrmcn. 

72) 3îur uH^n le!c[)t. 

79 ) Unî) fonnfc faum ûii mfd) f)a(t€n, 

74) Urfad)c flfmic;, 

75) ^M (foO man) bûrauf antWDrtt'n ? baê lagtftc^ 

t)Or?n. .Ç)'er i|î devois-je per cllipfin auegelûjfgn* 

76) 3i-»r ()aDt î)î<'d)t. 

77) (Sc(d)cef i(l jeberiiiann nfr6un^ctî. 

7^) 2C*:{d)cbie qcrinqlîc t)orr)ergc(^ûnflcnc@cmeinfd)âft 
ûn^ciqet. êonjî f)eiff€f commerce ber ^onCiel btc 
.■^îauflcutc , un^ mirb in fenfu metaphonco, wic 

«jj in D'.cfcr phrafi gebraudjt, ûuc() vct Otn^'^ruf» 



10 L'ANDRIENE 

ferez» vous à celui qui commettra des violences & 
des injuftices,^ '^^) 

Simon^ Lé lendemain ®°) Chren^èsvint chez moi 
crier que c'étoit une choie bien indigne, qu'on 
avoir découvert quePamj hile avoit éprulé *} cette 
Etrangtre. Je rairûrefoitement qu'il n'en eft rien, 
il me loutient que cela eft. En fin je le lailfe, ^') 
voyant la forte rtlolution, où il étoit, de ne lui 
donner pas ù fille. 

Sojie^ Eh bien, Moniîeur, vous n'allâtes pas fur 
le champ ^) quereller votre fils ? 

Simon. Je ne trouvai pas encore que j'en eufle 
aiïez de iujet» 

Sojîe, Comment donc, je vous prie? ^'^) 

Simon. Il auroit pu me dire h Mon père , vous 
avez marqué vous-même une fin à tous mes plai- 
iirs, & voici le temps qu'il faudra que je vive à la 
fantaifie des autres, ^'*) au nom de Dieu laifl'ez moi 
cependant vivre à la mienne. 

Sojte, 

•) Les Grecs & les Latins Orientaux ; car on trouve 

difoient une Etvavaere pour EtraNgcre en cefèns-là duis 

une CùUYtifaue ; &. je croi les Livres du V^icux Tclta- 

qu'ils avoient pris cela des ment. 

79) î>cr ©cnjalt unb Unrecftf 6c(^c^cn tvirb. 

80) ©en foUicnbcn 2ûa. Adverb, 

81) ©»i6 nicJjté baron ffi), er br^ûuptffc mir, bag c^ 
fln t-fui tvare. (fnblict)litfiid)il)ii (F:ilipr.9e()cn) 

82) ©tc^ïnbee ^uffeé!; ober au(]onMirflid). 

S 3) ÎCie bfnn fo? id^ bitte eud) borum (fcil. mir c5 
<u fnijcn. ) 

S4) Unb t\îè iff bic 3^«t , bû tch nod) nnbcrer if)* 
tcm (p^innf trcrbc Icbcn tî'.ùjTn. î)a^ ffiort 
Fantaifie i(T fonb»lic(^ iii i)cr 9)iuri( sc5dud)lid) ; 



DE TERENCE. sts 

Sojje, Quel fujet pourrez ^ vous donc avoir de iui 
laver la tête ? *') 

S'nnon^ Si l'attachement ^^') qu' il a pour cette 
Etrangère, le porte h refufet de fe marier, ^^} ce 
fera pnur lors qu'il faudra que je me vange de l' in- 
jure qu'il m'aura faite, & préfentement je travail- 
le à le faire donner dans le panneau, en faifant 
ftniblant de le marier: ^^) s'il le refufe, j'aurai un 
jufte fujet de le quereller^ & je ferai d' une pierre 
deux coups ^') car par là j'obligerai ce coquin de 
Davus ^°) à employer, maintenant ^') qu'il ne 
peut me nuire, tout ce qu'il a de ruTes. ^^) Je croi 
qu'ai ne s'y épargnera pas, ^^) & qu'il n'-y-a rie» 
qu'il ne mette en ufage, & cela bien plus pour me 
faire de la peine, que pour faire plaifir à mon fils, 

B 3 Sofw, 

fcod) TOirb <é oucî) junjciîen tjon bm Çrbidifun* 
g;n ber ^^3octen gcfagt. Fantuifies mufquées, nc5r* 
ri[d)e ©eîjancf «n , ùbmriebnct Sigcnfinn in fcnlù 
meta p h» 

85) 23aé fur cine Urfacfte werbff ibr bann f)ab«n H\\^ 
ncu; ibm bcn 5îopf ju tx)afcl}en ? 

8'î) SBenn bie aîeiguiv^. 

87) î)iefe ^eçrûtb abjufd)I<î9cn, i^n <ï«rcij«f. 

88) Unb nun bcraub^ ici raid); ba^ ic5 ibn (Proverh.) 
in bie^ade bringe^ \)<k id) micf) (Iclle/ até woHtt ic^ 
ibn berbe^ratbcn. 

89) Unb rocrbc mit ciné jroeoerleç bcrricÇtcn. Gall. 

90) ûicfcn ©(ftclm, ben Davum. 

91) Maintenant Adverb. jf^o, i(l in difcurfu familiari 
nod) fcl)r gcbrauc^tid), in Itylo epiitolari ob<C ora- 
torio ûber ju gcmem. 

92) ^Qe 2ijî , bie cr nur befîjm mûcj. 

93) ^00 (c nic^t^ baran fparen tvirb» 



32 L*ANDRIENE 

Sojîe, Pourquoi cela ? 

Simon. Pourquoi? parceque c'efl un méchant 
cfprit, qui n les inclinations maudites, ^"^j Si 

pourtant Je m'aperçois qu'il fafle mais à quoi 

bon tant de dilcours? ^') s'il arrive, comme je le 
foulT>ite,que je trouve Pamphile dirpofé à m'ohéïr, 
il n'-y-aura plus qu'à gagner Chrêmes, ^^) & j'elpere 
que j'en viendrai à bout. ^) Prél'entemenc tout 
ce que tu as à faire, c'eft de leur bien perfuader 
que ce mari;igc n'ell pas r;iiliçrie, ^^) d'épouvanter 
D vus, ^^) d' obierver exactement ce que fera mon 
iîls . & de découvrir tout ce qu' ils machineront 
enlemble. '"""j 

Sofie, C ' eft aflez , Monfieur, j ' en aurai foin, 
Allons -nous -en. 

Simon ^ Va, je te fui«J . 

94) Dcr ivrbammfc 9>iaun(<en an ftcf) ^ût 

9> 5iaeiîï itioiu nuljft fo uicleô r«bcn? 

5)6) J^D brauct)l ce TOcitcr nicîjté, oliJ ten Chrêmes jtl 

flfTOinncn. 
97) 3* ^offc ce (jum 3R>fCÎc ju6ringcn) au(?jufri^« 

rni 
^f) jveni ecf)«rj i(î» 

99) î)cni Du vus 6ûn(?c JU mac^Cll. Prendre V épouvante, 
febc erfitrccfetu 

100) 5IQç^ n?at? fi« jufammcn fç(>mjçt)m tvert»cn» 



ACTE 



DE TERENCE, 23 

x\ C T E PREMIER, 
SCENE IL 

Simon. 

Je ne fais point de doute que mon fils ne reRife 
de le marier, ^) & ce qui me le perfuade, "*) 
c'eft l'appréheiifion où j'ai vu Davus, Iorsqu'iln\'a 
ouï dire, que ce mariage le feroic. Mais le voiiâ 
qui fort du logis. ^) 

ACTE PREMIER, 
SCENE ÏIL 

DAVUS. SIMON. 

Daviis. 
e m'étomioîs bien que cela fe paffàt ainfi, ^} & j'as 



J 



toujours appréhendé à quoi aboutiroit **; cette 
grande douceur qu'afft:doic notre vieux Mail e, ^) 
qui après avoir fu ^) que Chrêmes ne vouloit plus 

B 4 de 

*) Cela ne s' eft point pa{^ en revenant du marché, & 

fé fur le Théâtre, il faut donc qu'il lui avoit dit le (IcfTein 

luppolèr que le bon homme qu'il avoit de marier A^w- 

Simon avoit trouvé Davm phiie^ 

f) 2î^^''<*'î^9«i*f«i«f"3*^^«if«l/f^tt)erbe meint^^o^n tic 

y>tx)i:at\) aucfdjIcQeîî. 
a) îlOein, fit()e, ba tntt et (bm aué îxm ^aufe{)evr.u^. 

3) î'o^ ticfeé fo ;;uflct)en folire. 

4) 51Bo bod) (hn jielenmpcl)tc?)^inaué (auffen R?nrî)e. 

5) ©jefe ijrot'e ^ganftmutF) fo unf r «lt«c^aV ôCjWun^ 

gencr ^eife on fid) gcnomnim. 



24 L'ANDRIENE 

de Pamphile pour gendre, '^) n'en a pas dit un feul 
mot à aucun de nous, & n'en a pas témoigné le 
moindre chagrin. 

Simon, iVlais il le fera déformais, & je croi que 
ce ne fera pas fans que tu le fentes. ^) 

Davus. Il nous vouloit mener par le nez *) en 
nous laiiTant cette faulTe joye, afinque pleins d* 
efperance, & ne croyant plus avoir aucun fuiet de 
crainte, nous nous tinfîîons là en baillant, '°j & 
que cependant il pût nous opprimer fans nous don- 
ner le temr^s de penfer aux moyens d'empêcher ce 
mariage. Qu'il eft fin î ") 

Simon. Le pendard, '^) comme il parle! 

Davus, Ouf; voilà '^ le bon homme, & je ne 
l'avois pas apperçu. 

Simon, Hola, Ûavus. 

Davi/s, {Il fait fewblant ^'^) de ne pas favoir qui 
lui par le. ^ H e ! qui efl - ce ? 

Simon. Viens à moi. 

DavuSs bas. Que veut donc celui-ci? 

Simon. Que dis-tu.^ 

Davt4S» 

7) Proverhium: faire d'une fîlle Jeux gendres, (jtu^a* 

d)e 3wf»)«n juglcid) v>afpred)«n. 

8) Unb id) glaubf, c0 wirD nic^t fo aH^^tn, o^nc b⧠

bu ce fiUikjî. 

9) ^i\) ber 3îafc Ixrum fû^rcn. ©ie Subftantiva, bic 

in fini^ulari miniero in s. x, Ullb z- (îd) «nblgctt^ 
blciben im pluraii unoer(inbcrt. 

10) ÎCit ba n<l)en unb ?9ïûulntf«n fcil ()ab«n foDUn. 
1 i ) 5S5ic l>«rfd)ir.itt ifl <t bod) I 

12^ Ser ©alACnftrif. 

13) rntcrjeého exclamandi vel vocandi. (£9! bû i(î. 

14) (Sr l^fOct fîcf; m > >» 



DE TERENCÊ, 25 

Dtîvus, Sur quoi, Monfieur ? 

Snnon. Comment? fur quoi» Toute la ville 
dit '^"^ que mon fils eft amoureux. 

Davus, (Il dit cela bus,) "^J C'eft de quoi toute 
la ville fe met fort en peine, ma foi. '^) 

Simon, Songes-tu à ce que je te dis, ou non ? 

Davtts, Alfurément, j'y fonge. "') 

Simon. Mais il n'eft pas d'un père raifonnable '^) 
de s'informer préfentement de ces chofes; car tout 
ce qu'il a fait julqu' à prélent, ne me regarde 
point* ") Pendantque le tems a pu permettre 
ces folies, ^') j'ai fouÂert qu'il fefatisfuj ce temps- 
là n'efl plus, celui ci demande une manière de 
vivre fort différente, ") il veut d'autres moeurs* 
c'cft pourquoi je t'ordonne, ou fi je te dois parler 
ainfi, je te prie, Davus, de faire en forte qu'il re- 
prenne déformais le bon chemin. ^^) 

Davus. Qu'eft-ce donc que tout cela fignifie? 

Simon^ Tous les jeunes gens qui ont quelque at- 
tachement, ^'^) foufFrent avec peine qu' on les 
marie* 

B 5 Dnvus, 

ij) 3«bÉfnîûnn fagf. 

16) (i£r fagt bicfcjS Uife.) 

17) @icï) febr befûmmert, Ux) meincr trciu 

18) 5"'CVl'* t>«nf« td) t^arun. 

19) éé (îc^et fcincm i^crnunftigcti îOater au. 

20) ©e^t md) gût nid)té on. 

21) ©iefc S^or^eiten julajTtn foHnm. 

22) ©ie gegcnwdrtige 3«it erforijcrt cine gonj onbcre 

îcbcn^art. 

23) (Se î)ûbirt ju britifliti, feûg fr funftis mif t>crnûnf« 
tigere ©e^ûnfen femme 

24) 2)i« «wa^ ?Kb«^ &at)«n. 



25 K'ANDRIENE 

Davus, On le dit. 

Simon, Surtout s'il arrive qu'il -y- en ait *^) qui 
fe conduifent en cela par les conleiis de quelque 
maître fripon; "^) cet honnête homme -là ne man- 
que prefque jnmais de porter leur efprit malade à 
prendre le méchant parti ^^) 

Dovits, Par ma foi, Moniîeur, je ne vous en- 
tends point. 

Sivion, Non ? hon. ^') 

Davus, Non par ma foi, *) je ne fuis pas Oedï- 
pe moi; ^^) je fuis Davus. 

Sîn^ou, Tu veux donc que je dife ouvertement^") 
ce que j'ai encore à te dire? 

Davus. Oui fans doute, Monfieur. ^') 

Sîmou, Je te dis donc, que Ç\ dorénavant je m'ap* 
perçois que tu entrepennes de faire quelque four- 
berie 

*) Tout le monde fait ce fr'pon cle D<rn»«f dit, qu'il 

l'Hii^oirc irOfi/'/T, qui ex- n'cll pas Ocdipe : car il 

phqiia r Kn'itnicdn Sphinx, veut par là leprocher .u 

32) /)o//<jf remarque ici une vieillard qu'il ell; un mon- 

riaifanterie cachée, quand Itre aulîilaidqu: leSphmr. 

sç) 55a8 (ce foIcf)c gicbf) folcftc V)cri)anbcn ftnb. 
26'^ S)urd) bie l^liiji^liîip ircjenb <\m^ i?r<.*d^cim^. 

27) 3&r cf)ticb^'ni franfcé C^^miitl)? babm ju beivegett/ 
î)a§ fù «ine ùbic ^^tirtli«i) criKeifni. 

28) 9^ifi)t? ()um; interjection bic eine SOerbittcrun^ 
rtn^ciqcf. 

29) ©lit; ()lcr 2. pronodiina perfonalia nominativi CafuS 

fle()en/ ifî pcr euiphi fin. 
=50) Dit nbcrya frci). bcutljcJ), jc. 

31) ^r-Dli -^t rnoin J^crr. 

32) 5Diçfc^ 9So« TOjtD awc() Sphinge (jçfc^rieôcn. 



DE TERENCa 27 

berie ") pour empêcher que je ne marie itjon fi's, 
ou que tu veuille^ fa're voir en ^'*j cette occaflon 
comWien tu es ruTé, je te ferai donner mille coups 
d' ccrivieres ^^) *) & t'envoyerai ^^) fur l'heure au 
moului pour toute ta vie, ^*') à condition ôc avec 
ferment, que fi je t'en retire, f irai moudre en ta 
place. Hé bien? as -tu compris ce quç je t'ai 
dit ? cela a - t - il encore belbin d' éclaircille- 
ment? '') 

Davus. Point du tout, je vous entends de rcfle. 
Vous avez dit les chofes clairement & fans détour. ^^) 

Simon, 

*) C * étoit la punition or- foit faire ordinairement par 

dinaire des tfclaves, on les des chev. ux. Ce travail eioit 

cnvoyoit cU niou'in. Comme fort pénible, Se il^ trivaif 

c' ctoit de« moulins à bras, loient jour & nuit. J'ai vu 

ces miferables Eiclaves étoi- dans une Orailon dcLy^as, 

ent employés à les tour- que l'on y envoyoit aulîi les 

ner, àc à faire ce qu'on ûiV femmes. 

53) SaG bu bid) untcrfmigêfî, eiiûgcé 6cf)elm}ïucf êjocj 
gun?btîitfn. 

34) l^tc praepolitio en ^ciflct r)icr itîl 2)fU{fd)en tifïh 

35) ÏÏ3te i3cr(cl)iîiiçt bu fei^cft, fo wevbe vJi) bid) ber& 
ûbpruçidn luffen. L'crrivicre DeifT^t cigeniliiî; eirt 
(gtcigbugclricmen ; t)icr ijî ei5 metaphoricc qc» 
I)roud)t. Prov. allonger 1' étrivicrc d'un point, 21u^' 
fïùc^te fud)cn 

36) iDb fd)on in difc. fam. ciniqc in futuro on fîûtf 
j'envoyerai, j'enverrai fav^cn; fo gd)Ct Dod) fold)ed 

in ber evbobcnen ©d)r£ibart ntd)t nn; foUjUc^ ifî 
envoyer nid)t fùr cm irregulare anjufcr)en. 

37) Unb jur Stunbe tuerbc ic5 bid) noc^ bec ©tampf» 
mûhic ûuf 3cit bctnces Scbcnss fd)i(lcn. 

38) ^>€b(irf btcfc^ weitere^^rHa-ung? 

39) 3c^ t?çrjîeî;ç €ucï; nH(;v al^ ju tvo&U S^;c ^aOt aïs 



28 L'ANDRTENNE 

Simon, Vois -tu bien, je fouffrirai d'être tfompé 
en toute autre cholo plurôt qu'en celle-ci, 

Daviis, Doucement, '*°) Monfieur, ne vous fâ- 
chez pas, je vous prie. 

S mon. Tu te moques* je le connois fort bien; 
mais ie te conleille de ne rien '*') faire à T^étour- 
die, '*^) & de ne me venir pas dire que l'on ne t* 
avoit pas averti. Prens-y garde. *') 

ACTE PREMIER. 
SCENE IF, 

Davus, 

A' ce que ') je voi, mon pauvre Davus, il n*eft 
plus temps d' être parcfTeux, ni de s' endor- 
mir. Autant que je 1' ai pu comprendre par la 
difpodcion où je viens de voir ^) notre bon hom- 
me touchant ce mari.'ige, qui va perdre ^) entiè- 
rement mon miîcee ou moi, fi Ton n'y pourvoit 
adroitement. "*) Et par ma foi je ne fai à quoi me 

déter- 

Ué (^nn^ beutfid}/ oOnc cin ^lat t)or^ SJîûul ju 
ncbmcn, (\(:^ûç^t. 

40) ©ad)tf, fad)tc. Iron'ce. 

41) 2be»)t)e ncjiariones |îcf)<n ^em Mo^m infinitiVo, WJe 
nud) ^en geruiiiliis fuiiplicihus, bc(|ert>ot aWtiac^)» 

42) 9?id)té uiibcfoiiucn i>orjun«bnien, 

43) SaO niiin tid) nid)t âctvarnct ()ûttc. ftù^e bid) ja» 

aîlrtim Md) jii m ad)t. ©ic^c bid; nur uor. 

1) 51tl (Intt con)ine, tDte, (obet) autant que, fo OJef. 

2) Idiot. t\)onnnen id) nur erjî (^cfe^cn ^jbe. 

3^ Miot. \vdd)c in furjcm tné linglùif (îûrjcn TOlrb. 
4J 2i3o man iiK^t gcfc^iflic^; (uoibaïKt) 9iat() fcîjfl(fc(j 



DE TERENCE. 29 

déferminer, (î je dois fervir Pamphiîe, ou s*il faut 
que j obéiïTe à fon père. Si je l^abandonn'e, je 
crains pour ion repos, & fi je le (er«, j'jippréhen- 
de les menaces de ce vieux renard, ^) a. qui il eft 
bien difficile d'en faire accroire. ^) Premièrement 
il a déia découvert l'amour de fon fils; je lui fuis 
fufped; il a une dent contre moi ^) 6i. m'obferve 
de près, afîiique je ne puiflelui jouer quelque tour 
de mon métier. ^) S'il s'spperçoit le moins du 
inonde que j'i^ye quelque delfein de le tromper, je 
fuis perdu fans relfuMrce: car fans autre forme de 
procès, fi la fiintaifie lui en prend, ^) fur le pre- 
mier prétexte qui lui viendra dans fefprit, '°) julle 
ou non, il m'envovera pieds & poings liés au 
moulin* pour toute ma vie. A ces maux fe joint 
encore celui-ci: c'eft que cette Andriennc, foie 
qu'elle foit femme de Pamphiîe, ou qu'elle ne foit 
que fà maîtrefie, fe rrouve grolTe, & il faut voir 
leurhardielfe ") ma foi c'eft unç entreprile, je ne 

dis 

f) Ecorcher le renard, çinen^UC^é fc^icgcu, Çïd) ÙUx* 
g«bcn. 

6) ©i«f«d ûltcn ^nâ)fi&, bim eé feî;r fcfjwcv ifî/ tva^ 

toei^ ju macl)cn. 

7) 3* Mn ir)m bcxbàéti^, <v vaiU mit in t>k S^aaxf, 

(, ob«r ) et f)at eint ^icf e uuf mid), 

8) €inen Don mcitun âen>i5f)nlîcl)«n ©trcic^cn fpûlm 

tdnn?* 

9) 6d bin icf) o^nc cinji()e|)ûlf« tJ«rfo^rcn, bann of)ne 

t»lfl ^IBcfcné ju tïiad)en/ annn c()n t)«r Kdptus an* 
fommt. 

10) î*cr îbm in (Smn fommen tt)ir&. 

11; UnD <0 follu çin«r nur i^r< ^û|)n^«i( f«&cn» 



3© L'ANDRIENE 

dis pas cra^ioureux , mais d' enrage, '^) iîs ont 
rcib'.u (J'clever ce qu'elle mettra au monde , '") fi/Je 
on garçon ^ & ils ont inventé entreux je ne fai quel 
conte ^ ''^) ils veulent perluader qu'elle eft Cico- 
yenne d' Athènes. *) II- y- eut autrefois, difent- 
ils, un cettain vieilhrd qui étoit Marchand ; il fie 
naufrage ") pcès de l'Ile d'Andros, où il mourut 
quelque temps après: Lorsqu'il fut mort, le pe^e 
de Chrylls prit chez lui fa fille qui s'écoit T^uvée 
du naufrage, "^) qui ctoit fort petite. & qui fe 
trouvoit lans aucun parent. Fables! '^j au moins 
cela ne me paroic-il pas vrai femblable ; pour eux, 
ils trouvent qu'il n' -y -a rien de mieux inventé, & 
ils lont charmés de ce conte, '^j Mais voUà Myfis 
qui fort de chez cette femme. Moi je m'en vais 
de ce pas '^) à la place chercher Pamphile, pour 
r avertir de ce qui fe pafie , alînque fon père ne 
puiOe pas le furprendre. 

*) Pour donner -i cela ordinairement les faMcç. 
tout l'air de fable, il com- lly-avcit autrefois , ^c. 
mence comme comiiicncent 

12) ©ijnbcrn cineé îoUfi'il)nm. 
15) 6ic îur QBelt Biiiigen rcirO» 

14) 5?rté fur ciu 0??nf)rlcin. 

15) (? Uiti <3d)iffl>ru(^. 

16) ^Bc(d)e Ciwé bcm i5cl)iit6ruif) fcaJjon fommcn ttJrtr. 
17; £)hric ben (jerinflOcn 2lnt)frn^anbicn. i^olfn! 

18) Unb bûbcn fîd) m mUt- ^^IhhrU'w r€c{)t t)edic5(. 

19) S'-'i'?/ Pï'ci: (jîrrtfé, gcrrtbcjJ SScget^O 



ACTE 



M 



DE TERENCE. 31 

ACTE PREMIER. 
SCENE V. 

M Y S I S. A R Q. U I L L I S. 

Myfis. 

on Dieu, Arquillis, il-y-a mille ans ') que Je 
vous entends* ") vous voulez que j'amène 
Lesbie; cependant i! eii certain qu'elle eft iujette à 
b>;ire, ^) qu'elle eft érourdie, & qu'elle n'eft pas 
ce qu'il faut '^) pourqu'on puifle lui confier iure- 
ment une femhie à fa première groiTtlîe; ^) je 
l'amènerai pourtant. Voyez un peu l'i.Tiprudeiice 
de cette vieille* & tout cela parcequ'clles ont ac- 
coutumé de boire enfemble. O IJieux, donnez, 
je vous prie un heureux accouchement ^) à ma 
Maitreile , & faites que fi Ij Sage- femme ''^ doit faire 
quelque faute, elle la fiifle plucôc fur d'autres que 
fur elle. iVlais d'où vient que Pamphlle efi fi 
troublé? je crains fort ce que ce peut être. Je 

vais 

1) ^IBanti tic granfiofen einc ftfjr îanqc 5*îf ouébrûfctt 

tï'oQcn, becin^n fie fîcJ) ^«c 2i^3^^ufcé aulie ans 
oDcc un ficcclej i(f bm^f-ocn bie îi-be Oon <m,i 
fe^r furçen J'-'it; b^r ?H5drt€C quatre jours. 

2) 3cî) »er(îc^e fdion fanv.jî, tvo i^r ^iuaué WollCf- 

3) î)û§ fù' bem 2runf «rgcfcen i(?. 

4) 5^ûê fi« nirf;t bïfcfeaffm i)l, tuie fie fcçn fofl. 

5) S«i) if)rer Êrfïeii v2ct)mûngcrfc^aft. 

6) C'inc glûflicbe Dîiebcrfunft. 

7) Sage -femme, cinc 2C«|^muUçr] femme fage, eJîK 

o«r(ïânDlfl< grau* 



31 L'ANDIUENE 

vais attendre ici, ^) pour favoir fi le trouble où je 
le vol , ne nous apporte point quelque lujet de 

tiiftelîe. 

ACTE PREMIER. 

SCENE vr, 

PAMPHïLE. MYSIS. 

Pamph'ile. 

Efl-ce-là Tadlion , ou i'entreprife d'un homme? 
Efl: - ce - ià le procédé d' un père ? 

Myfis, Qu'eft-ce-quec'eft? ') 

Pawphile. Grands Dieux! quel nom peut -on 
donner à ce traitement? ^) y-a-t-il une indignité 
au monde fi celle-là n'en eft une? ^) s'il avoitréfolu 
de me marier aujourd hui, ne falloit-il pas aupara- 
vant m'avoir communiqué ce deflein? 

Myfis. Malheureul'e que je fuis! qui entens-je. 

Pavipbilc. Et Chrêmes qui s'ctoit dédit, '^j & 
qui ne vouloit plus me donner fa fille, n'a- 1 il pas 
chanirc de fentiment, parcequ'il voit que je n'en 
faurois changer; '^) Eft il donc poftible qu'il -s* 
opinàtre fi fort ^) à me vouloir arracher de Gly- 

cêrion : 
g) Idiot. 3c^ tvin \)\vi warteu/ um :c. 

1) Gall. njaé ijî baé? 

2) fIBcld)cn Dîamcn Um man tt>obI t>i«f<m 55(rfflf)rm 

3) j(î n>obl in bcr Sffielt einc unbiaittC 'I^at ju fiiut)«n^ 

rcftnn baé nic()t fine ^u ncnncn ift? 

4) î^cr fciii ^:iBort juriîf genomnun ()ûtte. 

5) 5>ûg id) mcinc »)Jici)nung uid)t ânbern fann. 

6) ©0 fe|î t)ûb{i; blçjbt o&cc ( t>arauf b«jl(î)t ) 



DE TERENCE. 35 

cérion ! s'il en vient à bout, je fuis perdu fans rcf- 
fource. ') Peut- il- y avoir un homme auffi mal- 
traité par l'Amour, & aufli malheureux que je le 
fuis! oh> Ciel! ne pourrai - je donc jamais par 
quelque moyen éviter l'alliance de Chrêmes ? ^) 
De combien de manières m'a-t-on joué? combien 
de mépris, de rebuts? ^j le mariage écoit conclu, 
en étoit convenu de tout* tout d'un coup '°j on ne 
veut plu'j de moi, & préfentement on me recher- 
che. Poiirquoi cela? ficen'eftce que je loup- 
çonne, afTurément il -y- a là-delîbus quelque cho- 
fe ") qu'on ne connoît point, parcequ'ils ne trou- 
vent perfonne à qui faire prendre cette créature, 
Ton vient à nioi. '^) 

Myjis. Ce difcours me fait mourir de peur. 

Pampbik. Et que puis-je dire de mon père? quoi, 
faire une choie de cette importance fi négligem- 
ment! '^) Tantôt, comme il pafloit à la Place, il 
m'a dit: Pamphile il faut aujourd' hui vous marier; 
allez -vous -en au logis, & vous préparez. I! m'a 

femblé 

i) (So 6itt icf) o6n« ( Dîeftuttg) ^t\im |)ijlfe Derfohrert, 

8) £)ie3Serfcbn?âga'uni; mit bem Chrêmes eermeioen. 

9) 2iuf roic biele lad)crhd)e Slrten hnt mon niid) nid;É 

nufflc^oç^en ? xo\t oief t><rac0tîid)c Qlbroeifungcn 
t)ûlw id) nid)t auégefîanbcu? i:ier fmb abcrniolé 
per elifionein nad) rebuts bU ÇSottCI n'ai -je pas 
îoufFert, aué^clflffm. 

10) Adverb. (xw^ cinmiiu 

11) ^cTOiglid) (é fîccft {)i«runtcr «fitja^. 

12) -©«il fie nicniano fiinî>eu, bcm fie bi«f«ô îQîcnfcî) 
onbiîngert fdnncji , fo fommen fîe ^w mir, 

13) Çinc(gad)c t)on fold^fr îBidjiigfeiC rtuf biî kidjW 
6ct;uUjr« fo ()insuncl)tn«n. 

c 



34 L'ANDRIENE 

fetnhié qu'il m'a dit: Allez- vous-en vous pendre 
bien vite. "*) Je fuis demeuré immobile, croyez- 
vous que j^aye pu lui répondre le moindre mot? 
ou que j'aye eu quelque raifon à lui alléguer, ^'') 
bonne ou mauvaile? . Je fuis demeuré muet : au 
lieu que '^) Ti j'avois fu ce qu'il avoit à me 
dire. - - IVlais fi quelqu' un me den}3ndoit ce 
que j'aurois fait quand je 1' aurois iii ? J'aurois 
fait quelque ch<jfe pour ne pas fîire ce qu'on veut 
que je falfe, Préfentement à quoi puis je me dé- 
terminer? Je fuis troublé par tant de chagrins qui 
partirent mon efprit* '') d'un côté l'amour, la 
compalHon, la violence que l'on me fait pour ce 
mariage: d'un autre côté la confidération d'un pè- 
re '^) qui m'a toujours traité avec tant de douceur, 
& qui il eu pour moi coûtes les condefcerfdances '^) 
qu'on peut avoir pour un fils. Faut il après cela 
que je lui defobéiilc ? Que je fuis malheureux I je 
ne fai ce que je dois faire. 

Myfis. Que je crains à quoi aboutira cette irré- 
folution! ^° ) iMais il eft abiolument ^') nécellaire 
OU qu'il parle à ma Maîtrelfe, ou que je lui parle 

d'elle 

16; Conj. an ftott. 

17) Oie racin ©cmûtb icrtbejlcn. 

18) ^le 5pod)nd)tun9 uor iiwtn 55a(er» 

19J llnO i^er lu^r nuc^ oOe 5Biflfat)iigf«if ^fï)û6f. 

20; -ilBic beh'ird)te id), tro bod) tiefe Unfd)lù§f(jfci( 

l)iiiuUB fdîlaQfn tDirî). 
21) ^n ben ^dicdivis, ^ie in é, i, u, fid) cnbigcn, roirb 

ta^ Adverbiuni bon bcm Milculino mit •Ç)iniUf<< 

^ung b« êplt)ç ment forraitcf. 



DE terence; 35 

d'elle. Pendantque refprit eu en balance, ") la 
moindre chofe le faic pancher d'un ou d'autre 
côcé. -') 

Pamphile, Qui parle ici? Ha, Myfis, bon jour f 

Myjîs, Bon jour, Monfieur. 

Pajjiphile. Que faic ta Maîtrefie ? 

Myjîs. Ce qu'elle fait? Elle eft en travail; ^) 
& de plus la pauvre femme eft dans une grande in- 
quiétude, parcequ'elle fait qu'on a réfolu de vous 
marier aujourd'hui, elle appréhende que vous ne 
l'abandonniez. 

Pamphile, Ah! pourrois- je avoir feulement cet- 
te penfée? Pourrois-je fouffrir qu'elle i^t trom- 
pée à caufe de moi? ^^) Elle qui m'a confié fon 
cœur, fon honneur & le repos de ia vie: Elle que 
j'ai toujours aimée avec tant de tendrefle, ^^) & 
que j'ai regardée comme ma femme? SoufFrirois-je 
qu'ayant été élevée avec tant de foin & d'honnê- 
teté, ^'') la pauvreté la contraignît enfin de chan- 

G z ger, 

22) Balance %t%t proprie tk 513(ige ; f)icr ifî îé m 
%m[i&iz\u 2.)er(îanbe (\ebraucftt. Mettre à la ba- 
lance, uutevfucbcn ÇOîan nennct oud) ten ^%t 
fd)lu§ eiucê Inventarii «incéiîaufmanné balance. 

flS) èo lange baé ©cmùi5« im 3tt)cife(, fo raacfjt tic 
gcringfie v3ad)e, t>a0«écnw«ï)« auf&ufc ol)«c fme 
©eitc fîd) Icnfcf. 

24) @ie i<î in Kinbcéno't^*»» 

25:) OJteimttucçicn. 

26) @o j5rtlid). 

27; ©oIUc td) suv^ebctt, bâ§, nacf)tcm fie mit fo ôrog^t 
©orâfalt auf€ii(ja«n n?orï)en. 



36 L'ANDRTENE. 

ger, & de faire des chofes indignes d'elle? ^^) Je 
ne le ferai jamais. 

Myjîs, Si cela dépendoic de vous, ]e n'appréhen- 
derois pas; mais je crains que vous ne puifliez ré- 
fifter aux violences qu on voudra vous faire. 

Paviphile. Penfes-tu donc que je fois a fiez ^^) 
i^âche, ^") aiïèz ingrat, aflèz inhumain ou aflez 
barbare pour n'être touché ^'.i ni par une longue 
habitude, ni par l'amour, ni par T honneur; & 
que toutes ces choies ne m'obligent pas à lui tenir 
la parole que je lui ai donnée? 
. Myjis. Jefai au moins unechofe, c'eft ^^) qu'elle 
mérite, que vous ne l'oubliiez pas. 

Patnpbile Que je ne l'oublie pas? Ah, Myfis, 
Myfis, j'ai encore écrites dans mon cœur ") les 
dernières paroles que me dit (Ihryfis fur le fujet de 
Glycérion. Elle étoit fur le point de rendre 
l'efprit; ^'*) elle m^ipella, je m'approchai, vous 
étiez éloignée: il n'-y-avoic auprès d'elle que Gly- 
cérion 

28) 6icf) jii t>crânbcrn unb \[)t unanjîûntigc 6ad)cn 
ocrjuriÉtMnfn. 

flç) D^lfi^ allez cin adverbiuin quantitatis i(î , unb 
orb*ntlid) ijcnuq hcitT^fi fo i(î ^Dd) <u beobacbtcn, 
î)û§/ rocnn crf t)or «incm adjecliv»» .'bfoliito f?obct, 
C0 9Uid)fam fjncn partem kiperlativi nuebrÙCÎCt/ 
un& nn beiufcf)en: fo, bebeufÉt, 

30) ©0 lù^erhd). 

31 J>.i6 id) nidxfoQte gerufjrt wcrbcn. 

32) nîômitd) Daé. 

33. C['6 fnl^ (!leb«n) nocb in miinem .^erficn «inge» 

34) <3u tvelltt «bfo bm ©nfl oufûe6«n. 



DE TERENCE* 37 

cérion & moi. '^) Mon cher Pamnhile, me dit- 
elle, vous voyez la beauté & l'âge ^^) de cette pau- 
vre fille > & vous n'ignorez pas ^^) combien ce» 
deux chofes lui font inutiles, & pour conlerver fon 
honneur, & pour garder ^^} le peu de bien que je 
lui laifle; c'eft pourquoi, (i je vous ai toujours 
aimé comme mon frère, fi elle n'a jamais aimé que 
vous, & fi elle a eu de la complailnnce pour vous 
en toutes chofes, ^^) je vous conjure ^*) par cette 
main que vons me donnez, par votre bon naturel, 
par la foi '*'') que vous lui avez promife, & par le 
malheur où elle va être, '*') de demeurer feule & 
fans appui, que vous ne vous féaariez point d'elle, 
& que vous ne l'abandonniez jamais : je vous donne 
k elle pour ami, pour tuteur, pour père; je \ous 

C 3 mets 

*) A4on cher Patnphile) car pour moi j'avoue que je 

S'il fuffit d' être touché pour ne puis le lire dans lévtnce 

bien exprimer urie pallion, fans être attendrie ; je ne 

& pour la fiiire fentir aux connois rien de mieux écrit 

autres, je puis cfperer qu'on ni de plus touchant que ces 

ne lira pas la traduction de douze Vers, 
cet endroit fans eu être emu ; 

35) »t5«i§t &i^r* î^ic 3"9«"l''3<'^f^ 
56) î)icfe Conltruaion fd)ictt fld) im bCUtfc^Ctt Df(f<C 
affirmative; jbt Wiffct gflr roof)b 

37) Garder : ^f i^t bi«r crl)altcn (bfmahrcn ) 

38) Unb fo biefelbc in qQçu <2tùcf«n ftct) gegcn (ucî) 
roiUfû^rig bcjeigct. 

39) Conjurer : fonn ^m ttid)t bcffer auégcbrucîi wer^ 
ben, ûlâ buid) injîanM(] crfftdjcn, 

40) Bon naturel, qutee ©cmùt^Ç, 

La foiv bie Xreuc. 

4t) Bofcin (te 3«r'U()«i roicb. 



3S L'ANDRIENE 

mers tout notre bien entre les mains, & je le confie 
à votre bonne foi. '*^) Après cela elle mit la main 
de Glycérion dans la mienne, & elle mourut. Je 
l'ai reçue d'elle, je la garderai. '*') 

Myfis, Je l'efpcre ainfi. 

Vamphïle, Mais pourquoi la quittes -tu? 

Myjïs. Je v-ai chercher la Sage -femme. '^) 

Pawphile Hâte -toi. **') Mais écoute, prens 
bien garde de ne lui rien dire de ce mariage, de 
peur^ue cela n' augmente fon mal. 

Myfis. J'entends. 

42) Unb eerrtaue ?ô eurcr Ircu uni ©lau'^in. 

43) 3ct) bû6« fie tjon i()c befommen, fo wiO jc^ fie ouc^ 

be^altcn. 

44) 3c^ ttJifl bie ÎSÎc^nmtfer ^o^ïm. 

45O ?Oîac{)c fort, (t>crttjcile nicï)t.) ïBflnn <in prono- 
menperfonale obcr cinc particula relatiVa nad) bcm 
imperativo affirmativo jlebcf/ ^^^f baé 33cr6ln3 

fcunô^fîricfjltin C-) nic^c auiJfliJlfljTcn tvcrbcn. 




ACTE 



DE TEUENCE 39 

ACTE SECOND. 
SCENE L 

*) CARINVS, BYRRHÏA, PAMPHILE, 

Cay'njus, 
**)/^ue dis -tu, Byrrhia! il eft done vrai ***) 
v3l qu' on la marie aujourd' hui avec Pamphile î 
Byrrbia, 0\3\^ Monfieur» 
Carinm, Comment le fais -tu? 
Byrrhia^ Tantôt '; à la place je P ai appris de 
Davus. 

Carhius. Ah que je fuis malheureux ! pendant 

tout le temps que mon efprit a été flottant entre la 

crainte & l'efpérance» il s'eft foutenu malgré tous 

mes chagrins i^ ) mais à cette heure ^) que relpéran- 

C 4 ce 

*) Donat remarque que que me paroit importante 

ces Perionnages Carhiui & pour le Théâtre, Se mérite 

£yrrh/a, n'étoient pas dans qu'on y faflè réflexion. 
la Pièce de Menandve, & que **) Carmus ne dit point ce- 

Térence les a apûtés, afin ci en interrogeant, mais en 

qu'il n'-y-eût rien dans Ta admirant & en s' étonnant. 
Comédie de trop dur ni de ***) Il ne dit point on ma- 

ttop tragique, Ç\ PhihnNcnc rie Phiiumene, maison !.;• ma- 

demeuroit enfin (ans époux, r/>. Car outre que c' elt une 

Pawphtt'e venant a époufer fuite de dd-ours, un autant 

h Maitrefle. Cette remar- parle toujours à la penlée. 

i) Conferaturpag. r4.fq. Jiieine5lnnitrfun3i36er&fcfcl 

ïBott. 
a) 60 lange mein ^tmM) jtwifd)en %'^ï6)i unb vÇpjfi 

nuiig k^efd'webct/ [)at ce fid», m? ir.cê 25«« bruftce uu« 

crod)tct, ^c(?ai'b^(] aufr?cf)t erl^altc;^. 

3) $DKf«6 Adverbium mug jtvai: fo ptonon(it«t wer* 



40 L'ANDRIENE 

ce lui efl: ôtée , il n'a plus de courage, la triftefle 
s'en cft emparée enrleremenc, il efl: etifeveli dans 
Une profonde léthargie, *) 

Byrrh'ia. ^) Je vous prie, Monfieur, puisque ce 
que vous voulez, ne Te peuc faire, de vouloir ce qui 
Je peut. ^) 

Cor'nitts. Je veux Philumene, & je ne faurois 
vouloir autre chofe. ^} 

Byrrhia. Ha que vous feriez bien mieux de chaf- 
fer cet amour de votre cœur, que de vous amufer 
à dire des chofes qui ne font que l'enflammer da- 
vantage, ^) & fort inutilement, 

Carinus, '^*) Qu'il eft facile, ^) quand nous nous 

por- 

*) Il ell bon de remarquer premier qui ait mis cette 
avec quelle adreffe lèrence .Sentence iùr le Théâtre, 
met dans la bouche d'un va- qyaud il fait dire à ProrHe- 
let une maxime tirée du fond thce : 1/efl aifc a tout homme 
de la PhiofoDhie, elle cft ex- ijiti eji f'ors du mnlheur, d'a- 
primce en des termes lî (im- vevtiY\f de coJciJkr ceux qui 
pies qu' elle n'eft point au y font. 7«Ve;îrff en prenant 
deffus de la portée du va- cette Sentence a eu f^'n de la 
kt. mettre en des termes! plus 

**} Efchylc eit, je croi, le propres à la Comédie. 

ben. afteure; akîï \\\d)t fo afi'cî)riebcn, ob î^ fll«i<^ 
»on bcnm Ungeli'Orteu utit) Siau«njimm« JJiclfaUia 
9cfd)id)ft. 

4) 5^ie Xrûurjgfeit ^at câ «nnj unb gar cin^cnommen, 

ce lif()t in ciiKc tiefen (Sct)iiUTud)t bcgrabcn. 

5) ^i\[ baéjonig?, waû \\)x UMUifc{)ct/ nid)t ocfdi«^«n 

f inii, mit bcm jufricDm ^u feyn^ rond otcfAe^în fa nu. 

6) UnO faim nii)t5 nnbers iï»c»D«:n, ill cm Idiot : 

7) Plus unti davantage bcifR" bcpbc nic^r, Wcrbcn ûkc 

((? uatcrfoî)Kbcn, bûfi ba^ crilcre in cina- conitru. 
61ione co»nparativ3, davantage ùhtX', Ojann baé@<» 

(\cm()cil l'A'braudjt wirb, ftûtt fiintJCt. 

8) 2Biî kicl;t ijî <é. 



DE TERENCE, 41 

portons bien, de donner de bons confeils aux mala- 
des î Si tu écûis en ma place, tu aurois d' autres fen- 
tiinens. ^) 

Bynhia Faites, comme il vous plaira, 

Connus. Mais j'aperçois Pamphile» Je fais ré- 
folu de tenter toutes fortes de voyes '°) avantque 
èe périr. 

Byrrhiû, Oue veut -il faire? 

Curiuus. Je le priral, je le TuppUrai, je lui di- 
rai l'amour que j'ai pour Philumene ^ & je croi 
que j'obtiendrai qu'au moins il diflere Ion mariage 
de quelques jours, '') pendant leCquels j'efpere qu'il 
arrivera quelque chofe. 

Byrrbia^ Ce quelque chofe n'eft rien, croyez- 
moi. 

Carinus, Qu'en ctois-tu, Byrrhia, l' aborde- 
rai- je ? 

Byrrhia, Pourquoi non ? afinque fi vous ne 
pouvez rien obtenir, & qu'il 1' époufe, il fâche 
au moins que fa femme a en vous un galant touc 

piét. -0 

C y C ir'inus, 

9) 2Bann \^\x m meincc ©tcflc \t>âr<|î / wùrbcjî ^^ on* 

bcre ?0iet)nung I)e3cn. 

10) Slûe ?9îittcl unb 2Seoe ju ecrfucï)cn. Voyc, njel* 

<^«é cigcntdd) bec iBeg ^eiffct, roirb beut ju Sage 
iiid)t me^c in profa ald metaphorice gcbraud}Et. 

11) Unb icï) glauSc ce babin ju bringcn, bo^ <r feine 
^ei)rat^ njçnigfîenô nod) einige Xage auffdjifbe. 

12) ^r num roenigflen wificn mdgc, ba§ fcinc grau U^ 
«itd nn curer ^crfon «incn v>oUforoincn?ii ^tcl)l)a» 



42 L'ANDRIENE 

Carimts T'en iras -tu d'ici, fcélérat^) avec tes 
ibupçons. 

Vamphîlc, Ha, je voi Carinus. Bon jour ! 
C'.trhîus. Bon jour, Paniphile, je viens chercher 
auprès de vous de 1' efpérance, du repos, du Re- 
cours, des confeils» 

Pampbile En vérité je ne fuis en état de don» 
ner ni '^) confeils, ni fecours. Mais de quoi 
s' agit -il? '^) 

Carinus. Vous vous mariez doncnujourd' hui ? '') 
Pampbile t. On le dit. 

Car'inus, Pamphile, iî cela efl, vous me voyez 
aujourd' hui pour la dernière fois. 
FiJviphile, Pourquoi cela ? 
Cariuus Ah, je n'ofe le dire; Byrrhia, di-le-!ui, 
je te prie. 

Byrrhia. Oui (la, je le lui dirai, moi* '^) 
pamphile. Qu' eft - ce que c eft ? ' ') 

Byr- 

^) Car ce que Ryrr/.iia'v\- ri, c'cfi: pourquoi fl lui dit; 

ent de dire, marque qu'il t^eji irai-tn W' ici^fcélératf 

cro\t Fhilameue capable d'à- avec teifoupçons, 
voir un amant avec un ma- 

13) Ni, 'ni, ccrrcfponbiref bnn ?jeiuftî*cn xt>tUt unb 
nod). 6tcbet ce nur cmm<i(, fo bciffct ce unb, 
e. g. il ne boit ni ne mange, et iffit unî) ttmfet nid)(. 

14) 2lUem tuaiJ bf triffté ? 

15) S)icfe ConftruOion jft mlrfddi èctvunbcriib nnb 
frai'Cnb, obillcid) bct Nominativus pronominis iit 
cincr QJfirmquyifcften ConltruiJtion |î«l>ct 

16) ^i(î mz gcboppçUc Affirmation gemciiKi* Sf <înjof<«, 

17) SSaiî i(l <iJ? 



DE TERENCE, 43 

Byrrhia^ *) Mon Maître eft amoureux fou de vo- 
tre fiancée. '^) 

Pjmpbile, En vérité nous ne iqmmes pas de 
même goût. ^^) Mais dites -moi, je vous prie, Ga- 
rinus, n'-y-a-c-il aucun engagement entre vcus 
& elle? 

Carimis. **) Ah, Pamphile, il n' - y - en - â aucun. 

^amphile^ Plût à Uiea '") qu'il -y- en eûcî 

Carimis. Je vous conjure doue par P amitié & par 
l'amour, premièrement que vous n'époufiez pas 
Philumene, 

Pampbile, Je ferqi alTurémcnt tour ce que je 
pourrai pour cela.- ^') 

Cariuus. Mais fi vous ne pouvez l' éviter, ou qus 
ce mariage vons plaife. 

Pamphïle. Que ce mariage me pîaife? ^^3 

Cariuus. ■ Différez - le* au moins de quelques 
jours, pendant lefquels je m'en irai quelque part, 
afin de n' avoir pas la douleur de le voir de mes yeux» 

Pamphile, Ecoutez donc enfin ; Carinus, je trou- 
ve qu'il n'efl nullement d'un honnête homme ^^) 

de 

*) Cela eft dit très' fine- **) Cavinus rejette ce que 

mznt^votrefiancce,^ouxh'\rc. Pamphile lui dit, comme 

entendre à PrtW/)/;//(?,qij'il eft une choiè injurieufe à Fhi- 

tems qu'il penfe à Tes affaires, htwene. Le carsctere d'hon* 

&qii'il voye s'il veut cpoufer nètc homme eft bien mar- 

unc fille qui a un amant. que ici. 

18) îDicin ^crr ifl jîerMid) xn cure S5raut tJerliebf. 

19) 5[Bir|inb nic^t imxkx) 6innçé. 

20) 5Q3oI{e &m ! 

21) ©ieferwegen. 

22) 58ic ? bat! mir bicfe .^eorût^ gcfaHcn folïte? 

23) ^^ M«( «in«ro «ètlicï;«n -2)î<nfim f «incé SKegeê «tu 



44. L'ANDRIENE 

de vouloir qu'on lui ait de T obligation, lorsqu'il 
n'a rien fait qui le mérite ; je vous parlerai fran- 
chement. ^'*) J'ai plus d'envie de n'époufer pas 
rhilumene, que vous n'en avez de l'époufer. 

Carimis, Vous me rendez la vie. 

Pampbile. Maintenant donc, fi vous «& Byrrhia 
pouvez quelque chofe, "') imai^inez, inventez, trou- 
vezquelquemoyen, &i'.iites qu'on vous la donne, ^^) 
de mon côte ^'^ ) je n'oublîrai rien pour faire qu'on 
ne me la donne pas, 

Carinm. Cela me fuffit. 

Pamphile, Je voi Davus fort à propos: ^"j carc'efl 
fur fes confeiis que je m' appuyé. ^^) 

Carîmis, Pour toi, tu ne me fers jamais de rien, 
fi ce n'eft pour m' apprendre ce que je me paflerois 
fort bien de favoir. ^°j T'en iras -tu d'ici? 

Byrrhia^ Oui dà. ^') Monfieur, & avec bien de 
la joye.' 

24) 3* tvin ce aicï) fvfi) 6«r<Jué fQ(^«n. 

25) Q^ielque cliofe j)ei(fei etnjaé; quelquefois, hHwib 
Icn; quelque part, icgenl) 0)0. 

26) Ur.b prinat té ba()jn, ttaP man (te cuc^ geèe. 

27) 5iuf memcr ©cite. Adverb. 

2S) à propos ûlë cin adverb. prœpofîtiviim j^eiffct tm 

t)cutfd)cn, ei) ! i)érct bod) ! nodj fine ! 511»^ çiti 

adv. polèpofitivum abcc ^ctffa cé, ju rcc^tcr, ju 

gdcqcncr 3^'ii'* 
29) t)tnn ciuf |>inc 5}Cntl)fc6Invie D^rlaflTc icï) mic^. 
30} 5ÎÎUV moé id) ju wilTen oir ( nid)t t)crlûngc j wo^ 

cnlb-^brcn fente, ju ()inicrbriacien. 
3O 3'^/ i'ï/ (O^nKinc Affirmation bç^ ^]3d&el^.) 

ACTE 



DE TERENCE. 4> 

ACTE SECOND. 
SCENE IL 

DAVUS. CARINUS'. PAMPHILE. 

Davus. 

Obons Dieux que je porte de biens. ^) Mais 
où pourrai- je trouver Pamphile, pour le tirer 
de la crainte où il e(t, & pour remplir Ion cœur 
de joye? 

Carimis- Il eft fort gai, je ne fai de quoi. ") 

Pathpbiîe. Ce n'eft rien, ^) il n'a pas encore 
appris nies ch>igrins. 

Davus. Je m'imagine que s'il a fu qu'on lui pré- 
pare des noces. 

Carhius. V entendez - vous ? 

Dnvus. Il me cherche à l'heure qu'il eft, *) da^ 
mi -mort de peur. Mais où le pourrois-je bien 
trouver ? & de quel côté irai- je ? 

Ciirinus Que ') ne lui parlez- vous? 

Davus. Je m'en vais. 

PamphJle. Hola, Davus, arrête. 

Davus, Quel homme eft-ce qui me ? 

Ha, Monfieur, c'efl vous-même que je cherche. 
Bon, Carinus, je vous trouve ici tous deux fort à 
propos. J'ai afiaire à vous. ^) 

Tant' 

1) ^oA bringc icf) fiîr t^ufe 9?ucï)rid)fett. 

2) €r i<î fcbr lufîia, id) weié nid^t Wùrû6cr, 

3) (?f^ bet)fufef niiht^. 

, 4) 2Jbt)fr6!<iIifchç î}îebcndflrf (jeëo.) 

5) Qye an fîûtt pourquoi? rcnrum? 

6) 510{ {(ççbe, olé manu i^r c«ruf«u ivâref. 3)îi( cud) 



46 L'ANDRIENE ^ 

Pamph'iîe, Davns je fuis perdu ! ") 

Davus. Mon Dieu , écoutez ce que j'ai à vous 
dire. 

Pamphîle. Je fuis mort! 

DavKS. Je fai ce que vous craignez, 

Carimts. Pour moi je luis en danger de perdre 
tout le repos de ma vie. 

Davus. Je connois aufiî votre peur, 

Pampbile, L'on me marie. 

Davus. Je le fai, vous dis -je. 

Pampbile. Dès aujourd' hui. ^) 

Damts. Ha, vous me rompez la tête, ') je vous 
dis que je lai tout. \^ous, mon maître, vous 
craignez d'epoufer Philumene, & vous, Carinus, 
de ne pas l' épouler. 

Car h us ^ T'y voilà. '") 

Pampbile. C^eft cela même. .") 

Davus, Mais ce cela même n'eft rien, croyez- 
moi. 

Pampbile. Je te conjure '^) de me tirer bien vite 
de cette crainte. 

Davus, 

%(x%t ic^ JU fc^affcit. Affaire Suhftantiv. pro à faire, 
èaé Gcriind. in à i|î fine recipirte @rf)rci6art, bie 
l)cr ©cbraufl) erlaubet, iiHil boburd^ \w ^cr21ll^• 
fprad)e fiitiC BwcçtCUtijjfcit iVi\{ii%%X, grammatico 
n!^<r ifî iî uid)t. 

7) Q;0 i|l mit nnr ^ant? unt <jar au^» 

8) @cI)ou (nod)) l)cu(c. 

y) 3(>r mndit mir bcn iîopf ttjarm* 

io)"ibu baR cix crrût()i-n. 9UIe OvfbênénrtCtt/ bic mit 

bcn advcrhiis voci unî) voila 0CiJ?b(n iVabcn/ flllO 

mcifîcnff>cïl'c^ îdiotifmi. 
lï) Ç^en bai^ ift c«. 
12) 2[cl; (rfuci)« t)ic^ infï5iibiô(î. 



DE TERENCH. 47 

Davus. ]e le veux tout- à- l'heure. Chrêmes ne 
vous donne plus là iîlle. 

Pamphile, Comment le fais -tu? 

Davus. Je le fai très bien. Tantôt '^) votre pè- 
re m'a tiré à parc, "*) & m'a dit qu'il vouioit vous 
marier aujourd' hui , & mille autres chofes qu'il 
feroit hors de faifon de vous conter prèfentemenc ''_) 
. En même temps j'ai couru de toute ma force à la 
place, '^) pour vous apprendre ce qu'il m'avoitdit. 
Comme je ne vous ai point trouvé, je fuis n)onté 
fur un certain lieu élevé; "^j de là j'ai regardé de 
tous cotés, je ne vous ai vu nulle part. Par ha- 
zard, '") je trouve Bvrrhia, le valet de Monfieur, 
-je lui demande, s'il ne vous auroit point vu, il me 
dit que non. '^) Cv-b m'a fort tache. J'ai penfé 
en moi même ce que je devois faire cependant. 
Comme je m'en revenois, j'ai fait cette réflexion ^'j 
fur ce que j'ai vu. Quoi, l'on n'a presque rien 
acheté pour le foupé, notre bon homme ell trifle, 

tout 

13) Conferator p. 14 fq. r 

14) ^at micf) ouf bic ©eife 0*409^0. 

15) Unï) yielc anberc 5>tnfle/ tpeirftc i^ Çud) <îni?p 
jur Unjctt cr^ublcn tDÙrbc. ^icr \\\ mille an |îat( 
6c3 adverbii beaucoup gebrauc[)t» 

16) S5in id) ou6 aOîti ^cafun o^v^f bm a3?ai1t g?* 
laufen. 

17) 3hif cine gctriffc Slnbo^e. 

18) Sûûfi ungcfcf)r. Adverb. 

19) ^r fprad) nein. 

20) QTîac^tc \û) w\i lUècrleflung. 



48 L'ANDRIENE 

tout d'un coup^') l'on parle de faire des noces ^^) 
ce! 1 lie s'nccorde pas. ~^) 

PanipbiU. Eh bien, à quoi aboutit tout cela ? ^'*) 

Davus. En même temps je m'en vais chez Chrê- 
mes; quand j'arrive h\, *) je ne trouve perfonne 
devant la porte. Cela commence à me réjouir. 

Carinus. Ceft bien dit, 

Pampbile. Cor.tinue. 

Davus. Je demeure là ; je ne vois entrer ni for- 
tir perfonne. **) Point de femmes* ***^ Nul 
meuble extraordinaire dans la maifon ; Aucun bruit ^ 
J'approche, j'entre, je regarde. Jeuevoi rien. 

Pamphile. J'entends. Ceft là une grande marque. 

Diiviis. Trouvez -vous que cela convienne à des 
noces? -') 

Pam- 

*) T(?Vf7;f^ ne f^'it pas fa ire **) De ces femmes qu'on 

cette remarque à Z)/iW/ï fans appellôit proUiibus. 
foruleiTiïiit. La inailoiul'une 

manc2 26) ctoit toujours **^)[Nuh!ieul>/eextrao>-' 

pleine, & devant la porte de diiiaire.) Car dans ces occa- 

la rue ctoient Its joueurs lions la m.ifon etoit parée 

triiiltruinens, & ceux qui de tout ce que l'on avoit de 

atteiidoient la maricf ponr plus beau. 
raccomp.'gner. 

21) 2iuf cinmof, 

22) Î)iffe0 vKort (^cf^drct mit in Me ortographiam du- 
biain. (Sliiiqe fcl)!Cibcn (iJ ûUd) nopce Prov. faire 
noce de chrVu, ati6 llnjucl;t f;cirûlfH'n. 

23) 5>i^ ninu't fid) nutt. 

24) 5Bof>Ion, tvoSin ^iclct Mefcd ûflcé? 

25) 5)îti)net tbr, Dûfi biefcé mit ^od)jcitma($€n nhtx^ 
cinfommc. 

a6) Prov. Il fe plaint 'que la inarice eft trop belle, et 
fla^lt obnc llrfubc La mariée tvir^ ûUcO fûr &m 
^od)jcit(anj gtnomracn. 



DE TERENCE, 4^ 

Paffiph'ile. Je ne le penfe pas, Divus, 
Daviif. Que voulez- vous dire ? ^^j jj ne U penft 
pas; vous n'y entendez rien, je vous dis que la 
chofe eft lûre» De plus en m'en retournant j'aî 
rencontré le valet de Chtemès, qui ne portoitpouc 
lefoupé"^) de ce bon homme, tout au plus que pour 
huit deniers d' herbes & de petits poiiîbns, 

Cnrinus. Mon cher Davus, tu m'as aujourd'hui 
redonné la vie. 

V)avus. Vous vous trompez, cela ne vous regar- 
de nullement. ^^) 

Cnrinus. Pourquoi donc? enfin il eft confiant ^') 
que Ghremès ne donne pas la fille à Pamphile. 

Y)avits. Que vous êtes bon! ^') comme Ci 
parcequ'd ne la lui donne pas, cVcoit une nécefiite 
qu'il vous la donnât. *) Si, vous n'y prenez 
garde, ^^) fi vous ne priez les amis de ce bonhom- 
me, 

*) Davus n'oublie rien vaillant pour hii mcme iT 
pour reveiller , pour cxi-i- travaille aulfi jiour iun maî- 
ter Carintiiy afinqu'cn tra- tre. 

27) A^^. Avec votre , per Ellip^n ûU%(of]en / fcif. 

mK furcmu'. 
28} Le lié jeûner, baé ?^ri1f-)f^uef/ le Jfner, bfl<J5)?i(fa9lJ* 

mc3()l , gourer, 33efpcrbrob/ le louper, bie 2lbenb^ 

niairljcit. In difc. K^m. vn T-upe-lèpt heures, (jC? 

jur mi)Ua 3cit ^u .Çaufc fpeifct. 

29) 31)r irret, Mé 9<()et md) gar nrd)tê art. 

30) (2nb[\(i) fo i(î î6 eine rtué(]icniad)te ©aée. 

31) ^afi fi\)b if>r ^cd) fur ein cinfaUigçr ©c^o>iJ. 

32) 5Q3p if)t tu!i) nld;r ^cïUhiU 



fO 



L'ANDRIENE 



me, fi vous ne leur faites la cour, vous ne tenez 
rien. '^). 

Carhms. Le eonfeil efl: bon^ je le fuivraî , quoi- 
qu'en vérité j'aye fouvent tenté cette voye inutile- 
ment, ^*) Adieu. 

ACTE SECOND. 

SCENE m 

PAMPHILE. DAVUS,. 

Pamphile. 

Que veut donc dire mon père? pourquoi fait- 
il femblant ') de me marier? 

T)nvus. Je vais vous ie dire. S'il fe fàchoic 
préfentement contre vous de ce que Chrêmes ne 
-veut pas vous donner fa fille, il croiroic être in- 
jufte , & avec raifon , n' ayant pas encore vu de 
quelle manière vous recevrez ce mariage, ^) Mais 
fi vous refufez la propofition qu'il a deffein de vous 
en faire > ce fera pour lors qu'il fc preiKira ;i vous ^) 

vous 

33) îBo if)r i()nen' nt(f)f um ^flésS'îauI fwum ge^cf, 

fo çiX^it '\\)t itit a\X^* Faire la cour à qiielqu'im, 

cimm fsine Siiifmarrimg madjen, \\\\\m unttc 
€tanbc8>crfonen (jebriiuitllcf). 

54) Dbfd)on in 5Bal)rbcU icî; oftcré ticfe^ S3îUt«I tjcrj 
geblicl) ijcrfucf)ct \)(iU* 

1) ©tcUef ce fîd)* 

2) 3iuf n>aé %tt i^r biéfe />ej)rût^ ûufne^mcn wcrfccf. 

3) 5SBo if)r bcn 23orfcî)Ia() , ben cr md) bcgn?c(icu ju 

t&un SBiflcné i(î, obfcf^frtqef , fo n>ii& « {îd; al^^ 
0(nrt an (uc^ xi\{Ht\' (rac^en XQoUiXh) 



DE TERENCEr 51 

de ce que Chrêmes s'eft dédit, "^j & qu'il fera un 
beau vacarme. ') 

Pamphile. Que veux-tu donc que je faOe ? fouf- 
frirai- je qu'il ■? 

Davus. C'eft votre père, Monfienr, il eft dif- 
ficile de lui réfiller* D'ailleurs ^) votre maître fle 
eft fans appui ; la première fantaifie qui le prendra, '^) 
il aura bientôt trouvé quelque prétexte pour la 
chafTer de la ville. 

Pamphile. Pour la chaflerde la ville? 

Daviis. Et bien vite encore. 

Pamphile, Que ferai -je donc, Davus, dis-Ie- 
moi? 

Davtti, Dites -lui que vous êtes prêt d'époufer 
Philumene. 

Pamphile, Oh! 

Davus. Qu'avez- vous? ^) 

Pamphile. Que je dife moi que je fuis prêt de 
Eépoufer? ^) 

Davus. Pourquoi non? 

Pcnupbile. Je ne le ferai jamais. 

Davits. Ne dites pas celi. 

Pamphile. Ne me le confeilie pa?* 

Davus. Voyez ce qui vous arrivera, fî vous fuîvez 
mon confeil. 

D 2. * P(im- 

4) ©ûf? Chrcmès ^tm SBort xurnc!gcîo<^eit« 

5) Unb ticf? cr einen fcl)Dnen Sormcn aiicic^ttu tuir&< 

. 7) ^0 6alî3 ce ibm dnfommcn wirb* 
î?) sfBaé fcbfcî eud) ? 
9) OBte, id)? id) foO fû9«n, t>og id) Dcrcit f«P/ fie jti 



J2. L'ANDRIENE 

Pamphile, Il arrivera que je ferai privé de Gly- 
cério-i pour toujours, & que je ferai' empêtré de 
rauire. '"-) 

Davus. Non, cela ne fera pas ainfi, ") & voici 
la manière dont je croi que votre père vous parlera. 
Je veux, vous dira -t- 11, que vous vous mariiez 
aujourd'hui. Vous lui répondrez, je fuis tout 
prêt, mon père. Dites- moi, quel fujet aura-t- il 
de fe fâcher contre vous: par ce moyen vous ferez 
que toutes les réfolutions qu'il a prifes, s'en iront 
en fumée: ^^) »Sj celn flins aucun péril pour vous. 
Car que Chrêmes ne veuille pas vous donner Ai tille, 
cela eft hors de doute. '^) Gardez -vous donc bien 
^'*) que la crainte quM ne change de fentiment, «5c 
ne veuille que vous foyez fon gendre, ne vousfiifle 
changer quelque choie au confeil que-je vous ai 
donné. Dites hardiment à votre père que vous êtes 
prêt de filre cequM voudra, afînqu'd n'ait aucun 
iujet légitime de vous quereller. '^) Car pour la 
penfée que vous pourriez avoir, en dif.int en vous- 
même, je romprai toujours facilement toutes fes 
melures, & je vivrai de manière qu'il n'- y -aura 

point 

10) €ji tvirb fîcî) jufrac^cn, ( c|efc!)c5cu ) bag jc() Uï 
Glyceiion ûuf i'itjui n^er^ç Ocraubit, uno mit tcc 
onbcrn Dcrfuppdt tt>c^^C{J. 

11) î^at» wirï) nutt acfcfjeben. 2)ûé Verbum être i(l 

i)ier (IH llaft bzé verbi arriver 9cbraud)t. 

12) ^tiii Di^.uicl) ucrflcfH'u obcr ju x\\è)iû tvcrdsn. 

13) ?)aé «Il auflcr JiDcifcl. 

14) êebit cH'-f) bcmnad) n>of)( Dor. 

15) ©amiterfcine r«d)tmi\6i3«Uifac0e^abe, mitSuc^ 
iu jaufcn. 



DE TERENCE. y^i 

point de pereafTez hardi pour me donner fa fille ^ '^) 
ne vous y fiez pas, '/') votre père en prendra une 
fans bien , '^) plutôt que de rouffrir que vous vou« 
débauchiez» '^j Au lieu que s' il voît que vous 
n'ayez point de peine à lui obéir, il (e ralentir.^, ^"1 
& en cherchera une à Ton aile. ^') Cependant il 
arrivera quelque chofe qui vous tirera d' embar- 
ras. '') 

Pamph'de, Le crois -tu ainli? 

Daviis. Cela efl hors de doute» 

Pamphile. Songe â quoi tu m'engages. 

Dûviis^ Mon Uieu, taifez-vous feulement. 

Pûvipbile, Et bien je lui dirai donc ce que tu me 
confeilles. Au refte il faut bien prendre garde 
qu'il ne fâche rien de l'enfant^ ^'} car j'ai promis 

del 'élever. 

Davus. Ah, quelle folie ! 

Pamphile, Elle m'a conjuré de le lui promettre, 
afînque par -là elle fût aflurée que je ne la quitterai 
jamais» 

D 3 Davus. 

i6) ^â) mxH otlc fejitg 5lnfd)ln(ic feicî)t t)crcitcïn, unb 
"fo ivilb in hm %û(^ Ijincin Icben , bng mir nid)t 
l€i(I)t «in fBater, fcinc Socl}tet ju (j«bcu , Mé ^«r| 
bûbm ivirl). 

17) 5Sauci bnrauf ntc^t. 

3 8) (£me, bic nirf)t^ \)<xt. 

19) î)û§ ibr lûberlid) tverbct. 

20) ©a tnirt) et nid)! nubr fo ^ij^fr» trfluf fci)tî» 

21 ) Unb n)irb cine nad) feincr (Bem5d}lid)f cif auéfiic^m. 

22) 3nbe|Tcn fann (ïd) ctwaé jutvagen , ba(J «uc^ QU^ 

beit t>ertt)ttrten .^nnbcln ^ief)en wifb. 
«3) 5:)fl§ « nid;tï5 &on bmi ^(nb< «rffl^c 



f4 L'ANDRIENE 

D^vii!^ L'on ^'*) en aura foin^ Mais voilà votre 
peie, prenez bien garde qu' il ne s'apperçoive que 
vous êces trille. 

ACTE SECOND. 

SCENE IK 

SIMON, DAVUS, PAMPHILE. 

Simoji. 

Je viens faire encore un tour ici , pour tâcher de 
découvrir ce qu' ils font , & quelles melures ils 
prenneiK. ') 

Daviis. Notre homme ne doute pas que vous ne 
refufiez de vous marier. *) Il vient lans doute de 
méditer en quelque heu écarté, & il efpere bien 
avoir préparé un difcours fi éloquent &-fi pathéti- 
que, que vous ne ("aurez que dire * ^) tenez -vous 
donc fur \os gardes, ') 

' Pam- 

■*) Comme les Pliilofijphes plaifaritant & entraînant les 

qui cherchent les lieux foh- fyllabes, pour fc moquer du' 

taires pour vaquer à la me- bon homme. 
Citation. Davus dit cela en 

24) On unb l'on ^ctffm 6ct)bc mûrt, unb fînb im t)0' 
riqcn iccnîo hom (}cfd)ciebcn worbcn/tvoramîman 
iî)rm Urfprunij cinf«iben fann. 
i) Unb maé fur ?>3îaat?rc(}cln fie nc(>mcn, 
2) Q:c ()at obne aVizn ^weifcl <îtt ir^cnb «incm cnflcgc^ 
ncn Drte bcr ^^aé)i :ia cî)3cfonncn, unb DcmconeÉ 
cinc fo fnn(i(id)e nnb burd)brinoi€nbc ?îcbe Dcrfer* 
tmt ju ^abcn, bQ§ il)r nicl)t tuijfcu n.^«rb«t/ iva^ 
ibr biirauf ontraorfcn fcflft. 



DE TERENCE* >ff 

Pamphile. Pourvûque Je le puiiïe, Dsviis, 
Daviis, Croyez -moi, vous dis -je, & foyez fûc 
qu''il n'aura pas le moindre mot à vous répondre» 
(î vous lui dites que vous voulez bien vous ma- 
rier. *) 

ACTE SECOND. 
SCENE F, 

BYRRHIA. SIMON. DAVUS. 
PAMPH[LE. 

Byrrbia, 

Mon Maître m'a commandé de tout quitter, ') 
&d'obrerver aujourd'hui Pamphile, afin de 
découvrir ce qu'il fait fur fon mariage: & c'eft pour 
cela ^) qu'ayant vu fon père prendre ce chemin. ') 
je l'ai fuivi. Mais je voi aufli Pamphile avec Da- 
vus, voilà mon affaire, '*) écoutons. 
Sîmorh Ha, les voici tous deux* 
Davus. Sty Monfieur, fongez à vous. 
• Simon^ Pamphile. 

D 4 Davus^ 

4) ©0 i^r ibm fagef, bû§ i^c <uç^ Ocrjtic^ <|crne ecw 

t)fçr«ït^en woUtt. 
i) Slflcé fîebn unb Ii«gm ju faff^x CDiâit fflgf in fcnfa 

metaph. quitter prife, t)on <in<ro Untane^mm a&< 

a) Unb ebett bcêwegen i(l <é. 

3) ^ierquf ju^c^cn. 

4) (baé ijl re^t fur WK&) bicg i(î mir eitrirwûrtfc^t«ç 

•S>anbç(. 



5^ U ANDRIENNE 

Davus, Regardez de fon côté, ') comme fi vous 
ne l'aviez pas encore aperçu* 

Pamphile. Hi, înon père! 

DnvHS, Fort bien. 

Slimn^ Je veu:ji, comme je vous l*ai déjà dit,qufr 
vous vous mariiez aujourd'hui» 

Byrrbia. Je tremble préientement pour nos af- 
faires, & j'oppréhende fort fa réponfe, *^) 

Pamphile Et en cette occafion, mon père, & en 
toute aucre;Vous me trouverez toujours prêt à vous 
obéir 

Byrrhta Ah, cela- fe peut - il î 

Dûviis, Le voilà muet, *') 

Bynb'ia Quelle réjonle! 

Shmn Vous faites votre devoir, mon fils, de 
m' accorder de bonne gbce ce que je vous de- 
mande. ^) 

Daviii. à Pamphile, Ai* je dit vrai? ^) 

Bjinbia^ A ce que je puis comprendre, *) mon 

Maître 

*) Cela eft éle(»amment (>err/re fon procès. Et cette 

dit, excic/rre tix^jve ^om ù'wc Fa-joii de parler cil prifedes 

perdre hfpérancèii avoir la Grecs qui ont employé Icup 

femme qiCon pouvfiavoit.Ow ë-^Tilurei)! dans le même 

dit de uïêiiie excidere lite^ f^ns^ 

5) ©ifi/t nuf i^it ju. 

é( Appréhender quelque cliofc de quelqu'un, fîd) t)Ott 
i\\\m\ ctwaé bcfabrcu i appréhender pour quel- 
qu'tin, fur ciHcn bcfor^t fci)u. 

7) 5!)a ncrftuijim't er. 

S) ©iitaMi',!,] in Dai?)«Hi(;c, tva^ ic^ t)on «uc^ Dcge^rCr 
i;u i:r>iil!ijcn. 

9") .^?4<'i< ici) wa^c gmbet? 



DE TERENCE. f7 

Maître en eH: revenu, il n'a qu' à chercher femme 

ailleurs. '7 

Simon. Allez, mon fils, entrez, afînque lors- 
qu' on aura befoin de vous, v^ous ne faffiez pas at- 
tendre. 

Byrrhia, Eft-il pofîihle qu'on ne trouve perfonne 
à qui Von le puifle fier de quoi que "; ce iV/it! Il 
eft: vrai que, comme dit le Proverbe, char. ce bien 
ordonnée commence par foi -même. '^ Je me 
fouviens d'avoir vu cette fille; en vérité elle eft 
fore belle :^ c'efl: pourquoi je pardonne plus faci- 
lement à Pamphile d'aimer mieux l'avoir la nuit 
près de lui , que de la lavoir entre les bras 
d'un autre, ^^) Je vais di-e a mon Maître tout 
ce qui fe palfe , afinqu'il me donne une re- 
compenfe proportionée à la bonne nouvelle que 
je lui porte» 

10) ^0 t)icï id) mcrfcn fann, fo ijï ce mit mtimé 
^ettn 5;ci)wtî) gar auê , uni) ce mog (id) imnicc^ 
l)ln «nbctéroo cin ^tib fud)cn. 

11) Quoi que i(t ein pronomen improprium, uilb tvltb 
in bcr (Sd)rcibart allemal t>on cinanbcr vjct[)etlt, 
um ce Uon bcrConjunition quoique WPbl iU untcrs 
fd)eibcn •■> fie tcgiercn bcçbc bcn Conjunélivum, j. (J. 

quoi ^u'ii arrive, eé ttûgC ftcf) JU Waé llUt WoUc» 
quoiqu'il le dife, c»b cr (ê iè^m fngcf. 

12) Proverb. ^cbcc ift fld) fclDj! bcv nûC^(?C. 

13) îll^ ïii in t^n 2lïmcii cinciJ anbcrn ju tviUnu 



ACTE 



5S L'ANDRIENE 

ACTE SECOND. 
SCENE VI 

DAVUS» SIMON* 

Davus, 

Voici notre vieillard qui croît que je lui vai fer- 
vir un plat de mon métier, ') &que c'eft pour 
cela que je luis demeure ici* 

Simon, Que dit Davus? 

Davus^ Ma foi, Monfieur, rien pour l'heure* 

Simon, Quoi, rien ? hon, ^) 

Davus ^ Rien ^) du tout* 

Simon, Je m'attendois bien pourtant que tu dirois 
quelque chofc. 

Davus, Il a été trompé, jelevoibien; &; cela 
fait enrager ce fin matois» "*) 

Simon, Feux- tu me dire la vérité ? 

Davus. Rien n'efl: plus facile. 

Simon. Ce mariage ne fait -il point de peine à 
mon fils , à caufe du commerce q«' il a avec cette 
Etrangère ? 

Davus^ 

I) rroverl>. fca^ tc^ iim cin?ît i?ott ntcittCtt" gciïr^nli' 
^cn vgtrcid)cn fpiclcn rc«rbe. 

«) ?S5ic, nid)té? (^um) \^ <inc Interjeélion, Uic mt 
^rbitteruncj anjcioiet. 

9) î)iC Adverbia rien, point unb plus ncf)mm be« ge- 
nitivam articuli detiniti 511 fîd), ttjenn feaé 2BorÉ 
tout immédiate fieutralitcr bavauf foUjCt; in ûnbcttl 
y^alicn abcr ben £;enitivum articuli indefiniti, de. 

4) Uni) bflf? macï)t, îjat' t>kfct oltc fc^loue gudbé va* 
(cnt) ton iil. 



DE TERENCE. y^ 

Dfivtis, Non en vérité; ou s'il en a quelque petit 
chagrin, cela ne durera que deux eu trois jours, vous 
enteadéz bien: après quoi li n'y penlera plus ♦ car 
vous voyez qu'il a pris la choie comme il falL(^it, 
& de bonne grâce. *) 

Simon. J' en fuis fort cor tant. 

Davus. Pendantqu'il lui a été permis défaire 
l'amour, '^) & que l'ège l'a foufîert, '^) il a aimé, 
mais c'a toujours été lans éclat, ^) ôc en honnête 
homme; il a toujours pris grand loin que Ton 
amour ne {k point de tort à fa réputation. Pré- 
fentement il faut fe marier, vous voyez comme 
il a fixé fon efprit au mariage. ^) 

Simon *) Il m'^ pourtant paru un peu trifle. 
Davus, Ho> ce n'eft pas de cela qu'il eft triile, 

*) Il faut bien remarquer vrailèmbiable qu'un bomme 

la beauté de ce caraflere de fi amoureux n'cûf point pa- 

Tuuipbile, Il a fait tous fes rutnftc du tout, & d'ailleurs 

efforts pour ne paroître pas il n' auroit pas été honnête 

trille à fbn père, cependant qu'un honnête homme com- 

il ne iailTe pas de paroître un me lui eût eu \à force de ic 

peutriièe. Il n'auroit pas ctc contrefaire abfolument. Ces 

fortes 

5) S^entt if)r fc5«f, ba§ «r bic «SacÇe, ft> mie <j? fîc& 

(iebûf)rct/ unï) auf cine anjlrtuûige 5lrt ûufijenom» 
mcu. 

6) 8iebeé^âRbeljufrciBen. -^rciuen^iramer ju 6c>Ûncn» 

7) Unb tic ^ugcnbî^n^re (0 jugelalfen» 
S) D5nc »iel SScfen. 

9) 2Biç n- \m ©çmùt^c ju î>«v ^corat^ scwcnbc^ 



60 



L'ANDRFENE 



& ii-y-a une chofe où il fe plaint un peu de 
vous ) 

Simon, Qu' eft - ce donc ? 

Daifis. C'eft une baduierie d'enfant, ") 

Simon. Quoi ? 

Davus. *) Un rien. 

Simon, Di - moi donc ce que ç' eft ? 

Davus, Il dit que dans une occafion comme celle- 
ci on flic trop peu de dépenfe, '^) 
Simon, Qui, moi? 

Davus. Vous-même. A peine '^) dit- il, mon 
père a-t-il dépenfé **j dix drachmes pour le fouper ? 
diroic-on qu'il marie Ton fils? Qui de mes amis 
pourrai -je prier a louper, un jour comme au- 
jourd'hui? Et ma foi aufîi encre nous, '"^^ vous faites 

les 



fortes de traits doivent être 
bien étudies if) par ceux qui 
travaillent pour le 1 iicatre, 
car les caraélercs, c'elt ce 
qu'ils entendent le moins. 

*) lîlt-ce pour excitcfl" da- 
vantage la curiofité du vieil- 
lard qu'il diffère de parler, 
ou parcequ'il n'a pns encore 
trouvé ilir quoi rejctter la 



triflclTc de Pamphile, ^ qu'il 
l'arnuie ainfi pour avoir le 
temps de chercher? l.e der- 
nier eit plus vraiierriMable& 
plus propre au ïhcatre, 

**) La drachme Attique 
valoic à peu près cinq lois. 
C'écoit donc cinquante iols, 
où -20. ggl. 



10) ÎBorinnen tt ftd) in ctroa^ uBer cud) 6efc&»<rct. 

11) ^inecrpolf.». 

12) Wi<\x\ x\x tDcnij) (jufijc^c» lu^t. 

Ig) Advcrb. fiJUm, 
14) Scilicct dit. 

15) Ciffc ^Irfcn uon ?{bfcï)i(t(run3(n mûjfm f«§c tvo^l 



DE TERENCE. 6i 

les chofes avec crop de lèiine, "^) je n'approuve 
pas cela. 

Shfjon. Je te prie de te taire. 

Daviis. Je lui en al donné. '^) 

SitJioti, J'aurai foin que tout aille comme il 
faut. *) Que lignifie tout ce dialogue? &que veuc 
dire ce vieux routier? '^j S'il arrive quelque defor- 
dre en cette affaire , il ne faudra pas en aller ch^r- . 
cher l'auteur ailleurs. 

*) Ce que Dflt'//f vient de grand embarras, ^ qui lui 

dire à Simon que ion fils le tiit dire que Jignifie tout ce 

plaint du peu de dépenie ^/r3^^?if.<' Et en même temps 

qu'il fait pour fes noces lui cela explique ce que Davns 

donne quelque ioiipçon que vient de dire en fe tournant 

ce frippon de valet A: l^cwi- du côté desSpeftatcurs pour 

^')//e n'ayejit découvert l'ar- n'être pas entendu du bon 

tifice de ce feint mariage 19) liomme, je lui en ai donnc^ • 

c'ell ce qui le jette dans un il a la puce à l'oreilU^ 

16) ^\)X oerfabrct mif oîî^u cîrofler ■^\\\\o,U\t. 

17) 3cl> ^)^^« i^"^ <^'"<^'^ S'o() iné O^x gef^Çf, 

18) Ult^ luaé XùiW blcfcr a\ii gud[)'J fagen? 

19) 2)iî ^iMief«r ^ertMtcn ^pfOim^, 






'»i^^'>$i*' 



ACTE 



65 L'ANDRIENE 

ACTE TROISIEME. 

SCENE L 

UY SIS. S I M O N. D A V U S. L E S B I A. 
GLYCEKION derrière le Théâtre. 

Myfîs. 

En vérité ce que vous me dites eft très vrai, ') 
Lesbia , l'on ne trouve presque point d'Amant 
fidèle. 

S'imcu. Cette Servante eft de chez cette Andrienne, 
qu'en dis -tu? ") 

Davtis. Oui, Monfieur, elle en efl:. ^) 
JMy/îs. Mais pour ce qui eft de Pamphile. « ♦ » 
Simon, Que dit -elle, 

Myjîs. Il a tenu la parole qu'il avoit donnée à ma 
Maîtreile. 

Si won. Oh! 

Davus. Plût-àDieu que ce bon homme fût fourd, 
ou que cette cauleule fût muette. '^) 

Myfis. Car il a commandé qu'on élève l'enfant 
donc elle accouchera, 

Simon^ 

i) 3(ï ivnf)rf)flfti(î tt)rtf)r. 

2) 3i^bon MetVr Andrii fier. ÎSrtt^nKDncffbubalion? 

Chez TOirb pft nrtd> bTH Geiii^fvo .irticuli 'ndLfinïti 
de (icfffîty unb irrt î5mtfdKn uIcDeun am bcftcit 
turcf)<ittSublhntivutn, foemcnOrtbcDcutct/ aué* 
qcDrûcfk'f. 
3") (5ie ifl baber. 

4) 'j^a% btcfer c\utesB'îvum (auO, ob« bj«fc ^lautcrintt 



DE TERENCE. €3 

Simon. Oh, Jupiter ! que viens-je d' entendre ? ^) 
Je fuis perdu, il ce qu'elle dit eft véritable. 

Lesbia. Vous mepariez-ià d'un jeune homme de 
bon naturel î ^} 

Mylîs. Très bon; mais fuivez- moi au logis, de 
peurque vous ne tardiez trop 'j pour maMaicrefle. 

Lesbia^ Alior.à. . 

Davus Qud^J) remeds vais- je trouver à cet acci- 
dent? ' . 

Simon, Qu'eft-ce que cela ? eft-il donc fi fou? *) 
quoi d'une Etrangère? Oh ^ je fai enfin ce que c'eft. 
**) Que je fuis fot! à peine enfin F ai- je fenti. ^) 

Davus. Qu'eft cequ'ildit donc qu'iia fenti? 

Simon, Premièrement c'eft de ce coquin que 
vient la fripponnerie. '°) Ils font fembîant qu'elle 
accouche, afin de faire ") peur à Chrêmes. 

Glycè- 

*) C'eft à dire, d'une Cour- que !es foupçonneûx font 

tifàne. Car, comme jel'ai aufîî fujcts à être dupé: que 

remarqué ailleurs, on don- les {()J:s. Car ce hon homme 

noit le nom à' étrangères z àfocced'ctre fubtil prend la 

toutes les femmes débaii- venté pour une rufè, ainii 

chées. il fe trompe lui-même» 

^*) Tèvence fait bie n voir 

tÇy 5Sûé 5û6e \&s jejo gc5«^rct? Idictifmus. 

6) ?8on gutcm (B-'tr.ûri);. 

7) S^amit mciue grau nidjf ju lange auf €u(5 ItJârfco 

fcdrffe. , ' 

8) S)<l<^Intefrogstivum Conjun6^ivumquef jjc^ff alIcnîQÎ 

b«n cafiiiu verf)i, «lit ^enl it- t>crfnûpfet tvirî), mit 
DOC baé V'erbum, fo Kc>\i\>Q.^ (iTetnpcl ()icrani(igct. 

9) ^ûum \)o.hz id) t^ enblicf) qcmcrfet. 

10) S5on bicfemêcï)elm fotnmt ber (gpijbuDtn <Strclcl) 
fier. 

11) 5in (îflU afin qu'on faflc, ij| ^jnc Eleganz, 



^4 TANDRIENE 

Glycérîon, JunonLucine, fecourez-moi , je vous 
prie. 

Simon, Ho, ho. fi vîte! Cela eft ridicule. Sitôt 
qu'elle a fu que j'ctois devant Ta porte, elle s'eft 
hâtée de crier : '^) Davus, tu as mal pris tes mefu- 
res, '^) *J tu as mal partagé lestems de ta Pièce. 

Davus, Moi, Moîifieur? 

Simon, **) Tes Afleurs oublient-ils ainfi leur rôlei* 

Davus. Je ne fai ce que vous voulez dire. 

Simon, Si j'avois eu deHein tout dé bon ''^) de 
marier mon fils, & que ce maraud m'eût attaqué 
fans que j'eiiOe éré bien préparé, '^) il m'auroit 
fait voir bien du païs, '^) mais maintenant je fuis 
à couvert de fes rufes, & déformais toutes celles 
qu'il fera , retomberont fur lui» '') 

ACTE 

■^) C'efl une figure prHc du fi promptement, c'eft ce que 
Théâtre. Dans unePjcceil nous difon« i)yevd\e /e lio' 
faut que les temps (oient me- mau p(ir la ejuefie IS) 
nages, de manière que tv^ut *^) C/elt une fuite de la 
fe fiiive, ik que ce qui doit même fii^urc dont il rient de 
être au cinquième Aé}e, ne feTcrvir. ÇV;and lesAileurs 
paroînè iiidansle fccniid, ni font dans le troifîcm'e A£le 
dans le rroiiîème, Simon rc- ce qu'ils ne doivent faire 
proche donc a D<:<:7/j d'avoir qu'au cinquième, il fdUt né- 
mal obfervc cette rc^lç, en cefr^ireincnt qu'ils ayent 
failant sccoucher Gi'jcaion oublie Icu^ rôle. 

12) S'^ai ftc gcfctwinbc çîcfdjricn. 

13) Davus, ^u I)a)î haiifti <^ixnâ) ^ur llnjelf.(inge« 
brncf)t. (bMHf êocftcn fcfticcin anç^cfanqcn.) 

14) îSiinn id) im (ÎTiin tffiiiirnP çi.nveftn wâre. 

15) U^^ niid) bicfni^diurf^, cf)nf \>a^ id) mic^ brûuf 
f\cfa(ï ,qcnuicfK» nn'KMlIcn batft. 

16) ®iirbe cr mir utcl î.nri'^rufi eitvcft ()û6cn, Provcrb. 

17) ©olUn fluf ihn <uriicf fufit'n. 

iS) Proverb. ©ù^pfcrt)? l;iutei: ornSBagcn fpannm^ 



DE TERENCE. 6f 

ACTE TROISIEME, 
SCENE IL 

LESBIA, SIMON. DAVUS. 

Lesbia, 

ufqu'h préfenc, Arquillis, Glycéiion a tous les 
bons fignes que doit avoir une nouvelle accou- 
chée, ') Préfentemenc donc *) la première chofe 
que vous devez faire, c'eft de la baigner, ^) **) après 
quoi, vous lui donnerez à boire ce que j'ai die, & 
la quantité que j'ai ordonnée. ^) Je reviens *) 
ici dans un moment. En vérité il eft né aujourd'hui 
un joli enfant à Pamphile, je prie les Dieux de le 
lui ') conferver, puisque ce jeune homme eft d'uti 
fi bon naturel, & qu'il n'a pas voulu faire l'affront 
h cette jeune perfonne ^) de l'abandonner. 

Shnonl 

*) Cétoit la coutume en *^) Voilà une ftge femme 

Grèce, dès qu'une femme qui prend bien le ton des 

étoit accouchée , on la met- Mcàczms, j' ai or domié. 
toit au bain. 

2) S:^(it ûUc gufc 9i)i(îrf maf;le , bic dnc neu« ©cc^^tvoc^* 

ncrin ()aben folï. 
^) 3fî / ^^^ ibr fîe babeii foOcf. 

3) Unt» fo t>tel, o(é irf) Dcrorbncf. 

4) jF)iCC ifî î)(1éI praefens indicativi ûit jTûît be^ futuri 

emphatice jjenonimcn. 

5) Obf CtJC particula relativa le, unb blc Pronomina 

le, la, uub les fld)en aOejeif t)oc lui, leur, y 

unb en. 

(5) Unb ba§ ce biefec junsen ^crfpti b^U ©(^imçf uic^l 
E 



66 UANDRIENE. 

Simon. Qui teconnoîtra, doutera -t- il que tu 
ne fois encore l'auteur de ce que ^) nous venons 
d'entendre? ^) 

Davus. De quoi donc l'auteur, k qu'eftce que 
c^eft? ^) ^ 

Simon, Elle s' eft bien gardée '°) de dire dans le 
logis ce qu'il falloic à l'accouchée, mais quand elle 
a été fortie, elle s'eft mife it crier ") du milieu de 
la rue aux ^x^ns qui font dans la maifon» Oh, Da- 
vus me méprifes-tu donc de la forte, ou me trou- 
ves-tu fi propre à erre joue '^) que tu le fafl'es fi 
ouvertement, & d'une manière fi grofliere ! Tu 
devois le faire adroitement, afinque fi je venois à 
le découvrir, il parût au moins que l'on me craint. 

Davus. Par ma foi, pour l'heure, ce n'efl: pas 
moi '^) qui le trompe, c'eft bien lui-même. 

Simon. 

7) 3fî cit?eSh*( ciner Conjun£îion, W anemnJ bcn In- 

dicativuin rcgia'ct, unî> cinc P3«vi§()cit anjcigct; 

î)a que mit btm Conjumaivo cine 3îî>e9t»cuti9fcU 

iti fold)i:?îi Safle Dcrurfad)en fann. 
X) ïïîer btd) \i\mii , roirb bcrfdbc annod) imciffln, 

bo§ bu nid?t nud)bccUrOcbcr bccjaiiaenfci^jî^waiJ 

tt)ir ebcn gc()5rct 5ût>«n* 

9) llnb waiJificé? 

10) ©le f)at ftd) TOof)l oorocfcfjett. 

11) -pût fie ju fd)rei)cn ongcfangen. 

1 2) .pûUfî bu nijcf) fût cinen fold).cn , \itx ftd) fo (cic^f 
bctri'igcn Iflfil? 

13) SMcPronomina pcrfonaliaabfoliita tVCVbcn mit bem 
verbo itnperfonali t'eft empliatice bui'd) oflc ^eiî 
foncn gcbraud)t v. g. c'e(l*inoi, id) bin cd K. ijt 
aber tjoti bcn attnbutis Me ?vcbc, fo br(iud;t mon 
fcaô Vcrbum être mil U\\ ïBdrtae» le, la unbUs; 
v.g. qui cU malade? je le iijis. 



DE TERENCE. 67 

Simon. Ne t'avois-;e pas averti de ne point met- 
tre tes rufes enuiiige? "*} ne t'avois-Je pas fait des 
menaces, encasque tu le û^qs"^, A quoi a fervi tout 
cela? t'en es-tufoucie le moins du monde? '^) 
t'imagines- tu que je donne dans ce pameau, "^) 
& que je croye qiîe cette femme foit accouchée? 

Davus. Je connois fon erreur, & j' ai ma répon- 
fe toute prête. ''^) 

Simon. D'où vient-doiic que tu ne répons rien? 

Davus. Comment? que vous croyez; Gemme 
Il l'on '") ne vous avoit pas averti que tout cela 
ieroit ainfi. 

Simon. *) Moi? quelqu'un m'a averti. 

Davus. Quoi , Monfieur, vous auriez deviné de 
vous même, que tout cela n'eftquejeu? à d'au- 
tres. '") 

Simon. On fe moque de moi. 

Dûvus. On vous l'a dit. Autrement, comment 
auriez -vous jamais pu avoir ce loupçpn? ~°) 

E 2 Simon. 

*) Voilà le bon homme qui s'applaudit d'ctrc fi clair- 
voyant. 

14) S^Mtt id) bid) mé)t (jcfôarnct, bcitic £ijî unfcrtuud 
(^en ^u laffcn ? 

15) ^afl bu bné gerinflflc i)oii bec 53fl( barna4) gw 
fragt? 

16) ©aÉî icb in bicfe ^oMt Hlnbliniît> 6i"ein laufe, 

17) Uïib bin fchon mit bcrilntnjorî finï(^. 

18) ^ïîûcf) fi o^er ou bnjiîd)t man (icb^r baé SBort l'en 
(ild on, ben Uclxnauf j|u \><•rmei^cn. 

'9) î>n§ Mcft'é rt!?cf:5 nuu cin Ç^dj^rj fcp? ^ojfrd. 
20) 5Si« f)(!tfe if>r foufîen ]i\m\^ auf biefen i^irgnîor)» 



£S L'ANDRIENE 

Siff^oJh Comment? parceqùe j'e te connois. 

Davus. Vous voudriez presque dire que cela s'eft 
fait par mon confeil. ^') 

Simon. Sans doute, & je îe fai très bien, 

Vavuf. Vous ne connoiflez pas bien encore qui 
îe fais , Monfiour. 

Simon, Moi, je ne te connois pas ? 

'Davus, Mais voilà ce que c'eft* ^^) je n'ai pas 
plu ôt commencé à vous dire quelque choie> qu'aufîi- 
•ot V lUs croyez que je vous trompe. 

Simm, J'ai grand tort. . . « 

"Davm, Aufll, par ma foi, je n'ofe plus ouvrir 
la ûou,jhe devant vous. 

Simon, Au moins fai - je bien certainement une 
ch 'e, c^ e(t que perfonne n'a ^^) accouché dans 
cette mailbn. 

\^avus. Vous dites vrai ; mus pourtant, ils ne 
lai'feront pis d'npporrer bientôt un enfuit devant 
cette porte T *) au m'>ins, mon Miiître, je vous 
avertis que cela arrivera, afinque vous n'en prc- 

tenuiez 

*")D^7t;//f avertit 5'/'wo» de l'accufcr d'une chofc dont 
ce qu'il doit exécuter lui- il l'a averti, 
mcine atinqu' il ne puiffe 

2i) SDrtfi bkUè auf mcin Olnge&en ç\î^éthirx. Se faire 
il? olK'mal ein rcciprocum impcrfonale im ^rati* 
jô(îfd)cti, ob ce frbon im î^cutfd)cn aé)ive biucf) cic« 
fd)c!Knau6;qc^rûcfcttï>crbeunlu^': v.g. cela fc fera, 
Datîf foUgcfi1)>bcn. 

22) 2lb'.'r f» bel , TOic eé <MUt , ( fo gcbfé. ) 

23) -îBûnn bQ0 Adverbium ne2andi, per/cinne, rien, 
aucun &c, nnmiiidtivus vcrbi i|î, fo (îebcn bt'DbC 
ne-ationes t>or bçiU verbo jufammcn, Wl? O^^l'*'^ 



DE TERENCË, 69 

tendiez caufe d'ignorance, ^'^j & que vous ne veniez 
pas dire que c'eft.par le confeil de Davas que cela 
s'eit fiiic, & que c'eft une rufe de fa fiçon. ^*) Je 
veux vous ôter entièrement cette mauvaUè opinion 
que vous avez de moi, 

Shnon, D'où le fais -ta? 

Ùaviis^ Je r ai oui ^^) dire, & j'en fuis perfuî^dé ; 
mille chofes concourent à me faire ^^) faire preien- 
tement cette conje^ure. ^^) Premièrement cette 
femme a dit qu'elle étoit grofle de Pamphiie* cela 
s'e^ trouvé faux, A'prélènt donc qu'elle (ait qu'on 
fe préi)are chez nous à faire des noces, elle envoyé 
chercher la Sage -femme, *) & lui fait dire qu'en 
venant elle apporte un enfant, croyant qu'à moins- 
que vous n'en voyiez un, il n'-y-a pas moyen de 
reculer le mariage de votre fils^ '^_) 

E 3 Simoiu 

*) Cette friponnerie étoit fans 30) pour tromper Irt- 
fort ordinaire en Grèce, on vieillards, 
fuppofoit fouvcnt des en- 

24) î>amit xht «uc^ mit ber Unwififen^cif nic^t cntfdjuU 

hmw môflet. 
2ç) I)a6 fcjefcs due Sifl Don feiiicr 2lrt fct). 
26) Ouïr ijl cm vcrbum clefeèhvum, unb wir&nurtiicijï 

in temporihijs tompolîtisgcbrauc^t/ m anbcrn S<il« 

(en rtbcr entendre. 
07) Faire t)Or cinMU infinitivo ^fiflfet (ûflfett/ v. g. faire 

dire, fagen lajfcn; eri;o, t'.irc faire, macî)cn laffcn» 
2 8) Unb brinçicii mid) j«IJo auf fold)«?i)îu({)ni(j8un5en- 
29) iSé nid)t radi]li4) fei>, t)ie -pei?rat() «ucfé ^o^nci 

ju ^tnbern. 
50) aso ma» cf«f^ ^inbcv unurfc^o&î 



7© L'ANDRÎENE 

Simon, Que me dis- tu là? puisque tu fiivois 
qu'elles faiîbient ce complot, ^') pourquoi n'en 
averciiVois - tu pas d'nbord Pamphile? 

Davifs^ *) Eh, Monfieur, qui eft-ce donc qui 
l'a arraché de chez cette cré:)ture> fi ce n'eft moi? 
^^) car nous favons tous avec quelle p.ilîlon il l'ai- 
moit ; ") & préfentement il Ibuhaite que vous lui 
donniez une femme. Enfin, Monfieur, Inillëz- 
moi conduire cette afTbirc. ^■*) Cependant ne laii- 
fez pas de travailler à ce mariage comme vous avez 
commencé, & j'efpere que les Dieux favoriferont 
notre deflein.. ^') 

Simon. Va-t-en feulement au logis, attends-moi 
là, & prépare tout ce qui eft nécelfaire. ' 

'*) Siyiton lui a demandé vieillard en lui Gnfant en- 
pourquoi il ne l'.'j voit pas tendre que c'ell lui qui a ar- 
avcrti du complot qu'il fa- radie P.^w/-/'//? dechez G/y- 
voit? Il n'avoit pas ilc bon- ccn-m. Ce qui elt pins que 
ne rcponlè à faire, car il ne d'avoir averti, l'avcrtiiTement 
pouvoit pas tlire qu'il en peut même être enferme 
avoit averti. Il prend donc danslerefte, cela ell très fin, 
un autre tour> i^ amufe le 

51) 2)a§ fîc bicfeé jufamm<n fd)micbe(crt. 

32) 31d) liebcr ^crr, n)«r ift c^ bonu, fo trf) té nicf)t 

Ui\, bec ibn t>on bicf«m 53îi'nfc^î lo^çjeti|T<n» 

(nbflcjogen?) 
53) ?l(Bie fe()r <v in ftc ijerlicbct war, ( cbcr gettjefctt.) 

34) ?afîeî mid) nur bicfc 6ad)c uuefûbrcru 

35) S^ag Me ©o'ttcc unfcïin 23or()n(>m âunjîiâ fcçtt 
(«^ feguen ) roerbcn. 

ACTE 



DE TERENCE. 71 

ACTE TROISIEME* 
SCENE IIL 

Simon. 

Il ne m'a pas perfuadé entièrement, & je ne fai fi 
tout ce qu'il m'a dit eft véritable, mais je ne 
m'en mets guer£ en peine, ') Le principal eft 
que Pamphile m'a donné fa parole» Maintenant 
donc je m'en vais trouver ^) Chrêmes, pour le 
prier de lui donner fa fille * fi j ' obtiens cette 
grâce, pourquoi ne conclurois-je pas ce mariaga 
plutôt aujourd'hui que demain ? car il n'.y>a 
point de doute que je ne fois en droit ') de con- 
traindre mon fils, s'il ne vouloit plus fe marier. 
Mais je vois Chrêmes, qui vient ici tout à pro- 
pos» '^j 

ACTE TROISIEME» 
se EN E IV. 

SIMON» CHREMES. 



J 



Simon* 
e ofcine le bon jour à Chrêmes, ') 

E 4 Chrcmês^ 

i) 5incin ic^ Bcfûmmcre mic5 tvcnig barum. 

2) Aller trouver quelqu'un, eitien auffudjCH/ jîC^ tlû^ 

cinem unifeb^n, (ju ein?m ge^eu.) 
S) Sa^ \(X) bcrcc()ti9ct fa). 

4) 3Ué TOrtnn cr qmifen Kobt, (redit jugc{c3««ff3«iO 
j) NB. <l\m îicbenéart, bie im ftylo famil f«r (Srau* 

bdrte l>in(^2ben mag i flb«v galantç SchU uic^t nac^» 

«&nKn f9ll«n. 



^a L'ANDRÏENE 

Chrêmes Ha, c'efl: juftement vous que je cher- 
chois. 

Simon Je vous cherchois aufïï, 

Cbremiês, Vous venez bien à propos. Quelques 
perfonnes me font venu trouver, ^} pour m' aver- 
tir qu'on vous avoit ouï dire, qu'aujourd'hui ma 
fille le mirioic avec votre fils ; Je viens voir (i ces 
gens- la rêvent ou fi c'efl vous qui avez rêvé» 

Simon, Ecoutez, je vous prie, un monent, vous 
faurez ce que je fouliaite de vous, & ce que vous 
voulez (Il voir. 

Chrêmes, Et bien j ' écoute , dites ce que vous 
voulez, 

Simon, kw nom des Dieux, Chrêmes, & par 
i amitié qui cfi entre nous depuis notre enfance, & 
qui, a cru avec l'âge; ^) par votre fille unique & 
par mon fils de qui le lalut efl: entre vos mains, je 
vous conjure, aidez- moi en cette rencontre, '^\ & 
que ce mariage fe falTe ^) comme nous l'avions ar- 
ïêté ^) autrefois. ^) 

Chrêmes^ 

fi) (?é fînb cintge £^iifc>u mir (jcfommen, 

3) ^\i untcr une oon ivinbecîbcinm an b(j!c§«( Un& 

mit beii ^^l)*"*" jiigcnonimcn. 

4) €kf)t mir \\\ t>i<fer @e(c(icn()cit 6{i;. 

5) Icil^ii bicf« S^i\)içM\) ge(c()d;jn. 

6) 2U>9er<b<(. 

7) Autrefois, adverb. tcmporis, muç je&erjfif jufatlîi 

iren flefcftricbcn rocrbcn ium llntcr|'cl)ifl''c t?on une 
autre t'ois, cin anbcrniiil. Jadis ûbcr wirb nur itt 
fccc .1Mc()te«u|ï / obcf b<« al(m (^riQOlungm fiç* 



DE TERENCE, 73 

Chrêmes, *) Ah ne me priez point; efl ce qu'il ^) 
cft beioin de prières pour obtenir ceU uc m^i ? 
croyez- vous que je ne fois pas aujourd' hui le mê- 
me, que j'écois quand je voulois marier ma fille 
avec votre' fils ? Si ce mariage leur efi: avantageux, 
faites- les venir, & qu'ils fe marient tout- à- l'heu- 
re^ mais s'il peut leur en arriver plus de mal que 
de bien, je vous prie d'examiner les chofes en com- / 
niun ^) tant- pour l'un que pout l'autre, Ôc de fai- 
re comme fi ma iîlle étoit à vous, & que je fulfe le 
père de Pamphile, 

Simon^ Ccft parceque c'eil: l'avantage de l'un 
& de l'autre que je defire ce mariage, '") & que 
je vous demande qu'il fe fafle; fi la chofe ne par- 
loit d'elle même, je ne vous le demanderois pas^ 

Chrêmes . Qu'-y-a-t-il donc? 

Simon. Glycérion & mon iîîs font brouillés. ") 
E ^ Chrc' 

*) Le c^TZzktrt^QChremh trcs-nêcefîàire aHnqu'ilpûÉ 

cft le caractère d'un homme alTilter à tout ce qui fe paf- 

doux Si d'un bon ami, qui fera ik fe trouver à la re- 

jiefe mûrement toutes cho- connoifiance. S'il avoit étâ 

fcs, fans fe cabrer & fans le brnfque & emporté, iln'au- 

rebuter» 12) Ce caractère étoit roit pu être prcfent. 

8) SDicfc Interrogatio witb jiêrlic^ S^ff^t/ tDûnn im 

©euffc^cn bûé ®ort; cta^an, not^ivcnbig bacuti; 
fer ectfïanbcn \x>\xt>. ^ 

9) So hiXH id) eucl?/ W 6ac^e âcmcinfc^aftlic^ jtt 

untcrfuc^etî. 

10) Sbcn bavutn tjcrlangc ic^ &iefc ipcyrat^/ ivcil ce î)cï:. 

3Sort()eil fowo^l Dcô «incn olé î)cé anOern i|î. 

11) ©inb unciné. 

12) ©<r aflc ©ûcï)en rciflic^ ûbcckgct, o^ne gîcicf) ouf» 

lufa&rm unl> jîuiig, ,Cat>ûefd;r?fO \\\ tvçïbîn. 



74 L'ANDRIENE 

Chrêmes^ Fort bien, 

Stmo>K Mais fi brouillés que j'efpere pouvoir 
arr;cher Pamphile de là. 

Chrêmes^ Fables. ") 

Simon, Cela eil en vérîté. 

Chrêmes, Oui, mais de h manière que je vais 
vous dire : Les querelles des amans ne font que re^ 
twiivetler leur amour. ''^) 

Simon, Ah, Chrêmes, je vous en conjure, allons 
au devant '^) pendancqué nous le pouvons, & que 
fil palîîon eft rnllentie par les mauvais traicemcns de 
ces créatures: donnons -lui une femme avantque 
leurs rufes & leurs larmss feintes racendriffent cet 
efprit malade. "^) J'efpere que dans une union fi 
heile, & avec une perfonne d' un commerce fi 
doux, '''J il trouvera bientôt des forces pour fe tirer 
de cet sbime de maux, '^) 

Chrêmes, V'ous le croyez ainfi, mais moi je fuis 
perfuadé qu'il ne pourra vivre toujours avec ma 
iilie, *j & que je ne pourrois même '^ le fouffrir. 

5/V//0/7» 

*) Il veut dire que lui- rat avec un homme qui la 
même il ne pourroit pas traitcroit fi mal, A: qui au- 
fouffVir que fa fille demeu- rot une ni-iîrrclfe. 

\%) pollen. 

14) 25cc 58cflic6tîn ^(ceit bermcbrct nur i5i*e Çie6«. 

15) Aller au devant de quelque chofe, £incr©ûCt)C OOr; 
bauen. - - de quelqu'un, cincm cnf^cgcn getjni. 

i<5) 5;5ic|'«g o^nebem fran(fe©cmûr()e njicbercrroeidjcit. 

17) 93on cinem )\> (îiUcn llmgcngc 

1 8) ©ict) oué bicfem 3l()qrunbc bed Uc&«l^ $U iti^cn. 

19) Adverb, fo gat Cauc() fo gar.) 



DE TERENCE. 7^ 

Shnoii, Comment pouvez-vous le Tivoir que ^°) 
vou« ne l'ayez éprouve? 

Chromés. Mais dé^ faire cerre épreuve aux dépens 
de fa fille, cela efl fâcheux. "') 

S'tmoiu Enfin tout le mal qui en peut arriver, 
c'efi: que s'il ne vit pas bien avec elle, ce que les 
Dieux veuillent empêcher, ils fe iepireront ; mais 
s'il le corrige, voyez combien d'agrémdns vous 
allez trouver ^^) dans cette afi^'.iire! premièrement 
vous redonnerez un fils à votre ^mi, vous aurez 
un honnête homme pour gendre, ^') & votre fille 
aura un fort bon mnri. 

Chrêmes, N^en parlons plus; fi vous êtes perfiiadé 
que ce foit l'avantage de votre fils, je ne veux pas 
que vous trouviez en moi le moindre obftacle à 
votre fatisfailion, 

Simon, C'eft avec juftice, mon cher Chrêmes, que 
toute ma vie je vous ai parf«îitement aimé» ' 

Chrêmes, Mais à propos. ^"^J 

Simon. Quoi? 

Chrêmes, Comment favez- vous qu'ils font brouil- 
,lés? 

Simon. Davus, qui eft le confident de tous leurs 
fecrets, ^') me l'a dit, & il me confeille de prefTer 

ce 

to) Qi e on (îrtft avantqiic, r"Ct)or. 

21) ^'iit bcm gc^abcn feinec ^oc^Ur, tûé ijî biu 
ferùgud). 

122) Idiot: ibr fiinbcn wcrbct, 

23) 5um 'i;od}fermannc. 

24) 3l6cr f)!?rct boâ}, mil tt>ir feûDon XîUn* 
S)) 2)a- um «île iî;re 5;?«imlicî)f«itm roeip. 



76 L'ANDRIENE 

ce mnriage ^^) autant ^') qu'il me fera poiïïble* 
Croyez-vous qu'il le feroit, s'irn'écoit bien aflliré 
que mon fils le veut? Vous r?llez entendre vous- 
mc-me; hola, faites venir Davus, mais le voilà, ^^) 
je le voi qui foic* 

ACTE TROISIEME, 

SCENE V. 

DAVUS, SIMON, CHREMES* 

e venois vous trouver. ') 
Simon Qu'- y - a - 1 - il ? 

Davus. D' où vient que vous ne faites pas venir 
nos fiancés ? il fe fait déjà tard. ^) 

Swjon. L'entendez- vous ? Pour moi je t'avoue 
que l'avois autrefois appréhendé quelque chofe de 
toi, Dîvus; je craignois qu'a l'exemple de la plu^ 
part des vnlets tu ne me jouaflùs quelque mauvais 
tour, ') à caufe de l'amour de mon fils, 

Davus^ 

z6) 2(uf bijff -Çj^orafC) jti ^rin(\«n. 

27J Allant unb aulTi njcrDcn in CittCr comparatîone 

afiirmntiia } fi unD tant a&CC itt tin<t comparatio- 

nc nci^atiia j^cbraiictjt. 
î28^' Slllcin trt i(î «r. 
i) 3:ïj wolltc eud) c6cn fuc^m. 

2) ^-6 n?îrb fdjcn fprtf. 

3) £)ae nacf) bcni 'iji.nfpid b«r tticiiîcn Q$cbicnfm/ btl 

\m \\\i)i cin«u bpfcn ©irtid} fviclm mt^c^tefî. 



DE TERENCE. 77 

Dnvi/f. Moi, Monfîeur, je ferois une aâion 
comme celle- là? 

Siwon. Je le croyois. C'efl: pourquoi je vous 
ai caché jufqu'à cette heure ce c^ue je vais te 
dire. 

Vavus, Quoi donc, "*) s'il vous plaît? 

Siffton. Tu le vas favoir, car je commence prcfque 
à avoir copfi;înce en toi. ^) 

V^vus. Enfin vous connoiflez qui je fuîs. 

Sifmn. Ce que ^) je difois du mariage de mon 
fils n'écoit qu"* une feinte» ^) 

Vavus, Comment? ce n'étoit qu'une feinte? 

Simon, Je ne le failois que pour vous fonder ^) 

Tiavus. Que dites- vous là? 

Simon, Cela eft comme je le dis. 

Dovus. Voyez! je n'ai jamais pu pénétrer ce 
myflere. Ah! quelle finefle! ^) 

Simon, Je vais ce dire tout* écoute. Tantôt 
quand je t'ai commandé d'enrrer, j'ai heareufemenc 
trouvé Chrêmes qui venoit ici. 

Davus. Ah! ne loiiimes nous point perdus. '°) 

Simon^ 

4) Sciiicet, dites -le moi. 

5) 3>u fûOlt ce! crfahreti/ -bann ici) Bcginnc fafï cirt 

Scrtriiucn m Md) ^u fcÇcn. 

6) Ce que correfpontMrrt lem Ç.ifcintfcf)en id quod , c6 

C6 (]((?(d) im î;)<ntfii)en nur Mird), mné, QUég** 
biùcf t n)ir^ ; ()at un notninativo ce qui. 

7) Oikr nur cine l'ijl. (SS«r(î<Uung) 
S"» (Sucf) nue^uforrclîcn. 

9) €D/ tpie bcrfcbmifet! ober, n5cîd)e £i{î| 

10) 5iç() I ifî «à nicçt 3QC au^ mit mi \ 



78 L'ANDRIENE 

Simon.]Q lui ai conte ce que tu venois' ')de me dire. 

Davus. Qu' entcns - je ! 

Simon. Je l'ai prié de donner h fîlle à mon fîls, 
& enfin jeTni obtenu avec bien '^) de la peine. '^) 

Dûvus, Je lais mort ! 

Simoiu Ho, que viens -tu dédire? 

Y)avns. Que je fuis ravi. 

S'iuon. Da côte de Ciiremès il n'-y-a préfente- 
ment nul obftacie. 

Chrewcs, Je vais feulement jufque chez nous, '"*) 
pour dire qu'on ait foin détenir tout prêt, après 
quoi je reviens vous rendre compte de ce^que j'aii- 
rai fiit. '^) 

Simon. Préfentement, Davus, puifque c'efl toi 
feul qui m'as fait ce niiîriage. 

Dnvus. *) Oui fans doute c'eft moi feul. 

Simon, je te prie de faire tout ton pollibie pour 
ramener mon fils. "^) 

Davus J'y ferai de mon mieux. '^) 

Siwoii. Il te fera facile à cette heure qu'il eft en 
colère contre cette femme. 

Dûvus 

*) Simon croit que Daviii parle ainfi en s'applaudil- 

fàiit, 
If) Venir mit &rm geriindio in de, i({ fin Idiot, unb 
jctjîct ba^ ^f!llfd)e pei-i-Vflum an. 

12) Bien, iîi ber^>3*'&aitunoi beaucoup, f)rtt ûlïcmai ^n^ 
ipm JUA^llortiiDc Subltantivum in genitivo definito 
naai) fid). 

13) Unt eni>lid) i)abi id) ce nod) mit gcnauec ^Ictî) 

14) Oî'îd) ipanfc. 

15) 5Son btm, wa^ id) n):r^e auéacricf)rct baUn. 
ih) ^')'imm iBoi)n wicDcc auf (3utc@ebanf<n iU biinactl. 
17) ^d) iveroc uKin ?^«ll«^ ba()<o i()un» 



DE TERENCE, 79 

Davus, Repofez-vous fur moi. '^) 

Simon. Travailles -y donc. *) Où efl- il main- 
tenant? '^) 

Davits. C'efi un grand hazard^") s'il n'eft au logis. 

Simon. Je vais l'y trouver, & 1-ui dire tout ce 
que tu viens d'entendre. 

Davus, Me voilà perdu. Que ^'J ne vais -je de 
ce pas droit au moulin ? Deiormais les prières fr ne 
inutiles; j'ai coût gâté, f ù trompé mon Maître, 
j'ai jette Ton fils dans un mariage qu'il détefte, >Sc 
ce beau mariage je l'ai fait aujourd'hui contre T at- 
tente du bon homme, ^^) qui n'ofoit r'efpérer, & 
malgré toute la répugnance de Pamphile. L'habile 
homme que je fuis ! ^') Si je me fude tenu en re- 
pos, il ne feroit arrivé aucun mal. Mais voilà 
Pamphile jullement^ ^'^) je fuis mort! plût-à-Dieu 
qu'il- y-eût ici quelque précipice où je pûfle me jetcer. 

ACTE 

fânt,&il ledt en enrageant, *) Ce vfeiîlard ioupçon- 
& en le grondant: i-^} vcoi neux tâche de faire couper 
Jeul-, malgré mon viaitrc qui Daviti 26) en lui demandant 
^'yoppofoit. oû eit maintenant ion hl?, 

mais 

18) ?Ber(a{ih't cud) auf mid). 

19) Maimeriunc an ftatt a prefent i(ï jqo nur m ftyio 
fainil. (}cbraiid)iiri). 

20) (rs fcUtc niid) fc^c wunbcrn, ce ifl m gvoge^ 
Ofiun&cr. 

21) Que ûii ftûft pourquoi. 

22) ^iSioer oU«é Qicrmutben beé qufm 2IRcn. 

23) Qv.n id) i)id)t cm gcfcf)icfter ^Icrl? 

24) 2lber la femmt Pampliiius eben ()eif. 

25) Unb et fa^jt c8, inbem et rafetib toÛ unb auf (îc^ 
felbjl fd)mdlef. 

26) èap H) Davus Ufrfcfjnoppm feff. 



80 L'ANDRIENE ^ 

ACTE TROISIEME. 
\ SCENE vr, 

PAMPHILE. DAVUS. 

Pampb'ile. 

/^ù eft ce fcélérat ') qui m'a perdu ? 

Davtis. Je fuis mort ! 

Pamphile. J'avoue que cela m'ell bien dû, ^) puis- 
que j'ai été (i imprudent. Devois- je confier à un 
coquin de valet tout le bonheur de ma vie? Me 
voilà donc payé de ma Ibttiie, mais il ne le portera 
pas loin. ^) 

Davus, Si j'échappe de ce mauvais pas, "*) de ma 
vie ^) je ne dois craindre aucun danger. 

Pamphile^ Car que puis- je dire à mon père? lui 
dii;ai-je que je ne veux pas me marier, moi qui 

le 

mais D/ivus cfl trop fin pour font brouilles, c'eftpourquoi 

être furpris: il fè fouvient il repond fans rien affurer, 

qu'il aalTurc le bon hoinnie c'cfl wi grand hazard s'il 

que l'aviphileSc fa maîtrelTe tt' efl au /dgist 

I) 2Bo ijîbec gajîcrljaffc? 

a) Dûg mir gar néit ^c[â)kUt^ 

3) 3d) tintlé if)in nid)t lange fc!)ulbi0 6ïci6ctt. 

4) ©0 id) auâ bk^tt béfcn (Badjt (cnttvifc^e) lo^* 

font me. 

i) 3(1 aflqcK m Adverbiunj negativum; , 



DE TERENCE. 81 

le lui ai promis il n'-y-a qu'un moment? De quel 
front pourrois-je lui tenir ce difcours? je ne fai 
que faire. 

Davus. Ni moi par ma foi, & fi j'y penfe tout 
de bon. ^) Mais afin d'éloigner tant Toit peu le 
mal qui me menace, il faut que je lui dife que je 
trouverai tout-à-Theure quelque chofe pour le tirer 
de cet embarras. '^) 

Pamphile. Oh , vous voilà, *) 
Daviis. Il m'a vu. 

Pamphile. Approchez, l'honnête homme! eh 
bien que dites- vous? voyez-vous bien Tétat où vos 
bon confeils m'ont réduit? 

Daviis, Mais je vous en tirerai bientôt. ^\ 

Pamphile. Vous m*en tirerez? 

DûVKs. Oui afliirément, Monfîeur, 

Parnphile. Comme tantôt fans doute. 

Davus. Non, j'efpere que je ferai plus heureux. 

Pamphile, Eh, pendard, t'imagines -tu que je 
te croye? Tu pourrois rétablir une affaire entiè- 
rement perdue & deferpérée? '") Ah! à quel ma- 
raud me fuis-je fié , " } qui d' un état doux & tran- 
quille 

6) Unb bcnnoc^ UxiXt i(^ mit ûflem ^rnjîe borauf, 

NB, >Si t>or pourtant. 

7) fjhn aué bicfcn berroirrtcii ^ânbdit |U jicf^ctt, 

8) (?!) feî)l> ibr ba ! 

9) 3* werbe end) af'cr bûlb barau^^lfficit. 

10) tScÛtefî bu roo^I cine qan^ unb qnr Derbor&crte 
unb oerjTveifeltc (gacî)e roicber ()cv(îenen unb t)cc« 
bejjern fdnncn. 

lï) 2Belc^em6d)uvfcn ^cbc id) mic^ antjcrttauet ? 

F 



82 L'AXDRIENE 

quille m'a jetré lians un manige que j*apprélieh- 
dois plus que la more, INe c'avois-je pas dit que 
cela arrive» oit? 

Davus, 11 eft vrai. 

Pamphile. *) Que mérites -tu donc? 

DaDtis, La mort. Mais je vous prie, laifleZ'njoi 
un peu revenir à moi, '^) je vais tyut-à l'heure 
trouver quelque *^) remède, 

pamphile. Ah, pourquoi n'ai- je pas le ioifir ''*) 
de te traiter comme je le fouhaiteV Mais le temps 
qui preffe , veut que je fonge à moi , & ne me per- 
met pas de m* arrêter à te punir, 

*) Cette demande efl; pri- pllce il croyoït mériter, & 

fe de îa coutume des /^ihe- félon laréponfedu criminel 

?;/(?;«, qui ne coiicîamnoient on adoucinj-ft , ou l'on 

jamais personne fans lui de- augmentoit la peine, 
mander auparavant quel fup- 

12) 3u mir fflèfï fommm» 

13) Quelque, pronomen improprium, 6c&CU(rt jm fin» 
gulari CdVan mil', m plurali aUï cUic^f» 



î4) 3«ir« 



'^^^it^r^^^'-^ 









ACTE 



DE TERENCE. 8î 

ACTE Q^VATRIEME. 
S C E N E l, 

GARINUS, PAMPHILE. DAVUS. 

Cai'îmts. 

Cela eft-ii croyable, & a-t-on jamais ouï cîire 
qu'un homme aie la lâcheté de fe réjouir du 
inal des autres, & de tirer avantage de leurs mal- 
heurs? ') Ah, cela peut-il être? Oui, l'on voie 
tous les jouTs ^) decesfcélénusqui d'abord onthon- 
te de vous rel'ufer^ & lorsque le temps eft venu 
d'accomplir leurs promeiTes, fe voyant preiles, ^) 
*) il faut de néceflite qu'ils fafiènt voir ce qu"" ils 
font: '*) ils craignent d'abord de le taire, ^) mais, 
enfin leur intérêt les y oblige, & il faut voir leur 
impudence &: entendre les impertinens difcours 
qu'ils tiennent alors, ^) Qui êtes-vous? difent-ils; a 
F S que! 

*) Il dit fort bien, car ctane faut enfin que la nature iè 
naturellement mechans il découvre & manifelle. 

1) ©nff «in ?!)?enfcî) fo lubcf(id)en ©emilitb'^ fej)/ fi'c^ 

ûb«r (inbv rcr UtifdU 511 trfrcuen unb a3ortt)cUe auè 
ibrcm Unglùcf ju fd)opren. 

2) Toujours, aUcj;ett, to=t le jour, ben (janjcn Sû^z 

un^ tous les jouis, oDe ^ogc. 

3) ^ann Tic fcbea, î'a^ man m ^it brincjf. 

4) ^0 iKiiflTm fte not^rcenbig ju «rfciincH ge£>m/ ttJÉï 

fk' finî). 

5) AfKerh. anf(în9(icî) ce ;(U t{)Utt, 

6) Unb man foîUt i5rc Unu:-»'chrtmtf)df fami! tert un* 

6efonneuctt cntobenj iKsoeri/ bi« (î« al^oann fùf);5 
((H/ anl;i5rm* 



84 L'ANDR^ENE 

qne^ déijré m' êtes -vous narent? ''') pourquoi vous 
céJerols je ctli' qm eu h moi? Ma peau m'^ft plus 
proche que ma chemilç ^j Si vous leui demandez 
où ert la bonne foi? ils ne s'en merrenc pas en 
peine, *) ils n'ont point de honte, ^) quand ils en 
devroient avoir; &ils en ont, quand elle n'e/t point 
nécefiaire. Mais que ferai - je? irai- je le trouver? 
irai je lui demander raiion de cette injuftice? '"} 
Je i'Kcablerai " ) de reproches & d'injures. L'on 
me dira: cela ne vous fervira de rien: *^) De 
beaucoup, je lui ferai de la peine, &i. je mé fa- 
tisferai. 

Pamphile, Carinus , je me fuis p'erdu fans y pen- 

fer, 

*) Quand il s'agit depro- alors ifs n'ont point de honte 

mettre, ils ont liontedere- de manquer à leur parole, & 

fuler, & c'elè alors que la c'elt en ce temps -là qu'il 

honte n'clt pas néccfljire, car feroit nécefîàire à' en av<iir ; 

on peur ret'ufer hardiment; car il n'-y-a rien qui doive 

Alais quand il s'agit d'ac- empêcher de tenir ce qu'on 

compiir leurs promefles, a promis. 

7) 5Bie naf)C fci)b if)r tnir t)crtt?anM? î)a^ ^oxt, pa- 

rent njii'b un 5i'<î"5ÔftfdKn fcitcn fur 3iclf«rn cic- 
brnuchf , eé jieict uidmcbr ûuf Me ««n^e QJnuer; 
WanM|"d)aff, f.g. je n'jim père ni mère, ïd)Oobe 
fcine îlcliçrn mel)r ; nid)t abcr, je n'ai plus d« 
parens, 

8) X^os .(?embc iff mir tuîber ù\é b«r SCocf. 

9) êic fcbamm ^\<i:\ nidit? 

10) 6oll id) il)n tvegen biefer Unflcre(^tir,f<it jur 9î«be 
acOcn? 

11) Accabler, ùbcrfd)iitten , in maloj combler, aUx, 
in bono fenlu. 

12) 2)aé wirb iu nid;té ^çlfm- ^ 



DE TERENCE gj 

fer, & ]e vous aj perdu avec moi, à rroins que les 
Dieux n'ayenc pitié de l'un & de l'autre. '^) 

Carinus. Comment, fans "^) y penfer? *) Enfin 
vous avez trouvé une excufe» Vous avez bien tenu 
votre parole. ") 

Pa7?2phile, **) Que voulez -vous dire avec votre 
enfin? 

Cartnus. Vous prétendez encore m'amufer par 
ces beaux diicours? 

Famphile. Qu'eft-ce donc que cela fignifie? '^} 

Carinus, Je ne vous ai pas eu plutôt dit '^) que 
j' étois amoureux de Philumene, qu'elle vous a 
plu ; '^) que je fuis malheureux d'avoir jugé de vo- 
tre cœur par le mien ! 

Pampbile, Vous vous trompez. Catinus, 

Cariuus. Eft-ce que votre joye ne vous paroif- 

foit pas alfez entière, '^) fi vous n*abufiez un pauvre 

F 3 Amant, 

*) Cette excufe eil, je me coup, & par confequent Fauf^ 

fuis perdu fam y penfer, fe: la véritable excufe prcce- 

**) P«/«/>/'/7e n infiltequc de l'aition, pui5.q(.'t!l'^ la 

fiir le mot «î/îw^&avec rai- produit, & là fauffe n'efl 

ibn, car c'eft le mot injurieux trouvée qu'après & ne fait 

& ofFent<int parcequ'il mar- que la fuivre, 
que une excufe trouvée après 

13) 2Bof<rn bie (Botter nid)t fowobl mit bem eincn oXi 
mu bem aubern ^Ulcibcn ba5«n. 

14) Sîûd) ben prvEpofitionibus entre, fan^, par unb pour 

(!<!()« f«t)r oft ber blo6c infinitivus Gallorum. 

15) 3^r èabt cuec 2Bort fd)dn (jebaltcn- 

16) 5Sa^ foUbmn biefeé BÉbciitcn? 

17) 5laum ^nbc id) <uc^ gtfagt 9e()aè( K» (Paulo plus- 

quainperfe£}um) 

18) 60 bat fie eud) fltfaOcn, 

19) edxene cucf) «twait nid;t çurc gwu&< i)onfonim<rt 

ûcnu3 ? 



gS L*ANDRÎEKE 

Amant, & (i vous ne l'amufiez par de faufles efpé- 
rances? Epoulez-la. 

Pawphile, Que je l'époufe? ^°) ah, vous ne favez: 
pas l'état pitoyable où mon pendart nj'a rais par 
fes pernicieux confeils, ^') 

Car'mus. *) Cela eft-il fort étonnant qu'il fuive 
votre t-x- niple? 

Pamphïlç. V^ous ne parleriez pjs de la forte, fi 
vous me connoilîiez, ou fi vous laviez mon amour, 

Carinus. J'entends^ ^^) vous avez long temps 
combarcu avec votre peie, c'eft pourquoi il eft 
mnintenaot fi fort en colère contre vousj il n'a pu 
d'aujourd'hui vous obliger à lui promettre d'épou- 
fcr t^hiluniene. 

Pamphile, Mon Dieu, pour vous faire voir que 
vous ne favez pas tous mes malheurs, c'efl: que ce 
iTî.iriage n'étoit qu'un jeu. ~^) ^' que perfunne ne 
fongeuit à me donner une femme. 

Cnir'iuus. Fort bien, c'eft vous-même qui vous 
êtes fait violence. ^'^) 

*) Comme s'il di{ôît,raut- & méchant, puisque vous 
il s'ctuiuicr qu'il fbitpeitîde lui en donnez l'exemple? 

Car 

20) ^ie ? id) foll ^M f)n)rûtbcn ? 

21) ^orein mcin ©al^cni^nid mid) burc^ \mi gcfo^rs 

{id)e f'ia:l)^tliî(K^«ft"rît ()ût. 

22) \^ merfe té fd)0'u 

S3) Jî^îmlif) baff oicfc Jôcorûtb nur «in <wC^«rj mx* 
«4) ^« Pd; ©iivalt (inaaj^rtn î^flt. 



DE TERENCE. 87 

Pnmpbile. Attendez, vous ne comprenez pas en- 
core ce que je vous dis. 

Carhms. Je comprens très bien que vous êtes fur 
ïe point de l'épourer, ^^) 

Pûmpbile. Pourquoi me chagrinez- vous? Ecou- 
tez ceci. Il n'a jamais ceflé de me prefi'er, ^^) de 
dire à mon père que j^étois prêt de lui obéir ; il m'a 
confeiiié, il m'a prié, jufqu' à ce qu'enfin il m'a o- 
bligé de le lui promettre» 

Carinus. Quel homme cft-ce qui a fait cela? 

Pawpbile, DjVUS. 

Cari tins, Davus? 

Pampbile, Oui, c'efl Davus qui a faic tout le mal, 

Cdriims. Pourquoi donc? 

Pawphi/e. Je ne fai; mais je fai très bien qu'il 
faut que les Dieux ayenc été fort irrités contre moi, 
puisque j'ai été affez imprudent pour fuivre les 
confeils. 

Carims, Cela efl- il vrai> Davus? ^ 

Davuf, Très vrai. 

Carimts. Ah, fcélérat, que me dis -tu là? que 
les Dieux t'envoyent tous les malheurs que tu mé- 
rites. Di-moi un peu, fi tous ^^s ennemis avoient 
' F 4 voulu 

Car les vaîees fè moulent a donné lieu au proverbe^ 
d'ordinaire fur les exemples tehnaifre telvulet, 
de leurs maîtres 27) ce qui 

*5) S)aÇ i§r im ?B«9tiffe feçb, jîe ju cT)îic^m. 

â6) PrefTer proprie, preffeH/ mctaphorice flnt«i6eiî* 

27) 51&mm gemcinignc^ î)em ^ci)fpi^U i§i?« -^ercm 



Î8 L*ANDRIENE 

voulu V obliger ^"j à faire ce mariage, quel autre 
confeil auroienc-ils pu lui donner? 

Ddvus. J'ai été trompé, mais je ne fuis pas ren- 
du. "°) 

Carirtus. Fort bien. 

'Davui. L'adiré n'a pas réuflî par cette voye, 
nous en tenterons une autre. ^°) Si ce n'eft que 
vous vous imaginiez que parcequ'elle n'a pas eu de 
fuccès la première fois , le mal foit déformais fans 
remède. 

Pamphile, Oh, bien plus, je fuis perfuadé que 
il tu veux t'y appliquer avec foin, ^') au lieu d'un 
mariage tu m'en feras deux. 

\^avus. Monfieur, étant votre Efclave, je dois 
travailler jour & nuit de toutes mes forces *^) pour 
votre lervice * j/e dois expofer ma vie pour cela, mais 
. aufïï c'efl à vous, s'il vous pljit, à me pardonner, 
lorsque les chofes arrivent autrement que je n'ai 
cru. "° Ce que j'entreprens neréulTît pas comme je 
le fouhaiterois, mais je n'y épargne pas ma peine. '*) 

Trou- 

28) 3^" 5<'*ttfn pingcrt tvctlm. 

29) 34) bm betrov^en njorfceu , aflcin icî) gcèc ce noc^ 
nicî)t gcwonncn, 

30) ^ic êivbe ^(ii unéi auf bicfe ?(rt nic^f geliiigm 
rccQcn/ tvii r.Htdcu c'< ouf eine anbcif 'Urt tJêrfuc^cn» 

31) îl^ .lîn bu glctjj ^ar.^tlf rccnben iriflfl. 

32) gjîufî td) îiiij unbD^adjt «ud oBcn ^râft<n mic^ 
btjîribi'n. 

33) 35annbi<6acf)c ûnberé, aie ic^ ejrmcynçf/ ou^» 

rd)Mt^ff. 



DE TERENCE* 89 

Trouvez mieux, ^') fi vous pouvez, & m'envoyez 
promener. ^^) 

Pamph'tle. Je lie demande pas mieux, mais au- 
paravant il faut que tu me remettes en l'état où 
j' étois avant tes confeils. 

Dovt/s C'eft ce que je ferai, 

Pamphile, Mais tout- à l'heure, 

Davtis, St, ^') écoutez; *) Ton ouvre la porte de 
Glycérion. 

Pamphïle. Ce n* eft pas là ton affaire ; ^^) cherche 
feulement quelque moyen. 

V>avus, {Pamphïle le regarde^ Je le cherche auflî, 

Pampbile. Hé bien enfin Pas -tu trouvé? 

Davus^ Oui, Monfieur, cela vaut fait, ^^) 
F S 

*) Le Latin veut dire mot avoicnt foin, avant que d'ou- 

à mot on fait du bruit à la vrir, de faire du bruit à la 

forte de Glycérion. Ce qui porte , afinque les paflans 

eft tiré de la coutume de ce ne fè trouvaffènt pas entre 

temps-là. Comme les portes la porte & le mur. Toutes 

donnoient dans la rue & les maifbns étoient de mê- 

s'ouvroient en dehors, ceux me en Grèce, 
qui ibctoient de ia maifon 

35} S:)m ifl per ellipfin & déganter, qu'il falTe, A\xê(^i* 
lafl^n. ©uc^t )cmant«i/î){r «ei be|]cc mac^e, atax, 
Srftttnct maé be(]ef^. 

36) Unb b«iflh:t mid) meiner SKegc gc^tn. 

37) Interjeé}, vocandi bi|îî 

38) 5^aé gcl)t bicb aic^t^ on. 

35>) S)aé i|^ «è«n fo gut, aie roann <ô 9«fcO«^en »5rc# 

^ X ^ 

ACTE 



90 UANDRIENNE 

i^CTE QJLÎATRIEME. 

SCENE II, 
MYSIS, PAMPHILE. CARLWS* DAVUS. 

Tout- h- l'heure, Miuiame, je vous trouverai to- 
tre cher Pamphile, en quelque lieu qu'il 
foie, ') & je vous ramènerai* je vous prie feule- 
ment de ne vous pas inquiéter. 

Pafnpb'ile Myfis? 

Myfis. Quieil-ce? Ha, Monfieur, je vous ren- 
contre bien à propos. ^) 

Pamphile. Qu'-y-a-t-il? 

Myjls. Ma Maitrefle m'a commandé de vous 
prier de venir tout- à l'heure chez nous, (i vous 
l'aimez; elle dit qu'elle defire pafllonncment de 
vous voir. ^) 

Pamphile, Ah ! je fuis au defefpoir: fon mal 
;\ugni.entei Faut -il que par ta iottife cette pauvre 
femme & moi foyons accablés de chagrins? car elle 
ne demande à me voir que parcequ'elle a appris 
qu'on veut n,e. marier» 

'Cariuus, En quel repos n'auriez- vous pas eté> 
iî ce coquin s'y fût tenu? '^) 

Dnvmà 

i) 3:r m^î(ï ilcc^n njo cr anff. 

2) 3{)r biç^ciiu iriir, «1-^ wann if)c gerafcn \miU 

5) i)a§ ^u eucf) ju fcC^<n iubcûni^iij Htlawqit. 

4) ^v: nrbifl mùrbf i^r riicî)t (\tmUn fepn, wanrt b\^ 



X)E TERENCE. 91 

Davus. Courage, aigriflez le encore, ') il n'eft 
pas déjà aHez en colère fans cela. 

Myfis^ Il eft vrai, elle a appris ce mariage-t & elle 
en eit dans un extrême abbatcement. 

Pawphile^ Myfis, je te jure par tous les Dieux 
que je ne l'abandonnerai de ma vie> *) non pnsiTiê- 
me ^) quand je devrois m'attuer la haine de tous les 
hommes du mondes j'ai Ibuhaité d'en être aime; 
mes l'ouhaits ont été accomplis* nos humeurs «.on* 
viennent* '^) que tous ceux donc qui \>euient nous 
féparer s'en aillent bien loin * ^) il n'-y-a que h 
mort qui puifTe me la ravir. 

Myjis^ Je commence à refpirer. 

Pûwpbiie, Les oracles d'Apollon ne font pas plus 
fûrs ni plus véritables que ce que je te dis ' fî je 
puis faire en forte ') que mon père ne croye point 
qu'il n'a tenu qu'à moi que je n'aye é;)ouré la fille 
de Chrêmes, j'en ferai bien-aife, mais fi je ne le 
puis, je lui laiflerai croire que je ne l'ai pas voulu * 

& 

*} Ce!?, cft bien fort & mar- fon père , inaîç comme cela 

que bien la paflîon de Pam- auroit paru trop ctrançe & 

phi/e. Mais dans cet excès de trop dur, il parle en général 

pafnon il ne laide pas d'y de tous les hommes. Son 

avoir une bienféance qu'il père y eft compris, mais ii 

eft bon de remarquer. Il n'ell pas nommé. 
veut parler uniquement do 

5) Sr'fcl) ! erblttert ihn nod) meï)t. 

6) Même tt)irh fc|r \in adverbial iter (itbïQUét, m\>^i\f* 

Ut affirmative fo aor, négative fo qaz ludjt, 

7) Unferc fôi'inùt&er jlimmcn ûhitm. 
$) &d) roeit fortp.icft'n. 

9) <i6 t>al)m bxmnj e^ fo m^m, tag «. 



92 L'ANDRIENE 

& je penfeque je n'- y- aurai pas de peine. Eh bien 
que dites - vous de mol ? 

Carinus. Nous rommes cous deux également mal- 
heureux. 

Davifs, Je cherche un expédient. 

Carinus Mais vous, Paniphile, vous avez plus de 
cour.ige (]ue moi. 

Pûmpbile, *) Je n' ignore pas '") à quoi aboutira 
le bel exf'édîent que tu cherches. 

'Davus. Rien n'eft plus vrai, Monfieur, que ") 
je vais vous en '^) trouver un. 

Pamphile. Mais il faut que '') ce foittouc-à-rheure» 

T)avus. Eh bien tout -à- l'heure. '^^ 

Carinus. Di moi ce que c'eft. 

Yiavus. Ne vous y trompez pas, ce que je cher- 
che ne vous regarde point, c'elt pour mon Maître, 
& non pas pour vous. 

Carinus. Cela me fi'.ffit. 

Pawpbile. Di-moi ce que tu prétens faire. 

iJavus, J'appréhende que le jour ne puifTe me 
fuffiie '') pour faire ce que je médite; vous ima- 

ginez- 

*) Il veut lui dire que le ne fervira qu'à le jctterdans 
bel expétlicnt qu'il trouvera un plus grand embarras. 

10) 'acÎ' ttd9 gar tt>o^I. 

11) 'aiô ba^. 

12, £)te prticiiia reiatlva, en, ttjjrb oft Çef^raUl^f, WO 
m î)cutfd[)eii U\n ÎBort \^, l>a8 Mcfclbc auÔDriî* 
cf.t 

iç?) Il faut que, tt^inît ûQcmal bCrt conjun£^ivuni. 

14) n'îiiii »v>pf)[fln, foijlcirt). 

15) 3* fùrd)t«/ ctJ raôci;te b«r Xag nic^t i)inlrtnulieô 



DE TERENCE, 93 

ginez- vous donc que j'aye le tems de vous le con- 
ter? éloignez-vous leulement tous deux d'ici, vou« 
m'embarraflez. '"^) 

Pavjphile. Je m' en vais voir Glycérion. 

Dûvus. Ec vous , où allez-vous de ce pas ? ^'') 

Carinus, Veux- tu que je te dile la vérité? 

^ Davus. Ha ma foi nous y voici , '^) *) il com- 
mence une hiftoire. '^) 

Carinus. Que deviendrai- je. 

"Davits. Ho, ho, je vous trouve bien plaifant; '^°) 
eft - ce donc qu'il ne vous fufiic pas qu'en reculant 
ce iTiaricigc je vous donne du tems? 

Carinus. Mais enfin, mon pauvre Davus, 

lOavus, Qu'y a-il donc? 

Carinus Que je l' époufe. 

Viavus. Le ridicule perfonnage! ^') 

Carinus. Viens -me trouver, je te prie, (î tufais 
quelque ch<>fe 

Vavus. Ec à quoi bon vous aller trouver? ^^) je 
ne puis rien. 

Carinus^ 

*) Davus dit cela fur ce té ? car c6 début- là menace 
que C rinus vient de dire, d'un long difcours. 
yeiix-tn que je dife in véri- 

16) '^s^x ^îUt mir im îBccïe. 

17) SSon tiun an. (roo gcbt i^r iqt^jn?) 

18) 5^a f)rtt»cn n^ke. 

19) ^ler i|î iidtoire ironice ^ait be^ SBorfeÔ conte, m 
?D'?â(>rcbcn, qcbraudît. 

20) ©cl[)^ ihr nicf}f ein wunbcrlid)cr CDîcnfdfj. 
ai) 'jbr f«J)o recht uugln(t)?ng wcrtè 

82) acoju niit|«t «é/ Da^ id) ju «uc^ femme? 



e)4 L'ANDRIENE 

Ccirhms^ Mais enfin {j tu trouves quelquje expé* 
dient« 

Davus. Allez, j'irai. ^') 

Carims» Si tu as quelque chofe à médire, je ferai 
au logis. 

Davus, Toi, Myfis, attens moi un peu ici, je 
vais revenir. 

Myjîs, Pourquoi cela? 

Davus. Parcequ'iî le faut, ^'*) 

Myjis^ Hâte- toi, 

Davus, Je reviens, te dis- je* 

ACTE OyATRÏEME» 
SCENE ///, 

Myfa. 

Eft.il poUîble qu'il n~y- ait aucun bonheur qui 
foie durable! ô Dieux I jecroyois que cePam- 
phile ctolc le plus grand bien qui pût arriver à ma 
Maîtrefle, ') je le regardois comme fon ami, com- 
me l'on amant, comme fon mari. & je le croyois 
prêt à prendre Tes intérêts en toutes rencontres, ^) 
Mais prcfencement combien de chagrins caufe-t-d à 
cette pauvre femme! en vérité il lui donne au- 

jourd*- 

23) ©cî)ef, îcf) tt?«rb« nu cud) fi>mm«. 

24) (Scil. ctre) tiu^U eé fl) fx\)t\ mu<î. 

1) lîien an iïaît bonlieur, m^ ar6§te ©fud, fo tticii 

lier 0>cbieterinn hetieqnoi fonntc. 

2) ^d) btdte jfin bercit , bcn alUn t)orfaO<n^Cn @<U* 



DE TERENCE. 95 

jonrd'hui plus d'inquiétude, qu'il ne lui a jamais 
donné de plaifir. Mais voilà Da vus qui fore, ah! 
qu'eft-ce donc, je te prie? où perces- tu cet en- 
fant? 

ACTE QUATRIEME. 

SCENE Iî\ 

D A V U s. M Y S I S. 

fyfis, c'eft à cette heure que ton adreOe&pré. 
ience u'efpric *} nie lune nécefl'aires, pour 
l'afF-iire que je viens u' imaginer, ^} 
Myjis^ Que veux -tu donc faire? 
V)tivi!S. 'liens, prens -moi, bien vîce cet enfant, 
& le va mettre devant notre porte. ^) 
Myfis. Quoi , à terre ? "*) 
Y)aviis. '-^j De l'Autel ^) que voilà; ^) prens- 
;en des herbes, & les mets fous lui 

*) Scaïiger le père a écrit vence, éft l'autel que l'on mct- 
<iue cet autel dont parle le- toit ordinairement fur les 

Thca- 

fciti'cr ^crfîaub, qefc{)whl^c ^v-grcifuni]. 
2) î)ie ici) tbcn «njo^o ûue'acfonnen l)ûfcC/ Ciallic, 
5) ïliib l«3C c^ Dôr unfcrc '2t)ûrc, 

4) ?î^a<^ , Quf tie (rrbc? 

5) Maître - autel, ()of)CV3{lt(2r, Prnverb, amijusnu*anx 

autels, ^rcuiiDe, fo vocif ré ibr ©-ewiffcn jul^ffct; 
en prendre fur l'autel, «é ncèniCn, tfOmart^^frÛ» 
peu f'Hu L'hôtel abcr t)Cî(]«t em'^a(la|î» 



96 L'ANDRÏENE 

Myfis. Pourquoi ne le fais-tu pas toi-même? ^) 

Davus. Afînque iî par hazird il arrive ^} que 
je fois obligé de jurer à notre bon homme que ce 
n'efl: pas moi qui l'ai mis là, je le puifle faire en 
confcience. ') 

Myfis. J'entens* voilà un fcrupule de confcience 
bien nouveau pour toi. '°) Donne cet enfant, 

Davus. Fais promptement ce que je te dis, lafîn- 
qu'enfuite tu fâches ") ce que j'ai deflein de faire. 
Oh! Jupiter! 

Myfis. Qa'-y-a^t-il? 



Théâtres. Qiiand on jouoit 
une Tragédie, l'autel ctoit 
confacreài5/7i7'«x; & quand 
en jouoit une Comcdie, il 
ctoit confacré à Apollon. 
Mais, fî j'ofèdire mon fciiti- 
ment après un fi grand hom- 
me, ii me fèiiible que ces 
autels de Théâtre ne font 
rien ici ; on ne regarde pas 
cette avanture comme une 
Comédie, mais comme une 



Davus, 

chofe qui fè paffe dans la rue ; 
c'elt pourquoi il faut que la 
vraifemblance y foit.; ik el- 
le ne peuc y être Ci Ion em- 
pk.ye ici un de ces autels 
deTiiéatre. A /itheues cha- 
que maifon avoit fbn autel 
près de la porte de la rue; 
on le couvroit d'herbes nou- 
velles tous les jours, &. lé- 
rence parle ici d'un de ces 
aulels. 



7) Même, in bcc35cb?utunc<fcl6iT, ^«f oHcmof cin pro- 

nomenperlônale ihfolutum hcï) ftd) , obfd)Ollt)a^ 
conjuniflivum niit bcm verbo Dorb»T Q({)iU 

8) î^dp, wenn c^ ftd) pon obnqcfcbr jutrùge. 

9) 3* té mit i]\iiem ©cmiffen îbun fdnnc. 

10) 3d) ttKTÎi (^ , fo ! ^u bifl aUt fonfïen fo g^miifmi 
boffici nicbt ( ober) tsad ijl «in ff^c mmv ©ctvif» 
(«néfcrupcl fur bid). 

11) 2)a8 t>u ()«na«^ ctf.U;rffî. 



DE TERENCE. 57 

DûVMS. Voici le père de notre accordée^ *) je 
quitte le delTein que j'avois. 

Myjîs. Je ne fai '^) ce que tu veux dire. 

Davus. Je m'en vais faire femblant que j'arrive 
aufli , & que je viens du côté droit, prens bien 
garde feulement d'aider àb lettre, '') quand il fera 
riécelTaire » & de ne rien dire qui ce fcit à pro- 
pos. '^) 

Myjîi^ Je ne te comprens point , mais néan- 
moins s'il- y- a quelque chofe en quoi jevouspuifl 
fe être utile, & où tu voyes plus clair que moi? '') 
je demeurerai, de peurqu'en m'en allant je n'ap- 
porte quelque obftacle à vos affaires. 

*) Ce dcflein étoit fans un enfant devant la porte de 
doute d'aller avertir le pcre Glycérion, 
de patnphiie, qu'on avoit mis 

V 12) $5<p bcnm verbis, ofer, pouvoir, favoîr &c, XO\X^ 
Ôfjcrô bic negjtio polterior au^gclflffcn. 

13) 55emi)fliib«(bdfcn, obccraiciné QBortju^cIfcit, 
- 14) .î)aé fict) niriit fd>icfe. 
15) Çffiormnm t)u eln« tiîferc €mfic^t Wt <ïl^ 'c^ 






ACTE 



9S L'AN'DRÎENE 

ACTE QUATRIEME. 

SCENE F. 

CHREMES. D A V U S, M Y S I S, 

Chrewès, 

\ près avoir mis ordre 'j àttut ce ~) quieflné- 
£\ défuîire pour les noces de ma fille je reviens 
afin de taire venir les fiancés. Mnis qu'elî-ce que 
je vois? c'eil: un enfant» Eft-ce vous qui T avez 
mis là? 

Aiyjh. Qu'eft-i! devenu? ^) 

Cbreuiês, Vous ne répondez point? 

Myjii, Je ne le vois nulle part. '*) Que je fuis 
malheureule.' mon homme m'a quittée, & s'en eft 
allé ') 

Daviis, O bons Dieux! quel defordre il-y-a àla 
place! ^') que de gens ^) qui s'y querellent! roue 
y efl d'une cherté horrible. Quelle autre chofa 
pouiroJs- je dire? je ne fais ma foi. 

My/iS. Pourquoi, je ce prie, m'as- tu laiflée ici 
toute feule? 

I) 3?acî)5cm icf) Sinftatfcn gcmocfir fia^e. 

a) î^aQ Pronoinen dcinonllrativuin ce, fo ^â) ÛUf fcjrt 
t»OlI)>•rc^v()Cn£)ce( Subltaiitivum l>e^K'()i't, irut) f<l),C 
oit mif ju Un rel'tivis qui un^ que md) tout gcfcçt. 

3) 'Ko i|î Cl- ()nij}frnfbi:n? metaphorice jjfbrauc()t. 

4} 3^^> i"^'!)* 't)" iiirijcnl'é. 

5) ^}5icln ^\crl l)at md) mUffm un& H^ tJûOon $t» 

6> i]iuf ^CI^ ilJttnfif. 
7) 2Cte t>id« 2i'u(i% 



DE TERENCE. 99 

Dnvus. Ho, ho, quelle hiiloire efl-ce donc que 
ceci? ^) dis- moi unpeu, MyfR; d'où eft cet enfant, 
& qui F a aporré ici ? 

Myjts, Es - tu en ton bon fens ^) de me faire cette 
demande? 

Davus. A qui la pourrois-je donc faire, puisque 
je ne vois ici que toi ? 

Cbremès^ Je ne fais d' où il peut être. ''') 

"Davifs, Veux- tu me dire ce que je te demande? 

Myfis, Ah! 

'ïiavus. Mets toi '') du côté droit. 

Myfis. Tu es fou ^ n'eft-ce pas toi-même qui 
Tas mis là? 

X^avus. Si tu me dis un feul mot que ^^) pour 
répondre a ce que je demanderai, prens-y i>arde* 

Myfis\ Tu me menaces? '^) 

Y)aviis. D'où efl donc cet enfant? bas ^ di;j-Ie 
fans myftere, "^) 

Myjis, De chez nous. 

G X Viavits, 

• 

8) ^t)! Ç:;'. 23aé x^i bcnn nun bicsJtuicbcr? 

9) ïm(î im bct) 'lierfranbc. 

10) ÎBober e(i f?nn mocj. 

11) ?2ln fîatt bcr Pronominum jîerf con}un£}. me, (e, 
brûud)t mon im tmperativo affir. moi, toi, bcn bcn 
Imp. N'erj. ûbcr bîdben Die t?o^ber(^f()en^cn, 

12) NE. ?iSo bu mic cm ciuju] îBort fag«(î, (NB. que 
on ^<\ii fi non que. 

13) ©rol)e!ï bu mir? NB. Jôifr 0?cft bie Çroci*? in Ht 

©ebdrbe bt-r rcbcnbcn ^erfon ctlcidifam tjcrborgtn/ 
tvetl ejne 33ein?unï)crmig Dûbey t>or()flnb«ti, 

14) SJîac^é fdn ©«(jcunni^ barque. 



100 L'ANDRTENE. 

Dûvus. Ha, ha, baî mais faut -il s'étonner qu' 
une te m me (oit îm;tudente ? '') 

Chrêmes. Autant que je le puis comprendre, cette 
femme eft-de chez cette Andriene. 

Davus- Nous jugez vous (\ propres à être vos 
dupes, '^) que vous nous olîez jouer de cette ma- 
nière? '^) 

Chrêmes, Je fuis venu ici bien à propos. '^} 

Davus, En un mot, hâte -toi vite de m'ôter cet 
enfanr de cette porte, il dit ceci bas ; demeure* 
donne -toi bien garde de c'ôter de la place où tu 
es. '^) 

Myfis, *) Que les Dieux t'abîment poux les fra- 
yeurs '°) que tu me fais. 

Davus. Eft- ce à toi que je parle, ou non? . 

My/is', Que veux - tu ? 

Davus Quoi, tu me le demandes? dis-moi de 
qui eft l'enfant que tu as mis là? parle. 

Myfis, Eft -ce que tu ne le fais pas? ^') 

Davus, 

*) Le Latin dit , que les perdre un homme dcpuh la 

Dieux te dcraciJient, Les Ro- racine, pour dire l'cxtcrmi- 

w/^/'w «Mit pris cette Taçon de ner; & les Gréa l'avoient 

parier des (Vjfn-, qui di (oient, prilè àt^Orientuux. 

xç) î)ûfi i\\\ ÎGcib unt>crrd)nmt feç. 

16) Jpo(cetil)ruiiÊSfùrfo3efi1)irfr, eurcD^orrcn ^ufepn? 

17) éa|î ihv enc(), utig a\x\ cine folc!)e 3lrt aufjujK^c» 
unrerfîcbet. nieti'ph. 

18) -^c bf iu rtclcacncr 3^if. 

19) ?tiif)re h\û) n.d)r bon ^er ©tcDe, tvo bu 6ifî- 

30) La peur ^ejflct {S^QX duci) \>\i Jurcbt ; la frayeur 
roirb flbfr rîiv einen pld^licl)en ©d)r8Cf«n unD 
!^ro6eru C^raD 6er gurdit gcnommçn. 

2«i) aCci|ï t>u i^ eijvan nid}f ? 



DE TERENC£. loi 

Davus. Mon Dieu, laiffe - là ce que je fais, & me 
dis ce que je te dcm'.iide. 

Myjis. De votre Pamphile. 

D^vifS^*) Comment? de Pamphile? 

My/is. lio-, ho,eil:-ceque cela n'eft pas vrnî ? ^^) 

Chrêmes. C'eft avec raifon que j'si toujours eu 
de la répugnance ^^) pour ce mariage. 

Davus. Oh, quelle calomnie puniflàble ! 

Mylis. Pourquoi cries -tu fi fort? 

Daviis^ Eft ce que je ne vis ^'^) pas hier au foir 
porter cet enfanç chez vous. 

Myfis, \'o\\d. un impolleur bien hardi! ^') 

Davus, Rien n'cft plus vrai, '^'^j je vis hier Can- 
G 3 thara 

*) IJ répète le nom de robe. Or il n'-y-a point de 

Pamphile^ comme par indi- née iTité que ce psqoet foi'É 

gnation, mais c'eft 26) atin- un enfiant, cV il ne te Icrt de 

que le vieiilard l'entende cet argument fi fohlc que 

mieux, car il le prononce pour mieux tromper le vicil- 

d'un fon plus haut. lard, qui iur cette railon fri- 

**) Il faut bien remarquer vole ne mai quera pas de le 

ici 1' âdreflè de Davin-, d' fortifier dans 'e lentiinent 

abord il a dit, Efl-ce que je qu'il a que cet enfant n'eft 

ne vis pa! htey au foir poi'- pas fuppoié, comme Davus 

tsr cet enfant chezvom'i Et le veut faire croire, mais Je 

ici il dit qu'il vit Canthara véritable enfant -de Favi- 

quiportoit un paquet fous fa pbile. 

2,2) 3(î f^ ctroan m&ii ronhr ? 

25) 4DaB ici) jcDcrucit cnun ^ibcrroiCcn (5c^a^t ^o6f. 

24) 5!)aé pr^eteritum fimplex iiMrb nad) bencn adver- 
biis, roclcbe cine n>irf(ic!) t)iri5onvT(enc Jet anbcu? 
Xtn , ûtî fÎQtt bed bdufd)eu imperfcéti ûQcjcit ge? 
ï)roud)f. 

25) ©aë t(l mir dn fc()r ucri^eflcncc 2Serldurab«t ! 
a<5) ©cn^cvn <é âcfd;K(^«t Damm. 



102 L'ANDRÎENE 

thara qui cntroit chez vous avec un gros paquet 
fous la robe, ^~) 

Myfis. En vérité je rends grâces aux Dieux , de 
ce que lorsque ma MaîtrefTe eft accouchée, *) quel- 
ques femmes dignes de foi "") étoient préfentes. 

Dûvtis, E») bonnt; foi, ^^) elle ne cohnoît guère 
l'homme pour qui elle joue tous ces tours; ^°) car 
voici ce qu'elle s' eft imaginé, il Chrêmes peut voir 
un enfînc expofé devant la porte de Pamphile, il 
ne lui donnern jamais fa fille ; elle fe trompe fort, 
c' eft pour cela qu' il la lui donnera encore 
plutô'. '') 

Chremêi. Il n'en fera rien, je t'en réponds.^") 

Dnvus^ Sans tant dedircours,aftnque t^i le fiches, 
fî tu n'ôces tout- à- l'heure ") cet enfant de devant 
chez nous, je vais le rouler au beau sijilieu de la 
rue, ^'') & je te jetterai toi-même dans le ruif- 
feau, '^) 

Myfts, 

*) Car en Grèce comme ctoient point reçus en te'moi- 
en Italie les Efdaves n' gnage. 

27) ^K\i einem grogcn ^ac!c untcc %nxix 9ioc!c. 

28) (^•lautcnewiubii^c. 
20) !S5ej) mcinir Xrcii. 

So) Sic fennt bni 9}vcnfcf)Ctt \\\^{ xi^i, «m bc^'ttJittm 
fîe nlle bicfe ^trcid)c fpidef. 

31) 4:ben ^avmn tvirb cr fie Ibm nocf) cf)cr gcBen. 

32) (£r wirD «é tvoi)l blcibeiî laff^n, id) biu bit gut 

bafur 
33") Adverb fogU'id). 

34) 60 iviQ id) Cl? fctn f<îuberlic^ mXUxi in Me ©a|Te 

35) Kmffcau cm $i5ad;, oucO «inc ©offc mitun in bcï 



DE TERENCE. 103 

Myfs» Il faut que tu Tois yvre, en vérité ^^) 

Davus, Une fripponerie en attire toujours une 
autre> '^^ & déjà j'entends dire à l'oreille *) '*) 
^que cette créature ^^) elt Citoyenne d' Athènes. 

Chreviès, Mo, ho ! 

Davus. Et que félon les Loix Pamphile fera con- 
traint de répoufer. 

Myfis. Quoi donc, efl-ce que cela n'ed pas 
vrai ? 

Chrêmes, Sans le '/avoir je fuis presque tombé 
dans un inconvénient qui auroit fait rire la 
Ville. ^'') 

Davus. Qui parle ici? hi, Monfieur, vous ve- 
nez bien à propos, écoutez, s'il vous pbif. '*'} 

Chrêmes, j'ai tout entendu 

Vnvus, Quoi, vous avez tout entendu? 

G 4 Chrc- 

*) Ce maître fr jppon ne mariat^e. Car fi cette perfon- 

pouvoit rien dire de plus ne ie trouvoit Citoyenne 

fort pour effrayer Chremei, à^^thenes, (on mariage avec 

Ôi pour le détourner de ce Puwphiie iéroit bon, 

3$) Du mu§'. fSrn?a{>t f runf^n fa)n. 

37) S!» ©dîdmrtiicf jic^ct aQqeit <in onfccr^ noc^ ftc^. 

38) Unb ce i(î trit fc6on, dé %ktt \i\) iné jDpr fagîn 
(oVcr murnuln. ) 

39) t)a§ biefeô g3îcnfd). 

40) 3cO tt*nre 6alb unoerfc^nié in cinm ûMmUmftanî) 
ficiMt()en, m ^rùbêc bie ^UMi cta\ié ju lacl}cn be» 
fommcn ()attc. 

41) î)ie Srcn^ofcn rebcn niemaliJ qerne tm Imper, ba» 
^e«ffe6?n|Î2Qemeinigli(^bcr(îlctcî)en corrc6tiva bin* 
JU: ûï^ s'il yous plaît, de grâce, je vous prie (Se, 



I04 L'ANDRIENE 

Chrêmes, Oui, te dis -je, j'ai tout entendu d'un 
bout à l'autre. '*^) 

X^avits, Vous avez entendu ! voyez cette coqui- 
ne, il i\'M la prendre '*^) tout prélenrement ci lui 
faire donner la queliion. '*'*) Ne t'imagines pns 
que ce foit Uavus que tu joues, c'eft Monfieurque 
voilà» "^'j 

Myfts. Que je fuis malheureufe! en vérité Mon- 
fîeur, je n'ai point tnenti en tout ce que j'ai dit. 

Chre7?}f's, Je fdi toute l'affaire. '*^) Mais Simon 
efl- il au loçris? 

Vdvtis, Oui, Mondeur* 

ACTE Q^VATRIEME. 
SCENE VI. 

MYSIS. DAVUS* 

Myfts, ( Davus rcjîc fenl avec elle, ^ il veut 
la tomber. ) 

Ne me touche pas fcélérat: fi ') je ne dis à Gly- 
cérion ^J tout ce que tu viens de faire. 

Davus. 

42) ?5om 5Infniî(î 6ié stim Çnbc 

43) Prendre, ail |tatt ia iîr. 

44) UiiD (te auf bie ^oltei brincjcn. 

4Ô î)cn tu beirûijcjî/ c{5 ijl cer.Oerr, fo ^lec juge* 

<\in ift. 
46) jd) Wfi§ bcn (lanjcn .^imbel. 

1) i)i rcviicrct nlkntnl un ^ranjoftfc{)cn brtJ? prxfcns nit 

(îatt bcj? tcutfc()«rt futuri, in bec ^^«bcmttng fO/ 
tvenn/ feûfcrn. 

2) SnSo ic() eé nicljt ter Giyccdon fi^cn tvifl. 



DE TERENCE, lo^ 

Daviis.. Ho, fotte que tu es, tu ne fais pas ce 
que nous avons fait. 

Myfis, Comment le faurois-je? 

Davus. C'eft-là notre beiiu père,') nous ne pou- 
vions autrement lui faire favoir ce que nous vou- 
lions. 

Myfis. Au moins devois- tu m'en avertir, 

Ùavus, *^ Oh, penfes-tu qu'il- y- ait peu de dif- 
férence '^) des chofes que l'on fût naturellement 
& fur le champ, ^) à celles que l'on a préméditées, 
^ où l'on agit de concert? ^) 

*) En efflt la difFcrence autre air de vérité, 7) que 
ell infinie, ce qu' une per- " ce qu'elle dit après qu'on 
fonne dit naturellement, a l'a préparée A qu'on lui a 
bien une autre force <k un fait le bec. 8) 

3) 2)aé ifl unf«r (5d)n>iegert)afcr. 

4) î)ag fein 9ro§cr Unt<rfcf)ieb fci), 

5) 21uf bcr ©teDc, ûugenblicflid). Adverb. 

6) 2Beld)e maii fd)Oiî lange t>or^er ùbcrlcgct {)(\X, unb 

wornine m.ni cuiftimmig 'Qti\h\)xt\. 

7) Unb cin an^e^eé 9lnfc^cn bet 2Baf)r5cit. 

8) Faire le bec à quelqu'un, cjnm abriC^tcn, tViC il W 

bcn foU/ cinblafcn. 

m # 8^ 



G 5 ACTE 



io6 L'ANDRIENE 

ACTE QVATRIEME, 
SCENE VII, 

CRITON-. AIYSÎS. DAVUS. 



L 



C;vVo;;. 

'on m'a die que c'eft dans cette pljce que de- 
meuroit Chryfis, qui aimn mieux venir ici 
amadèr du bien par <\^s voyes de.<>honnêtes, ') que 
de vivre dans fa patrie avec une honnête pau- 
vreté, ^) *) P.ir fa mort tout Ton bien me doit re- 
venir félon les Loix. ') Mais je vois des gens à 
qui je puis m' informer de ce que je cheiche. 
Don jour! 

Myji<t, Oui eu celui que je vois- là ? Seroit-ce 
Critcn le co'jfi!) de Chryfis^ Cèft lui-oicme» 
Crhnn. Oh> Myfis, bon jour.' 
Myjis^ Bon jour, Criton. 

Criion^ 

*) Ce caraftere (îe Critm fon païs p.ir des voyes des- 

cflîe câr.ièlcre d'un homme honnêtes, que de vivre chez 

de bien, lit il le marque d' elle djns unz honnête pau- 

abord en blâmant la conduite vretc. Il e'toit pourtant fon 

de Chry/is, qui avoit mieux hcriticf. Tous les héritiers 

aime amaflerdubicn hors de ne font pas fi délicats. 

i) S)ic ^rt liéit aa()cro hmmtn WoUU, fcl}anb0ûrct 
' 2BuQ ©do ju garuiiHU. 

2) ^\n ibrcjii 'SatciUntc b<x) cincr (l)xbatin îlrmut^ itt 

Ub«n. 

3) i^2afî mit m^ bc» ©«fcfjcn ûtl \i)t 25«rmo'ïîcti ju? 

faOcu. 



DE TERENCE. 107 

Crhon, *) Eh bien donc, la pauvre Chryfis? 
Helas ! 

Myfis. Elle nous a abandonnés. 

Qriton Ecvous autres comment vivçz-vous? êtes- 
tvouE un peu bien? ^) 

Myfis. Qui nous? helas, comme die le prover- 
be, nous vivons comme nous pouvons, puisqu'il 
ne nous ell pas permis de vivre comme nous vou- 
drions. 

Criton^ Ec Glycérion? a -t- elle enfin trouvé fes 
parens ? 

Myjjs, Plûr a Dieu ! ^ 

Criton, Elle ^) ne les a pas encore trouvés ? Je 
viens donc ici fort mal h propos. ') En vérité fi 
je l'avois fu, je n'- y - aurois jamais mis le pié.^) Car 
elle a toujours pafic pour la Sœur de Chryfis, ^) & 

uns 

*) Cette réticence 10) eft Les anciens évitoient le plus 

plus forte & plus tendre que qu'ils pouvoicnt de nom- 

s'il f.voitdit: Eh h Jeu /a pan- mer la mort. 
vre Chyyjii efl donc moYte i 

4) ®e()Ct cê cucT; in ctwaé ttjo^l? 

5) î^aé woOteti Die ©cîtcr! (tûé <séi ©c») 

6) Db\l(ct':t) ba^ pronom, perf elle ()icr bcranflc^ef ; fo 

i|l ce bod) cinc nMiflictiegragc, ti? obcr nur burd) 

beo 25«rn3unberun9cîi fcî)c 9<bmucl}lid} iih 

7) 3» M^^' unciclcgcnc ï 3cif. 

$}) QSiirbc id) mit fcincm gu|Tc ^cr^efommcn fcnn. 

9) 6tc i(î olK'jeU far bic 6d)tx)<jîi'r bec ... , geDaUctt 

tvorbcn. 

10) Kcticencc ifï cin term, techn. 2Qcrfd)n?cini:n(^/ Îk6«« 
<icf)ua(|,, r^ctorifd)c giquc it. ImSîcdjt, frcDroiilige 
SS^rfc^w^igung <m\ ©rtd}ç, bi« ruan fagca fonic. 



io8 



L'ANDRÎENE 



fans doute qu'elle poflcde tout ce qu'a laiiïë cette 
pauvre fille. *) Piéfentement qu' un Etranger 
comme moi aille entreprendre des procès, ") les 
exemples des autres me font voir combien cela leroit 
difficile dans une Ville comme celle-ci & le peu 
de profit qui m'en reviendroit* '^) D'ailleurs, je 
m' imagine qu'elle a quelque ami qui prendroic 

fes 



*) J' ai trouve à la marge 
d'un Téretice de mon perc 
• que fur ce pafTage il a voit 
écrit „Ctliii qui n'aura pas 
,,lu le petit Tr<:ité de Xeiio- 
„phon (/e 1(1 f'o^/ce des -ilthe- 
„niens , n'entenclra jamais 
,jpaifaiteinent ce pafl'afie, „ 
J ai p< ofîtc de cet avertifTc- 
ment. j'.'i In ce petit Traité, 
ik. j'en ai été tr^s contente, 
car j'y ai appi is <jue tous les 
habitaiis des Villes cV des Ile,'? 
alliées (les Atht;nien% étr-ient 
obliges d ' aller pourluivre 
leurs affaires à Athènes de- 
vant le Peuple, ils ne pou- 
voicnt plaider ailleurs. Ainfî 
Critori ne dcvnit pas atten- 
dre beaucoup de jtiltice de 
ce Tribunal, qui ccrfaine- 
mcnt anroit tavoriié G/ycé- 
rJofi fceur prétendue de 
Chvyfis éta!)lie à jithenes^ 
contre un nouvc?u venu 
comme Critoii. Voilà pour 



le llicccs de l'affaire, & voici 
pour les lo' gucurs encore 
plus fiichcufes pour un E- 
tranger. C'ed que les pro- 
cès ne HnifToient point z^lthe- 
nés, les 4thenk)js avoient 
tant d'sffaires pour eux-mc- 
mes, & ils célébroicnt tant 
de fêtes, qu'il-y- avoit peu de 
jours utiles, Ôi qu'ainfi les 
procès des Etrangers du- 
roieiit un temps infini. Ou- 
tre r incertitude ëi les lon- 
gueurs, il -y -avoit imc troi- 
fîémc incommodité plus def. 
agréable encore, c'eli qu'il 
falloir faire la cour au Peuple 
& répandre beaucoup d'ar- 
gent. C'ell donc avec beau- 
coup de railon (jne Crtton 
craint de s'engager dans une 
affaire (î longue , fi ruineufe 
ik dont le fuccès ctoit trcs- 
incert'in. pour ne pas dire 
pis. j'cfpere qu'on trouve- 
ra ce p^ffagc bien éclairci, 



11) 'i))rcceffe rtnui^anç^cn fîcf) unfffîebc- 

12) UnbDcnrocnigcnDîiiÇv», fo icl)l)flrauéjieè«nw»rbe» 



DE TERENCE. 109 

fes intérêts? '^) car elle commençoit "*) déjà à être 
alFez grande, quand elle partit de chez nous; on 
ne manqueroit jamais de dire que je luis un impo- 
fleur, un gueux, qui fais métier de pourfuivre des 
fuccenions. '^) De plus, je ne faurois meréfoudre 
à la dépouiller, '^) 

Myjis* Que vous avez d' honnêteté ! En vérité, 
Cricon, vous êtes toujours le même. '~) 

Criton, Menez-moi à elle, que je la voye, puis- 
que je fuis ici. 

Myjis. Très volontiers. 

Daviis. Je vais les fuivre , car *) je ne veux pas 
que notre bon homme me voye dans toutes ces con- 
jonâures. '^) 

*) Dnviis ne veut pasallwr phile eft ^bfolument brouillé 

cbei fbii maître, porcequ'iJ avec G'/yr^r/V//?, & que cela ne 

faif, que Chre?fies y tlt encre, renoue le mariai!;c, qu'il croit 

& qu'il craint que Siwou ne avoir mmpu par leltratagc- 

l'oblige de tecDDiniier &. me qu'il vient de jouer, 
ù* affucec À C/jremei qucPam- 

13) 5>cv ftd) if)rcc onnc()men njiirfee, 

14) Commencer regierct bûlb boé cerundium in de 
bolb m à, nacl)bem cô Der5Bo[)iflang erforbcrt. 

15) î)er^|îrDf<^iDnraad)r, ^rbfd)oft?n anftd) jujic^m. 

16) Uvb ma6 nod) niebr ift, fo fann \d) niid) nicbtcnts 
fcf;lic6en, fie h\^ nuféJ^tnibe fluéjujicbcit. 

17) 3t)t fci)b einmal tiMe ûUc^eit. Semper idem. Prov. 

18) ^^0 flU«n l>i«f<n ^«g«ben()eitcn. 






ACTff 



110 L'ANDRIENE 

ACTE CINQ^UIEME. 
SCENE I, 

CHREMES. SIMON. 

Chrcviiès, 

C'efl: afTez, mon cher Simon , c'ed afiez avoir 
éprouvé mon amitié; '} pour T amour de ' 
vous ") j'ai couru un afl'ez grand péril; en voulant 
vous fatisfaire, j'ai penfc perdre tout Je repos de 
ma iille* ^} celfez enfin de me prier, 

Simon. Au contraire, Chrêmes, je vous deman- 
de avec plus d'empreiFement que je n'ai jamais fair, 
^ & je vous conjure d'tfieâuer préfentement la grâce 
que vous m'avez tantôt promife. 

CMcmès, Voyez combien la pafHon que vous 
avez de venir à bout de ce que vous defirez '^j vous 
aveugle; vous ne penfez ni aux bornes que doit 
avoir la compiiifance de votre ami, '') ni à la priè- 
re que vous lui faites: car fi vous y penfiez, vous 
céderiez adurémenc de vouloir m' engager a des 
chofes fi injulles, 

Sirnou. A quelles chofes fi injuftes? 

Cbre?nês» 

i) 5)<J^ heifit nuine grtuntfdjafî ^aii^^xa ûuf M< ^rob{ 
gcfr^t haben. 

2) Sud) 511 2icbe, Fdiot: 

3) ^hxt id)bali)aOeDvul)e nKinerîodjfcf iubic©c!)nnj€ 

flcfcblagcn, 

4) .t)ûêjniiije oiiéjufubrcn , roué ^br tjerlanrtff. 

- 5) 3^r btnfet tv(î)cr au Die G>rani<n , fo bie ^éf{ic(;fci| 
cuc«é {SrcwnCxé b«^«n i^% ^^^^) • • • 



DE TERENCE. iii 

Chrêmes. Ah, pouvez -vous me f.îire cette çie- 
manJe? Vous m'aviez enfin fait réiuudre '^) adon- 
ner ma fille à un jeune homme engagé dans une 
autre amour, & qui abhorre le marijge; c'efl: à 
dire à la mettre avec un maii qu'elle feroic obligée 
de quitter dans qu.itre jours, "^j X'ous vouliez 
qu';HUX dépens de fon repos ^} je remédiafle au 
defordre de votre fils; vous l'aviez obtenu, j'avois 
commencé a donner les ordres néceiïjires pour ce 
mariage, pendanrque je croyois le pouvoir faire* 
piélentemcnt je vois que je ne le puis plus^ ^) vous 
devez vous confurmer au temps. ^^) On dit que la 
Maîtrenb de votre fils eft Citoyenne d'Athènes; 
il-y en-a un enfant, ^') ne peniez plus à nous. 

Simofî. Je vous conjure au nom des Dieux de ne 
rien croire de tout ce que diiênc ces créatures. ^^) 
à qui ii eft avantageux que mun fils ne revienne 
jamais de Tes débauches; '^) tout ce que vous venez 
de me dire eil inventé pour rompre ce mariage. ^'^) 
& fitôt que la caufe pour laquelle elles jouenc 
tous ces tours, leur fera ôtée, vous verrez qu'elles 
cefieront. 

Chremh 

6) %t hdUtl niicf) enbfic^ ba^in geBrac^f. 

7) i^\n furjciTî. 

8) hSî\ \\m 'i>crfufi ibrer 3îur)e. 

9) Plus odverb. ric^.indf, nidlt mef)r. 

10) 3?)r mùfKt cudf In bwjeitfdncfcn. 

11) ^îe iiî Don berfdbcn m ^in& \>Qïl)a\\hm* 

12) r)iiU 'l^tcnfd/cr, 

13) S>iS mcm vSobti niiu.tîtmncf)c ûu^ fvjnçm lu&Érli; 
dKn S-'bcu f>frûuefomme. 

14) ^in^ 3??praî() su {;mmtrçibçn. 



112 



L'ANDRIENE 



Chrêmes^ Vous vous trompez * je viens de voir 
moi-même la fervantequi fequerelloic avecDavus. 
Simon, Chanfons. '^) 

Chnmh. Point de, chanfons, il ne falloit que 
voir leur vifage, c'étoit tout de bon, "^) & dans 
un tems que ni l'un ni l'autre ne favoit que je fulfe 
préfent. 

Simon, Je le croi, Davus m'a tantôt averti qu'el- 
les dévoient jouer ce ftratagême^ ") je voulois vous 
le dire, & je ne fais comment je l'ai oublié, '^) 

ACTE CINQ^UIEME. 

SCENE IL 

DAVUS, CHKEiMES. SIMON. DROMON. 



J 



Davus. 

'ordonne que préfenrement on foit tranquille. 

Chrêmes. Ha > tenez voila Davus. ') 
Simon. *j D' où fort ce coquin ? 

Davus. 



*) Cen'eft pasinterroga- de chez G/ycértott, C'ert 

tlon, mais admiration, on pourquoi il lui demande 

plutôt mdignation. S/mon ^\mh^% quelle affaire as -tu 

n'ignoroit pas d'où lôrtoit Id dedami 
Davm^ car il le vcyoit fortir 

15) «J3o(r<:u. 

16) 3n oUcm Çcnjî. 

17) 'Dicf^ m. 

18) Unb id) w«i§ n\â)t, tviç ti mil; au0 b«m ©inné 
flcfomnKn. 

i) ©e^«t^ t)a ijï Davus. 



DE TERENCE. 115 

Davus. Et quç T on fe repaie fur moi ^) & fur 
cet Etranger. 

Simon. Quel nouveau paquet eft-ce que ceci? ') 

Y)avus. Je n^ai de ma vie vu un homme arriver 
Ç\ à propos, ni dans une conjoncture fi preflan- 

te. ') 

Simon. Le fcelé^at ! de qui parle - 1 il ? 

Davus, Nos affaire* lont prélentemenc en boa 
état. ^) 

Simotj^ Pourquoi différer de lui parler? ^) 

'Davjis. Voilà mon Maître, que ferai je? 

Simon. Bon jour, rhoimèce homme. ') 

David'. Ha, Monlleur, vous voilà, éi voUs aufîî, 
notre cher Chrêmes, tout eft déjà prêt chez nous, 

Simon. Tu en as pris grand foin. 

'Daviis. Vous pfiuvez faire venir les Fiancés ^) 
quand il vous plaira. 

Simon. Fort bien , il ne nous manque plus que 
cela. Mais pourras -tu ré^iondre à ce que je veux 
te demander? Quelle affaire as- tu là dedans? ^) 

Davus. Moi? 

Simon, Oui, 

Davust^ 

2) Unb man bcrlaUc fîd) ûuf m\<f}» 

3) 3Saô fînb baf fur neue ^dnbel ? 

4) 9îoct} in emeç fo br^ngcn^cn ©eUgcn^eif, 

5) 9îun iif.l)té QUt uin unfere (gacbcn. 

6) NB. ^ler t(î ba^ Verbum vouloir ottt devoir pec 

Ellipf au<<«dûffen. 

7) 5)uebrIiùVr5v;err, Ironice unb in t>ofl«t Çrbifîerung, 

S) Les Fiancés , bïe 'Bcrlobtcn, 

9) 2Ba^ f;a|î bu barlnneu ju fct)aff«ii? 

H 



114 L'ANOR^ENE 

"Davu!. *) Eft ce à moi que vous parlez? '") 

Simm, A coi- même, puisqu'il faut te le dire 
tant de fois. 

"Davus. Il n'-y-a qu'un moment que j'y fuis 
entré. 

Simon, Comme Çv je lui demandois combien il 
-y -a de cems! '') 

"Davus, Avec votre fîls. 

Siuwn, Eil-ce donc que mon fils eft Ih dedans? 
Je fuis audefeGioir. Eh quoi, maraud, ne m'avois- 
tu pas dit qu'ils étoienc brouillés? 

Dinnis, Cela eft vrai auflî, 

Simon. D' £ ù vient donc qu'il y eft? 

Chicmès, Que penfez-vous qu'il y fafle? 11 la 
quel elle '^) 

Dav/f. Oh il -y a bien d'autres nouvelles, Chre- 
niè>; je vais vous dire Ui>e infolence infupporta- 
ble. **) il vient d'arriver je ne fils quel vieillard; 
Il vous le voyiez, il eft ferme &.>nuré, '') il a tout 
l'air d'un homme d'efpiit; ^"^ ) & à voir fa phyfio- 

nomie 

*) Dit^r/î ne fait que ré- de fè moquer. Mais/achofè 

pondre, c'elt p • nquoi il ^1- elt Cfnnme ïl le dit. Et il 

îon^e pour cticrchei* cefteii- s'adrefîe finement \chremes 

dant quelque défite. i;) qui cU celui ù qui il faut 

**) Oavns prononce ces faire peur, 
trois vers Failant fenibimit 

10) '^li^ii ibr ctwan mit mir? 

11) :?l'.^ iiK-nn ici) \\)n fratjktc, raie lange t$ »5re» 

12) (Jr niûcbt fje a\xê, 

13) (£'r liî (î-inôbaff nn\> nn«rfd>ro(ïen- 

14) (Sr fKbt DèU \ ai0 (ia »fr^flnCii3«c S}vann o«^. 
15; ^miijrilttep«tf;r. 



DE TERENCE. 115- 

Romîe, vous le prendriez pour un homme d'im- 
portance. ^^) *) Son viilige eft grave &: févere, & 
dans tout ce qu'il dit il paroïc de la candeur & de 
la bonne foi. '^) 

Simon. En voici d'une autre. '^) Que viens -tu 
nous conter? 

Davus, Rien en vérité', que ce que je lui ai ouï 
dire. 

Simon. Que dit - il enfin ? 

Dnviis. Il dit qu'il fait très bien que Gîycérion 
cft Citoyenne d' Athènes» 

Simon, l-lola Dromon, Dromon. 

Dt/w/f. Qu' y - a - 1 - il donc ? 

Sihion, Dromon. 

Y)aviis, Ecoutez -moi, s'il vous plaît. 

Simon, Si tu dis encore un feu! mot '^) ♦ ♦ , . 
Dromon. 

lOtavus, Ecoutez, je vous prie. 

"Dromon, Que vous plaît -il? 

Simon, Enlève-moi ce coquin-là au plus vite, ^*) 
& me l'emporteau logis. 

H z Dromon^ 

*) lln'-y-a|»oint de plus cette moiefîe & de ce rclî- 

beau vers dans /t/'io/zct'. Mot chement que ce qu'on ap- 

àmot, une trifte fêvérit'e t-fî pe!!e vulguireinent joye^pro- 

Jhr [un vifage^jlabonvefoi duit d'ordinaire: car la vé- 

danifcsfuiYofei. Uneievérité ritahie joye eft grave & fc- 

trifie, c'eft à dire, ^>Yit;f,y«- rieufe. 
vieufe^ qui ne tient rien de 

i<5) %x foruet i&n fur Koaé rc(^fé anfcf)i!n. 

17) ^Mit eine9îcblicî)fiit uiiD Qlufricî/ti^fcit ^Cïfûr, 

18) SBicbcr tt?a^ ncuei?. 

19) Stfilicer, j'appelle. 



Iî6 L'ANDRIENE 

'Dromon Qu» Monfieui ? 

Simon, Ucivus. 

Y)aviis. EK pourquoi? 

Simon, i'jrcequ'il me plaît, Prens-le, te 
dis-je. ^') 

Viavus. Qa'ai -je f3ic. 

Smtjn. Prens le. 

Viavus. Si vous trouvez que j'aye menti en quel- 
que chofe, tuez- moi. 

Simon. Je ne veux rien entendre, je vais te faire 
étriller comme il f.iut. ^^) 

Viavus, Cependant tout ce que je viens de dire 
efl: vrai. 

Simon^ Cependant, Dromon, aye foin de le bien 
lier, & de le garder, écoute *) lie -lui les pieds & 
?es mais eniemble ^^) comme à une bête. " V'aj (î 
je vis, je te fenu voir dans peu ^'*) combien il- y- a 
depeiil à tromper fon Maître* ^') & à cet honnête 

homme 

*) Lt coutU!Tie delieraux breux , car Notre S'eii^neup 

criminelj les pieds & les y fait allulîon dans je XXI/. 

mains eufeinble comme aux Cliap, deS./V/<r////w/< verl?!^. 

bêtes , avoit pa fie des Grecs Alovi ie Roi dit a /es fervi- 

znx Romains: il -y- en a des teun^ liez lui les pieds^Ies 

exemples dans Platon, & les ma/m eufeinble-, t^nlevcz-le. 

Grecs l' avoient jîrilè des He- £y'r, 

2i) 'ïBeit z^ mjr a(fo qcfâllt. ^af]c an, fagc Id) bir. 

22) 3d) TOin bief) ber6 abpniadn lâiTen. 

23) >^inbe il)m ipan^c nnD gn^'Ç ^ufammcn. 

24) Scil, de tcms (eii(lis) tu {ur,^em. 

24) Maître {)ciflkt, tvanfi fcn ()ot)en''Pcrfonfn bie?îcbe 
i|î, ber.^'jerr, v.g. leKoy mon Maître, btriîdnig 
inein .fpct r ; iji ci t)on .Ç)ant»n.wf«rn .. D<c 33î«i(î(fr/ 
maître tailleur , î)«r 5)iC»|î<r Od^ntibCt. 



DE TERENCE. 117 

homme qui eft là -dedans, je lui montrerai ce que 
c'eft que de jouer Ton père. ^^) 

Chrêmes. Ha ne vous emportez pas tant. 

Snnou^ Ah. Chremèb, ell-ce là le relpecl qu'un 
fils doit avoir pour fon père? Ne vous fais-je point 
de compaffion? ^'^) Faut- il que je prenne tant de 
peine (iour un tel ^^j fils? Hoirt Pamphile, forte?:. 
Pamphile : n'avez -vous point de honte? 

ACTE C I N Q^U I E M E. 

SCENE IIL 

PAMPHILE. SIMON. CHREMES. 

Pamphile,. 

jui m'appelle? Je fuis perdu, c'eft mon 

père* ') 

Simon. Que dis - tu, le plus 4 . ♦ . ? 
Chrêmes. Ah. dires- lui plutôt ce que vous ave?:' 
à lui dire, & fans injures. 

Simon Comme fi après ce qu'il a fait, l'on pou- 
voit lui dire rien ^) de trop fort. Eh bien enfin 

H 3 tu 

26) SBaé bûé fcï). fdnat ^aUx oufiU^ier)(n. 

27) ^Betvcgc id) cud) incf)t ?um 0)îirlciC)en ? 

28) êotl irf) um ciucn fo(<1)m ©o^n fo »'<! (Sor^e 
traci^n? Tci ijl ctn pronomcn iinpropriuin, bcifit 
(olcf;cr, fo(cf)C/ folicé^ bcralcicf)en k. unb fantt 
fowobl bcn Articulum Indef. alô unitatis bco fic^ 

1) 5Bcf vufef mic^ ? ێ ijT mi mit mir, mcin 23a(ec 
>) 3111 ttjann noc^ berojcnigcn, Ksxxi et bîganaçn, mon 



iig L' ANDRIENE . 

tu' dis donc que Glycérion ejl: Citoyenne d'Athè- 
nes ? 

Pamphile. On le dit, 

Siwou. On le dit? Quelle impudence î Songe- 
t-îl à ce qu'il die? A-t-il quelque déplaifir de ce 
qu'il a fait? Volt- ou fur l'on vifige la moindre 
marque de honte & de repentir? Peut -on être 
afi*t;z tiéreglé, aiî-z débordé, ) pour vouloir con- 
tre ia coutume, conrre Us loix de fon païs, & con- 
tre la volonré de Ion père, fe marier honteulement 
avec une Etrangère ? '^) 

Pamphile, Oue je fuis malheureux ! 

Simon Eil- ce d'aujourd'hui feulement que vous 
vous en appercevez: *) vous deviez, vous deviez 

vous 

*) Ce pafTjge efl parFai- choix ils (c livrent & s'aban- 

temcnt beau à renfcrne donnent à cette folie, dont 

une maxime tirée de la plus ces malheurs ne font qu'une 

prorof.de Philotophîp, c'clt lliite néccfrajrc. Il -y -a fur 

que jcs liOinnies ghic tort celo un beau paffajEîe à^ Epi- 

tle le trouver malheureux, Bcte àxu% A.rien. QneCefut 

q'!i3li(l ils lont tombés dan'; un griVid ntalheur poiirVi.- 

les (naîhcnr- qMMv fc lont ris qnar.d /a Greci entre* 

attires p. r leur Folie Ils doi- revt dam la ville dcTroyç^ 

veut k- trouver m.ilhc(ucuY ij7i'ils mirent tout a feu ^ a 

lorsque par kur propre Juvg 5) qiïiU tuèrent toute 

la 

i^m efwa^ fiH^u f)rtr(c^ U<^t\\ foimtc. (NB. ^ict 
ifl rien affirmans uub I)Cl^t CjroajJ , negandi abci* 

3) 5i)iftf't man wof)( nn fcincm @«tî4i(c Me gcringfïc 

iSvMi'r dn.v 3c{)onî(5-!'^'fi<f.it u;-ib Dt'UC "^ .'ïîann 
miîii ax'^bl fo aur'fJ>avtfci'b îln^ul1cr^e^(Ild}fV9^? 

4) {?(:() ûVî'.Hi:!) îiT tiiic ^-rcmb: l^;I)ci)cat()Cn» 

5) 2)a9 fie ûOcrall f<iii)tcu uno trcnnun. î 



vous en nppercevoir dès le momenr que vovs vous 
miKS en tète de latiifjire votre palTi'U à quelque 
prix que ce fût: ^) dès ce jour là vous pûits due 
véritnblement que vous étiez malheureux. Mais 
que fais- je ? à quoi bon me rong;er l'efj)rit ? ^) 
2)ourquoi me tourmenter? pourquoi me chagriner 
dans ma viedlefie pour fa fottife? ^) Eû-ce moi qui 
dois porter la peine de Tes fautes? qu'il la prenne, 
qu'il s'aille promener, qu'il paiFe fa vie avec elle» 

Pamphile. Mon père. 

Simon. Quoi, mon père? comme iî vous aviez 
befoin de ce père; vou= avez trouvé une mailbn, 
une femme, des enfans, & tout cela contre la vo- 
lonté de ce père. L'on a amené ici des gens *) 
H 4 pour 

la famille deVxxzm^^ quik quand il fe mie en colère l 

emmoiercm le'fenirnei cap- (jii'il fe mit a pleuvev Brifes 

theî i Tu te nonipeî ^ mon ^ iju'il onbVui qu'ail n* et oit 

timi. Le grand malhmr de jias venu a c r te a .erre pour 

V%w^ fur quand d perdit la avir da muttrc/f^i^ mais 

fudeuy^ Infidélité !a viude- p nrfure reud.e m.e fietn- 

f:ie if (jii il Viola l'hifpita- me a f,ii mari f cfa lonne 

liié De tiicme le malheur un urand jour à ce p (îàgc 

d' Achille i ce ne fut pas de Icrence. 
quand ?2tt\:K)Ck^fut tué, mais 

6) 'Bon î)em '7luc|cnMic! an, tia if)r t\xé in 5vct>f (je* 

fe^t. curer SRricuncj, c^ \\\6d)U aud) fodon roue «^ 
ttJCllïe cin ©ruù(5?n ju Uijl.n î)aé pion.iirpr. 
quelque niiî 'oer Darauf toll}en^en ConjtnKiion que 
VfOîcrt 'Oeraal bfn Coiijun:tiv{im uno bebiUU't iitl 
S?cutfc()m tvaé fur/ ober fo, aîé :c. 

7) 58«rum fi3fitc id) mir bcé Çh'uiùîIk aîjttflcien? 

8) 5[Baiitm follte id) mtd) m uieincm ïHliCï \^mx%^t)U 

{)m^^^ tvcççen drgn'n? 



Ï20 L'ANDRIENE 

pour aflurer que cette créature efl Citoyenne 
d' Athènes. Votre caule eft gagnée, ''') je jie m'y 
opaole point. 

FmnphHe^ Mon père, voulez- vous me permettre 
de vous dire deux m«its? ") 

Simou, Que me direz- vous ? 

Chranês. Mais encore, Simon, faut -il l'écou- 
ter. '^) 

Simon ï/ écouter? qu'écouterai je, Chrêmes. 

Chrêmes Cependant permettez -îui de parler? 

Simon Eh bien Toit, qu'il parle '^) 

Pampbile. *) J'avoue, mon père, que j'aime 
cette vierlonne; fi c'eft un crime, j'avoue encore 
que je fuis coupable. Mais, mon père, je viens 
me mettre entre vos mains, impolez-moi telle peine 
que vous voudrez, commandez -moi tout ce qu'il 
peut y avoir "^y de plus rude, "') V^oulez vous 
m' arracher de celle que j'aimc, & me marier à une 

autre - 

•*) Il ne c|it pas )'' aime car il la croit Citoyennt, 

G/ycérion, depeur deblcficr Mais il dit cette perfonve, ce 

fon pf?re p >r ce nom qui lui qui ell plus doux & paffc 

cft udieiix» Il ne dit p.s non plus aiféinent, 
plusy rt/;w cette EtrtiJ/frere^ 

10) (^ucr i^anbcl ifl rtctvcnncn. 

11) d'U'i) îîur jroei) 2\3ortr 5u U^m. 

12) Qlllcin man mu§ if)n bcnnod) an^ôtin. Encore jjl 
i)[it fur pourtant (J8l)rûud)t« 

13) 9?un n>o6la!t, c^ f^ç îjrum, cr macj rcben. 

14) î!)ii<"e^ ift ber Intinitivu': t»oii bem vcrbo impcfô- 
naii ij - y - a, bci'^Ic d)cn (f jrempcl fcltcn Doifommcn, 

15) îffia^ nui' am aller ftringftm f«;n mag^ 



DE TERENCE* I2i 

autre: '^) *) f' le fupporcerai comme je pourrai; 
je vous prie feulemen!: de ne pas croire que j'jye 
apofté ce Vieillard, '"^j & de permettre que je l'ame- 
né ïci devant vous. 

Simon. Que tu l'amenés? 
Putfipbile. Souffrez- le, je vous prie, mon père, 
Chrêmes, Ce qu'il demjnde eft jufte, permet- 
tez - le. 

Pan-iphile, Que j'obtienne cette grâce de vous* 
Siiîion Soit, t) je l'oufFnrai tout ce qu'il voudra, 
Chrêmes, pourvuque je ne découvre point qu'il 
me trompe. '^) 

Chrêmes. Quelque grandes que foient les fautes 
d' un fils, une légère punition Tufiit toujours à un 
père. '^) 

*) Cela eft très adroit de f) Pawphile entve chez 
dire cela devant Chretnei Glycérion» 
qui n'aura ^arde de confen- 
tir à un mariage fi forcé. 

16) Autre pronomcn Impr. fann Ofle Articules \\C(^ 
3^efc()ajfenhcit Der Umrtânbc bzX) ftcf) leib«n. 

17) î)n§ \é} fcufen 5llten qeOimmet. (angtrtiftîtO 
1%) îSûnn ià) nui* nul;t gwa^r tuctDe,, Dag ce niic^ 

binterc^cbet. 
19) êo grog aud) bicgcf^lfr cincê©obn«é fenn môgcn, 
ift cin« leic^tc (gtrafc fur ctncn ^at«r allejcit bin* 
langlicO, 



^ 



H f ACTE 



122 L' ANDRTENE 

ACTE CINQUIEME. 

SCENE IV, 

CRÏTON, CHREMES. SIMON, 
PAMPHILE. 

Crhon à Vnmph'tle, 
*) /^eiîcz de me prier: pour m' obliger à le faire, 
V_^ une de ce5 trois railons luffir, ') la p;îrt 
que vous y prenez, la vérité que P ou ej} toujours 
obligé de dire, ^ le bien que je louhaice à Glycé- 
rioiî. 

Chycinès, Efl-ce Criton de l'ile d'Andros, que 
je vois? C'elt lui-même afliirément. ^) 

Cruon, Je vous falue> Chrêmes» 

ChrcmêSt. 

'*^) Voici uoe cliofe aHez lui faire fa prîere. Il faut 

rem rquah.'c : Faniphile cft <ÎQnc qu'entre la Scène prc- 

eiitié ciiez Glyccrinn pour cédeote Si le commence- 

a.'nciier triton , dès ^je fon ment de celle-ci, il-y-ait un 

peJre a eu prononc- ce mot efpaceanczraifonniblcpen- 

foi:^ à la iin de li Scène prc- dant lequel Simon & Chre- 

ccdcnre, Dîiui'» ce* moment met deineurent fur leTbea- 

jil u'-y-a i.u que (}iiii\ vers tre en attendant le retour de 

de pronoHi.'és. Or ce remps- Vamphile qui doit amener 

•là ne fufïïf pi:- à PampiHde Crito», MjIs ces deux vieil- 

puijf enr'rer cIk-z fà Mai- lards font- ds là- fans parler? 

tr'.fT', pour parl.f à Crit-nny il- y a de l'apparence qu'ils 

p i,r ui cvpliqM<.'r ce (]u'îl p,elticulent comme s'ils par* 

veut lu (k-inunuer, ik. pour loient. 

j) €.ne t5Dn M-foii hr.'j) UifacDcn ijî ^inldnslicf;. 
2) ^«trt§/ ce i{l cô Kl5cr. 



DE TERENCL\ 123 

Cbremh. Ah Cricon! quelle merveille de vous 
voir à Athènes! Qu'y venez-vous faire? ^) 

Criton. Gela c'eft rencontré ainli» Mais eft-ce 
là Simon ? 

Chrêmes^ Oui.. 

Simon. Me cherche -t -il? Ho, ho, vous dites 
donc que Glycérion ell Citoyenne de cette 
Ville? 

Criton, Et vous '*) dites - vous que cela n' eil 
pas? ^ 

Simon. Venez -vous donc (î bien préparé? 

Criton, Sur quoi préparé? 

Simon, Ofez-vous me demander fur quoi? cro- 
yez-vous que vous me ferez ce tour iti'.punément? 
Vous viendrez ici faire tomber dans le piège de 
jeunes gens bien élevés h fans expérience ; ^) vous 
viendrez par de beaux difcours & par de belles pro- 
xneiTes vous rendre maître de leur efprit. ^) 

Criton, Etes -vous en votre bon fens? 
9 Simon, Et affermir par uu mariage légitime, des 
amours deshonnêtes.'' ) 

Vam- 

3) ?Baé ijl bûê fur cin ^.unbcr, eud) in IM^iXi ju f«5 

t)cn? roaîJ ivi^iit ti;c t)tcc mad)in? 

4) 2)aJ? crjîc pronom, vous i(î çiti abfol. ijilb per cm- 

pl7alin r)icc gef.^ct, 

5) 35»* ii^oïlet Oieb'U' fivmmcn , jungê wo^'auferjocjcne 

lisxu, W nod) fcliic(S«faî;cun3{)abaï/ m blcgaEt» 
jl'.icfc ju bringctu 

6) (gud) it)rcé Qjcrfîanbeé bcmdilcrn. 

7) Uob burd) einc oc[«çma^i3«-^€çral^ cine fd;ant6are 

Si«b« b«f«(îjâen. 



£24 L'ANDRIENE 

Pûml>h}le, Je fuis perdu! j'appréhende que no- 
tre Etranger ne puifle tenir contre tous ces outra- 
ges, ^). 

Cbremês. Simon, fi vous connoî(î]ez bien Cri- 
ton, v(ms n"" auriez pas cette mauvaife opiniorl de 
lui, c'eft: un honnête homme, 

Simon. Qu'il foit honnête homme tant que vous 
voudrez; mais d'où vient qu'il arrive fi à propos, 
& iuftement le j .>ur ^) que je veux marier mon fils; 
& qu'auparavant il ne vcnoit jamais en cette Ville? 
n' etes-vous point d'avis que nous ajoutions foi à ce 
qu'il nous voudra conter? '°) 

Pûwph'de. Si je ne craignois point mon père, 
j' aurois un fjrt bon avis à donner à Criton. 
Simon. Cet impofteur ! 
Criton. Oh ! 

Chrêmes. Oue cela ne vous étonne pas, Criton, 
c'e(i là Ton humeur, n'y prenez pas garde.- ") 

Criton, Que ce foit fon humeur tant qu'il voudra, 
mais s'il continue à me dire tout ce qui lui plak, 
je lui dini alTufément des chofes qui ne lui plairont 
pas. Je me ioucie vraiment bien de tous vos dé- 
mêlés, & j'y prens grand intérêt! '^) Quoi, vous 

n'aurez 

8) 2(ae Mcfc Sr^cleiMgungen nic^t mitb Ci\xé\\i[)tn îiïH 

lun. 

9) Uni) (^orab an bcm îaç^c 

10) ©cl;^ ïhr nld)t etw<în aud) bêrîUînjnimg, baf n)ic 
tirx'w 'Oîibrlcin, bte cr un(5 ivirb criâl)len TOOÛcn/ 

11) (Çi^ ifï ftitie 2lrt nid)t anberé, U\)xi cucî) nic^t bran. 

12) 3'i) fr«c,f xn^^i) [yM ind ncutaOem eurcn©trdU 
"unb ()abc ein«» avogcn îBort^dl brtbeç. Ironicc. 



DE TERENCE. 125 

n'aurez pas la force de fupporcer patiemment ^^) 
les chugiifis nui vous arrivent? Ciîr pour ce qui 
eft de ce que je vous dis, il eft aile de lavoir s'il 
eft vrai ou faux. Il-y-avoit un certain Athénien 
qui ayant fait naufrage il-y-a quelques années, fut 
jette par la tempête dans l'île d'Andros, & avec 
lui la fille doMt il eftquelHon, "*) qui n'ètoit encore 
qu'une enfant» Le peie de Chrylis fut par hazard 
le premier chez qui aborda ce pauvre homme qui 
manquuit de tour. '') 

Simon, Il nous commence un conte. 

Cbremês. Laillez-le parler. 

Criton. Veut il donc ainfi m' interrompre? ^^) 

Chrêmes^ Continuez. 

Criton. Ce père de Chryfis qui le reçut éroit 
mon parent; c'ell chez ce parenr que je lui ai ouï 
dire h lui même qu'il étoit d'Athènes ; enfin il 
mourut dans cette mailon. 

Chrêmes. Son nom, s'il vous plaît? 

Criton. 

13) 5^ic Adjeaiva , Me in ant unb cnt âu^ge^m / occ^ 
ûnbern m bcncn adverbiis nt in mment. 

14) 2}en ber bie JX^^e if?. Obf. de qui obcr dont Un» 
ncn oUcmal c()ne UaftrfdjjcCt non ^erfonen ye* 
6raud)t nj.rhen ; boi) leHcfen î)inijfn unb ©a» 
c^ca ab<r fiiubît dont alUxm jlait , nlemnliJ abcr 

de qui. 

ij) Sr 5?îanael an ftU-m (itîe. Manquer iu bcr55e« 
bcutunij 03îangcl kiben, regicrct c ncn Genitivum; 
^eiffct i^ in îimiû cnmanqeln, binbanfcÇcn, cincn 
Datu'um; ctwa^ Derfeblen ober iwfduiiKrt, cmcn - 
Accul.nivum. 

lO SaSia çvbfnn Ocjîatjbig inir in bieDîebf faflcn? 



126 L'ANDRTENE 

Criton» Son nom (ï promptement, f) Pha# « « 
Phinia. 

Chnmès] Ah , que dit- il ? 

Cïiton. Oui en vérité, je penfe que c'eft Ph.inîa î 
au moins fuis- je très fur qu'il le diloit du Bourg de 
Rhaninufium» ''^) 

Cbrc7uês. Oh ! Jupiter ! 

Criton^ Plufieurs peribiines d'Andros lui ont ouï 
dire comme moi ce que je vous dis. 

Chrêmes, Les Dieux veuillent que ce foit ce que 
j'efpere. Mais dites- moi» je vous prie, Criton, 
que dilbit-il de cette iîlle? difoic-il qu'elle fût 
à- lui? ''j 

Crîton. Non. 

Chrêmes, A qui donc? 

Critofi. A fon frère. 

Chrewès. En vérité c'eil ma fille* 

Cr'iton Que me dites vous là? 

Simon^ Muis vous même que voulez- vous- dire? 

Pampbik Ecoute ce qu'on dit là, P.mipbile. 

Simon. Que croyez - vous de tout cela , Chrê- 
mes? 

Cbreînês» Ce Phania étoit mon frère, 

Simon. Je le fais bien, je le connoiflbis. 

Chrêmes. Ce pauvre homme s' enfuyant d'ici à 
caule de la guerre, partit pour me venir trouver, '^) 
en Afie, où j' étuis alors; il n'ofa laifier ici cette 

enfant 

f ) // dit Cela entre /es detUi, 

17) 5l3omqiîcné bin icf) onfîcberf , bû§ « fîc^ (^W^ è<W 

^•(ecfen Khamnidium l)n' ncnntc. 

18) ^obcryor, ^a6 fie fcine mdre* 

19) 3î«in« a&, um su mil' ju fcmm^ij. 



DE TERENCE. J27 

enfnnt, "") il la prit avec lui, & depuis ce temps- 
Jà, voila les premières nouvelles que f en ap- 
prens. "') 

Pampbile. Je ne me connois pss, tant mon efpric 
eft agi.té ^^) en même temps psr ia crainte, par la 
joye & par l'erpérance, quand je coijiïdere ce bon- 
heur fi grand & fi peu ;)ttendu. ^^) ^ 

Slmoiî^ En vérité. Chrêmes, je fuis ravi par plus 
d'une raifon, queGiycéiion le trouve vocre iïlle. 

Paniphile^ J' en luis perluadé , mon père. 

Chrêmes. Mais, Criton , il me relie encore im 
fcrupule qui me taie de ia peine. 

Pamphile, Vous méiiteriez qu'on vous haïe avec 
votre krupule* c'eft cherclier des difficultés a 
plaifir. ^^) 

Criton Qu' eft- ce que c''efi:? "'j 

Cbrewès, Le nom que porte cette fille ne con- 
vienr pas. ^^) 

Critofî. Il cft vrai, elle en avoir un autre, lors- 
qu'elle étoit enfant» 

Chrêmes^ 

20) 5Bo icf) t^rtmoîf! ttjûr;^t tinferiîunî) ^iéi nic^tbicfcé 

ituiD ali;):i:r 5U l.lTs"". 
ai) *3i! b bac Me erfîcn 3ciîuiigcn, (D^act)rtd)ten; fo 

kh oon ibr «rfabrc. 

22) (Bo f^I)r ïfl meiîi ©l'iiiûtb in ^*'envç<un(î. 

23) Di?r«i3 fi5 cj.rcgc unb unt?^ririut.ieti ©iû^. 

54) Î)a6 hir^i mit (îSidca) aU^m ijUl^ ^CÎ;iVta'î> 
Umn [y.-'o-y: |*ud;c'«. • 

25) ^W un 'ilct: lït.i!? )(l baé2, 

26) 6nmm« »icj)î âb«tin. 



128 L'ANDRIENE 

Cbvemès, Quel eft-il "') Criton? ne vous en 
fouvenez- vous point? 

Criton, Je le cherche, 

pùmpb'ile. Souffrirai- je que fa mauvaife mémoire 
s' oppofe à ma juye , pouvant y remédier ^^) com- 
me je le puis ? je ne le Ibuffiirai point, *) Chcemès, 
le nom que vous cherchez, c'eft Pafibula. 

Criton. **) C'ert lui - même. 

Chrêmes» Le voilà, 

Pampbile. Je le lui ai ouï dire mille fois. ^^) 

Simon. Chrêmes , vous êtes fans doute bien per- 
fuadé , que nous avons tous bien de la joye du bon- 
heur qui vient de vous-arriver. ^°) 

Chrêmes Oui aflurément. 

Pampbile, Après cela, mon père, que refte-t- 
il? '') 

Simon. ***) Mon fils, ce qui me mettoit en 

colère 

*) Ce n'eft pas Cln-enih, ***) llétoften eoleredece 

qui cbcrclie îe nom (ie ia que T.nnpbîU vou'oit épou- 

fîlle, qu'il favoit fort l)icn, fer Glycériou, car il vouloit 

c'elt Criton qui le ciierclie, qu'il cpoufât laHlJe de C/>rtf- 

comme il vient de le dire, tues. Ghcériou fe trouvant 

'je le cherche. donc la 'àVe ikChrewès, Si-< 

**) C'ert un jeu de Thca- mon efl: content & par ce 

tre , il répondent tous deux moyen voila la paix de /'ûW- 

en même temps. /^/vA-. faite. 

27) 5Bvié ift eé fur <'iner. 

28) ©a «d) bfr @ad)e bclffen fann. 

-9) 3'^ f>^^'« i^" "^'^'>l tauf^:^^mal t)on if^r fai^cn feerctt. 
30) Ucber Badl ©lucf, fo md) jug<(îogm cDcc btf 
qeqnef ifï. 



DE TERENCE. 129 

colère contre vous , fait préfentement votre 
paix. '"■) 

Pamphile. L^ agréable père! ") apparemment que 
Cliremès ne change rien non plus à mon mariage 5 
& qu'il me laiiïe porPelTeùr de faillie. 

Chrêmes^ Cela efl: très- jufte, à moinsque votre 
ptre ne foit d'un autre avis. ^"^) 

Pamphile. *) CcI.j s'entend. ^^) 

Simon. J'y donne les mains. ^^) 

Chrewés, Pamphile > ma fille aura pour dot ^^) 
dix talens. 

Pamphile. Cela eft très- bien. 

Chrêmes, Je vaisla voir^^) tout-à-l'heure; allons, 
)e Vous prie, Criton> venez-y avec moi, carjccrois 
qu'elle ne me connoitra pas. 

Simon. Que ^^) ne la faites -vous porter chez 
nous? 

Pamphile Vous avez raifon: je vais tout préfen- 
tement donner cet ordre- là à Davus, 

Simort^ 

*) C'eft encore lin jeu de Théâtre, ils parlent tous deux 
en même tei>ip$. 

52) ^ué micf) xcihit eucf) ciuf6rac^te, jîjfrcf borfcêo 

Cuvcit ^nrben 
33) îi3'ld) etn (jebr?îd)er23iter! - ^ 

34 j 533oferne fuer 35ater nicl^ ûn&€t*é6jnn(éjj?» 
37) t)a5 Derffebet fid). 
36' 3*^ waiiic ^(lrcln. 

37) 3ur ^2lu?jl.ucr. 

38) SBcnti voir bcfuf^crt W\^«t\ fo-fxîf c5 in^dcmeîtt 
aller, être obcr venir J)or ^X(S) , tiacf) Wf(d:m CJÎint 
infiriitfi'o jlfbff. 

39) Ql'^ <^" Oflff pourquoi. ViJe Grammaire, ^cttai» 
fc^« Edition t)Un Anno 1740. pag. 508- Reg.Vl. 

I 



130 L'ANDRIENE 

Simon, Il n'eft pas en état de l'exécuter, 

Pamphile. Pourquoi, mon père? 

Simon. Paicequ' il a des affaires de plus grande 
conféqnence pour lui, ôc qui le couchent de plus 
près, ^°) 

Pamphile. Qu'eft-ce donc? 

Simon. Il eft lié. ^') 

Pamphile. Ha, mon père, cela n'ell pas bien 
fait. 

Simon, J'ai pourtant commandé qu'il fût fait 
comme il faut. 

pamphile. Je vous prie d'ordonner qu^on le 
délie. 

Simon. Allons , je le veux. ^^) 

pamphile. Mais tout - à-P heure , s' il vous plaît. 

Simon. Je m^'en vais au logis, & je le ferai 
délier. 

Pamphile. O que ce jour m'eft heureux f 

4©) ^ilîdl et w id^tigerc S5«rricl)(un9cn , unb tk i^n fie» 
naucc anqtbdi, ^at. 

4î) iiï 'M gcbun^çn. 

42) ^4 f«p (Oaturo; ic^ tviû (i {M. t^m») 






ACTE 



DE TERENCE. 131 

ACTE C I N Q^U I E M E. 
S C E N E V, 

CARfNUS. PAMPHILE. 



Cûrinus. 

Je viens ') voir ce que fait Pamphile* mais le 
voilà. 

pamphile. L'on s'imaginera peut-être que je ne 
crois pas ce que je vais uire; mais on s'imaginera 
tout ce qu'on voudra: pour moi, je veux prélen- 
tement être perfuade que *) les Dieux ne font im- 
mortelî. , que parcequ' ils ont des plaifiis qui n' ont 
1 2 point 

*) Epuure â'\Ç6\t que les prend d' abord en difànt, on 
Dieux ne pnuvoient pas i'i7Hii{tine)apeut-éne^iio\eut 



m-.nquer d'être immortels, 
puisqu'ils etoient exempts 
de toutes fortes de maux, de 
foins & de dangers. Mais 
'Téreme donne une autre rai- 
lôn qui ell plus poiie, & qui 
exprime mieux la joye de 
Famphile'y car il dit que leur 
i.nmortalité ne vient que de 
la («iliditc & de la durée de 
leurs piaifîrs. Je fuis char- 
mée de C(.t endroit. Les 
précautions que faviphiie 



en quelque manière néccflai- 
res pour faire exculèr la li- 
berté que l'exix.v de Ii joye 
lui tailb;t premlre, de don- 
ner une aut-e raifbn de l'im- 
mortalité des Dieux , que 
celles que les l'hilolophcs, 
avoient trouvées, & iurtout 
Epiciiiff dont la mémoire 
croit enct-re récente, «S: les 
fentiinens presque générale- 
ment refus. 



j) Venir in ^?r 55cbeufuti(|, Ummtn thix woCfen, re* 
pieret bcn blot^en Infinitivum; m ijgr 5>ct),cu:u«fl, 
cben ()ab«n ober fei)a , baê gcrund. mu de; un^ 
cnDlid) in ^cr S3crcutnnq , oht^vsifîfbr i^ivauf loiB^ 
mm o^(v anfans^n/ î)a@ Gerundium tnu à. 



133 L'ANDRIENE 

point de fin , & je fuis fur aufli que je ne faurols 
manquer^) d'être immortel comme eux, fi aucun 
chagrin ne fuccede à celte joye* ^) muis qui fou- 
hatterois-je le plus *) de rencontrer h cette heu- 
re, pnur lui conter le bonheur qui vient de m' ar- 
river ? 

Carhitis Quel fujet de joye a-t-il ? 

Pamphile. H^ je vois Davus, il n'-y-a perfonne 
dont la rencontre me fuit plus agréable, ^) car je 
fuis periuadé que qui que ^) ce loit ne reflentira 
ma. joye fi vivement que lui. '^) 

ACTE CINQUIEME. 
SCENE m. 

DAVUS. PAMPHILE. CAKINUS. 

Où peut être Pamphile? 
Pamphile. Davus. 
Davus, Qui eft-ce qui. 

Paf7iphile C'efl: moi. 

"Davus. Ha, Monfieur. 

Pam- 

2) 5^a|? té mit nicl)t félcn f<inn. 

3) srSiiun rem ^ïltl^ruO auf biefc Sr«"î^« f^h^^' 

4) 3(:i nitijtcn. 

5) Di!cman^ hatfc mir beijccjncn fiJnncn/ ^ec rair ûngc* 

nebtiîcr geanfcn. 
O Qui que ift cin î'ron. Impr. ^eiffa sfHrniative tret 
niid), tvdd)fr aud) ncg^tue nicmanb/ unb rc« 
qifrct ûll«nial ^c^ Conjuiidivum. 

7) 0)?.!ii.: Skudc auf eme l<b()a("tac 5(rt (nivfiuî)Cti 
fanu. 



DE TERENCE 135 

Pamphile, Tu ne fais pas la bonne fortune qui 
m'efi: arrivée? 

\yavus. Non aflurément, niais je fais très bien 
la mauvaife fortune qui m'eft arrivée, de^^uisque 
je ne vous ai vu. 

Pamphile. Je le fais bien auflî, 
Davus Cela arrive toujours. Vous avez plutôt 
su mon infortune, que je n'ai appris votre bcnheur, 
Pamphile, Ma vjlycérion a retrouvé ^qs parens. 
Davus Que cela va bien I ') 
Carinus Oh ! 

Pamphile. Son père efi: un de nos meilleurs amiç* 
Davus, Qui eft - il ? 
Pamphile. Chrêmes. 
Davus, Que ^) vous me réjouifTcz ! 
Pamphile, Rien ne s' oppofe prélentement à raci 
defirs. 

Curimts, Ne rêve>t-i! point, & en dormant ne 
croit -il point avoir ce qu'il defire, quand il eft 
éveillé? ^) 

Pamphile, Et pour notre enfant, Davus ? "*) 
Davus^ Ne vous en mettez point en peine* les 
Dieux n'aiment que lui. 

Carimts, Me voilà bien ^) il ce qu'il dit eft véri- 
table, mais je vais lui parler. 

I 3 Pam^ 

i) ©aé 9Cî)f \<x t)ortrcf[ic5. • 

2) Que i(l bi€r bte particula adrairandi, tt)ic. 

3) 'XrJumet ce \^m nicï)t, uiib fllauBt cr nicf)f fcfiîafcnt» 

baëjcnigf, tvaé cr n)ad)«nD feerlangct, <u boben ? 
i,;-^) ^;tCV i|l per ellipfin que fait -il 1 aU«âda|T«n« 

5) 3îun bi« ic^ tt)oI;l bara». 



134. L'ANDRIENE DE TERENCE, 

Pamphîle^ Qui eft ici ? Carinus, vous venez bien 
à propos, 

Carinus^ Je fuis ravi de votre bonheur. 

Pamphile, Quoi! avez- vous entendu? 

Carinus. J'ai tout entendu, préfentement que 
vous êtes heureux , ne m' oubliez pas , je vous en 
conjure. Chrêmes eft déformais ^) tout -à vous,"^) 
je fuis perfuadé qu'il fera ce que vous voudrez. 

Pamphile, C'eft mon deflein, Carinus* mais il 
feroit trop long ^) d' attendre ici qu'il fortit de 
chez fa fille, venez avec moi l'y trouver. Et toi, 
Davus, cours au logis, & fîis venir des gens pour 
porter Glycérion. Pourquoi donc t' arrêtes -tu? 
marche, 

Davus. y y vais. Pour vous, Mefiieurs, n' atten- 
dez pns qu'ils fortenc* ils fe marîrontdanslamaifon, 
& s'il-y-a quelque autre chofe à faire, elle s'y termi- 
nera auiTi * *) Adieu, Meilleurs, battez des mains, 

6) à l'avenir, dorénavant unb déformais fînb Adv. fyn« 

oiiima, unb l)€b(uten im ^aufdjcn aHemal lûnff 
tifi^in. 

7) Chrêmes ifî fûnftlg^ln i\id) gan^ ergtbett. 
g) il^ roùrbe a0<u lange mo^rcn. 

S) ©oîl c^ iîMc^ H ju €nbe scbrac^jt tt?crb«i# 




^P '^' 






L' EUiNU- 



L'EUNUQ^UE *) 
DE 

T E R E N C E. 



LE TITRE, 

f^ette Pièce fut jouée pendant la Fête de Cyhele, fous 
les Ediles Curules Pvfibumius Albinusy (^ Lit' 
àm Cornélius Merula^ par la troupe de L Ambi^ 
vius Turpio ^ de L Attilius de Prenejie Ftaccus 
affranchi de Clnudius fit la inujiq$te, i) où l emplo- 
ya les deux flûtes, la droite & la gauche^ Elle eji 
prife,du Grec de Ménavdrey (^ elle fut repréfentée 
deux fois 2) fous le confulat de M, Val'erius^ (^ de 
C, Fannius. 

REMARQUES. 

Ce qui a été remarqué fur le titre de V Andrîene^ 
fuffic pour tous les titres des autres Pièces» Il 
eft feulement néceffaire d' avertir que 1* on a oublié 
de marquer dans celle-ci le prix que les Ediles 
donnèrent pour cette Comédie; Suétone nous ap- 
prend que Térence en eut huit mille Pièces, c'eft- 
I 4 à-dire 

*) S(l) ftlïcn Nominibus proprii's \)\t per Eu ffi^ ûtt^ 
fongcn 9,{Û, Europe, Eugène, Eufebc &c-, \)hit 
îiîûn in ècr îluefpiaô? \iaê c gor nicbt/ n?{l(^«$ 
tic J^cn. ^m[ii%x\ m\ lu teobac^tm (^abm. 



13$ L'EUNUQUE 

à dire deux cens écus , qui en ce temps -la étoîent 
une fomme fort confidérable. Cela étoic marqué 
dans les anciennes Duiajlalies. 

1) Il tauc entendre cela de la première repréfen- 
tation * car d;ins les autres je crois qu'elle fut jouée 
aVec deux fiûre? droites. On peut voir les Remar- 
qui^s fur la première Didûfcalie^ 

2) C'écoit l'a^ de Rowe Ç92, if9 atis avant la 
naiffînce de Notre Seigneur > cinq ans après la 
première repréfentation de l'Andriene. ï)onat re- 
marque fort bien que certe Pièce eft ég;ile dans 
toutes les parties, & qu'on n'y trouve aucun endroit 
où i! paroifle que le Poëre ait été ou fatigué ou 
èpuUé, qu'il divertit partout par l'es plaifanterJes, 
qu'il inftruir par des exemples utiles, & qu'il re- 
pref) i les vices plus fortement ') que dans les autres 
Pièces, . . 

PERSONNAGES 

DF 

LA PIECE. 

e Prologue. 
Phc'dria, fils de Loches , & Amant de Thaïs 
Parmhiorh valet de Phédria. 
rtms\ courtifme, maîcreiTe de Phédria* 
Giiatbun^ paralicc. ^) 

Qhérèch fécond fils de Lâchés, & amant de Pam- 
phita. 

Thfûfon 

1) Unb \>c\% cr ^i« Wn fcftôifcr &<(îriîfct. 

2) 5>a^ 'X^o t c-'O'-niHfur, nn @d>;muojcC/ i|ï ^«Ut JU 

%H% 9t6rducî;hc()ci' alo parafitc. 



DE TERENCE* 137 

Tljrafon, Capitaine, rival de Phédiis, 

Pythias, fervanre de Thaïs, 

Ckrewès, frère de Pamphila. 

Anciphuii, jeunfi homme» ami de Chéréa» 

Dorias, aurre fervante de Thaïs» 

DoritSy Eunuque. 

Sangûy valet de Thrafon, 

Sopbronûy nourrice» 

Lachèsy père de Phédrîa & de Chéréa. 

Perfonnages muets, 
S/malion, '\ 

Donax, J> valets de -Thrafon, 
Syrifcus» J 
Pamphila^ lœur de Chrêmes» 

PROLOGUE. 

S' il- y- a quelqu'un qui fafie (es efforts ') pour 
plaire à tout ce qu'il - y - a d' honnêtes gens, ^) & 
pour n^offenfer perfonne, notre Poète déclare ici 
que c'eft lui. ^) Après cela, *) fi un certain hom- 
me**) qui en traduifant beaucoup de bonnes Comé- 
dies Greques, & les traduifant mal, en a fait de 
très - méchantes Pièces Latines, trouve que. l'on 

I 5" parle 

ji^) C'eft le même I,«y<r/«î duifant. Bien efl là pour 

dont-il a éré parié dans le beaucoup, & quelquefois il 

Prologue de V Anchiene. a cette fignification en notre 

**) Le Latin veut dire Langue. 
mot à mot; qui enbientra- 

1) ^cc oa? feine ^raftc bflran »mb<t. 
a) 3l(kn ct)rlatin ^euten. 
3) ^ag <r l«rj«ni3ç feç. 



J38 



L'EUNUQUE 



parle un peu trop fortement **) contre luî ; qu' il 
fe louvienne qu'on ne fait que lui répondre, & 
que c' ell lui qui a attaqué. ^) Ce Traduâeur a de- 
puis peu ^) donné *) le Phantôme '^) de Ménandre ; 
& fur le fujet ^) d' un thréior qui fe trouve dans un 
tombeau, il fait plaider celui qui l'a enlevé, & à 
qui on le demande, avantque celui qui le deman- 
de fe mette en peine de faire voir ®) comment ce 
thréfor lui appartient, & de quelle manière il a 
été mis dans le tombeau de fon pcre. Au refte 
qu'il ne s'abufe pas, "*) & qu'il n'aille pas dire en 
jui-même: Voilà qui eft lait, j'en fuis quitte, ") il 
ne aie dira plus rien; encore une fois je Tavertis '^) 

de 



*) Voici le fujet de cette 
V'écc de Ménandre : Une 
Femme, qui avoit une fîUe 
d'un àc les Amans (ans qu'on 
le fût, (èmaria ave.- un hom- 
me qui avoit un Hlsd'un pre- 
mier lit, ik comme elle ai- 



raoit tendrement fa fille, elle 
la fdifoit élever fecrètctnent 
dans une maifon qui tou* 
choit à la fienoe ; «Se pouc 
n' être pas privée de la liber- 
té de la voir, elle fît percer le 
mur mitoyen dans le lieu le 
plus 



4) €(Wa^ su ^ûrf. 

5) Uub lio§ a- tcrjcnige ffi), 6cr tcniîricfî ûtt^iefangeit. 

6) Sciliccc <le temps, 

7) £)iefcé 'ï'Jort 3<()o'iet mit j»ir iWdfd^Jften ©d)rei63 

urti [y:\\i hn%a%i fcl)rcibct .iwn ç0 fajl m«l;c fan- 
tôme, fin ©cift/ çin @cfp«n(î. 

X) !^n îlnfcbuna. 

9) 3" crfcniiïn ju (jcècn ft* bc<îrfbe. 

20) Jïui û()r!g«n maoi «r fïd> ja nid)t ^cfrftgett. 

11) 0?un bin î:i) ût>cc b«n 35er9, x^ ^abe md)ii mc^ç 
su bffrird)tfn. 

12) 3"^ n>^rî« i^« noc^ çinmat. 



DE TERENCE. 



U9 



de ne s'y 'pas tromper, & de ceflcr de nous faire 
de la peine* car nous avons encore beaucoup d'au- 
tres choies que nous lui pardonnons pour i'heu-* 
re ") & que nous ne marquerons pas de rele- 
ver ^'*) à la première occafion, s'il ne le corrige, 
& s'il continue de nous oflenfer, comme il a déjà 
ùk. Après que Its Ediles "j eurent acheté l' Eunu- 
que de Ménandre, qui eft: la Pièce que nous allons 
repréfencer devant vous, *) 11 fie tout ce qu'il put 
pour obtenir la periuiiîlon de la voir, & il l'ob- 
tint. 



plus reculé & le plus bas de 
fa maifon; i6) elle cachoit ibi- 
gneufement cette ouverture, 
de elle avoit mis là un Autel 
qu'elle couvrojt tçus les 
jours d* lierbes &derieurs,«îiîr 
où elle failoit (ècnblaiit d'al- 
ler F^ire fcs prières. Le fils 
dont j'ai parlé ayant un jour 
épié fa bclic-merc, vit cette 
fîlle, qu'il prit d'abord pour 
un phantôme; mais enfin 
l'ayant vue de plus près,& 



connu ce que c'étoit, il en 
devint fi paffionnément 
amoureux, qu'on fut obligé 
de confentir qu'il l'cpoufât, 

*) Ce palTage eft très re- 
marquable , car il nous ap- 
prend que quand les Magi- 
ftrats avoient acheté une 
Pièce, ils la faifbient jouer 
dans leur maifbn avant 
qu'on la jouât en public pour 
le peuple. 



13) îSer JC^O. Adverb. 

14) ©euflid) JJorjîeBcn, obet ûufmu^m, tefïrafm. 

il 5) Edile, (in 35ûul)«rr, bt\) teu Sldmcrn, ijl a\ié ntit 
oQcin in ticfcm $Ber(îanfce Q«brûud)!i(^ ; b<ut ju 
Z\]^z mùfltt man fid), um bicfe QBùrbe ouéjubrû» 
rfen, btt \&0tUf In(pe£leur des bâtimens public», 
bcbtenen. 

16) ©ie lieg Die ^wifcfjenmûucc in bm àïimntU^tns 
fl«n unî> nièoclegco jDm i^xi^ J^auf«é m^bx^ 



140 L'EUNUQUE 

tint. Les Magiflrats donc étant affemblés', on 
comniençi à 1; jouer. Aulîitôc il s'écrie, que c'étoit 
un voleur, & non pas un Poète, '^) qui a voit 
donné cette Comédie, que cependant il n' avoic 
pas fiompé ces Meilleurs, puisqu'au lieu d'une mé- 
ch:u:te î'iéce de fa f^çon, '®j il leur avoit donné le 
Colax de Nevias t: de Plaute, d'où il avoit pris 
entièrement lesperfonnages '^) du parafite & du Ibl- 
dar. Si c'ed une faute, notre Poece l'a faite f.ms 
le l'avoir, & il n'a eu aucun deflein de faire un 
voU~°) conintc vous l' allez voir tout- à- l'heure.*) 
IVlénandre a fiit une Pièce intitulée, le Colax ; 
dans cette Pièce il y-aiin parafite de ce nom; il-y-a 
aufîi un Jold.it ùnhvon, *') Tétence ne nie pas 
qu' il n'ait pris de la Comédie Greque de Ménandre 
ces deux perfonnages ôc quM ne \es ait tranfpor- 
tés dans lun ''**) Eunuque, mais qu'il ait jamais fu 

que 

*) CdiX eu un mot Grec **) Il paroit presque incro» 
^ui fi^nihe un (lare ir, c'cft yable (jue Tércnce eîit pu 
pourquoi les AnC'eris don- ignorer que P/atite & Né. 
noient ee nom auxparafites. vius eufTcnt traduit ces Pic- 
ces. 

17) ÇUcid) ferrie cr îl^crlaut, ce n>5rc cinSDieb unb tciit 

18) 'l>on feirtcc 3lrt. 

19) ©aÉ( -ïBort pcrionnc g«(><t alï^jcit auf <ine <iiVo'\^i 
^^trfon } pe^-l«'n:utc aUx tvjrb mÉhrcntfjcil^ t>o« 
<J3crfcnen m 'Sd>jufpivlcn (]cbraucf)t, item in ©es 
^u^l^i'^ un^ 'i:i^e!en, i (£. tapifferie à perfonna- 
ges, X^peten mit Î3uinn^» o^cr >335<i'»(^fii^uren. 

20) Ûnb er j|^ vï^t tiid)t îSia«mJ gv'wcfcti/ «incn £)i<^ 
(îaM ^u [v\]ci;»fn. , 

21) Sin pi'a{)Unt«c êulbflf. 



DE TERENCE. 



I4t 



que ces Pièces euflenc été traduites en Latin, c'eft 
ce qu'il nie fortement. ") Que s'il n'eft [jas per- 
mis aux l'oëtes d'aujourd'hui de mettre dans ieurs 
Comédies les mêmes pedonnages que Névius & 
Plaute ont mis dais les leurs, ^) pourquoi leur per- 
met- on plutôt d'y repréfenter nos valets qui cou- 
rent de toute leur force, des Dames de condition 
avec des inclinations honnêtes; des Courrlfnes ~^) 

méchan-. 



ces -là, mais on n'aura pas 
de peine à en être perludtîc, 
quand on t-cra cette réricxion 
que les inaiiufcrit* cr:;i)t en 
fort petit nuiubre, & par 
conféquent peu communs, 
tout le monde ne puuvoit 
pas les avoir , & que d' ail- 
leurs comme on n' avoit pas 
encore eu le foin de rarn^slTer 
en un feu! corps tout les 
Ouvrages d'un même Poète, 
on pouvoit en avoir vu une 
partie fans les i^voir tous v us. 
*) En eft't le caractère 
d'un paralïte, & celui d'un 
IblJat , font des carafteres 
aufîi rrja:qués Se aufli con- 
nus que telui d'un cfcl.ae, 
d'iinehonrtète femme, d'une 



courtifane & d'un vieillard 
Si 01) dérend donc à un Poète 
d'imiter ces caiackres, par- 
ccq'i'iMi ai, tre les aura peints 
avant iui , il Ft>udra auffi lui 
défendre de mettre fur le 
Thé.itre les paffions dont on 
aura parlé en d'autres Pièce?, 
car l'es pallions font toujours 
les mêmes dans tous les fîé- 
cles, & ne charl<:ent non 
plui qne les caracleres. Té' 
refice dit cela pour faire voir 
qu'un Poëce peuc refRnib'ec 
à un autre Pocte dans la dé- 
fcription d'un même cara- 
(Sere & d' une niênîe padîon, 
lans avoir pourtant rien pris 
de lui, ik. même lans l'avoir 
vu. 



22) 2ibcr ba^ cr jemalïJ getuugf hcK^t, \)a^ Mefc (gtuc^e 
in bas! 2atiinifcî)e xohim ùbccfeçt irorDen , Da^ 
laugr.et cr ouf oas aiiêecfïe. 

23) ^ad îSBort Courtifane jm tt>ei6(ic0en, mirb (lUt* 
mal in malofenfu, t)û^ mafcidinumCourtifan bm; 
geqcn Oft m hono fenla gebroucOf/ t^.g. cet officier 
cit un parl-ait courtifan, "î)içfcf OffîCÛr jfî {jn J?oU; 

fuïïînKnçc -pofmann. 



142 L'EUNUQUE 

méchantes, ^'^) des enfjtis fuppofés, *^) des vîeîl- 
laids trompés par des valets? Et pourquoi fouftre- 
t-on qu'ils y repréfentenc l'amour, la haine, les 
jaloufies, les foupçons? *) Et un mot, Me/îieurs, 
il cette maxime eft reçue; ^^) on ne pourra plus 
parler ni écrire, car on ne peut rien dire aujourd'- 
hui qui n'ait été dit autrefois^ c'e/l pourquoi il eft 
jude que vous ayez quelque égard à nos raifons, ^'} 
& que vous pardonniez aux Poètes modernes, s'ils 
font quelque fois ce que les anciens ont fait fi fou- 
vent. Donnez- nous, s'il vous plaît, une audience 
favorable, ^^) aiînque vous puifïïez bien juger de 
notre Pièce. 

^)Tcretice ne témoigne ici mêmes nombres j & que (î 

aiuun chagrin contre ceux l'ont veut fe faire un fcrupule 

q I. avoient traité avant lui defuivre Ici idées cotrsnunea 

les mêmes carafteres qu'il & gcoéralev , il faudra auflî 

traite, au contraire il veut fai- s'einpêcherdcpsricr, parce- 

re voir qu'on a la liberté de qu'il n'elt pas plus difficile 

faire ce qu'ils ont fait,. com- de dire des chfles nouvelles 

me on a celledelclervir des qu'il l'elt d'inventer des rara- 

mciTies lettre;, des mêmes ttcres r.ouveaox. Ce panade 

inot^; des mêmes noms, des clt plein de force. 

24) Q^^of!baftlr>e ^uren. 

2ç) Unter9ffc!:obcn< ilinbcr. 

5.6) ÎBcnn ^!l'f^•r (?^runîfa$ anqiwmmm ttjirb, 

(|rtln^c in ê:rn^egm»3 jul^eu 
«8) ^ui gutigeé 6e^or. 






L'EU- 



DE TERENCE» 143 

xxxxxxxxxxxxxxxx 

L' E U N U Qja E 
D E 

T E R E N C E. 

ACTE PREMIER. 

SCENE /. 

PHEDRIA. PARME NON. 

Fh'edria. 

Que feraV-je donc? n'irai -je point préïènte- 
(T.ent qu^^elle me rappelie de Ton bon gré? ') 
ou plutôt prendrai - je une force rélblucion de 
ne plus foufFrir les affronts de ces créatures ? ^) Elle 
m'a chafTé, elle me rappelle; y retournerai -je? non 
quand elle viendroic elle-même m'en prier. 

Varw'enon. En vérité, Monfîeur, iî vous pouvez 
gagner cela fur vous, ^) vous ne fauriez*) rien faire 
qui vous foie plus avantageux, ni qui vousfafie plus 
d'honneur. Mais fi une fois vous commencez, & 
que vous n'ayez pas le courage.*) de continuer; fî 

dans 

i) @ufn)ifli(| (t)on frfpen jTûfm.) 

2) £)ic ^eUiMâung t>;efcr COîmfcber r jc^f mû^t jU cr* 

3) ?S?onn tbr bûé ù&cr euc^ erbalfcn frnn'f. 

4) 5Dief<C Idiot; je nefaurois, «H jîaU je ne p ui6, ifî 

fc()c (t«braucf)!iiD. 

5) UnO nicf)t Oa^ ^«ra ^a'pçf. 



144 L'EUNUQUE 

dans vos impatiences âmcureufes vous allez vous 
* avifer ^) il' y retourner, lorsque perionne ne vous 
demandera , & que vous ne ferez pas raccommo- 
dés, '^) montrant par ces démarches ^) que vous 
l'aimez à nepouvoir vivre Tans lavoir, vous êtes per- 
du fans rellource » c'en efl fait, ^) elle fe moquer^ 
de vous dès qu'elle s'a ppercevra que vous êtes vain- 
cu: '°) enfin pendant qu'il eft encore temps, penfez 
& repenfez à ce que vous devez faire : car il ne faut pas 
s'imaginer qu'une chofe qui n'a en foi ni raifon ni me- 
furcpuiffe erre conduite ni par mefure ni par raifon,"^) 
Voyez-vous, M'.nfieitr, en amour on e/t nécellairement 
expoféàtous ces maux, à des rebuts, ades foupçons, 
à des brouilleries, aujourd' hui trêve, demain guerre,& 
enfin l'on refait la paix. '^) Si vous prétendez que 
la rajfon fixe des chofes qui font tout- à- fait incon- 
fiantes & incertaines, c'efi: jufiement vouloir alHeif 
la folie avec la raifon, '^) Car pour ce que vous 

dites 
(>) 3()r fuc^ foUfcf in (giitn fommm (alTm* 

7) Unî) if)t nicî)ttiMCbcriH'rf6{)netfei)n merbcf. Kaccom- 

motler, proprie ûU^bcfT^rn, ^\d<Xi, m fenfu metapli. 
cinen &ci3an9cacn5ebl«r<rfo^en, tjerfd^iHn. 

8) 5^urd)foId)c(Bûngcunb5B^gc/ (fol($eé^'erfaèrenO' 

9) 6o fcnb 3^c Ua(of)rcn, ce ijî 9an$ unb gar au^ 

mit €ud), 

10) eic roirb (îuec fpotfcn , fo f^olb (Î2 Qcwa^c ron'bm 
roirb, Dag i^r ùb«nvuitbfn fcpb. 

11) 5>a6 oinefôa^e, bie an ftcf) tt>€bcr 55crtiunfÉ nocf) 
Ç0?aa6f)at, aud) wcbec burc^ ^T^aa% nod) 5iLiernunfJ 
flffù^ret rocrben foll. 

12) SptviU 6(iflcfîanb, morgeii 5îrk3 unb cnblid) ma» 

ct)ct nian tuicbcr ^ricbe. 
I î) 5Di< 2&orr)eit rail bw Sîcrounft txrçinbarm mM* 



DE TERENCE, 14^ 

dites en vous-même préfentement que vous êtes ir- 
rité: Moi, j'irois la voir? elle qui m'a piéfuémon 
rival? '^) qui m'a méprifé? qui ne vouhit pas hier 
me recevoir? LaifTe^moi faire, j'aimerois mieux 
mourir: je lui ferai bien voir qui je fuis: ^^) tout 
ce grand feu fera éteint dans un momeit par la 
moindre -petite larme feinte qu'elle fera fcutir de 
fes yeux avec bien de la peine, & en fe les frottant 
bien fort; vous ferez le premier h vous blâmer, '^} 
&à lui faire telle fatisftclion qu'il lui pîaîia. 

Pbédria. Ah, quelle honte; Préfentement enfin 
ie connois qu'elle eft fcélérate,' & que je fuis mal- 
heureux; j'en fuis au defefpoir, ''} cependant je 
meurs d'amour, & je meurs le çonnoiflTant, le fa- 
chant, lefentant, le voyant, avec tout cela je ne 
fai à quoi, me déterminer. ^^) 

Varmémiu A quoi vous détermineriez vous, & 
que pourriez - vous faire? fi ce n'eft puisque vous 
êtes pris, '^) de vous racheter au meilleur marché 
"qu'il vous fera poflible, ^"j fi vous ne le pouvez à 
bon marché, de vousjachecer à quelque prix que 
ce foit, ^') & de ne vous affliger point, 

Phédria, 

î4) ©ie, hk mir meitten S?f 6en6u^(«r eorgcioâcn. 
ij) 3^) ii?iO i()r tt)o()l tvnfni/ wcr id» bin. 

16) 3f^r tucrbet bcr crfie fcçn , cud? fcifijî ju (ûbîïn, 

17) 3d> mi5d)te ^arùter Dcrj^çifcdi» 

18) 9)at âUtfm bcm weig \^ nidjt/ tt)oriu id) mic^ «nt« 
fd)nej;H'n fi^n. 

19) 5Berl ibr g«fanqen fepb. 

ao) Sud) fo gut ci^ immer nio^l'cft f«P "^^3/ ^"^^ 1^ 

mûdjcn. 
21) (Sud) lp0 ju mac^cn, câ {ûjîç nj^ «é î^cltc. 



146 L'EUNUQUE 

Vhédria. Me le confeilles - ru ? 

Varménon. Oui, fi vous êrts fi^ge* & de n'ajou- 
ter point d'nurres chngrin?; h ceux que donne TAmour, 
^deTupporrer cournL):enrement ceux qui vou3 vien- 
dront de ce côté -là. ^'') Mais ]a voici, la grêle 
qui mvage notre héritaije, ^') car c'efi: elle qui en- 
levé tout ce que nous en devrions recirer, 

ACTE PREMIER. 

SCENE IL 

THAjS. PHEDRIA. PARMENON. 

Thdis. 
\MQ je fuis malheureufe! *) & que je crains que 
Phédria ne foit en colère ^) de ce qui s'eft 
palTé, & qu'il n'ait mal ptis le refus. qu'on lui fit 
hier, de le laifler entrer chez moi. 

Vkéciria. Mon pauvre Parménon , depuisque je 
Tai apperçue, ^) je tremble & je fuis tout en frif* 
ibn. ') 

Var- 

22) ©icjcniactt , bie euc^ ûuf ^ic^cf Bî\H Ju{îo(f«tt 
tuerbcn. 

23) 2)ct unfer^ ^t&fcftaff .^u nid)te raad;(« 

1) ?ffiif uni]fr(^lict) biu icl;î 

2) 21uf«<ln'acï)t fu). 

3) ©aé 2t« Participium obcr fd (|enfltinfe Supînum b«c 

AfliVorum iinb Kecjprocoriiin, Wirb il! (ïl<icï)cni 
génère unb lumero mit fiMncmcniù, fo im Accula* 
tivo t>orf)crg.l)ef, qofc^t; wcnn obijje verba o6tc 
fcineu Accui: tjor fîd) babon, unb in bciKn verbis 
ncutro-achvis, blcibet eé unOcrônbcrU 

4) Unt i"cl;au«rt mit l)lc flanie ^aut- 



DE TERENCE. 147 

Parménon. Prenez- courage, approchez de ce 
feu, dans un raomenc vous vous échaufi'erez de 
relie. ') 

Thais. Qui parle ici? quoi vous étiez -là , mon 
cher Phédria? d'où vient que vous vous y teniez? 
pourquoi n'entriez* vous pas? 

Parménon. Et de la porte fermée, il ne s'en parle 
point. 

Thais. Pourquoi ne dites - vous rien ? 

Phédria. Vous avez raJlbn de me demander d'où 
vient que je n'entre pas, car cette porte nveft tou- 
jours ouverte, & je Iuîs i' amant favorifé. ^) 

Thais. Aîi;n Dieu, ne Ibr.gez plus à ceU. 

Phédria. Comment, que je n'y fonge plus? ah 
Thais, Thaïs, j.lûc à Dseu que l'amour lue égale- 
ment partagé entre nous, &:que ce que vous m'avez 
fait vous touchât auflî fenfiblement que moi, ") ou 
que je ne m'en foucialTe pas plus que vous. ^) 

Thais Ne vous ch;g:inez pas, je vous prie, mon 
cher Phédria, ce n^eft pas ^) que j'aime, eu que 
je chériire qui que ce loit plus que vous; ce que 
j'en ai fiit, c'ell ") parceque mes affaires le dé* 
mandoienc, & que '') j'y ai été obligée. 

' K z Par- 

5) Çffîirb ce cuc^ tn<f)r âl^ ^u tùzxm ttJÊrben, 
6; 3*^) 6in ^pabn im .tîerbe, obet id) l)abc tftt «jlctl 
@fcin im 55rcrc. 

7) (?ud) }'o fc^r aH mit \\x Spni^tn gjenae. 

8) Dtcr, bnvMct) fon5nuan[èti)rDarriad)fcûgcn ttiocîjfe* 

9) (E'i^ q?f^lJtc5î n'.c^i î^arum. 

10) i3ue icîj bî^'j'iUr â?fi>an ^û6?, t|î barum gefch?bm# 
li) SBana cinç Coninruîio, ftie tn que au0gtya, it. 

coinme o^çr q' jud iu rcTi trfZon @*<çî Dor^er<ie* 
^itf Unû OIÇ toujuni^i'jnes et, ou o&ççroais t^ûfouf 



148 L'EUNUQUE 

Parme ion. Je le crois , & cela fe fait d'ordinaire, 
pauvre tnf.int, c'eft par un excès d'amourque vous 
lui av?? fait fermer la porte au nez. '^) 

Thaïs. Çeft ainfi que tu en ufes- '^j Parménon? 
là ià. Mais, Phédria , écoutez pourquoi je vous 
avois envoyé prier de venir chez moi. 

Phéir'ia. Je le veux. 

Tinns. Avant toutes chofcs dites -moi, s'il vous 
plaie, ce garçon fait- il fc taire? **; 

PayménotJ. Qui moi ? parfaitement; mais je vous 
en avertis, je ne promets jamais de me taire qu'avec 
condition. Si ce que Pondit eft véritable, jelercis 
fort bien, ") & le garde le mieux du monde; mais 
s'il eft faux, ou ridiculement exagéré ou inventé à 
plaifîr, '^j je ne l'ai pas plutôt entendu, que tout 
le motide en eft informé; voyez vous, je ne légar- 
de non pius qu'un panier percé g;5rde Peau ; '^) 
ceft pourquoi fongez à ne rien dire '^j.que de vrui 
fi vous voulez que je fois lecret. '^) 

Tbàis. 

fo(0en^ fottjîrb que nad) b^nfclten on jenct tîart 
fl^ftiçt, n)(?ld)eé nucf) h-\) fî fî^tt ftiibct, bocî} fO/ 
tm que «itien Conjundnum rejiicri. 

12) 3»>'' <îrm*é .ftinî), fbr babt i^m uut^ oïlju gro§«c 

i\&( hie^biuc oor bfr 3îaff ^ufpcrrm laffcn. 

13) .,^fluif{ bu (b mit mir ^u b-'rfa^tcn. 

14) .(î'ut bcr '•|)urfci)c fd)n3ci(>en ? 
is) v^o i\v?"d)avivK ict) fa ^^anj wob(. 

16) Docr ldf{)ïiUd)cr iii.H'ifc ogr^rcffert unb mit 2GilI<n 

crbad^t, 
ijr) Piovetb fo (i6aî(e id) cé fû wenig bcj? mir aie eitt 

(Sk^ bae «©aller. 
1%) 3îid) bencn verbis U«b phrafîbus, bi< einen î>atr- 

vui ) crforbcrn, aMrb b(7f» Gerund. in à çicbrau^t. 
19) Sug id) fd)tvîiû« (ot)«r i)crfd;n?iC3în fn;) 



DE TERENCE. 149 

Tbàis. *) Ma mere étoit de Samos, & elle de- 
meuroit à Rhodes. 

Parwhion. **) Cela fe peut taire* ^°) 

Thais. Là un certain marchand lui fit préfent 
d'une petite fille qu'on avoit priie dans l'Attique, 
ici même 

Phédfia. Quoi, une citoyenne d'Athènes? 

Thau^ Je le crois ^ nous ne le ('avons pas bien 
certainement. Cette jeune enfant diloit elle-mê- 
me le nom de fon père & de là mere, mais elle ne 
favoit ni fa patrie , ni rien qui la pût faire recon- 
noitre, aulB r/ étoit -elle pas en âge de cela. ^') Le 
marchand ajoutoit qu'il avoit ouï dire ^^) aux pi- 
rates ^^) de qui il l' avoit achetée, qu'elle avoit été 
prife à Sunium. Sitôt que ma mere l'eut er.tre fes 
mains, elle commença à la bien élever, "'*) & à lui 
K 3 faire 

"*) Elle dit honnêtement nairement appcllc'cs des 

que fa mere ctoit une c< ur- ctran^erei, 
tifjne; car le« femmes qui *'^j Cette réponfè eft plus 

parîbient leur vie ailleurs malicieufè qu'elle ne paroît; 

que dans le lieu de leur naii- c*eit comme h Purménon 

fance, n' ctoient pas en bon- difoit ; il efi vrai, votre 

ne odeur, 2c) c'clt pourquoi ma-e ctoit une coioenfej je 

les courtifanes étoicnt ordi- nai rien à dire à cela. 

20) 5;5aô fann t>erfcf)W'C<î«n merb^n. 

21) 21ud) war fie nid)t in bcnen :^o^rcn, fc[cî)cé ju t^un- 
NB. S^'m ift faire pcr Mlipl. ou^ijclaffen. 

. 22) ©û6 «r [^hiU fûgen ^ktn, a V. ouïr, citt Defe- 
ftivum. 

83) êecraubcr, ( Corlàlres jfî ^eut ju Sage geDrdiic^^ 
licl;er. ) 

24) eie ttJof)l oafjujjcr)cn. 

25) ^rttt«n fçinm guun 3îujf metaph. g«5rawc(;t. 



150 L'EUNUQUE 

fîire apprendre tout ce qu'une jeune fille doit fa- 
voir, ~^) avec autant de foin que fi elle eût été fi^n 
eiif iut \ deforteque b plupart des gens croyoient 
qu'elle écoit mi iœur. ~'^) Pour moi ^^) quelque 
tem )S >}près je quittai Rhodes, & je vins ici avec cet 
Et!-:^i>ger, qui éroit le foui en ce temps- là avec qui 
je furie en commerce,^) & qui m'a iaifie tout ce 
que viîus me voyez. 

Pûrméiwn. Voilà deux articles que je ne pourrai 
taire, ils l'ont faux tous deux. ^°) 

l'hais Comment cela ? 

Parménon^ C'eft qu'il n'eft pas vrai que vous ne 
fuiiiez en commerce qu'avec lui, ni que ce loit lui 
feut qui vous ait donné tout le bien que vous avez, 
car mon maitie vous en a donne une partie*. 

ThûU Cela eft vr;)i : m^^is L'ifle-moi venir où je 
veux. ^',i Dans ce temps-l;i ceCapitiine dont je vous 
pnrle, fut obi gé de s'en aller en Carie, &'ce fut pen- 
dant ion voyage que je commençai à vous voir; '^) 

depuis 

s<î) Sllîeé/ wa^ CTtï juîK^eé SD?<îbrtcn tri|Tcn fofl. 

27) D'îfi ^(f mcifîen tuMî Dafur l)Kltfn^ fte tvacc mcine 

2 S) r^'ur '.nci, pour ce qui me regarde (concerne) pour 
ce qui elt de moi, [)t'(|]h't im ^f^'^^C'ftfd)*'» oflfîlûî 
tt>a<* mid) uni nijrt/ &. moi, pût blSWCiUn oud) 
bicfc ^ctieiituni]. 

29) 5)îJt bem id) «iiun Umgonc? fiflffc 

go) 3wn) IMi^cf?, bic idî nicht '.i^erbc t)crfc^wel3m 
ïoiifun. ff' fini) olle tu'pi^c falfcî). 

31) 316er la^ mid) Bobin fomtiun/ trotd) ^injielc 

32} £>ag id; qnfiçng mU (Sud; unîjUjî<(?<n. 



DE TERENCê, i^t 

depuis cela vous favez combien vous m'avez tou- 
iours été cher, & avec quel plaifîr je vous ai confi© 
tout ce que j'ai eu de pius fecrec ") 

Phédria, Voilà encore ce que Parménon ne tai- 
ra ^*) pas aflbrément. 

Varménon. Oh, cela s'en va fans dire, '^) 
Thaïs, Ecoutez la fuite, je vous prie. Depuis 
quelque tems ma mère eft morte â Rhodes; fort 
frère, qui efl un peu avare, voyant que cette fille 
étoit bienfaite» & qu'elle favoit jouer des inftruh- 
mens, ^^) crut qu'il la vendroit beaucoup, il la mie 
donc en vente, & trouva d'abord miuchand ; ^^y 
car heureufement '^) ce Capitaine de mes amis étoit 
à Rhodes en ce tems -là, &; il l'acheta pour me la 
donner, ne fach:int pourtant rien de tout ce que je 
viens de vous dire. ^^) Préfentement il cft arrivé, 
mais lor^-qu'il a appris que je vûuî voyois auiîi, "**) 
il a feint je ne fais quelles raifons, '*') pour ne me 
K 4 la 

35) Unb mit ftjââ fur ^er<»nÛ8en icî) (^ucî) <!tÏÏeé, waê ic^ 
am ^euwlu1)jîcn %û)<xbt, antjertrauct \)<xhi. 

34) Se taire iO cin recipr. unb ^eijfef fcftWCigCM; taire 
ûbfr a^ive (^snommen, l)ei(fé{ oerfc^Wêigen- 

35) î>aé t>ci)lf^«t ftd) o^nebtra. 

36) Unb baf] fîc bi? CDîufîc tj?r|îunt). 

37) t'r Ootî) (îe bcmnat^ fcil unb fanb (Jnlt) ciitm 
5î;iiffcr. 

38) î)ûnn ju allem ©lûcf. 

39} Da cr boii) nîd;té t)cn ûCfc b«m tt?u§te, xo<xi \â) 
fucï) oilcwfl (jcfûgt ()ûl)e. 

40) Slfletne ba cr erf«^ren, ba§ id) auc^ mit «uc^ um" 

3i«ng. 
40 ^û( «V, \^ njcig ni^(/ wa^ fur ©rISube erblc^t«(» 



152 L'EUNUQUE 

la pas donner. Il dit que s'il écott afTuré d'occu- 
per couj urs dms mon cœur la première pince, & 
qu'il ne craignît pas que jorsqu'il nie Tauroic don- 
née, je ne le congé Ji.ifie, "^^j il m'en Feroic pré- 
fenc, mais qu'il en a peur. Et moi, autant que je 
le puis tonjeclurer, '^^) je penfe que c'efl: qu'il cd 
amoureux de cette iille^ 

PhéJria. *) Ne s'eft-il rien pafTé entre eux? '*'*) 
Thaïs. Non , car je} l'ai interrogée. ^'^) Prélente- 
ment, mon cher Phédria, il -y- a mille raifons '^^) 
qui me foîit fouhaiter de l'avoir; premièrement, 
parcequ elle paffoit pour ma fœur^ '*") & feconde- 
mcnt pour la pouvoir rendre à fon frcre; je luis 
feule.**) je n'ai ici p.erfonne qui me protège,'*''^ ni 

ami, 

*■) La précaution que Té- PhcLii-ia? C'cft pakeque les 

ftfMrf prend ici, éroit néccr- jcunesgensn'ofoicnt paston- 

faire ponr la hicnléancc, car jours appuyer res fortes de 

il falioit ôtcr les foupçnns femmes, 49) A paroîtrc on- 

que les S'pctLtcurs anroicnc vertement pour elles, de peur 

pu avoir contre cette fi!!e. cic fc deshonorer fO) par cct- 

**) Cr.mmcnt peut-elle te conduite, & d'obliger 

parler ainfî^puif quelle avoit, leurs percs à les déshériter, 

42) f^d) iiMîi Me 6d)'a^pc ^ô,U. 

49) 60 tjiil rtl^ i;») miubm'îjf.ti f.iutt. 

4O ^ff 11"^''' •^^'K'^i '>'d)f^ t)w^r^ufa^cu? 

H\) ^Ti'iin id> ()(i(»c fie oulaifiMf^t. 

46) tSiiM c«j ^Ulfen^crla) lUfad)cit. 

47) '113e!l tV firr mrwi êJ^itH'ftcv scOalffit trurbc. 

48) 3d) bal)< 6icc fdncn 6d)u{|, oNt uicmanDen ^cc 

niicO j'd)uTj>'f. 
49^ a^icbt aacmd foldje 28cibc!ln(î)Cr ju fcr)uO«n fîit 

inu-vj^iinbcn. 
yo) Ch ft.Ut ûepcurqif il ne fc dcshonoraflcnt, ijî cinc 



DE TERENCE. IJ3 

ami, ni parent; c'efl pourquoi je ferois bienaife de 
me faire des amis par un lervice (1 conlîdérable», '') 
Aidez moi, je vous prie, afinque je le puiiTe plus 
facilement. ^') Souffrez que pendant quelques jours 
je vous le préfère. Vous ne dites rien ? '^) 

Pbddna, Méchnnte, que puis- je vous répondre 
après ce que vous faites? ' 

Parm'enon. Courage, cela me plait; enfin vous 
avez du reiTentiment* voilà ce qui s'appelle être 
homme< '"*) 

Pbécir'ui, Je ne favois à quoi tendoic tfuc ce 
grand difcours; "j une petite fille fut pille ici il-y-a 
quelques années; ma mère la fit élever comme fi 
ç' avoit été '^) fa fille* elle a toujours pafl'é pour ma 
ibeur* je fouhaite de l'avoir pour h rendre à fon 
frère»- Tout ce dialogue ne tend enfin qu'à me 
chaircr & à recevoir mon rivnU "^) Pourquoi cela? 
fi ce n'eft parceque vous l'aimez plus que moi, & 
que vous craignez que la fîlle qu' il a amenée, ne vous 
enlevé un amant de cette importance. ^^) 

R 5 Tbaii\ 

51) ©urd) einctt fo tridjtiacn Sicnf?. 

52) î3ûmrt id) ce um befto \i\à)ux t)êrricï)ffn fcnnc. 
( 3'" Sf'inÇ<>*Hfii)en ij? per Ellipr, fcaî Verbum 
faire am?Qela||eii. ) 

53^ 3^r fai]t ja nicfjté? 

54) '^i^ii brauf, bn<? gefdOf miv, txi^i^t nian bocî), 

&ag i()c nid)t uncrapfinblid) feyb \ bag ^ct§t m 

mannlid) .^crjc m hxH ()abcn. 
5ç), 'li^ûbin biefg lange IXet'C îiclftc. 

56) Plusquamperf. primum Ind. Mod» à verbo impcr- 
fonali, c'eft. 

57) îtlle btefe ?\cbe jidct Ho^ bobitt micî) ^u Ucrjagcn 
unb rneinen SRxbcubupyler anjunc^mcn. 

58) ^'ucl^«in«n fo wic^tigv'n^Jcb^aÊef abfpânjliamac^e. 



if4 



L'EUNUOUE 



Thais^ Moi, j'appréhende qu'elle ne me l'en- 
levé ? 

Phérir/a, Que feroic-ce donc? parlez: Eft-il 
le feul qui vous falTe des préfens ? Vous êtes -vous 
jamais apper^ue que mi libéralité fût tarie pour 
vous?^^) *} Lorsque vous m'avez fait connoître 
que vous aviez envie d avoir uue petite efclave 
d'Ethiopie, n'ai -je pas tout quitté pttur vous en 
chercher une ? Eni^n vous m'avez dit que vous 
fouhaitiez un Ei:nuque> parce qu'il n-y-a que les 
Dames de qualité qui. ayent de ces gciis-Ià; je vous 
en ai trouve un auffi. **) Hier encore je donnai 
foixante piltoles pour eux deux, & tout maltraité 

que 



*) Nous ne pouvons pas 
douter que Jcrence ne pei- 
gne an nr.tiirel les mœurs du 
teais de MhmUfire ; c' étoit 
la tolie de ceux qui étoient 
nVliciiicmciit vain's tl 'avoir 
d.*s efelavcs iV Ethiopie. 
'Jhcopln\:flc^ dii'c-iple iW/ri- 
flofc^ & pnr conlef;uent con- 
temporain de Mén:tii:ie, qui 
n'iqirt 1 "311060 uiême de la 
mortd /?->/'? /(^, poiir/etiîo- 
q'icr d''iu\ !;oininc vain dont 
ii Lit le caraclerc, parnîi (es 
autres fllies il ne manque pas 
de marquer celle-ci, qu'il 
a grand loin de ie faire lui- 



\ec par un efclave WErhi (y 
pie. Voilà la vanité de cette 
CDurtiiane qui veut avoir 
une el'clave Eihiopretwe.^zx- 
ceque les ijrandes Dames en 
avoicnt. Cette vanité pa(îa 
des G/rrf, chez les Rovinim^ 
Se des Rorttaitii elle a palfé 
jusqu' à nous. Le ridicule 
que ll.HOphra(ley\ Mciiaiicire 
de 'Tcrence luiront donne de» 
vro't l'avoir corrigée. 

**'") II- y-a dans le texte 
viv^t m'iucs. La mine Atti" 
que valoit à peu pi'cs vingt& 
huit livres de notre mon- 
Iioye : mais pour faire le 
compte 



59) 5^^■"§ nicinc SrcpgcbiiiFcif, '\\\ îlnfe^ung «ur<r, einctt 
Slbiianjj.htU? Cnad;li«^«.) 



DE TERENCE 1^5- 

que je fuis, ^") je n'ai pas h\iVë de me fouvenir d' 
exécuter vos ordres, i& voilà ce qui fjit que vous 
me mépriiez, ') 

Thaii\ C eft donc ainfi que vcus le prenez, ^^) 
Phéviria ? Eh bien, quoique je délire p.jfil .i>.né- 
ment d' avoir;, cetce fiile, & que je fois perru'dée 
qu'il me feroic facile de- l'avoir de la manière que 
je vcus ai dit; néanmoins plutôt que de me bi cuil- 
ler avec vous, ^^) je ferai touc ce que vous vou- 
drez. 

Phédria^ Plût -à Dieu que cela fut vrai, ik que 
ce que vous venez de dire partît du cœur! ^"^ Plit- 
îqC que de vie brouiller avec vous 5 Ah ! fi je cro- 
yois que vous parlaffiez fincerement, il n'-y-a rien 
que je ne fufle capable de foufFrir '^') 

Par^némn, Le voilà déjà ébranlé; Il s'efl vendu 
pour un mot; que cela a été fait promptement! ^^) 

Thdis^ 

compte roncT,67) je l'ai mi(c manière, que de mettre vingt 

à dix écus. Vingt mines mines, ce qui n'ell point du 

font donc Soixante piftoles, tout agréable en notre Lan- 

deux cens écus, j'ai mieux gue, 
aimé comtcr ainfl à notre 

60) Uni) fo û&eï mit ûud) 6ea«?tK{ tvirb» 

61) Unb eben bariim O'-radîtct ihr wict;. 

62) ti<3^X \\)x mûm -ïBortc fo aue ? 

63) 2Rid)tê bdleivenigcc, el;e id) mif cn^ uiKîité ttjee* 
bcn fofl. 

64) 2>on .^cr^cn ciieng?. 

60 '^o t^<^rf «cï) im i^tûnbe ûfl«ê m «rbulbcti 
66) ^y 'Cùmli rri)on; auf ein cin^ig îBort ^af ce (frcf) 
gwnm'ti IfllTct? ) n(îd>9C9cbcn ; \m ifî bod; ba^ fe 



156 L'EUNUQUE 

Thàis^ Moi, je^ie vous parlerois pas ^u cœur ? *) 
Qu'eil-ce ^^) que vous avez jamais exigé de moi, 
même en riant. '^^) que vous ne l'a^'ez obtenu? El^ 
moi je ne puis obtenir ^°) de vous que vous m'ac- 
cordiez feuienient deux jours. 

PhéJriiJ^ vSi je croyois qu'il ne fallût que deux 
jours; mais je crains que ces^deux jours n'en de- 
viennent vingt. 

Tbais, Non en vcritè, je ne vous, en demande 
que deux, ou. ... 

Ph'cdria. Ou? il n'-y-a rien à faire, je n'en 
veux plus entendre parler. 

Tbdis. Eh bien non j je vous aflure que je ne 
vous en demande que deux, je vous prie de me les 
accorcier. 

Phénrin, C'cft à dire qu'il faut faire ce quç vous 
voulez. ^') 

Thiiis-, J'ai bien raifon de vous aimer comme je 
fais» Que je vous ai d'obligation ! 

Phédr'uK 

•) Le feul mot m c me tu qlie je ne l'ayc fait: & 

riant, fonde tout le railon- quand je \ous demande fort 

ncmcnt de '//iji; ; car clic IcriciH^jinciu une choie qui 

dit à Phjilriii, vous ne m' m'cll trùs iiDportante, j« ne 

avez jamais ncii demande, laurois 1 obtenir de vous, 
non pas ïnèmc en raillant, 

(jg) Pronom, Fntcrrng. Neutrum, \)Cit iltl Nomînativo 
qu'cft-cc (jui, bil^ Ahfol il"} quoi, 

69) (5o iinr fii)ctçenb, (irn^pafl. ; 

70) Unb ici), icf) fana nicî)t crbnltm- NR. 'bkim^ 
NoiDitiat. j)ronominiini pcrlbnal. |î«()cn \)W per 
cmp 1 ;i' (»iM)famnien. 

70 î>uci bcigi ôcf^^jt, raau mug (fjuii waé i()r ()aOm 



DE TÈRENCE. iy7 

Ph'edria. J'irai à la campngne, '^^) & là, pendant 
ces deux jours je me tourmenterai, je m'affiigerai, 
voilà qui efl rél'olu, ^^) il faut obéir à 1 haïs. Toi, 
Parménon, aye foin de faire mener chez elle ces 
deux efclaves. 

Parménon. Fort bien. 

Phidria. Adieu , Thaïs, pour ces deux jours. 

Tbàis, Adieu, mon cher Phédria, ne voulez- vous 
rien davantage, ^■*) 

PbèJria. Moi, que voudrois-je? fi ce n'efl que 
pendant tout le temps que vous ferez prcs du Capi- 
taine> vous en foyez toujours loin* que jour&nuït 
vous fongiez à moi i que vous m'aimiez: que vous 
me dcfiriez* que vous m'attendiez avec impatien- 
ce; '') que vous n'ayez de plaifir qu'à peoler à 
celui que vous aurez de me revoir; que vous foyez 
toute avec moi; enfinque votre cœur foit tout-à- 
moi, puisque le mien ell tout- à -vous. 

72) Aller à la campagne, auf&«fi^Qn& QS^cnj aller 
en campagne, ins^ §e(î>; iîî ^rh'(J ^ieljcn, 

73) X)aê i^ ciniîinï ûuéjjcmod)!. 
■ 74) 'Bcrlangcti^r fôeitcr iiicl)té? 

75) ^ag i()r «iit6cI)aKrjm nflc^mir ecrfangcr» 






êiCVh 



158 L'EUNUQUE 

ACTE PREMIER. 
SCENE III. 



Thaïs. 

*] /^ue je fuis malheureufe î peut-être qu' il n^ a 
v3[ pas grand' foi ') pour ce que je lui viens <Jc 
dire, **) & qu'il juge de moi par les autres. ^} En 
vérité je o''ai rien à me reprocher de ce côté- là* ^) 
je fai très bien que je n'ai rien dit que de vcricible, 
& qu'il n' y-a perfonne qui n\e foit plus cher "*) que 
Phédria. Tout ce que j'en ai fait, *) ce n'a été 
qu'à caufe de cette fîlle, car je penfe avoir dcji à 
peu près ^) découvert que fon frère eft un jeune 
homme de cette ville, de très bonne maifon, ^j & 

il 

*) Il Tant bien remarquer fiî'e étoit ^thhiienve ^ Sc 

ici i'adrellc de lac. ce, qui qu'cile jvoit cJcja trouvé fes, 

fait que '//' /ïy ne p. nie du parens, 
frère .*e cette ri lie, qu'a^j'cs **) Jéreuce fait voir par 

que }h {Ina, ik t'icmcnnn là aiix>Y^'^''''^<^i"-'*» qu''' a le 

Ibnt fortis .ifinquc rien ne fcciet de irectre lur la Scène 

pût empêcher Farwcnon de desoariicîeres nouveaux, qui 

doMKT à Cl\rca le con- ne font pa« moins n>ttir(.l9 

fcil qu'il lu' donne dans la que ceux qu'on-y-aroit déjà 

fuite, car il n'aiT'>it oic k mis, et qui font autaiit de 

faire, s'il a voit lu que cette plulir. 

i) 5Pte(lpid)t ^iit cr Funen ffarfen ^lnu6(n. 

2) Unb ^og cr t>cn mir nùch cinbcrn urtbeilc. 

g) 5 '"«''l'^f/ "ï-"' ©cwiiT il betfit mtdb beeivejjeit niâjt* 

4) llno iMfi nur nicmanD tvcvibcr fcp. 

5) îB.ië id> oigfaa^ getljun [)abi, ijî nue ûcfd}«^<n« 

6) ^ ))nahe. 

7) îGon ii'\)ï guUm j^ttfommcit» 



DE TERENCE, 1)9 

il doit venir me trouver aujourd'hui 5 ^) je m'en 
vais donc l'attendre au logis, 

ACTE SECOND. 

SCENE L 
PHEDRIA. PARMEN0Î7. 

Vh'edria. 

Fais comme je t'ai ordonné, que ces efclavcs 
loient menés chez 1 haïs. 

Parniénon^ Cela fe fera, ') 

phéciria. Promptemenc. 

Panjiémih Cela fe fera* 

PhéJria. Mais de bonne heure. ^) 

PawiéuQn, Cela fe fera. 

fhkdria^ Cela t'eft-il a fiez recommandé? 

Vnrmèmn, Ah, belle queilion ; ^) comme fi 
c*étoic une chofe bien difficile. Plût à Dieu, Mon- 
iieur, que vous fulfiez aufll lûr de g'^gner bientôt 
quelque chofe de bon, '^) que vous êtes aiTuré de 
perdre tout- à- l'heure ces deux elclaves. 

Vhi- 

S) Unb ce -fôirb %t\xu ju mit fommm» 

j) ^ai foU gcfd)et)cn. 

2) Advcrbiutn hiX) ^«ifcn* 

s) (?t) , cine ûrtigc î^rage. , 

4) ^alî> ctivaô ©Ht«6 au «§al(cn* 



iCo L'EUNUQUE 

Phédyia. Je perds une cliofe qui m' efl bien plus 
chère, je perds mon repos. Ne te chagrine pas 
Ç\ fore de ce préfent. ^) 

Farmknon, Je ne m'en chagrine point du tour, 
& j'exécuterai vos ordres Mais eft-ce là tout ce 
que vous avez à me commander? 

Pbédria, Embellis notre préfent par tes paro- 
les" ^) tout auc.nit que tu le pourras , & fais de ton 
mieux '') pour chaflèr ce fâcheux rival de chez 
Thaïs. 

Parm'cnon. Jel'aurois fait, quand vous ne me 
l'auriez pas dit. ^) 

Phédria. Pour moi je m'en vais à la campagne, 
& j'y demeurerai. 

Parincnon, C'eft bien fait. 

Phédi-ia* Si'àis dis -moi. 

Parm'moiK Que voulez- vous? 

Phi'drîa. Crois -tu que je puifTe gagner fur moi ') 
de ne point revenir pendant le temps que j'ai ac- 
corde à Thaïs ? 

Pavménon. Vous? non, je n'en crois rien; & je 
fuis fur '") ou que vous reviendrez fitôt que vous 

y ferez 

5) SIcrgece bic^ bod) nicf;t fo fcf)c iîbei* bicfcé ©e* 
. (d)cnfc. 

6) gcfic ^uvcf) bcine ^SBocte unfa-m ^cfc^cnfc noc^ 

(jrdijac 3«cï>c bct). 

7) lltsb î()uc \>m 2^e|le^. 

8) ®ûnn il)c mir ce cjlcùl) njdjf ()cf(iqt \)lxXiU (jtn 

§canji}fifd)m tvirb màne î)aruuicr Dafîau&tn/ 

quand incine.) 

9) Î)a8 id) ce ûl)cc oa^ i'ptrj 5viu(jcn fiînne. 
«o) jS{rfid;<rt, 



DE TERËNCE*' tôt 

y ferez arrivé * oii que ne pouvant dormir cettô 
nuit, vous n'attendrez pas le jour ") pour en 
partir. 

?bédria. Je travaillerai afin de me lafler fi bien 
que je dorme malgré moi. '^) 

?arménoth Vous ferez encore plus, vous vous 
iaflerez, & vous ne lailTerez pas de veiller. ''} 

^hédi'ta^ Ah, ne me dis pas cela, Parménon* 
je veux m.e défaire de cette molefl'e de courage, ^'^\ 
je me fouffre trop de foiblefTes. ") Eft-ce enfia 
que je ne faurois être trois jours tout entiers '^^ 
fans la voir, s'il le falloit? 

^arm'eiion. Ouais , '^) trois jours tout entiers 
fans la voir! Songez bien à quoi vous vous enga* 
gez. ") 

Wedria, J'ai pris mon parti, voilà qui eft ré» 
folu. ^') 

1 1) %t tiicfif ttJûrfcn wertet 6i^ eô ^ûg ij!» 

12) §[Oibcc mcinen ?SiQen. 

13) Unb TOîcbct î)«nnorf) n>acî/m# 

14) 3'"i) »'û niid) bon Mefer 3a4^ûf(i9!d{ ïog macÇm. 
is) 3* bultvc ju i)ivle!Sc^wac^()«U«n an rair. 

16) Sreî) gûti^cc Sa^c* 

17) ^\)\ Cl)! Interjeih exclamandi vel timendî. 

18) îSoriu i&r cud) bîrpfîidjt^t» 

19) 5:)ûé i(î «inç auég«mact)t* »8ac^ç, ce 1(1 f<(î 6^ 
fd^lojfm» 



^Jjbf» *"* «"l^f^ 



ACTE 



16% / L'EUNUQUE 

ACTE SECOND. 
SCENE IL 

Parméfîon, 

Grands Dieux , quelle maladie eft- ce -là! Eft-il 
poflîble que l'nmour change fi fore les gens, 
qu'on ne puifle plus les reconnoître ? Perfonne n'écoic 
moins foible que cet homme-là, ') perfonne n'écoit 
•plus fage ni plus maître de fes pafllons. ^) Mais 
qui efl: celui qui vient ici? F-Io, c'eft Gnathon le 
parafice du Capitaine* il mené à notre voinne une 
jeune fille: bons Dieux, qu'el'e efl: belle! j'ai bien 
la mine de jouer aujuurd' hui un fot perlonnage avec 
mon vieux pelé d' Eunuque. ') Cette fille furpalle 
Thaïs elle • même en beauté, '^) 

i) 3Zi?manb Wûr (lârfir ali Mcfcr2}îcnfc5.' (9?ifmanb 
war î)er©d)n)a.1)^eiî wcniî^et untccworffçn,) 

2) afîocî) mel)r ^crr libcr ffin? 2eibcnfd)afren. 

3) 3^ bûl*? n)oi)l t>aé 3lnfl'l)ea (id) fc()e wo^f fo aué) 

ùH wann id) f)ciue mit mcincni foblfdpfj^^f » 5Ser- 
fd)nittenç« etne Iddjcrlic^c ^crfoti j)oc|îcUm 
fôùrtic 

4) UebcrU'Ifft bie Thaïs fdbj^ an ^^M)i\l 






ACTE 



DE TERENCH\ i6^ 

ACTE SECOND. 

SCENE IIL 

GNATHON. PARMENON. PAMPHILA> 
UNE SERVANTE. 

Gnathou, 

Grands Dieux, *) quelle différence il y-a d'hom- 
me à homme! ') quel avantage ont les Gens 
d'efprit iur les lots! ^) ce qui vient dem'arriver me 
fait faire cette réflexion, ^) Tantôt en venant. "*) 
ici j'ai rencontré un certain homme de mon pais & 
de ma profe(îîon. un honnête homme, nullement 
avare, 6t qui, comme moi, a fric.'' lié tout fon pa- 
trimoine. ^) Je Tapperçois tout défait, laie, craf- 
L z. feux, 

■*) 7>Vf Kr^" Triit ici une fine defti'e, & qui appeHe homme 

fatïre de fon fîecle en iiitro- f-ge, homme d'cfprit, le 

duilant ce paraiîte quicriite coquin qui pour aller à fes 

de fou & de fot celui qui ell fins commet toutes iortes de 

plein de pudeur ik de mo- baffefles. é) 

1) ?îiPaé i(l &OCÎ) fut cirt lltjtcrfd)icî) swifcficn Mcfettt 

53iCnfd*cn miD «inem nnDcrn. 

2) Sot unb Fou ^eijTen ûQi? bei)bc tm %ïa\\iè\\kl)iXt 

ïïîarïen; tat erjte c.cbcî nu'bv auf cuiei:umml)«i(, 
biefté ab?r auf tint lollheii ^mauë. 

3) 2Baé roir <bm bev^^^nct ijt/ bcmgt mid) auf Di«fe 

4) ^annbieprspof en, mit &«m participio primoctnc^ 

verbi jufammcn confîruiret ijî, fo jtimract eo mit 
fcetn gefundio in do figr ^aîcmec ù&crem. 

5) Gon oât^rlid) SSeimdçjtn Durd) Die ©urg«I çjcjagrt 

bat. 

6) 5iac nuv <vf;nnhcîj<3^ic^ci:îïfi':î}(jafcitm 6«9«^J- 



164 L'EUNUQUE. 

feux, malade, courHé (ou le faix des années, char- 
gé de vieux haillons. ^) Eh, qu'elt-ce> lu» ai -je 
dit, dans quel équipage tevo-là? ^^ c'eft, m'a-t-il 
dit, que j'ai été afiez malheureux pour perdre tout 
le bien que j'avois. Voyez à quoi je luis réduir» 
tous ceux qui me connoilTent, & tous mes amis 
m'ahandonnent» Alors je T ai regardé de haut en 
bas; ') Quoi donc, lui' ai -je dit, le plus lâche de 
tous les hommes j tu t'es mis dans un fi déplorable 
état, qu'il ne te refte aucune efpérance? As- tu 
perdu ton efprit avec ton bien ? Je fuis de même 
condition que toi, regarde quel teint, '°) quelle 
propreté, quels habits, quel embonpoint ? ''} je 
n*ai aucun bien, & j'ai de tout, quoique je n'aye 
rien , rien ne me manque. Pour moi. m'a-t il dit, 
l'avoue mon malheur, *) je ne puis ni être bouffon, 
ni louff. ir les coups. '^) Comment? tu crois 
donc que cela fe fait de cette miinierer ^^) Tu te 
trompes, c'étoit chez nos premiers pères, dans 

les 

^) Je ne puis, ni êtrehoiif- la véritable définition du pa- 
fon, nifojffyit lei coupi, C'ell ralîte, qui fouffroit tout. 

7) Unter ba ?a(î b?r 3(if)rc oanj humm unb 9«DiScf<f/ 

mit alten ['unipfn tciucfct. 

8) ^(i^ i(î Dao fur «m ^lufiujj? 

9) 5^a ^abc id) t^n er(î uon oben 6i?*unt«t Utxad)UU 

10) Le teint, 3(rt JU fnrbfp, it. @^fïc!)féfar6c; teintu» 
rier du grand teint, •3d)dnfdrbeC/ du petit teint, 
gaiîfinïr 55l«îufi^rKr 

11) 5Bi< bicfe, fftt unb mobl xdc^ ouéfebe. 

12 3*fann n)c^er ciucnDîarrcn eorfîcflen/ noc^©(^lW 

flc t»ertrûflcn. 
«3) 9)?fonc|l tu bcnn, tog ii fo juge^c? 



DE TERKNCE. i€f 

les vieux tems; '*) mais aujourd'hui notre métier 
eft une nouvelle manière de tendre aux otfesux. & 
d'sttraper les lots, '*) c'eft moi, qui ai tnuvé le 
premier cette méthode* Il -y -a une certaine efpe- 
ce de gens qui prétendent être les premiers en 
tout, quoiqu'il n'en l(?it rien pourtant;^ "^) ce l'ont 
là les gens que je cherche; '^j je ne me mets- pas 
auprès d'eux fur le pied de bouffon, '*) mais je luis 
le premier à leur rire au nez , à me moquer d' 
eux *^) *) en admirant toujours leur bel efprit. 
Je loue tout ce qu'ils difent, & fi dans la fuite il 
leur prend f.mtailîe ^°) de dire le contraire de ce 
que j'ai loué, je l'approuve & je le loue comme 
auparavant. Difent -ils, cela n'eft pas, je fuis de 
cet avis; cela eft, j'en tombe d'accord: ^'j enfin 
je me fuis fait une loi d'applaudir à tout, & de 
cette manière notre métier eft & plus facile, ^ plus 
lucratif» 

L 3 Var- 

*) Car l'admiration perpétuelle eft un des caraflcrei 
du ftateur, 

14) 55ct) unfern 5Sorâltem; in ben uraften ^eiteiî» 

15) X)cti 55d(}cln ju (leQcn unb SRotren ju fangcn. 
1$) ^é gûbt eiae g^roifT' Slft Seute, fo in «flem eUn 

brob«rt fcj)n TOoflen/ obfc^on nicJ)té btan ijl. 

17) ©aé finb cbcn bic Scute, fo id) fudje. 

18) ^âièt^tbî mid) cbcu nidjt p i^neu in bet 55<bû« 
nunoi <in«é 6ii)alcîelî3lîûrteii. 

19) 3d) bin bit «rlle, b?r fîç in ba^ ©<|îc^U fiU^lacOt 

unb i^rcr fpottet, 
ao) 3bn«n bic Çujl an!omm<(, 
»i) ^e pMU ic^ i^nm bcç. 



i66 L'EUNUQUE 

Varménon, Voilà, ma foi, un joli garçon, on n'a 
qu' à lui donner des fots, il en fera bientôt des 
fous ") ' 

Gnathofi, Cependant en nous entretenant de la 
forte nous arrivons au marché ^^) Aulîitôt je 
vois venir au devant de moi, ^) avec de grands 
témoignages, de joye, t(^s les confinëurs, les ven- 
deurs (Je marée, ^') les bouchers, les traiteurs, 
les rôtiHeurs, les pêchturs, les chuflcurs, tous 
gens a qui j'ai fut g.igner de l'argent, pendantque 
j'ai eu du bien, & depuisque je l'ai eu perdu, ^^) 
& à qui j'en fais gagner tous les jours encore, ~^} 
lia me filuent. & difent qu'ils font ravis de me 
voir. Quand ce miférable affamé a vu qu' on me 
failoir tant d'honneur, & que je gagnois ii ailément 
ma vie, ^^) *) alors mon homme s'eft mis ^^) à 

me 

*) Autre trait de fatire, la de l' exemple dans une ville 
faiJedc ne fent pns long- où la vertu meurt de faim, 
temps contre la contagion 

S2; i).i5 j<? Ui) mein-c Irtm cin arfiaer 3i^urfct), mûit 

^- t^Tirauc !{)m nui einfalti^c ïnitt, cv wtrb balb 

31;v-cti auù ihncn miKi)en. i 

23) ©«1 n?ir fo mu cinrtnOtr ic&en , gclangcn tvic auf 

Z4) d'^ir entJcqen forpnî<n. 

35) î)«c VJfrruijfcc bcr s?c?fiifcï)C. La marée. €6b« Unb 
g|un>, rr, fnfi1)fr©'cftfct)) in fcnfii mctaph. avoir 
venr de inaret;, &li\d unb ^ortnanç] l)nl>cn. 

25) ©a id) cf^ t^crlohren (\i[)abt. ©o(ct)c Conltruflio- 
nes fommcn n.d)i bâiifiq Uor. 2. Snpina eu per- 
du ^■é Mîjr^ Dtefee 'lemp. «iu paullo plusquam- 
perfecium i\cniinu , nlt^ j^ammet ti«f< 9^ad)a^* 
mu >i yoiîi (^)ru'd)i(cht'n bor. 

27") Unî> bcnen i(() nod) tdoln!) Pîdb ju (cfen <î(6e> 

2S) Unt brtft id) mcm îner fo kidjt UcrbKntC. 

39) .4)a l)at racirt S,i\\ ûmjcfanâsn. 



DE TERENCE*, i(?7 

me conjurer de vouloir bien qu'il apprît cela de 
moi. *) Je lui ai ordonné de me fuivre, pour 
voir s'il ne/eroic pas pofTible que comme les i'eôes 
des Philofophes prennent le nom de ceux qui en 
font les Auteurs, les parafites aullî fe nommallènt de 
mon nom, Gnathoniciens, 

Partnênon. Voyez-vous ce que fait 1 ' oifiveté. ÔC 
de vivre aux dépens des autres? ^°) 

Gnathoii, Mais je tardç trop à mener cette cfcla- 
ve chez Thûïs, & a l'aller prier à fouper. Ha, je 
vois devant chez elle ^') Parménon, le valet de no- 
tre rival ; Il eft trifte, nos affaires vont bien; ^^) je 
luis fort trompé, fi les gens ne le morfondent à 
cette porte. Il faut que je joue ce faquin."} 

Parmcitun, Ces gens ici s'imaginent déjà que ce 
benu préfent va les rendre entièrement maîtres de 
Thaïs, '^) 

Gnathon. Gnathon falue de tout fon cœur Par- 
ménon le meilleur de fcs amis» Eh bien, que fait- 
on? '') 

L 4 Par- 

*^) Ce terme /n/:;rf, fe fôphes. Et c'eft de là mé- 
dit proprement de ceux qui ire que le mot de Se&e a 
s'attachent à certains Philo* été pris, 

30) 2Ba^ &ct ?Dîûgiv3(î«itô unb ouf on^erc^ h\xU Unfc* 

fîen j» Ifben ttut. 
51) Chez - elle tfi ein Idiot: 3(ï fo i)iel fllij devant fa 

maifon, o^cr devant ion logis. 
32) (^é fîc^f Qut um unfte 6arf)fn. 
3j) îBann btc^cutenicfet t)cv î)ufer<i,^rjreb«n@c^»tup* 

peu friegcn, (perG^Hid) roarten,) 3d) niu§ bicfm 

©cDurfcn m\ rocnig ^crum nc^meR. 

34) 5ïîûct)cn roirb, C)a§ fîe b<)) bcr Thaïs ^oÛfomoim 

jÇ)«tr fpiclen. 

35) SBo^lan/ tvaé ma«§( ma» Cfcii-autcé?) 



1,^8 U EUNUQUE 

Vûrmbion, On eft fur Tes pieds* ^^) 

Gjiathon. Je le vois< Mais n'-y-a-t-il point ici 
<juelque chofe que tu voudrois n'y point voir ! 

¥arfnéno!j^ 'l'oi. 

Gnatbon, Je le crois. Mais n'-y-a-t-il point 
quelque outre chofe ? 

?armémn. Pourquoi cela ? 

Cwnhoti, Parceque je te vois trifte, '"^) 

Varmétîon. Point du tout. 

Cmithm. Il ne faut pas l'être auflî. Que te fcm- 
ble de cette efclave? ^^) 

Vnrmmon^ Elle n'eft pas mal-faite, vraiment. ^^) 

Gnathon. Je fais enrager mon hommet"*') 

Varméiwn, Qu'il efl: trompe! 

Gnachon, Combien penfes-tu que ce préfent va 
faire de plaifir à Tb^is? 

Parménoii. Tu crois déjà que cela nous va faire 
chifler. Ecoute ; toutes les chofes du monde ont 
îeurs révolutions. '*') 

G'Uitbon. iMon pauvre Parménon , je vais te faire 
repofcr pendmt tous ces fix mois,'*^) & t' empêcher 
de courir de côté & d'autre, & de veiller juiqu'au 

jour^ 

35) 15.1 (Ïe6f man auf feinen 2>cinm. 

37) ^cjl bu îiiir trau'i(î Dorfommfjî. 

38) 2Svi« ^f^c^r ^ir n.>ci)( \>m bicfcr ©clûtjlu ? 
39 5'irnjif)r; f^c \\\ \\m\\i\i woblgcjîaU. 

40) j J? nncl)c rneincn 5îcrl mfen^ toB. 

41) 3111c eac^cn in bet 5iBcU fmb bem 5Be(*fcI unter^ 

jvorfen. 

42) Six mois: Me ^r.in^cfiMî jâf)(efl njc^t (^ern« îîicrtcl 
«n& balbe 3>^i^ l'on'ocn 0}?onatNtveife trois, 
mois, «iii 33i«rt«l 3ul>r, unb ï\^ mois «in ^alM 



PE TERENCE. 169 

jour. '*') Eh bien n'eft-ce pas là un grand fervice 
que je te rends? 

Varméiwn, A moi? fans doute, ha, h.i, h3 î 

Gnathon, C^ e(l ainfi que j ' en ufe avec mes 
am^. '^) ' 

Varméfjon, Je te loue de cette humeur bien - fal- 
fan te. '*^) 

Gf7athoiî, Mais je te retiens ici ; peut-être que tu 
voulois aller ailleurs. 

Varm'emn. Point du tout* ^') 

Gnathon, Puisque cela efl:, je te prie de me faire 
la grâce de m' introduire chez Thaïs. *^) 

Varménon» Va, va, préientement la porte t'ef^ 
ouverte, parceque tu menés cette fille. 

Gnathon, Ne veux-tu point que je te faflè venir 
quelqu'un de là -dedans? ^'^) Il entre, 

?arménon. *) Patience, laifle feulement pafler 
ces deux jours; tu as prefentement le bonheur de 
faire ouvrir cette porte en y touchant du petit bouc 

L 5 du 

•") "Parménon prononce promené en méditant <5:ge{^ 
ces trois vers pendant que ticulant jusqu* à ce que 
Gnathon eft entré chez Gnathon {forte après avoir 
Thaxi. Il les prononce fort fait en peudenaotsfoncom- 
lentement, après quoi il fe pliment à Ihaii, 

43) UnO &ié an ()ctl«n Xao \\x reoc^fn, 

44) ©0 pfff^e icb mit mcineu grcunbcn ju ôÉrfa^rett. 

45) SSegen bicfcé »of)lt()ati>îcn ©ciriûî^eé. 

4^^) ©OHJ unî) gar nic^t. NB. ^:Ovit tout nimmt point 
ûOejtitben Gen. Artic. Définit, ju ficf), ta cé m btc 
S?>Cl)<atun9 fein bm Gen, Artic Indefinit. bsy fic^ 

47) §^'ir 6«o ber Thaïs @er)oc ju l?n'fcl;fl|f«n» 

48) Adverb, loci, ta trIitWf» 



170 L'EUNUQUE 

du doigt; *^) mais laifle-moi faire, il viendra un 
temps que tu y donneras bien des coups de pieds 
inutilement. 

Griatbou, ( qui revient de chez Thnis. ) Quoi* 
Parménon,^ te voilà encore ? ho, ho! efl- ce qu'on 
t'a lai (Té ici pour garder la porte, ^°) de peuiqu' à 
la fourdiue '') il ne vienne à Thaïs quelque meila- 
ger ^^) de la part du Capitaine? 

Pawiémn, Que cela eft plniiamment dit, ^•') & 
qu'il-y a là d'efprit! Faut-il s' étonner que ces belles 
choies pbifent a un Capitaine ? Mais je vois le 
jeune fils de notre makre qui vient ici ; je fuis fur- 
pris qu' il ait quitté ie port ''*3 ^^ Pirée, *) car il 
eft préfentement de garde; '') ce n'eft pas pour 
rien, il vient avec trop 'de hâte; je ne fais pour- 
quoi il regnrde de tous côtéî. 

*) Les jeunes athéniens ville, Qtiand Hs s'ctoient 

commençoienc leur appren- bien acquîtes de cette fonc- 

tiflage de guerre ù l'âge de tion , on les cnvoyoit gar« 

tlixhuit ans, & d'abord on der les châteaux de V Atti* 

Jes einployoit à girder la fjue, les ports, &c. 

49) S^ii bu nue mit tem duferftcu ^cé gingeré tarait 

50) fy(kX mnn bicî) etwan (;ier jum 5:^url)i4ter BcjîcKt? 

<>() 23cr(î'o()Inei: Sdfc. 

52) Mefîjgcr, cm ortcnf(icï)«r 5Si*(C/ exprès, cjn 35oU 

ber nu^erorbcntlid) gcfanM tviro. 
53>58le i|l Dr.i3 fo ortig l)crt>orGcbrûc5(! 

54) 3^«n j;afcn. 

55) Dann cr bot jcÇo bic SCtadilc ; Etre de garde, bie 
2BacI)C b'aben ; être eu garde, ouf ter QBad)€ f<j)ii ; 
monter la garde, bie 5Bad)C <k\\^vS)Xi\\ \ dcfcendro 
la eardc, bic Ïï5ijd)? û[>fûl;)ren; dcfccndre (fortlr) 
de garde, t)on bcr -ïSac^c objicbcn ; entrer en gar- 
de, obCï lUld; monter la garde, auf biç>B3ad)C ucl)cn. 

ACTE 



DE TERENCE. 171 

ACTE SECOND. 

SCENE IV, 

CHERE A. PARMENON, 

Chérèa, 

Je fuis mort ! je ne vois cetcç fille nulle part, ') 
je ne lais ni où elle el^, tu où je jais. Où la 
puis-je chercher? quel chemin prendrai je? ~) Je 
n'en fai rien* *) Mais une chofe me donne de 
l'efpérance, c'eft qu'en quelque lieu qu'elle loit,^) 
elle ne peut y être long- temps cachée. Quelle 
beauté, grands Dieux ! quel air ! '^) déformais je 
veux bannir de mon cœur toutes les autres fem- 
mes, ') je ne puis plus fouffrir toutes ces beautés 
ordinaires & communes. 

?(}rmémn. Voilà- 1- il pas T autre ^) qui parle 
auflî d'amour? Oh, malheureux vieillard ! fi celui- 
ci a une fois commencé a être amoureux, on pour- 
ra bien dire que tout ce que l'autre a fait, n'efhque 
jeu au prix des fcenes que donnera ce dernier. ') 

Chcrcat 

*) Cette penfée eft très galante & très vrsye. 

1) Sîirgcnb^roo. 

2j QBû fca id) ratc5 ^inttjenî)«n? 

3) ÏÏÎnmlid) fï< ^tdi, tvo fît n>oDc. 

4) ^le n)o()( ftcl)t fie <iué ! 

5) i5on tiun an will id) nflcé anbr< §rauciijimra« miit 

aué btxr. Çinn [c!)(ag«n. 

6) T^a &abcn noir bcn onDcrn ûu(^. 

7) 3^uc cin 6piel feo gcgcn tie etcek^c, fo î>i<f« S«65 

(cr< ani3et)m tviib. 



172 L'EUNUQUE 

Chéréa Que toas les Dieux & les DéefTes perdent 
ce maudit vieillard ^) qui m'a amufé aujourd'hui, 
ai moi auiîî, de m' être arrêté à lui, & d'avoir /eu- 
lement pris garde qu'il me parloiç. Mais voilà Par- 
ménon : Bon jour. 

Vavjuénon, Pourquoi êtes vous trille? D'oii vient 
que vous paroiiTez (i emprefle? ^) d' où vçnez- 
vous ? 

Cbèréa. Moi? Je ne fais, en vérité, ni d'où jç 
viens, ni où je vais, tant je fuis hors de moi» '°) 

Varméuon, Pourquoi donc, je vous prie ? 

Chéréa, Je fuis amoureux» 

Varmémn^ Ho, ho! 

Cbéféa. C'eft à cette heure, Parménon, que m 
dois faire voir ce que tu es. '') Tu fais que toutes 
les fois que j'ai pris dans l'Office '^) toutes fortes de 
provifions pour te Içs porter dans ta petite loge, '^) 
tu m'as toujours promis de me fervir. Chéréa, mç 
difois-tu, cherchez feulement un objet que vous 
puirtiez aimer, "*; & je vous ferai connoitre com- 
bien je vous puis être utile^ 

8) Sicfcn bcrffucbem %m itt 5I6Grunb jii (lûrjem' 

9) ÇKic fommf t ibr mie fo cilfcrng Dor ? 
10} 60 fe^r bin :d) aiiffcr mir. 

11) ÇlBcc bu M|?, obcr xxxki tu fannjï» 

12) 3« î'^m >?pclfcijcn>élbc, 
'Ifi 3" beine flemç .Ç)uttf. 

14) 6»c!}f ^uc^ nue <lnfn 0efl<uflant> oué, t>«tti^r(iei 

tcu tdiiiut. 



DE TERENCE. 173 

Varmhwn. *) Allez, badin. ^^) 

Chèréa. Ce n'eft pas raillerie; *^) i'aî trouvé ce 
que eu me difois que je cheichaflb; fais-moi voir 
les effets de ces proraefTes, principalement en cette 
occafion j qui mérite bien que £U employés tout ton 
efprit» La fille dont je fuis amoureux, n'eft pas 
comme les nôtres^ de qui les mères font tout ce 
qu'elles peuvent pour leur rendre les épaules abat- 
tues, ^'') & le fein ferré , '^) afinqu' elles foient de 
belle tîille. S'il-y-en-a quelqu'une qui ait tant 
foit peu trop d'embonpoint, '^) elles difent que 
c'eft un franc Athlète, on lui retranche de la nour- 
riture^ ^°) de forte que bienque leur tempérament 
foit fort bon, à force ^') de fotn on les rend lèches 
& tout d'une venue comme des bâtons. ^^) Cela 
fait aufll qu'on en eft fort amoureux. 

Varmènou, Et la vôtre j comment eft- elle donc 
faite? 

Cbé- 
*) Farméiion ne veut pas lu» dît, comme la réponfede 
croire , ou fait {èmbbnt de Cbérea le prouve manifefte- 
ne pas croire ce que Chcréa ment. 

15) Oîct) \^aât «udj î>ocî), ^a()l^anf» 

16) î)aé iji Uin \rd)»;rj|. 

17) 3^n«n «inen fcî)t\)anfetî ypalé (ideft: einc gu(ç 
Taille), t)2r(d>ajfcn. 

18) ^ine cmqçfchlottfne ^rnfî. 

19) 2Bunn eé untcr ibncn nur (tUâ)t QkH, bit cftvajJ 
t>bllh} (^!cte) aupfï^cn. 

«to) (Sin tfcbtir î)ragoncr. 3}?ou bric^e i^ntn on btt 

â^aI)runoi ab- 
ai) à force, in ber Q^cbcufutîfl bief, hat aUmal btn 

Genifivuin articiili partitivi de nacf) ftcï). 

22) ©urcb biclf (?or(]fûlt mûd)t man |îe fo bûrré «n& 



174 L'EUNUQUE 

Cb'eréû^ C'eft une beauté extraordinaire. 

Parm'mon. Oui! 

Chéréa. Un teint naturel, un beau corps, un 
embonpoint admirable. ^^) 

'Parm'enon. De quel âge? ^'*) 

Chéréa. De feize ans. 

Parméfion, Ceft juftement la fleur. **) 

Chér'ca, Il faut que tu me h falTes avoir ^^) de 
quelque manière que ce foit, ou par force, ou par 
adrefle, ou par prières, il n' importe, /^^) pcurvu- 
quelle foit à moi, 

Parménoih Et quoi, à qui efl: donc cette fille? ^^) 

Chéréa, Je n'en fais rien, 

Parwénou, D' où eft - elle ? 

Chéréa Je ne le fais pas mieux. 

Parménoii, Où demeure • t - elle ? 

Chéréa. Je n'en la«s rien non f lus- f ) 

Parménon. Uù l'avez -vous vue? 

Chéréa. Dan? la rue. 

Parmémn. Pourquoi l'avez -vous perdue de 
vue? ^') 

Chi- 
li) <£ie \\i%i ^ewunbernénjiifbig dué. 

24) 2Bic <x\\> 

25) t)aé i|î clieu bûé oa<r6cfce, fcil. 31U«, 

26) Faire avoir on (Irttf procurer. 

27) ^'ô liegt ntdîté bran. 

28) Unb tvic bcnn fo! wcm gc^drct bcnn bKfe^?0î5b< 
(}cii an? 

t) Slucî) nidit(« babott. Obf aulîî, ^ciflRt rtucfi, bc^ 
cincr conltriK"i()ne affirinativa, non plu"^ bci) einCC 
condr. iifi^ativa. 



DE TEREMCE. 1^$ 

C/jcréa. C'eft dcquoi je peftois toutà-rheure ^°) 
en arrivant, & je ne penfe pas qu'il- y -aie au mon- 
de un homme comme ftioi, qui profite fi mal jdes 
bonnes rencontres. ^') Quel malheur! je fuis in- 
conlolable. 

farmétwn^ Que vous efî-il donc arrivé? ^^) 
Cbéi-éa. Le veux-tu bvoir? Counois-tu un cer- 
tain parent de mon père, ^i qui eft de fon âge^ un 
certain Archidémidès? 

Farwémji» Je ne connois autre, ^) 
Chhêa, Comme je fiiivois cette fille, je l'ai trou- 
vé en mon chemin» ^^') 

Varmémn, Mal à propos, en vérité. ^'^ 

Chéréa, Dis plutôt hien malheureufement. ^^) Le 
mot, mal à propos y ed pour des nccidens ordinai- 
res, Parménon. Je puis jurer que depuis fix ou 
fept mois je ne l'avoisvu, que tantôt que j'en avois 
le moins d^envie, ''^) ^ qu'il étoit le moins nécef- 

iaire 

30^ €6en b<ïrû6cr flucî}fc icf) gîeicî) jî^o. 

91) S)cr (id) einc gufc ©degcn^eit fo fd)îed)t ^ ^uge 
mac?jc, 

32) t?Saé ilî cu^ bfinn tvjctcrfa^rcn. 

33) 5I?aruni foîïtc tc^ ihn nk\)t fcnncn? ober: ©m 
f«nne id) tvel)!. fOicfcr Q4u^^ru^:f fommt mir itn 
'^raitiDllfcbcri ^ftr l'clH'ntflid) ecr, unt» ifi bic con- 
ftruclion fûfî gcn;; unb ()nt KUcinifd); »cit be(f«c 
tDoUtc id) ce fo flcben, ie le connois tort bien, t)0« 
je n'en connois point d'autre. 

S4) lîntcr SBegciJ. » 

35) 3w?Un|cit/ fûrn)aî)r* 

36) ©âge t)i«Im?f)r jum griJgfcn U;ioIi5(f. 

37) 2)0 ic^ am tVîniâfîen Sujî bar^u ^atu- 



1^6- L'EUNUQUE 

faire que je vifle. Eh bien, n'eft-ce pas là une 
fatalité épouvantable? '^) qu'en dis -tu? 
Parwénon. Cela eft'Vrai, 

Ché>éa. D'abord, d'auflî loin qu'il m'a vu, it 
a Comru à moi, tout courbé, tremblant, eTcufflé 
les lèvres pendantes^ ^^) & s'eft mis à crier, Hola* 
Chéréa ^ hola , c' eft à vous que je parle/ Je me 
fuis arrêté. Savez -vous ce que je vous veux, '*") 
m'a -t il dit? Dites le moi donc. J'ai demain une 
affaire au Palais. "*' ) Eh bien ! Je veux que vous 
difiez de bonne heure à votre père qu'il fe fouvien- 
ne d'y venir le matin, pour m'aider à loutenir mon 
droit. '*^) Une heure s'eft écoulée pendant- qu'il '^^) 
m'a dit ces quatre mots. Je lui ai demandé s'il ne 
me vouloit rien davantage, il m'a dit que non. '^) 
Je l'ai quitté en même temps, & dans le moment 
j'ai regardé où écoit cette fîile, elle ne fjilbit julte- 
menc que d'arriver ici '^^j dans notre place. 

Varméfion. bas. Je fuis bien trompé, '*^) fi ce 
n'eft celle qu'on vient de donner à Thaïs. 

Chéréa. Cependant quand j'ai été ici, je ne l'aï 
point vue. 

38) ^(ï b<î^ nicfif citt ix^â)nâ[\^i^ Unalûrf. 

39) @anj frumm, jimrnb, au§cr bem^lt^em, mil 
(Krab6angcnt>«tt 2efVn. 

40) 'ïBiit^t ibr^ n)aé \^ oon cud) t)fr(ancie? 
41 ) "^d) ba6e mornctt eint 'Badit t)or ®mâ)it 

42) ?nîcin 9vod)t ju unterfîf^m. 

43) Pendantque \\i cinc Conjun£Ho, bi< ûttcmal CitlCtl 
Indicativiun l'f(^terff. 

44) Qrc f)nt mir mu nein ^cantroortef. 

45) eiewarnucûll«m[l ( gctaOO ûU|)«l^ «'nâcf Otnra<IW 

46) 3tO if« f«î;f' 



DE TERENCE. 177 

Parm'eMon, Il -y- avôit apparemment des gens qui 
bfuivoient. ^^) 

Chéréa, Oui, il -y- avoir un parafite & une fer- 
vante. 

Parménoih has. C eft elle - même , cela eft fur. 
Haut. Ceiîfez de vous inquiéter, c'eft une affaire 
faite. '^') 

Chérca. Tu ibnges à autre chofe. 

Parmcmn. Nullement; je ionge fort bien à cç 
que vous me dites. 

Chcréa. Eft-ce que tu fais qui elle efl? Dis-le- 
moi, je t'en prie, i' as-tu vue? 

Parmému* Je l'ai vue, je la connois, je fais qui 
elle eft, & où elle a été menée. 

Cbéréa» Quoi, mon cher Parménon, tu fais qui 
elle eft? 

Pannénon^ Oui. 

Chérca. Et où elle a été menée ? 
' Parménon^ Elle a été menée ici chez Thaïs, à 
qui on en a fait préfent. 

Chcréa, Qui eft le grand Seigneur qui peut faire 
un préfent de cette importance? 

?armetion. C'eft le Capitaine Thrason, le rival 
de Phèdria. 

Chcréa, A ce que '^^) je vois, ■'') mon frère a 
affaire là à forte partie^ ^') 

P<?r- 

47) 2iacm 5(nre5ett nod), forgfen i^c t\\\^ilmî nûçf^ 

48) €ô i(î cine nuégcmadjtc ©od)^ 

49) à ce que, an ^<xli comme. 

50) 2Bic jd) fc()e. 

51} ^«t mit çjn«m |ïarf«n ©e,ancr iu (§un 

M 



lyS L'EUNUQUE 

Pârménotj. Oh! vraiment, fi vous faviez le beau 
, prélent qu'il prétend oppoler à celui-là, vous di- 
riez bien autre chofe '^) 

Chéréa, Eh quel , je te prie? 
Parmé^^on Un Eunuque. 

Cbéréa. Qjoi, ce vilahi vieillard qu'il acheta hier? 
Parme non Le même. 

Cbéréa. En bonne foi, il fera chaflc avec fon 
prélenc. Mais je ne lavois pas que Thaïs fût notre 
voifine. 

Parménon. Il n'-y-a pas -long tems qu'elle Tefi:, 
Cbéréa, J'enrage '^} faut-il que je ne Paye jamais 
vue ! Eft - ce comme l'on dit , une beauté fi . ♦ . ? 
Parméfion, Oui, en vérité, elle eft très belle» 
Cbéréa. Mais non pas comme la nôtre» 
Parménon, C eft une aufe affaire. - 
CbcWa. je te prie, Parménon, que je la puifle 
poflcder. ^) 

Parménon. J'y travaillerai tout de bon, & je fe- 
rai de mon mieux ; "') je vous aiderai. Ne me vou- 
lez-vous plus rien? 

Cbéréa. Où vas - tu prcfentement ? 
Parm/mn. Au logis, afin de mener ces efclaves 
« Thaïs, comme votre frère m'a commandé.. 

Cbé- 

52) î)oé ce 6icfcm cnfi^cqctt ^u fc§m mmxjmt, xom 

bct i()r rac^l ou^crel rd>cn. 

53) (£5 ûr.icrt micf) v«duM)affcn. 

54) S)u mui^i"{mir. fie (ibren ^«ft(j) Wrfd)aifert. 

55) 3d)ttviUDaranmJt ûllcml^iifi art)«U<il/ uiiO W«r&» 
mcm5>iO«^l'at)«j; tf)un. 



DE TERENÇE. 179 

Chérén. Ah , que ce vilain homme eft heureux 
d'encrer dans cette maifon! ^^) 

Purmi'iwiî, Pourquoi cela ? 

Chi'rea. Peux- tu me faire cette demande ^'^) 
fans iorcir (Je chez tui \\ verra à tous niomens une 
compagne ^^^) comme celle-là, belle comr.ie le 
jour, ^^ } il lui parlera, il ièra dans la même m;iiion, 
quelquefois il mangera avec ^elle, quelquefois même 
il couch. m dans la même chimbre. 

Parménon. Et fi prélencement vous étiez cet heu* 
reux là! 

Chérsa,' Comment cela, Parménon? parle. 

Pariuétîon. Que vous priiliez les habits 

ClKrén, Ses habits? Eh bien, après celi ? ^'') 

Parménon, Que je vous menalTe en fi place,. 

Ch:n'a. J'entends. 

Parménon. Que je difle que vous êtes celui qu'on 
lui envoyé. 

Chcréa Je comprends. 

Parménon Et que vous jouiîîîez des mêmes plai- 
firs donc vous dites qu"*!! jouira^ de manger avec 
elle, de la voir, de U toucher, de rire avec elle, 
& de coucher dansfi ch.mibre? pui^qu' nuffibien^'} 
aucune de coûtes ces femmes ne vous connoît, & 

M 2 ne 

56) ©ag et in bi<«5 S;)<x\x^ Acfommm, 

57) 5)?'^ij|î bu ii>o()l fo fraqen. 

58) Compagne, i|| haé foemininum Dott compacinonj 
einc ©efpiellnn, dne 6?f«C[inn, 

59 ^inc bcrkîleid}€n ©efpiehnu, î)i< fo fc5>a'n M bic 
3onn?, 

60) lI^^^ an>M'in tvic wcifer? 

61) viScil e^iitceni. 



l'go L'EUNUQUE^ 

ne fait qui vous êtes. De plus , votre vifage & 
votre âge vous feront facilement pafl'er pour ce 
qu'il eft. ^^) 

Cbérca. Or» ne peut pas mieux parler! je n'ai de 
ma vie ^^) vu donner un milleur confeil* mar- 
chons, allons au logis, ajufte- moi tout- a- l'heure, 
mène- moi, conduis- moi au pius vite. ^'^) 

Parménofi. Que voulez- vous faire ? je riois en 
vérité. '') 

Cbérca, Tu te moques. 

"Parmcnon. Je fuis perdu! ^^) qu'ai -je fait; mi- 
férable que je luis! à quoi m'obligez- vous? ^^) 
c'eil à vous que je parle, au 'moins* iailïez- moi» 

Chcrea, Allons. 

Parmèmn. Vous continuez? 

Cherca. Cela eft réfolu. 

Parm'euon. Prenez garde que cela ne foit trop 
périlleux. ^') 

Chlrca, Il n'-y-a nul péril. Laifle-moi faire. 

Par- 

62) ^aé noc^meOr ifï, nm&«iiâ)tz, un& curc3u«^ 
genb tottbm raûd)cn, bû§ i()r kiâ)t fiîr bie ^p«r< 
fcii, bie it xoiïtlid) \{t, vouait îènmn Qil)a{un 
ivcrî^^n. 

63) 3" îHcinem î(hm. 

64) S'û^rc miel) ftin gcfcOminb» 

65) 3* fi-f)crjf« in sffiû()r()cit. 

66) Q;0 i(î aué mit mu, 

67) 5Borju jirinot 'f)r micf)? 

6g) ^0 m^cOte bicfcé |U fl(fâ(;r(icO fcptt. 



DE TERENCE igi 

Varmeiîon. Il n'-y-en a point pour vous, *) car 
tout l' orage tombera fur moi. ^^) 

Chéréa. Ahiî 

?arméi20fi. Nous allons faire une action mal- 
honnêie. 

Chéréa. Eft-ce une adion malhonnête de fe fai- 
re mener dans la maifon de ces demoilelles, '") & 
de rendre la pareille à des coquines qui nous mé- 
prifent, "^'3 qui fe moquent de notre jeunefTe &qui 
nous font enrager de toutes fortes d** manières? 
Eft-ce une vilaine adion, de les tromper comme 
elles nous trompent tous les Jours? Eft - il plus 
iufte que je trompe mon père & que je le jOue> 
afinque je fois bl;imé de tous ceux qui le fauront? 
Au lieu que tout le monde trouvera que j'aurai très- 
bien fait de les traiter de la forte. '^) 

M 3 Pût' 

*) On hattvn ceî fèves fur mettoit des fèves aux nœud» 

»wo/, comme on fait aux iné- de ch.q'c cord(in. Mais 

chans cuiiiniers quand !es de (Quelque manière qu'on 

fèves ne font pas bien cuites, l'entende, ela aurcit été in- 

On explique aufll ce pafTage fupportable en notre Lan» 

de certains fouets, où l'on gu.-, 

69) Senn ^aê ganje Ungcroitfer wirb mic Û6« \>m 
^alé fattcn. 

70) 5^aÔ ^Ott Demoifelle ifî ^ier ironice cjfbrnucfif, 
jrelci)eii aud t>em Darauf folgenbcn QBortc coquine 
ju crfc^en. 

71) Unb qldchet^ mit 9tcicr)cm fclc^en ^ur<n, bjç une 
'Oiïd&iiîU, $u Dergdtetu 

72) ©0 mit iOn«n au uctfa^rm. 



Igi L'EUNUQUE 

Pnnnhon Vous le voulez ainfi ? '^^) Si vous 

ête iéiolu de le faire, à laponne heure* '"*) mais 
au moins dans h l'ujte n'allez pas rejetter toute la 
lau' • fur moi '^^) 

Ché'éa, Je ne le ferai pns. 

F.,.r/Ȏ'ioM Aie le commandez -vous? 

C.'érét Je ce le commande, je re l'ordonne, & 
je le veuX ablolumeiit, ^'^) je ne refuferai de ma 
vie le ijtic que c'eii moi qui c'ai obligé de le faN 
rt" '^'' 

F.u-'iié m Suivez- moi donc* Que le? Dieux 
donneuc un Deuitux fuccès à notre entreprile ! ^^) 

^ Cj^ cjc c^ îjs c^ c^ c^ t>^ :^ cîo c^ CJ3 c>^ cjo c^ «^ cja c^ 

ACTE TROISIEME. 
SCE N E L 

THRASON. GNATHON, PARMENON. 

Thrafon, 

TIrïs me fiit de grands remercimens fans doute? 
Guathon fiès grands* 

Thra- 

7:) ^o(ï«t 'f)r t^ (Jlfo ()fl6cn? 

74) êo Ut) vff ^-u.^ >)3îufi O'^^n à bonne heure, U\)'^tU 

ïcn njo<)l u;.tC'fi>u't?tn nj.rDîn. .ij 

70 3'1'n rt)nj;»V'fcii tvaf*!t t)aiiaci) nicî)t allc ©c^julbpl 

auf !it u; jar-.''cf / 

76) ^d) n.MO <6 ^'.lr',t lué h'.î6cn. 
77' ba«^ i-t) 'i bm, î>«:r ^••:l) baju geitvungcu hdi. 
78) 6<jj«c« uufcr =43i}i:l>il?v'n. 



DE TERENCE. igj 

Thrafon Dis - tu vrai ? ') eft -elle bien aife? 

Gnatbon, Elle n'eft pas fi touchée de !a beauté 
du préfent, qu'elle eft ravie de ce qu'il vient de 
vous^ c'eft lur quoi elle triomphe, ^) 

Parménon. Je viens voir quand il fera tems de 
préfenter ces elclaves. Mais voilà le Capitaine. 

Thrafon. Il faut avouer que la nature m'a fait 
une grande grâce* c'eft que je ne fais rien ^) qui 
ne foie trouvé agréable, & dont on ne m'ait de 
l"" obligation. 

Gnatbon. Cela efl: vrai, c'efl ce que j'ai toujours 
remarqué. "*) 

Thrafon. *) Aufîi il falloit voir combien le Roi 
me remercioit des moindres ^) chcfes que je faifois» 
Il n'en ufcic pas de même avec les autres. ^} 

Gnatbon^ Quand on a de l'efprit, on trouve tou- 
M 4 jours 

'*'') J' a vois traduit autre- fous Darins dernier Koi de 

fois ce palfige, auffifalloit-il Fevfe^ mais comme il eft 

-voir combien le Roi de Per- parlé de Pyrrhus dans cette 

fe <X'c. Cela pourroit peut- même pièce, cela ne peut 

être fè foutenir, 7) cardans s'ajulter g) & je crois que 

letemsqoe iVlL'7!ûndye ÛoriC- ce pafTage doit p'utôc être 

foit il pouvoit y avoir un entendu de Se/euçus Koi d' 

Capitaine qui auroit fcrvi yî/ie, 

1) Dlebcflbu tt>af)r? 

î2) £iaé fûÇîIt fie rcd[)t ^araifmûd)t Çkfid) udi)tMU 

3) ^i\l id) nicbté tjcrufhme, 

4) Unb baé ^abc id) ciQfjdt wa^rçicnomiîicn. 

5) Petit, 9crin(ï; moindre, ggring'-VJ le moindre, tit 

ûa^rcjTinâfîe. 

6) 60 pf[<*<\fc er mit an^crn nicf>t {ii tjfrfafjrcn. 

7) t)(iû ttilrbeman i?icÏÏet*t ucâ) fobc^aupUn folinctt. 



184 L'EUNUQUE 

jours le moyen de s'apropprier par Ces dîfcours la 
gloire que les autres ont acquiCe avec bien de la 
peine lU du travail, & c'eft là ce que vous avez au 
fouverain dégié. ^) 

Tbrafon C'eft bien die. 

Gnatbon. Le Roi donc n'avoic des yeÛX, 

"Thyafon. Sans doine, 

Gnatbon, Que pour vous. 

Ihraftm, Non ; il me confioit la conduite de fon 
Armée & tout le fecrct de i'Etac. 

Gnatbon^ Cela eft étonnant] '°) 

Thrajlm. Et luisqu' il éfoit las du monde, qu' il 
^toit fatigué Ats affaiies, ") quand il vouloit Te re- 
pofer; comme pour . . . entends -tu? 

Gnatbon. Fore bien* comme pour chifTer Tennui 
que la foule de i^s Courtifans '^) lui avoit caufé. 

Tbrafon, T'y voilà '^) Alors il ne manquoit ja- 
iryis de me prendte pour me faire manger avec lui 
têce h tète. ''*) 

Gnatbon, Diantre! '^ Vous me parlez là d'un 
Prince qui choifii bien fon monde! '^) 

Tbra- 

9) Unb bné (icft^ct ir)r in tcm ^dd)(îcn Çkâb. 

10^ 2)a'j i|] uO.uncnélViutuj ! Admirer unb ctonner 
{î!ib î^arnmc untcrfcbhbcn; '^<\'^ admirer orbcntli» 
d)<r îi?effo i'i Hono, étcnncr obcr md)rcnt()dl^ iti 
contrario fenf» 9ebraucî)t n>irb, 

11) SCiîin cr tc£) Ibn-^atigiS mit ^cutcn ûburbriilîig unb 
Don bcncn 'iîctrid'njniicn obç^emdtta tuûr. 

12) (E"ni r>(ifmna, tn fccminino cinc 5;ur<» 

13) î^n i).;|l i<}î aiat()fa ob« ijctrojîcn. 

14) ^cobe otlcine. 

IT) ^^0^ t'IUfiM?b! 

16) i:)«c fuue ^v'uU tvoî^ï iu wd(;lm wcip« 



DE TERENCE. 



J8î 



Thrafon, *) Ho, c'efl: un homme qui s'accom- 
mode de fort peu de gens. '') 

Guatbon^ **) Ho ma foi, il ne s'accommode de 
perfosjiie, puisqu'il vous goûte. '*^) 

Tl.n-ûfon,' Tous les Courtifans me portaient en^ 
vie, & me donuoienc des coups (ie dents fans faire 
femblant de rien; '^) mais moi je les méprifois;'^**) 
ils me portoient tous une envie furiefe. ^°) Un 
entre autres, *'^'^*) celui qui commandoit les élé- 



M 5 



pharis 



"*") Cela eft dit en bonne 
part d'un homme (ie bon 
goût, qui s'accommode de 
peu de gens, 

*^) G77rt/^ow veut dire que 
fi le Roi coûte un fi (bt 
homme, il n'cft pas pofîible 
qu'il s'accommode de qui 
que ce ioit, car c'elt une 
marque qu'il n'a ni goût ni 



& qu'ils lui paroifient tous 
des f-ts auprès de lui. 

***) (]ette répétition eft 
bien d'un fot, t'elt ce qui 
marque les caraèleres, voilà 
pourquoi il faut être exaél 
à conferver ces petits traits- 
là fans y rien changer. 

*'^**) Celui à qui ces Kois 
donnoient les é.'éphans à 



efprit, & qu'aucun honuè- comu)ander, étoit d'ordinai- 
te homme, aucun homme re un homme confidérable. 



d'efprit ne fauroit lui plaire. 
Et le Capitaine l'entend com- 
me fi Gnathon lui difoit 
que par fon elprit il dégoû- 
te le Kui dé tous les autres, 



qui avoit fous lui une gran- 
de quantité de valets. Ce 
n'étoit donc pas un petit ex- 
ploit pour 'Ibrafoii d'avoir 
eu affaire à un homme de 
cette 



17) Ç9, ii ijî cin ?9i>inn, b<r wcnig Çeutc um fîc^ t«(# 
ten fann. 

18) 5Sfd " fUd) Ifibcn !ann. Goûter in fenf propr. 
t)e#t foften, fc^.ticcfcn / ^icr i|î «ê ûbec metapho- 
ri -e gciiommen. 

19) Unb |li*clten rtuf itiicf), ba fie fîcf) tlcll(«n/ ol^ 
JDÙ§tcn |u t>on nid)t^. 

20) 6I« 6«nùt>ctm ralc^ «rfc^rccnic^. 



i86 L'EUNUQUE 

phans. ^') Indiens! Un jour qu'il me chagrinoit 
plus qu'à l'ordinaire: ~^) Dis -moi, je te prie, lui 
dis -je, Stracon, eil-ce parceque tu commandes à 
des bêtes que tu fais tant le fier ? ^') 

Gnathon. P^r ma foi ^'*) c'ell la ce qui s' appelle 
un bon mot ! ^^) Grands Dieux ! vous lui donnâ- 
tes là un coup de maflue, ^^) que put- il répondre ? 

Tbrafon. il demeura muet. "') 

GtiathoiK Comment ne rauroit-il pas été? 

Pttrménôn, Grands Dieux ! voilà un homme en- 
tièrement perdu, il efl: achevé, & ce fcélératî ^^) 

Thrnfm. Mai?, Gnathon, ne t'ai -je jamais con- 
té de quelle manière je traitai un jour à table *j un 
Rhodien ? Cna- 

cette iirsportnnce, h roJo- me qui commancleroit d'au- 
niontade n'eft pas mauvaifc. trei e'éphans aureile Icscîé- 
Le mot Indien ne devoft pas pHans liidienî pa/îoicnt pouc 
être oublié, car ce pauvre les plus grands de rous. 
Sot croit qu'il ajoute beau- *) Il choifit un Rhodien^ 
coup à fa hardieiïc, & qu'un parceque les Rbodiem paf 
homme qui comininde des {oient pour des peuples cou* 
cléphans Indiens ell bien rageux, luperbes & peu en- 
plus redoutable qu'un houi- durans» 29) 

21) î)cr ùl\'C î)ie €h'pt)ûiUcn <i{é ^tfi^\ûf)aUt U^tiUit 

22) 9lk^ 0:îiftcrt. 

«3) X)a% ^u fo {)ri>jj fl)UJî. Fier unb orgueilleuy, f^iifi 
feu bcybc {?ol5 obcr hoi)mùt&ia- 3n ber ^iljoppm? 
funft lion !ier, cin îéi)>t mie borjîigtn -paarcu. 

24) S^n) «leincr ^rcii. 

27) <S;n firitircH-^ct! îlvjri. 

a6) Di ().'.{^? if)r ihi;i eiucî! rcd)fcn ©c^lag gcâcBm. 

a?^ & ivrj"îutrjîu'f?, 

2k^ (|<^ \\i crj «nit ibin, unb bec J^aflcr^af^î 

^o) Unb bic twcnivj uatrrtûfJ» fonnUo. 



DE TERENCE. 1H7 

Guathon Jamais; dites -le- moi, je vous prie, bas. 
Il me i'd dit )!us ^'') de mille fois. 

Tljyajon Un jour que j'écois à un feflid ^') avec 
ce jeune homme dont je vous parle, & * ) qui étoit 
de Kh jdes, par hazard j'avois mené dvec mo« une 
courtilline; ^^) il fe mit à folâtrer avec elle, & à 
fe moquer de moi. ^^J Que veux-tu dire, lui dis je, 
impudent, infâme, eft-ce qu'il te faut des maicref- 
fes à toi? ^^) 

Griatlrm. Ha, ha, hrt? 
' Tbrafoiî. Qu' 3 s tu à rire ? 

Gfjatbon, Que cehi eft fin, qu'il -y- a là de gen- 
tillelfs.', qu'il- y- a d'efprit! ^'j il ne fe peut rien de 
mieux, je vous prie, Monfieur, ce mot- là efl-il 

de 

*) Il a peur qn'on n'ou- Rhodict, <^ que fon action 
blie que cet tvimine étoit ne paroilTe pumt fi hardie, 

30) ©anri plus ttjirfficft comparative geî)rûu*t 'Ki'xtb, 
fo njiïb t»ie partkula comparandi, a\é , burd) que 
au^g-'Orùrf't; triib ûb« tie ^Vrfoii otcr fe"uchc 
mit b«r uotb«rsc^«nben nid}t t?«rcj[id}cn ; fo inug 
mati baé ^ort, aie, burd) beii Gcnitivu.n quéi 
brùcfcu- 

51) î)û icf) cinflcn-j bcj; eincm ©aflmaî;! tvar. 

32) joon ungef«5r f)iUîe icf) cine luHigs '3d)tvzfÎ6r (^u* 
rc) bî\) niir. ^jefeé ïBort i|t ^'n Fœminino oOe* 
jdt fd)impfîi(^, fin Mafc. o^cr nicOt. Vid. p3Ç,ig4. 

33) (fr fttnc) an mit il)r ju fcf)âc!ern, un^ fîdb û6« 
mid) flufju^alten. NI3. mniîcn recipr. njie hiec 
fc mcquer, rcgicrcn lmSrtiiîjofîfcî)ctt beuGen. obec 
AMat. 

34) U<;t)erfd)ôm(er fd)anbbarcr ^cr! , tf)un tir (c^oit 
93?«nfd)cr noîb? 

35) 213ip ijî .^né fo fJffig, tvlc l?i«U 2lr(i3f«it uiib ^ii^ 



igS L'EUNUQUE 

de vous? ie l'ai toujours pris pour un des meilleurs 
nu:t;> des anciens. 

Thrafiu L' iivbis - tu ouï dire ? 

G-i.'tbôJi. *) liés louveuc , & il eft des plus 
eftimis. 

J'brafov. \\ efl de moi^ 

Gfhithoiu Je luis lâché que pour une légère im- 
prudence vous ayez piqué fi vivement un jeune 
hpmme de bonne mailon. ^^) 

Varménon. Oue les Dieux te confondent! 

Onnthon. Oue V"us répondit- il, je vous prie? 

Trafon, Il fut déferré, ^") & tous ceux qui étoi- 
cnt à t^ble mourroient de rire. '^) Enfin depuis 
ce te'ns - !à tout le monde me craignoit '^) 

Gnathon. *'^) Ce n'étoit pas fans raifon» 

Thra- 

*) Car ce mot ctoit de ;;/f«f Fût connu,. Et M'/M/r 

Liviui /i!idroKicii<i un des d^e l'avoit pris de l'ancien* 

plus anciens Pcttes Latins ne Coincdie, 
qui nt inuer là pré-niere 

pièce qî!iraiite-iî< en. >vant **) Cela cft équivoque, le 

la najfï'nee de /■t;ïv//rê, mais Capitaine l'entend parce- 

ce n'eft pasdeluiqie 7trf/;- qu'il clt reduurablc, & le 

ce l'avoit prts; il I uvoif pris paralîte le dit pour faire en. 

(ans doute de Mhiaïuhe qui tendre qu'il eit Tou; car on 

ctoit mort cinquante-deux a toujours railôn de crain- 

ans avant que L/u/m- /^.7f/ro- die les fous, 

96)^f)r citien'3}îi'nfcfKti,t>on jutent .^perfommen Ollfei* 
ne fi) ernpfiT !i tj'/^îlrt bfUipMCt ()abt. 

37) î>a fafi Jp)a .^ ■)}? uife , (et n>ar tianj irre, t><i^ et 
mAt m^Gfc avii:< cr Ciqen foUfcj î^iefe mctjpho- 
ra fommf eott cinmi \|?f rbe i)er/ tocIcI}«^ fcine^èwfï 
cifcn ivrîoren hat. 

58) 5^atfon iHM- \aé)n\ bcffni mciîm. 

39) Sâicî;j£t{ mid; jcUctniaun. 



DE TERENCE. 189 

Thrnfon, Mais à propos, dis -moi; dois- Je me 
difculper auprès deTlniis fur le foupçon '*^) qu'elle 
a eu que j' aime cette fille? 

Guatbon. Rien moins que cela, au contraire, 
il faut que vous augmentiez ce foupçon de plus en 
plus. 

Thrafon, Pourquoi? 

Gnatbon. Me le demandez- vous? favez-vous 
bien ce que vous devez faire? quand elle parlera 
de Phédria, ou qu'elle s'avifera de le louer pour 
vous faire dépit. , » . "^'j 

Thrafon, J'entends. 

Gnatbon, Voici le feul moyen que vous avez de 
l'en empêcher; ^^) quand elle nommera Phédria, 
vous d'abord nommez Pamphila : & fi elle vous 
dit, faifons venir Phéu'ria pour faire coUacion avec 
nous; '^^) vous direz au/licôc, fiifons appeller Pam- 
phila pour chanter devant nous. Si elle loue la 
bonne mine de votre rival; "^"^ de votre côté louez 
la beauté de cette fille. Enfin fouvenez -vous de 

lui 

40) ©oCf i(f) mtd) Ux) ttx Thaïs njcgm îscéS^erbac^fc^ 

cntfdjulbigen. Obf. excufer, dcinander pardon, 
ijî 9c{>idud)h(^er» Demander excufe, i(î «mc piîs 
bei^aftc Sic^cnéarf. 

41) Sud) cinen 'i8erî)ru§ ju marf)cn. 

42) 53aÉf cinjigc ^TiHUX, fo ibr nodj tJoc <ud) ^atef, fie 
baran ju i>er^iiiDcrn, ijî. 

43) 53(it une ;|U Ocfpern. Faire collation ^ciflcf UX) 
îeuten t)on(StanDe baé33efpcrbcDî>«|Tcn^ bepgicrin 
gcn Goûter. Collation lardée, Collation, Daman 
ctnjûô Slcifd) mit ouftraget. 

44) 5)je flut« ©c|îalt mrcô 9îçbm5ul;Ur^. 



190 L'EUNUQUE 

lui rendre toujours la pareille, afin de la faire en- 
rager à fon tour '*') 

Thrafun, Cela feroic très bon *) fi elle m''aimoic 
un peu. 

Gnathon. Puisqu'elle attend avec impatience vos 
préiens, & qu'elle les aime, il u'-y-a poinr de doute 
qu'elle ne vous aime cle tout ion cœur, '^^) & ce 
n'eft pas d'aujourd'hui qu'il eft facile de lui don- 
ner du chagrin fur votre chapitre. '*'') Elle cr.unt 
toujours que fi elle vous fâche , vous ne portiez 
ailleurs le bien qu'elle reçwt de vous ^^) préien- 
tement. 

Thrflfon. Tu as raifgn ^ comment cela '^^) ne 
m'ctoit il pas venu dans i'efpnt? '°) 

Gtja- 

*) Donar nous fait re- Sans cela il faiiciroit que 

marquer une grande ad rcffe Fhcdria fùtcliairé, oi' que 

de Icrence pour la conduite Ihnifon eût une douleur fî 

du Poëme. C^r en fa>lant • véncabic de it voir emlus 

parler infî le Ci^pitaine, //' que- cela t-'eroit une Cata- 

elle r}i\iit/-i^!r un peiiy ii fait Itrophe tragique dans une 

Voir qu'il clt tout d In ic à Cou edie. Cela cft très 

fe voir préférer FJ.Kchia. ftnlc. 

45) 2l(I?îeit 9fcid)eé mif 9l«id)C!it ju Deradfen , Xi^amit 
\U aud)/ roann MC Jici^c un ft« fominr, rafctiO 
ton lt>^r^e^ rnoac 

46) 23oa qiin^cm .per^n. (.^i«r Heibt ini Seutfdjctï 
^a^ Pronom, pofldfiv. unnui'ac r;-cft. 

47) ^br '" i}lnfd)un^i eiirer anen 25> ^^rup ^u cirocrf «n- 
4J^) ©aei55e«-nidg*n/ fo <"k m^n rud) b»fomnii. 

49) Cela ijï bicr bcr tvirfditc Nominativus, ukî) tvirb 
TOC(]cn ^cr 5>cutlicl^ffit nflt'mal in b<r rrifteit 
^crfon [} \é Pronom. Perinn. Coujun^'ivi Nom. 
Caf nachiKfcÇoï/ v. g. mon frère cU il -malade? 
cela eit - il vr.'^i (Src. 

50) ftBi« foiiiniî c^, Ougicti nici;{ fcarauf gefallm bin? 



DE TERENCE. 191 

Gnathou,"^) Cela eft ridicule; c'cfl: que vous n'y 
aviez pas penie; ■') carfivous yeuffiez penfé,vous 
l'auriez encore beaucoup mieux trouvé '") que moi. 



ACTE TROISIEME. 
S C E N E II. 

thaïs, thrason. parmenon. , 
gnathon. pythjas. 

L^efclave Ethiopienne , chéréa Irabillé en Eunuque 
ki Jei-vaniei de Jhaii^ 

Thdii, 

Il m'a femMé entendre la voix du Capirnine. Le 
voilà auiîî. ') lion jour, mon cher Thralbn. 
Tbrafon. O ma chère Thaïs » mes délices , que 
faites - vous ? Eh bien , m' aimez-vous un peu pour 

le 

*) Je ne fauroîs m'em- efpvif? cela ep.ridkuk. Ce 

pêthcT de dire ici mi pen- <. apitame tlt fî plein de lui- 

iéei je crois que ce mot, que même qu'il eil tout étonné 

tout s Jes éditions donnent qu'une bonne chofe (f>it plu- 

à Qnaîhon^ doit être dic par tôt venue dans l'eiprit d'un 

'Ihr.'ijon Contmcht cela ne autre que dans le fien. 
m' était -il pas venu d.im /* 

51) 3^r fdKrjctfiSrtta^r: ttjcit ir)rnid)f baran geb^i^f» 

52) 3bi bhut îé nodb n^cir befftr (jctrcffen. 

i) SOîid) tt)nfte, aU ()crctc icï) ^k ©nmrae tcé J^îaupt* 
wanncij. S^aijl eraud). NB. 5^ie Adverb. voici 
lln^ voilà vcjjicrcnDenAccul! pronom. perlbn« con- 
jundivorum, IVK 5it Verba. 



191 L'EUNUQUE 

le prcfent que je vous ai fait de cette Joueufe d'in- 
ftrumens? 

Pannénon, Qu'il eft poli! & le beau début qu'il 
fait en arrivant! ^) 

Tbals^ Hourroit-on ne pas aimer un homme de 
votre wéiite? 

' Gnathon. Allons donc fouper, à quoi vous ar- 
rêtez-vous? 

Parmi-non, Voilà-t-i! pas l'autre.' vous diriez 
qu'il e/t fils de ce faquin, tant ils ie reflemblent 
tous deux. ^) 

Tbais. Nous irons quand vous voudrez , j'e fuis 
toute prête. "*) 

Pat-mâwn, je vais les aborder, ^) & je ferai 
comme fi je ne faifois que de venir de chez nous» 
Madame, devez- vous aller quelque part? ^) 

Thû/s. Ha, Parménon, tu viens fort à propos, 
car je vais fortir. ^) 

Parménon, Où allez -vous donc? 

Tbais, 

t 

2) Unb tt)ic ferittvjt ce bod) glcic^ èeçm SIntrift feine 

(Sacï)m fo nrtig t^or. 

3) ©a Oabcn mit bcn a\{â), mm foQ» fd)n3cren/ « 

TOi^rc cjn ©Phn t)on bicfem 6ci^urf«n, fo fd;rf«^cii 
{m fîcf) abnlid). 

4) 3d) bin ocÛi(^ 6cr«ir. 

5) 3d) tt?in fie anrcbca» Aborder, tt>ûnit (i ein VerbJ 

a6hV, bi'iffct proprie bcn S^''^^ J» 2Ba(]"cr obcr ju 
Sûubc onnreifcn/ metapli. cincn tinrcbeii ; ifl c^ 
rtbcr «in Verb. Neuf. Faff fo {)i\^a ce ûnldtlDcn, 

6) ^aOct if)r irgcnbéwc^in ju ge^en ? 

7) 5>ii fomm(l; ûIjJ trann bu gmifm wdrejl/ bannie^ 

tviû (M au^g{(^ett, 



DE TERENCE. . 153 

Tljnis, bas. Quoi, eft-ce que tu ne vois pas cet 
homme ? 

Parméfjon, Je le vois, & j' en enrage : ^} quand 
il vous plaira, vous aurez ici i^s prélens que Phédriâ 
vous envoyé. 

Thrafon Pourquoi nous tenons nous ici?^) d'^ù 
vient que nous n'allons pas? 

Parmènon, Je vous prie qu' avec votre permiflion 
nous puiiîions donner à Madjnie ce que nous avons 
à lui donner, qu'il nous l'oit permis Ue l'approcher» 
& d'avoir avec elle un moment de converlation» '*} 

Thrafon. Je crois que ce (ont là de beaux préleny, 
& qu'ils font bien comparables aux nôtres. ") 

Parm'enon. On en jugera en les voyant. '^) Ho* 
îa, faites venir tout à l'heure ces elclaves. Avancez, 
Cette fille ell du fin food ''J de T Ethiopie» 

Thrafon^ Voilà qui vaut huit ou neuf piftoles. 

Gnatbon, Tout au plus. "*; 

Parmînon. Et toi , Dorus , où es - tu ? approche* 
Tenez, '*j Madame, voyez cet elclave; qu'il a 
bonne mine! voyez quelle fleur de jeunefle I '^) 

Tbais, 

%) tînb id) morf)fe brUSer fcff tucrbcrt, 

9) .f)dlte» reir un^ birr aMp. 

10) U^^ un- «in-n ^iiatnHicf mt i^r ju mUxxthm* 

1 1) llnD b. % fie nrn î»eufu unfrig?n trob! ju Dfnjlew 
d)ctj fîno. 

12) S)ût)£>n ivi'h (tch ^m bcften urt^cilcn lajfctt/ mjnn 
man fît fcb»*» wirb. 

13) ^i<tm ûuk^ K. 

14) -yuf baé '>(<*<Te 

iç) î'a, i(î f)i.r duc fnfer). ob«r Adverh. 

16; >MMe roi f)l it «ucfi«t)et / i)uiaci)(iï bié 6lùf;^nDc 

N 



«94 L'EUNUQUE 

Tba'is, Oui en vérité , il a bon air. ") 

Parmcmiî. Qu'en dis -tu, Gnathon? n*y trou- 
ves- tu rien à redire? ^^) Et vous, Monfieur? Ils ne 
difent rien> c'eft aflez le louer, '^) Examinez -le fur 
les Sciences* éprouvez-le fur les exercices &: fur la 
Mulîque; je vous le donne pour un garçon "**) qui 
fait tout ce que les jeunes gens de condition ^') doi- 
vent favoir. 

Tbrafofu En vérité à un befoin il pafTeroit pour 
yne fîile, & fans avoir bu, on s'y méprendroit, ^^) 

Parm'enon. à Thaïs, Cependant celui qui vous 
fait ces préfens , ne demande pas que vous viviez 
toute pour lui, & que pour lui vous chaffiez tous 
les autres* il ne conte point ks combats^ il ne fait 
point parade de (es blefTures ^ il ne vous gêne 
point ^^) comme certain homme que nous connoif- 
fons; mais lorsqu'il ne vous incommodera point, 
quand vous lui permettrez de venir, quand vous 
aurez ie loifir ^'*) de le recevoir, il fe trouvera 
trop heureux, 

Tbra- 

17) £)aô ?a5or{ afr \)at brej)erUi) SSeb^utung. i) ^cjf« 
f«t ii Me îi\iu 2) einc 2lcic unb 3) bic@«^a(( 
Dber 3lrt. 

i§) .f)ûjl bu nicfifô baron auéjufcÇcn? 

19) ô'-id hi\%t ^enuiî gdobît. 

^o) 3'^ Qf^c \%n fud) t>or cincn jungcn 35urfcl5ctî» 

21; jniige 2fuie t>om ©ranbe. 

0,2) Unb raan fcnnte (eid)t bafiej) irrm, wenn nian 
gicid) nidjt trunfen txjdro obcc nic^t gctrunfm 

ag) Q;r juvinqf «ucf) i|u nicOf^. 
34) S^'if ^«"^^«n nJf^^ct , ob«p wann «^ cuc^ âd«ôm 
(bjqucmj f«i;u wirb. 



DE TERENCE. 



195 



Thrafoii, *) On voit bien que c'eft là le valet d'un 
gueux & d'un miférnble ~^) 

Gnathon. Vous avez ratfon ^ car un homme qui 
aurait dequoi en acheter un autre > ne pourroit Ja- 
mais rouffrir celui -là. 

Parmcnon, Tais - toi, le dernier ^es faquins; ^^) 
car puisque tu as la lâcheté ^') de complaire en tout 
à cet homme- là, *"*") je luis fur qu'il n'-y-a point d'in- 

N 2 fa mie 

*) Le Capitaine tire cette Quand on brufoit les corps 
Conlcqiience du compliment morts, on jettoitdans le bu- 



que Farmcnon vient de faire 
2 Thaïs. Dans ce compli- 
ment il n'-y-a rien qui ne 
fcit d^un homme fort hum- 
ble, & fort fournis ; & il pa- 
roît à ce Capitaine que ce ne 
doit pas être la manière d'un 
amant riche, & qui bit des 
prélens; carie bien rend fier 
& fuperbe. 28) C'étoit là 
la penfée de 'Ihrafotj , mais 
Gnathon y pour le moquer 
de Parménon, le prend en 
un autre fens. 



cher du pain & des viandes J 
& le plus grand affront 
qu'on pouvoit faire à une 
perionne, c'ctoitdelui; dire 
qu'elle croit capable d'aller 
enlever des viandes du mi- 
lieu des Hammcs. Cela eft 
plus fatirique que d'enten- 
dre limplement du milieu d» 
fi-îi, comme dit Homère i 
mais comme cette coutume 
elt entièrement cloignce de 
nos manières , & que cela ne 
feroit pas feulement enten- 



du en notre Langue, j'ai pria 
**) Il-y-adans le texte, je la liberté de le changer dans 
fnh fih que tu hnh enlever la la tradutlion; ce que j'y ai 
viande du milten du bûcher t mis, fait le mcme fens. 

2f) Sineé^ctrlcr^, einc^ 3^id)îénjûrbigeit, 

26) ©u Q\îron^flnt«r ottcr 93i.u"cnbfluîer, (I)u5îué5un^ 

i>Dîi 53(ît«nî;aut<rn.) 
Î27) 5Sttl tu non fo h'it)erlid}em ©cmùîhe bijl- 
28) S^enn ^a^ 2}crm%n itîad}«î jloli wu& %^^)> 



196 L'EUNUQUE 

famie que tu ne fois capable de faire pour remplir 
ta pajîfe. ^^) 

Tbrajon. Nous en irons nous donc enfin ? 

Tlni'is. je vais faire encrer auparavant ces efcla-^ 
ves, & donner quelques ordres; ^'') je reviens dans 
an moment. 

Thrafon. Pour moi je m'en vais; attends- la ici. 

Parméiîoii. Il n'eft pas de la gravité d'un Gé- 
néral d'Armée ^'} d'être vu dans les rues avec fa 
maîtreife. 

Thrafon. Que veux-tu que je te dife davantage ? '^) 
tel maître, tel valet. ") 

Gnatbon. Hs, ha, haï 

Thrafon. Qu\is-tu à rire? 

Gnathoit. Ue ce que vous venez de dire* ^'*) & 
quand ce que vous dites à ce jeune Rhodien , me 
vient dans l'efprir, ^^) je ne puis m'en^ empêcher 
encore. Mais Thaïs fore de chez elle. 

Tljrafon, Va t'en devant, cours, '^) afînque tout 
foit ptêt au logis. 

Gnatbon. Soit, 

Thaïs, Aye bien foin de tout ce que je t'ai dit, 
Pythias; fl par hazard Chrêmes venoit ici, prie -le 

de 

29) S^oinpn OBinff ^u H\Wm. 

31) ^-^ iMft ^cnl crn|f(id?s;. '^îlnfe^cn elncé iîn'egéâe^ 

lîcral'.' nid)t «•'. 

32) ÎBicJ foD td) iireucr faaon? 

34} Jk-eer •-'.i^, w.i^ ibr^ .iaercrll «îefogt 5fl6«f. 
3Ç) ??îiv in ^ n vginn fnQt. 
36; ©v^e oocun, laufe. 



UÊ TERENC£, 197 

de m'attendre, s'il n'en a pas le temps, prie- le 
de revenir une autre fois; s'il ne le peut, amene- 
le-moi. ''') 

Pytbtas^ Je n'y manquerai pas* 

Thàis, Ou'y-a-t-il encore? que voulois je di- 
re? '^) Ha! ayez bien foin de cette fille, & vous 
tenez à la maifon. '^) 

Thrafon, Marchons. 

Thàis. Suivez - moi, vous autres* ; 

ACTE TROISIEME. 

SCENE IIL 

CHREMES. PYTHIAS. 

Chrêmes, 

En vérité plus je penfe à cette affaire, c'eft un 
grand hazard ') fi cette Thaïs ne me fait quel- 
que tour de Ion métier, de la manière fine dont je 
vois qu'elle fe prend '^) à me vouloir flûre tomber 
dans Tes pièges.^) Lorsqu'elle m'eut ^) fait prier de 
N 3 i' aller 

*) Il foiipçonne que 7haii ne iongc qu ' à le rendre 
amoureux d' elle. 

57) ©0 fû^rç i^n ju mir. 

38) (Scil. de plus) waé rcoflfe ic^ \mUi fag«n? 

39) Uitb blcibt ju ^aufe. 
i) ^i i(l cin grog 2Bun^e^. 

2) SOîir nicl)t cinm t»on ibren gc»ôf>nlic^en ©frdcf)ett 

fpicîet, fo liili^ xok fît eé anfangt, raid) in U;re 
Çallftricie ju brinftcn. 

3) ;t)Clé Plusquampcrf. Secund. Ind. ttJitfe gcf(|^et,n)onn 

taô btUtfc^e Plusquamperf. t)on fcld)«n cODJuriaio- 

nibus 



^95 L'EUNUQUE 

l'aller voir, & que je fus chez elle, (on me deman- 
dera, quelles affaires aviez -vous avec cette créatu- 
re-là ? '^) Je ne In connoiflbis pas feulement.) 
Quand je fus donc chez elle, d'j>bordellc trouva 
un prétexte pour me retenir; elle me dit qu'elle 
Bvoit fait un facrifice, «S: qu'elle avoir à m' entre- 
tenir d'une affaire tiès- importante. ^) Dès ce mo- 
ment- Ih je foupçonnni que tout cela fe fatfoit pour 
m' attraper. ^} Elle le mit à table auprès de moi, 
elle me fit toutes les avances imaginables, ') & 
épuifa tous les lieux communs, ^j Enfin quand elle 
vit kl converlacion refroidie, elle me demanda com- 
bien il - y-avoit de rems que mon père &i. ma ma- 
re ^) ctoient morts ^ je lui répondis qu'il-y -avoic 
déjà du temps* ^°) Elle voulut fa voir enfuite fi je 
n'avois point de maifon de campagne ") àSunium, 
& fi cette maifon e'toit bien éloignée de la mer? 
Je crois que cette maifon lui plaît, '^) & qu'elle 

efpere 

nibus rtQkxtt Xdkb, bit cittc ôewiffc "^dt onbfutm, • 

ûlé : à peine, pas plutôt, pas fitôt, lorsque Sic. 

4) 2Baé ï)QtUt \ï)x m'a bicfcm g}îenfcï)c ju fcl)ajfen? 

5) Unb t>a0 fie t^on cincr fcl)r tvic^tigcn <Baâ)i mit nilu 

ju fpr(d)cn ^lîtte. 

6) ©ag n(k5 biiii^ nur barum gcfc^c^e, um micf) ind 

©jrn ju ii«ôcn. 

7) Spii tam mir mit aller <ffînnIidjcn@<(cg«nf)cifjubor. 

8) 5cilicet (le la convcrfjtion, on fîatf, tous les corn* 

plimens ordinaires. 

9) ^clne 2ld(«rt. 

10) 5^af? <é {d)ùn cinc jjcnilicl)e pcit tDi^re- 

11) Santijut, flud) ^uri[)aué. 

Xi) Sc^ glou&c/ t)Q^ fîe bicfcé .^auô in bicSIuflcu jïicôf» 



DE TERENCE. 199 

cfpere de pouvoir me refcroquer, ^') Enfin elle 
me demanda (î je ne perdis pas une petite fœur il- 
y-a quelques années? '*) qui écoit avec elle? *; quels 
habits, quels bijoux elle avoir, quand elle fut pri- 
fe ? & qui la pourrait reconoicre ? Pourquoi me 
fait -elle toutes ces demandes, fi ce n'eft, ''j comme 
elle eft fort hardie, ^^) qu'elle a peut-être deffei» 
de palier pour cette petite fœur? '") Mais fi cette 
fille eft en vie, elle n'a que feize ans tout au plus '^) 
& je crois que Thaïs efl: un peu plus âgée que 
moi. '^) Depuis cela elle m'a encore envoyé prier 
de la venir trouver; mais qu'elle me dife, fi elle 
veut, ce qu'elle a à me dire, & qu'elle ne m'impor- 
tune pas davantage, ^°) car en vérité je ne revien- 
drai pai une troifieme fois. Hola, hola, quelqu'un* 

Pythias^ Qui eft -ce? 

Chrêmes, C eft Chrêmes. 

Pytbias, Ob, le joli homme ! 

N 4 Chre^ 

^) Thaïs demandoit cela fervît un jour à le faire re- 

avec raifon, car les pirates connoître par Tes parcns, & 

qui avoient enlevé quelque que par ce moyen ils pû(^ 

enfant, gardoient avec grand fcnt en tirer un prix plus 

foin tout ce que cet enfant confîdcrabic. 
avuit fur lui, afinque cela 

23) ?^if folc^e* wegfc&nappen o&« oOfc^tVû|cn iw 

tànnm. 
14) SSoc cinigen 3a^r«tî. 
I j) SBann ce ni^t barum gcfc^ic^J. 

16) -ÏBcil fie fcl)r fùbnc ifî. 

17) gûr biefe îUint e«i)tt)c|îcr fîd) au^juge^en^ 

18) 21uf baé aa«riiuijîc. {^6d){it.) 

19) ^tvûaé àiUT, aie idj, iff. 

20) Uno Da^ {U mir ni^t miUï ^«fc^tvwljc^ fall^ 



aoo L'EUNUQUE 

Chrêmes, N'ai -je pas bien dit qu'on me tend 
quelque piège? ^') 

Pvtù/as. Thaïs vous conjure de revenir demain, 
(i vous en avez la commodité. 

Chrêmes Je vais à la campagne, ^^) 

Pythias Faites- lui cette grâce , je vous prie, 

■Chré?ïiès Je ne puis pas, te dis- je» 

Fythias Attendez -la donc ici» 

Chrêmes Encore moins, 

Pythias^ Pourquoi ceb, mon cher Chrêmes ? 

Chrêmes^ Va te promener. ^') 

Pythias Si vous avez abfolument réfolu de ne 
faire rien d? tout cel<, ayez l.i bointé d'aller trouver 
ma m urrellc ■ ù elle eft, \\ n'-y- a que deux pas. ^'*) 

Cbrémès. Je le veux. 

Pythras Dorias, cours vite, mené Mon'fieur chez 
le C ipitaine, 

3i) t>(i6c id) ce nicî)f âefagt, î)a§ mon mid) fangca 

tiva ? 

22) ^^Hd) 6f(îfb« mid) nufé Sanî), NB. en campagne 

(iber f)<iPt tn i^ricg. 
33) 6-l)cr bid) Nmcr 'iSeg?, (padc DicÇ/) gc^ ium 

jipenfer ! 
24) ^d 1(1 I;i(r ganj na^u 

ACTE 



DE TERENCE 201 

ACTE TROISIEME. 
SCENE IV, 

Am'tphon, 

quelques jeunes gens qne nous étions hier au 
pure de Pirée, nous iimes partie ') de man- 
ger aujourd'hui enlemble, & de payer chacun no- 
tre écor. j C.héréa fut chajgé ^) de commander 
le fouper, & nous lui doonames nos anneaux pour 
g»<jQS, "*) L'on convint du lieu & de l'heure; ') 
r heure qu'on avoit prife eil pafîee, & il n'-y-a rien 
de prêt .^u iieu où ^) l'on avoit dit que l'on mange- 
roit. Chéréa même ne fe trouve point, & je ne 
l^ii- que dire ni que croire. Prélencemenr les au- 
tres m'ont donné charge '^) de le chercher; c'eft 
pourqu >i je vais voir s'il leroit chez lui. Mais qui 
eft - ce qui fort de chez Thaïs ? *) eft - ce lui , ou 
N f ne 

^) Il ne faut pas s'éton- étcit fon meilleur ami, a de 

lier q(ie Chéréa eût trompé la peine d'abord à le recon» 

Ihmi & toii<; fès domeiti- noître, 
ques, puisqu' Antifshon qui 

i) 5Bir 5ercb«tcn une (ivurbcn ciné.) 

2) Unb em y'tix fcinc 3^cî)e ju Bfjat^Un. 

3) 2)^m Cbcréa trurbc uufBçtragtn. 

4} COJif ^oS:)%\K i()m unfciY 2fimg< jiim Unfcrpfnnb. An- 
ne u m 'irou ï oi3Ct ^uatlnnj; bwiiue abcr mirb 
flcl)raud)f/ TOann cr mit(£t)elfîe«ncn beftÇt iji Cou- 
rir la (wgue, riûd) bem Sîmgç r<nnen 

5) 5)îan wurh* njej^tn bcéD'té uni) ter (St?iH&cfin»J. 

6) 3ft Met relative, an llatt dans lequel, gïnominfn. 

7) Ji?abm wir aufôettflô«n. 



202 L'EUNUQUE 

ne l'ed-ce pas? C'eft lui-même! Quelle efpece 
d'homme efl-ce là? & quel aiuftement a-t-il ? ') 
quel malheur peut -il lui être arrivé ? Je ne puis 
afTez m' étonner de tout ceci, & je ne fauroîs de- 
viner ce que ck peut être. ^) Mais avantque de 
l'aborder, je veux tâcher de découvrir d'ici ce que 
c'eft» 

ACTE TROISIEME» 

SCEN E K 

CHEREA. ANTIPHON. 

Ch'erêa, 

N'y-a-t-îl ici perfonne? je ne vois qui que ce 
loit. ') Perfonne de la maifon ne me fuie -il? 
Perfonne, M'eft-il enfin permis de faire éclater 
ma joye?^) Oh, *) Jupiter? c'efl préfentemenc 

que 

•) Chcréa fuit ici !c fenti- Quand on cft heureux, on 
ment de ceux qui ont cru n'a qu'à perdre par une lon- 
qu'ii valoit mieux mourir 3) guc vie, 4) & quand on eft 
quand on étoit dans le bon- m«^llieurcux on a un clian* 
heur que quand on étoit gement à efperer, ou à fou- 
dans le malheur: (èntfment tenir fon malheur arec cou- 
très vrai de trcs raifonnabic. rai;c. 

8) SiSaô ift fca# fur cine ©ûtfuttu tjon ?0?enfcf)Cit/ mb 

tDwé ifr baiS fi'ir cin 2luf;uij? 

9) llnb td) fann nid)£ crriU[)cn, wfl^ cd fcj)ii xnaq. 
i) 5i^ nicInan^ f)icr uor^ûnben? ^â) fc(>e nicmau&« 
2) 9;^? iuc J5f<-'u>c auébrcd)cn ju lûj]«n. 

9) S^afi tîK ti^it ivnr.: ^u fîerben. 

4) €0 bùgct nian î)«rc^ m lanstiJ2<5<« nut «itr. 



Ï5E TERENCE. 205 

que je mourrois volontiers, de peurqu'une plus 
longue vie ne corrompe cette joye par quelque 
chïgiin, *) Mais eft-il poflible qu'il ne vienne 
ici aucun curieux qui me luive par- tour, ') & qui 
me rompe la tête ^) à force de me demander d'où 
vient cette grande émotion , pourquoi je fuis fi 
gai, ^) où je vais, d'où je fors, où j'ai pris cet ha- 
bit, qui je cherche, fi je fuis fage, ou iî je fuis fou? 

Antiphon. Je vais i'aborderj & lui faire le plai- 
iir que je vois qu'il fouhaite. Chérés, d'où vient 
cette grande émotion? que veut dire cet habit? ^) 
qu'as- tu à être fi gai? ^} que veux -tu dire? es-tu 
en ton bon fens? pourquoi me regardes -tu? pour- 
quoi ne me répons -tu pas? 

Cbéréa^ Ha mon cher ami, bon jour, il n'-y-a per- 
fonne que je fouhaite plus de rencontrer que toi. 

Antiphon, Conte-moi donc ce qu'il-y-a, '°) je 
t'en prie, 

Ché- 

^) Dans le premier vers il mais il ne l'eft pourtant pas j 

n'ofe Faire éclater fa joye fans Chcrca en fortant appréhen- 

avoir vu auparavant fi per- de d' être fuivi par quelqu'un 

fonnc ne l'obfèrvoit : & ici il du loj^iy, il meurt d'envie de 

fouhaite de trouver àts gens conter fon avanturc, mais il 

à qui conter fonbonheur.Ge- veut la cacher à ceux de la 

h paroît d'abord contraire, maifon: cela eft naturel, 

5) Sveitt 35ornjiÇigfiv Ut micf) ûberoU t>ftfo(3e. 
"6) ilnb b«r mjr îieu ivopf tï^arm mflcîje, 

7) îSûrum id) fo lulîig bin. 

8) 5Baé feg Mcfcé ^leib obec Wm U^imUn^ 

9) 55aé i(l bir, bag bu fo lujïiô bifl? 

10) ©0 crjS^le mit banit, tvaé ii gi(M, ob« tvadJîc^ 

geganâçn i(?. 



204 L'EUNUQUE, 

Chéréa. Et moi je te prie de P entendre. Con- 
nois- ru la miicrefTe de mon frère? 

Ant'iphon. Oui, c'eft Thaïs, à ce que je crois. 

Chyréa. Elle-même. 

^Antiphon, Son nom m' ctoit demeuré dans 
refprit. ") 

Chéréa On lui a fait préfent aujourd'hui d'une 
certaine fille. Mais à quoi bon '") m'arreterois-je à 
te la louer, tu fais que je fuis allez délicac en beau- 
té. '^) <?v que je ne m'y connois pas mal, "*) Celle- 
là m'a charmé. 

AfUiphon. Dis -tu vrai? 

Chéréa Et je fuis fur que fi tu la voyois, tu 
tomberois d'accord ") qu'elle furpafle toutes les 
autres beautés. En un mot, j'en fuis devenu amou- 
reux. '^) Beureufement il -y- avoit un certain Eu- 
nuque que mon frère a acheté pour Thaïs, <k qui 
ne lui avoit pas encore été mené. Parménon m'a 
donne un confeil que j'ai fuivi fans balancer. ") 

Ant'iphon, Quel confeil ? 

Chéiéa^ Ne m"" interromps pas, ") je vais te le 
dire. Il m'a confeillé de changer d'habit avec cet 
cfclave, &deme faire mener chez Thaïs en fa place. 

Anti-' 

lO ^'^ crinn<'re mid) noc^ '\{)Xii Oîamen^. 

12) -ffioriiu nu0t. 

19) î)u wciPt, mi (cM '\^) in b«r Bct)i5n^<it 6in. 

14) Unb ^at• u1) niid) fattfam barauf oeii!«^«- 

15) !£)u lH'jal)i'n ( gcf[«l)Éti) nMIr^cjl. 

16) 3)îit cinem 23ortc, id) I;ab< mic^ in î>icfd()C tJCW 

licbct. 

17) Dbn^ 'î'fbcnfcn. 

18) S<ïQ« »«'f "icf)( fo iu \!,\i 3îeb<. 



DE TERENCE. 2oç 

Antîphon. Comment ? en la place de cet Eunuque? 

Cbéréa. Oui. 

Antipbûn. Mais enfin à quoi bon ce changement, 
& quel avantage en pouvois-tu tirer? '^) 

Cherea» Peux -tu me le demander? far là je 
pouvois voir & entretenir celle dont je fuis amou- 
reux, & être avec elle, ^°) Trouves tu que cela 
n'en vaille pas la peine? "') J'ai donc été donné à 
Thaïs, qui ne m'a pas eu plutôt reçu, qu'elle m'a 
mené chez elle fort contente; & m'a recommandé 
cette fî'Ie» 

Amiphon, A qui, Je te prie? à toi? ^^) 

Cheréa. A moi. 

Antîphon. Elle ne s'jddrefioit pas mal, vraiment ^^) 

Chérca, Elle m'a commandé de ne laifTer appro- 
cher cj' elle aucun h( mme ^'^) & de ne m'en éloigner 
pas, de demeurer fcul avec elle *} dans la chambre 
la plus reculée de la maifon. ^*) En regairdant la 
terre modelîement , j'ai fait figne de ia tcte. ^^) 
que j'exéjuterois Tes ordres. 

Anti- 

*) En Grèce les femmes derrière, & l'on n'y laifîbit 

n occiipoient jamais le de- jamriis entrerqueles parens 

vantde lairiaif'ji; leufspar- & les efcljves néceflàires 

tcmeiit étoit toujours fur le pour les lèrvin 

19) Uiu^ WtJt]' fiirfjîuBcn fonnte tir taraué crwac^fcn. 

20) llnD bij) if)r fijjn. 

21; ?9îe!nc|îbu, bag LMcfeé^erCOîù^c nicf)t n)«rii5 fct)? 

22) OBciTi,^ id) Um ^id) ^rum? Mr? 

23) ©ic ()âttç nicbt bclTer (jufonimcn fo'nncn, fiirroa^r. 

24) ^\ni 5i)î.innébi(f) ja ihr ju lafTen. 

95) 3»^ î>«"» J» ûOcr()intcr)î gclcgcneu Ji/mmcr tet" 

a6) 5c^ (èa6c mit bcm iÇopf gewinfçt) niffe mit Dtm 



206 



L'EUNUQUE. 



AfJi'ipho7i. Pauvre garçon! 

Chérca. Je m'en vais fouper en ville, ^') m'a-t- 
clle die. En même tems elle a pris Tes filles avec 
elle, & n'en a laille que quelques jeunes fort novi- 
ces, ^^) pour l'ervir cette belle perlbnne. D'abord 
'elles Ce font mifes à la deshabiller ^^) pour la met- 
tre au bain. Je leur dis de Te dépêcher. Pendant 
qu'elles Tajudoienc dans une petite chambre, elle 
é'toic affile *) & regardoit un tableau, '") où Ton 

voyoic 



*) Ce pafTage efl: bien con- 
fidérablc , car il bit voir ce 
que c'dl que ces tableaux qui 
repréfentcnt des (ujcts indé- 
cens Si oppofés à la pudeur, 
C'ert ce t.ib!eau qui encou- 
rage Chérêa à entreprendre 
eette aâion infanie. Il -y - a 
ici une remarque de Donat, 



qui doit faire honte" à ceux 
qui ont de ces tableaux. 
C'vy? mie invention mcrveit- 
Icufe , dit- il, d'' avohr tuis 
ce tableau dam la mnifon 
d' une court i fane ^ contre Li 
cho^eté , contre la parftmo- 
nic, 31) contre la dignit^j 
contre la pudeur. 



27) 3cï) wcvtc rn bcv êfabt (flug«r Um /jaufc) jti 
Slbcnb fpeifcn. 

ag) ©«^f unerfal^rnc. Novice ifl blCC metaplioricc 
(iel>raud)t / proprie bc'fT^'t f^ ein«n anvjcbenbcti 
9)î^nd) / o^«r cine D^oniie, ^ie baj^ ^^'-obclaliv no(|» 
nid)t all(*9cfîan^f^ , it. ente» ûnc^ebcn^c^ ru'fi'r. 
Le noviciat, bao ^^Jipb'j.ifjV, M^rjcit, in jc^cr ^^to* 
fcfiicn; tPd) tft ^aû Q.l^oi{, apprentiiTage, in CCI» 
Icôfcn ^aÛ gebraud)iid)cr. 

$9) 5?obcn fie Mefcibc i;u cnttlcibeii angcfanacn. 

30) <Sie fig unb 6efrad)tftc cinpjcmalbe. 1>c[i ÎBorf 
portrait tvirb cjn^u unC» nllcin uon ^Perfoiien gc^ 
braud)t , talilcau iibcr in ûllen nn^cmSû^i'^. 

31) eparfamfcit, i|T m (]Ui>at«rifcf)«(J ÇiSort, b<lTcie 

ffusaljtc. 



DE TERENCE, 



20' 



voyoit repréfenré Jupiter, qui *) comme on dit, 
failbit defcendre une pluye d' or dans le giron de 
Danaé. ^^) Je me fuis mis auffi à le regarder* & 
comme il avoir fait jufîement ce que j'avois deflein 
defjire. j'étois d'autant pius ravi devoir **) qu'un 
Dieu fe fut métamorphofé en homme : "') & que 
pour tromper cette fille, il fût défcendu à la four- 
dine^^) par les tuiles ^') d'une maifon étrangère. 

Mais 



-) Ce mot Comme on dit 
«ft fort important ici , & 
marque la fngefTe du Pocte, 
qui en parlant d'une Hiftoire 
auOi honteufe à Jupiter que 
convenable aunecourtifanc, 
n'a garde de la dire ablolu- 
ment; mais il ajoute comme 
en dit. Ce comme on dit^ 
s'applique également ik à 
la vérité Se à la fable. Qhi- 
réa le prend dans le premier 
fcns, car nous interprétons 
toujours favorablement ce 
qui fiate nos paflicns. Mais 
le Pocte l'a pris dans le der- 



nier pour fe juftifîcr dans 
Tefprit de ceux qui l'enten- 
dront. 

**) Il paroît par ce paP 
fige, que ce tableau étoit fait 
de manière que l'on y vo- 
yoit d'un côté la pluye d'or 
tomber dans la chambre de 
Ddunc: & de V zutre j^uii- 
ter qui fous une forme hu- 
maine paiToit par le chemin 
que cette pîiiye lui avoit ou- 
vert, jfupitcr n'étoit donc 
pas changé en jiluye, comra« 
on le peint aujourd'hui. 



32) ^inctî gûlbcnen ?i\?(^m in bcn (2d)oog ber Danaé 
faU«n liep. î>iefc<^ -lïlîcrt giron , fôirb ftltcn ge:: 
i)raud)t/ mon beMen«t ftcï) fîatt bfffcn b«é '2lu^* 
Crurfci^, les genoux; tcd) fa^et mon, rentrer dan« 
le giron de l'éghie, tviebCt In bCH ©c[;00§ bCC 
^itcfic Qisfiîenonimcn treritcn. 

93) èid) in 9îTenrc()en*)t|tûlt Derwanbtlt Oûttc. 

34; 3}erj?c5(ner ClBrifc. 

35) -O'^r ifi 1" tuiles fur le toit (jemMîitiKn , b«nn ci* 
9€ntlicî) bcîfiTct une tuile, fin^i^ô'li^îin. Etre lo- 
gé près des tuiles, unur bçj» î)ac^{ wo^ncn. 



20S L'EUNUQUE 

Mais quel Dieu! celui qui par la voix de fon ton- 
nere ébranle toute l\ vafte e'tendue des Cieux» ^'^) 
Et moi qui ne fuis qu'un miférable mortel, je lérois 
plus fage? non aflurément. Fendantque je fais 
toutes ces réflexions, on l'appelle pour le mettre au 
bain. Elle va, elle (e baigne, elle revient, après 
quoi les filles la mettent au lit. Je me tiens là de- 
bout, ^^) pour voir fi elles ne me commanderoienc 
rien. Il en ei\ venu une à moi qui m'a dit, Ho- 
la, Dorus, prens cet évefttail & fais *) comme cela 
un peu de vent à cette fiile, pendantque nousallons 
nous bnignei ? quand nous aurons fait, ^^) tu te 
b:î.^neras fi tu veux. Je prens i'évtntail en faifanC 
le trifte ^^) comme fi j'étuis fâché d^avdîr cette corn- 
mifîîon. 

Antiphnn. Par ma foi je voudroîs bien avoir vu 
ton irnpuvlence, & la contenance que tu avois! '*") 
un grand àne comme toi tenir un éventail"! 

Cbèréa,' A peine a-t- elle achevé de parler, '**) 
qu'elles Ibrtent toutes enlemble pour aller au bain. 
Elles font un grand bruit, '^^) comme les valets 
ont accourumé de f.iire quand les mnîtie<; font ab- 
kns» Cependant cette fiile s' endort; je regarde du 

coin 

*) BÏÏe lui montre comment il faut qu^ît faffe. 

îî<5) !tMe (ian^£ nj -ife Q3rciîC ^cr ?»jn?mel ^xH^wUxU 

37) 91!^ MïW t)Di ^ci) bMnq'n ftc Dje SOÎajjOgsn^ Itt 

38) ?îBann ^uir trerhcn fdtic; fcçit. 
•39) Unb fî 'lie iriid) [ranna» 

40) Unb tvtc bu bîA ae^âr^^ff(î. 

41) ^am\ bat ftc m«t "(>cn aufgc()ôrc(# 

42) €mm gnonUiâcn ihm* 



DE TERENCË. lô^ 

coin de l'œîl, '^^) en mettant ainfi l' éventail devanÉ 
moi '^ je jette auiîî les yeux de tous côiès, '^^j pour 
voir s'il n'-y-avoit rien à craindre. Je vois que 
tout alloit le mieux du monde; je ferme la porte 
au verrou, '^^j 

Antipbon Après cela ? ^^) 

Cbéréa. Comment? après cela? Sot. '*^) 

Antipbon Je l'avoue. 

Cbéréa. Eft ce que j' aurois perdu une fi belle 
occafion qui s'ofTroit à moi, & qui devait lî peu 
durer, "^^j que j'avois tant delirée &: li peu attendue? 
11 auroit fallu que j'euli'e été celui de qui je portois 
r habit. ^') 

Antipbon. Tu as raifort Mais à propos, *°) quel 
Ordre as -tu donné pour le fouper? 

Cbéréa II eft prêt. 

Antipbon, Tu es un brave homine. En quel lieu? 
chez toî? 

Cbéréa Non^ c'eft chez notre a ffranchiDifcus. 

Antipbon. C'eft bien loin, '') 

Chéréût C'eft pourquoi il faut nous hâter. ^^) 

4i) ^cf) Um^U obiï fÂjfîé mit cinem Ôluge^in* 
44) 3'^ f<be mid) ouf nUen ^euen um. 
4?) Scf) ricgle Me î^ûre ,^u. 

46) ^ic fliiejig «£f trctfcr? Scilicet, que fis tu? 

47) 2)u bummcr 6d)Dpé. 

48) Die fo roen!::î 3ïit baurni fotîtéi 

49) 3fî) ^3tte iJer^cnigc, bî\Jm StUib iâ) an|aft<; f«i)rt 

56) >2l6er ncd>nn{?, hore bo^* 
50 i>^^ i|l îienilid) treit» 
52) COîûjTm n?ic eiUn. 

O 



310 L'EUNUQUE 

Anîîphôn^ Change ") d'habit. 

Chéréa, Où en puis -je changer? je fuis au àe^- 
cfpoir^ car préfentemenc me voilà banni de chez 
nous. ^^) J'appréhende d'y trouver mon frère, & 
peut-être ineme que mon père fera revenu de la 
campagne. 

Antiphon. Allons chez moi, c'efl: le lieu le plus 
proche où tu pullTes aller quitter cet habit. ") 

Chéréa, C'eft bien dit, allons ♦ aufli bien je veux ^^) 
confulter avec toi ce que je dois faire pour podeder 
toujours cette fille. 

Antiphon, Très volontiers. *') 

ACTE QJ.1ATRIEME. 
SCENE L 

Dorias, 

En vérité , autant que j'en aï pu juger pendant le 
peu de tems que j'ai vu ce Capitaine, je crains 
bien-que dans l'emportement oùileft, il ne joue 
quelque tour à ma maîçreflb , ou ne lui fafle mê- 
me 

53) Changer f)fit nîfi|ïcntf)Cil^ t)m Genit. de al^ f<inm 

Cafuin bci; fie!}. 

54) 5)in id) auél «tifcrm .^;)ûufe t)cr6annc(. 

55) ffl^o î)u bicfcéiîleib m^xî^iw fannj?. 
5^>) 3d) Win c()uc^cni. 

57) ^!>cri(id) ûcvtu 



DE TERÈNCH, 211 

me quelque infulce; ') car le frère de la fîile qui 
eft au logis, ce Chrêmes que je viens de lui me- 
ner, étant arrivé, elle a prié ce fou d'ordonner 
qu'on le fît entrer J mais d'abord il a pris feu ^) 
il n'a ofé ^) néanmoins la refurer. Enfuite elle l'a 
prefîe de la faire mettre à table avec eux, "*) & cela 
afin de le retenir, parceque ce n'étoit pasletenisde 
lui dire ce qu'elle defiroit qu'il fût de fa fœur. Enfin 
malgré lui il Ta invité, il eft donc demeuré. Ma 
maîtrefie a commencé à vouloir s'entretenir avec lui, 
le Capitaine croyant que c'écoit un rival qu'eu lui 
amenoit à fa barbe, ^) a voulu de fon côré faire dé- 
pit à Thaïs, ^) *) liob, a-t-il dit, qu'on falTe venir 
Pampbila pour nous divertir. Auflicôt Thaïs c'eft 
mifeàcrier qu'on n'en fît rien, ') **) quoi la faire 
O 2 venir 

*) Voilà comme il fe ferfc les rcmines ne paroiflôîenÉ 

brutaicmeut des leçons que jamais à table, quand il-y- 

Gnaehon lui avoit ûonuées avoit des étrangers * celJes 

dans la première fcene du qui auroient été à un feftin, 

fécond A£te. auroient paffé pour infa- 

**) En Grèce les filles Se mes. 

i) S^afî itt bec ^utf), fôorinnfn ^r ijî, cr n\â)t mûmt 

grau «mcn 6tr«ic() fpidtv oD«rfîe .qat ùfdMmpfc. 
s) 2lber ce tH glcid) aufgeOrad;! njorlicii ( oDcr Oigig 

mor^cn.) 
9) S?ei) bcm verîjo ncgativo, ofcr, nicflf bijrfciî, Kù'xtb 

bic Ncgativa polterior hi^îï rocgàçlaffcn, <kU l)nîjtt 

9«tbiiiî. 

4) JF)at fîc if)n (5eJ!Dt()î>^ff , if)n Ux) lifc^c mUïi i^nm 

nicbcrftl3':n \\\ bciffcn. 

5) 5!)cn mon \^)m bor bic '^a^i IjCrfuOrcfe* 
f>) .3!)cr Thaïs tKcn Sîcrbru^ (înt()un. 

7) OKart m^ «!^ ja nic&t U;wn. (&ki5«u îfliTm») 



HZ L*EUNUQUE 

venir à un feftin? Il continue à s'opiniàtrer & à la 
vouloir faire venir; ^} fur cela ils fe font querel- 
lés. *) Cependant lans faire iembbnt de rien, *) 
elle a ôtéfes bijoux , &: me les adonnés à apporter; 
c'eft une marque qu'elle fe tirera de là le plutôt qti'il 
lui lèra poliÎDie. '") 

ACTE QUATRIEME. 
SCENE IL 

Phéilria, 

En m'en allant à notre maifon de campagne par les 
chemins, ') comme ilarrive d'ordinaire, quand 
on a quelque chagrin dans l'elprit, il m'eft venu 
mille penlées l'une après l'autre, que j'ai tournées 
du piUi méchant côté. ^) En un mot, occupé de 

toutes 

*) Deux chofcs l'obli' de Tor ni des pierreries dans 
geoient 1 les ôtcr, la pic- les rues : quand elle vou- 
miere, parccqu'cllé appre- loient être parccs, 3) elles 
hendoir que le (apit-iiie ne faifoient porter leurs orne- 
les lui ot.lt; &. 1.1 tcconde, luens dans les lieux où elles 
parccqu'il n'etoit pus per- dcvoiciit aller , elles ici pre- 
inisauxcouitiiiiiesdepoftcr nrtientiX' les quittoient là. 

8) Xrr bcOarrcf eigcnfinniijev 5i3cifc bûrauf , ba§ fîe 

foamiCrt fcIJ. 

9) 3rtt"ff*^" "^l'*?"^ U'^' ^'^^ <l«nn9fîc mcrfen ;u biffcn, 
lOj'iD^tinf \xà) fo l)alb niOj^lid) ^l1t)(^n mactîcu wirb. 

1) UiitîiaHii'Uf : en ciicmin i|| .iîcbriiud)(ic(}er. 

2) 3fi mit cauffiif^frb'i) , eini^ uaii) Hn\ an^crn/ unb 
"^fo ici) ouf t»né araiîc ûuegtUâçr, in l>cn 6inn ^v 

3) aSauti fie fîd) putjeii njoOttn. 



DE TERENCEv 213 

toutes ces chofes, j'ai paiTé la maifon fans y pren- 
dre garde, '*) & quand je m'en Ibis aperçu, f étuis 
déjà bien loin ^) Je fuis retourné fur mes p. s, ®) 
bien fâché , quand j'ai été 3u détour vis à vu- de la 
maifon, je me luis arrêté,') & J'ai fait d'abord 
cette rérîéxion en moi-même, quoi? pendant deux 
jours il me faudra demeurer iëul ici fans eile? 
Qu'im[)Ofte? ^) ce n'efl rien, ^j Comment, ce n'eft 
rien? £ft-ce que s'il ne m'ell pas permis d'en ap- 
procher, il me fera aufTi défeiuiu de la voir? Si 
l'un m'irft interdit, nu moins l'autre ne le fera 
pasj ") *) ai en amour la moindre douceur eft. 
O 3 tou- 

*) Mot â mot, certaine* dans la première h'gne, eft 

ment ^ aimer dam lu devniere plus près de la borne, que 

ligiie^ c efl quelque ch'^ff. Ce celui qui cou't dans la fe- 

palTai^e a été expliqué fort conde ; <& celui qui court 

diverfement ; ceux qui ont dans la (cconde, en eft plus 

le plus approché du but, près que celui qui court dans 

ontditquec'étoitune meta- la troifîcme, &. ainiî des au- 

phore prife des courfes de très juiqu'au dernier, qui eft 

chevaux Se de chariots, dans le plus éloigné du but, mais 

lesquelles celui qui court qui ne laiJepasdele voir, & 

de 

4) S?>in îd), o^nc bnrauf 5Ic^t ju ^obcii/ U^ bcm^au; 

fe eorbii) cegoncien. 

5) 5Car icf) fcfton roeit WCfî. 

6) 3* t>'» i>«n namlid;cn OB<(î XùkUx ura4<fef)ct. 

7) T>a id) Quf ben frummen 21troroi, qcrufce tern ^au* 

fi- G«^<nùber/ gcfcmnim, bm id) |!ct)cn (»fbliçb<n. 
S) 2)aë Pron. Perf. il , trito in bicfcn unb bcrjjleidjm 
5-iÛ<n iDielfûUiq flUi?aela(ifeB. 

9) 55Sii6 liegt baran? bné wifl nid)t Uiel fuqen. 

10) ÎEBann mir bné cinc untcrfacit ift, fi'« fcll iveni9fî<né 
fca0 anî>«c «^ nictt («on^ (mir \u\) ftc^jn.) 



214 



L'EUNUQUE 



toujours quelque chofe. ") Dans cette penfoe je 
m'éloigne de h niiiibn, à delîèin cette fois, '") 
Mais qu'eil- ce que ceci, d'où vient que Pythias 
fort avec tant de précipitation, '^) & qu'elle ell fi 
troublée.^ 



ACTE QJlIATRIExME. 
SCBNE III, 

PYTHIAS, PHEDRIA. DORIAS. 

alheureufe que je fuis, où pourrois- je trou- 
ver ce méchant, ce fcélérat? où le cherche- 
rai -je? 



de courir fans quitter la par- 
tie. ?A(in père diCoit que 
c'ctoit une inctaphoïc tircc 
de la Peinture, où les pre- 
miers clGis lônt de peindre 
les corps pjr Us derincres li- 
gnes, que S, /Jtigiiflin appelle 
les derniers liucanicm, jMais 
il me fcmble que certe ex- 
plication cli dure, & gêne 
l'efprit: on trouvera que 
Mr. D.'/r/Vr a mieux rencon- 
tré, quand il a explique ce 



vers par un paflage de £«•< 
cicn, qui dit que P Amour a 
une échelle, dont chaque 
dcgrc fait un de (es plaiiîrs. 
Le premier degré cil le plus 
petit plailîr, & c'clt ceîui de 
la vue. Ce premier degré 
doiicc'cll ce que J'crenceiç- 
pcllc ici la dernière ligne, car 
Je premier dcgrc pour ceux 
qui veulerit monter, ell le 
dernier pour ceux qui dcf- 
ccndent. 



11) Unb itî bcr 2lcDc ifl oudj m gcvitt^jîcc frcuntlic^cr 

12) 25ov Mcfcé.mal mit QWUm ^e&acf;f, 
33) <So cilfcrdg. 



DE TERENCE* 2iy 

rat - je ? avoir ofé entreprendre une aâion fi har- 
die! ') 

Pbèdria^ Je fuis perdu ! que j ' appréhende ce 
que ce peuc ecre; 

?ythias. Ccc enragé ne s'ed pas contenté de fur- 
prendre cette pauvre fille, ^) il lui a encore bruta- 
lement de'chiré Tes habits, & arraché les cheveux» ^) 

Phcdria. Oh! 

Pythias Ah, fî je pouvois le trouver, ce maudit 
forcier, que je me jctterois de bpn cœur fur lui, '*) 
& que je lui arracherois volontiers les yeux, 

Vhédria, En mon abfence il efl arrivé quelqne 
defordre dans cette maifon, il faut que je lui parle: 
Qu*eft-ce que ceci, Pythias, pourquoi es -tu fi 
troublée, & qui cherches - tu ? 

Vythins, Ha, Monfieur, qui je cherche; allez 
vous promener avec vos chiens de préfens, ^) 

Vhédria, Que veux -tu dire? 

Vytbîas^ Vous me le demandez? L'efclave que 

vous nous avez donné) a fait un beau ménage chez 

O 4 nous; 

i) €inc fo fu^nc %^at t^or^une^metî ftcf) unîaj^an&eii 
ju bûbcn. 

2) SiifetJ nriîic 5)?ô^(î«n ju ûGcrfaHm» 

3) %'i^ 5t(cibcc scrriiJcn uitb bie S^mxt <i\xé^tm\\\t. 

4) £)ief<n ivrfîuAten ^c^cnmciiîcr, trie f;erj(ic() (^ctne 

tvDÎItc ic() mid) ù6cr i[)n ^crmacï^en, unb \{)\\i tic 
Siuvicn ûU0frn{jcn. Sorcier, erc, ^ej:«nmei|ïeC/ 
^e^-e, Sortilège, r,o;mx)^ 

5) ^acft euc^ ja mit cuce«-f^un&{^f.... ©cfc^enfm* 



11$ L'EUNUQUE 

nous; ^) il a violé Sa fille ^) que le Capitaine a 
donnée à ma maîtrefle, 

Pbé^ina, Que dis- tu? 

Pythias. Je (lus perdue, 

Pbé liii. Tu es yvre. ^) 

Pythias^ *) Que mes ennemis le fuiTent comme 
moi. 

Dorias^ Ali chère Pytbi3s, quel prodige eft- ce 
donc que cel-î, je te pne? ^) 

Vhéilria^ ru^es folle, Pythias. Comment un 
homoie conim^ lui auroic-il fine ce que tu dis? '°) 

?yh(r,s. je ne fais ce qu'il eft; mais la chofe niê- 
ïTie f>it voir h vérité de ce que je dis '') Cette fille 
pleure, & quand ou lui demande ce qu'elle a, '"} 
elle n'oie le dire; ô< ce bon coquin ne paroîc 
point, '^j je iiiis même bien trompée, s'il n'a volé 
quelque chofe en s'en allant. "*^ 

?bé- 

*^ Elle (ouhaite que fès yvre de vin, mais yvre de 
ennemis ioicnt vvres coin- maliieor, fi l'on peut par-i 
inc elle, car clic u'elt pas 1er ain{i. 

6) SiAi b«n un^ IwxUx ^an^(^«î)ûU(tt, 

7) èr tiat Da<J ^"Oîàbiîtfn O^fclvaneet. Violer le refpeft, 

n)i^f^ Me €brert>utun^ bûnbcln i violer un fer- 
ment, cinen €»& br«d)en, 

S) Qî^^fctfcn. 

9) ÎBaé i(î ^enn baé far cin OBunbcr, id) bitfe bid)? 

ïo) 2Cie baiu cin fold)«c «Jjîenfd) baé, ivaiJ bu bor9i<* 
be|î, t)crrid)t»'n fônnen'? 

ii; .î)'e ^ad)t fclbil bea><if«t biç SQ3û^rr){it bon bcm, 
»r u^ id) f'îQP. 

12) Ï5a': j.rfcf>(et. 

13) U>Jt) ^î?fi•^ rîii:>?r<^oacî lâet ftcf) nirgcnt-^ fcbm. 
^4) S-"*) ivoîlte mdn t^'d bJîûr fd^njcven, bfl§ cr UX) f«U 

««r ^{udjt nid}i \iii,U ixxa^ mUi|c()cn l^ciffm. 



DÉ TERENCE. 217 

Vhéfirin, Je ne faurois croire que lâche & mou 
comme il eft, '') il foie allé fort loin. Sur ma pa- 
role, il iera retourné chez nouf, 

Pythiûs. Voyez^ je voas prie, s'il y eft. 

l^be<lria. Ta le l'auras tout- à- l'heure. '^) 

Dorias Grands Uieux ! jvoir ofé f^iire une aâion 
il horrible ! Ma çhere , je n'ai jamais oui parler de 
pareille choie. 

?ytbias\ j 'avois bien ouï dire que ces fortes de 
gens aimoient fort les femmes, ^/\^\h ce qu'il a fait, 
lie me feroit jamais venu dans l'efprit; ''^) autre- 
ment je l'aurois e»>fermé quelque part, '") & je ne 
lui aurois pas confiée cette fille, 

ACTE Q^U A T 11 I E M E, 

SCBNE JK 

PHEDRIA, DORUS. P Y T H I A S, 
P O R 1 A S. 



S 



ors fcéîérat ! tu te tiens encore là? fugitif! avan- 
ce. Voilà un bel achat que j'ai fait là! ') 
DorHs^ Je vous prie . , ♦ , 

f . Vhè' 



15) (So feig utib tveibifc^ {tùi\d)\\â)) tt)ie « ijï. 

16) 3frp gleid) foDfl bu ?é çrfo^rcn. 

17) 5Bdre rair nimraerme^r in bm ©inn ôcfommm» 

18) 3rgcnbémo. 

^ab« \^ nic^t ba cinm t^omcfflicÇ?» ^auf cjct^an? 



2i8 L'EUNUQUE 

^bc'drh. Oh !' voyez le bon coquin* comme ce- 
pendard tord la bouche ! ") d'où vient que tu es re- 
venu ici ? pourquoi ce changement d'habits^) qu'as- 
tu à dife? Pyrhias, fi j'eunè tant loit peu tardé '^) 
je ne l'eufle pas trouvé à ia mjïlbn, il avoit (\c]^ 
fait Ton paquet, ') 

Vyth'ras^ Avez- vous notre homme, je vous prie? 
Vhéclfia. Sans doute. 
Vytkiûs, Ah! que j'en fuis aife! 
Dorias Ah, que j'en fuis ravie! 
Vythius Où eft-il? 

Vhédria. Quelle demande! ^) ne le vois -tu pas? 
Vythiai, Je le vois? <^ui donc, je vous prie? 
Vhbdria. Eh , celui - lii. 
Vy'h'tas^ Qui, celui -là? 

Vhcdria, Celui qu'on a mené aujourd'hui chez 
vous. 

Pyfh/ns, Et moi je vous dis que perfonne de chez 
nous '^) n'a jamais vu cet homme -là. 

Vhéària. Perfonne de chez vous ne Ta vu ? 
Vythias. Eh quoi, Monficur , eft-ce donc, je 
vous prie, que vous avez cru que cet homme avoit 
été mené chez nous? 

Vhcdria, Quel autre aurois je pu croire qu'on 
y eût mené, puisque je n'avois que lui ? ^) 

?ytbîas^ 

2) «ÏBic bcr Çîalacnfc^tDeniîcI Hi ?)?aul tocrbreOef ! 
s) ÎCBaf? foQ bicfê SScrânbcning ber 5vlci&er bcbaitcn? 

4) '>Bc«n id) nur nocf) «in Hciii ivcniii oerâdcjçft ()aUC. 

5) (Sr f)atfc fcï)ou fcin î>nnM<in fatlg« 
<5) 3jî bt«fc£< wohl grrtgcné tufrtf)! 

7) èag nicmaub awi unfcrm <Ç»ouf«. 
}J) 2)a id) nue i^n ^aUe, 



DE TERENCE. 219 

Vythîas^ Ho, vous vous moquez, il n'-y-a pas 
t!e companùfon à faire de celui-ci à celui qu'on 
nous a amené. Il étoic hienfaic, tSc il avoiî la mine 
d'un garçon de bonne maifon. ^) 

Vhédria, Tantôt cela t'a paru ainfî , '") parce- 
qu'il avoit des habits de diverfes couleurs, ") & 
préfentement qu'il en a d'autres, il te paroît mal 
bâti. '^) 

Vytbîas. Ah, taifez-vous, je vous prie, comme 
s' il -y- avoit une petite différence. Je vous dis 
que celui qu'on a mené chez nous, eft un jeune 
homme*) que vous feriez vous même ravi de voir» 
Celui-ci eft vieux, il ne peut fe foutenir, c'eft un 
homme confisqué entièrement & d.ins la dernière 
caducité, il a le teint de couleur de fuye detrem- 
pée. -) 

^hédria. Ho î quelle fable eft - ce donc que ce- 
la? 

*) QL*^ ^"^'^ feriez \vohi- mieux relever la beauté de 

mhne ravi de voir,) Vous- Clicréa, trouve le fècret de 

même, vous qui vous con- le faire louer par la pericn- 

noilTez (ï fort en beauté. Et ne qui elt le plus en colère 

il f.ut bien remarquer l'a- contre lui» 
drefle de Térence, qui pouc * 

9) €r fabc ané roie cin ?Qîcnfc^ uott gufcm Setfomraen. 

10) 95otl)cr ifl ce tic fo Dorgtfomnunu 

11) Sbuntc iTIeibcr. 

12) ^ommt cr tir unijefîalÉ tjor. 

13) 2)iefcc i(l ait, ce fann ntc^t mtl)t auf bett ^B^inm 

ft«l)cn , er tjî fcfeon ^a^ baufalliG uni) (îcbt mit 
cinem ^u^ im ©rabe, ix ^i^tt aué ïoU i^H^nru^ 
uni) '^utt(rmi(c^> 



220 L'EUNUQUE 

la? '"*) tu me réduis à ne favoir pas moi-même ce 
que j'ai faic, '') Hola, toi, parle, t'ai -je acheté? 

Dorus, Oui, vous m'avez acheté. 

Pytbieis. *} Ordonnez- lui de répondre à ce qu« 
je vais lui demander* "^) 

Phédr'ia, Interroge- le. 

Tythias, Es -tu venu aujourd'hui chez nous? 
vous voyez bien qu'il fait iîtjne que non; '^) mais 
cet autre que Parmenon nous a amené, *"*} ce jeune 
garçon de (eize ans y eft venu. 

Phériria. Og^, '^) re'pons-moi premièrement à 
ceci, où as-tu pris Thabit que tu as? tu ne dis rien, 
infâme? tu ne veux pas parler? 

Darus. Chéiéa eft venu . ♦ . » 

Phédrta, Qui, mon frère? 

Dorus, Oui. • 



Phèdria^ Quand? 



Dorus, 



*) Il n'étoit permis d' in- pmTqu'il ctoit de garde au 

terroger un valet en L pié- port Pirée. Mais il iicfaut pas 

fence de Ion maître* qu' fur cela accufer 'Tcveuce d* 

après en avoir demandé la avoir oublié ce qu'il aditail- 

permilHon au maître mçrac. leurs. Cherca écoit fi beau, 

que cette fille pouvoit bien 

**) Il falloit qu*il en eût le prendre pour plus jeune 

pour le moins dix-neuf, 19) qu'il n' étoit» 

14) €y/ ttJa^ ftnb Ut fur ^offen? 
ij) t)u bringcji mid> bal)in, bag ic^ fd6|l md)i m\^, 
njoé t(() j^ctban ()abe. \ 

16) 51uf fcné; roaé id) i()n fra<i«i njerbf.\ 

17) 3br f«f)<t mobi/ baé et fm 3e«c^en mit ncin Don 
Od) ()icbct ( Tcil, bafi «r nrtt ncùi antwortet. ) 

18) 9^ua n?oî)!an. InfcerietK 

19; St mugît ium w<nifljî«ff 19 3a^r qX\ f«9n. 



DE TERENCE. 221 

Dorus. Aujourd' hui. 

Phédria, Combien y-a-t-il de tems? 

Dorus, Taniôc. ^°) 

Pbédria. Avec qui écoit-il? ^') 

Dorttf. Avec Parrnénon. 

Phédria^ Le connoiflbis>tu avant cela? ^^) 

Dorus, Non. £c jamais je n'avois ouï dire qui 
il écoit. 

Pbédria. Comment favois-tu donc que c^étoit 
mon frère? ^^) 

Dorus. Parrnénon le difoit. C'efl ce Chéréa qui 
m'a donné cet habit . ♦ . 

Pbédria, Je luis perdu ! 

Dorus. Et qui a pris le mien. Après quoi ils 
font fortis tous deux. ^'*) 

Vyîhias. Croyez -vous préfentemenc que je fois 
yvrc, ai que je ne vous aye pas dit la vérité? il nie 
ferîible qu'il eft afTez clair ^') que cette pauvre fille 
a rai Son de le plaindre. 

pbédria, Alions, ccurage, bête. Tu crois donc 
ce qu'il dit? ^^) 

Vytbias. Qu'ai > je affaire de le croire? la chofe 
ne parie- 1- elle pas -d'elle -même? ^') 

Vhédri'a» 

20) 2Sor()iit. 

21) ^ix vùciï bii) ibm. 

22) 5^annt€|î bu it)n t)or bcm? 

23) 2.So()er luugîcjî bu baun, bufl cô mein ^.mbcr wat ? 

24) ©arnuf fïnD fie 6fï)b« auéQegangcn. 

25) ^icl) bnnft es fci? fiar cjcnuc}. 

26) D^un beffer brauf; bu ï>ummeé$^icr. êoglanbft 
bu benn, ttjag <r façjt ? 

27) ÎBaé bnbe sd) c^ ncîbtg ju glaubcn? «bct bic6a^ 
ti)c uidjt 450» fdbjî«ij? 



222 CEUNUQUE 

Phédria à Dovus. Avance -coi un peu de cecôtê^ 
là, encens -tu^ encore un peu. Ceia eft bien, dis- 
moi encore tout ce que tu m'as dit* Chéréa c'a 
ôce' ton habic? 

Dorits. I! me l'a ôtê. 

Pb'edvia. Ec il s'en eft habillé? 

Dants. Il s'en eil habillé. 

Pbèdria. Et il a été mené en ta place?' 

Dorus, Oui , en ma place. 

Pbi'diîa, Grand Jupiter ! *} voilà un coquin qui 
eft bien hards ! ^^) 

Pyth'ias, Que je fuis malheureufe! quoi! vous 
ne croyez pas encore qu' on nous a traitées de la 
manière du monde la plus indigne? ^^) 

Phédria. "^"^^ Ce fera un grand miracle (î tu ne 
crois ce que dit ce maraud* '°) H dit ceci bas, je ne 
fais ce que je dois faire. HoIcî, nie tout ce que 
tuas dit. bûut^ pourrai- je aujourd'hui tirer la vé- 
rité de toi? ^'j as -tu vu mon frère Chéréa? 

Dont s. rion. 

Pbèdria^ Je vois bien qu' il n' avoûra rien fans 

' être 

*) Phédria parle HeDorm, *^) Phédria veut dire que 

& non pas '^ ion herc, ni les vîilets Ibnt toujours por- 

ûe Parf/icNOTi, la réponfe de tes à croire ce que diferiÉ 

Pythias huit affiTz voir. les valets. 

28) ©^lé ifî cin fcf)r Derfôci^enct (Sdiclnt. 

29) £)a§ ma» tiné nuf Me ûllcïunivûr&iâiî^ 2îft ^^^ 
ttt 5Bdt ivi-gcgnct {)aU 

30) SMefcr Scfjurfc. 

31) ÇfficrDe icï) tvoî)î Ocufç flucl^ l)i« SSa^r^elt aué biï 
tnngcn fonncn? 



DE TERENCE. ^223 

être battu. Viens, maraud, tantôt ^^) il avoue, tan- 
tôt il nie. bas, *) Faislemblant de me prier. ^^) 

Dorus, Je vous pricanurémentôc tout de bon, 
Vbédrta^ Entre pi éfentemenc. 
Doriis. ?hédria le bat, Ahi , Ahi ! 

Vhl'dna, bas. Je ne fais de quelle autre manière 
j'aurois pu me tirer de ceci honnêtement, ^'*) je 
luis perdu (i ce qu'il dit c(i vrai, haut. Maraud, tu 
me joûras de la Ibrte? ^^) Il s'en va, 

ACTE QJ-IATRIEME, 

SCENE V\ 

PYTHIAS. DORIAS. 



I 



Vytlms. 

1 eft aufÏÏ vrai que c'eft là un tourdeParménon, '} 
qu'il eft vrai que je fuis en vie. 
Dorias, 11 n' y - a - pas de doute» 

Vythias, 



*) La reponfe de Dorm tir, il Falloit traduire comme 

n'auroit pas été fondée en }'ài^;x\t,faîs fcmbLintde me 

notre Langue, iî j'avois mis prier; car c'eli le véritable 

fîmplement comme Jéreace-, lens de ce pafîàge , comme la 

prie -moi: pour la Faire fcn- reponfe le fait voir, 

32) Vid. p3g. 14 Iq. fcîc Ci'fîc Comédie. 

3?) etcUc î)id), Ole èàtcû Du mid). 

34) 3<^) ï^^eJf^' n«*t/ t^'e id) mid) fonRen ûuf cin? (^r^J 

bare -21' t baïaHé {)!itte roicfdn fdnncn. 
^Ç) î)u<2:d)urfe/ foUfî Mi mid) fo î)inierg£ècu? 
j) ©a^ M«fc0 «iu ©trêicf; t^e^ Parmcnon f€î> 



224 L'EUNUQÙÉ 

Pythias. Par ma foi la journée ne fe pafTera pas 
que je ne lui rende iâ pareille. *) Mais prélentc- 
ment qu'es - tu d' avis ^) que je faife , Uof ias ? 

Dorias. Sur le iujet de cette Hlie ? 

Pythias. Oui. DoiS- je dire ce qui lui eft arri^ 
vé, ou le dois -je taire? 

Dorias. Si tu es liige> tu ignoreras ce que tu fais 
& de refciave & de la fille. Parce moyen tu te 
tireras d'embarras, ■*) *) & tu feras plaifir à Ihaïs^ 
dis feulemeut que Doius s'en eft allé. *) 

Pythias» 



*) îi-y-adans IcL-^tin, if 
tu lui fevaî ploijir. Il ett 
queitJon de lavoir à qui elle 
feroit plailif , ou à la fiije à qui 
ce mallicuivenoit d'arruerj 
ou à Tl.iftii. Tous ceux qui 
ont expliqué Tcrevce ^ n'ont 
pas fait la moindre difficiiité 
îur cela, ik ils ont em(>ralTë 
le premier icdtimcnt 6) Mais 
je ne lauroislc&fuivre. Pum- 
pbila étoit trop bien nce pour 
vouloir tairt ce qoi lui ctoit 
arrivé, ç'.Turciit étéy coiilcn- 
tiren quelque m?.niere, que 
de le cacher^ la Vertu ne con- 

2) Set %(x<!i, wirb nid)t fiinçîehai / 6ip \é ihni ^Uxén^ 
mit flktd)nn »ei (j?Itc. ( ilîod) l)cutc n?iU ri; i^m 
(^icii"f!ct? mit flleidje^ l^crgdten.) 

s) 2Baé nicnneft Du ... ? 

4) 6oniu8t &u Md> fti-n^n , û(é tiot'ifitcft ^u Don nlé^ti, 
fon>Pb(n)a«' l>cn@clat)en oie' &afii'D3îà^»un btiriffU 
^Dafcurd) njirjl ^u i^u^ bcr bof?n (èrtd>f f omnicn» 

f) ^<i>:^i b(o§, i>er Dcius An ^aDc^ (îd'iuf^n. 

6) Uno fù {;al)eu bic «jtcC»î<j;nima unâdiommcn. 



noît i»as ces déguifemens, 
elle peut être niûlheureufe, 
mais elle ne peut être cou- 
pable. Il elt donc certain 
quec'elt à Ihaxs que Pphiat 
devoit faire pLilir en ca- 
cbant ce qui ctoit arru'é à 
Famphiliii cnr ifjïi devoit 
lo .hiiter que cela fût tenu 
fècrct jufqu' à ce que Chvé- 
nici eut reconnu ia (œur, de 
peurque lî cela éclatnit au- 
paravant, l'affront qui re- 
tomberoit Iur li.i, ne l'era* 
péchât de la reconnoîtte» 



DE TERENCE. 225 

Pythias. Je fuivrai ton eonfeiL 

Dor'ias. Mais eft-ce Chrêmes que je vois? Thaïs 
fera ici dans un moment. 

Pythias, Pourquoi cela? 

Dorias, Parceque lorsque je fuis venue, il Conr- 
mençoir h y avoir de la brouillerie entre eux. '^) 

Pythias. Va-t-en porter ces bijoux au logis, & 
moi je faurai deChrémès ce qu'il-y-a. ^) 

ACTE (QUATRIEME 

SCENE rr, 

CHRExMES. PYTHIAS. 

Chrêmes, 

Ha! ma fol j'en tiens; on m^a ntrappé. Le vîn 
que j'ai bu, a le delfus; ') cependant quand 
j'étois le ventre à table, que je me trouvois faoe, 
& en bon état ! ^) iVbis (i tôt que j'ai été debout 
je n'ai trouvé ni pied, ni lêtequiait voulu fairefon 
devoir» ^) 

Pythias, Chrêmes» 

7) ©le fd)ort unfet einanbcr uneini? ju werbett Un 

guntcn. 

8) 3d) ùbit jDitt bon bcm Chrêmes auéforfdjett/ mi 

1) |)a! be^meinertrcu, icî) 5a{*e mein Sl^cil ; îcf; 6iii 

gofQn()cn. £>er ïBcin fpieît ^err. 

2) 211Ô irf) bt\) X\id)i fag, tvi« Uuq, ioU tt)oî)( waç 

îTitr. 

3) Siacitt , fo Bnlb \<!) jii ffcben fommen IJin : fo f)aUti 

m\)ix ^îm nod; ^opf fort açn>oUt. 
P 



226 L'EUNUQUE 

Chrêmes. Qui m'appelle 2 Ha, Pythîas, Oh? 
que tu me parois bien plus jolie que tantôr. '^) 

Pythias^ En vérité^ vous me paroiflezaulîi de plus 
belle humeur. ^) 

Chréwès» En bonne foi rien n'efl: plus vrai que 
ce proverbe, Jhns le bon vhi ^ la bonne chère ^ V 
amour efi bien froid, ^) Mais Thaïs n'eft-elle pas 
arrivée long -temps avant moi? 

Pytbiûs, Estelle déjii f^^rtie de chez le Capitaine? 

Cbrcmès. Il-y • a un flecle. Ils fe font tout- à- 
fait brouillés, ') 

Pyti'jas. Ne vous a-t- elle point priédf* la fuivre ? 

Cbrcmès. Non; elle m'a feulement fait %ne en 
s'en allant. ^) 

Pythias^ Eh quoi, cela ne fuffifoit-il pas? 

Cbrcmès, Mais je ne fivois pas que ce fût cela 
qu'elle vouloit me dire, (i le Capitaine n'avoit pris 
foin d'éclaircir ce que Je ne pouvois entendre; car 
îl m'a mis dehors, ^) H;i , la voilà qui vient* je 
fuis furpris comment j'ai pu la devancer. '°) 

4) .1!)u fcmmflmir hjcit fd)onciv ûïé i)or(;ln, t)or» 

5) Slufgernumter. 

6) D.^nc 5lB.'i« «nb 55rotf i(l Venus fobf. 

7) t3c()on lângfî. Oie fînb f onicj urtcin^. 

8) CSnicn 5Sinf gcgcben , ba ^it wcçîgjeng. 

9) ^axm bec ipinjptmanu nicbt (gorge gffrâf^m, 

îxîéjcniiie, tvas^ id> nid)f i)cri]ffycn fennte, ^u cr« 
ÎK^rcn , bann ce i)<M miil) (jerauiï ijcjagt ( ^inaué 
(tcftcffcn. ; 

10) 2BJe ici; it;i' r>a&« juboc foinmcu fo'nnm- 






ACTE 



DE TERENCÉ, ±zf 

ACTE QUATRIEME. 

SCENE VII. 

THAÏS. CHKEMES. PYTHIAS; 

TImh. 

Je crois en vérité qu' il fera Ici dans un moment, 
pour m' enlever cette fille. ') Mais qu'il vienne; 
4'il la touche du bout du doigt, ") ^} je lui arrache- 
rai les yeux. Je loufFrirai toutes fes impertinences 
& fes rodomontades, pourvu qu'il en demeure là ^ ^} 
mais s'il en vient aux effets, il s'en trouvera mal^ 
fur ma parole. **) 

Chrêmes. Thaïs , il - y - a déjà long-temps que je 
fuis ici. 

Thdis^ Ha> inon cher Chrêmes; je vous atten- 
dois. Savez - vous bien qu;- cVd vous qui ères caufe 
de ce delordre , & qu'enfin toute cetce afi'aire vous 
regarde? ') 

Cbrhnés, Moi? & comment? ^) comme s'il-y- 
avoit de l'apparence. '^) 

P 2 Thaih 

*) Douât remarque fort aux yeux; commeonlevoiÉ 

Men que ceinnt lus menaces non leuîcnieni? dans les Co- 

érdinaires des femmes, & médias, mais dans J es Tra* 

Qu'elles en veulent toujours gcdies mêmes. 

1) l^a^ti bcn 21ugcnMtc! ^\tx fes;n mirb, mit î>ief«ô 

2) Cffiaint cr ne nur mt bem^^inscr ûHtU{)rcf. 

3) Unb fHnc^rablaei), wann té nur babe») hUïhîU i 

4) 6o iDirb ce il>m auf mcin SBort ixhû gcliuqcni 

5) ©ail ibr Urfad) an bicftin l<i\rm fti)b, uiîD bûg <hb« 
' hd> bî£ ^an^« €fld)e cud) angel)e? 

6) ÎNCilicet, cela. 



228 L'EUNUQUE 

TTj'rt'/V, Pendanrque je fi is tout ce que ;e puis 
pour vous remertre entre les mains une fœur dans 
i'érnt qu" elle vous doit êrrc rendue, j'ai loufierttout 
ce que vous avez vu, & mille autres chules fem- 
blables. ') 

Chrêmes. *) Où eft- elle cette fœur? 
Thû'/s. Chez moi. 
Chrêmes, **) Ah! 

Tki'is, Qu'avez -vous? ^) ne craignez rien, elle 
a été élevée d'une manière digne d' elle dk âe vous. 
Chrêmes, Que me dites- vous là? 
V 77;^». La vérité. Je vous en fais préfent, & je 
ne vous demande quoi que ce foit pour elle. '°) 
Chrêmes. Je vous ai bîen de l'obligation, & je 
<*70us témoignerai ma reconnoiflance. 

TImvs. Mais nrenez garde/') que vous ne la per- 
diez avantque de l'avoir entre vos mains; car c'eft 
elle que le Capitaine veut prélentemenc venir m'en- 

lever 

*) T/'/iifn'apaspIufôtdit tifanc , qu'il veut d'abord 

à Chyéuih qu'elle veut lui s*échircir de cela, 
rendre (à (œur, qi'e fans au- **) Ah. C'elt un cri de 

trè comphinent il dcrmndc douleur. C/'m//« eft au des- 

cù e/l cette fœur : il elt fi efpoir d** apprendre que fà 

allarmé de 1 .voir qu'elle c(t fœur eit chez une courtiQ- 

cntre les mains d'une cour- ne. C'clèpour labienféance. 

8) ^abc icf) aflcé, tvn^ ihr mit 2Iugcn onaffe^en, unb 

tau^•n^ bcr^^leicî^fn i)ingc \mi)\ , ixUiuw. 

9) 5SQé ifî iWiii) «»cf)? 

10) yh fdîc fc Oe ciid), unb fortxre in S/nfe^ung j^r<c 
eu'.l) niitt ^n0 gcringj]* ab. 

11) saOciiie [«Oet eucf) uor. 



I 



DE TERENCE, ' 229 

lever de force. '^) Pythias, allez- vous en tout- à- 
P heure au logis quérir '^) 1j caifecre où lonc les en- 
feignes "^) qui peuvent la faire reconnoîcre» 

Chrêmes, i^e voyez -vous, Thaïs? 

Pychias, Où cil- elle cette cadette? . 

Thais. Dans le cofîre. Que vous êtes haïlTable 
avec vos lenteurs? '') 

Chrêmes, Quelles troupes le Capitaine amené ici 
contre vous! grands Dieux! 

Thn'ls^ Je vous prie, *) mon cher Chrêmes, n' ê'. 
tes- vous point un peu poltron? '^) 

Cbrémês' Vous me faites injure; ''') moi poltron? 
il n'-y-a perfonne au monde qui le lo t moins. 

Thdis^ C'eft comme cela aufîi que doit être un 
honnête homme. 

Chrêmes^ Ha je crains de pafler dans votre efprit 
pour un. , . . 

Thaïs. N'en parlons plus; msis fouvenez- vous 
que i' homme à qui vous avez affaire efl un étran- 
ger, qu'il eft moins puiiBnt & moins connu que 
vous, & qu'il a ici moins d'amis^ '^} 

P 3 - Cbré- 

*) Elle a raifon delui fai- />« î il prend quatre ou 
ré cette demande fur ce qu'il cinq coquins pour une Ar- 
vient de dire, qacl'es trou- mée, 

12) 5)itr mit Ojcmaït wegnc^inen. 

13) QHcrir tvirb aUcmal im infinitivo ge6cnucf;(/ mit 
ten verbis aller, venir, unb envoyer. 

14) 'iffierinn.n bie 5i'eimicid)cn fmb. 

15) ?Ii3je ()â6licï) fe«)D ibc bocf) mit cuccm 3<îWî>t^^n! 
(^ancjTOcihgen fficfen.) 

i<5) èin fôcut] tjerjiagt, (futc^tfam.) 

*7) 35r ti)Ut mir Unrccî)t. 

18) aîtdjt fo mad)ti(i nod) fo Mmx[t,<x\x^ nic^t fo i)icl 



230 L'EUNUQUE 

Chrêmes, Je iVis tout cela* maisc'eft une fotti- 
fe de lùilTer arriver le mal qu'on peut empccher:^ '^) 
& je trouve qu'il fil plus à propos ^°) de le préve-f 
nir, que de nous en vanger ; allez-vous en chez 
vous, & fermez bien votre porte, pendnntque je 
vais courir à la pbce, je veux avoir ici des gens pour 
nous fecouvir dan^ ce tuniulte, 

Tha!s\ Demeurez. 

Chrêmes, Il eli mieux que j'aille. 

Thaïs, Demeurez, vous dis -je* 

Chrêmes, LaiOcz-moi, je ferai ici dans un mo»' 
ment. 

Thdis^ On n'a pas befoin de gens, ^') dites feule^ 
nient que cette fille eft votre fceur, que vous l'aviez 
perdue toute petite enfant, & que vous venez de 
ia reconnoitre. Faites /ui voir comment, ") 

Pyth'ias. Voici la callette. 

Thaïs Prenez-la* s d vous fait quelque violen- 
ce, ^') menez -le auliîtôc devant les Juges, enten- 
diez vous ? • 

Cbranès. Fort bien. 

Thaïs, Souvenez -vous de lui dire tout cela avec 
pn efpric préfent. ^■*) 

Çbyéinês, Je le ferai* 

Thois^ 

19) Siacîrt cc5 i(ï ciitc îBov^df, «iit Un^lûcf, fcaé lîiûit 
lv:r{)ùte« faun, ûber fid) fommcn ju laffcn. 

20) î:>ai î^ wcit bcffcr fc»), 

21) Avoir befoin, rcijicrct im ^i:aujor»rcl)«n t<î" Ahlati- 
vum, cb fd)on im ^eutri1)en bçr Accufativus fîct){(. 

22) j^utveill i()m/ nuf wai^ Clrt. 

25) 5Binn cr ciid) iri}cut> Çîcroalf ihww tvoIKe. 
24) Sein mit a3«r|kn^ (mit Ub^aft«n ©iijlc) 



DE TERENCE, 231 

Thaïs. Relevez votre manteau. Me voilà bien, 
celui que j'ai choiii pour mon dérenfeur, a befoin 
de défenfeur Lui-même, "') 

ACTE (QUATRIÈME. 
SCENE VI IL 

THRASON. GNATHON. SANGA. DO- 

NAX, SIMALIOX. SYRISGUS* 

CHREMES. THAÏS, 

Thrnfon. 

Quoi, Gnathon, fouffrirai - je un affront iî in- 
figne? ') J'aime mieux mourir. Hola , Si- 
malion, Donax, Syrifcus, luivez moi. Première- 
ment je prendrai la maifon d' affaut, ^) 
Gnathon. Fort bien, 
Tbrafon. J'enlèverai cette Fille. 
Gnathon. Encore mieux, 

Tbrafou, Et je donnerai mille coups à Thaïs. ^) 
Gnathon^ C'eft avoir du cœur. '*) 

P 4 Thra- 

'25) 3îun tin icî) woM b^^J^^n / &<!" «^ ^,"ttt 5i}crt^eî&f^ 
3CC aTOfl()Ut, f)at felbjîcn cineg 23ért(;«it)i9er0 t?on^ 
not()en. 

ï) €Jnc fô «n(fc§(lc§c ^^efcibigung, (^efd)imp(Tiin3.) 

2) 3d) mcrbî bûê ^au^ mit fïurmenbcr .Ç).inb einnc^î 

lîicn. Donner un afTaut, monter à l'alTaut, *cfurnï 
laufen : it. taé Comra-fedjtcn ouf bcm gtdjtbobçn» 

3) Unb id) roctbc bie Thaïs ber6 obprûgeUt. 

4) £)a^ èei^t ^erj im StiOc ^aD««. 



S32 > f EUNUQUE 

Thynfon^ Donax, viens ici avec ton levier, *) 
pour foire le corps de bataille; ^) toi, Simalion, 
pafle à l'aile gnuche; ^) & toi, Syrifcus, à la droi- 
te. ^) Où Ibnc Its autres? où eft le Centurion 
Sanga, & la Brigade des voleurs? 

Sang a. Les voici, 

Thrafon, Quoi donc, lâche, efl -ce avec un tor- 
chon ^j que tu viens combattre? Pour quel uibge 
l'apportes -tu? 

Saiioa. Moi, Je connois la valeur de notre Gé« 
néral, & !*". courage de nos foldats; je ihis que ceci 
ne Te pallera pas luns qu'il -y- ait bien du iang ré- 
pandu, '°) (î< c'eH: pour eliuyer les blefllires/'J que 
j'ai îaporcé ce torchon. 

Thrufoii Où funt les autres? 

Sanga (Comment les autres, que voulez -vous 
dire? Sannion tout leul garde la maifon, '^} 

Thrflfjsî, Kange ces gens-là en bataille.- '^) *) Pour 
moi je ierai à l'arriére -garde, ''^j & de là je don- 
nerai le (îgnal. 

Ciia- 

*) ^Ce Capitaine {è met bataille, pour être plus en 
donc ici aprcs le corps de iiirctc <Sc pour ne pouvoir 

être 

5) îWit bcincjTî .r">c^ct»nimt. 

6) 55 îé .<>aupftri'|f.n t^ptîuftcKctt. 
7)3lif bm h-ifeu'^lùjid. 

8) 3"'' Sîvcbtort. 

9) mt «tncn ïGiM). 

10) D!)nc ^rtft Diel Q3litt W(?rfl(>l7<tt tt)crbf. 
ir) Um Me ^Biinbcn ai;!;jinvifcl)t'n. 

12) Sy-\ui î).i^ S-)aw^, 

13) 6.c?l' Mtfi i'^ufe in (rif^'licfxcrbnitna. 



DE TERENCE. 233 

Gnothou. .C'ed là être f^ge, '') ap"cs avoir rnn- 
gé Tes gens en bacaille, il a loin de ie ;ntttre en lieu 
de (ureté. 

Thrafon^ Pvrrhus en ufoit toujours de la for- 
te. ■')^ 

Chrêmes, Thnïs, voyez -vous bien ce que fait cet 
homme? je fuis bien trompé fi le conleil que je 
vous donnois tantôt de fermer votre porte, n'efl: 
fort bon. 

Thaïs. Je vous aflure que cet homme qui vous 
paroîc prélentement fi redouttible, n'eft qu'un grand 
poltron; ne l'appréhendez pas. '^) 

Thrafon^ *) Que crois-- tu qu'il faille faire, Gna- 
thon, 

P f Cna- 

ctrc pris par (lerriere.i8)Pro- pre pour gagner au pied Fdci» 

premeiit il fait la tctedcl'ar- lemcnt encas de l)c(uin. 19) 

n'ere- garde, & c' étoit le *) Ce Caraclcre du Capi- 

lieu le moins expofé, car il taine c(t merveilfeurement 

falloit que r avant -garde & bien conduit. 20) D'abord, 

le corps de bataille TufTent quand il elt loin i\es enne- 

battus avant qu'on vînt à nii«, il dit à fes Hildats, fui' 

lui; ainfi d'un côté il étoit vezmoi, comme li effective- 

à couvert des coups, & de ment il alloit les mener à 

i' autre il étoit en lieu pro- l'attaque. Quand il appro- 

15) ©aê Oeigt ucrflanbli) fcçn» 

17) Œine grofje fcigc SJîcmme; furcr)(ct cud) i^ot i^m 

nid) t. 

18) Um njc()t t)on ^intm ju angcpacft ju tvcrbeit. 

19) Um in \^afl bcr îRotï) Icid^f auéjic^cn jn fcnncn. 
' 20) Sn t)otn*cfflicD wo^l auv^ôcfûOrt. 



234 



L'EUNUQUE 



Gnathon. , *) Je donnerois quelque chofe" de 
bon , ^') que vous euiîiez maintenant une fron- 
de, ^^) afîîique caché ici derrière, vous les q\xaï^ 
geailiez ^') de loin, ils prendroienc la fuice, 

Thrajhn, Mais voihi Thaïs. 

Gnûtt:)Q}h Allons^ les charger tout préfentemcnt* 

Thrafon. AîCentls* **) un iiomme lage, avant- 
que d'en venir aux mains, (ioic tout mettre en 
ufnge, ""^j & employer les paroles plutôt que les 
armes, que lais- tu fi elle ne fera pas de bonne grâ- 
ce ^') ce que je veux? 

G/mhoih Grands Dieux, quel avantage c'eft 

que 



chc un peu plus près, cette 
impétuoliré diminue, 26) il 
trouve à propos deleinettre 
à l'arricrc- garde, & entin 
quand il ellei; prelence, il ne 
fait plus que faire, îk il de- 
mande conlcil à GnatLwn. 
Cela va par demies, àc n'cii 
point précipite, ^ c'eft le 
principal dans les caraileres. 
*) Cette réponfc du para- 
iîte elt nierveillcufe, en ce 
qu'elle elt proportionnée à 



la lâcheté du Capitaine Si à 
fa vanicé : car fi d'un côté 
on fè bat de loin avec une 
fronde, c'eft toujours (ébat- 
tre, & dans les Armées il-y- 
avoit ordinairement des loi- 
dars armés de frondes. Cela 
cil fort adroit. 

**) Ce fanfaron ne !ai(îe 
pas de dire de très bonnes 
chofès ; rien n'eft plus con- 
forme à la railbn que cette 
maxime. 



21) 3cf) TOoîite dwaé ©utcé (Diec^fctJ) trum gcOciî. 

22) (Siuc 6d)lmî5cr. 

J53) ^f^r fliif fte foéft'uerfcî. 

24) S5^ttor ttian cj? ^u cinflît ypaiîbgcmengç foiumm 
I<S(5t, fofl ailit- anrvcnbcn. 

2ç) 5luf cinc nnfîanbigc 2(ct. ( guttuiCfig. ) 

26) ©0 lûiTv't W\^ aPiugtD^e ^i|ç nac^* 



DE TEREXCE, £35 

que d'être hnbile homme! ""^j jamais ]e n'approche 
de vous que je ne m'en retourne plus ravsnt» ~^) 

Thi-afon. Thaïs, répondez à ce que je vais vous 
dire» Quand je vous ai donné cette Fille, ne m'a- 
vez -vous pas promis que vous ne leriez qu'à moi 
feul pendant tous ces jours ? 

Thaïs. Eh bien, que voulez -vous dire par là? ^^) 

Tbrafon. Me le demandez - vous ? vous qui à 
mon nez ^"j m'avez amené votre galant, & qui 
vous êtes dérobée de chez moi avec lui? ^') pour 
quelles affaires donc, ^") je vous prie? 

Thaïs, Il me plailoit d'en ufer ainfi. ") 

Thrafon, Rendez- moi donc Pamphiia tout-à~ 
l'heure, à moinsque vous n'aimiez mieux que je 
vous l'ôce par force. "^) 

Chrêmes, Qu'elle te la rende? ou que tu I' ôtes 
par force ? de tous les hommes le plus. . . . 

Gnathoih Ha que dites - vous ? ne parlez pas 
dinfî» 

Thra- 

27) 535û^ i(î bod) baé fût cin ?Bort^ciI / cin gcfdjicffec 

5)îann JU fcj)n î Jpicr i|] cafus verbi ante verbum, 
l\)dcl)eé ba^ Pron. Interrogativum , quel , t>ecurs 
fud)ct. 
2S) t)ag id) nicî)t gcler)rfet' bai)on âc()e. 

29) 2S'ï6 troQt i&r Damit fagcn ? 

30) 33or bie Dîafe» 

51) Unb bie iht euc5 farat U)in aud mein^m 5?aufe 

beimlîd) bat)on geinac^t» 
32) ?!Si'6»Cvvn bcnn. 
^l) €j^ 9fïel Hîic fo. 
34) ®ofcrne ibronberé nid)ÉttJolïet, ba§ ic!) fie eu(§ 

mit ©etDaft ue^iîien folï. ObC à moinsque rçgiç» 

ipet animal bm Conjunciivum. 



1^6 L'EUNUQUE * 

Thrafon, Que veux -tu dire? je ne prendrai pas 
une fîl!e qui m'appartient? 

Chrêmes, Comment, faquin, ^^) qui t'appartient? 

Gnûthon, Mon Dieu, prenez garde, vous ne fa- 
vez pas a qui vous dites des iniures, 

Chn'mès à Thrafou. T ' en iras - tu d* ici ? fais - tu 
de quelle manière ceci ira pour toi? ^^) Si d'au- 
jourd'liui tu fais le moindre bruit devant cette por- 
te, je ferai que toute ta vie tu te fouviendras du 
lieu, du jour & de moi. ^^) 

Gnathon. Vous me faites pitiç , de vous attirer 
un fi grand ennemi. 

Chvemès, Si tu ne t'en vas tout- à -l'heure, je vais 
te cafl'er la tête, 

Gnathon. Efl-ce ddnc ainfi que tu parles, im« 
pudent? efl-ce ainfi que tu en ufes? 

Ihrofon, Qui es-tu? que veux-tU dire? quel 
intérêt eil- ce que tu ptcns à cette fille, ^^j 

Chrêmes. Tu vas T apprendre. Premièrement je 
foutiens qu'elle eft libre. ^^) 

Thrafon. Oh ! 

Chrêmes Qu'elle ed citoyenne d'Athènes, 

Thrafon, Ah! 

Chrêmes^ Qu'elle eft ma fœur» 

Thra- 

3ç) 6':fiuvfc. 

36) 2Î5 igt fcU/ »<!(! bl<fcé fflr cinen Slu^gcing uor bic^ 
jteri)mae\î tv.rb ? 

37) î>a§ bu \i\d:i 3cif £4^né ^«é Drtc^, teô îage^ 
unb rtîtiaer cdnsKrn foQfl. 

39) Cj^} i)e()aup:i?/ Qa{i1îc fv<i; f«o. 



DE TERENCE. , 237 

Thrôfon, Tant pis. ^°) 

Chrcmês. Préfeiitemenc donc, Monfieur le Ca« 
pitaine, je vous avertis de ne lui faire aucune vio- 
lence "^'j Thaïs, je m'en vais chercher Sophrcna, la 
nourrice de ma fœar, afînque je l'amené pour lui 
faire reconnoîcre ce qui eft dans cette caffetre. 

Throfon, Tu m' empêcheras de prendre une fîlîe 
qui eft à moi ? 

Chrêmes, Oui, te dis -je, je t'en empêcherai. 

Gnaîhon. *) Entendez- vous comme il le déclare 
coupable de vol? '*^) cela ne vous fufllt-il pas? 

Thrafon, Thaïs, en dites- vous autant? '^^) 

Thaïs. Cherchez qui vous réponde. **) 

Thi-afon. Que failons- nous? 

Gnuthon» 6i vous m'en croyez, reîournons- 
t nous- 

n 

*) Gnathon âltcthCuvct avoir aftion contre C^y^V/à, 

que Chrewèi dit qu'il em- Gnaîhon ne cherche qu'à 

pê.hera Ihrcifon de prendre faire cefler la difoute, c'ctt 

Ja Hlle qui lui appartient: pourquoi il 'tMt cette chica- 

car en avouant que Cette fille ne, ik il tâche de prendre 

étoit à lui, 'Ik en difàiit qu'il Chrêmes par /es propres pa- 

r eiripécliêroit de la prco* rôle.?. 7/'^^|/</h voudroit bien 

dre , c'etoit déclarer ouvor- faire laineme choie à Jhais^ 

tement qu'on vouloit rete- mais ehe connoit les finei- 

nir l'on hicn; & cela don- les. 4f) 
noit lieu au Capitaine d' 

40) 5)«'fîo fd)îiîtimcr ifî îi. 

40 3f)V'fcine Çknjalt flni;uff)tnt. 

42) 2i}ie fcor cr fid) êincs 5^ icb|îû^Ié (3vûu6cê) fc^ul;; 

ti(î gubt. 
4g) î)cnft !hr c6ctî fo ( fagf i^r îUn bai? ? ) 

44) 3*"'?^"i«nîir»Jcl)rMc7^iûf)c iud) juantworfcn» 

45) 5l&«c fU Unnt iiim dUnU, 



a3t L'EUNUQUE 

tîous-en; fur ma parole elle viendra bientôt d' elld 
même vous demander qu;îrtier. ^^) 

Thrafon. Le crois -tu? 

Gnatbo}!. Rien n^'eft plus vrai; je connois l'es- 
prit de femmes^ '^ ) quand vous voulez quelque 
chofe, elles ne le veulent pas; & quand vous ne le 
, voulez plus, elles en meurent d'envie. ''O 

Tbrafin. Tu as raifon. 

Gnathon^ Je vais donc congédicF les troupes, '^^) 

Thrafon. Quand tu voudras. 

Cnaihoih Sanga, après cette expédition, allez- 
vous repofer comme de braves Soldats, & goûter 
les plaifus de la cuifine. ^°) 

Sanga. C'eft bien dit, il-y- a long- temps que 
j'ai Telprith la foupe* ^') 

Gnaihon. Tu vaux trop» '") 

Thrafo}2^ Suivez - moi. 

46) Unî) <£ud) um ©nabc (^Bcrfa^onunQ o5cc f(î;5n<# 
«ïi'^ettcr) bitte», 

47) ^\û) fenne baé ^tmMyt èec ÇlBei&cr* 

48) èo ftcr'ocn fte filr ^Serlangcn. 

49) Sie?3o'lhc (miêcinanbcr ge^cnlfllfm) Dcurïau" 

50) Unî> (a0t <ê ciic^ ivo^l fd)niec!fn. 

5 1-, «D^cin @cmûi()C roac fcï)cn Idngfî nrtc^ bct 6c§ûp 

flcrid)tct. 
52) SDu iMjî nic^t mit ©dbc ju Ocia^l^n- 






^^^'^M^O^ 



Acte 



DE TERENCE. 239 

^if/iiiitfilf itxUiitfiifiî^ ûs ih t*s lîiiif iis lis 

^ M^ M^ ^ -ff^ •if* ■û> -^ -^^ JJ* •^» -''♦ -^ -ff* ^ ^ ^5 

ACTE CINQJLIIEME. 

S C E N E I. 

THAÏS. PYTHIAS, 



Th 



au» 



Continueras- tu long- temps à me parler avec ces 
ambiguïtés, ') méchante que tues? Je le fais? 
je n'en fais rien; il s'en eft allé:^ je l'ai oui dire; je 
n'y écois pas. Ne veux- tu donc pas enfin me dire 
clairement ce que q'eft? ^) Cerre fille a les habits 
déchirés, elle pleure & ne parle point. L'elclave 
s'en eft allé, pourquoi cela? Qu'y-a-c-il eu? ') 
Ne veux tu point parler? 

Pythias, Que voulez- vous que je vous dife, mal- 
heureufe que je fuis? '^j on prérend que l'efcLive 
que Phédria vous a donné, n'écoic pas ce qu'on 
s'imaginoit. ^) 

Tha7s. Qu'étoit-il donc? 

Pythias. Chéréa. 

Thaïs, Qui, Chéréa? 

Pytbias. Ce jeune frère de Phédria. 

Thaïs, Que me dis - tu là , forciere que tu es ? ^) 

Pyîhias, 

i) 5Dîit mir ûuf cine fo jfôcç&cufige SIrf ju fpcec^ett. 

2) ajîir beutlid) fagcn, ivaé bayan fct;* 

3) 5Baé |)a(0 oegebcn? 

4) 3cf) QrfenDc, mas fcÛ id6 fû^at? 

5) D^ic^f biïé tvûr, ti?flé raan fid; çjng«6jftif(» 

6) ;D« ^?«^'e. 



240 L'EUNUQUE 

Pytb'ias. Ce que je vous dis efi: vrai, j'en fuis fûre. 

Thdis. Et je vous prie, qu'eft:-il venu faire che2 
ûous ; pourquoi l' y- a > t- on amené? 

Pythias, Je ne fais , (1 ce n' eft que je crois qu' il 
étoit amoureux de Pamphila. 

Thaïs, Ah, miférable! je fuis perdue^ fi ce que 
^ tu me dis , eft vrai ! Eft- ce là le fujet des larmes de 
cette fiîie. ') 

Pythias, Je le crois. 

Thaïs, Que me dis- tu là, pendarde* ^) Qunnd 
. je fuisfortie, ne t'avois-je pas commandé expreifé- 
menc de ne la pas quitter, & d'en avoir loin? 

Pythias. Que pouvi)is-je faire? je fai confiée à 
celui- ià feul à qui vous m'aviez ordonné de la 
confier. 

Tha7s, Malheureufe , tu as donné la brebis à 
garder au loup. ^) Je meurs de honte qu'on m'ait 
fait un vilain tour, '") Quelle efpece d'homme eft- 
ce donc? 

Pythias, Talfez-vous, Madame, taifez- vous, je 
vous prie , nous voilà bien ; nous tenons notre hom- 
me. ") 

Thû7s. Où eft -il? 

Pythias, ' 

7) Slu^rcn tic î^rôncn bicftfé5}?ab()en^bûf)ct? 

8) ^u ^Uhmaa^, NB. :3rî? gratijôfîfdKn fantt icf) 

âlïe êc()impftto'rrcr ini Kœmin, Qçbîn, abit im 
S^cntfd)en nid)t fo n>of)l. 

9) ^u f)(7f! Den ^oc! num ©ârrncr ^([ikt 

10) 3d)fobanic micf) ju 'Sobe, bû§ nifln miï dnen fo 
bafilid)cn ©frcid) gefpiclct bute» 

11) '31m ^i^iti flut um unéi t>a f;a6m tvic unf«cti 



DE TERENCE. 241 

Pyth'tas. St! '^) à votre main gauche, Levoyeï- 
vous ? le voilà. 

Thaïs. Je le vois. 

Pythias. Faites- le prendre au plutôt. ") 

Tbais, Eh, qu'en ferions -nous, fotte que tues? 

Vythias, Ce que nous en ferions? me le deman- 
dez-vous? *) voyez, je vous prie> "^; s'il n'a pas 
Tair bien impudent? ''j 

Thaïs. Point du tout. 

Vythïas^ Et avec quelle aflurance il vient ici, "^) 

*) Dans ce carBfîere (îe femmes qui ne jugent que 
Pythnii Térevce marque le par punîon. 
caractère de la plupart des 

12) Interjeftion ble fîi) nuc tutc^ biiêtJmme unt>©e» 
t)cr^m unjïigcn liîl§t. 

13) gaflTet ii)n fm l)mt\Q ùwpaâin, 

14) Parenth^ fis. ©ie ^ranjiofen pfïcgett bit Parenthefîn» 
fohirj ift, licbcr Dard) commuta, ali^ an\>iXi c^tf 
tt)o'^nlid)€ 3«ic^«" , auéjubrùcfcn. 

15) Ob « nid)t red)t unt>crfd)amt anifiétU 

16) Unt) nùtvoai furUncrfd^rocfcn^cit çrtiJ«(;<rfomm(# 






ACTE 



242, L'EUNUQUE 

< ACTE CINQJLUEME. 
S C E N E II, 

CHEREA. THAïS, PYTHIAS, 

O/eréa, 

*) T e père & la mère d'Antiphon fe font tous 
X_J deux trouvés chez lui, comme s' ils s' étoienc 
donné le mot; '). de forteque je ne pouvoîs entrer 
qu'ils ^) ne me vilTent. Et comme je me tenois 
devant la porte, ^) j''aivu un homme de ma connoif- 
fance qui venoit droit à moi. '*) Sitôcque je l'ai 
apperçu, je me fuis mis à courir de toute ma force 
dans une petite rue détournée ') où il n^-y-a pres- 
que jamais perfonne, de celle-là dans une autre, & 
de la encore dans une autre, enfin pour empêcher 
qu'on ne me connût, il m^a fallu courir comme un 
miférable, ^) Mais eft-celà Thaïs que je vois? 
Ceft elle-même, je ne fais ce que je dois faire» 

A quoi 

*) Chévéa rend ici ^q^ du fujet demandoit nccefFui- 

raiftins fort naturelles pour- rement que Chcrca parût 

quoi il n'a pas changé d'Iia- encore devant 'l'hais avec Je 

bit; & c'elt en cela qu'il même habit qu'il avoitche^ 

faut bien remarquer l'adrcf elle» 
(è de Tcveiicc-, car {{f" fuite 

i) 2Uâ wann fu ftoî) 6frcb( ^ât«n. 

2) Que nu jîatt Jans que. 

3) ?Bcr bcr 'Xbiirc ftimbe, 

4) ©erabc nuf mid) ju. 

s) (riiic ïkmt abvKicgcnc ©affe. 
6) S-)a\>i xâ) iiMc cm orinfclig^r ^ftï (arm«t Seuffï) ■ 
(){rum (auffH nwiTm. 



DE TERENCE, 243 

A quoi me réfoudre? que m'importe ') enfin ^ que 
me fera -t- elle? ^) 

Thaïs, Abordons -le. Dorus, Thonnère hom- 
me, eh bien dis-moi, un peu, tu t'en es donc fui? 

Cbérèa. Cela eft vrai, Madame. 

Thiiïs. Approuves -tu cette adion? 

Chéréa, Non. J'ai tort. ^) 

Iha'is, Et crois- tu que tu l'auras faite impuné- 
ment? '°) 

Chéréa. Pardonnez- moi cette faute, je vous prie, 
iî jamais ']'ç:r\ fais une autre, tuez- moi. '') 

Thaïs. Appréhendois-tu que je ne fulle pas bon- 
ne maîtrefle? 

Chéréa, Non. 

Thaïs. Que craignois-tu donc? 

Chéréa. Que cetre fille ne me rendît un mauvais 
office auprès de vous. '") 

jy^rt/i-. Qu'avois-tufait? 

Chéréa. Quelque petite bagatelle. 

Pythias, Ho, ho! impudent, quelque petite 

bagatelle? crois -tu que ce foie une bagatelle que 

Q 2 d'avoir 

7) ^ci) biefmi Verbo wjrb ôcmciniâlic^ bec Nomin. il; 

ouégclaffcn. 

8) SBocjuicf) niicb cntfcî)ncf;cn foH? waô \k^i m\x cnb* 

lid) bavan? was wiU iii miv tf)un? 

9) Scî) ()^&« unrcd)t, t 

10) 3^û6 ii \>'\t una«|]raft ^ingç^cn foOl 

11) (5o bringet nud) um baé £cbm. 

12) ©Q§ bigfei^ 9}(rtî)3cn mtd) bjç <u(^ anfd;»arj(ii 



-244 L'EUXUQUE 

d'avoir déshonoré une iilie qui t-ftdtoyenne d'Athè- 
nes, ? '0 '^l 

Chhê'a. Je çroyois que ce liîc y ne efclave com- 
me ni^i ; 6i nu conip;)t2!iede lervJce? ''*^ 

Pythnis r? conipLiiîne de letvice ^^ je ne fiiis ce 
qui me tie -c *''') que jer»e me jette à tes cheveux, 
monftre, qui vjs encore l'mloience de te venir mo- 
quer (les gens, '^) 

Thiïis. T'en iras- tu d'ici, extravagante? '^) 

Pyth'ias Pourquoi cela? vraiment j'en devrois 
beaucoup de xt'\ç à ce pendard, '^) quand j'aurois 
fcdc ce que je d;s, furtouc puisquM avoue, comme 
il fait, qu'd eft votre efclave. 

Tbuis, Finiflbns ces difcours. Chéréa> l'aâion 

que 

*) Py/^/^f eft ofFenfée de **) Il faut /èfouvenir que 
ce que C/'t'-fV? vient de dire cetfc Conic.iie' eli Grcque. 
qu'il n'avoit desljoiinoré cet- Les Romains portoient fes 



cheveux fort courts, mais les 
Grrc'i les portoient ort 
longs. 



te fil'e que parcequ'd avoit 
cru que c'etoit (^^. i onipa^ne 
defer» ice: car c'étoit di^-c qie 
les valets pouvoicnt abufer 
impunément des fervantes. 

13) 55'i.'i)n^<^ ^U/ «<* ^i\) finf c<«rfna« ^<\&\t, firt_3)in&^ 

gcn, fo S)on Jlrî) il \*^ , ju t)i'nînt()ien ? Qj^ie d* 
^voif deshonnorc mit bcni ijoracrachtiibcn verbu 
imperf^n. c'e(t, i(ï t\mx £"r f.lurcrcfltn Idict. tci: 
frarudftf.ticn *?i^rad)e. nber fcbr clcg,.nt. 

14) Un& i-me 5'^ktitiKi!in, iiicid) roie id). 

15) 3''^ tt?f«6 iiKiif, roa^ mid) jutûcf half, 6o§ ic^ 
Md) nid>t bci)ui 5vopf<' Frieije, ^u2ib^d)e^, ba î)« 
bid) nod) «rhibncfî/ ^«utc ûu6jU|pûttcti. 

16) .î)u îcafùbnc 

17) 5ùnDii()r, td) milrbc Mefcn ©algcnDogd (ange nicÇÉ 
fo, \çi€ et «5 tjçrotcnst/ bïjaylt l;ab«n. 



DE TERENCE. , 24c 

que vous avçz faire, eft fort mîîhonnêfe, car qumci 
même j'aurois mùnté cet affronc^ h cliofe ne ÏmC- 
feroit pas néanniouis d'être imiigne xV un ho" me 
comme vous, '^j En vérité )e ne fus préiente- 
menc ce que je dois fiire de cette fille, vous avez (î 
bien rompu toutes mes melures, '^} que je ne la 
puis plus rendre à (es parens dans TétiC où elle de- 
vroic être, & où je voulois qu'elle fût n^)Ur leur ren- 
dre un fervice entier, ^ donc ils pilirent m'avoir 
quelque oi ligation ~°) 

ChJréa. Mus, Thaïs, j'efpere que deformnis il- 
y- aura entre nous une éternelle union * il eft loq- 
vei c arrivé qu'une choie fàcheule «^embarrrilTéedans 
' fon commencement, a fait naître une fore grande 
amitié; ^') que fa vons- nous fi ce n'eft point quel- 
que Dieu qui l'a voulu? 

Thaïs, En vérité, c'eft ainfi que je lepiendi, ^^) 
& je fouhaite que cela foit. 

Chéréa je vous en prie aufîîj foyez bien per- 
fuadéeque ce que j'ai fait, n'a point été dans la vue 
de vous 'faire un afFronr, ^^) c'eft l'amour qui m'y 
a forcé 

Thaïs. Je le fais; & c'eft ce qui fait que j'ai 

moins de peine à vous pardoimer* ^'^) je ne luis 

Q 5 pas 

18) ©0 tt)ù be ce ^\K% bennod) Dor m6) tiicî)t fdiicfcn. 
»9) 3i)r ()a&t m<in« Olbfid)f«n ^€rma|Tcn unitrtrod)cn. 
30) ^incii t>otIfomme!icn î)i(fr'iî ju cnvetf^n, unC wofûv 
pc mir î\n\<\z^ €'nnf tr»itTcn iTidd)tcii. 

21) (Éine ,3rogc ^r^fnnî^fcijafî juwcge getnadjt. 

22) (3o iî%i id) cf! (lud) out5. 

23) î)aé, TOûé id) gctban ()a&c, gar nid)f in ter Slb» 
fîd)t ^cfd)€b 11/ ^ui) ^u bflcitigcn. 

24) t)a0 id; cud> «m ocjîo lcid;tcc t>»vjuf)C» 



246 L'EUNUQUE 

pas d'un naturel fi Hiuvage, Chéréa« & je n'ai pas 
il peu d' expérience que je ne Tache ce que peut ^^) 
r smour. 

Chèrèa. Que je meure, ^^) Thaïs, (î je ne vous 
aime déjà de tout mon cœur. 

Vytbias. Si ce qu'il dit eft vrai, je vous confeille, 
IvJadàrhe, de vous donner bien garde de lui; ^^) 
il-y-a trop de péri! à en être aimée* 

Chérca, J'ai trop de confidération pour Thaïs, je 
ne ferai rien qui puiflè la fâcher. 

Vytbias, Je ne me fie nullement à vous. 

ThciU, Ti^is-toi. 

Cbérca. Prél^2ntement je vous prie de m' aider en 
cette rencontre, ~^) je me mets entre vos mains, ie 
vous prends pour ma prote<3rice, ne me refufez 
pas vôtre fecours, je mourrai aflurément, (i je 
n' époule cette fille. ^^) 

rb.iis Cependant fi votre père. ♦ . . 

Chéiéa Quoi? Ah. il le voudra, ^°) j'en fuis fur, 
pourvuqu'elle foit citoyenne d'Athènes. 

Tbais, Si vous voulez attendre un peu, fon frè- 
re fera ici dans un moment :, il eft allé faire venir 
la nourrice qui l'a élevée, vous ferez prélent à la 

reconnoilfance. 

Cbéréa, 

25) Scilicet Faire: utîb \d) 6in ni(r)t ft> uncrfabrciiy bag 
id) nic()ttviffm fonte, toaé bic îkbi «uéiuridjmi 
bcrmtivi. 
, 26) ^c^ ivill bt^ 1ob(6 fei)n.^ 

27) '^'ud) wol)l r^cr j()tn ju biifcn. 

28) Kencontre ijl ()icr fiir occafion j,)É5raud)(. ^ 

29) ©ciiMt'îtd) icf; mvbc ftabcn , fo ic^ biefîîJ ^UH^t\ 
\\id)t ()C!)ratbc. 

30) (Se iviïî) Ci^ fci)on èuij«0{«. , 



DE TERENCE, 247 

Chéréa, J'en ferai ravi. 

Tlms, Voulez- vous cependant ^') que nous l'al- 
lions attendre à la maifon, plutôt que de nous te- 
nir ici devant cette porte? 

Ch;réa, Ue tout mon cœur» 

Pytbias^ Madame qu'allez-vous faire, ^^) je vous 
prie ? 

TIm'ii, Comment cela ? 

Pytbias, Me le demandez - vous ? vous fongez 
encore à recevoir cet homme dans votre maifon, 
après ce qu'il a fait? 

Thàis^ l^ourquoi non ? 

Fyth/as, Croyez- m'en ; fur ma parole il vous fe- 
ra encore quelque defordre. ^^) 

Thaù^ Mon Dieu, tais -toi, je te prie» 

?ythtas. Il femble que vous n'ayez pas encore 
îfTez de preuves de ce qu'il fîit faire. ^"*) 

Chéréa^ Je ne ferai nul defordre, Pythias* 

Vytbiast Non vraiment, pourvuqu'on ne vous 
h donne pas en garde» ^') 

Cbéréa. Mais garde- moi plutôt, ^^) Pythias* 

Vythias, Ma foi je n'oférois, ni vous garder, ni 
Q 4 vous 

31) Cependant, ifî èiéttJdten citt adverb. pr^poC Uitùti* 
Ux\ aud) poflpofîtivum, nad)Dcm «^ î>« Sleganj 
crforbsrr. 

52) ^rau, WQÔ WDÛe: i^c Dornc^men? 

33) (i'r raii't) noct) nic^.c Un^eil anricto. 

34) (lé i"d)cinct , Qlé ^rtttet il)r noc^ nid)f ^ro6«n gc 
nung eon tem, ttjaé cr ju tf)un t)crmdgenb ifr. 

3>) Cffiûnn man fie cud> nur nid)t ju butcn gic&t. 
36) 3ibcr beamd)c mid) (iebcr. Prcv. garder une poire 
jour la foif, atvaé auf bfn 3Ro{^fall rtuf()C&eo. 



348 L'EUNUQUE 

vous donner qui que ce Toit en garde. Allez vous 
prum'^'i.er. ^^^ 

Thaïs Ha ,• cela va le mieux du monde. Voici 
le frcre (le P;!mphila. 

i:hé*é<t Ah, mon Dieu, je fuis au defefpoir; en- 
trons je vous prie; je ne veux pas qu'il me voye 
dans iî rue avec cet habit. 

Thm Pourquoi donc? Eft-ce que vous avez 
hont3 ? 

Ché-'éa C efî cela môme î 

Pythiûs. Cela même! voyez la jeune pucelle! '*) 

Thfi'is, Entrez, je vttus luis. Toi, Pythias, de- 
meure pour faire entrer Chrêmes. 

ACTE C I N QJLl I E M E. 
SCENE IIL 

PYTHIAS, CHREMES. SOPHRONA. 

Vytbias, 

|Ue pourroiî-je trouver? Que pouToit-il pré- 
leritem'nt me venir dans l'elprit? ') Quoi? 
Comment me vangerois- je de ce iicelérac qui nous 
a taie ce beau piélent? 

Chré' 

5*7) ^Khimé], (o^cr) gcf^f «tirer <H?f(<c. 

38) (êe&<t bocf) t>at^ arin-: ^m^, roie ^ie \\(bi llnfcfiult) 
rpicïet.' Puccllc, prnp'-io, ^u' \[)xt ^\\n<3,^'x\d):i\t 
nod) hnt, it. eine '21rt'5f<"î). 3n l>cr Hifb.rie, la 
pu elle d'Oil.nnç, ^oë 9}i.îbi]f" t>ini Orle n\ fo 

«r)cma(4§r^'if'-cic{) omt &cn v£nâli^nt)«rn crliîfîte. 
1) COiic lu ^'u\n fau<;i. 



DE TERENCE. 249 

Chréwès, Marchez donc, nourrice* 

Sopbruna. Je nurche auffi. 

Chrêmes» Je le vois bien , mais vous n'avancez 
guère. ^) 

PytJj^as* Avez -vous déjà fait voir h cette nour- 
rice toutes le;, marques qui font dans la callecte ? 

Chrêmes, Toutes* 

Pythjas. Et qu'en dit -elle, je vous prie? les 
connoît elle? 

Chrêmes» Comme fi elle ne les avoit Jamais per- 
dues de vue. ^) 

Pythun. En vérité cela me fait un grand plaïfir! 
car je fouh^ite beaucoup de bien à cette leune fil- 
le. Entrez s'il vous plaît, il- y- a déjà du temps 
que ms mntrefle vous attend.*) Mais voilà cet hon- 
nête homme de Parménon, voyez avec quelle non- 
chalance marche ce maraud! '; Je crois que j'ai 
trouvé le moyen de me vanger de lui comme je 
le fuuhaite, ^) & de le faire enrager. M;iis je veux 
entrer auparavant pour favoir fi cette fille eft re- 
connue, après quoi je reviens pour fliire une belle 
peur à ce fcélérat. ^) 

Q f 

a) îlOcinc ibr fommt nicî)t Don bcr ©feOe. 

3) 5110 roann fie felbigc niemalen au^ î)«n îïugcti g?* 

laiTcn. 

4) 9)»cine 6ebi<tcrinn tvûttft fc^on cinc geroume 5«t 

ouf |tc. 

5) ©cl)«t, mt t)cc ©djurîc \é)k\&,i, (fo faul cin^cc 

gft>et, 

6) S)aô COîittcï, mid), mie icb «j'infc^e, ju rac^cn. 

7) £)«m 6c{;ttrf«n t«ct)t bonôe ju niac()«n. 

ACTE 



2yo L'EUNUQUE 

ACTE C I N QJ.1 1 E M E* 

. SCENE IK 

PARMENON, PYTHIAS. 

Varwénon* 

''e viens voir ce que fait ici Che'rén. S'il peut avoir 
achevé Ton entieprife iinement & fans bruit, ') 
Grands Dieux, quelle joye ! combien de louanges 
en recevra Parménon! car fans parler de la facilité ^^ 
avec laquelle je lui ai fait trouver la latisfatlion qu'il 
deiifoiî dans un amour qu'il écoit très difficile de 
fatihice, & qui lui auroit coûté fort cher, ^) s'il 
fe fCiC mis entre les mains d'une courtifane avare, 
je lui ai h\t polféder fans aucun embarras, fansaucu« 
ne i\éçtQi\k., fans qu'il lui en ait rien coûté, "*) une 
perfonne dont il écoit amoureux. Mais j'ai fait 
encore une chofe bien plus glorieufe , & qni doit 
fan.t vanité remporter le prix, ^) j'ai trouvé le 
moyen de faire connojtre à ce jeune homme les 
mœurs & les manières des courtifanés, ^) afînque 
les connoiflant de bonne heure, il les haïfîè toute 

fa vie. 

1) jD5 cr fein Urîfernc^mctt duf tm fcîilrtuc 3(rt unb 

el). e £ûrmcn iviib ^abcn ju (£nî)c briiigcn foRnett. 

2) 5;)tnn oî)nc ttx (jcringcn CDîuf)c ^u ()f^«nfm. 

3) Unb fi> i^m fe^c tl)«ucr wùrbe ju jï^^cn ocfommctt 

4) 0()'u' 'Mf} cé if)rt b'ié flcrin(3l!e gcfolîcf firtt. 

5) Uhi) i\h(:I)C/ o{;ne 2vui)in jufugen/ l)cnj)3«ié bat)©» 

ttua^n tiiu§. 

6) î)ic êiucu unb £<6{n^ûrt Hi S^* 



UE TERENC£, 2fi 

fa vie« ') Quand elles vont dans les rues, rien ne 
paroîc plus propre, plus compofé, plus ajufié:®) 
quand elles foupent avec leurs galants, elles fonf 
les délicates* ^) Mais quand elles font leules chez 
elles, il faut voir comme elles font malpropres, dé- 
goûtantes; '°) tout eft en defordre dans leur mai- 
fon, 6i elles lont fi affamées, ") qu'elles dévorent 
du pain noir '^) qu'elles trempent dans de méchant 
bouillon du jour de devant. Le falut d'un jeune 
homme, c'elî: de connoître cela de bonne heure. '^) 

Pytbias. *) Je me vangerai alTurément de tous 

teis 

*) La conduite de Téreiice peur à Pavmcnon, cette peur 

eft merveiileufè, d'avoir fait oblige Pavménon de toiitdé- 

en forte que Pythim confer- couvrir au vieillard, & c'eit 

ve toujours la n;cmeanimo- cequi fait entrer le vieillard 

fîté contre Parniénnn., & que chez Thais, où la reconnoif- 

Parméuon par tout ce qu'il fance fe fait A où il con- 

dit l'irrite toujours davanta- firme le mariage. Cela eft 

ge, car c' eit ce qui amené le trcs naturel» 
dénoùment. 14) Pythim fait 

7) ^r ft« 3cit 8c6cn^ 6ûffé. 

8) 9^td)té jîe^ef rcinlict)cr, g^pufjf^r, nod) \m\\^tx aué. 

9) ©0 |î«nen fie fîd) fe^r UûixiaH unb ccfcl an- 
iq) Unrcinlidi), cdcibaft, (wiDcrlic^) 

11) Unb {k finb fo auéi]e{)ungcrt. 

12) 2)a9 iit &aé fd^tvarje 53robf gin-ig ^inuntcc fc^fu^ 
c!en. 

13) 3" fcï)Icc!)fcg(ififcï)bnioeoom {JorOeriîc^fnfeenXage. 
5^ad ^eil etnCt^ jnnçien ?n?«nfri)eu, bei!ef;ct barin^ 
neii/ bûg cr folcïjcé bct) 3eit€a cinfel)e. 

14) 5Dcnn baé bringt cbcn bcnSiuêgana bc^6d;auf))ie;î 

les ju m^u 



S^2 L'EJJNUQUE 

tes dits dk faits,"') fcélérat, & tu ne te feras pas mo- 
qué de nous impunément. '^) 

ACTE C I N Q U I E M E* 
SCENE V, 

PYTHIAS» PARMENON. 

Pythtas fortant de cb/'Z Thciîs. 

Grands Dieux quelle horrible adion! ') ah, le 
pauvre jeune homme ! oh, le méchant Farmé- 
non qui l'a amené chez nous! 

Parm'erwn. Ou'y-a-t-il? 

Pythiiis, Il me fait compaflîon, ^) & je fuis for- 
tie pour ne pas le voir. Ouel exemple terrible on 
dit qu'on va faire de lui! ^) 

Vannénou. Oh Dieux, quel defordre eft cela? 
ne fuis -je point perdu? il faut que je lui parle» 
Qu'eft-ce que c'eft, Pythias? que dis -tu? de qui 
va - 1 - on faire un exemple ? **) 

Pythtas^ 

15) 5Me 6ct)be Partlclpii Secunda o&cr *>upina DÛfec 
verboruin finb l)Kr fubftjdtivc gcnoiiimcni. 

16) Unb bu fofiiî mciner nid)t un.^cjîiaft gcfpoftef ^a« 

bm £)u'fv"^ AdvcrI). iinpiinéinent, \:^ai cin lans 
g-:^ é i^ît bor '^\)\H ment, eb fcton taé adji-èliv. 
m M.'lètil. tri i ^Ui<v^ibet, l(l alfo cm irregulare. 
i^ «ÎC.Icîv fifd)v.cfl.d)e Xlvn! 

2) €i bfiofi^et ni;!) j-m g^îrlcibcn,, (ict? 6?brturejf)tî.) 

3) rO(.ui r.iit e^' ^vi.b ju ii)in «in £rfd)recflic^cé ^7«m* 

t)c( fl.vui'.vr n><r^on. 

4) 2hi m\\\ iviU iiiau cm (fycinpd |îiUuit«n ? 



DE TERENCE. 2n 

Pythias Le peux -tu demander, le plus hardi & 
le plus impudent ^} de tous les hommes? En vou- 
lant nous tromper, n"'as- tu pas perdu le jeune hom- 
me ^) que tu nous as amené au lieu de Tefclavequi 
avoit été donné à Thaïs? 

Parjjiènoii. Comment cela ? & qu' eft - il arrivé ? 
dis -le moi. 

Pythias, Je le veux, La il!!e que l'on a donné 
aujourd'hui à ma maitrefle, fa's-tu qu'elle eft ci- 
toyenne de cette fille, &: que fon frère en eft un des 
principaux? '^') 

Ptirméuoih Je ne fais pas cela. 

Pythias. Et moi je te i'apprens. ^} Ce miférable 
Ta violée. Son frère qui eft T homme du monde 
le plus emporté, ^) l'ayant fu ♦ ♦ » 

Parm'enon Qu'a t il fait? 

Pythius. D'abord il a lié ce pauvre garçon d'une 
manière qui fdiluit piné. ^°) 

Partnèmn, Il l'a hé ? ho, ho ! 

Pythias, 

5) 5)iC Superlativa, fo orbcntlid) OUé b?m Comparati- 

vn plu^ 9;Ui(!d)t njerbcn, ûlé le pluvhardi &c. iDer* 
\>in barum Supcil. Kdstiva oscuannt, rcic^l fie allc* 
niai emeu Gcn. ober Ablat. noct) fîd) fVtor:'etn; 
bic al^cr nut bien , fort uno très &c. uiib im beut» 
f*en ^urd) fihr ûu£*gffvùcft rccrren, nenuct man 
borum abicluta , rpcil \\t nic^tô rcgierai. 

6) |)aft ^u nid)i Un jungcn 5îlieHfd)cu in bû^ Unglùcf 

9 jîùrjt. 

7) llno bn§ ibr SSrut'cr «incr bct 23crnc5ni(leH bar* 

ÛU8 ifr. 

8) Hnb tel) bcrid)tt ce bir. 

9) 5Bcld)cr bcr .lornigile 5^enfc^ Don b<r ÎBcU ijî-. 



254 L'EUNUQUE 

Vythias^ Oui , quoique Thaïs T ait extrêmement 
prié de ne le pas faire. 

Parméiwn, Que nie dis -tu là î 

Vythias. A préfent il le menace encore de le trai- 
ter comme on traite les adultères, '')chofe '^) que 
je ne n'ai jamais vue, &que je ne veux jamais voir. 

Pûrmàion. Elt il bien fi hardi que d'entrepren- 
dre une aâion fi téméraire? '^) 
- Vytbias. Comment, fi téméraire? 

Varm'enon, Quoi , elle ne te paroit pas d'une ter 
mérité horrible? Qui a jamais vu prendre qui que 
ce Toit pour adultère dans la mailbn d' une Cour- 
tifane? 

Vythiûs, *) Je ne fais pas cela. 

ParménoH, Mais afinque vous le fâchiez , Pythias, 

je vous 

*) Cette réponfè eft très toute créance. Elle dit donc 

adroite. Pythias fait bieu ^.f 7;^ ///y, faifant connoîtrc 

que /'<:«'?WL7;fl7/ a raifon : c'cft qu'elle fc contente de rap- 

" pourquoi elle ne s'ainulc porter un Fait, fans difcuter 

point 14) à difjîuter pour les raifons ni pour ni con- 

Ibutenirlc Fait, car ello voit trc, if) qu'il ne lui convient 

bien qu'elle pcrdroït enfin point de iavoir. 

11) ©robet cr if)m norf), i5m fo ju bcgcgnm, wicma» 
bm (^■l)t:bitcf)crn bcgcguet, 

12) S^KX tfî ^çc Articulas Unitatis per Ellipfin au^; 
flclrttïcn. 

13) ^ot et tvo^l î)ic ivùr)nf)clt/ cinc fo umvîâcne 1l)Cki 
jii bcâcjjen? 

14) ©céwcgea ^alt fîc ftc^ nic^t ouf. 

iç) Ot)nc bi« Urfac^m lange ju unferfuc^cn/ t>iç mrtit 
pro uno contrs a»fm;tcii foiinU. 



DE TERENCE, Zss 

je vous dis & vous déclare '^) que ce jeune homme 
eft fils de mon maître ♦ ♦ . 

Pytbids, Ah! cela eft-il bien vrai? 

Parménon. Afinque Thaïs ne foaflre pas qu'on 
hii fjfle aucune violence. '") Mais pourquoi n'en- 
trer pas moi-même dans cette maiion? 

Vythias^ Songe à ce que tu vas faire, '^) mon 
pauvre Parménon, prens garde que tu ne lui Ser- 
ves de rien, & que tu ne t'ailles jetter coi -même 
dans un péril d"'cù tu ne pourras te tirer; '^) car 
ils font perfuadés que c'efl: par ton confeil qu'il- 
tout fait. ^°) 

Parménon. Malheureux que je fuis! que ferni-je 
donc? &à quoi me réfoudie? Oh! voilà notre 
bon honime qui revient de la campagne. Lui di- 
rai -je ce qui eft arrivé? ou ne le lui dirai -je pas? 
Ma foi je le lui veux dire, quoique je fâche très bien 
qu'il m'en arrivera un très grand mal ; ^') mais il 
faut nécelTairement qu'il le fâche, afinqu'il aille fe- 
courir fon fils. ") 

Vythias^ 

16) ©0 fage unb txtlkz icO (uc^ ^\m\U 

17) S^amit bie Thaïs ntd)t fcult)?/ bag inan i§ra tlcge* 
ringtîe ©etvalt untbue, 

18) ^ebctife maé bu tl)uu willfî. 

19) Uiib bûg bu bid) nid)t itxoati fcibfî in mt ©efû^C 
fîûrjefî ; woraué bu b\^ mâ)i njirfl retteu f dnncn. 

20) 5D«fi ouf beln Slngcben bicfcé ûûet^ ()ffd)eben i(î. 

m) Ùh id) fd)Dn tt^ei^ . bû§ mie m giog llebel ^araii^ 
entftcben tvirb. 

22) SDamit er {mm 6o()n §u /^ulfç foiiime» 



2)6 L'EUNUQUE, 

Pytbiûs^ C'eft erre fige. Je m'en vais; tu ne 
fau ois mieux taire que de lai conter bien exaâemenc 
tout ce qui s'eft paflé. ^') 

ACTE CINQllIEME. 

S C E N E VI. 

LACHES. PARMENON. 

Lacbh, 

*) \/|a msifon de campagne ') eftfi près d'ici que 
JVI cela m'eft d'une grande commodité ; ^) je 
ne fuis jamais bs ni de b ville, ni des champs, car 
(îtôc que i' ennui commence à me prendre en un 
lieu> je vais à l'autre. ') Mais eft-ce là t'arménon ? 

C'eft 

/ *) Voici un vleilbrd pai- Et cela eft fort hien ména- 
fible 4) qui n'a ?ucun (ouci gé 5) .ifînque ce bon homme 
d^ns la tête, qui ne li up* lente plus vivement L rnu- 
conne rien de mal, & qui velle que Fa.tnénon ra lui 
ne penfe qu'à la comtnodi- apprendre, & que ce change- 
té qu'il-y a d'avoir iiaeniiii- ment d'ctiit iiùt mieux mar- 
fon de campagne qui ne loit que &. divertiiie davantage 
pas trop éloignée de la ville : les fj-<e£lateurs, 

23) ^)XH^ i^m aûcé, n?aé uorgeganvjcn ijî, genau $u 

cria0lcn. 
i) ^X'ciit P.inbguf. 
a) Daf? ce mir ju ciner 9ro§ctt ScquenilJc()fcif i|î/ obeç 

fcier.et. 

3) ©0 f)alb i(^ on cincm Drfc langt 5Beile (>a6C/ 9<^ 

be icf) an ben fltibcrn, 

4) 5)înn fcbc bicr dncu lubigcn 3IUcrt» 

5) Uni) Oa$ ijl fd;c flug <ing«t)tac(;t* 



DE TERENCE. 



257 



C'eft lui - même. Parménon , qui attends-tu devant 
cette porte? ^) 

Parmenon; Qui eft-ce? Ha, Monfîeur, je me 
réjouis de voua voir en bonne fanté. 

Lâches. Qui attends- tu là? 

Parmenon, Je fuis mort | la peur me lie la 
langue. '') 

Lâches, Ho, qu'j-a- 1- il? pourquoi trembles- 
tu^ tout va-t-il bien? ^) parle. 

Parmenon. Premièrement, Monfîeur, je vous 
prie d'être bien periuadé de cette vérité, que tout 
ce qui vient d'arriver ici, n'eit point du tout arrivé 
par ma faute. ^) 

Lâches. Quoi, 

Parmenon. Vous avez raifon de me fiiire cette 
demande, je devois avant toutes choies vous conter 
le fait. '°) Phédria a acheté un certain Eunuque 
pour en faire prèlent à cette femme. 

Lâchas, A quelle femme? 

Parmenon, A 7' haï». 

Lâches, Il a acheté un Eunuque? je fuis perdu! 
combien l'a- 1- il acheté? ^'^) 

Parmenon. Soixante piiloles. 

Lâches, C'en eft fait, je fuis ruiné. ^^) 



Garnie' 



6) 2{uf wen ttjarfcft bu t)or biefer 15ûr«? 

7) 3»-t ^i"«" f"c Surent nic^t leben, 

8) etc5ct afledgut? 

9) ©ar niàjt aué memcni SSerfe^m cjcfc^c^sn ijî» 
10} ^ucf) bie 2.^ût erifl()(çn. 

11) SBie ^od) ^at et ii)n oefauff. 
>2) (£é ijï ûué mit miiv nun bm ic^ Dcrboï^en, 
R 



2f8 L'EUNUQUE 

Varménon^ De plus , fon frère Cliéréa eft amou- 
reux d'une certaine joueufe d' inftrumens. ^^) 

Loches. Comment, il eft amoureux? eft ce qu'il 
fait déjà ce que c'ellque ces denioifelies? '"*) feroit- 
il revenu à Athènes? voilà mal fur mal. '') 

Varmèmn. Ne me regardez point, ce n'eft pas 
par mon confeil qu'il fait tout cela au moins. 

Lâches, Cefle de parler de toi. Eh pendard, fi 
je vis, je te « ♦ » '^) Mais conte moi premièrement 
ce qu'il- y -a. 

Vmménon, Il a été mené chez Thaïs, au lieu de 
l'Eunuque* 

Lâchés. Au lieu de l'Eunuque? 

Varménon. Cela eft comme je vous le dis. lis l'ont 
pris '^) enfuite pour un adultère; & ils Tont lié. 

Lâches. Je fuis mort ! 

Varménon. Voyez l'audace de ces coquines? 

Lâchés. Eft- ce là toutes les mauvaifes nouvelles 
que tu avois à me dire? n'en oublies- tu point? '^) 

Varménon. Non , voilà tout. 

Lâchés. Pourquoi différé- je d'entrer là- dedans? 

Varménon, II ne fiut pas douter qu'il ne m' arri- 
ve bien du mal de tout ceci ; mais il ctoit ablblu- 

ment 

13) €in€ S«njiffé ^nlïrumciUijîin» 

14) f^eifi il efivflii fcbon, n>te cjj mi feicfen ^f^uen:; 
jiinmern bcfdjajtm fcç, 

15) €«n Uhglûrf ùbcr baef ûvibere, 

16) £1;, 6ii!v}«nfii)wcngd, fo id) lebc, tritt id) bic^ ♦ , 

17) Frendrc quelqu'un pour - - \){\^ii jemanbcn flît 
ctneii \)oXm\. 

18) <SmD bci0 fille bie fd)Iimmen3«itunfl(;n, Me btt BMP 



DE TERENCE, 259 

fnent nécefTaire de faire ce que j'ai fait, '^) &: je fuis 
ravi d'ècre caufe qu'on traite ces coquines comme 
elles méritent; ^°) car il- y- a long temps que notre 
bon homme cherchoit une occafion de leur jouer 
quelque méchant tour, il Ta enfin trouvé* "') 

ACTE CÏNQJ.1ÎEME 

SCENE VIL 

P Y T H I A S. P A R M E N O N* 

Vythias.' 

Ma foi, il ne m'efi: de ma vie ') rien arrivé quî 
m'ait fait plus de plaifir que de voir tout-à^ 
l'heure ce bon homme entrer chez nous tout éibuf- 
fîé, ^) & l'efprit rempli d'une chofe qui n'étoic 
point. Le plaifir n'a été que pour moi feule qui 
favois la frayeur où il ctoit. ^) 

Parménoi!^ Qu'eil- ce donc que ceci? 

Vytbiùf. Je fors maintenant pour trouver Parme- 
non. Mais où eft-il? 

Varmémn. Elle me cherche* 

I^ 2- Pythks^ 

îç) 5iadn icf)'mufifc ttotI)n)enî)iâ^ritJcifi5 bnêt^un, jvflé 

2g) Urfaclje ju f<t)n , bû§ bcncn ^ , ♦ , fôie fîc ce 'sut 

Menen, 6caeiinct roirb. 
21) 3bncn <\\\<r\ fcôfen 6treicî) ju fpiclen, cr ^at fdln'* 

gc cnMid) qcfanbcn. 

1) De ma vie \\t allcraal Cltt Adverb. ncgandi, 

2) ©iini auj^ft îltbera. 



26o L'EUNUQUE. 

Pythias. Ha, ie voila, je vais l'aborder. '*) 

Panncnon, Qu'y-a-t-il, impertineoce? que veux- 
tu? qu'as -tu à rire? ') ne céderas -tu jamais? 

Pythias. Je n^en puis plus, je me fuis mife en- 
tièrement hors d' haleine ^) à force de rire ') à tes 
dépens» 

Parmènon. Pourquoi cela? 

Pythias, Belle demande! ^) je n'ai jamais vu, & 
je ne verrai de ma vie un fi fot homme que toi. ^) 
Je ne faurois dire le diverciiremenc que tu as donné 
chez nous. Vraiment autrefois je ee prenois pour 
un homme fin & rufé. '°) 

Parm'cnon^ Comment? 

Vythias, Falloit - il croire {\ vite ") ce que je te 
difois? n'étois-tu pas content de la faute que tu 
avois fait faire à ce jeune homme, fans aller encore 
le découvrir à fon père? '") en quel état penfes-tu 
qu'il' a été, quand fon père Ta vu avec ce bel habit? 
Eh bien, crois -tu enfin être perdu? 

?armcuon^ Ah, méchante, que me dis- tu là? 

ne 

4) 3cïj ttjifl if)tt anrcbftt. 

5) SBa^ (acl)fî bu fo? 

f>) 3c() 6in Qân\[\6) aufîcr ^itUm. 

7) A force iSurd) t)iclcf5 ((tailei?) Mv. Qi^iantif. md) 

bi«fcm foltU/fo Cécin Sufiltant. ^crGcnlt. de, Artic, 
Partit, ttenn cé du vcrbum, liaÔGcrundiuin in de. 

8) ^iticarficïc ^■(a<^t\ 

9) Qjlncn fo bummen .5îerï nM bu 6i|î. 

10) iJor btef^m iyxilu tcf) Hdt fur t?erfcfjmiÇr unblljîig. 

11) ©0 ()urtivj glauèciT. 

12) Êé fein«m S}ûit«r t>«iat()en. 



DE TERENCE. ^6i 

ne ments-tu point encore? tu ris? trouves -tu un 

fî grand plaifir à te moquer de moi, coquine? 

Pythins. Très grand. 

Vanjiémn, Pourvuque tu le fafTes impuné- 
ment. '0 

Pythias. Cela s'entend. '"*) 

Vartuénon. Je te le rendrai fur ma parole» ''3 

Vythlas, Je le crois. Mais mon pauvre Parmé- 
non, peut être que ce n'eft que pour l'avenir que 
tu me fais ces menaces, & dès aujourd'hui tu feras 
traité comme il fjut, toi qui rends un jeune garçon 
célèbre par des crimes '^j que tu lui fais commet- 
tre> il qui es en fui te le premier à le déclarer à Ton 
père; '") ils feront l'un & Tautre '^) un exemple en 
ta perfonne. 

?armé}jon. Je fuis mort. 

Vycbias. C'eft là la recompenfe qui t'efl due '^) 
pour le beau préfent que tu nous as fiit. Adieu. 

Varménoti^ Malheureux! je me fais aujourd'hui 
découvert moi-même par mon babil, ~°) 
K 3 

13) ÎSann et? bir niiv Uttgejlrûft 0in9c5f^ 

14) 5^aiJ berftftjet fid) 

15) 2luf mcin ^ffiort, icf) fôifl tid) tviebec UiciWti* 

16) '^w, ber bu eincn junQCii ?Oîcnfd}«n burcO 2a(îcc 
bcru^mt mad)efî. 

17) Unb Ut ^crnad) ber crfîe ijî, ber eé fcincm 23a{« 
onjciget- 

18) Pronomcn Impropr. f)ci|fgt, 6<l)bC, beçberfcit^/ «itl^ 
ûnber. 

19) 9^un f)a(î bu beincn oerbjentm So^n. 

20) 2)îjt iiulncm ^Maubctn» 

ACTE 



t6z L'EUNUQUE 

ACTE CINQ^UIEME. 
SCENE VIIL 

GNATHON, THRASON, 

*)/^iie faifons-nous donc préfentement ? Tur 
V3I quelle efpérance , & à quel deflein venons- 
nous ici? Que voulez- vous faire? 

Thrafon, Moi ? ''^*) je veux me rendre à Thaïs à 
difcrécion, ') & faire tout ce qu' elle ordonnera» 

Cnathon. Comment ? 

Thrafon, **'^) Pourquoi lui ferois - je moins fou- 
mis qu' Hercule ne l' étoic à Omphale ? 

Ctiathon^ 

*) Ce parafîte eft toujours ***) Térence peint bien ici 

fâché de quitter la cuifine, la coutume des lâches, qui 

& de voir que fon maître prennent toujours dans les 

va s'expofer à de nouveaux grands exemples ce qu'il -y- 

afFronts. 3) a de mauvais, & laiflent ce 

qu' il - y - a de bon. Hercule 

*^) Thrafoit \>zr\Q toujours i\.\t fournis à Omphale, il elè 

en guerrier, g' elt pourquoi vrai, mais c' croit Hercule, & 

j'ai traduit me vendn à dtf- pour avoir le droit de rimi- 

o'cVw/, qui font des termes ter en cela, il faut l'avoir 

de guerre» imité en autre chofè. 

i) 3d) njin mic^ 6cr Thaïs nuf ©na&c unb Ungnatic 
«rgebciî. 

s) îDrtg fdu -ipcrr |îc§ luucn SScfc^impfungcn auôfc^m 



DE TERENCE» 2^3 

Gnatbon, L'exemple me plaît.*} Dieu veuille que 
je vous voye aufîi carefler à coups de pantoufles.' 
Mais pourquoi ouvre- 1- on la porte de Thaïs? 

Thrafon, Ho, ho! je n'avois jamais vu celui-là; 
qu'eft-ce que ceci ? eft- ce encore un rival? ^) 
d'où vient qu' il fort avec tant de hàce? '*) 

ACTE C I N QJU I E iM E. 

SCENE IX^ 

CHEREA. PARMENON. GNATHON, 
THRASON» 

Ornes concitoyens! y-a-t-il perfbnne au mon- 
de plus heureux que je le fuis ? Non afluré- 
ment il n'-y-;a perfonne, & les Dieux ont voulu 
faire voir fur moi toute leur puilFance; ') car dans 
un moment tous les biens me font venus enfouie.^} 
Parmèmn. De quoi a-t- il tant de joye ? 
Cbéréa. Oh , mon cher Parniénon , qui es l' au* 
R 4 teur 

*) Il-y-avoit fans doute ceFIerosfîlerprèsde fàmaî- 1 

à Athènes quelque Corné- trefiè 3) qui lui donnoit des 

die des amours d' Hercule coups iur la tête avec {on 

& à' Omphale. On y voyoit foulier. 

3) ©oflfc ce nocî) ein 3î«b.enbu^l€r fcjjn? 

4) Adverb. fo cilfcrticj» 

1) Unb fciefôoftcc ^abcn on mir ûïlc5îrâf(e i^rcr 5î)iac^f 

ju crfennen geèen tVDÏIcn. 

2) 5lt(f6 ÇjnUi ijî mir ^aufennjcife jugcfaUett. 

3) 5)îan U\U barinne^ wiç t)i«f«r |^c(b U\) fdnçc £ie6# 

fu fpann. 



254 L'EUNUQUE 

teur de tous mes pLiifi s, qui as tout entreprît, tout 
achevé! ■*) Hiis-tu la joye où je luis? fais -tu que 
ma Pamphila eft citoyenne. d' Athènes? 

Varménon^ ]; l'ai ouï dire. 

Cbéfén Sais tu qu'on me lY accordée? ' 

Parui'enon. J ' en fuis ravi. 

Gnntbon. Entendez- vous ce qu'il -dit? 

Chhéi. De plus, j'ai un grand plaifïr de voir 
mon fiére en *^) état de jouir tranquillement de Ton 
amour. Notre maifon & celle de Thaïs ne feront 
qu'u'ic deloimùs, '^) elle s'eft jetrée entre les bras 
de mun pere> elle lui a demandé la protetlion , & 
s'eft donnée t'.'Ute entière à nous ^) 

ParmènoiK '^) Elle eft donc toute à votre trere? 

Chéréat 

*) N'en deplalle à '/VVtfWftf d'une courtjfane & celle 

ouà V/J/;c///r^/\',voiciuneclio- d'un honncre citoyen ne 

fe très ricieiilc. Car i\n'y' vont plnv ètie'qu'une mai- 

a-t- il de pIms oppofé à lu ia- Ion, c'î que le père de ces 

gcfli ik aux bonnes mœurs deux jeunes hommes, je ne 

que de voir que la maifon dispas, reçoit (bus,la protec- 
tion 

4) t5fr aCfcé untcrnommm, atïcé aui?()«f»^r«t î 
j) Dafi inan mir fie iUi]cri,u ? 

6) Dans u!l'> en fj.ib \CQi^ Propofîtiones, bie bfn Ac- 

ci'f-t. tciiicrcn, unb im Scutfi1)cn i» ()ci|T*.'"- ©'« 
finb aber'im ©ebraud) barinnc ttoii cinonbcr uni; 
(CiM)ifbctî/&at5 man dans ber bcm Articulo Def. le, 
la, les» Itebcr brûiicbt ali^ en, fo nur bnj bcn Nomini- 
bus, bic fcincn Articulum anucbmcn, ijcbrand)t 
nMrb; anbcrcr Dvc^cln, nad) u>fkl)en en unb dans 
untcrfcOicbcu flnb/ ju iicfdjweigcu. 

7) •!^3cr^cn fûnftiv) {)\\\ nur cm .Oaiié nu(^mad)cn. 

8) (Sic W um f«incn iSc^uij gcbctcii unb jîd; une gSnj» 

lic^ cvjcOm, 



DE TERENCE. 255 

Chéréa. Sans doute. 

Vorménon. Voici encore un autre fujet de joye, 
le Capitaine ell chafl'é ^_) 

Chéréa. Mais fais que mon frère fâche tout cela 
bien vite, en quelque lieu qu'il foit. '°) 

Pûrménon, Je vais voir s' il eft au logis. 

Thrafon. Pséientement, Gnathon, doutes- tu que 
je ne lois perdu? 

Giifltbon. Je n'en doute nullement. 

Ctéréa. Qui dirai- je qui a le plus contribué à ce 
bonheur ? & qui de nous deux dois-je le plus louer ? 
lui de m'avoir donné ce confeil, ou moi d'avoir ofé 
l'exécuter? ") Donnerai-je l'honneur du fuccès à la 
Fortune qui a tout conduit, ^^) & qui a fait arri- 

Px f ver 

tion cette cotirtifane, car à Voilà un traité le plus indi- 
la bonne heure, 13) cela pour- gne dont on ait ciii pirler, 
rolt fe Faire avec honnêteté, On peut dire pour les excu* 
mas qu'il confente que Ion fer que dans ces temps de té- 
fils Phéiiria continue avec el- nebres la débauche étoit per- 
le fon commerce ordinaire, miie, pnurvuque l' adultère 
& qu'à la vue de tout le n'enfùtpa», 14) maisen véri- 
inonde ce Fhcdria fouffre te cela ell: trop public, & le 
que le Capitaine foit reçu traité fait entre i^ens graves 
chez fa rnaîtreffc en fécond i ne peut guère être excufé. 

9) î)cc vÇ)auptmûtin C^af Me ©cbippe) i(îoertrif&cn. 

10) 2llleè biefcé fein ^uttig erfn()rC/ et mag (lecTcn, tX)o 

et TOiQ. 

11) Dber id)? Dec ic^ nitd) unrcrjlanbm ^aht il)n au(?# 
iufabnn. 

12) èoîi \d) bie Q:f;re bcé (Siegeê bem ©lucfc jufc^rci* 

ben, ba^ allée gefùbret? 

13) Denn bail gieiige noc^ fo ()in, (bûé ii?âre nocf) bûé 

rccniijlie. ) 

14) SBofçrne nur fein (E(>îbcucf; ijor^anb^n tvflr. 



a56 L'EUNUQUE 

ver fi à propos dans un feul jour tant & de iî favo- 
rables conjonctures? Ne louerai -je point aufîi h fa- 
cilité de mon père, & fa complaifancè? '') O Ju- 
piter, confervez-nous, je vous prie, tous ces biens» 

ACTE CINQUIEME. 

SCENE X. 

PHEDRIA. CHEREA. PARMENON. 
GNATHON. THRASON» 

Phé^ria, 

Grands Dieux. les chofes furprenantes ') que me 
vient de dire Parménon ! Mais où eft mon frère ? 
Cbéri\'U Le voici. 
Phédi-'iû^ Je fuis ravi» . ♦ » 
Cbérl'a, J'en fuis perfuadé. En vérité, mon 
frère, perfonne ne mérite plus d'être aimé que vo- 
tre Thaïs, pour cous les bons offices qu' elle nous 
rend. 

Phcdria, Ho, ho, allez -vous me la louer? ^) 
Thrafon^ Je fuis perdu ! moins j'ai d'efpérance, 
plus je fuis amoureux ! ^) Je te conjure, Cnnthon, 
de m' aider de ces confeils, car je n'efpere qu en 
toi. ^) 

Gmthoii. 

15) ©olï i:I) nic^f auc5 bic ©ch'n&icîffit unt) vïBinraè^ 
rigfcit m^ineé 23jt«cé cûf;mcn ? 

1) ©ic crtîauncn&m ©ac^tn. 

2) 'ilim^t i^c aud) an wvx (îe ju Uhtn ? 

s) 3<! (îcriiigcr tk ^ofnung, je i>ro§er bie 5if&e. 
4) ?}iic mit bclncm ?iatl)e l)ci)5!iftcf)cn, î)<nn nifiot cin* 
jiijc -pcfnyna b<ru{;t auf èir» 



DE TERENCE. 267 

Cnathon Que voulez -vous que je fafle? 

Thrnjoiî, Obtiens moi ou pir prières ou par 
argent, que je puille ^} être regu quelquefois chez 
Tiiaïs. 

Gnatbon, Cela eft difficile. 

Thrajon» Je te connois. tu n'as qu'à le vouloir,^) 
tu m'auras bientôt fait ce phifir. Si tu le Jais, tu 
peux me demander tout ce que tu voudras, tu ne 
feras pas refulê, ^) 

Cnathon, Cela eft- il bien fur? 

Tbrafon, Très iûr. 

Gnnthmi^ Eh bien, (i j'en viens à bout, ^j je de- 
mande que votre maifon me foit toujours ouvertCi 
foit que vous y foyez, ou que vous n'y foyez pas; 
Et que fans être prié, ^) je puifle toute ma vie y 
manger quand il me plaira, 

Ibrafon,. Je te donne ma parole que cela fera ainfi. 

Gnathon, J'y vais travailler. 

Pbédria, Qui entends - je ici ! Oh Thrafon î 

Tbrafon, Bon jour, Meffieurs. 

Vbhlria. Vous ne favez peut -être pas ce qui eft 
arrivé ici? 

Tbrafon» Pardonnez -moi, '°) 

Vb'câria^ 

5) î)a§ %\tt ber Conjun^. (Îe6ef/ bmirfacîjet bcr t)or« 

()cr9€()eube Iinperativus affirmans. 
<5) ©u bûrfjl nur TOoflm. 

7) (ré fcU \>t nid)t abc}efcï)ra9cn werbtn* 

8) ?iSof)îan, tvtnn id) mcinen 3n?ecî «rrcicÇc- 

9) UnB tag ungebet^en. 

io) ^uf einc 55ra9e fann raan ncin, jroûc biird^ non, 
non Moniïeur, bod) abcr ()pfl[id)cr burc^ pardonnez* 
moi, je vous demande pardon &c, fluébrÙCÎcn. 



2'68 L'EUNUQUE 

VbiW/rta^ D' où vient donc que je vous y trouve 
encore? 

Thrûfcm. M' appuyant fur votre généroficé, . « 

Pbédr'ia, Savez- vous bien Tappui que vous avez 
là, Moofieur le Capitaine? je vous décJare que (î 
deformiis je vous trouve dans cette place, vous au- 
rez beau dire, ''^ je cherchois quelqu'un, c' étoit 
mon chemin de pafTer par ici, il n'-y-aura point de 
quartier, '"j 

Gmiho!t. Hây Monfieur, cela ne feroit' pas hon- 
nête. '') 

Phé.h'ia. Cela e(i dit. 

Gitathon. Je ne penlbis pas que vous fufîîez (i 
fier. '*) 

Phédyici, Cela fera comme j'ai dit. 

Cnathun. Avancque de rien réfoudre, '^) écou- 
tez ce que j'ai à vous dire j 11 ce que je vous dirai, 
vous phiit, faites -le. 

Phéih-ia, Ecoutons. 

Giiathoij hThrafon, Vous, Monfieur, éloignez- 
vous un peu. ''^) Premièrement je vous prie d'être 
bien perfuadés l'un & l'autre que tout ce que je fais 
en cette atTaire, ce n'eft que pour mon propre in- 
térêt ; 

ïi) (5o tvirb ce t>cr(jc6cné f<i)n, bafi 3^)1 f«9et: 

12) ?I3îciu îBei\ tr.if mid) f)icr bocbcç ju flc^cii, ce Wir£> 
fcme (irmfc^ulbigung ^dfcn. 

13) T)aé n>are nid)t c()rbar. 

14) ^<i^ ^()c fo 6ofc (trotîi^) tvârcf. 

15) i?Sct)or {te cfroaé bcfdjlugcn. NB. Rien ^cj^t ^icr 
ctroaé. 

16) îrctct îtvna^ fcitwarri?» 



DE TERENCE. 269 

terêt; '"^) mais iî mon intérêt s'accommode nvec le 
vôtre, ce feroit une folie à vous de ne pas faire ce 
que je vais vous confeiller. 

Phéf/ria. Eh bien qu'eft-ce que c'eft? 

Gitathon. *} je fuis d'avis que vous fouffriezque 
le Capitaine Toit reçu chez votre i;naîtreire. 

Phédria, Quoi, que je fouffre qu'il y loir ireçu? 

Gnaîhon Songez -y bien feulement. Vous ne 
pouvez vous paffer tous deux de faire bonne chè- 
re, '^) car vous aimez les bons morceaux; '^) ce 
que vous avez à donner eft peu de chofe, & Thaïs 
n'eft pas d'humeur à fe contenter de peu* il faut 
faire de la dépenfe auprès d'elle j ^°) fi vous voulez 
vous conferver fes faveurs. Il eft doncqueltion ^') 
de trouver quelqu'un qui vous défraye; ^~) voyez* 
vous, il n'-y- a perfonne qui foit plus propre à ce- 
la , ni qui foie mieux votre fait ^^) que F homme 

donc 

*) C'eft ainfî, à mon avis, cft encoi'e davantage, car 

que ce pjfTage doit ctre eu- étant rival, il fiurnira à la 

tendu; G rutt bon ne dit [US dépenle, aulituquc fîon lui 

à Phîdria qu' il doit rece- détendoit de parler de fon 

voir le Capitaine qui cft Ion amour, il fe rcbuteroit & ne 

rival; maisqu'ille doit re- donneroit rien, 
cevoir pour rival. Ce qui 

j?) 3fîur melncê cigcneii SiuÇené n>cgen gcfcf)îcf)ef» 

18) 3^>i' fonact ce oDe bcpbc nicf)t Uiffcn, îtmaiS gufeiJ 

JU C||cn Uiîb ^U trnifi'n Faire bonne chère à quel- 
qu'un, fincn TODb! ben)irtf)en. 

19) 5)entî j{)r ()Qltct oie( auf «.utc 5^i{f«n. 

20) ?!}?aii m«§ Ocj) i()r aufijeîjju laffcn. 

21) Cl) i(l tntm bit' grage, 

22) S^er cudi frcç ()àlt. 

23; 3^er fid) dcffcc Daju fc^icfe, noc^ bci* 5cjfcr nad) 



270 L'EUNUQUE 

dont il s'agit: premièrement îladequoi donner, ^'*) 
& perfonne n'eft plus libéral que lui. De plus, 
c'eft un fat ^^) qui n'a nul elprit; c'efl: une maHe 
de chair fans mouvement ~^) qui ronfle nuit&jour; 
& vous ne devez pas craindre qu'il (oit aimé de la 
Dame, vous le chafl'erez facilement quand vous 
voudrez» 

?/:?(?//*•/>. Que ferons - nous ? 

Guathon. Une autre chofe que j'efîime encore 
plus que tout, ^') c'eftque perfonne ne donne mieux 
à manger que lui, ni avec plus de profufion ^^) 

?bédria. De quelque manière que ce foit, ^^) je 
ne fais fi nous n' avons point befoin de cet hom- 
me - là. 

Cbéréa. Je ne fais auflî. 

Gnnthon. Vous m'obligez extrêmement» Mais 
j'ai encore une prière à vous faire, c'eft.de me re- 
cevoir dans votre focieté, ^) il-y-aalfez long- 
temps que je roule cette pierre, ^°) 

Vhédria, 
I, 

*) Il fe compare plailàitï- pare le Capitaine au rocheï 
ment à S'ijjphe , & il Gom- qu'il rouloit. 

24) ^rfïtid) H)\t ce ibm an 5i)îitt«ln nid)t, 
2ç) <£^ 1|î î\n Mimmcr ©d)cpéf. 

26) (Eé ifî cin ^iumpm Skifd), (blfn'^erî,) fo fîcÇ 
nid)t t?cn ccr êteQe rùt)rt. 

27) 2)a£<5Bort tout jjl fncr ncutralitergcHonimcn, un& 

Ictbet m folct)tm 25ffjtaiibe aud) im Piurali Um 
Sîeranbcïungcn. 

28) a^âmltd) , Ddfi iiiemanb dcITec , nod) iu gvolTmtl 

lUbêrjTut?, ol? cr, auflrascu lapfv 

29) ©eni fci) ti3ic if)\n wcSc. 

30) ^cl; f;obe lancje gcnug «n biifcmSCerfc gfnrtcitcf* 



DE TERENCE, 371 

Ph'edria, Nous te recevons* 

Cbèféa. Et avec plaifir. 

Gnatbon. En revanche, '') Meflîeurs , Je vous le 
livre, mangez- le, dévorez -le> & vous moquez de 
lui tant qu'il vous plaira. 

Chéréa, Cela eft bien. 

Ph'edrïa^ Il le mérite. 

Qnathon à Thrafon. (Vîonfieur , vous pouvez ap- 
procher, quand vous voudrez. 

Thrnfon. Eh bien, en quel écat font nos affaires ? ^^} 

Gnatbon. En quel état? en fort bon état* ces 
Meilleurs ne vous connoiflbienc pas* fifôc que je 
leur ai eu ap|)ris ") qui vous étiez ^ & que je leur 
ai eu parlé de votre mérite & de vos grandes adions, 
j'ai obtenu ce que je demandois. 

Thrafon. Tu m'as fait un grand plaifir. Mef- 
iîeurs , vous pouvez être aiïurés de ma reconnoif- 
fance. Je n^'ai encore jamais été en auciîn lieu où 
je ne me fois fait aimer de tout le monde» 

Gnatbon à Pbédria Cf à Chéréa^ Ne vous ai • je pas 
bien dit que Muniîear a toute l'élégance & toute la 
politefTe Attique. 

Pbédria, *j Rien n'y manque. ^^). Allez- vous en 
par là ; & vous , Mellieurs les fpedlateurs , battez 
des mains. Adieu. 

*) Cela porte fur le Capi- as fait de lui, nom trouvonr 
taine 6c fur Gjiat/wn, car l'hé- en lui tout ce que tu nous 
ttria veut dire, il ne vian^ue en ai dit. 
rien au portrait que tu nous 

31) 2)û3C9fn. 

32) SBie llchcté um unfîte ©ctc^en? 
31^ <5o bnlb id) ibnen bsric^a ^î^aU. 
34) ^é fet>l«t i\\û)\^ i)aran» 

L'HEAU- 



i-ji L'HEAUTONTIMORUMENOS 

XXXXXXXXXXXXXX XX 

L'HEAUTONTIMORUMENOS. *) 
Y) E 

T E R E N C E. 

L E T I 7 R E, 

Cette pièce fut jouée pendant la fête de Cybele fous 
les Edites Curulcs L. Cornélius Lentulus î^ L* 
Valerius Flaccus par la troupe d' Ambivius Turpïo (^ 
de L. Ambivius Praneftimts. Flaccus affranchi de 
Claudius fit la vmfique, elle eji prife du Grec de 
Mhiandre. **) Elle fut jouée la première fois avec les 
flûtes inégales ; enfuite avec les deu\' flûtes droites: (^ 
elle le fut pour [a troiflême fois ***) fous leConfulat 
dé Titus Senipronius (^ de Mardis Juveutius, 

PERSONNAGES 

DE ' 

LA PIECE. 

T e Prologue. 

^ Chrêmes, père de Clitiphon & d'Antiphile* 

Cl.tiphon , fils de Chrêmes. 

Mené- 

*) Se punir foi-mcmc. (cricufe , ou pour quelque 

occalîon de deuil 

*^) Q^und elle fut jouée ***) C'ctoit l'an de Rome 
avec les flûtes droites, ce Fut y9o.centlr)ixanteansavantla 
pour quelque occafion fort naifFancc de Notre Seigneur. 



DE TERENCE. 273 

Mcnédeme, père de Clinîa. 

Clhiiciy fils de Ménédeme. 

Sofirata, ftimme de Chtémès, 

Atu'ipbilei fille de Chrêmes & de Soflrata , maî- 

trefle de Clinia. 
Bûcchh, courtifane, maîtrefle de Clitiphon^ 
La nourrice d'Antiphile. 
Phrygiûy fervante de Bacchis» 
Synef, valet de Clitiphon. 
Di'omoHy valet de Clinia, 



LE PROLOGUE. 

A fînqu'aucun de vous De trouve étrange ^) *) que 
notre Poète ait donné à un vieillard un rôle 
qu'on ne donne d'ordinaire qu'aux jeunes ijens, je 
vais avant toutes chofes vous éclaircir ce point, ^} & 
enfuite je vous dirai ce qui m'amène devant vous. 
Je dois aujourd'liui repréienter l'Heautontimoru- 
menos, qui efl: une Pièce tirée toute entière d'une 
feule Comédie Greque avec cette différence, que le 
fujet eft double, quoiqu'il ne foit que fimole dans 
l'original. Vous lavez préfentement, Vieilleurs 
qu'elle eft cette Comédie; & vous comprenez qu'elle 
peut pafTer pour nouvelle. Je vous dirois m;)inte- 
naat qui en eft l'Auteur & le nom du Poète qui l'a 

faite 

•) H psroît par ce paffa- jeunesgens à qui on donnoit 
ge, quec'étûit toujours les les Prologues. 

1) ^vi) ^cfrcm^en (rt|]cn. 



274 LHEAUTONTîMORUMENOS 

faite !en Grec, *) fi je n'étois peifuadc qu'il n'-y-a 
presque perfonne parmi vous à qui ces deux chofes 
ne foient également connues. ^) je vais donc vous 
expliquer pourquoi notre Poèce envoyé ici un hom- 
me de mon âge, '*) c'eft, Meflieurs,.pour défendre 
la caufe, ^) & non pas pour vous faire le Prologue 
de fa Pièce; il a voulu que vous foyez les Juges, &: 
que je fois l'Avocat, mais cet Avocat n'aura qu'au- 
tîînt d'éloquence que lui en aura pu donner celui 
qui a fait le plaidoyer ^) que je vais réciter devanc- 
vous. Premièrement pour ce qui eft des bruits 

que 

*) Cela eft bien rcmar- Poètes Grecs, Il s'en faut 

quahle. Voilà Tcrence qui bien que 7) Tcreuce ne fbit 

dit zux Rowains qu'il n' y-a auj()urd"*bui fï connu. Un 

presque perfbnne paruii eux homme, qui pafFepour hom- 

qui ne connoillè la Picce me de lettres, 'en parlant de 

Grequc de/Wt'K««</>*e, d'où '[crencc devant uioi > me 

celle-ci elt tirée. On voit louoit furtout fcs beaux 

par là le foin qu'ils avoicnt chœurs, 8) ils s'imai»inaic 

de s'inUruirc, <Sc de lire les que c'étoit unPocteGrec. 

3) £)ûé *îupinum obet Partie. Secund. ivirb in bemit 

Pafiivis , Neutro-Pafîîvis, item rocnn C^ adjccîive 
Oebct, in (\ldii)«m Génère unb Numéro mit bem 
vBert, troiauf cG ftd) bfjivbct, CDnfîruirct. 

4) Vieux beiffet rtlt, s.H>n©ad)cn, bit û&cicnu6t TOecberi, 

ancien, t)on v2ad)cii, bit Oeil b«m Ciltcrthum \)<i\» 
rùbren/ unb âgé tt>irb bcp ^^crfonm cjfbraiicbf. 
?fJîan fûÇ^t jlVûi un vieux homme , ijî ûbcr popuUi 
rifd)- Le vieil homme, î)cj(]"ct OCC aUcSlbOni» 
%) 6ein Sîcct)t ju l>erfcl}û|ifm 

6) î)ic 5l(acifcfeiiff. 

7) ^0 feblet t)icl fcaran, ^a.^ îc. 

5) Coeur, boj^ .f)a-^ unb choeur, dn ^^Or/- (i(l6^ll 

finçr/k'i; SluoTpiacf^f. 



DE TERENCE. 275 

que quelques envieux ont femés, ^) que notre Poète 
a confondu 2\ mêlé plufieurs "") Pièces Greques pour 
en faire peu de Latines; c'eft de quoi il ne prcrend 
pas fe défendre? il dit au contraire qu'il ne s'en 
repenc point, & il efpere qu'il le fera encore à 
l'avenir. Il 3 pour lui l'exemple de beaucoup de 
gens fort habiles, & il prétend avoir droit de faire 
ce que tant de perfonnes de mérite ont fait avant 
lui avec beaucoup de fuccès. En fécond lieu, Mef- 
fieurs, un vieux Poète envieux lui reproche qu'il s'efl 
mis tout d'un coup à faire des Comédies, s' ap- 
puyant plutôt fur l'efprit de fes amis, que fur fon 
heureux naturel. C'edàvous ''} à examiner cette 
accufation, il veut bien s'en rapporter '^) à votre 
jugement, & fans appel; la feule prière que j'ai à 
vous faire pour lui, c'efl que vous n'ayez pas plus 
de pente '^) à écouter les contes '"*; des méchans, 
qu'à vous rendre aux fentimens des gens de bien 5 ^') 
foyez juftes, & par vos applaudifîemens donnez du 
courage à ceux qui travaillent à vous donner des 
Pièces nouvelles &. fans défjuts Je dis fans dé- 
fauts, aiinque ce méchant Auteur qui vous fît voir 
S 2 l'autre 

9> 2Bêfd)e «inii]c 3icifccr ûné^iiiumt f^abm» 

10) Piufieurs, Pron. Impr. Coimn. t)icU, jfînur Plura- 
lis Num. 

11) €ud) (\ebi\{)nt, 

12) Sid) uutermcrfcn. (ce ânfommen ïagcn.) 

13) 5;^ûf? tbv nicî)t gêiiciqtfr fci)n moi^et» La penta 
^ejJKt propricQlbfd)d§ii]ftit, it. .Str^nj, o6(a util 
cin 35ret, ifî f)ier metaph, gçbraucfjt» 

14) ^it gjî5()iîcin. 

15) ^()rllcl;eir ïtMU' 



276 L'ÎIEAUTONTIMORUMENOS 

l'autre jour une Pièce de fa flicon, "^) *) dont toute 
la beaiire' confilloit en un elclave qui courroit de 
toute fa force, '^) & devant qui ie peuple s'enfuyoir, 
«e prenne pas cela pour lui. Pourquoi Tcrence 
s'amuferoit- il '^) à parler pour un fou? Si ce 
vieux rêveur ne mec fin a Tes impertinences, nous 
vous entretiendrons plus au long de toutes fesfotti- 
fes, '^) qumd nous vous donnerotis d'autres Pièces. 
Ecoutez -nous avec un elprit desintereflé, & don- 
nez-moi la liberté de jouer devant vous, fans être 
interrompu, cette Pièce qui eft d'un caraélere tran- 
quille & repolé , afinque je ne lois pas toujours 
obligé de jouer aux dépens dç mon poumon ^"^ & 
avec bien de la peine, des Pièces où Ton voit un 
elclave clbufHè à force d'avoir couru, un vieillard en 

colère, 

•) Dont toute la beauté Cela eft fbuvent néceflaire. 

cOTiJifloit en un efciave qui II blàinc Iciilcmcnt ceux qui 

conroie,) 11 falloit que cette font de cela le capital de 

Pièce fut fort méchante, leurs Pie:es; car alors iJ n'-y- 

puisque c'etoit là ion plus a n'eu ilc plus vicieux. Le 

bel endroit, il faut bienrc- but de la Conicdie efl de 

marquer que 7c'>rrf ne con- peindre les mœurs ; & l'on 

damne pas ceux qui mettent s'cloigne lie ce but-là, quand 

dans leurs l'icccs des eicia- on s'amiilc à faire courir un • 

vcs qui courent de toute leur valet à qui tout le peuple 

force, & qui font écarter le fait place, 
peuple pour leur faire place. 

i6) 25on ftiner 21it. 

ij) ^0 allé olui» ^r^ffcn lief. 

i8) Êtd) nufl;alîtn. 

19) ffiann bicfcc alte îrnumer fîimê unnrfiflfn ^M^ 

feue! fcu'i ^îI^c iuod)t, fo n?cr^cn mit \mt .i|)oi» 

l)citi:n uicitldufiijjitr bcfcbrcir^'n. ' 



DE TERENCE* 277 

colère, un pirafite gourmand, un impudent ryco- 
phante, ^') & un avare marchand d'elclaves. Pour 
l'amour de moi & en faveur de mon ;ii^e, ^") ayez 
lacomplalfancede fouffiîrque je commence à n^êcre 
plus i'i chargé* car ceux qui font aujourd'hui des 
Comédies, n'ont aucun égard à ma vieilIefTe; s'il- 
y -en -a une extrêmement pénible, on vient à moi; 
& celles qui font faciles à jouer, on ne manque ja- 
mais de les porter à une autre troupe, *) Le flile 
de cette Pièce eft pur^ voyez donc ce que je puis 
dans l'un & dans l'autre de ces deux caraâeres. Si 
je n'ai jamais confulté l'avarice pour fixer un prix à 
mon urt, ^') & fi j'ai toujours pris pour le plus 
grand gain^"^) que je puifTe faire, l'honneur de fer- 
vir à vos divertilfemens, faites en moi un exem- 
S 3 pie, 

*) Ce n'cft paf! fans rnifon d'a6lion, 2^) s'eft efforce de 
que Tcvence loue le ftiie de réparer cela par la vivacité 
cette Piccc, il n'y-a rien su <Sr par la pureté du K\\^^ & 
monde de plus pur, ni de c'elt à quoi il a parfaite- 
mieux écrit j ce grand Pocte ment bien rcullî. 
voyant qu'elle ctoit dénuée 

21) ^'«<» unt)crfcî)ârafcn ?Berr5(^er. ^©iefeé CEorÉ 
i(î nicîît met)c gcbcâud)licl} , tafùc fagt man 
Traître. 

22) Uiib in î(nfef;ung mcincô Slltcré. 

23) (So id) nicmolé ^cn ©eij ju Sîotfje .qqogcn, mcl* 
net ^unfl cine Selol;mm3 ju bcfîimmcu. 

24) gilc tcit gro^ten Gctrianfl gcî)ûltcn. 

25) ©à|5 i^c au W ^«bl)Qfti.Qf«it ter ^auMung c(tt>a3 

abgi«n3. 



278 L' HEAUTONTIAIORUMENOS 

pie, *) qui donne aux jeunes gens l'envie ^^) de 
travailler à vous plaire plutôt que de luivre leurs 
plaifirs. 

L'HEAUTONTIMORUMENOS 

T E R E N C E. 



ACTE PREMIER. 
SCENE L 

CHREMES. M E N E D E M E. 

Chrêmes. 
uoiqu'il n'-y-aic que très peu de tems qiie 




nous nous connoiiîlons, ik que ce ne foit que 
depuisque vous avez acheté une maifori 
près de la mienne (cir c cft presque toute la linifon 
qui efl: entre nous* ') **) néanmoins, ou votre ver- 
tu, ou le voifinage, qui félon moi ~) tient le pre- 
mier 

*) Par CCS jeunes gens il **) Il appelle vertu, la vie 

entend les Aflcurs, ou peut- auflerc t<: pénible qu' il mc- 

ctremcmc les jeunes Poiftes; noit, car c'cftpar là qu'il ju- 

car 7Vy(?;;rf n'avoic alors que ge de lui. 
trente & un an. 

a6) SBelitcé bci) jung^n îmttn bic S3e|îier^e crivccfm 

i) 5Donn baé ijl fafî bic gonje 55ifonntfc^iift/ fo jUDi* 

fci)cn une ijî. 
2) 2Bte micO bùnft, (ob«t nac^ mtiitci iDtConung.) 



DE T';ERENCL\ ^79 

mier rang après l'amitié, m'oblige à prendre la 
liberté de vous dire en ami, ^) qu'il me femble 
que vous vivez, d'une manière qui ne convient point 
à un homme de votre %e ôj de votre bien. '^) Car 
au nom des Dieux, qu'avez -vous contre vous- 
même? que chercbez- vous? autant que je le puis 
connoître, vous avez foixante ans, ou davantage* ^) 
dans tout ce pnïs, il n'-y-a perfonne qui ait une meil- 
leure terre, ni de plus grand revenu; ^) vous avez 
plusieurs efclaves, cependant vous faites avec au- 
tant d'application tout ce qu'ils dévoient faire, 
que fi vous n'en aviez point. Quelque matin que 
je forte de chez moi, '^) ou quelque tard que je me 
retire , je vous trouve toujours bêchant ou labou- 
rant, ^) ou enfin portant quelque fardeau; vous ne 
vous donnez aucun relâche, ^) & vous n'avez nul 
égard à vous-même. Je fuis fur que ce n'eft: point 
pour votre plaifir que vous en ufez ainfi. Vous 
me direz peut-être , je ne fuis pas content du tra- 
vail que font mes efclaves. Si vous employez 
à les faire travailler tout, le temps que vous mettez 
S 4 à tra- 

3) 5I(é cil] ^fêunb. 

4) ©a§ if)r ouf cine 2h't UM, tic cincm ^?cnfd)en tjott 

«urcm 2Utcr unî) SScrmogen gar uid)t an|i«i)et. 

5) ©ê»)b H)i <>o. ja^r ait, obcc nod> brùbec 

6) ïïîod) eitt grogereé (ginfommeiî. 

7) ^cf; mag fo fiû^ (i\i^ miimm ^aufc ^i'^m, aie id) 

vû\U. 

8) ©0 trcffc iâ) cud) aH^ùt un, b«§ i^r gr«6(t obcc 

9) ©ac Um 3;u^C. 



280 L* HEAUTONTIMORUMENOS 

à travailler vous-même, vous avanceriez beaucoup 
dâvantiige. '"). 

AU'f'é lefue, EH: -il pofHble, Chrêmes, que vous 
ayez il peu d'affnres chez vous, ") qu'il vous rede 
du cem;>s pour vous méfer de celles des autres, & 
de ce qui ne vous regarde en aucune f-^çon? *^) 

Chrêmes Je luis homme, &: en cette qualité je 
crois être obligé de m' intereflèr à :but ce qui arri- 
ve à mon prochain: '^) prenez ce que je vous dis, 
ou pour des avis que je vous donne» ou pour des 
jnftrudions que je vous demande; sfinque lî ce que 
vous faites eil: bien fait, je le faOe comme vous, & 
s'il ed m;il, que je vous en détourne. '"*) 

Maiédeme. Je trouve à propos '■) de faire ce 
^ue je fais; pour vous, faites comme il vous plaira, 

Chrcmès. Jamais perlbnne a-t-il trouvé à pro- 
pos de fe touïmenter? '^) 

Mcn'edeme. Oui, moi. 

Chrêmes Si vous aviez quelque grand fujet de 
dcplufi , je ne dirois rien: '") mais que vous eft- 
,il arrivé? je vous prie, qu'avez -vous donc com- 
mis 

10) ÇaSûr&ct \%i Wîif mcfu- ûU{?Ficf)kn/ (tvcitfrfommen.) 

11) >SoïVcni(]in eurerJÇ)auébalcan9jut)êi*rjc{>tm'pabt. 

12) Unt) iiu^J cud? fcineéttjegc^ angcOcf. 

13) 2I;t oOmi bcm, waé.njcincra 9^acJ;(îcn 6e!i«9tu(, 
î^be;! \\\ ne()mcn. 

14) î)-if? Id) ciu^ bat)on fl6f;aUe, 

16) Jpat KtM j^rtiûlé jntKîtib fur rntK<Jni (èifnlicD) 
bcfunbcn, [vi) su qualcn ? 

17) 60 wollic id; fcin >ïCort fagm. 



DE TERENCE. igr 

mis de fi terrible, que vous vous traitiez iî cruelle- 
ment ? '^) 

Mé'<idewe. Ahi ! Ahi ! 

Chrêmes. Ne pleurez pas, dites -moi, Je vous 
prie, ce que vous avez, '^) ne me le cachez point, 
ne ciaignez rien, fiez- vous à moi, vous dis -je, je 
vous fouidgerai, ou en vous confolant, ou en vous 
aidant de mes confeils & de mon bien, s'il tft né- 
celFaire* 

Ménedeine\ Le voulez -vous favoir? 

Chrêmes. Oui, feulement pour la raifon ^'j que 
je viens de vous dire» 

M'en'edeme, Vous le faurez, 

Chrïmès Mais cependant quittez ce râteau, ^') 
ne vous fatiguez pas. 
' Mén'edeme. Je ne le quitterai point» 

Chrêmes. Que voulez- vous faire? 

Mén'edeme, LailTez-moi, que je ne me donne pas 
un feul moment de repos. 

Chrcmès., *) Je ne le fouffrirai pas, vous dis -je, 

Mén'edeme. Ah, ce que vous faites, eil: injufte. 

Chrêmes^ Quoi , un râteau fi pefaTit ! 

M'en'edeme, Après ce que j'ai fait, j'en devrois 
avoir un bien plus pefant encore- 

Chrêmes^ Parlez maintenant» 

S f Mens- 

^) 1/ lui ô/e en même terni le râteau. 

18) 2Bûé ^Q.H \\)ï bcnn fo cvfdirjîcflicôeô tcganâcit/tag 

i^c fo orauÇim mit eud' onfa^cct ? 

19) ®aé cud) UWt Dber iiî. 

, 20) %\q^ um bet Urfac^c tviSen, 
21) £)iq«n ^ec(;«n» 



28i L'HEAUTONTIMORUMENOS 

Ménl'dcme. J'ai un fils unique fort jeune* Ah, 
que dis -je, j'ai un fils] je Pavois, Chrêmes, car je 
ne lais (1 je l'ai encore. 

Cbr'cmès» Comment cela ? 

M'en'edeme, je vais vous le dire» Il -y -a ici une 
certaine vieille femme de Corinthe, qui n'a peint 
de bien* mon fils devint éperdûment amoureux de 
fa fille, ^^) de forteque fans que j'en fûflë rien, 
il vivoit (\€)'\ avec elle comme fi elle eût été fa fem- 
me. Sitôcqiie je l'eus appris, je me mis inhu- 
mainement à le traiter, ^^) non pas comme je de- 
vois traiter un efprit malade, mais avec toute la 
dureté & toute la rigueur que \t^ pères exercent 
<kns ces occafions» Tous les jours je lui farifois 
des reproches: Quoi, lui difois-je, croyez -vous 
pouvoir continuer ce honteux commerce ^■*} tant 
que je ferai en vie "'') & vivre avec cette créature 
comme fi vous étiez mariés? Vous vous trompez 
fort fi vous le croyez, Clinia, & vous ne me con- 
noiflez guère» ^'^) Je vous regarderai comme mon 
£!s pendantque vous ferez ce que vous devez* 
mais fi vous ne le faites pas, je ferai ce que je dois: 
tout ce libertinage ne vient qued'oifiveté; ^'j à vo- 
tre âge Je ne fongeois pas à faire rameur, me vor 
t yanc 

22) 20c«in 6oOrt ttjurbe fiÉrtHc^ in i^re Xoc^ta- (?«• 

liebt. 
î>3) gtensî id) an \%m unmcnfc^Iicî) ju 6e3«gn«n. 
24) SDIcfen fc()ânb!i(ï;en Utr.gang. 
Ï25) ©0 \ciX{%t aie \^ fcfv. 

26) \\\\^ ihr f«nn«t micf) ned) nid)( rei^f. 

27) Sitîc bicfe \\\Hi\\^% Scbenéarf ruf;r( itur eoiti 
5}?ù§jggan3 ^cr. 



DE TER EN CE. 283 

yant pauvre, j'allai porter les armes en A{îe> & 
là par mon courage, j'aquis de la gloire & du bien. 
Enfin celii vint à tel point ^^) que ce pauvre gar- 
çon, à force d'entendre toujours la même choie, "^) 
(fv de fe voir traiter durement, n'eut plus la force 
de rcfiftcr, ^°) il crut que mon âge <Si l'nmitlé que 
J'avois pour lui, me faifoient voir plus clair ^') 
que lui-même en ce qui le concernoit; ah, Chrê- 
mes, il s'en alla en Afie fervir le Roi» 
Chrêmes, Que me dites -vous là? 
Mén'edeme. Il partit fons m'en rien dire; il-y-a 
déjà trois mois qu' il eft abfent* 

Chrêmes, Vous avez tous deux tort. Ce qu'il 
a fait néanmoins part d'un bon naturel, ^^) &d'un 
cœur bien fait. 

Ménédeme, Lorsque ceux à qui il avolt fait con- 
fidence de fon deflein , m' eurent appris qu' il étoit 
parti , je m'en revins chez moi accablé de triîlede, 
ï'efprit presque troublé, & ne fâchant à quoi me 
réfoudre dans l'excès de mon chagrin. ") Je prens 
un (lége, mes valets accourent, les uns me des- 
habillent, les autres fe hâtent de mettre le cou- 
vert, ^'*) & d' apprêter le fouper, enfin chacun fait 

de 

1%) ^é !ûm cnb(id) fo weif. 

29) Txk cr fccjlanbig cinerlep 6drcn mu§(e. 

30) <ï-^ nid)t lanç^fc (judbnltcn fonnte. 

31) 03?ir cinc tkferc (£tnfîd)f gnbc. 

32) Dlû^rt Don cinem guten ©cmûtf)C ^er. 

33) SjoOer Srauri^Ecit, mit cinem fajî i)«rmirrfm ©e» 
mùx^z, unD ba jd) oué Uebermaatl bcé ^BcrbruJTc^ 
nid)f n>u^te, wor^u \^) niic^.<ntf^lie9cn foCItç. 

34) 2)«n ^Ifd; jn tect^n. 



28,4 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

de fon mieux pour adoucir mes inquiétudes» ^^) 
Quand je vis touc cet empreflemeîit, je me mis à 
Ibnger ^^)'en moi-même, quoi, pour moi tout feul 
tant de cens feront embarrafTés? tant de gens fe- 
ront empreflës h me fervir? *) j'aurai tant d'cfcla- 
ves qui ne feront occupés qu'à faire les écoffes 
pour mes habits ? je ferai tout feul tant de dépen- 
îe? ^^) & mon fils unique, qui devroit avoir part à 
tout cela autant & même plus que moi, étant d'un 
âge ^^) à faire plus de dépenfe, ce fils unique, dis- 
je, mes duretés l'ont chaiïë! ^^) ah, fi je continuois 
cette manietè de vivre, il n'-y-a point de malheur 
fî grand, dont je ne me trouvafie digne ! Je ne le 
ferai pas anjft '*") & tout le temps qu' il fera dans la 
mifere où il efi, banni de fa patrie par mes inju- 
ftices, '*') je me traiterai d'une manière qui le van- 
géra \ je travaillerai continuellement, j' épargnerai, 
j'amaffvirai, je n'aurai que lui en vue. '^^) Cette ré- 
folucton fut bientôt fuivie de l'efier, je ne laifiai 

rien 

*) C'efl là le fens de ce filer, pour coudre & pour 
paff'ge; il parle des efclaves faire des étoffes, 
que l'on avoit chez foi pour 

3j) Q:nMlc& (()ut cin jcbcr fdn 55clîcé/ m<i«cn5îuramcc 
\\\ (i:u>n. 
• ' s6) %M\\^ id) nn \\i »'6crîc(jcn. 

37) 3cî) oflÉitic foU fo béd aufi3>f)m laffcti? 

38) 3u^em ce iii foîcf)cn ^f^brcii ijl. 

39) Sicffn eitijigcn éo()n/ fagc id), W ni^'H^ -Courte 

40) .^icr tvàrc non plus Scffor. 

41) ©urd) niclnc Ungcreiitiçjf eit au^ fcinem S3rtt«^ 
Irtiibc onbannet. 

42) 3}Jcine 2ll)fîc^t foC ûflcin auf i^ti ocric^Ut f<t;n. 



DE TERENCE. 285 

rien dans la maifon, *) ni meubles, ni étofTes» je 
vendis tout, fervantes, valets, excepte ceux qui 
en travaillant à h campagne , pouvoient gîgner 
leur vie. '*^) Je mis auflî en même temps ma mai- 
fon en vente, '^) & j'ai ramaffé li peu près quinze 
talens; j'ai acheté cette teiTe, **} où je travaille 
depuis le fnatin jusques au foir. Je me fuis ima- 
giné, Chrêmes, que l'injure que j'ai faite à mon 
fils, fera moins grande, fi je me rends '*') malheu- 
reux aufîî bien que lui* & j'ai trouvé qu'il n'étoic 
pas jufte '*^) que je goutaiïe ici aucun pîaifir, que 
lorsque celui qui doitle partager avec moi, fera de 
retour heureulement. 

Chrêmes Je fuis perfuadé que vous êtes un bon 
père, & qu'il auroit été un fort bon fils, (î vous 
aviez fu le prendre* "^^j mais vous ne vous con- 

noillîez 

*) Il-y-a, nivafe^Kiha- Pubijc, m'a fait apercevoir 

Ih. Mais j'ai inis menb/eizu c^iiçMcnaiidre n'avoit pas in- 

Mtuàc vafe^ car tout eltcom- venté ce caradere de Mené- 

pris dans le mot àzifieubks, (Unie, mais qu'il i'avoittiré 

& les habits font proprement d' Homeve, où îe bon Laevte 

des pièces d'étoffe dont iisfe affligé de fabiencedefoiifils 

fervoicnt pour couvrir les fe tourmente à là ni^iion de 

lits, pour faire des tapis. campagne comme Mcncde- 

**; Letravailque j'ai fur vie fait ici. Ce font lesmè- 

VOdylfee à' Homère, & que mes traits; on n'a qu'avoir 

je vais bientôt donner au là les remarques. 

43) 3breé îihini WntixhoXt crTOi'rbcn foimtciî. 

44) iOîdn Spawe botoe id) alfeba(b fcil. 

45) ^icr l|t rendre fur bo6 lo£dn«fd)C reddere gcnotlt* 

mm, \X)ûd)îè ^an fïnljct, fôcim cin Adjcaivuii? 

bûrauf folget 
4^) UnD l)abé bnfùr gebalten / té kx) nid;r r£d)t. 
47) SBoim \{)x \\)m Xi^X ju kôcgnm swu^i ^^mi 



2S6 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

noifîîez pas !)ieii l'un l'autre, & quand cela eft ainfî, 
ce n'eft pas vivre. '^^) Vous ne lui aviez jamais fait 
connoïne combien vous l'aimiez, & il n'a ofé vous 
faire les confidences '*^) que les enfans doivent faire 
h leurs pères. Si vous l'aviez fait l'un 6j l'autre 
tout ce defoidre ne feroit pas arrivé, ^°) 

Ménédeme, Cela eft vrai, je l'avoue, j'ai grand 
tort. ^') 

Chrcmès. Mais, Ménédeme j'efpere qu'à l'ave- 
nir tout ira bien , ^^) & je m'aiïiire '^) qu' au pre- 
mier jour, vous l'aurez ici en bonté fanté. 

Mcnéâemc, Faflent les Dieux que cela foit ! ^'*) 

Chrêmes» Ils le feront; mais préfentement vous 
favez qu'on célèbre ici la fêre de IJacchus, je vou- 
drois bien que vous vinlîiez fouper chez moi fi vous 
le pouviez. 

Mcnedane^ Je ne le puis. 

Chrêmes, Pourquoi? enfin, ménagez -vous un 
peu, ^') je vous prie, je fuis fur que vottefilsle 
fbuhaite , tout abfent qu'il eft. ^^) 

Mcnè- 

48) ©0 Ux^t bû^ nirf)f oelcBr. 

49) ,5r>û6j«ni(]e anjulH-rtraucn. 

50) 5Qann ihr ce bcnbe ç^tihan f)hUt, fo »âr< afl«d 

btefcé lln^cil nirf)t fl«fd)«l)fn. 

51) 3ct) bûbe flrofi Unrccht. 

52) T^<\% in 3*Jf«inft «H^^ 9»t g«0«n Wirb. 

53) 5ln fîott je lùis affurc 

54) é>ebcn (i bod) bif ÇîoJter, bû§ c^ an bcm fcçî 

55) êd)pnct cufr cm ircmç^. 

56) êo wcit cr oud> dbivcfcuî) i(î. Tout- que fi), aXé, 
ilîocii ']Mclqiie-c]iic )"o uiucrfcbicDen, ^afi bac( er- 
ficre «me 6tn>igt)eu, ùicfvd «ine Un3eivj^i)cit/ on» 
i«ia(^ 



DE TERENCE. 287 

Mèneâeme^ Il n'eft pasjufte que l'ayant obligé 
à mener une vie fi iaborieufe, je tuye moi même le 
travail '') 

Chrêmes. Eft-ce là votre réfolution? 

Mcnédewe. Oui.^ 

Chratiès. Adieu donc» 

Mmèdeme. Adieu. 

ACTE PREMIER. 
SCENE IL 

Chrêmes, 

Il m'a tiré des larmes, & il me fait pitié. Mais 
le jour eft déjà bien avancé, ') il fauc que j'ail- 
le avertir notre voifin Phania de venir louper avec 
nous, *) je vais voir sMl eft chez lui. Il n'a pas eu 
befoin d'avertifleur, ^) on vient de me dire qu'il- 
y-a dtyà quelque temps qu'il eft chez moi; c'eft 
moi-même qui fais attendre les autres, je m' en vais 

donc, 

*)Endi{àntcesmotsC/'j'é- Phafiia s'étoit déjà rendu 

f«à va à la porte de fon voi- chez lui, il revient & dit, 

■fin P/'««/V/, & fans quitter le l! n'' a paî exi befoin d'avet' 

Théâtre, il avance un pied tifj'eur. Ajnfi le Théâtre ne 

à i' entrée de la inaifon, & demeure pas vuide. 3) 
quelqu'un lui ayant dit que 

57) (£in fo ar6citfam«é £«6<it ju fù()rcn, ic^ fel6(î biç 

SUrbeit flie()c. ^ 
i) €c k)(xi mir Xbninen au^geprcJTer, unb fteroegt mic^ 

\>xxw ?9iitlcii)cnj aflein eé ijl fct)on iveit in DmSaçj 

hinein- 
2) (Et bût feincn Q'^ot^en i)onndtf;cn gçl;a6(. 



288 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

donc. Mais d' où vient que l'on ouvre notre por- 
te? qui eft-ce qui fort? je m'en vais me mettre 
ici dans ce coin. "*) 

ACTE PREMIER. 
SCENE IIL 

CLITIPHON. CHREMES» 

Clitipboit, 

*) T"^^ "'^5 pas encore fujet de craindre, **) ils ne 
X tardent pas ') Clinia ,& je luis fôr qu'elle 
viendra aujourd'hui avec le valet que tu lui as en- 
voyé ♦ enfin défais- toi de ce chagrin mal fondé qui 
te tourmente. ^) 

Chrémh\ Avec qui ^) parle mon fils? 

Clitipbon» Voilà mon père comme je le fouhai- 

tois, 

*) Clitiphon enfortantdc fon qui ctoit fort voiTine de 

cliezlui parleàCV/«/V/, tiiscle celle de C/)rm«. 
Mcuen/cwe, quirelte tlans I» *^) Il parle de l'efclave 

inailoj), ikqui n'oie fbrtirde que C/i/iiu avoit envoyé à la 

peur d'être vu île fon père, ville avec S^rus valet dcC/t- 

ou de quelqu'un de fa mai- ti^hou. 

4) 3n Mefcn «Sinfcl. 

1) .picc iîî baé Pritlèns ùW (îalf bCd Futuri, ils ne tar- 

deront pas, gct)raud)t. 

2) (£uMj([; bcciieb Md) bjcfcé ûDelcjcgrûntxtcn 25crtruf* 

iiâ, Dcr ^IC^ qiuilet. 

3) 3'î<Td) t)en prirpulitionibus fatUl ic^ que, nfr C»' fd)Otl 

Dct Accuiativus jjt^ njc^t acbroucOcH/ fonOcttt i(Ç 
mu^ qui oft^mcn. 



DE TERENCE. 2S9 

tois, je vais lui parler. Mon père, vous venez bien 
à propos. '^) 

Chrêmes. Qu' eft ce que c' eft ? 

Clitiphoti, Connoiflez-vous un certain Ménédeme 
notre voifin? 

Chrêmes, Oui. 

Clitiphon, Savez -vous qu'il a un fîls? 

Chrcmês. Oui, j''ai ouï dire qu'il efl en Afle. 

Clhîphon, Il n'y eft plus , mon père , il eft chez 
nous. 

Chrêmes^ Que dites- vous là? 

Clitiphon. Tout -à l'heure comme il arrivoit, je 
l'ai pris au fortir du vaifleau, ') .&: je l'ai amené fou- 
per chez nous, cardes notre enfance ^) nous avons 
été fort bons amis. 

chrêmes. Vous m'apprenez ') là une nouvelle qui 
me fait un fort grand plaifir * que je voudrois bien 
que Ménédenie vînt augmenter la bonne com[)a- 
ghie, afinque je fulfe le premier à lui donner cette 
joye dans ma maifon, &iorsqu''il s'y attend le moins.' 
Mais il eft encore temps. *) 

Clitiphon, N'en faites rien, ^) s''il vous plaît, mon 
père , il ne le faut pas, 

Chrè- 

4) 36r fomnif , m Wûnn i6r (jcrufcn traref, 
-7) Drt er au^ tcm 6d)i|fe trat. 

6) 3.^on 5linI^^£!^cil1cn an. 

7) Apprendre la Philofophie à quelqu'un, çincm tie 

>Bc[tnjeiél;eit Iel)rcn; apprendre le Droit de quel- 
qu'un , îjaë 3îccf)t Con <ineni crjerncu ; apprendre 
un malheur, îin llnvilùd crfabrcii. 

8) Unb la cr e(^ am tt?enjqn«n t)erniut^ct« Wim ii i^ 

nocf) n!d)té tcrfâuraet, 

9) Xt)ut <é! nici;f, 

T 



290 L'HEAUTONTTMORUMENOS 

Chré?fies» Pourquoi cela? 

Clhipbon. Pareequ'il eft encore incertain de ce 
qull doit faire; il ne vient que d'arriver, tout lui 
fait peur; '°) il craint la colère de Ton père, & ii 
ne fait pas bien comment il eilrians l'efprit defa maî- 
trefle, ") il en eft éperdûment amoureux, c'efl pour 
elle qu'eft arrive tout le defordre, '^) & qu' il s'en 
étoit allé. 

Chrêmes, Je le fais. 

Cl'ftiphon, Il a envoyé un petit laquais chez elle, 
& j'ai envoyé Syrus avec lui. 

Chromés. Eh bien, que dit -il. 

C/hîphon, Ce qu'il dit? il die qu'il eft malheu- 
reux. 

Chrêmes, Malheureux? lui? qui trouvera -t- on 
qui le foit moins? qu'eil-ce qui Tempêche d'avoir 
tout ce que les hommes appellent des biens. II re- 
trouve (on père & fon païs en bon ctat ; il a des 
amis, de la naiflance, des parens, des richefles; il 
eft vrai que toutes ceschofes font comme eftTefpric 
de ceux qui les polledent* ") elles Ibnt de grands 
biens pour ceux qui favent s'en fervir, & de grands 

maux 

10) Çc ifl iiur allercrfî ûnFommcn^ nflcé jagf if)m clne 
§urd)t m. Ne ijuc i)(i\Jit, uur, t)<o cinem 
verf)o. 

11) viBic <r bel) fciner îiebfîm (ïcbef. 

12) ^c lit in Mcfclbc (Tcrbild) bttUtbt, iï)vcntha[btn ift 
ollcs llnbeil jîffclH'hcn. 

13) 'Ba\iV ifl ce, «& \\t mit biefen I>mm (jcrabc fo 
l)cfit)ûifcn , tvie boà &çnmi)i bercrjcniacn / ti9 
folcl;c befîççn , bcfcl;û|(<n ijt. 



DE TERENCH. 291 

maux pour ceux qui n'en font pas l'ufage qu'ils en 
devroienc faire» '^} ' 

Clitiphoiî. Mais mon père, ce bon homme a tou- 
jours été fâcheux; '') Sipréfencement dansLicoiere 
où i! cft contre fon fils, je cmins bien qu'il ne le 
maitraite plus qu'il ne devroic '^) 

Cbiinuès, Qui lui? bas. Muis il ne faut pas que 
j'en di!e trop* car il ell bon, pour ce pauvre père, 
de tenir ce jeune garçon en crainte. '^) 

Clittpho->K Qu'eft-ce que vous dites tout bas. mon 
père ? , 

Cbrémês. Je vais vous le dire. Quelque fâcheux 
que fût Ménédeme, fon fils ne devoit pourtant ja- 
mais s'en aller. Il le trouvoit peut-être un peu 
moins équitable '^) qu'il ne l'auroic Touhaicé. il 
falloit le fouffrir, car s'il ne fouffre ion père, qui 
fouffrira- 1- il donc? Lequel à votre avis '^j eft: le 
plus juite, qu'un père vive a la fantailie de Ton fils, 
ou qu' un fils vive à la fantaifie de fon père ? £c 
pour ce qui efl: de ^°) la dureté dont il i'arcufe; il 
n'-y-a rien de moins, ^') car les rigueurs des j. ères 
font presque toutes de la même forte, ^^) je parle 

T 2 des 

14) îïiecê nicf)f fo «nmcnben, tuic fîc ce t\3o^l î^utt 
fûUtcn. 

15) 23ci£)rie§(!df). 

16) îiafi cr if)m ùMer bcç^catscn mpcf)fe, flfrj crttjo^l 
fcflfe. Traiter ma!, f:l)fi-d)t (ï'iJi'n Dorfc^cn. ' 

iy) ©icfin junacn 'i^lî.-nfdjm iiiDcrguic^t juei^altm, 

18) 9^!t^t f<-> <i'ir {>«ll!fl. 

19) ^iirev 5)i«i)nunrt nad). 

20) Pour ce qnielt, bi'trejfcn^ rcgiîrct oH^idC tm Genif, 
.21) 3ll tud)H^ w^nicjer, 

22) «5inî> fa|ï «II? fo t«fd)tîffcn» 



292 L'HEAUTONTÎMORUMENOS 

dés pères qui font un peu rai Ton fiables;^ ils ne veu- 
lent pas que l'on foit toujours dans les vilains 
lieux, ~") ils ne trouvent pas bon qu*on aille fou- 
vent au cabaret, ^^) ils donnent peu d'argent, & 
tout cela n'ed que pour rendre les enfans plus ver- 
tueux. ^') Mais lorsqu'une fois de inauvaifes incli- 
nations Te font emparées de refprit des jeunes gens, 
il faut néceiriirement que toutes leurs aâions i'e 
featent de cette corruption. Mon fils, c'eft unô 
belle maxime) quil faut faire ion profit du mal 
U' autrui. ^'^) 

C/ittpbojh Je le crois. 

Chrcmès. Je vais entrer pour voir ce que nous 
aurons a fouper> *) fongez «i ne vous pas éloigner 
à l'heure qu'il eft,^') 

ACTE 

*) Comment C/ovwr y peut- b!e. Cette objcflion ne peut 

il dire cela à Ton fils, puisqii'à être faite que par ceux qui ne 

Ja Hn de la Iccne prccédcn- lavent pas que dans une oc- 

te il a dit, ,,c'elt moi nicine calion coinne celle-ci, on 

^,qui fais attendre les cnn- avoit bien des cliofcs à faire 

vies?,, Il fcmble donc qu'il avantque de le mettre à ta- 

ne dev'oit pas bKfcr aller C//- ble. Car il falloit que le rc- 

tiphofi , mais le mener avec pas fut précédé d'un facrih"- 

lui, puisqu'on n'atteiuluit ce, d'ailleurs ces bonnes 

que lui pour fe mettre ita- gens cmployoient un afTcz 

long- 

23) 3n fefrbâd)tii^en Dcrfern. 

24) Safi man oft ^»ni ^Mcre QC^e. Cabaret, çjnc 
(Sii)cufc, cinc ÎOcel^rct, item ^ûfolanjrj, 

25) Dafi Mclîinbcr tuqcnbfamcr werbcii follcn. 

26) 5))îcjn (ïD()n, bfté i)l cin fd)o'iKr ©runbfdl) , bag 
man nui? anbevcr \!«utc@d)ûbcn flu(\rt>«rî)«n fcfl, 

27) Za i^ fd;en fo fpât i|h ( ^o crfl) 



DE TERENCE, 293 

ACTE PRE M 1ER. 
SCENE IK 

Clrtiphofi, 

Que les pères fonc injuftes à Pcgard de tous les 
enfans! de croire que nous devons ecre des 
barbons en venant au monde, ') & ne point fentir 
toutes les paflions de la jeunefle. Ils veulent nous 
régler par les inclinations qu'ils otit aujourd'hui, & 
non pas par celles qu'ils avoient autrefois. Ha, fi 
jamais ^) j'ai un fîls, en vçrité je ferai un père bien 
commode! ') car il pourra me faire confidence de 
toutes Tes folies, je ferai toujours prêt à les lui par- 
donner ; '*) Je ne ferai pas comme le mien qui veut 
m'apprendre fa belle morale en me parlant toujours 
àes autres. *) J'enrage, quand après avoir un 
T 3 peu 

long-tems à difcourir avant h toutes ces ccrcmonies, & à 
que de manger; un homme écouter tous leurs dHcours. 
commechréwei n'avolt gar- *) Clitipbon (e moque ici 
de de vouloir gêner ion fils alfcz joliintfnt de Ion père, cS: 
en rafiujetlifiànt aie trouver Tcrence ne pouvoit mieux 

faire 

i) S)ûf voit bct SOS^lt fd)on voktev o6fîcr6en foflcn, 
rocnti roir faum l)in<ingcfDmmen. 

2) 2Bo id) jetnalè. (îSann Mcfe^ Advcrh. ne 6ep (iâ) 

f)ût, (ë U\) ocr ûbec ()inter fid), Ço ncgirt eé : v. ç^. 
je ne le ferai ja-nais, obet jamais je ne le ferai, \d) 
votvbc cé nienialiii ft)urt.) 

3) (Ein febr bequcmcr, i. e. gellnbcc îBater fci)n ! 

4) 2)1? Particula rclitiva, le, uub bie Accuiitivi Prôn. 

perf conj.Ie, la, les, Çul)m jcb«rjcit in :lnrmjtionc 
& negat. b«n«n l'ron, Dat. Caf» lui un'C leur Jjor. 



294 L' HEAUTONTïîVÎORUxMENOS 

peu plus bu que de mifon, il commence à me chan- 
ter les beaux faits. ^) IVélenremenc il vient de me / 
dire, mon iîls, c'eîi une belle m:ixime de faire fon 
pr.iiît du mal d'autrui; pciie qu'il efî fin! ^) ma 
foi il ne iaïc pns combien je luis lourd à Tes con- 
tes, "^j iVîciinten:^nc je fuis bien plus couché de ces 
deux mots de ma m^icrelTc, ifomiez-jjwi ^ appor- 
tez- uwi^ ;iuxqueis je ne i:n^ que répondre. Perion- 
ne n'el} plus malheureux que moi! car pourClinia, 
quoiqu'd ait ail'ezd'aflaires chez lui, au moins a-t- il 
une ni/îrrefTe bien élevée, & qui n'cA point faite 
à toutes les manières des courtilancs j '') ;iu lieu que 
la mienne e([ une groile Dame, elle eft hardie, ma- 
gnifique, dépenfiere ; Qv>^n une perfonne du grand 
air. '^) Lorsqu'elle me demande de l'argent, je ne 
fais que marmotter entre les dents; '") car je n'ai 

garde 

faire vnir que pnr cet cxem- avoir des pères qui avec heau- 

ple le mauvais effet que pio- coup de honte A de douceur 

du't ordinairement h dé- veillent pourtant lur leurs 

bauchedans te cœur des jeu- actions avec une grande cx- 

neN iiens, ik de quelle con- actitude. 
fèquence il elt pour eux d* 

5) ^6) mettre ton rocrbcn, tvnnn cr, fo (r ffwa^ mt%t 

aU \\K ^y:hn{)x flctrunfcn, iiiir fcine Jpclt)cnt(;atcn 
j{u crjflblcn anfani^t. 

6) ^U^fj taufenD, mie t>crfd)nii^t iff cr bod) ! 

7) Çffiic fe&r id) Ih\) fcincn 93ta()rlciii taub 6in. 

8) Unb tsic (]ar nJd)t fo rt>ic nnfcrc S^. . . gcûrtet i|ï. 

9) ^te auf^cbeit (tîgt, mit cincmïïSorf, «inc ^p«rfon/ 

oie \\â) «vacJ cmbilDct. 

10) ©0 muvmcU id) nur iWifclKn bcn ^â^ntitt 



DE TERENCE. 29j 

garde de lui dire que je n'ai pas le fou. ") Il n*- y-a 
pas long-ten)s que je me fuis mis cette épine ^u 
pié, '^) & mon père n'en laie rien encore» 

ACTE SECOND, 

SCENE L 

C L I N I A. C L I T I P H O N. 

Cliuia, 

Si je devois avoir de bonnes nouvelles de ma mai- 
trell'e, je fuis fur qu'il-y-a déjà du temps qu'ils 
feroient ici. Mais ie crains qu'en mon abrence elle 
ne fe foit gâtée, ') mille chofes concourent à me 
tourmenter & à me donner ce foupçon? *) l'occa- 
T 4 fion, 

*-) Clinia rafTeinhle ici les bauchcs. Son âge^ elle e'toifi 

quatre chofes qui peuvent fort jeune, & par conicquenC 

lui donner à\x l(3upçon,/'<5r- peu expérimentée, & (àcile 

r^</r/,la maîtredectoit feu- à tromper, ha inere^ &c« 

le, & n'avoit pcriunne qui elle avoit une mère avare & 

veillât à là conduite. Le lieu-, corrompue, qiii auroit ven* 

elle étoit dans nue ville pîei- du cent fois la fille, 
ne de jeunes gens fort dé- 

11) ©cnn ba§ fn) fmic, bag '\6) '\%x. ()e|ler)«n follfc, ic^ 
befjljî fcinen rot^cn ^^cîler, 

12) î)a§ ici) mie bicfcn ©orn in ^u^' g«fretcn. 

i) 6ic fïd) auf Me fd)!ira:nc ©dte âckg«t. ÎBannnâcJ^ 
cincfu verbo, fcûê <men ^unfrf), cme gurdît uni) 
cincn 3iy<;»f2l (jcbcutcf< fcie negatio ne mit her con- 
junaione que ycvfnùpfct ifï *, fo mac^ct cé im .IDcut» 
fcdctl «inc Affirmation aUJj. 



296 L' HEAUTONTIMORUMENOS 

iîon, le lieu , V nge, la mère qu'elle a, qui ne lui 
donne que de mauvais exemples, ^) «k qui n'aime 
que l'argent. ^ 

Cl'itiphon, Clinia. 

Clin'm, Que je fuis malheureux ! 

Cluiphon, Veux -tu donc prendre gnrde que par 
hazard, ^) perlonne ne. te voye en ibrtant de chez 
ton père? 

Clinia. J'y prends garde. Mais en vérité j'ai un 
certain prelfentiment '^"j de je ne lais quel malheur. 

Clitiphon Jucheras- tu toujours des choies, avant- 
que d'en fiwoir la vérité ? 

Clinia. S'il ne m'écoit arrivé quelque malheur, 
il-y-a long-tems qu'ils feroient ici. 

Clitiphon. Ils y Icront dans un moment, 

Clinia. Quand arrivera donc ce moment? 

Clitiphon. Tu ne pentes pas qu'il -y -a un peu 
loin d'ici, & d'ai'ieurs ne connois-tu pas les fem- 
mes, pendantqu'elles fe coëffent & qu'elles s'ajuf- 
tent, un an lé paile, ') 

cranta. Ah, Clitiphon, j'appréhende.. . , 

clitiphon. Prens courage, ^) voici Uromon avec 
, Syrus» 

2) T}k if)r nur nii( biîfcn Ç^icm^fl" uorgebef. 

3) ^■an umîCfiU)r, adverbium. 

4) (înie (]ca>ij]'e îlhuMmrt. 

5) )b\é (te fid/ ben 5îopf;^ifj ûiiffcÇcn unb jHrvc^ft 

nMcf)cn, Dcu)fbet cin gan^té 3^it)t- 

ACTE 



- DE TERENCE. 297 

ACTE SECOND. 

SCENE IL 

SYRUS. DROMOX. CLITIPHON. 
CLINiA. 

Syriis, 
*) \ yTe dis- tu vrai? 

i Vx Dromon, Cela eft comme je te le dis, 

Syrus» Mais pendantque nous nous amufons à 
cauler, nous les avons laiiTées derrière, '} 

Ciitipbon. Tu vas voir cout-à- l'heure ta maîtref- 
fe ici, entends -tu, Clinia? 

Clinja, Oui, j'entends enfin, je vois & je com- 
mence à rerplrer* 

Drumoii. Je ne m'étonne pas qu'elles foient de- 
meurées derrière, elles font fi embarraflées; ^) eiks 
mènent avec elles une troupe de fervantes* 

Ct/iùa. Je fiiis perdu ! d' où lui viennent ces ier* 
vantes? 

Ciitipho'iî. Eft- ce à moi qu'il faut le demander? 
T f ' Syriis, 

*) Syrus répond ainfî à contoit de tout ce que fba 
D)7)w&«, en s' étonnant fans maître avoit iôufFert dans 
doute de ce que ce valet lui ion voyage. " 

i) 5IDein? ttjeil \m une mit^Iaubcrn oufbaltcn, baî'fit 
mit fîe bintfr wnê gdaijcn. î)a|l bai Supinum 
j)bcc Partie. II. f)icr in pUir. Num. fœm. Gen. fîe» 
l)et/ tvrurfacï)et bcr UorbcrgcbcnDe Accur, les, tpcl* 
cl)ec fid) ouf baé SrAmn^imiiKi: b?jic^t. 

2) 6i8 &aben fo oiel ju fd)ajfen. 



298 L'F^EAUTONTÎMORUMENOS 

Syrus^ Nous ne devions pas les quitter ainfi; el- 
les porcenc tant de h.irdes ] ^j 

ainia. Ah, mon Dieu ! 

Syrus. Tant xle bijoux, tant d'habits î il com- 
mence à fe faire tard, ■*) & elles ne lavent pas le 
ciiemin. Nous avons fait une fottile ^ Dromon, 
retourne fur tes pas, va au devant d' elles, ') hàte- 
toi , marche donc. 

Clinia Que je fuis malheureux ! quelles efpéran- 
ces n'ai- je point perdues! 

Clitipbon. Qu'as -tu, qu'eft- ce qui te chagrine 
donc encorp? ) 

Clinta, Peux -tu me faire cette demande? n'en- 
tends-tu pas qu'elle mené des ^) fervantes, qu'elle 
fait porter des bijoux, des habits, "*■) elle, que j'û 
laiflee avec une feule petite fervante; d'où crois-tu 
qu'elle ait eu tout cela? ^) 

Clhipbon. **) Ha ! je t'entends enfin, ^) 

Syrus, 

*) Ciinia croit que ces fer- cle l'err reiir de Clinia qui fait 

vantes, ces hardes, ces bijoux ici un jeu f^ort agreablc- 

font à Antiphde^ 3i. le tout ell *^) Ah, je t'entoh/i enfin.) 

à la coiirtiiane Biicchn mai- Il entend enfin lefujct qu'il 

trelfe de C/itiphon, qui vient a d'avoir [)euf & d'être ja- 

avec elle. Voilà le fondement loux, 

3) (So iMfl 3«ua, C o^cr @cral)e.) 

4) ^'J bco/nut fpnt ju a^crben. 

5) @cl)c n)lc^c^ junicf, (\i{)î ihncn enfç^fçîcn. 

6) 5Ba(^ i|] bit! xociê i^r^crt fcid) Dcim obcrmolfn? 

7) Dos i|î ter Accuf. Plur. Artic. Parr., ter im '^twU 

fd>cn iiKillcniJ ofinauéacl^rùcEt bkibt ; bi^m^dcit 
niu^ man i^n obcr burd) cinificX|old)c; auébrucfni. 

8) 2Cobcr (îl.mbîft bu, ba§ fie bicfcé aUe^ bcfommm 

^abe? 

9) D^mi ! mblic^ bcrjî^Oe icÇ, wo bu ()inau^ tviUfî, 



DE TERENCE, 259 

Syrtts. Bons Dienx, quelle troupe î je fuis fur 
que'notre maifon aura peine à les loger, '°) qu'el- 
les vont manger ! qu'elles vont boire! Feue- on 
voir quelqu'un de plus malheureux que va Têcre 
notre bon homme ! Mais je vois les gens que je 
fouhaitois fort de trouver. 

Clinia. Oh Jupiter, où efl; la bonne foi! ") pen- 
danrqae j'ai la foiblefle de quitter ma patrie pour 
l'amour de vous, & d'être errant comme un fugi- 
tif, '^) vous vous enrichiflez, Antiphile, & vous 
m'abandonnez dans ces malheurs, vous qui êtes 
caufe que je fuis blâmé de tout le monde, ") 6: que 
je n'ai pas obéi à mon père comme je le devois: 
préfcntement je meurs de honte & de dépit, ''*) qu'il 
m'ait averti tant de fuis inutilement, '') lui qui ne 
ceflbit de me chanter, '^) toujours les manières de 
faire de ces créatures* '^) & qu'il n'ait jamais pu 
m' arracher d'auprès d'elles, je m"*avife à l'heure 
qu'il efl: '^^ de lui obéir; & lorsqu'il m'en auroit fu 

quel- 
le) (5ic faum fôirb DcOctBergcn fonnen. 

11) 5Bo lit S:reu unb Ç3Iaubcnî 

12) 2|[é cin 5"l«cl)tltng ()crum ju irr^n, 

13) î)<ï§ jcbcrmann mcine Qluffû&runa t^HXi. Obf 
tout tvirt» mit bcm Artic indef. fîcctirt, unb \^(xi 
bûé Subftant. mit bcril Articulo le obCl' la burc^ 
ofle Caiiis obnt>erdnOcrt nacï) ficl^. 

14) 3cl) flcrfte t)cr (?d)am unb (Brom. 

15) 5:)û{^ €v niirf) fû t\i uenjtblJc^ gcnjornet %oX% 
ï6) ?!0(ic eoriuprcbigen. 

17) 5Bie \\6.) biefe 5iji?enfcf)cr (îuffûf)rctcn« 

18) 3Ruîi bffinn? ic^) mic^ «rjî. 



500 L'HEÂUTONTIMORUMENOS 

quelque gré, '^) je ne l'ai pas voulu faire; perfon- 
ne n'eft plus malheureux que moi. 

Syrits, bas. (Voilà un homme qui eft apparem- 
ment trompé par ce que nous venons de dire 
Dromon &: moi. ) Monlieur, vous prenez votre 
maîtreHe pour tout autre qu'elle n'eft? car & fa 
manière de vivre efl: toujours la môme, "') & l'on 
cœur n'eft point changé, au moins autant que nous 
avons pu en juger par ce que nous avons vu. ^'}^ 

CJiiiio, Et qu'avez -vous vu? dis -le moi, je te 
prie, car de toutes les chofes du monde, il n'-y-en- 
a point que je fouhaice avec tint d'ardeur, que de 
voir que je la foupçonne Injuflement. ~^) 

Syrus, Premièrement, afinque vous foyez in- 
flruit de tout, la vieille qui paflbit pour la mère 
d' Antiphile, ne l'étoit pas, & elle eft morte* j'^ai 
ouï cela par hazard en chemin ^^) comme elle Iç 
contoit à une autre. 

Clitiphon. Eh qui eft cette autre ? 

Syriis. Donnez-vous patience.""*) Monfieur, que 
j'achève avant toutes chofes ce que j'ai commen- 
cé; ^^) après cela je vous le dirai. 

C/itrphon^ 

19) Çiniçjcn t)<in! <jcwugf f)(5tte. 

20) £)ann i^re i?ctcti^art i|i iKfïiinbig thmUr). 

21) 3u!n rociutjiicn fo oicl, aie mv aué Dem, maé wit 
fleffbm l}abin, urtl)ci(«n fonticn. 

22) èa^ id) einrn ungegrùnbctcn ^2Ir9Wof;n, iu Sliife^ 
()un(^ i()rcr, habc, 

23) 2)011 un^cfa^r untenvcgcj^. 

24) 5ln (tatt, ayez un peu de patience, ttJdcOc^ n\d)t 

fû populaiifcl). 

25) S)ag ict) Dor alkw î>in,}m mit bmh «aé id) on; 
jçfanem l)abi, ju i£n^« fommcn uio^f. 



DE TERENCE, 301 

Clttïphon, Dépêche. 

Syrus, D' . bord , lorsque nous fo Vîmes nrrivés 
h fa maifon, Drcmon a heurcé a la p rte; ''^) une 
certaine vieille femme eft venue, q li n'a pas eu 
plufôc ouvert, qu'elle e(i rentrée* je l';ii luivie, 
en même temps elle a fermé la porte au verrou, ^"} 
& eft retournée à fon travail. *) C'efl: en cette 
occa(ion ou jamais > Monfieur, que vous pouvez 
connoitre la vie que votre maîtrefTa a menée en 
votre abfence: ""^j quand on lurprend une !emmp, 
& qu'on arrive auprès d'elle à l'heure qu'elle s'y 
attend le moins, ^'^) on doit être perfuade que l'état 
où on la trouve, eft une iuite de fes occupation^ 
ordinaires ; & ce font ces occupations ordin:iires 
qui marquent parfaitement les inc inations des 
gens. ^") En arrivant nous l'avons trouvée qui 
iravailloiten tapiflerie avec grande application: elle 

i étoic 

*) L*on ne peut rien voir ma traduflion, quoique Sy- 

déplus beau que ces fîx veris, rus en falfe l'application à 

c'cll une re^le générale pour Ântiphile {èulctneut. J'ai 

trouver les caractères, (Scc-'elt trouvé que cela étoit mieux 

auffi ce qui m'a obligée à aififî en notre Langue, 
mettre cela en général dans 

26) .^pat Cin bic %{)i\Xt geflopfcf. Heurter contre quel- 
que chofe, antîofien. Prov. heurter de la tcte 
contre la muraille, mit bcm^topfe n?lî)Ctt'ic5[SanD 
!auf«n. ' 

27) JF)at ftc bie %\)m^ jugeric^flf. 

28) 3» «iHcr lîlBiucfcn^cif gefùf)ref 6af. 

29) ©a fîe eé am wenigfî^n cermutb^f. 

30) (So bic Sîeigutujni ber ÏîuU yoUfommcn ju crfcn» 

lun gcten, . 



301 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

écoit vêtue fore (implemcr.n en habit de deuil , ^') 
fans doute à caale de ia vieille qui écoic morte. Elle 
étoic lans aucun ornement, comme font celles qui 
ne s'habillent que pour elles. Elle n'avoic rier; de 
tout ce dont les femmes fe fervent pour relever 
leur beauté; fes cheveux éfoient épars, mal rangés, 
floctans négligemment autour de fa tête ^^) ah ! 

Clwia, Je te prie , mon cher Syrus , ne me jette 
pas dans une fauffe joye. 

Syrus, La vieille lui fîloit des laines: "^) de plus 
il-y-avpit là une petite fervante fort mal vêtue, fort 
négligée, fort mal propre, qui travailloit au mé- 
tier ^'^) avec Ar.tiphile. 

Clitipbon. Si cela cil vrai , comme je lé crois, 
Clinia, qui efl plus heureux que toi? prends-tu 
garde à cette fervante qu'il dit qui étoic il mal vê- 
tue, fi file? ■'') C'eft uneiirande marquequela maî- 
trefle vit fans reproche, ^^) quand on voit les cOn- 
iîdens fi négliges : car c'eft une règle générale , on 
fait des préiens aux fervances quand on veut Ocre 
bien reçu des maîtrefles. 

Cl'mia, 

gi) Porter le deuil, (raucen; le grand deuil, (jcfc 
trouer; prendre le deuil, Die 2cau« anl«a«n, 

32) ^picngen t()r um bcn 5vopf ()crum. 

33) ©pnnn ^SoUf* 

34) Siewebte (iiMirffc) Mé-tier, 535i'5cr.'^ortcntiîur> 
f£r?^£trnmpfn>û<'f*C'^fu()t 5 9îo()m bcr vStitcr, 
aîàl)t«rincn , lapctcntrurf er , ??îaUfljmflct)a- if. 

3ç) 6d \xU\ oefUitct, fo fdjmuOi'J? 
36) OW ^<it><' ^^^^* 



DE TERENCE. 303 

Cltma, Continue, je te prie> Syrus, & prens 
bien garde à ne te pas faire de féte auprès de moi ^'^) 
fans lujet» ■^) Qa'a-c-elle die quand tu m'as nom- 
mé? 

Syriii* Lorsque nous lui avons dit que vous étiez 
de retour, ^^) & que vous la priiez de vous venir 
voir, ^^) elle a quitté d'abord Ion ouvrage, & dans 
le moment fon vil'age a été tour couvert de larmes, 
de manière qu'ail écoit fort aifé de reconnoîrre que 
c'étoit de l'impatience qu'elle avoit de vous voir. 

Clinia, En vérité j'ai tant de joye, que je ne fais 
où je fuis, après toutes les frayeurs que j'ai eues, '^°) 

Clujphotï, Mais pour moi je iîivois bien que tu 

n'ijvois 

*) Syrtii veut faire voir jours mené îa même vie pen- 
deux choies à Cliniu^ la pré- dantfonabicnee, &laiecon- 
miere qu' Antiphiîe a tou- de, qu'elle l'aime toujours. 

37) Unb fîcbe h\é> ttjûbl oot, unçïcbefen biti) borcin ju 
niifcben, ( um inir etwaé wei^ ju madîen. ) Faire 
fcte à quelqu'un, emcu nîo()l «mpfunqcn , X^^iiW» 
rcn, de quelque choie, t)erfpred)en , i^o^nuna 5a 
ctn>aé geben, it. fcms ?5r«ul>e roorùber b^jiu()«n, 
rul)Kien; unb cuMid) fe t^irc defctc, fid) «ugeb^* 
^ ten m etroas meiuien, 

39) gucf) ju befucî)cn. 

Aller voir , {)ini\cb<n / cineiî ju 6?fudjm/ 
venir voir, bûbiu fommen, cmcn ju befucC)Étt/ 
envoyer voir , cincn befud)cn laffcii. 

NB. (^!eid)e 'l^crcanÊ'nig \^ox c^ mit benen ver- 
bis chercher, fuct)en; quérir ()olcn; trouver gc*» 
^€n iu einem. 

40) 3^acî; alî«m auasejlanbjnctî @cî;r«cfau 



304 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

n'avois rien à craindre. Oçn, Syrus, dis - moi à mon 
tour '^') qui eit cette autie dont tu as parlé? 

Syrus, Nous avons amené votre bsechis. 

Oittpbon. Oh> comment? vous avez amené B.ic- 
chis? Et dis -moi, pendard, où !a menés- tu? "^^j 

Syrus, Où je la mené ? chez nous apparem- 
mepc? '*') 

Clitipboth Quoi , à mon pcre ? 

Syrus, A lui - m cm e. 

Clitiphon. Oh, l'horrible impudence! 

Syrus. Savez- vous bien, Monfieur, qu'on ne 
fait point fans péril des adions extraordinaires & 
mémorables? ^ 

Ciitipbofh Prends garde à ce que tu fais, coquin, 
tu veux acquérir de la gloire aux dépens de mon 
repos* '*'*) pour peu que tu ayes mal pris tes me- 
fures, me voilà perdu. '^^) Que prctens-tu faire 
enlîn? 

Syrus, Mais , , « 

€litiphon. Quoi, viajs? 

Syrus. Si vous me vouliez laifler parler, je vous 
le dirois. 

Cttnta. LaiiTe- le parler. 

Clit'ipbuiJ. Eh bien parle, 

Syrus, 

4t; aRuii woblau/ Syrus, ba biejîcibc nn mir, fo faflf 
bec . . . (faijê mu- mut awé) . . • ) 

42) 9iBo fufmfî bu, (^^*iol({cnoogd, ftc ()in? 

43) îlûcm 51nfc[)«n nad) in unfcr S'^aw^. 

44) ©u winfî, nut^Balujî nicinec 3vuèe, tic Ovu^m 
crOM'rbcn. 

4f) 5Iso bu nur in cttv^îé bcinc «ITîûadrcgcln nic^lrcc^f 
(jcnomm«n , fo t|î <é aud mit raie 



DE TERENCE, 30f 

Syrus. Certe afîbire eft préfentement comme 

Qit/pbo',2. Quel diable de galimatias me com- 
mence- c- il là? '*'^) 

Cliuii. Syrus , Clitiphon a raifon, laifie tous ces 
décours, & viens au fait. '*''} 

Syrits. En vérité je ne puis plus me contenir, '*"') 
vou ères injufte en toutes manières, iVJlonfieur, & 
l'on ne peut vous fouffrir, '*'-') 

Ci'inia, Mon Dieu, Clitiphon, fais -toi, il le 
faut entendre, 

Syrus. Vous voulez erre amoureux , vous vou- 
lez pofltder votre maîtrefle, vous voulez qu'on 
trouve de quoi } lui donner, & vous voulez ne 
courir aucun risque; vous n'êtes pas foc, ^') fi 
pourtant c'eft ne Tètre pas que de vouloir i'4,mpof- 
lible; il faut prendre le bien avec les ch:'rges, '^) 
ou renoncer à tout: voyez lequel de ces deux par- 
tis vous aimez le mieux. "} Jeiuis pourtantperfua- 
dé que j'ai bien pris mes mefures, & qu'il n'-y a 
nul péril: car par-làvou'^ pouvez avoir votre niai- 
trefle chez votre père avec vous fans aucune peur: 

de 

â,(^') ^né |5cnfn' 'A ha^ fur cin '^Sii%m\\d} ? 

47) ^ûffe oPc bicfc ilmfdjiyeirc luiï) fournie jur 6ac^« 

( obcr Xbnt. ) 
4R) ^cb f'^n" f »ni mehr an micft f)nU«rî» 
49) Unb fô ijl mu cud) gac n!d}î me()r nu^jufommcn. 
50J ^citfd 

51) 5hr fei)b fein D^arr, 

52) îBer tvid t)abïn b^n 6«nug, bec mug f^ûtcn boi 
' 23er^ru§, 

53) <Se()çf, JVflc^céunfec5(t)bcn «ud; am p^f t;n SJjfîç^rt; 

U 



306 L'HEAUTONTÎMORUMENOS 

de plus, par ce moyen je trouve F argent que vous 
lui avez promis; «k pour lequel vous m'avez rom- 
pu la tête fi fouvent, '"*) que j'en étois déjà presque 
fourd. Que vous faut- il davantage? ") 

Clttiphon. Pourvuque cela jbit ainfi. 

Synts. Ah , pourvu ; faites - en rexpérience, vous 
le faurez. ''^) 

Clitïpbon. Oça , dis- moi les mefures que tu as 
prifes. Qu'eft ce que c'ert ? 

Syrtis, Nous allons' Teiridre r) que votre msî- 
trede eft celle de Monfieur. 

Clit/phon, Fort bien. Mais jeté prie de me dire 
ce qu'il fera de la (ienne ? paflera - 1- elle encore 
pour être h lui , comme (x une leule ne lui failoic 
pas déjà aflez de tort dans le monde? '^) 

Syrus, Elle ne pnffeya nullement pour être à lui ^ 
au contraire on la mènera à votre mère. 

Ciitiphon. A ma mère ! & faire quoi ? ^') 

Syrus II feroic long, Monfieur, de vous con- 
ter pourquoi je le fais; il vous doit fujjWe que j'ai 
mes rai Ions. ^"') 

Ciitiphon. Ce font là des contes; ^'j &dans tout 

ce que 

54) lînb um we§n)iflcn i^r mie bcn ivppf fc^on fo oft 

trorm flemad)t. 
5ç) aSad toerlangt-Cbroucf;!) i^rwcifcr? 
s6) ^roblrct té , fo irerDct i^r «ô crfû()rcn. 

57) -iSir tvcÛ>n unù (IcUen. 

58) ^<i)nî nicj)t fd)on Unglùcf gcnug in ter QBcK ange 
rid)tft? 

59) Unb roaé (fDlIfile) bn tnacftcn. 

60) ^ef mufî cud) gcnuij fd;n, bû9 ic^ mcine Urfac^m 

bar^u l)a!?f. 
6r) î^atî fmb ^^oIT^n- 



DE TERENCE, 307 

ce que tu me dis , je ne vois rien qui doive me 

rjiTurer. 

Syt-uu Acrendez; j'ai un autre expé>iienc, où 
vous lerez obligés d'avouer l'un & l'autre qu'il n'y- 
a nul péril. 

Clniphon, Ah, je te prie, trouves-en quelqu'un 
comme ceb, 

Syrus, Cela cftfait; ^") j'irai au devant d'elles & 
je leur dir^i qu'elles n'ont qu'à s'en retourner. 

Clhiphon, Quoi ? que dis - tu ? 

Syrus, Ne vous mettez pas en peine , je vous 
ôterai tout fujet de crainte, deforteque vous dor- 
mirez tranquillement de vos deux yeux. ^^) *) 

Clitiphou, Que dois -je faire préJentement? 

Clinia^ Je fuis d'avis que tu prufîces. . . 

Clitiphon. Tu as railon, Syrus , Syrutj , parle à 
moi feulement. 

Syrus. Allez, laiiïez-moi faire* aujourd'hui mê- 
me vous vous en repentirez, ^^^ mais il fera trop 
tard, & vcjUs le voudrez envain ^'') 

Ciifiia, Je fuis d'avis, dis je, que tu profites du 
bien qui (e préfente i car tu ne fais pas fi jamais tu 
retrouveras une pareille occafion. 

Clitiphon, Syrus , hola , arrête , te dis - je. 

Syrus. Criez, criez, je ne laifferai pas d'aller 
mon chemin. 

U 2 Clitiphon, 

*) 1/ s'en v/ten même tcmpu 

62) ^^ i(î rd)on (|etr)nn (o^c^ (^efcfteOcn ) 

63) goIct-cMîfîalf , iMfî \%x mit bcpfceii éugen njerl>c( 
rubig fd)i<tfcn \mx\ix\, 

^4) 3f)t fclict e(< \)îù\i nod; Dcreuen. 

^'i) UnO i^r n?at«t c^ ocrarOlicO tJcrfangem 



30g L'HEAUTONTÎMORUMENOS 

Clhipbofi, Tu as raifon en vérité; Syrus, Syrus 
hola, Syrus; encore une fois, arrête. 

Syrtis^ Mon homme Taeuchaucie; *^^) que vou- 
lez - vous ? 

Clitipbon^ Reviens, reviens» 

Syrus. Et bien me voilà, que me voulez- vous? ^^^ 
j'autiii benu faire, vous direz encore ^^) que cela ne 
vous plaît pas. 

Ciitipbon. Bien loin décela, ^^) mon cher Syrus, 
je me remets entre tes mains, Je t'abandonne mon 
amour, mon honneur éi mon repos, ie t'en fais 
le maître , prens garde feulement- de n'être point 
blàmc. "°) 

Syrus, Voilà un plaifant avis a me donner, '') 
comme 11 j'avois moins d'intérêt à cela que vous- 
même^ fi par malheur cette afî'aire n'alioit pas 
^réiilîir, vous en feriez quitte pour ''") quelque^ ré- 
j primsn- 

66) ^â) èaÎK \{)m (^ûtiii û'îOff (icmad^f/ ce ijî \[)m rcdjt 
njariTi irorbcn, ( i|i it'd)t crfrf)rcrfin. ) 

67) Vouloir, rcipcrct .^roor Dr^cnt(tc^ei^cn Accuf, malt 
finopt t^ tiinr oud) mit ^cnl Dat. unD Ah\. nm> lit 
fold)ctî (\lcid) ylc(, (i\Û que me voulez vous? eDcc 
que voulez- vous de moi? 

68) 3d) niaa ce immïr ncd) fo fc^dn mac^en, fo tv^c;* 
î)ct \\)ï Ocnnod) fageu. 

69) îiBeit ciefebit. 

70) (?id)c bid) nuriro^I bor, brtf tu nid)t geffibclf 

merttcjï. 

71) 5>aé iff fùm>a()r cin (iîd;crnd)ec ?îûff), bm if)Ç 
nin- qtber, 

72) OFunn jii aDeni Uncilûcfe bie (gnrf)c nidjt gut au^^ 
fd;liJî3C/ fo fduKt ibr bobon ( n??3 ; mil . . . 



DE TERENCE. 309 

primantes que vous auriez à efluyer,") mais l'hom- 
me qui vous parif», n'en (eroic pas quitte à fi bon 
marche, ^'^) c'efi: pourquoi vous pouvez juger fi je 
négligerai rien. Mais obtenez de Clinia qu'il fafle 
fenîblanc '^^) que Bacchis eft fa maîcrefle. 

Cl'niia. Oh, cela s'entend, je le ferai; & la cho- 
fe eft preTencement en tel ét^iy qu'il eft ahfolument 
nécedaire que je le faiïe. 

Clitipbon^ je te fuis bien obligé, mon cher Clinia. 
C/wia'M^is l'affaire eft qu'elle ne bronche 
pas. '') 

Syrus. Ho, elle eft parfaitement bien inftruîte. 
Clitiphon^ Mais ie fuis bien furpris que tu ayes 
pu la perfuader fi facilement, car quelles gens "^) 
ne rebute- 1- elle pas cous les jours? 

Syrus. je fuis arrivé chez elle juftement dans le 

moment favorable, ^^) & dans toutes les affaires, 

c'eft ce qu'il-y-a de plus important; "^^j car j'y ar 

U 3" trouvé 

73) ©0 \^x Q«^ju|îe5cn \)h.U\. Effuyer i(î metap!i.f)i(!e 
ge&nmc^t, o£)ec OOC effaïerj proprie ^eiffct cé, û&» 
n>!f(f)cn. 

74) S3«m raûrbf t^ nîd)f fo Tcic^te ^iugc^en. 

75) S5n§' er fîd> f^efle- 

76) iiinein bie ganjc ©nc^e foramt bnrauf an, 5a0 fîe 

nicï)t fcl)l fd)l(îgcf. Broncher, proprie (îoïpern. 
Prov. il n'-y-a fi bon cheval, qui ne bronch^ e^ 
ifî fdn ^enfd) o^ne ge^Ur. 

77) D6 fiton t>ot oiten 3<itcn la gent im Singul. gc^ 
brauiijt n>erben ijT, fo i{l ci3 bocî; ()eut ju Sûgç im 
Pluralï aQem gcbrîsud)!!!^. 

7S) 3i»f S'ùcîliCyen <2tunbc. 

79) UnD Oi(g s{î \\\ aacu ,t!in9«n taé tjornc^mjî^ 



aro L'HEAUTONTÎMORUMENOS 

trouvé un Capitaine qui la preHoic vivement, ^°) ^ 
elle menoit cet homme ^') avec beaucoup ti'adrefle; 
tiouv^^nt toujours des prétextes pour le refulër.afin 
de renfljmmer davantage®^) par ce refus, & de vous 
en faire en même temps un facrifîce qui vous fût 
agréable. Mais à propos, Monjieur, prenez bien 
garde de ne rien faire imprudemment; vous con- 
noiflez votre père ; vous lavez comme il voit chir 
en ces fortçs de chofes. ^^) Or efl-il que je fais la 
peine que vous avez à vous contenir. ^^) Je con- ' 
nois vos mots a. double entente, l'agilité de votre 
cou, qui fait aller votre tète comme une girouette, 
votre manière de touiïcr, rire, cracher. 'J'reve 
à tout ce manège- le, je vous prie. ^') 

Cl'niphou. Tu me donneras des louanges. 

Syrus^ Prenez y bien garde. 

- Clitiphoii, 

*) Car c'efl là une grande vient de dire à C/itiphon 

adreffe de faire à un amant qu'il cfoit arrive chez Bac- 

un facrilîce de fon rival, de chis dans le moment favo- 

manicre que ce riva! n'en rable, puisqu'elle ((;ngcoit a 

foit qijc plus amoureux; lui piaîrc en lui facrifiant 

voilà auflî pourquoi Sp'Vi fon rival. 

80) '^tï fcbr ^atî 6e») if)r nnf)ifïf. 

82) ;^()n nur l)iÇ'fler ju niacbcn. 

83) ÎCaé fur ein ti<fc6 (£-infel)<n ce m tcrslcid^cn ©in» 

acn (;at. 

84) 3^iin n)''i§ icb/wic fûucr ce cud) nnfommf/ cud) in 

8j) (Stiro Ja^fn^clltiile porter , Me 33cbcnbiçif «it furcjJ 
S^aXk^, &cr cuvm iîcpf ivic cincu 20cttfrbfl()n 
berum \^xthn, ciicr ^pujîcn, ^ad)en, ^Jluofpcçcn, 
Sd; Mttc cuc^/ n)C9 mit allcn Dcncn îpcjjcn, 



U£ TEREXCE. 311 

Clitjpboiî. Tu m'admireras. 

Syrus. Mais nos femmes nous ont fuivi de bien 
près, 

Oniphon. Où font-elles ? pourquoi me retiens-tu ? 

Syrus. Dès ce moment ^') elle n'ed plus à vous» 

Ciitiphun. Oui, chez mon père, s'entend* Mais 
en attendant . . . 

Syrus. En attendant, point de nouvelles, ^") 

Clitipbon Permets -le moi, 

Syrus. Je ne le foufFrirar pas, vous dis -je. 

Clitiphon. Eh, je t'en prie, un moment, 

Syrus. Je vous le détends, 

Cl'ttipkon. Au moins que je la falue* 

Syrus. Si. vous êtes fage> allez- vous en. 

Clitiphon^ Je m'en vais. Et celui-ci? 

Syrus. Il demeurera. 

Clitiphon. Ah, qu'il eft heureux! 

Syrus. Allez feulement, marchez. 

ACTE SECOND. 

SCENE II h 

OACCHIS. AXTIPHILE. CLINIA* 
SYRUS. CLlTlPliON. 

Biicchis. 

En vérité, ma chère Antiphile, je vous trouve 
hien heureule, ') & vous méritez toute fortede 
louanges, d'avoir pris foin que vos mœurs rénon- 
U 4 difient 

86) 25ou nun an. 

87) î)ariiué n.Miv> nid)t^. 

*) 3d^ fct}i'içe eud> fe^c ôlûcflic^. 



3ia L'HEAUTONTIMORUMENOS 

dident à votre beauté; ^) je ne fuis pas furprile ' 
que tout le monde vous defire, car je puis juger de 
votre vertu par h converf.-tion que je viens d'avoir 
avec VOUS: & lorsque je conruiere la manière de 
vivre de toutes celles qui comme vous ne veulent 
pas recevoir tout le monde, ^) & qui ne le donnent 
qu'à un leul; je trouve qu'il ne faut pas s'étcxnner 
que vous ayez les incl n 'tidn.s honnêtes» 6c que nfms 
ne les ayons p.is. lî vous cil avantageux d* être 
ainfi" ^ : "*■; nia's nous ne le fiurlons, car les gens 
avec qui nous avons h vivre, ') ne nous le permer- 
rent pa-\ Comme ils ne nous aiment que pour 
notie beauté ^) lîtocque cette beauté change, ils 
changent aufiî, & portent ailleurs leurs inchnations; 
deforteque iî nous n'rwons été un peu prévoyan- 
tes, ') nous nous trouvoî)S abandonnées de tout le 
monde, & pour vous, lorsqu'une fois vous avez i 

réfola 

*) La vertu cft louée me- fur la nccefîîtc. 8) Exeufe 

me par les perlbiines qui y très -fii vole, car qui elt-ce 

ont renonce. Bucchn veut qui reuipèfboit d' Dbord de 

excufer ici la vie qu'elle me- faire ce (\\x' /Inti^hiie a fait. 
ne, & en rcjctter la faute 

2) S>(î^ eurc «Sittcn ntif curer ©djort^elt u6ercin fâ« 

me;». 

3) 3^Jctit cincm jcbirebm cincn froi;cu 3utritt i)«r(ïata 

t.iî mollcn. 

4) (5:oî brinqt curb î>crrî)cil alft^ b€r*ûffm ju f<t?n. 

5) ^Oîit ^vno^^ ron- i}maet)ctim!*iiTcn. 

6) $lGci( fie une nur um unfa\TCïcl)ôn()cit tvcgen licbcir,' 

Ne . . . que , nur, 

7) ^{v^aé t)orftVl)ti(\ 

8) Ut1^ Mo ^cfnilb luitM>n bfr 9'îotrocnî)iôfeit/ WOïinuc 

fîe fid) bijiiiDft/ jufc^feibeu. 



DE TEKENCE. 313 

réfolu de pafler toute votre vie avec un feul hom- 
me doue ihamcur vous convient, ^) vous avez lé 
plaifir <!e voir qu'on s'attache abfoiument à vous, '°) 
&: vous êtes liés'égtlemeot par ce choix que vous 
avez f;ut ('un de l'autre"; defortequ'il eft impoiîible 
que votre amour finifl'e jamais. 

Afitiphile. *j Je ne iais pas ce que font les au- 
tres; miis je lais bien que pour moi j'ai toujours 
été appliquée a faire mon unique piaiïir de celui de 
Clinia. ") 

Clinia^ *'^} Ah, ma chère Antiphiie, vous êtes auf^ 
fî la.leuie caufe de mon retour; car depuisque je 
vous ai quittée, toutes les fatigues que j'ai eues n'ont 
été rien au prix '") du chagrin de ne vous pas voir, 

SyriiSy J'en fuis perluadé» 

Clitipbou^ Syrus, je ne puis me retenir. '^) Mal- 
heureux que je fuis! faut- il qu'il ne me foit pas 
permis de me fattsfaire? 

TJ 5" Syrus, 

*) Le cara£}ere à' /Jnt'i- ces créatures, n'a rien con- 

/^Ziz/feli admirable. Il n -y-a trihiié à lui faire prendre le 

rien de coiitràint dans fa ver parti qu'elle a pris, 
tu, elle ne le mêle pdint de 

ce que font les autres, 14) **) Il dit cela fam qu elle 

ainlî la peur des accidensfâ- V entende ^ elle ne i'a^as eu- 

chcux qui arrivent à toutes core vu. 

9) î)eflR» @cmût()c mit bcm curigcn ûUxmUiwmt. 

10) 2)a^ man cucl) gânjlic^ cn^angc. 

11) 3ct) 'îï'!" i«i>crieit \)aH anij^lciîen fi'nn fajfcn, meitt 

clujig 53€rgnngcn au0 tcm ^Qergnûgen Deé Clinijc 
ju raad)cn. 

12) 3'» 9]ec4îkid)ung, (ge^cn.) 

13) Sd) faon niicï) nid)t iano.cr ^rtUm. 

14) ^an fiinbct bci) it)tet •'Su;îfnb nid)î^ ge jwungenc^, 
fie bcfûmmeit ficO gac ntcl;t barum, tvcé Qtttxtc 



ri L'HEAUTONTIMORUMENOS 



'4- 

Syriis^ Oh, vous n'êtes pas au bout, & de l'hu- 
meur que je connois votre père, il vous en fera 
bien avitler d'autres. '') 

Baccbis, Qui eit-ce jeune homme qui nous re- 
garde? 

Am'iphile. Ah, foutenez -moi, je vous prie. 

Baccb'ts. Qu' avez- vous ? 

Autiph'ile. Je n'en puis plus. 

B^cchis. D'où vous vient cette délaillance? '^) 

Antiphile. Eft -ce Clinia que je vois? 

Bàcchis. Qui voyez -vous? 

Cliiîid. Bon jour, ma chère Antiphile. 

Antiphile. Hor) jour, mon cher Clinia, que j'avois 
d' impatience de vous voir? '") 

Clinia. Comment vous portez- vous? 

Antiphile. Que j'ai de joye de vous trouver en 
bonne lànté ! 

Clinia. EU ce bien vous que je tiens, '") mon 
Anti};hi|e, (pie j'ai defirce avec c^.nt de palTion ? 

Syrus, Entrez au logis, car il- y- a déjà long- 
temps que vous faites attendre notre bon homme. 

I)) (^0/ i{)r ft'Ob nicf)t am (Enbf^ unb fo rcic icf) curcn 
ÎNater fcnnc, rcuD cr cud) ivo()l anberc (fcil. ^il. 
len) }U DcrfAlucfcn cjebcn. 

l6) Sicfc 0!)ninaciu. Dcïaillancc, cvanouiflèmciit, 
tuiblefle, pàmoiton fînb '•inonyma. 

37) 2Bk iv'ilançjtc mid) fo fc()nlid) eiid) ^u fc()cn? 

18) vScpb il;t: i'i ix>o()l tie ic^ in niciiun iJlrintn \)aU* 



ACTE 






DE TERENÇE. . jif 

ACTE TROISIEME. 
SCENE I. 

CHREMES, MENEDEME. 

Cbrémèi\ 

Il commence déj3 h faire jour; ') pourquoi ne 
vais-je donc pas tout- à- l'heure heurter à la por»^ 
te de notre voifin, afin de lui apprendre ^) le pre- 
mier que fon fils eft de retour? quoiqu'on me di- 
fe que ce jeune gnrc^on ne veut pas qu'il le fâche. 
Mais voyant la douleur que ce pauvre père a de 
l'abfence de fon fils qu'il aime fi tendrement,^) 
pourrois-je lui cacher un bonheur qu'il attend (\ 
peu ; ^) furtout puisque cela ne peut faire aucun 
tort a ce jeune garçon. En vérité je ne faurois 
m'en empêcher' 'j & je fervirai ce bon homme en 
tout ce qu' il me fera poilible ; ôi comme mon fils 
& le fien font fort unis, & qu'ils vivent dans une 
parfaire amitié, & n'ont rien de caché l'un pour 
l'autre, il eft jufte que nous autres vieillards nous 
rendions tous les bons offices que nous pourrons. 

Mène- 
i) €ô &cginnf jjJ;on îag ju tvcr^cn. 

2) ."Jfin mit bcm Gerundio in de, an (îûtt bCt Conjim» 
éhon /Ifimjue mit îîcm PraelenteConjunf.iivi i(I %\i 
ne (Îlc>}iin5. 

s) 5)€n ce fo jditfid) lieOef. 

4) €-ni fôlùcf, bctTcn er fît fo ivenig Dcrraut^et. 

5) 3<^ fonn «é unmdûlid} untcclaffen. 



3î6 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

Méné/itine. *} Ou je fuis né plus que tous les au- 
tres hommes pour la peine & pour les ennuis. ^) 
ou ce qu'on dit d'ordinaire, efl: faux, que le temps 
emporte nos chngrins, "-) car chaque ^) jour je fens 
augmenter ceux que j'rii de Tablence de mon fils; 
& plus il-y-a de temps qu'il m'a quitté, plus je 
deiîre avec impatience de le revoir, & plus j'ai de 
regret de l'avoir perdu. ^) 

Chrêmes, Mais le voilà lui-même qui fort, je vais 
lui parler. Bon jour, Ménédeme* je vous appor- 
te une nouvelle que vous, lerez bienolfe de favoir. 

Mên'cdeme, Avez -vous appris quelque chofe de 
mon fil.% Chrcmès? 

Cbrèmès, **) Il fe porte fort bien. 

Mcn'cdemc. Eh, où eft-il, je vous prie? 

Chrêmes. Chez moi. 

M'cnèdeim, Mon fils ? Chrêmes^ 

*) McHcdcVic fort de fa te fort bien. Mais comme ;/ 

mailon dès la pointe du jour eflpùindevie ne rafTiirc pas 

pour retourner à Ion travail, lîtôt un perc plein d ' affcc- 

Calil a dcjaditqu'il neveut tion, il commence par le 

iè donneraùcun rehichc. Ce- plus conlolant, il fe f<oyte 

la cii fort bien conduit. 'fieu. Mais comme cela n'au- 

roit point de grâce en notre 

**) LcLstinditmotàmot: Lan<^ne, où il ne feroit pas 

I/fe porte hicn &' efl plein de mcme Icntt, il a fallu le con- 

vie. ChrcviCi devoir dire, il tenter dc mettre il fe pQïte 

eit plein de vie, & il fe por bieii^ 

6) 5"'^ "î^faac unb ^crî^ru^ 

7) hci% mit ccr 3cit iinfcr 5vummer t>fr«ff)f(- 

8) Chaque, jcî)er, jcîx, jcDee, ift ein Pronom. Impr. 

Conjunèl. ta^ ahfolutum bat?L>n i(l chacun, ba<S 
Fœm. chacune, fî^^ bci)be nur im '^ing. gcbraud)ltc^. 



DE TERENCE. 317 

Chrémc'S, Oui. 

Mcnedeme, Il eft venu? 

Cbrcmt-5, Il efr venu. 

Ménédeme. .Vîon cher Clinîa e(t venu? 

Chranès. Ceh eft comme je vous le dis. 

Ménédeme. Allons* que je le voye, je vous prie. 

Chrêmes, \\ ne veut pas que vous fâchiez encore 
qu'il eft de retour; il vous fuit à c^ufe de la faute 
qu'il a fciicej *°) & il craint que la dureté que vous 
aviez pour lui, ne foit encore augmentée. 

Ménédeme, Eft -ce que vous ne lui avez pas dit 
dans quels fentimens je fuis préfentement? 

Chrêmes. Non. 

Ménédeme, Et pourquoi non , Chrêmes ? 

Chrêmes, Pjrceque vous prenez- là un mauvais 
parti, ^ *) & pour vous & pour lui, de lui faire çon- 
DOicre que vous êtes Ç\ doux, '") & que vous ne 
pouvez réfifter davantage. 

Ménédeme, Je ne puis faire autrement; j'ai eu 
aflez de rigueur jusqu'ici. '^) 

Chrêmes. Ah! Ménédeme, vous outrez tout ^ & 
vous paflez d' une extrémité à l'autre, ''^) *) vous 

*) Cela eft heureux, rlap- de complailance, & ménage 
pelle prodigalité la tioo & économie trop grande, la 
grande douceur, la trop gran- trop grande rigueur 

10) (?r f(f)fuct ftcî) ter cuc^ tvegc» bci^ ècgongcnm 
Sebferé. 

11) sHîcil ibr bo cmen Î56cln ïSeg crwa^Uf. 

12) 5^afi ibr fo fjclmbc fcî)^. 

13) 3"^ biiî 6i(5 bicl)cv (îreni^ (\cnucj qctvcfm. 

14) :3t)r trciîjet cîlee ju ^ocJ), m^ t^wt t)«r0a(Çç 5aî& 
jtt t>|ji l>fl(b jii tvçniiî» 



318 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

êtes ou trop prodigue ou trop ménager. Quelque 
chemin que vous preniez decesdeux-l;i , vousto.m- 
berex dans le même précipice. ") Autrefois quand 
l'amour de votre fils ne faifoit que commencer, au 
Heu defouffrir qu'il allât *) chez une femme qui 
en ce temps- là le contentoit de peu, & qui avoit 
de l'obligation des moindres chofes qu'on failoit 
pour elle, vous le chaiFates de votre maifon. Cet- 
te créature contrainte par la nécellicé re^ut en- 
fuite malgré elle tous ceux qui la vouloient aller 
voir. Prélentement qu'il ne peut avoir ce com.- 
merce fans faire une dépenle prodigieufe, '^) vous 
voilà prêt à tout donner. '") **) Car nfinque vous 
fâchiez comme elle a maintenant tout ce qu'il f.iuc 
pour bien ruiner les gens, '^) ***) elle mené avec 

elle 

*) C/'m«« parle ainfî par- pour leur maîtrefîè. J'ai ex- 

cequ' il croit que Bcicchis eft pliqué cette coutume dans les 

la maîtreffc de C///;/rt. remarques fur la lcc<^iide 

**") C/iréif /es prend Bncchis Comédie. Car Téren ce n'a 

pour la maîtreffe du his de pas voulu dire que ces fec- 

Ménéiïenie, & c'elt celle de vantts «voient elles- mêmes 

fon rils. Ce jeu de Théâtre des habits d'or c\: d'arucnt, 

cft admirable. cela leroit ridicule; maison 

***)Ces Icrvantes portoi- n'a pas laiffé de s'y trom- 

cnt des habits & des bijoux pcr. 

1)) 5î)r racgcf toon biern ^cobcnîBcgcncrtunbliti, tvcf* 
cl)cn iOc njolU'î, fu auntict i()c m uâmIid;cC^Hfal)r 
liiufcn. 

i6) DOnc crfd)r«c!Iid) DicI aufgc^Étt ju (ûffcn. 

17"^ 5ja fcj)b i()r bfrcit ntlcé f^injuijeben. 

18) Um l)ic î;eutc rccl;t in^ 23«rî)«rî)cn ju jîûri?n« 



DE TERENCE. 319 

elle plus de dix filles couvertes d'or tSi d'argent. *) 
Quand Ion amant feroic unSntrape, '^) il ne pour- 
roic fournir à ces dépenfes , à plus force railon n'y 
pourrez vous réfirter. ^°) 

M'en'edeme. Elt-elle chez vous? 

Chrêmes. Si elle y eft? belle demande! je l'ai 
bien fenti qu'elle y eft; ^') je lui ai donné un fou- 
pévkà toute fa troupe; & ii j'en devois donner un 
autre, je lerois ruiné , car lans parler dtfs autres 
chofes, en goûtant feulement le vin avec fa mine 
dédaigneufe, ^^) quelle quantité ne m'^en a-t-elle 
pas gâté! enmedifanCi celui -CJeft un peu ruUe, 
^^) bon père, voyez, je vous prie,fi vous n'enau- 

riez 

*) On 3 cru que Mcuati- parlé de FyyrlUn ; il faut 

dre s'étoit fervi du mot de donc dire auffi que f^vrhvs 

Satrape, parcequ'il étoit du ctoir du tems des Rois de 

tems des Kois de /'(?r/e5 car Perfc. l!-y-avo»t long-temps 

c'eit un mot Per£n qui fi* que Dai-inH1od?uia>iiin\ ^ le 

^ gnifie G^uverueiiY de Fro- dernier des Rois de Per/'e, 

vinee. Mais c'elt une fort ctoicmort, (^uduà Mènandre 

méchante raifon. Dans la vint au monde, car ce i;raud 

leconde Coméd/e , qui eft Pocte vivoic dij tems de 

aulfi tiréede jT/é/;««^i£', ileft Frolvvice Fhiladcl^he. 

19) £anbpfï«(^cr, obcc ©fotthalîfr. ©aéSBort Satrape 
i(î nur t)on ten perftfcben l^aubpflcgern gcbriiucî)» 
licf) ; mnn fagt beuf ju lage, Vice-. Roy, j^ieute- 
nant de Koy, Gouverneur d' une Province, Dod) 
n<îcl) 53vfd;ci|fcnb<tt ber Umfrrtnbe. 

20) 2i5eit ïDeaiy^êr wtrbet i(}i' c0 ou5(]c(ien fcnncn. 

21) "jlî î^'t'fî^ n}ot)l S''«9«nc! tx^erjf)! id) \)q!qi ce nuo^t 
empfnnDcn , Da^ fie ba j(?. 

22) ^)}îii if)rciî t>crâd)tlici)en 5)îln£n. 

23) I)cr ijl €in tvcuîûOfibe, bvr frftgt «in tvenig tm 



320 UHEAUTONTIMORUMËNOS. 

riez pas de plus doux* j'ai percé tous mes ton- 
reaux. ~'^) Tous mes gens lurtiioienc à peine à la 
fervir. Et ce n'eft là qu'une nuit. Que penfez- 
vûus donc devenir, vous qui ferez mangé tous les 
jours de cecte majiiere? ^/) quand j'ai vu cela, je 
vous jure que vous m^avez fait pitié. 

Mènèdenie. Qu'il t'afl'e tout ce quil lui plaira, 
qu'il dépenfe, quM confume, qu'il perde, j'ai ré- 
iblu de tout loufli ir puurvuque j'e l'aye avec moi. 

Chrêmes, Si vous vouiez en ufer ainfi, ^^)- il me 
fembleiiu moins, qu'il elHort important qu'd croye 
que vous lui donnez de quoi taire toute cette dé- 
penle fans le favoir. 

M'enèdeme. Que liois - je faire ? 

Chréwès, Tout ce que vous voudrez , plucôc 
que ce que vous avez réioiu ; faites donner par quel- 
que autre quel qu'il foit^ laiflTez-vous tromper paf 
un valet. Vous n'attendrez pas long-tem[)S, je 
me fuis déjà apperçu qu'ils y travaillent, & qu'ils 
machinent quelque chofe entre eux. ^^) N^otreSy- 
ru^ eft toujours en chucliet.int avec votre vnler. ^^) 
Les jeunes maîtres font nufll des conférences en- 
femble ; il vous feroit plus avantageux de perdre 

cinq 

24) ©eïinb«r ; id) (i<î6c elle nicinc ^offer ant^f^tipf^. 

Ce tonneau ciè bas perce, Djcfi '^onuc 0*^)^ |'cl)OIl 

25) '^s^, bec il)!' attc %<i^t fo wcrbct ûufijcf^lfm 

XùiXHW. 

a6) ?i§ann t()r fo i;u bcrfaî^rcn gcfonncn ft?i)b. 
127) llDb (^afi ^U) twxici^ iintcr einanbcr |\f)iTii bCtt» 
£8) Unfcc Syrus rebet ( fTif^ert) «urem 5vncd)U bcjlân^ 
^j(j iuô Dî)r> a verbo chuchctcr, fiifpcrn- 



DE TERENCE. 321 

cinq cens écus de cette manière, que trois pifto- 
les (ieT autre. Ce n'eft pas à T argent qu'il faut 
prendre garde, mais à le donner à ce jeune hom- 
me avec le moins de péril que nous pourrons, ^^) 
car fi une fois il connoic votre foible, & queplutôc 
que de fouffnr qu'il s'en aille, vous êtes en état de 
hazarder ^°) votre repos & votre bien : Oh quelle 
porte ne lui ouvrez -vous pas à la débauche? ^') il 
arrivera de là que la vie vous lera h charge; car la 
licence nous perd tous tant que nous Sommes ^^) 
Il voudra tout ce qui lui viendra dans l'efprit fans 
jamais examiner fi ce qu'il demandera, fera jufte ou 
non. Vous ne pourrez voir périr votre bien, & 
le voir périr lui - même, vous lui refuferez de l'ar- 
gent* auflitôt il aura recours au moyen "_) qu'il 
croira inf llible pour fe fnre valoir auprès de 
vous, ^'^) il vous menacera fur l'heure de vous quit- 
ter. '') 

Mhiédeme^ Il me femble que ce que vous dites, 
eft vrai. 

Chrêmes, 

29) sjïiûn mnP hvx njcf)f fluf bâj? @db fefHn, fonbcrtt 
barûuf, tui|5 TO'.r c6 fieftm jung-n 9}?enfcf)«n auf 
eine 2irt c<cben ; &amif tvir ri> auiiig ©«fa^r Dût)OU 
ju bc|'ur*ten ()(\]^cn ciié niDglid). 

50) 5q ^'« êdiin^je ^li fd)l n].n. 

31) (ri) ca mad)t ihv i^ni ii)iic unt Slngcl jura hîbtr» 
lidicn l'ebcn .nir. 

32) ^ng ciid) Daé i!e(^en j;ur 2n(î mcrbcn ttjirb; bcnii 
bieafijugrcOc (unaei;d|)mte) 5'rt-'9()ni i?«rtir6tuu^ 
ûUc/ fo oicl roir fîll^. 

33) Caîir^ er fcinc 3ufiud)t ju bem >rîiftcl nc^men. 

34) ^ict) bcç cuc^ m 2ini"et)en ^u fe^cti. 

^ 35) €c wiib cuci) ben 'iluv^cnblicf iroÎKn , WfgiugeOctî. 
-Suri' heure, adv. pldçlicf;, alfebfllb» 
X 



322 LMIEAUTONTIMORUMENOS 

Chrêmes. En vérité je n'ai pas fermé l'œil de tou- 
te la nuit, ^^) pour chercher les moyens de vous 
rendre votre fîls. 

Mèîi'edetne^ Donnez- moi votre main, je vous 
prie, mon cher Chrêmes, de continuer comme 
vous avez commencé, 

Chrèviès. C'eft mon defiein. ^^) 

Mcn'edeme, Savez- vous ce que je voudrois que 
vous fîflîez? 

Chrêmes. Dites -le moi. 

Mi'nedeme, Puisque vous avez apperçu qu'ils tra- 
ment quelque fourberie, ^^) au nom de Dieu qu'ils 
fe hâtent, je defire extrêmement de lui donner tout 
ce qu'il veut: je veux voir mon fîls. 

Chrêmes, j'en aurai foin* il me faut prendre Sy- 
rusôc l'exhorter à le faire; mais quelqu'un fort de 
chez moi *} Allez- vous- en, afînqu ils ne s'ap- 
perçoivent pas que rhous foyons de concert; ^^) j'ai 
une petite affaire; vSimus & Criton, deux de nos 
voifîns, font en différend fur les limites de leurs 
terres, ils m'ont pris pour arbitre, '*") je m'en vais 

les 

■^J C^yfV/èj trouve un pré- rentrer chez lui, &à ne pas 
texte plaufîble & nccenàire aller à Ion travail comme il 
pour obliger Mcnédeme & l'avoit rclblu. 

36) 3d) f>abe bie flan^e 3îo(r;t fcin Slugc jugcf^an. 

De on fîatt pendant. 

37) ©ad bim.i)510i[Iené (obercô ifîmcin 23or{)al5cn/) 
baé bûbe xà) mit fo »or<^cnommcn. 

38) Dof, fie cmmc v5d)clmcn(îùcfc rd)mtetcn. 

39) î)afi wir mit cinanber in ein .Ç)prn M«fcn. 

40; Êmb im igtreite rceiicn ber Oirarijcn il)rer ^lîfer, 
fie Oabcn mid; jum 6cl;icDémann anflcnommcn. 

In 



DE TERENCE. 323 

lc9 trouver, & leur dire que je ne puis vaquer à 
cette affiire aujourd'hui. "*' ) comme je leur avois 
promis, je ferai ici dans un moment. 

Mèncdeme. Je vous en prie Grands Dieux! 
faut- il que tous les hommes foient faits de man.e- 
re "*") *) qu'ils voyent beaucoup plus clair dans les 
affiires de< autres que dans les leurs ^ cela ne vien- 
droit-il point '^^) de ce que dans nos propres afiài- 
res la trop grande joye, ou le trop de chagrin, ne 
nous ladîfnc pas le jugement libre? '*'*) voyez com- 
me ce Chré.nès efl: beaucoup plus habile en ce qui 
me concerne, que je ne le luis moi- même. 

Chrêmes. J'ai dégagé ma parole, ^'') ;. fin d'avoir 
le temps de rendre fervice à ce pauvre homme. 

X 2 ACTE 

*) Mèncdeme ne dit ceci fnh ; Se dans tout ce que 

pour parler de lui -même, nous avons vu il n*-y-a rien 

car quoique cela i<'it vrai aui- qui ait pu Je lui Faire connoî- 

fî par raport zChréMes, cela tre, il ne pouvoir donc pas 

ne ic trouve vrai à cctc43rd, l'avoir ici en vite, & ccmine 

que parceque c'elt une vé- j'ai dit, il ne parle que de 

rite ueiiérale que l'on peut lui-même, autrement 7e- 

connojtrc fans rien favoir revce auroit fait une faute 

d'un tel ou d'un tel. Aiêfîé- qu'on ne pourroitexculer, 
^ewe ne connoilfctit pas ch>é- 

Jn fcnfu metapli. arbitre, ûhfoltittt S^m, b«r Û6« 
ctsvûé ju fd)aUen u^^ ju tVûlten l)Qf. Franc ar- 
bitre, frcj;cr ■iB lie bcé >)Jienfcl)i'n. 

41) ©aS icf) J)cut« biefc 6arf)c ntét ntmartm faim. 

42) Î5a§ aWt ?0îcnfd)en fi^ genrtet fcçn mû|Jen. 

43) êollte bn^ nidit ()«rù()ren. 

44) Une nid)t m\ frcncs Urtbctl gc(îa«eit. 

45) 3^^ W'^^^ ni«in SSafpridjcn crfoUet- 



324 L'HEAUTONTIMORUMENOS 
ACTE TROISIEME. 
SCENE II 
SYRUS. CHREMES. 

Syrus, 

Cours tant que tu voudras décote & d'autre, fi ^) 
f.iut-il toujours trouver de l'argent,/^) *) & 
tendre quelque piège nu bon homme. ^) 

Chrémc's, Me fuis je trompé, quand j'ai dit qu'ils 
inachinoient quelque chofe? liins doute que le valet 
de Clinia elt un peu pelant, '*) voilà pourquoi l'on 
a donné cette commiflîon au nôtre. 

Syi'Ks, Qui parle ici? je fuis perdu! n'a-C-il point 
oui ce que j'ai dit? 

Chrêmes. Syrus, 

Syrus. Ha, Monfieur. 

Chrêmes. Que f;ris- tu ici? 

Syrus. Pas grand^chofe. ^) Maïs en vérité je vous 
admire d'être levé de fi bon matin, vous qui butes 
tant hier au foir. 

Chrêmes. Eh pas trop. ^) 

Syrus. 

*) C/'Jc'w/r; croit que Syrui Je lui-mcme. C'eft un jeu 
parle ici de Méncderue ôi c»elt de Tliéatre fort platiant. 

1) ^i on |Ta(t pourtant. 

2) ^iCtW mufi tfnnocî) ©efb dufSringe». 

3) I>cni gutcn ^2llt<n «m« gaOc U3«ii^ 

4) (i;;iuaJ^ iélpif-i). 

5) aîif^ï gar ttiff. 

6; ^y ce ôJ»iJâ noc^ ()iiî» 



DE TERENCE. 32f 

Syrus, Pas trop, dites vous! Ma foi» Monfieur, 
vous avez, comme dit le Proverbe, *) la vieillelTecle 
r aigle. ') 

Chrcinèf, Doucement, doucement* 

Syriis. Cette femme eft de bon commerce* eJIe 
cfl agréable, cette bonne pièce. ") 

Chrêmes. Oui vraiment ♦ je l'ai trouvée ainfi ^) 

Syrus. Et en vérité elle eft fort belle, 

Qbrémès. Eh a fiez., 

Syrus, '^^^ Elle ne l'eft pas comme les femmes de 

votre temps, mais pour ce temps-ci, "j elle eft fort 

X 3 belle, 

*) C'efl à dire, une vieil- niercs des vieillards qui trou- 

lefle verte & vigoureulè, vent touj'urs ce qu'ils ont 

comme celle de l'aigle qui vu dans Jcurs jeunes ans, & 

ne meurt jaruaisde vieilleffe, plus beau & meilleur que 

& qui (ur la fin de fa vie ne ce qu'ils voyent, On peut 

peut fe conferver qu'en beu- pourtant donner un autre 

vant toujours. fens àcep'.fTage, &dire. £//? 

^*) Je fuis pcrfuadce que n'cfl pas (i belle qii\lle étoit 

le fèns que j'ai luividans ma //-y-r/ quelques otniées', niah 

Tradu:Mon, eft Je véritable, en venté elle cjl fvvt belle 

C'eft une flaterie de Syrui, pour P àa^e qu elle a. Mais 

qui fc iconforme ici aux ma- cela ne me plaît pas. 

7) ÇQ3'J^.rf)Tfti(i, mein .^{rr, ii çaht cud) narf) bem 

(5prnd)tt>ort, tî)r eerjûngct end) tuie cin 9lMcr. 

8) Se {h%i ^X'i) mit bicfer ^rau «ut uni,iic()cn, fte tfî ûn< 

nmtbivi/ baé fc^lauc Sîabcnaoé (otiei; t)« Ux&itUxt 

9) @ie i(] mtr uud) fo DcritcfLMnmcn. 

10) ©en Subftantivis unb P:onominibiiS Demonft. Ab- 
fc!. Mlle. 'Se Fûcm. Gcn. tvcibetl \>k Particule ci 
unb là nad)(î?fffjcf , unb jttjir nur bie îlnicigung 
tabUtC^ frrtftl(}«r JU Riad;en, ^« i«^ Comparatlone 

ci «ne 



325 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

belle, *) ii je ne m'étonne pas fi Clinia Tûiive svec 
tant de paiïïon * m;HS il a un certain père avide de 
bien, un nnlérabie que l'avjrice a rendu l'ec com- 
me une allumece» ") Ce voifin que nous avons, le 
connoiflez- vous? ce vieux vilain, '^) comme s'il 
n'avoir pas fcs coflles pleins d'argent, avoir fouf- 
fert que la mifere chalVàt fon fils de chez lui. Sa- 
viez- vou> ce que je vous dis là? 

C/j/r/wV. Comment? fi jelefavoisj un homme 
qu'on devroit envoyer nu moulin, 

Syrus Qui, Monfieur? 

Chrêmes. Je veux parler du fot valet ") de ce 
jeune homme, . , 

Syrits. bas. J'ai eu grand' peur '"*) pour toi, mon 
pauvre Syrus. 

Chrêmes^ D'avoir foufiert que fon maître ait été 
contraint de s'en aller, 

Syrus^ 

*) n parle ninfi pour con- chis cfoit la maîtreiïe de C//- 
firmer Chyétua dans \\ cro- ;//V/ , & c'ctoic celle de (on 
yance où il ccoit, que Buc- fils. 

ci ciiie naf)c, là cine «ntfcrntc Sncîx ober ^crfcn 
be^«ut>•ti ill teing t>or()aut)«n/ fo fann aud) là «inc 
tirtbe Inbiuten. 
Xi) (^incn fliMviiTen (\flb<^fi^iiîcn 33a(cr, «incn (J;(cntm, 
tun Cir ©cii (rofcti (jcniucfit trie cin êrf;njcf<l« 
^id)tiie;i oc>cr bc») Icbcnbiaem îi\\n »cri<^rct. 

12) î)ie<".n ..iltcn X)a|5iid)cn. 

13) 3'^^ nicpnc ^fn (umircn 5vn€cf)f. 

J4) ?)ian mciN iiodimalm, b''§ man baé c beé Adje- 
tfivi arand int Kœin. i>or fhU'ii îfficrtsrn, tic fîd) 
mit cincm Cnnlon. ûnfanc^cn/ upoftropbiret, unb 
mup man fol 1)C nu'ï cincr tiutcn Grammaire ob(C 
fin«ro tud;njjcii Lcxico «rUtncn. 



DE TERENCE, 327 

Syrui» Qu'nuroit-il pu faire? 
Cbrétnêi, Me le demandes- tu ? il devoit trouver 
quelque expédient, inventer quelque rufe pour faire 
venir de l'argent h Ton maître, '') qui l'autoic don- 
né à fa maîtrelTe^ en faifant cela, il auroic fait le 
bien de ce fâcheux vieillard malgré lui, "^) 
Syrus^ Vous vous moquez. 
Chrêmes, Encore une fois, Syrus, voilà ce qu'il 
devoit faire. 

Syrus- Ho, ho, je vous prie, louez -vous les va- 
lets qui trompent leurs maîtres? 

Chrêmes, C'ell: félon, '^) il-y-a des occafions OÙ 
j'approuve qu'ils les trompent, 
Syrus. Fort bien, vraiment. '^) 
Chrêmes, Car fouvent ces fortes de tromperies 
épargnent de très grands chagrins. Par exemple, 
fans aller plus loin, '') ce fils unique dont nous 
parlons, feroit demeuré chez fon père, fi fon valet 
avoit eu de l'efprit, 

Syrus. bas. Je ne fais s'il raille ou s'il parle fé- 
rieufement; mais au moins ce qu'il dit, me donne 
courage, & augmente l'envie que j'avois déjà de le 
tromper, 

X 4 Chrêmes^ 

15) Çinc 5ijî crfïtitctt/ fcincm ^crrti ©cib ju eerfc^af- 
fcn, 

16) 2Bûrbc cr bic 3Bor;(faf)rt biefêé t)erbric§lid)m Slf.-: 
Un njibcc fcincn vffiideii bcfdrtcrt ^abcn, 

37) 5Cic ce fommt/ (nac^bcm ce faQt.) 

18) «Sc^rgut gescbcir, furnjo^r. 



328 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

Chrêmes. Et ptéfentement, Syrus, qu'attend donc 
ce benêt ? ^°) que Ion nuitre loit encore obligé 
de s'en aller pour n'avoir pas dequoi fournira lu 
dépenle de cette femme? ^*j Ell-ce qu'il ne dref- 
fera pas que que batterie cotitrece bon homme? '^) 

Syrus. C'eil: un lourdaut. ^^) 

Chrêmes, iMais coi, tu devrois lui aider pour 
l'amour de ce pauvre g-'-'ç^n. 

Syrus, En vérité je ie ferois très volontiers, (î 
vous me l'ordonniez, car en ceb lortes d'aflaires je 
fuis aflurément maître \)2i(ïé. ^*) 

Chrêmes, Je t'et» elbme davantage» 

Syrus. '*) Le menfonge n'eft pas mon vice. ^') 

Chrêmes. Oçi, fais donc. 

Syrus. Mais vous, Monfieur, fouvenez - vous au 
moins de ce que vous me dites, fi par iipard) com- 
me 

*) Il veut dire qu'il ne ne /è rante de rien qu'il ne 
ment point, qu3n(î il dit puifle faire, 
<]u' il eit maître palFé, & qu'il 

2d) ÎBoranf laurct benn bicfcr (5cf)dv>é? 
ai) 2B«il i()m bte 0}?ittcl fcblen w«it)cn, b-ciîofïcn (bctt 
îlufivanb) bcj) biefcr grau ju bcftreitcn. 

22) 5B;rb cr n!d)r ctwan bi«fcm 3I(ten cine ^^He (l«l* 
Icn ? («me ti^ crftnbtn) Batterie ift hier mctaph. 
g<btaud)t, prnnrie ()ei(Tet «à elnc @cf)[rtC|£rcj), it. 
tîï 'f.H*anncnc«ocfcl ouf cinct S'^ntC/ oud) bcr Ott, 
tt>ûr(iuf (î'.iuonoti acpffan^t tcerbîii. Batterie de 
cuiilne, h'iv^f»rnc ot-cr blecl)cne 5îûc^cng<rât^c. 

23) ^T ift *m îôlDcl. 

24) ^n'^c jcfi iien)it3 (lu^ctplcrncf. Valet pafTé, î)i<ncr ei^ 
ncP D|fic:cré, f''rn>cld)cn f-in^^Krc aud)©L^lbatcn# 
©cfclbunvj cmpfanc<t. PalFé dix heure?, nad) icf)rt 
Ubr. 

»î) 2ù9m ijl ravin ^ixl iucÇ(, 



DE TERENCE* 329 

me cela peut arriver humainement, ^^) votre fils 
un iôur ailuic avoir quelque petite afl"jire de cette 
natue. 

Chrêmes. Ho, j'efpere que cela n'arrivera pas. 

Syrits. Je l'elpere aufli en vérité, & ce que je 
vous en dis, ce n'eft pas que ^') j'aye apperçu quoi 
que ce loit en lui» Mais fi cela arrivoit, au moins 
n'allez pas vous . . . vous voyez râii;e qu'il a, Ec 
par ma foi, Monfieur, fi Toccallon s'en prélêiitoic 
jamais, j'ai de quoi vous régiler comme i^ f;iut. ^^) 

Chréniès^ Quand cela fera, nous aviferons à ce 
que nous aurons à faire * ^^) à préfenc fonge à ce 
que je t'ai dit. 

Syrtts, De ma vie je n'ai ouï mon maître Ç\ bien 
parler; il me donne pleine liberté de m.d fiire, & 
je vois bien que je puis le tromper impunément, ^"^ 
Qui fort de chez nous ? 

X 5 

a5) 5Cann tjon ungcfa^r, tvic eê |tc^ mcnfc^fic^er 2B<i« 
fe jutrogen $ann. 

^7) ©€fc!)ic^f begroegett nid)t, aie . . . 

28) (^0 ftc^ bie «^«(eqenOcit jîmal^ miçjncn fott(e, fi> 
fann \6) eud) ooUfommen oufaviteii. 

bcn wcrbcn. 

30) ©ûg ic^ i^ii unij«(ïrûft Cof>ne 6c^«u) bîtrugm 
' lan». 



ACTE 



330 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

ACTE TROISIEME. 
SCENE m, 

CHREMES. CLITIPHON, SYRUS. 

Cbréinès, 

u^eft-ce donc, je vous prie, & quelles manières, 
CUtiphon? eft-ce ainfi qu'il en faucufer? ') 

Clitiphon, Qu'ai- je fait. 

Chrêmes. Ne vous ai -je pas^vu porter la main 
au lein de cetce courcifane? ~) 

Syrtis, *) Voilà nos affaires faites ; tout eft perdu. ') 

Clitiphon, Qui moi ? 

Chrêmes. Ne le niez pas, je l'ai vu de mes pro- 
pres yeux. Vous faites une injure à ce jeune hom- 
ma, de ne pouvoir retenir vos mains ^ vk c'eft af- 
iurémenc là un affront pour lui. Quoi, recevoir 
un ami chez vous, & vouloir toucher à fa mai- 
trefTe ! hier au foir encore à fouper, de quelle im- 
modeftie ne fûtes- vous pas ? '*) 

Syrtts Cela eft vrai. 

Chrêmes. De quelle importunité ! que je meure 

tout 

*) Snm appréhende que fon père que Bacchii eft ià 
ce que vient de faire Cliti- maîtrefte ôc non pas celle de 
fhon, n'ait fait découvrir à Clînia, 

i) 2}tug man oifo D{rfaf)rcu ? 

2) ?Oîit bix vf)anb in bcn ^ufcn biefcc ^ ♦ ♦ . faf^rcn. 

3) Dîun ifiô um uufcrc ©ac^cn ôcfdjc^e», «é i(l aîlc3 

4) aSic un()(fc()eit)m n>a«( i^r nic^t? 



DE TERENCE. 331 

tout préfentement fi cela n'alla fi loin,*) que je 
craignis qu'il n'en arrivât du defordre, Je connois 
Telpric des amans, ^) ils prennent en mjuvaife 
part des choies h quoi vous ne croiriez pas qu'ils 
prifTeoc feulement garde» 

Oitiphon. Mais, mon père, mon ami eft fort af- 
furé, que je rie ferai rien qui le fâche. 

Chrêmes. Je le veux* ') cependant vous devriez 
vous éloigner un peu, «Si n'être pas toujours fur 
leurs talons,.^) Les amans ont mille chofes à fe 
communiquer, qu'ils n'oferoient dire devant vous: 
un tiers 'eft toujours incommode» ^) Je juge des 
autres par moi-même; voyez - vous, Clitiphon, 
il n'-y-a aucun de mes amis à qui |e voululfe dé- 
couvrir tous mes fecrets! la dignité de l'un me re- 
tient, la honte m'empêche de les dire à l'autre, de 
peur de paflbr pour foible, ou pour effronté '°) 
Croyez qu'il en eft de même de ce jeune homme ; 

c'eft 

5) 3cf) witt fegreic^ bcêSobc^fcon, njann bai! nic§e fo 

njeit Qicng. 

6) ©ci§ 6trcit bûtûué cntfîef^cn tviube. 3"^ "j^ '§/ '^'^^ 

bie 23«rlubtm gcatut finb. 

7) Scilicet croire. 

8) Unb ibncn nid)t o^i\i\i ûufben ^crfcn «aéfrefm. 

Talon proprie, bcriîïbfnÇ t»emt?(î)u() o^er6tirfc(, 
bci)m L' ombre -v^pu'i bie ^tduffflttc Montrer, le- 
ver les talons, jouer des talons, §?rfengclb (jebctt. 
Elle a les talons courts, fie mûd)et (îftnc Rîit Avoir 
l'efpritaux talons, f«t)r einfûUi(j fei)n. 

5) t)er brttte ?Oîan» i|? ûflcj^t befcbrtjerlicl). 

10) 2lué ^ufc^t id) miJcî'tc fiir eitie feige «îJîemme/ ob<C 



332 LVHEAUTONTIMORUMENOS 

c'eft à nous de connoître le temps & le lieu où 
nous devons avoir de la coniplailàace pour nos 
amis, ") 

Syrus. *) Entendez -vous ce qu'il dit? 

Clitipbon. je fuis mortî 

Syrus '*^*) Efl-ce Ih ce que je vous avois tant re- 
commandé ? Vous vous êtes comporté en homme 
prudent & d'une fort gnnde figefle! '^) 

CUtiphon, Tais -toi, Il tu veux. '•'^ 

Syrus, Voilà comme il faut faire*. 

Chrêmes^ Syrus, en vérité j'ai honte pour lui.''*) 

Syrus. Je le crois, Monfieur, & ce n'efl pas fans 
fujet, cela me fâche bien moi, qui ne fuis pas fon père» 

Clitipbon, Tu continues ? 

Syrus. Oui ma foi; je dis mon fentiment» 

Clitipbon. Efc - ce que je n'oferois approcher 
d'eux? > 

Cbrcifiês. Ho, ho, ne fauriez-vous en appro- 
cher fans fsire des fottifes? '') 

Syrus, bas. Notre afl'aire ell iiambéej '^} elle va 

fc dé- 

*) Il dit cela bai àCliti- interrogeant, & le vers qui 

phou. fuit, ell une ironie. On s'y 

**) C'ertai'nfiquccepana- croit trompe. C'ellunere- 

gc doit être ponéîué, c'ejt un marque de mon pcre, 

11) Une <îfbîi()rct 3dt unb Drf ju untcrfcl/ibcn, wamt 
wir (^c(^en unfcie ^-rcunbe bôffici) fei)n foUtn. 

12) !:îl)r bnbt cud) aie cincn f<{)C ocrjldnblijeu unb f(u« 
q?n 5)icnl*d)ei! ouf9cfri()ict. 

13) @ îiTOi'ia?. td) biftf. 

14) yi) ^cHwv. mid) fcinttlt?cactî, 
i^) DHno i()0'ficiten ^u b^icbcn. 
16} ^i5 ij] ûué mit unf«va 6acl)<ii. 



DE TEREN'CE. 335 

fe découvrir avant que j'aye tiré notre argent. Mon- 
fîeur, voulez- vous fuivre l'avis d'un fot? '^) 

Chrêmes. Eh bien, quel eft cet avis? 

Syrus, Ordonnez -lui de s'en aller quelque part. 

Clitiphon, Où e(l-ceque j'irai. 

Syrus, Où? où il '^) vous plaira. Cédez- leur 
la place, '^; allez vous en un peu vous promener» 

CUtiphon. Me promener? où? 

Syrus^ Voyez! *) comme s'il manquoit ici de 
promenades. ^°) Allez deçà deJà, ^') cù vous vou- 
drez. 

Chrêmes. Il dit fort bien * j'en fuis d'avis. 

CUtiphon. Que le diable t'emporte, Syrus, de rue 
cbafler d'ici. 

Syrtis. Mais vous, une autre fois fongez à rete- 
nir \0i mains. ^^) 

ACTE TROISIEME. 

S C E N E IV, 

SYRUS. CHREMES» 

Syrus^ 

En bonne foi, Monfieur, qu'en penfez-vous? 
que croyez-vous qu'il deviendra, li vous ne le 

gardez 
*) Il dit cela, parceque la fcéne eft aux champs. 

17) ^ïl^cUcn fie bcmj}îaf[)c eineé bumîîien5vci(^ fefcjcn, 

18) Q:inci^ ijt intcrrogative , tnH 3wci;te relative' 9«* 
nornmcn; 

19) Dîdumct ihncn bcn ^\at^ ein. 

20) 3ilé rcenn cet l)ier on ©paÇjergângen fe^f(e» 

21) (^t{)it ba unb bortbin. 

22) ^inn'ibcrmnï fci)ôbcDacf:f cure^dnbc .^urùrfju^ol* 
xm, ob^r irti ?)tvangf i« ()rtltcn C \m fullqu f{§«n.) 



334 L'HEAUTONTîMORUMENOS 

gardez de près '} autant que vous pourrez, (ivous 
we le châtiez, fi vous ne l'aveitîflez? 

Chrcwês. j'y prendrai garde. ^'\ 

Syrtts^ Voyez -vous, Monfieur, c'eft préfente- 
menç que vous devez l' observer . « . ') 

Chrêmes, Cela ie fera. "*) 

Syrus. Si vous êtes lage: car de jour en jour il 
fait moins de cas de mes conleils. *) 

Chrêmes. Mais toi , que dis -tu de l'affaire dont 
je t'ai tantôt parlé? y as -tu traviillé, mon pauvre 
Syrus? as- tu im:iginé quelque chofe qui te plaile? 
ou n'as- tu encore rien trouvé? 

Syrus. \'ous voulez parler de notre tromperie? 
Ç\ j'en ai trouvé une. 

Chr'anès. Tu es un brave garçon; dis -moi ce 
que c'efl-, 

Syrus, Je le veux. Mais comme une' chofe faic 
fouvenir d'une autre . . , ^) 

Chrêmes, Qu'cft-ce, Syrus? 

Syrus. Cette Bacchis ert une fine mouche! ^) 

Chrêmes. Cela me paroît. 

Syrus, Oh, vraiment fi vous laviez! voyez ce 
qu'elle machine, ll-y-avoit autrefois ici une certai- 
ne 

1) Q?cj) mdncvîrcu, fyixx , tra(f haïfct i^r yen t6m, 

mo<î !iifî)nct ibr, mrti^ aues ibni werbcn tviiD, roi) 
ihr ibn nifbt'flcnau in OlcDt nc^mct? 

2) 3cl> i^^^rf'f |d)on cm madifaincéSluac bobcn. 

3) aîun ifî eé 5cit îHig \\)X ûuf il)n 2lcl)t ()ab<t. 

4) Drti^ fûU i\£fd)''bi'n. 

5) Çldifet cr mcmc 3vatbfcb(ûij< rocnigcr. 

6) 2(Rcin 9l«td)i»ic mau t*on «inervSûbC^c auf bic ûnbcte 
■ faat. 

7) 3(1 «inç bur(f;tric6cne ©c(?{cicî)eriu« 



DE TERENCE. 335 

ne vieille femme de Corinthe, à qui elle dit qu'elle 
avoir prêté trente piftoles, ^) 

Chrêmes, Eh bien? 

Syrus. Cette vieille femme efl: morte, elle a laiffé 
une jeune fille, & cette jeune fille lui eil demeurée 
en gage pour fon argent» ^) 

Chrêmes. J'entends. 

Syrus. Elle l'a amenée ici avec elle, *} & c'eft 
celle qui efl: préfentement dans l'apartement '°} de 
votre femme. 

Chrêmes. Qu'y- a -t- il encore? 

Syrus, Elle prie Clinia de lui donner cet argent, 
& elle dit qu'elle ne l'aura pas plutôt touché qu'elle 
lui donnera cette fille pour nantiflement ") de la 
fomme; mais c'efl: qu'elle lui demande adroitement 
ces trente piftoles en pur don. '^) 

Chrêmes. Elle les* demande aflurement? 

Syrus, 

*) AntiphiU devoit être fanes qui pii/Tent paroître, 

reconnue pour la fille de II la met dans l'apartemenc 

Chrêmes^ c'eft pourquoi de la femme de Chrêifies^ 

TcVfHfe n'a garde delà met- afifiqu'on n" eût rien à lui 

tre avec les autres, ôc de la reprocher , & qu'elle fût 

faire trouver au felbn, où hors de tout foupçon 
il n'-y-avoit que des courti- 

8) Sog fîc if;v 150 Dvtblr. ooroeffrcrff. 

9) 3fî it)t u«» i()te^ ©elîxî tucyen llatt ^fanbcé iurûcî 

gcblicbcrt. 

10) 3n 5em ©cmac^. 

lO 3"fn Unterpfanbe, in flylo Curise 9çbrôucî;lic^ ; 

it. £)cpoiitruiî() bcr ©clber. 
12) 2l(é «in tlogcé ©<rc()cnf. 



336 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

Synts. Ho cela s'en va ians dire. '^) 

Chrêmes, Je crois bien que cela abouîiroit là. "*) 
Eh bien, lur cela, que veux- tu faire? 

Synts, Moi? j'irai tiDUver Ménedeme, je dirai 
que cette fille eft de Carie, & qu'elle y a été enle- 
vée; qu'elle eil riche & de bonne maifon; & que 
s'il lu riuhere, il fera là un très grand profit. 

Chrcmès, lu te tronif>es, 

Sj'f'us, Cf^nnnent cela? 

Chrêmes. Je vais te répondre pour Ménedeme: 
Je nt- Vf: A pas l'acheter moi, qu'as-tu à dire? 

Syrus. Ah, rcponiez- nous plus favorablement, 
s'il vous plaît, Mr.nlieur. 

Chrêmes, *) Mais il n'eft pas befoin de tout ce- 
la. '0 

Synis. Il n'en eft pas befoin? 

Chrêmes, Non, te dis -je. 

Synts. Comment? je m'en étonne, 

Chré- 

*) Chrcuih n'explique pas que c'ed un marchéoù il ne 
fapcnicc, «l'ccnx qmonttra- (rîurt'it rien perdre, & qae 
vaille lur férence, ne le lunt Bttcc/.'/s ne lauroit le trom- 
pas mis en peine de la devi- per, puisqu'il eft dc)3 nanti 
ner. Mais je cuis que la voi- de ^ette fille i6) qui clt chez 
ci; il vctitqnc 5/vrrA/ïdcman- la rcmine, je croisdonc que 
de mile drao nies, trente fa pciWee ett de donner lui 
piitoles, <X' qu elle offre de incme rctte loinme, & dc 
donner en g^iges /^nriphile, retenir Antiphite. 

13) (?D ^ûl< m-rfrcbct ^i<i\ \>h\\&ixn. 

14) £)a^c«! ^af)ul auFiouff^ti (foûU{Jfd)l<î<îcn) n>ùrb«. 

15) C£c( bc^llrf Picj'cô alKts mdir. 

16) ?lBcil er fd5on Mcfctf y}?à^.lftl ^ur35ci-ftd)Crunct haU 
Se nantir de qu. dl. f(cl/ IDU CWaÔ au$ SÙl'fOVÔ^ 

»crfcf)fn. 



DE TEREN.CE. 337 

Chrêmes. Tu le fiuras tout -à- Theure. Attends, 
attends: *'^) d'où vient qu'on fait tant de bruit à 
notre porte? '') 

ACTE TROISIEME. 

SCENE V, 

SOSTRATA. CHREMES. LA NOUR- 
RICE, SYRUS. 

SoJIrata* 

Si je ne me trompe, c'eft adurément là la ba^ue 
que je foupçonne, ') c'eil: elle quavoit ma fille 
quand eile fut expofée. 

Chveriiès. ^yrus , que (ignifîe ce difcours? 
Sojirata, Qu'en dis- tu nourrice ? crois- tu que 
ce foit-elle? ^) 

La 

•*) J'avoisoul^lié d'avertir foîent du bruit à la porte, 

que Jes portes de la rue ctoi- pour avertir ceux qui étoient 

eut fairts de manière qu"* dans laruedes'éhiguer, ?{în 

clless'ouvroient toujours en de n'être pàs heurtes par les 

dehors, & que ceux qui vou- battans de la porte, ig) 
loient iortir de la inailon, hi- 

17) 5Bie fommtc^, bofi man fo m tx\âittâ\\6) î^x* 
rien i>or unfaer 'ibûrc anncbtct? 

18) 5>en Ccn fslûaein b«r Ihur?. Accorder l'bonneur 
des fleux battans, clnem DieShrc irtfeifev bag&U 
6cnDcÀli4(\i ^e^ <5:hûrf auf,ie icd)i weibcn, romn 
ce m hié o?i5nio;ë '^xmmt qet)et. 

I) 60 i(t bfefc6o,cwi§ oeriKing, Hn id) mul^mage, 
(liber ben id^ mfine ©ebanfen habt,^ 

a) 2Saj^ fûçîcft bu fcaju, eaugflmmç? mcçnçfî bu, bog 
<é bcrfdbî fep ? 

Y 



38 L'HEAÙTONTUtORÙAlENOS 

La noîirrke. En vérité, Madame, vous j e me 
l'avez pas plutôt montrée que je Tai reconnue. 
Sojlrata. Mais au moins Pas- tu bien confidérée? 
La 77Durrice^ Airui-ément. 

Sofh-ata. Va préfencement au logis , & viens me 
dire fi cette fille eft déjà hors du bain ; ^) cepen- 
dant j'attendrai ici mon mari. 

Syriis. C eft vous qu'elle demande * voyez ce 
qu'elle veut? je ne fais de quoi elle eft trifte; ce 
n'e fl pas fans fujet, j'appréhende ce que ce peut être. 

Chrêmes. Ce que ce peut être ? ma foi elle va 
faire de grands efforts pour me dire de grandes 
fûttifes. *) 

Sojirata. Ha, mon mari» 
Chrêmes. Ha , ma femme. 
Sojîrata, Ceft vous- même que je cherchois, 
Chrémt'i. Dites -moi ce que vous me voulez. 
Sojîrata^ Premièrement, je vous prie, n'allez 
pas vous imaginer que j'aye rien ''} fait contre vos 
ordres. 

Chrêmes Voulez- vous que je croye ce que vous 
dites, tout incroyable qu'il eft, je le cvcis. 

Syriis, Cette manière de le juftifier m'eft un peu 
fuipeae. ^) 

Sojhata. Vous fouvenez vous qu'il-y-a quelques 
années que j'étois grofib, & que vous me dites for- 
tement 

3) £)& 6i«fcg ?)}îiî(j&gcn fd)on ûué î)em ^ûbc feç. 

4) ^\z unrb aile ifcre jvraffe bor<iîin«c!en/UnDî)cnnoc^ 

uii1)t0 <x\^ grogî îoor^ctfcn borOringen. 
%) Rien an fîûtt quelque chofè, fttt)û^. 



DE TERENCÈ, 339 

tement ^) que fi j'accouchois d'une fille, vous ne 
vouliez pas qu'elle fût élevée? ^) 

Chrêmes. Je vois ce que vous avez fait ; vous 
Favez élevée, n'eft- il pas vrai ? 

Syrus. Si cela efl, Madame > c'efl: à dire que voi- 
là augmentation dédommage pour notre maître. 

^ojirata. Point du tout. ^) Il-y-avoit ici une 
vieille femme de CorinthC) fort honnête femme, 
je la lui donnsi à expofer. 

Cbréinès, Oh, Jupiter! peut -on être fi mal avi* 
fée? ") 

Sojîrata, Je fuis perdue! qu'ai- je f^it ? 

Chrêmes, Me le demandez vous? 

Sojîrata, Mon cher Chrêmes, fi j'ai mal fait, c'e(l 
fans le fa voir. ") 

Chrêmes, En vérité quand vous ne le diriez pas, 
je fuis perfuadé que c'eft fans le favoir& fansy pen- 
fer, que vous dires &que vous faites toutes chofes. 
Dans cette lèule occ.ifion combien de fautes de ju- 
gement! '^) Premièrement fi vous vouliez exécu- 
Y 2 ter 

^) Unb bûg i^c raie bcrS Ocrouâ fagfef. 

8) îDag (îc aufcrjogcn fôcr&cn fonte, 

9) NR. Bien in ber53el>cu(unc\ i>if(/ mrnmi aUqiii i>t\\ 

Gen. Artic. Définit, ju fic<) '■> point «ub rien obec 
fOun folcbcî^ "ur t>or b^m 2Borre touf. v. g. bien 
du chagrin, Diel 2>sr&ru§; point du tout, gan^ 
unb gac nicl)t; nendutout, nid)r^, 

io) 5vann man tvo^l fo imtjDrfîdîîifl fiçn? 

> I) ©0 bûb< icï) ce unroilfenb gctban. 

12) %\i %x ^<xi <é çucî; an ber Uibetlesuni) g?fff;{'eé 



340 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

ter mes ordres *) il falloit lui ôrer la vie '^) fiins 
balancer* '"*) & ne pas faire ll^nihlanc de lui donner 
la mort, en la hilî-inc en effet en ctat de vivre. Ce- 
pendant je palle Ibr cela ; ''j la compaflion, la ten- 
drefle de mère, je le veux: Mais voyez que vous 
avez été d'une grande prévoyance! quel étoit votre 
dellein? faites -y réflexion, '^) je vous en prie. 
Vous avez entièrement abandonné votre fille à cette 
vieille, afinqu'il ne tînt pas à vous qu'elle ne fe 
proftituâc, '^) ou qu'elle ne fût vendue publique- 
ment, & voici fans doute quelle étoit votre pen- 

fée. 



*) Je ne lis jamais ce paUà- 
ge fans horreur. Eltilpof- 
fiblequ'il-y-aiteudes hom- 
mes allez aveugles, affez in- 
humainsj allez barbares pour 
faire tuer ainfi leurs cnrans 
fans aucune pcine,fans aucun 
remords, pour le moindre 
intérêt de famille, & feule- 
ment parcequ'il ne conve- 
noit pas à leurs affaires de les 
élever î iS) Voici un mari qui 
fur ce que la femme n'a pas 
obéi à l'ordre abominable 



qu'il lui avoit donne, nçn 
d'expolcr (à tille, mais de la 
fjire molirir, l'accufe de ne 
cotmoîrre nj ce qui elt hon- 
nête ni ce qui elt railonna- 
ble. Cependant la Philo- 
fopliie a\oit dcja montré 
l'horreur, je ne dis pas de ces 
meurtres, mais même de» 
expohtions. Mais U Philo- 
Ibphie clè toujours foible 
contre des ulages rc<;^us <St 
autorifés. 



13) 3r>c ba6 îtUn ne^mcrt. 

14) Oi)t\t 5lnfïan^ (^aubcrn.) 
i?) :^nbefTcn mifl i(i) baô Ù6ctgef;m. 

16) ^cDcnfct ce bod) fclbfî. 

17) £)(jmit <é nidjt an cud; Idfle, tng (it uniùd)tiQ k» 
bm mdd}(e , oDcr jur ^. amc^^ 

18) ?lBcil eé if)rc bdu§Iid)e Um(l<SnD< nic^t 6{qucnilief> 
(daubuti ft^ 2U eriic^vn. 



DE TERENCE. 341 

fée, '^) de quelque manière que ce foit, difiez- 
vous, pourvuqu'elle vive, cela me fuffic. Que 
peut -on faire avec des créatures qui ne connoif- 
fént ni ce qui ell jufte, ni ce qui efl: honnête, ni ce 
qui eft raifonnable ? que les chofes foient bien ou 
mal, utiles ou nuillbies, elles ne voyent rien que 
ce qui leur plaît. 2°^ • 

Sofîrata, J'ai tort, je l'avoue, mon cher Chrê- 
mes, je me rends, ^') mais je vous prie que comme 
vous êtes plus âgé que moi, vous foyez aufli d'au- 
tant plus indulgent, ^^j (i!i que votre" bonté exeuiè, 
mon imprudence. 

Chrêmes, Eh bien voilà qui eiî: fait,^') je Texcufe, 
il faut bien en pafler par là * ^^) mais Softrata, ma 
trop grande facilité vous perd. ^■) Quoi qu'il en foit, 
dites moi, par ^^j quelleïaifon vous fîtes cette faute, 

Sojirata. Comme nous autres femmes nous fom- 
iTtes toutes fortement & ridiculement fuperilitieu- 

Y 3 ks, 

19) Unb obne 3»cifel f)a6e i&r fo (3eb<jd)f. 
•20) 5;5iei3ad}cu miM^n wo^l ober fdîîitnmiït^fn, nû^« 

lic^ obcr fcf)â:lid) fcon, fo finne» fîc nur ouf \ia^, 

a^aô ibncn j^fatït. 

21) 3*^ eifenne micf; ûbernjunben, (crgcbc mic^.) 

22) 3()r aud) bcj]onî«()c 3^ad)ftd}t ^*fjen Hicjet, i({ 5f«c 

comparative fleuotniKCn. D'autant mieux, befîo 
beffer; d'autant pis, bcjîo fdjiimmer. 
29) (£é fep brum. 

24) 3^) »îiu6 n«'r €ê TOo^I ^ifa^tn {of«n. 

25) 3i3Mne oOiitavoge ©uitviUJaftit ifî euc^ fcÇabî 
Iic5. 

fl6) 3lué; giefct mon «lif par, menn man c^ anij^r 
mcigm mit, burd?, ciilârm fan«. 



34^ 



V HEAUTONTÏMORUMENOS 



fes, ^"^) lorsque je la donnai pour être expofée; je 
tiroi de mon doigt une bague ^^) que je mis entre 
ies mains de cette bonne femme, & je lui dis qu'el- 
le la mit dans les hardes ^^) de cette entant , quand 
elle rexpoferoir, *) afînque fi elle mouroit> elle 
pe fût pas au moins entièrement privée de fa part 
de notre bien» ^°) 

Chré^ 

*) Les anciens auroîent cru lieu de léijitime, 32) & met- 
avoir t'ait un ùirt lirand pc- troit leur confcience à cou- 
ché fi leurs cnFans ctuicnt vert. Voilà en quoi confîlle 
morts fans avoir eu la p;irt la fiiperflition dont p.-rle So' 
qu'ils dévoient avoir de leurs flrata, & elle trouve bien à 
biens: c*e(l prU'quoi quand propos cet CTpédicnt pouc 
les femmes , toujours trop ne pas donner lieu à fon 
fuperftitieuies dounoient un n)ari de croire qu'elle n' 
enfant à expofer , elles lui avoit (innné cette bague, qu* 
nettoient dans l.s langes ou afin de pouvoir un jour re- 
aiilcurs quelque bijou, 31) coiinoitre la fille, fi elle çtoiÇ 
croyant que cela liendroit fauvéc. 

37) ©feid)n?ie ttîir ïBeiOer ûlïe nuf <ine nSrrifc^c m^ 
Iâc^crltcl)e -îlrt ûbcrgliîuhifd) ftnb. Autres jfl ^jcc 
lin J'ieonaimus, ^lr^ htx) nous uni) vous fe()r ges 
brâuc^hd) i|l/ fonNtltc^ wcnn m Subltantivum 
t>a$u fénimt. 

28) 3<>3 Jcï) «"if" 3î"ï8 ^^"^ iTicincm Sing<c û6. 

29) \s^ bai^ 3^uiî (.^Uibunci.) Harde, in Sin^. Num. 
bcbcutît cin<u Srupp 2SJilb / obcr SSiîgel/ îb plur. 
©acl)en., ©cîatbc. 

50) (Sic wcjiiqfîcnë nid)t gân^licî) i5r<é 21nf^cil(J ton 

unf tni iSetmcgen bçraubtt tciîtbe. 
3ï) 3" fc«"« îBinbcln, obcc foiijî irgcnb njo^iti/ i\\\ 

iîleinob 



DE TERENCE, 



345 



chrêmes. *) C'eft fort bien fait, par ce moyen 
vous l'avez confervée, & vous vous ^les fatisfaite. 

Sojîrûta. La voiià cette bague* 

Chrêmes. D'où l'avez -vous eue. "^ 

Sofirata^ Cette jeune fîlie que Bacchis a amenée 
avec elle « . , 

Syrus. Oh ! 

Chrêmes. Que dit- elle? 

Sûjîrata. **) Elle m'a priée de la lui garder ^'*) 
pendantqu'elle feroit dans le bain. D'abord je ne 

Y 4 l'ai 



*) CepafTage cfl; plus dif- 
ficile qu'on n'a cru. Chranh 
dit à la femme qu' en don- 
nant cette bague , elle a fait 
deux chofes au lieu d'une, el- 
le a mis fa confciencc à cou- 
vert, 3f) & elle a fauve fà 
fille, car on auroft apurement 
laifle mourir cette fiille, & 
perfbnne n'auroit voulu s'en 
cliargcr, fi elle n' avoit eu 
cette bague, qui avoit fait 
cfpérer à ceux qui i'avoient 
trouvée, qu'elle pourroit 
ctrc un joui' reconnue & /a- 
chetce fort cher par fcs pa- 
rens. Confervafti a donc ici 
deux fens, voin vous êia con- 
fervée, von: vous èies Jatis- 
fait., en fuivan: les mouve- 



mens de votre fuperftition; 
âc coufexvafli illmn, voin l-a- 
vez cojifervée, en lui don- 
nant une bague qui a fait 
venir l'envie à ceux qui l'ont 
trouvée, de l'élever, dans 
l'efpérance d'en tirer un 
jour une grolîè rançon. 

**) AnùphiU eft la (èule qui 
femetau ba'naprts le feftin, 
Icrcnce a ménat;é cela fage- 
mcnt pour la diflinguer de 
toutes les autres. Comtne 
elle avoit pafTc la nuit dans 
l'appartement de la femme 
de C/'>'i^v/à,app;iremmcnt el- 
le n'-y-avoit pas fait fi grand' 
chère, & n' avoit pas étc fi 
long -temps à table, ainfi 
n'ayant fait aucun excès, el- 



33) 5530 t)a6t iî)r ibtt ^et befomm<n? 

35) $ût fti il); ©îTOiiKu t>î;ïi\)t. 



544 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

l'ai pas regardée ; mais dès que j'ai eu jette les yeux 
deflus, ^^) auHîtôt je l'ai reconnue, & je fuis ac- 
courue vous chercher. 

Chrêmes, Eh bien que croyez- vous de cette fil- 
le? ou qu'et) avez -vous découvert? 

Sojirata, Rien autre choie 5 ^'') mais vous pou- 
vez vous informer d'elle d'où elle a eu cette bague; 
afin (le voir fi nous poumons retrouver notre fille, 

hytus^ *j Mes affaires vont mal • ^^) je voi mille 

fois 

le pouvoit bien fe baigner v^«f;/)/v7<? a mieux aimé diffé' 

quelque temps après le (ou- rer ion bain, afin de n'avoir 

per, outre que depui* le lôu- après cela qu' à le coucher, & 

per jusqu'à l' heure qu'il ell, de mieux dormir. Il n-y' 

il s'ell: p-iffc ailèz de temps avoit point d'heure préfcrita 

pour fjirequ'-^Ji///»/»//^ puif^ pour le bain, chacun le prc- 

fe le b ligner, peut-être me- noit à l' heure. qu' il vouloit, 

me qu'elle a ilormi, car on avant ou aprcs le repas; car 

ne voit pa's bien ce qu'elle a il ne faut pas s'imaginer que 

pu Faire depuis le fnuper ce fut la coutume dans ce* 

jufqu' à l'heure qu' elle fe fortes de fêtes de fouper & 

baii^ne. Ce bain à* /întiphi- de le baijiner enluite pour 

le elt plutôt pou'- la pro- entrer dans le Sanctuaire, 

prêté & p(jur la politeflc ' 

que pour la faute, car il faut *) Syyu$ avoit railôn de 

fe l"n\-euir qu'elle eft venue parler ainfi, car il voyoit bien 

^ Âihéneî chez Chréffies à qu' /^f////'/)//c étant reconnue 

pié, de il-y-a aflcz'loin, coin- pour la fille de CArtW«, C/i- 

me Jereuce a eu foin de nous via ne manqueroit pas de la 

en avertir, en failànt dire par demander en inariac;e, & 

Clifiphon nOe 2. Scène i, que par ce moyen Clnc»ie% 

Tu lie peu fe< pdf qu' il-y-a un dccouvriroit que Brl^his 

peu loin cf ici. Et lans doute croit la maîtrcfic de fou rils. 

36) miim fo balb ic^ bicîlu^ett ûuf fo^cI;en genjorfcn. 

37J ÎBcitcr nicf)t(J. 

3S) ^^ (]<&( ixM um tneitte Sâdjm* 



DE TERENCE. 347 

fois plus d'apparence à cela que je ne voudrois; 
c'efl là notre fille, fi tout ce qu'elle vient de dire 
eft vrai» 

Chrêmes, Celle à qui vous T aviez donnée, vit- 
elle encore ? 

So[îra*a, Je ne fais» 

Chromés. Après avoir emporté cette enfant, ^^) 
que vous dit -elle qu'elle en avoit faiti^ 

So/irata, Ce que je lui avois ordonnée» 

Chrêmes. Dites -moi le nom de cette femme, 
afînqu* on la cherche, 

Softrata, Philteré. 

Syrus, C'eft elle-même* c'efl: un grand ha- 
zard '*°) fi cette fille n' eft retrouvée, ^ fi^ je ne fuis 
perdu* 

Chrêmes, Sofirata, fuivez-moi au logis, 

Sojiriita, Comme les chofes ont rcufiî contre mon 
efpérance! '*') que j'ai appréhendé que vous ne 
fufiiez encore aufii dur que vous, l'étiez, quand 
vous m'ordonnâtes d'expofer cette enfant! 

Chrêmes. *) Les hommes ne font pas toujours ce 
Y 5 qu'ils 

*) Chrêmes dit ceîa pour fille. Ses affaires ne lui per- 

excufer la tîuréte qu'il avoit rriettoient pas alors d' éle- 

cue d' ordonner que l'on ver des lîlles, qui font d'or» 

tuât l'enfant dont la femme dinaire à charge à une mai- 

accoucheroit, fi c'ctoit une fon. 42) 

39) Slutî M«r«r Conftrnaion fîe^et tlian, brt^ enfant, 
tDiinn oon COiabgen bic Tii\>î, in Pœm., unbtuonrt 
tjoîi ^iiaben gerebct \m\), in Mafc. Gen. 3«brQuci)É 
werbe. 

40) gé ifî ein grogeé ÎCunbcr. 

41) ^\i if! boc^ ûOed meit glûcffic^cc âus^gcfc^logm, 
Ole icft bermutbct \)aU. 

42) ©i« flcmciniglid) eiuem ^auf« juc ^ajl faSe». 



34^ L' HEAUTONTIMORUMENOS 

qu'ils voudroient, à moinsque leurs 'affaires ne le 
permettent. PreTentement les miennes font tour^ 
nées de façon '*^) que je voudrois bien avoir une 
fille; ce n'etoit pas de même autrefois. 

ACTE Q^UATRIEME. 
SCENE /, 

Syytts, 

*) A utanf qwe je le puis comprendre, notre défaite 
.£\ n'eft pas loin, car je vois mes troupes fore 
prefTées, Se il n'-y-a point de falut pour moi, fi je 
ne trouve quelque expédient pour ') empocher que 
le bon homme ne fâche que Bacchis eft la maitrefle 
de fon fîls : car d'efpérer de pouvoir lui efcroquer ") 
cet argent, ou de penfer à lui tendre quelque autre 
piège, ce feroit une folie» Ce fera un allez grand 
exploit, ^) il je puis nie tirer d'ici vie & ba- 
gues 

^) Svi'wfbrtdeîamaifott, fait voir que ceux qui nonC 

eu il a entendu tout ce qu' pal feulement fait ici une 

^ntjpl'iie a dit à Chrcmei nouvelle fccne, n'ont pas 

poui" lui donner re'claircifl'c- bien connu le Théâtre, puis- 

ment de ce qu'il voulu jt fa- que ce doit être le com- 

voir; c'eli pourquoi il voit mencement du quatrième 

ià ruine fort proche. Cela Adte, 

45) 3îun 0û6en ftc6 mcitîc fo gcbti^ef. 

1) ©0 ijî unfcr ?8«rfan nid)t wcif , hmn incinc Seiife 
lver^cn HÉrtcufelt m Die (Juge gctrieôen , unb ift 
f ein jp<il t)or mid) mc^r ùbrig , ivo id? nld^t m 
97?it(<J fïnbe, um . • . 

a) ïï?t'g!"cf)tiav>pcn ju fonncn, 

s) Z^ »vctl)c cd m\i geuug geèracÇt ^(nUn* 



DE TERENCE. 347 

gués fauves» *) Perte! j* enrage, qu'un fi hon mor- 
ceau me Toit échappé à l'heure que je m'y attendois 
}e moins. ') Que ferai -je? ou que puis -je inven- 
ter? il me faut recommencer fur nouveaux frais.;*'^ 
Avec tout cela, il n''-y-a rien de fi difficile qu'en 
cherchant on ne puifTe trouver, ^} Si je m'y pré- 
rois de cette manière? ^) non, cela ne vaut rien. 
Er de celle-ci? je n'avancerois pas davantage* ^) 
Mais voilà pourtant le moyen. Cela ne fe peut; au 
contraire» fort bien; cournge, j'ai un expédient mer- 
veilleux, '°) je penfe ma foi qu'à la fin je rattrape- 
rai cet argent qui a fi bien pris la fuite, ' ') 

4) 2S<3nn ié l)ier mit b«m îtUn unb ohne6c5abm bat 

t)on fommî. 

5) £)ag raie fc fin guter ?5îff<tt, ^hn ta id) ce ùm m* 

n jjjfîen t>ermufî)cte,bci) bc»nO)i'îuU tjorbeç gegong«n, 

6) '^df mug t?pn frifcl^n anfan^en. 

7) Wlit aOcm bem ift nicl;ré fo fdjmcr, ba^, tvantt mati 
_ fief) ctmaé 'I^îùbe gcbcn tviû, nicï)t geiing^n foUf^. 

8) 3* «éfoonficng? 

9) 31^ wiirbt té nicî)t t)icl roeircr bringw. 

ïo) Qlbcr nun î)obe icf; (ïn tjortrcfflic^eé ÇOîi««l gj; 
funben. 

îi) ^aë bie^luc^j fo fd;on crgrjjfcn} (ba^ niic fo f<(ii 






ACTE 



348 UHEÂUTONTIMORUMENOS 

ACTE Q^U A T R I E M E. 

SCENE IL 

C L I N I A. S y R U S« 

Clhùa. 

Déformais il ne fauroit m' arriver aucun malheur 
qui puide me donner de l'inquiétude, j'ai un 
trop grand fujtt de joye* A préfent je me livre à 
mon père. & je veux être encore meilleur ménager 
qu'il ne voudra. ') 

Synts^ je ne me fuis point trompé; cette fiile eft 
reconnue, autant que je le puis comprendre par ce 
qu' il dit. Monfieur, je fuis ravi que les chofes aiU 
lent comme vous le fouhaitez. ^) 

Clinia^ Ho, mon cher Syrus j dis - moi je te prie, 
fais -tu que ... ? 

Syrus. *) Pourquoi ne le faurois- je pas, puisque 
l'ai été préfent à tout? ^) 

CJwia. As -tu jamais vu arriver pareil bonheur à 
qui que ce foit ? 

Syrus, Non aflurémenc. 

*) Ce que Syruî dit ici, avec Chrcwes & Sofirata, & 

^%i il a cti préfent a tout, que par confeqiicnt le troi- 

fait voir affez clairement qu' lîcine Aétc a fini là, le Tliéa» 

il ctoit entre dans la maUôn trc demeurant vuide, 

I) Unb wia nocO îxffèc ^auê^aUm, aH « c^ tcrlan* 

om llnr^. 
9) S)a§ &ic 6ad){n imc^ x^xm Sffiunfc^ ûu^fc^lagcn. 



DE TERENCE. 349 

Clinia. En vérité je n'en ni pas tant de joye pour 
moi-même, que j'en ni pour elle, car il 11' -y -a 
point de fortune qu'elle ne mérite. 

Syrus. J'en fuis perfuadé. Mais à préfent, Mon- 
fieur, il faut à votre tour "*) que vous vous don-' 
niez à moi, car il eft jufte de penfer à mettre aufli 
les affaires de votre ami en lureté , & de faire en 
forteque préfentemenc fon père ne fâche rien de fi 
maîtrellé. 

Clinia. Oh, Jupiter! 

Syrus^ Oh, finidez donc ces transports. *) , 

Clinia. J'épouferai ma chère Antiphiie! 

Syrus, M' interromprez -vous toujours? 

Clinia. Que veux tu que je fjflé, mon pauvre 
Syrus? je fuis transporté de joye, aye la compbi- 
fance de me founrir. 

Synts, Il faut bien que je Paye malgré mes 
dents. ^) 

Clinia. Nous allons mener une vie auflî douce que 
celles des Dieux? 

Syrus. Je crois que je perds ma peine. '^) 

Clinia, Oça parie j'écoute. 

Syrus, Mais dans un moment vous n' écouterez 
plus. 

Clinia, J'écouterai. 

Syrus, 

4) ©a nun bic Sîci^c eut cud) femmf (cuc^ ftJJTt) 

5) »rîacï}t t»oc^ bicfcr ^çftig«n grcubc tm €nl)e, 

6) vSSiber meinen 2BiÛcn unb ju mcincm grogten 5Sei:^ 

bru§. 

7) 3* ()al(e bafuc , bag atlî mm EOiû^ç m^évu^ 



350 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

Syrtts, Je vous dis qu' il faut fonger à mettre les 
affaires de votre ami en fureté , ^) car fi vous vous 
en allez préfeotement de chez nous, & que vous 
y laiiïiez Bacchis , notre bon homme verra tcuc 
auiîirôt que c'eft la maîtreffe de Clitiphon, au lieu 
que (î vous l'emmenez, elle padera pour ce qu'ellei 
a toujours pallé» ^ ) 

Clinia, Mais^ Syrus, cela efl entièrement con- 
traire à mon mariage* *) car de quel front '°) pour- 
rai -je parler à mon père? comprends - tu ce que 
je te dis? 

Syrus. Pourquoi non? 

Clhùa, Que lui dirai- je & quel prétexte trou° 
ver? ") 

Syrus, Au contraire, je neveux pas que vous 
mentiez, dites -lui la chofe comme elle eft. 

Clinin, Qoedis tu là? 

Syrus. je vous dis que je veux que vous lui di-- 
fiez que vous êtes amoureux d' Antiphile, que vous 

fouhai- 

^) II veut dire qu'en me- de quel front il pourra par- 
lant Bucchit ciiez lui , il n'o* 1er au pore d'y^tuipl.u/e pour 
Ibit parler à ion père pour lui demander cette rille en 
lui propoler de demander la mariage.leloiit foit trompes, 
filic de Chrcwes. Ceux qui comme la fuite le fait ailcz 
ont cru que Clinia demande, connoître. 

8) 3* fa(\e cud), bofi té nunmchro ^cbc '^ût if!, tfe 

êad)cn curcéî5rcunOcé ni6id)C(^cu ju bringcn. 

9) ?lBJrb fie fur bicjeniflc ftebûUcn icerbcn, fiic Die ftc 

bi0\)cr (\cl)attcrt njorDen ijl. 

10; 5>aéirtincmcrt!ci)rat() rcracf(î<n(ôf3«ni iJannmif 
TOut^ fur <\mx s)3îuie. 

II) Unî) n>a«J foU id; i?ortvmt)«n. 



DE TERENCE. 351 

fouhaîtez de l'époufer, & que Baechis eft la mai- 
trefTe de Clitiphon.. 

Clinia, Ce que tu me demandes là, efl très jufle 
& très facile. '^) Cell à dire que tu veux que je 
prie mon père de n"'en rien dire à votre bon 
homme, 

Syrm, Nullement, je veux au contraire qu'il lui 
conte iachofe comme elle ell d'un bouc à l'autre. '^) 

Clinia. Oh, es -tu en ton bon fens? tu le perds. 
Car dis-moi, je te prie, comment pourra-c-il fe 
tirer de là ? '•*) 

Syrus, Voilà où je triomphe, voilà où je nefau- 
rois allez me louer de trouver en moi des finefies 
qui ont tant de force & de pouvoir, '') qu'en di- 
fant la vérité , je tromperai nos deux vieillards , de 
telle forte que lorsque le vôtre dira au nôtre que 
B.icchis efl la maicrelfe de fon fils, il n'en croira 
rien pourtant. 

Clinia. Encore une fois tu m'ôtes toute efpéraft- 
ce de me marier, car pendantque Chrêmes croira 
que j'aimerai Baechis, il ne me donnera jamais fa 
fille. Mais peut-être que tu ne t'embarafles pas 
fort de ce que je deviendrai , "^) pourvuque tu ti- 
res Clitiphon d'intrigue. 

Synis, Comment, diantre! '") croyez- vous donc 
que je veuille que cela dure un fîécle? un jour me 

fuffit, 

11) 3fffîcôaRj UUio, unbîeicfef. 

13) 5lBic \it ifî, ijoui SJnfang 5id iu €nt>e. 

14) 6ict) ^ûraué roicf cln ? 

ï 5) 3" mir Sîdnfe t)on folc^er ^*Mi «nl> 5Çcaft ju 

finbrn. 
16) îO'.e eé mit mir fôcrèm Wirt). 
ï7) aeif i«m ^çnNrl 



3^2 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

fuffic, jusqu'à ce que j'aye tiré l'argent qu'il nom 
faut. Bon; pas un quart d'heure de plus. '^) 

Cl'mia, Te contenteras -tu décela? mais quoi, 
je te prie, fi Ton père s'apperçoic de tout ceci? 

Syrus. Ah, mais fi le ciel tomboit prélente- 
ment. '^) 

Clhiia, Je crains fort ce que je vais faire. ^') 

Syrus, Vous craignez! comme s'il n'étoit pas 
en votre pouvoir de vous dcbarrafl'er, ^') quand vous 
le voudrez. Vous n'aurez qu'à dire la chofe com- 
me elle eft. 

Cltnia, Voilà qui eft fait, ^^) que l'on amené donc 
Bâcchis. 

Syrus> Fort bien; la voilà qui fort* 

ACTE QUATRIEME. 

SCENE lîL 

BACCHIS. GLINIA. SYRVS. DROMON. 
PHRYGIA. 

Bacchîs^ 

En bonne foi, Syrus m'a fait venir ici fort imperti- 
tinemment, ') avec les belles promeiïes qu'il 
m'a faites de me donner trente piftoles. Mais s' il 
me trompe cette fois , il viendra fouvenc envain me 

prier 

18) S!)ann ifî t^ guf, unb Dctlangc ic^ («ine Q3icr(eU 

fînnbc Idncjer. 
«ç") SBann bcr -j^immcl cinfiicf^, provcrb. 
20) lOilr grauet t?or 0cm ivaij ic^ t^untpcrt^e» 
ai) €ud) lofi ju tnac^.-n. 
22) aîuîî fo fci) ce bcum. 
«) ^jatraic^«uf(incunmfcï;5mf<2irt^i«0«t ôcfpvcngf. 



DE TERENCE. 3;3 

prier de venir, ou Ci je lui promecs, &que |e pren- 
ne jour, je manquerai au rendez- vous* ^j Clici- 
phon à qui il aura afTuré que je dois l'aller trouver, 
fera chagrin, s'en prendra à lui, le frottera, ^) & 
je ferai vengée de fon impudence. 

aima. Elle te fait là d'aHez bonnes promeiïes. "*) 

Syrus. Mais croyez- vous qu'elle raille? ') elle 
le fera , ma foi, comme elle le dit, fi je n'y prends 
garde 

Bacchiî, lis dorment, je les éveillerai afluré- 
fiient. Ma chère Phrygia, as -tu pris garde h la 
maifon deCarinus, que cet homuie nous a tantôt 
montrée? 

phrygia. Oui. 

Bacchis. C'eft celle qui eft la plus proche de cel- 
le-ci du côté droit, ^) 

Phrygia, Je m'en fouviens, 

Bacchis» Va tout d'une courfe; '') il y-a chez ce 
Carinus un Capitaine qui y célèbre la fête de 
Bacchus. 

Syrus. Que veut -elle faire? 

Bacchîs, Dis lui que je fuis ici malgré moî, & 
que Ton me garde à vue; ^) mais que de quelque 

manière 

2) Unb trann tcfi Un îag 6c|îimmc, fo ttcrbe tef) on 

beni bctlimmfen 0'i( nj(l)t crfd?cinen. 

3) 2Sirî) ftd) an i^m rrtd)en moUcn, unb \\)n Uxb fl6* 

fcbmicren. 

4) êie Derfpridit bir b<î maé jum(icf) gufc^» 

5) î)enft i()r Dcnn, bog fie tixçan fcl;cr|ct? 
<5) 3ur recî)ren, 

7) Biiif fpiuctinrcirî)^. (moé ^u laujfcn fnnnlî.) 
%) Unb bag man nilc^ nic^t au^ b«n îluyen laffa. 
Z 



354 L'HEAUTONTïMORUMËNOS. 

manière que te foie, je leur joûraiun tour de ma 
façon, ^)y 

Syriis, Je fuis perdu! Bacchis, arrêtez, arrêtez, 
où l'envoyez -vous? je vous prie de lui dire qu'elle 
demeure» '°) 

Bacchis, Non, marche, 

Syrits. Mais je vous dis que votre argent eftprêr» 

Bacchis. Et moi, je te dis que je demeure donc. 

Syri's. On vous le donnera tout à l'heure. 

Bacchis. Comme il vous plaira; eft-ce que jevous 
preiïe? ") 

Syrus. Mais fîivez-vous ce qu'il faut que vous 
fafliez, s'il vous plaît? 

Bacchis. Quoi? 

Syrits. Il faut que vous paAlezz-chez Ménédeme 
avec tout votre train. '") 

Bacchis. Que fais tu là fcé'érat?^^) 

Syrus. Qui moi? je fais de l'argent ^"^^ pour vous 
donner. 

Bacchis, 

9) 3cft if)nen cinen »ott meinen gavo^nlidjcnS^^ic^cti 

fpiden n)crî)c. 

10) 3;d) bitt« (Sud), xht ju fagm, brt§ fie Heirvn foDf. 
0!>r nad) bcncn Verbis iiwb Pliralihus, Me cine 
Çîeniûtbt^bcweaung bebeuUii/ tt>ûnnbieConjui>«aio 
que immédiate barfluf folflff, fo (ie()Çt £>a0 V^er- 
bum, fo nod)(îcf)t, m Conjunflivo. 

11) 'treibc id) cud) ctwan? 

î2) 3bf "îûffct ju bcm Ménédeme n»ï miïïi Qanjm 

©ci'efvjç f)inùbcr gcbcn- 
13) 5Bae( ninimjl ^u abcrmoï Dor, t>u ^^ogd? 
^4) 3<^ Cforae fût ta(S ©dt).) briiiflc (Sd\i ouf. 



DE TERENCE. 555 

Bacchis, Trouves - tu que je fois une femme 
qu'on doive jouer? '^) 

Syrus Ce que je vous dis la, n'eil pas raillerie. '*^) 

Bocchis. *j Eft-ceque j'ai là quelque chofe à 
démêler avec toi? '') 

Syras. Point du tout, mais je veux vous rendre 
ce qui vous appartient, 

Baccbîs. Soit, allons chez Ménédeme. 

Syrus, Suivez- moi par ici. Hola,Dromon, 

Ùromon. Qui me demande. 

Syrus. C'eil: Syrus, 

Droinon. Qu'y- a- 1- il? . 

Syrus. Mené bien vite toutes les efclaves de Bac- 
chis chez vous. 

Dromon Pourquoi cela? 

iiyrus. Ne t'en informe pas; '^) qu'elles empor- 
tent de chez nous tout ce qu'elles y ont apporte. 
Quand notre bon homme les verra fortir, il fe croi- 
ra délivré d'une grande dépecî/e. Ma foi il ne fait 
pas combien il payera cher ce petit gain, *^) Au 
Z 2 moins, 

*) Ce pafTage ctoît l^ins relà? cft-ce que j'y ai quel- 
doute d'fficile, puiiqa' on s'y; que clicJe ù déméier nvec 
elt trompé. 5yj-?*i ayant pro- toi? e{l - ce ponr l'amour 
pofé à Bacchis d'aller chez de toi que j'y dois aller j 
Ménédeme^ ci!e lui répond: Non, dit le valet, mais pout 
Que veux -tu que j'aille faî- l'amour de vous-meiTie. 

iç) ©û^ icfe cincgrau fer?, bk man ûJifjic^cn fefif. 

16) 3iî ^tine SS^yircrct). 

17) 5?a5e id) eiwan ha «injaé mit Mr ûuôjumadjcn? 

18) 3>eîùrr.m?re ^îd) barum tiid)^ 

ï9).(ïr trc'O ni*t, Xù'k 6ccï} j^ni ^j?fcr îUm ©<n?jfi(î 
ju (î«()çn fomm«n wlr^* 



355 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

moins, Dromon, fi tu es fage, ignore tout ce que 
tu fais. ^°) 

Dromon. Tu diras que je n'ai point de langue. ^') 

ACTE QUATRIEME. 

SCENE IK 

CHREMES. SYRUS. 

Chrêmes, 

En vérité le pauvre Ménédeme me fait pitié , je le 
plains que cet orage foie allé fondre chez lui. ') 
Nourrir cette femme avec toute la bande! ") je Tais 
bien qu'il ne s'appercevra de rien ces premiers 
jours, tant il avoit d'envie de revoir fon fils; mais 
lorsqu'il verra que tous les jours de la vie il faudra 
faire la môme dépcnfe, & que cela n'aura point de 
fin, il fouhaitera encore que fon fils s'en aille. Mais 
voilà Syrus fort à propos. 

Syrus^ Que ne vais- je l'aborder? ') 

Chrêmes. Syrus. 

Syrus, Hé! qu'y- a- 1- il? il-y-a Icng-tems que 
je fouhnitois de vous trouver. 

Chrêmes. Tu me parois avoir déjà conclu je ne 
fais quoi , avec notre vieillard. 

Syrus, 

20) ©fclïc Mcî) nié tt)uf f<(l bu t^on nicï)fé. 

21) Oa^ id) t>erfd)nMcgcn h\\\, 

1) £)ag bûé Ungcititicr ùbcc l'cin ^wA flUéûç()rod)«ii 

fil). 

2) ^<it i&rem gan^en îin^ûngc. 

3) SîBarum rcbe \<Xy ijjn nidjt an? 



UE TERENCÊ. 357 

Syrus. Voulez -vous parler de ce que nous di- 
rons tantôt? aufîîrôt dit, nufîîtôt fait. '*) 
Chrêmes, En bonnç foi ? ^) 
Syrus, Oui en vérité. 

Chrêmes. Je ne laurois m' empêcher de t'em- 

braflër ; approche, Syrus, je te ferai afTurément 

du bien pour cette adion ^) & de tout mon cœur» 

Syrus. Mais fi vous faviez, Monfieur, que j*ai 

imaginé un joli tour. '^) 

Chrêmes, Mais n'eft-ce point une vanité que tu 
te donnes mal à propos d'avoir bien rencontré ? *) 
Syrus, Non par ni:î foi, ce que je vous dis, cft 
vrai au pié de la lettre. ^) 

Chrêmes. Dis -moi ce que c'eft. 
Syrus, Clinia a dit à Ion père que Bacchis eft la 
maîtrefle de votre fils, qu' il l'a emmenée avec lui, 
afinque vous ne vous en apperçufllez point. 
Chrêmes. Fort bien. 

Syrus, Dites -vous vrai, le trouvez -vous bien? 
Chrémès,t On ne peut pas mieux, "*} te dis- je. 
Syrus. Oh fi vous faviez. Mais écoutez, je vous 
prie, la fuite. Clinia doit dire à fon père qu'il a 
vu votre fille, & qu'il la trouve bienfaite* qu'il vou- 
droit bien qu'on la lui donnât en mariage. 

Chrêmes^ £ft-ce celle qui vient d'ctre trouvée? 
Z 3 Syrus, 

4) ©cfa^f/ Mihcivi, Cfo 6db a^t^a^t, fo5ûlb 9«fi:^€f)cn/) 

5) Çffiuflicf;? (iu berXbat?) 

6) 3cï) TO'U bit Gctrig oicffc Ihii^ ttJcQen gufeé t^un. 

7) ÎOûg ici) cincn rcd)tcn 6trcicl) cvfonncu \^Qbi, 
8; €'ô \vof)l getroffcn ju ftoben. 

9) ®ad id) cud) fagc, ifl Qcwiglic^ tva^r. 

10) Scilicet, commencer. 



35-8 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

Syritf, Elle-même. Il priera Ménédemede vous 
ia d em^:»^<er, ") 

Chrhiiès, Pourquoi cela ? car enfin je n'y ccm- 
prert'ls rien. '~j 

Syrus. Ou.Hs, '0 Monfieur, vous êtes aujourd'- 
hui bien pelant. *"*) 

Chrêmes, Cela peut être. 

Syrus. Son père lui donnera de l'argent pour 
"fes noces, alinqu'il , . , vous comprenez bien. 

Chr'cwês Afioqu'il acheté les bijoux & its habits, 

Syrtis. Celn même, ") 

Chrêmes Mais pour moi je ne lui donne ni ne 
lui pronîets ma fille, 

Syruf, Non, pourquoi cela ? 

Chrêmes, Pourquoi cela? peux-tu me le deman- 
der? je donnerois ma fille à un homme ♦ . « 

Syriis. Comme il vous plaira. Je ne difois pas 
que vous 1.^ lui donn^fTiez tout de bon, '^) je vou- 
lois leui'emenc que vous fifiîez lemblant. 

Chrcuiês. Je ne fais point faire femblant.'^) Vois- 
tu; démêle tes affaires comme il te plaira, '^) pour- 
vuque je n'y fois point mêlé. Moi que je promet- 
te ma 

1 1) '3c}) eucî) um ^k ju wcr6en. 

J2) Scnn Me 5i?abrf)ejt ju fagcn, id) faim gac nic^l 

flu(5 burûuet n?crî)cn. 
13) (£ine interieriion, bi« einm 3?erbru8 onjdgcf. 
Î4) 31)r bôrt l)cutf ^u'm(id) (dî»er. 

15) S^\îr i(î baô vçibum impcrf. c'eft, pcr ellipfin Weg* 
(îcMifben. 

16) ^îîîj 6:rn|î. 

ï7) 3^1) fûun micf) nicf)t fo ftflïm. 



DE TERENCE» sf^ 

te ma fille a un homme à qui je ne veux pas la 
donner! 

Syrus. Je le croyois. 

Chréîncs. Tu te crompoîs. 

Syriis. \\ me fembie que cela fe pouvolt, & Je 
n'ai donné l.àdedans'^) que parceque vous m"'aviez 
tantôt recommandé fi fort cette afFaiie, 

Chrêmes. Je le crois» 

Syrus, Au refte , Monfieur , je fais tout pour le 
mieux ^°) 

Chrêmes, Oh, je fouhaite fort encore que tu 
achevés; mais il faut trouver quelque autre m,oyen«. 

Syrus. Soitj cherchons- en un autre. Mais pour 
cet argent que je vous ai dit que votre fille doit à 
Dacchis, il faut préfentem.ent !e lui rendre * & 
pour ne la pas payer, je crois que vous n'êtes pas 
homme à dire comme la plupart ûqs gens; Qu'ai-je 
affaire (à faire) décela? "') eft-ce à mcn qu'elle 
a donné cet argent ? eft-ce pour moi qu'il a été 
donné? *) cette vieille femme poi:voit-el!e donner 
ma fille en gage fans mon confentement! ") car ce 
2 4 que 

*) Il parle de la vieille ne pouvait être ni vendue 

femme à qui Softrata avoit ni engagée fans le confènte-^ 

donné fa fille à expo(er. ment du perç. 
Cette fille étant née libre, 

19) ^arauf gcraî^ett. 

20) ^d) t\)m otlcê çum Seften» (ûufiS ^t%) 

21) 23a5 gcbt nncî) ba?? nn ? NB. A faire obcc afFaire, 

feûé «rjlcve ift r«>î?lnîaf i^/ bci;&c aUt recipirt» 
2i) ^onntc bicfed oItcîBei!) nreinc Sci^tçc o^Re mrine 
(Siuivluigunij i?crpfân^aî ? 



360 L'HEAUTONTIMORUMENOS / 

<jue Ton die d'ordinaire efl: très véritable;*) le 
droi pris à ia rigueur, eft presque toujours une 
grande chicane. ^') 

Chrêmes. Je n'ai garde. ^*) 

Syrus. Cela pourroit être permis à d'autres, 
mais à vous, Monlleur, cela ne vous feroit jamais 
pardonné; tout le monde lait que vous êtes fort 
riche, & que vous avez de très beaux biens très lé- 
gitimement acquis. ^^) 

Um'mês, Je ic dis que je veux tout -à- l'heure 
le lui porter. 

Synis, Point du tout, s* il vous plaît, envoyez- 
le plutôt par votre fils. 

Chn'7/jès. Pourquoi cela? 

Syrm^ Parceque l'on a fait croire à Ménédeme ^*) 
que c'eft lui qui eft amoureux de Bacchis. 

Chrêmes, Ou'cft- ce que cela fait ? "^) 

Syrus^ C'elt que cela paroîtra plus vraifembla- 

ble, 

*) Cette maxime eft fi lâche jamais de cette ri- 

furc, que je ne fais pais diffi- gueiir du droit, 2%) & s'il 

culte de dire qu'il eft im- n'explique liiuvcnt contre 

poffiblc qu'un homme foit lui la lo» qui fera pour lui, 
homme de bien, s'il ne re- 

33) ÎBann man baé 9vcd)r nad) b<r ©fr«nfle betradj* 

Ut , fo fî^cf t fajî aflcjcit cin îXabulijUnfîrcid) bot» 

untcr uerborcjin. 
24) 5^a(< fa; fcrne- . 

2j) î)a(' ibr febr fd}îm ^fritiôgen unb tcc^tmaCiâ.Cï* 

tvorbtne Ôimcr ha^t. 
2<S) Çfficil niflil ben McneJcme bercbcf, 
17) 2i3aé tbut bafi! \\xt i5dc()c ? 
38) UBû er nicmalé Don bec ©rrengc bcé 3\«c^«g iX* 

Koai nad;lo(T<t. 



DE TERENCE. 361 

ble, ^') lorsqu'on verra qu'il le lui donnera lui-mê- 
inc, & par ce moyen je ferai avec plus de facilité 
ce que je veux. Ha, voilà jufteraent Ciitiphon ; 
allez & apportez cet argent» 
Chrêmes, Je vais rapporter. 

ACTE Q^UATRIEME/ 

SCENE V, 

CLITIPHON. SYRUS. 

Ciitiphon. 

Il n'-y-a point de chofe 11 aifée qui ne devienne 
difficile, lorsqu on la fait à regrec ^& à contre- 
cœur. ') Par exemple, cetre promenade que je 
viens de faire, quoiqu'elle ne fût pas fort pénible, 
m'a mis dans un fort grand abattement, ^) & à 
l'heure qu'il el^ ^) je ne crains rien tant que d' ttre 
encore envoyé quelque part, "*) & qu"'on ne m'em- 
pêche de voir Bacchis. Que les Dieux & les Deef- 
les te punllfent, Syrus. pour ta belle invention, & 
pour ton maudit confeil ; tu ne manques jamais 
de me jouer de ces tours- là ') pour me faire en- 
rager. 

Z ç Clhiia. 

29) 2C«il té ttja6rfcf)cinlid)er t)crfomni«n tvirb. 

1) CBann iiiau fdbiije ungtrnc t{)u( unb fc^wcc taran 

a) ^at mid) fe^r bomiebcr 9cfc!)(a9<n. 

3) Aciierb. DorjiÇO. 

4) î$iird)te id) ntd)ré fo fc^r, Ci\i noc^ irgmbéwo^m 

t>crfd)icft ju TOfrbcn. 
s) îOfîJr folcl)« 6trfic(;c ju fpie(«n. 



362 L' HEAUTONTIMORUMENOS 

Syrus. Vous en irez- vous où vous méritez d'al- 
ler? vous qui m'avez penie perdre ^) entièrement 
par vos imprudences. '^) . 

Clitipbon, Je voudrois l'avoir fait; par ma foi, 
tu le mérites bien» 

Syrus. Je le mérite? & comment? en vérité je 
fuis ravi de vous ayolr entendu parler ainfî , avant- 
que de vous avoir mis entre les mains l'é'rgent ") 
que j'allois vous donner. 

Ohîphon. Que veux- tu aufli que jeté dife? tu 
t'en es allé, tu m'as amené ma maitreHe, & il ne 
m'a pas été permis d'en approcher. 

Syriis^ Je ne fuis plus en colère* Mais favez- 
vous où eft prélcntement votre Bacchis? 

crttîpboii. Chez nous* 

Syms. Non. 

Clhiphùu. -Où donc? 

Syyiis^ Chez Clinia» 

Clitipbon. Je fuis mort! 

^yrus. Prenez courage, vous lui porterez tout- à 
r heure l'argent que vous lui avez promis, 

Clîtiphon, Tu te moques j d'où l'auras -tu? ') 

^jirus. De votre père» 

Clîtiphon^ 

(5) Penfer verb. ncutr. propric hiwUw , nKl)ncn , 0fau« 
bm, biiten k. «|î ivot)l \\x untcrfd)ciî:cn bon pan- 
ier, einen iîranfcn n^actcn, it, cm "^Jfett) fûitcrn, 
Ôricaci'i un^ reinii]t?n. 

*f) ^bf/ ^«' il>r niid) fajl ^urcf) «urf UnDorfîcfjtisFcit 
gânjlicfi ni<? î>crborbcn (jcHùr^t hafttr. 

S) Sbcwor id) «:ud) ^^^é Qicl^ i» bie .<?(inbe geliefcrf. 

9; ?B3o willfl ^lt 0^ bcrbcfommen ?' Ol»'^ avoir mirb itn 
granjéfifd^in \i^i eft oec. recevoir jjcbraudjt. 



DE TERENCE. 363 

Clhiphôn, Tu ris peut-être. '") 

Syrus. La choie va vous faire voir fi je dis vrai* 

CUûphon. En vérité ie fuis bien heureux! je t'ai- 
me de tout mon cœur, mon pauvre Syrus» 

Syriis, Mais voilà votre père qui fort. Prenez 
bien garde de ne paroitre p^s furp'-is* ") fuivez à 
propos ce que je dirai , faites ce qu'il vous ordon- 
nera, &: parlez fort peu. 

ACTE Q^UATRIEME, 

SCENE Vh 

CHREMES. SYRUS. CLITIPHON, 

Chrêmes^ 
ù eft Clitiphon? 



o 



Syrus, bas. Dites, me voici» 

Clitiphon. Me voici, mon père. 

Qhr'emès. Lui as- tu dit de quoi il s'agit? ') 

^yriis. Je lui en ai dit la plus grnnde partie. 

Chrêmes, Prenez cet argent, & le portez. 

Synis^ Allez, pourquoi donc vous tenez -vous 
là? leflupîde! voulez -vous le prendre? 

Clitiphon. Ha, donnez. 

^yriis. Suivez- moi vite; & vous, Mon Heur, at- 
tendez-nous ici un moment, car nous ne ferons 

qu'en- 

10) î)u <rd(?cil blenc!cf)( <tmn <Sd)erj. 

11) D?ef)mt cucf) fôobi «n M)t, bûT.it \^t nicOf (îuÇef. 



3^4 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

qu'entrer & fortir; ^) nous n'avons rien à faire là 
qui nous arrête plus long-tems. 

Chrêmes, Voil.i déjà trente pifloles que ma fille 
a de moi , je compte que je les donne pour fa 
nourriture, il en faudra trente autres pour les ha- 
bits, & après cela il faudra encore mille écus pour U 
doter. ^) Que la coutume autorife d'injuftices! '*) 
il faut prélentement que je quitte toutes mes affai- 
res ') pour trouver quelqu'un à qui donner le bien 
que j'ai amafle avec beaucoup de peine. 

ACTE QJIATRIEME. 

SCENE VU. 

MENEDEME. CHREMES. 

Meiiéfietne. 

*) \yl°" ^'•"'' ^^ préfent que je vois que vous ren- 
i ▼ J. trez dins votre devoir, ') je me trouve le 
plus heureux de tous les hommes* 

Chrêmes^ Qu' il le trompe ! 

Mén'cdc* 

* Minédcme en fortant de (a mailbn achevé de parler 
à (on fils qui y cit relié. 

2) 5Bir wetben nnr ûuf eincn 2Iuafnt*lic! ^ingcOen. 
s) ^ic ûuéjuOntten. Doter une cgiilè,- une ccole, fine 
jTirdbe, duc êcîniU, Jnit (Smfûnffcii ocrf^bcn. 

4) 28i« tiele Un,icrcd)tiaf(it(ii I;at nidpt bec ©«btûucl) 

mit cmfdîldclKn hlfcn 1 

5) T'ofi icf) allcé (icgen U^t. 

I) 5^û§ i^c \^Jic^cr t^ut, roaé eur< ecïjulfcigfeit ixt 
forOitU 



DE TERENCE, 365- 

Mhiédeme, Ha, Chrêmes, c'eft vous- même que 
je cherchois; fiuvez mon lils&moi, ^) & toute ma 
famille* vous le pouvez. 

Chrémc's. Et je vous prie, que faut -il foire? ') 

Ménédeîne. Vous avez aujourd'hui retrouvé une 
fille. 

Chrénjès. Eh bien ? 

M'en'edeme, Clinia voudroit que vous la lui don- 
naiïiez. 

Chrêmes, Mon Dieu , quel homme êtes- vous? 

Mcnedeme. Pourquoi ? 

CbréiJièi. Avez -vous déjà oublié ce que nous 
avons dit enfembie de la tromperie qu'on vous doit 
faire afin d'avoir "*) de l'argent? 

Mcnedeme. J'entends. 

Chr'emèu C'eft à quoi l'on travaille à l'heure 
qu'il eft. 

M'en'edeme, Que me dites- vous-ià, Chrêmes? 

Chrêmes, Mais ^) bien plus, cette Oacchis que 
vous avez chez vous, c'eft lamaicrefTe deClitiphon, 
ti'eft ce- pas? ') 

M'en'edeme, Ils le difent. 

Chrêmes. Et vous le croyez ? 

Mcnedeme. Je crois tout. 



Chrkmh» 



2) 9î«fc( mciiKii ©o6n unb rnid;. 

3) 2Saé i|î Ijcnn ju tOun? 
4^ 2ln (îûft, qu'on ait. 

5) S'oron ûr6eifet man ctcn anjeèo» 

6) Scilicet, je vous dirai. 

7) 3(1 «^ nic^lfo? 



366 L'HEAUTONTÎMORUMENOS 

Cbréfiièf. Et ils vous difent que votre fils veut fe 
marier, afinque lorsque "} je lui aurai accordé ma 
fille, vous lui donnitz dequoi acheter des bijoux, 
des habits, & tout ce qu'il faut. 

Mènédcme, Voilà l'affnre aflurément; ^) & cet 
argent ie donnera à fj m>:itrcfl"e. 

Chrêmes. Sans doute; quoi donc? '") 

Mi'néilewe. Ah, je me Ibis réjoui fans lujet, que 
je luis malheureux! avec tout cela * \) i!-n'y arieu 
que je n'aime mieux fouffrir que de le perdre. 
Quelle réponfe lui dirai -je que vous m'avez faite, 
de peurqu'il ne s'apperçoive que je connois la ru- 
iê, '^) &i qu'il n'en ait du chagrin? 

Cbrcwcs. Qu'il n'en ait au chagrin? en vérita 
Ménédcme, vous êtes trop indulgent. '^) 

M'cn'cdeme. Laillez- moi faire, la pierre en eil 
jettée* "*) je vous prie ieulemeiu d'e m'aider tou- 
jours comme vous m'avez promis. 

Chrcmùs, Dites que vous m'êtes venu trouver, 
que vous m'avez propefé fon mari.ige. 

Ménédeme, Que dirai- je encore? 

Chrêmes» 

8) ^m fïnb iitvct) Conjuniliones, bie crflê rcqiert fccit 

Conjuncliviim , fcje onl-crc Den Indicat. un& l^ nuc 
bic ;îa>Cî)tC cinc Harendiefis. 

9) (2o if] bic <ca<J)e fiuivat)r. 

10) grcplicî?; tvau bcnn atibcré? 

11) S5ci) nD<!ni bcm, 

12) î)a§ id) fcine Sifî <infi'f)c. 

13) 3^)1* f^'^'ft rt^ir ju fcf)r burd) fcie ^inc'ier. 

14) ^ix'^ cine ^cfd)iI)eno(?flcîjc. (ci3 ijï îJWûôt) oèer; 
€(J ijl mm (inmnl dt:|\!);(;£n. 



DE TERENCE. 3^7 

Chrkmès^ Que je fuis prêt à faire tout ce que 
vous voudrez; que le gendre me plaie; '') enna 
vous pouvez encore lui dire, fi vous voulez, que 
je lui ai accordé ma fille ♦ . . 

Mh'cdeme. Ha, voilh ce que je vouîcis. '°) 

Chrêmes, Afinqu'il aie plutôt occafion de vous 
demander de l'argent, & que vous puifiiez aullî plu- 
tôt lui donner ce que vous avez tant d'envie de 
perdre. '') 

M'enédeme, C'eft ce que je fouhaîte. 

Cbrhnès. Envérico, de l'air '^) dont je vois que 
vont les chofes, je luis fur que vous en ferez bien- 
tôt fou. '^) Mais puisque cela e(i ainfi, fi vous 
êtes i:^gç. , vous donnerez avec précaution , Cv peu 
à peu. ^°) 

Menèdème. Je le ferai. 

Chrêmes, Allez- vous -en, "') & voyez ce qu'il 
vous demandera^ je ferai au logis, fi vous avezbe» 
foin de moi, "} 

Msné- 

iç) îDaÇ mit î?er îîocf)fcrmûnn onfle^^^ 

16) ^a0 trolïtf \^) cbcn. 

17) 3bn^ te!!o e()cr bas? Çjclb gctcn, fo i^r fo grefe 

tw^i buffet cin5ubiï(ircn« 

18) De l'air ifî ^jfc on fîotf de la manière, ot)«C de la 
forte. 

19) ©0 ttjic i':5 r?r>e, baf? bic (Bac^cn laufcn, ivcrbct 
i()r eé ^a[^ fatt fricgen. 

20) 3?ûd) unb tiad) unb mit 25ûrf!d)fr9fcit f)ergc6m. 

21) ^tlJdj« verl>a, tvann fje Keciproca irerbciî, ne^nwtt 
bic Partie. Kcl.t. en tvcQcn S'Cucl^brUcfÔ jU (îC^, al(J 
s'en aller, s'en courir, <Xc. 

22) SSann '\\)\ nif inçr 6ebmf(. 



^6S L'HEAUTONTIMORUMENOS 

Mhiédcme Je vous en prie, car je ne veux rien 
faire fans vous le communiquer. ^') 

ACTE CINQUIEME. 

SCENE /. 

MENEDEME. CHREMES. 

M'cn'cdeme. 

Je fais fort bien que je ne fuis pas le plus fin du 
monde, ni le plus clairvoyant. ') Mais ce beau 
donneur de confeils que j'ai là, ce bon Chrêmes 
Teft encore moins que moi. J'avoue que toutes les 
cpitheces que l'on donne d'ordinaire aux ^ots ^ me 
conviennent, ^) je luis une crolfe huche, une 
groflë pierre, un âne t àte, une maffe de plomb: ') 
mais pour lui, la fottilc ell au-deflus de toutes ces 
exprelfions. '^) 

Chri'tnès. Ho, enfin, ma femme, cefTez de rom- 
pre la tcte aqx Dieux à force de leur rendre grâ- 
ces 

23) Df)nc ié cud) nu niclbcn. 
I) 3d) wcig wcf)! , ba§ tc^ nid)t bcr aViiX^d)\a\xt^t 
»on bcr ^licU bm, nod) ^crjciii^e, 1er Die (uff?e 

si) 3d)ac|icOc, bafJ alU ^c\)namtn, bic mon fonjîcn 
Dencn Dîarrcn beçjulcgcn pflcgt , mir jiifcmmen. 

3) (Ein grobcr Slht} , cm anbetrc^lid^cr ©tcin, rin 

bummcr iSfd , cin vStùcf ^iMci> 

4) Siacinc »a(? i^n anlnngt, fo ùbtrtrifft fcincX^Gr^cil 

aQe t)i«f( 2iu6brûdf. 



DE TERENCE. 369 

ces ^) de ce que vous avez retrouvé votre fille, à 
moinsque vous ne Jugiez d'eux par vous-même, & 
que vous ne croyiez qu'ils ne pu»(lènc rien enten- 
dre , il on ne le leur dit cent fois. Mais cependant 
d'où vient que mon fils demeure fi long -temps 
avec Syrus? • 

Mcncdeme. Qui dites -vous qui demeure long- 
temps, Chrémèi? 

Chrêmes. Ha, Ménédeme! vous voilà? eh bien, 
dites moi, je vous prie, avez- vous die à votre fils 
ce que je vous avois dit? 

Men'cdevie. Oui , d'un bout à l'autre. ^) 

Chrêmes. Que dit -il? 

Mcncdeme. W a paru d'abord avoir presque au- 
tant de joye ^) que s'il Ibuhaitûic véritablement de 
fe marier, 

Chrcmès. Ha, ha, ha» 

M'enédeme. De quoi riez -vous? 

Chrêmes. Les fubtilités de Syrus me viennent 
dans l'efprit. ^) 

Mhîédeme* Oui ? 

Chrêmes. Il drefTe les gens h merveille, ^) il 
n'-y-a pas jusqu'à leur vifage à qui il ne faiïe pren- 
dre telle forme qu'il lui plaît, le pendard! 

Mené* 

5) D)îif curem t)i«ïen ©ûnffagm. 

6) 3a, t)om ainfang 6iô ju €nbc. 

7) ^r fc^ien anfangé eb<n fo ^\i\ ^wube \\k ^û6m. 

8) Sic iîimfîgrilîc î>eé Syri fommen mie in tmêinm 

9) ^r W«i§ tic ?«utc «c^f ûbjurid;tcn» 

A a 



270 L'HEAUTONTIMORUAIENOS 

Mi'nédevie^ Vous dires cela, fans Jouce, parceque 
mon liis 3 fort bien contrefait J'homme joyeux? '") 

Chrêmes» C'eft cela même. 

M'enèdemc, La même chofe m'eft venue dans 
Telprir. 

Chrêmes. Le vieux routier! ") 

Mi'iédeme, Plus vous le connoîcrez , plus vous 
lui da inerez ce nom. 

Chrhnês. Dites - vous vrai ? 

M'euèdeme. Oçi, écoutez, 

Cbri'mês. Arrêtez; avnnt toutes chofes, que je 
fâche ï je vous prie, ce que vous avezpeidu^ '^) 
car je ne doute pas que fitôcque vous avez eu dit a 
votre fils que je lui accorde ma fille, Dromon ne 
vous ait lâché quelque mot, '•*) quil fjut des habits, 
des bijoux & des efclaves pour l'accordée, afinque 
fur celi vous donn.illiez de l'argent. 

Mène d: me. Point du tout. 

Chrêmes, Comment? Point du tout. 

Mhédewe, Non, '**) vous dis -je. 

Chrêmes, 

10 ) ^i\\. mcin (?of)tt cinen frcubiç^en 5Dicnfd)(a UoIT;» 
fuiîim^u ivcf)l uoruMlcflcn genjuf t. 

11) S^(;r »i(:c g'.i'fie*! Routier ijl hv.ï raetaphon'ce gc* 

brau1>t nropric bt'ifKt ce citi 35ooî!;mann, bfc 
ttc 6r.JK tvobl WiMii, it. ^ccfortc; bud), njor* 
ouf ih'nlcn, ?jîiorlnxfei» un6.Ç).îfcn gfjcid)net. 

12) ^u' bod) fP fnd) ju 0<ben fonur.f , otec waé i^ï 
bvUn-i) cinqfbùfûf. 

«3) ^id) mit fintflcn Worrcn b<rnué Hf^iff^n f)«f^<^- 
14) Nnri ifî b'cr «me X.g.tio abfolnfa, bcr .Opfltf^fc»^ 
bolbtii (ihor uiulî (t^ otlcjeit cincn 'ilii^aiiij \^atiiXi, 
qM non Monlieur, non Madame &c» 



DE TERENCE. 371 

Chrêmes, Ni votre lils? '') 

Ménédane. Pas le moindre mot, '^) Chrêmes* 
la feule chofe qu'il m'a (iemundée avec plus d'em- 
preHement que jamais, v '^} c'eft que fon mariage 
s'achève aujourd'hui* 

Chr'cmès, V^ous me dices là des chofes qui me 
furprennent! '^) & notre Syrus? n'a -t- il rien dit 
non plus? 

M'cn'cdeme. Rien. 

Chrêmes. Pourquoi cela? 

Ménédeme, Je ne fais en vérité. Mais je vous 
admire vous qui favcz fi bien les affaires des autres. 
Votre Syrus a fi bien drelfé votre fils, '^) qu'il ne 
parcit en aucune manière que Bacchis foie la maî- 
trefle de Clin la. 

Chrêmes. Que dites -vous? 

Ménèdeme, Je ne parle point des baifers ni des 
embradade.'i , je compte cela pour rien, ^'') 

Chrêmes. Que peut-on faire de plus, je vous prie, 
tn faifant femblant? ^') 
Mênêdeme. Ah ! 
Chrêmes. Qu' efl: - ce que c'ed ! 
MéiK'deme^ Ecoutez feu'ement. Sur le derrière 
A a 2 de 

15) ^ucr6of;n ûucf) nicî)t? 

16) ^icf)f bng ôcrinôfîe "B^ïf 

17) QScit eifriiVr o(ô fonfî* 

18) SMe niid) in 5}crttJimbcrmi() fcgciî» 

19) f^at curcn éo^n fo tt)o&l Q,^mi)^iU 

20) ^né ad)te id) filr tu(f)t!?. 

2î) '^mxw man fid) v«r|ïçar. 



37i L'HEAUTONTIMORUMENOS 

de ma maifon ^^) j'ai un certain cabinet éloigniÉ 
des nupartemens; on l'a fait meubler, ^^j 

Chnmês, Eh bien, après cela! ^"^^ 

Ménédeme. Apte» cela Clitiphon y eft entré. 

Chrèuiés, Tout leui ? 

M'enédeme. Tout feul. 

Chrêmes, j'ai grand' peur. 

M'en'edcme, B.icchis l'a fuivi dans le moment. 

Chrêmes. Toute feule? 

Nihicdent^. Toute feule. 

Chrcuiès Je luis mort! 

Mi'ijcdeme, Ils n'y ont pas plutôt été qu'ils ont 
fermé In porte. 

Chrêmes. Ha ! Et Clinia voyait tout ce beau ma- 
nège? ^^) 

M'encdeme, Pourquoi non ? il le voyoit avec moi. 

Chiémèi. Ah, Mcnalcme! Bacchiseft lamaîtreife 
de mon fîL^ ! je fuis mort! 

Mén'cdeme. Pourquoi cela? 

Chr'cmès. A peine ai - je du bien pour dix jours. ^^) 

MhiL'dcme. Quoi? vous avez peur, parcequ'il 
fert fon ami. 

Chrêmes. Non, mais parcequ il fert fon amie. 

Mcni'deme. Ho, c'ert à favoir fi cela eft. ^^) 

Chrêmes, 

22) ^n bem .Çinfcrfbfife meincé C)flufe^« 

a 3) 5^?an %(iX tcn gcf^drigm ^ciuerat^^ ^incin ()ffd)(iff( 

24) ÎBic ttc'tcrî 

25) (^»)î unb ber Clima fabe biffer fd)è'ncn .^aui^f^ar* 
nuuj ju? 

26) ilflutn ()rtf*c id) niif loîocjî QJerme'gm. 

27) S<J ijl nod) bic Srouc , ob «d an l»?m j|î. 



DE TERENCE. 373 

Chrêmes. En doutez-vous? y-a-t-il un hf mme 
afîèz patient pour fouffrir qu'on s'enferme ainfi 
avec fj maîcrefl'e? 

M'en'cdeme. Ha, ha» ha, pourquoi non ? c'eft sfîn- 
qu'on m'en donne plus fjcilemenc à garder, ^^j 

Chrêmes. Vous vous moquez ? Que je fuis en 
colère contre moi-même! Combien ont- ils fait de 
chofes qui dévoient me fiire tout foupçonner, "^) 
(\ je n'avois pas été cruche» ^°) Que n ai-je pas 
vu? que je fuis malheureux! Mais li je vis, ils ne 
ie porteront pas bien loin, car tout- h -l'heure ♦ . . 

M'euêdcme. '^) Ne voulez- vous pas vous modé- 
rer? n'aurez-vous aucun kg^x.y\ à vous même? ^') 
ne vous fuis- je pas un aflëz bel exemple? 

Chrêmes, Méuédeme, je fuis transporte de co- 
lère. '"■) 

Mênéeleme Mn homme comme vous, doit- il 

parler de la lorte ? n'tft-ce pas une honte que 

vous donniez confeil aux autres , que vous foyez (î 

Aa 3 fage 

^^ Une des grande? beau- mh les mêmes chofes que 
tés de cette fccnecoiifide en C'hrcwei lui a dites r.u corn» 
ce que Mcttédc7?ie dit zÇhré- menoemcnt de la Pièce. 

28) S)a§ niûu mid) bcjlo ff)cr ^infcrgc^ef. 

29) ^M mir nlïc meinen 21ig\voî)n Dfrmcljrcn fcnnctt. 

30) CSBaim id) nic[)t bltnt) (cin rummcr iîcrl) (^eircfcn 
tvaie. Cruche i{| bier n.ctsph. (jebrûiidjt, ()C',HVt 
proprie l)fr jîrut}/€ine ?,ife. Prov.tjnt va la cruche 
à l'eau qu'à la rin elle (c brifè, tcr5?nu^, OC^Ct fo 
Iflnge ju 2Ba|[cr, btjj ce tcn .Ç;enfel jcriJi'idjt, 

30 îa^oat i^r cuet (cll)(î nidit fcî)cnen? 
32) 3c& ()in raeiner nic^t radd;ti3 fur porn. 



374 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

fage pour les étrangers, &t que cette fagefle ne vous 
foie d'aucun fecours pour vous-même? ") 
Chrêmes, Que puis- je faire? 
Méucdeme, Ce que vous me iWÇiéz tantôt que 
favois co.t de n'avoir pas f.iit* agiflez de manière 
qu'il IcMite ^'*) toujours que vous êîes fon père, 
qu il ofe vous faire confidence de tous Tes fecrets, 
&• s'addrefTer à vous pour vous deiiinnder toutes les 
chules dont il a hefoin, afinqu'il ne cherche pas 
d'autre fecours, & qu'il ne vous quitte jamais. 

Cbrjwi'i. Qu'il s'en aille en quelque lieu du mon- 
de que ce loit, plutôt que de-réduire ici fon père 
à l'immône- par ks débauches' '') car, Ménédeme, 
fi je continue à fournir à (es depenfes, ^'^) je n'aî 
aflurément qu'à me préparer à prendre le mcmç 
• râteau que vous aviez hier au foîr. 

MJJÛiieme. Combien cette afl-;nre va'-t-elle vous 
donner de ch;igrin fi vous n'y prenez garde! vous 
vous ferez tenir à quatre, ^'j vous ne laillerez pas 
de pardonner après celi, & votre fils ne vous en 
faurn point de gré. ^^) 

Chréiiuh. Ahî vous ne favez pas encore quelle 
eft ma douleur ! 

Mené- 

33) Unb baf tirfc 5Bei!?^ei( cud) fc(6|l nidjt ^elfcn 

fdnne. 
54) 23 rf;î)rct (^.flemal olfo^ ^a§ cr xv.uU . • . 
Sj) S>^v^ n- fcir.cn ^Ivu'cr uurd) fcin hl^crlJC^cé£cf>fn att 

Q3ctftilbb brnoe. 

36) 3u fanvT.i l>a'fJ})Vrnbcrlfd)en2Iiifn?anb 6clb torju* 
'fduc(-v'n. 

37) ^-^^ tvcrtcC n\d) biirl'ifiig fîtOon. 

38) "un^ cucc ecl;n tcicî» cucC; Dafiic îcincn SanS 



DE TERENCE. 37^ 

Ménkdeme^ Faites, contentez - vous donc. Mais 
que mf: répondez- vous fur "le mariage que Je vous 
propofe de votre fille avec mon fils! à mo:nsque 
vous n' ayez quelque autre parti qui vous plaife da- 
vantage. 

Chiémès, Nullement, & le gendre & l'alliance, 
tout me plaît. ^^) 

Ménédeme, Quelle dot '*°) dirai- je à ràon fils que 
vous voulez donner? quoi? vous ne dites rien» 

Chrêmes. Quelle ÙQi} 

Mên'cdeme, Oui» 

Çhrémès» Ali ! 

Mkmdejm^ Chrêmes, ne craignez point '*') de 
dire ce que vous voulez donner, pour peu qu'il-y- 
ait, '*') Ce n'eft pas la dot qui nous tient, *') 

Chrêmes. Je trouve que pour le bien que j'ai, Je 
fais aflez de lui donner mille écus. Mais pour 
mon repos & pour me conferver ce bien, & pour 
le Idlut de mon fils, il faut, je vous prie, que vous 
difiez que je donne tout à ma fille. 

Mén'edeme, Qu'allez -vous faire?'*'*) 

Chrêmes. Faites femblant d'en erre étonné, & 
demandez -lui k lui même, d'où vient que j'en uf« 
ainfi, -*') 

Aa 4 "Mène- 

39) SowoM t?« €i)t)ûm olé tie 5Int)a'Wrtn5(fcC;afr, nî» 

l«ô Ocfef mit un. 

40) 5Bie ijid .^ioratf>(?gut. 

41) (Scf)euct i\\6.) gor ntcî)f. 

42) e^ nui(j fo wcnjg fct)n/ al^cé tvifl. 

43) îïBir binten «ntJ nn tic W\\^<x\n nic^t (f^^cn «i^t 

barauf.) 

44) 28aé ()a{>ti5riJor? 

45) 2)alj icf; alfo oerfoC^m 



376 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

Mhiédeme. Et en bonne foi, j' nurai raifon de 
le lui demander, car je ne vois pas pourquoi. 

Chrêmes^ Pourquoi? pour iauver cecefprit en- 
tièrement noyé dans le luxe & dans la débauche; 
je le réduirai en tel ccac> qu'il ne faura de quel cô- 
té fe tourner» '^^) 

Mènèdeme» Que faites -vous? 

Chrêmes. Lallfez, It^uffrez qu'en cette occafion je 
me fatisfade. Lailfez - moi faire. 

Ménéikme. Le voulez - vous ainfi ? 

Cbrcmês, Oui. 

M'cn'edeme, Soit* 

Chrêmes. A préfent vous n' avez qn' à dire à vo- 
tre lils qu'il fe prépare à faire aller (a femme chez 
lui. Pour le mien, je le traiterai comme il faut, en 
paroles pourtant, *) comme il efl: jufte qu'on traite 
{t% enfans. Mais Syrns ... 

Méncdeme. Que lui ferez - vous ? 

Chrêmes^ Ce que je lui ferai ? Si je vis, je l'ajus- 
terai Ji bien, je l'étrillerai de manière, '^'^ quMl 

ne 

*) Chvctnh ne veut pas ne touchent point, & ils ra- 

q^ue les pères battent leurs baiffent le courage. 48) On 

cnta.'is, Si il a r.iifon, car peut voir ce que dit fur cela 

c'eti les traiter en efdaves. Micion dans la première 

Les coups ne corrigent pas fcene des Adelphtu 
ceux que \t% remontrances 

46) î>iefe^ ^m\!X\)i, 'bûé <|5nilic^ in &« ÎCoUuj? unb 

edjtpclgmi) crfolfcn ïlî/ ju «rcttcn. 3** ^^'^ '^« 
Wmw brina?n, bag er nid)t xa^w n)irb, tvo i()ra 
ter .lîopf ft'«()ct. ( ivo cr fîd) b«nwcnben fcfl. ) 

47) 3^1) wia ihu fo juricï)(cn unb fo opprùaeln. 

4:^) Unb OcncI;m<u bcn 3)îut^/ (mac^cn niJbertracOfig.) 



DE TERENCE» 



377 



ne fera jour de fa vie qu'il ne fe fouvîenne de moi. 
Un' pendard qui croie que je dois lui fervir de 
jouet; ^^) je veux mourir, il n'auroic ofé traiter une 
femme veuve *°) fi indignement qu'il m'a traité» 

ACTE CINQJJIEME. 
SCENE II. 

CLITIPHON. MENEDEME* CHREMES. 
S Y R U S. 

Clitîphon^ 
*) TTft-il donc vrai, Menédeme, qu'en fi peu de 
jLu temps mon peie ait entièrement dépouillé 
Aa ç tous 



*) C/jrcmès ne fait que d'a- 
chever de parler zMèuécletne, 
Menédeme ne vient que de le 
quitter, &. dans le moment 
on voit Clitiphon déjà tout 
inftruit de ce que iow père 
avoit réfolu de faire à fon 
desavantege. Il femble donc 
que Térence a manqué ici de 
conduite, car ce qui fe paffe 
entre !a fin de la fcene pré- 
cédente, & le commence- 
ment de celle-ci, fuffiroit 
pour remplir l'intervalle d' 
un A£le, Mais il n'elt pas 



difficile de défendre Téreu' 
ce & (le le juftiiier. Mené- 
deme quitte Cin-éwes pour 3I- 
1er parler à Ciitrphan ^ il ne 
fait qu'entrer ua mouîcnt 
dans la maifon ; il lui dit en 
deux mots de quoi il s'agit- 
Ibit, «S: il refTort en mcme 
temps avec lui, cependant 
Chrêmes attend fur le Tlîéa- 
tre r effet du compliment 
que Mêfiédetne va faire de fa 
part à Clitipbo7i^ Ainfi le 
Théâtre ne demeure pas 
vuide, &. l'aftion n'elt nul- 
lement 



49) (Hitt fold}cr ©aîgcntjoj^cl, î)cr (îd) bû cinfeilbcf, ic^ 

feo gut genua, H^ «r f«incn^)Mîtt iiiit mir trci&f. 

50) Pleonafmus. 



378 L'HEAUTONTïMORUMENOS 

tous les fentimens de la nature' h mon égard? ^) 
qu'ai-je donc r'iit? quel crime ai je commis? tous 
les jeunes gens ne font -ils pas de même? 

Nlcn'edcme, Je fais que vous devriez être plus tou- 
ché que moi de cette dureté, parceque c'^ft à vous 
qu'on la fait, cependant je vous aflure que je ne la 
reflens pas moins que vous ^} je ne fais pourquoi, 
& je ne connoîs point d'aune raifondudéplaifirque 
j'en ai, que l'amitié qne j'ai pour vous, 

Clitipbon. Vous dlficz que mon pcre étoic ici, 

M'cnkdeme Le voilà. 

Chrêmes^ Pourquoi vous plaignez - vous de moî, 
Clltiphon? dans tout ce que j'ai tait je n'ai eu en 
vue que votre bien, 6: que de pourvoir à vos dé- 
regiemens» ^) Lorsque j'ai reconnu que vous étiez 
négligent, que les plaifirs préfens cenoicnt dan? 
votre efprir la première pince, & que vous ne fai- 
liez nulle réflexion fur l'avenir, '*) j'ai cherché les 

moyens 

lemenè interrompue, puis- donnoit Jicn à "hlcnar.dre & 

queles {pe£latcursartenik'nt à Téveuce de ttirecettciiai- 

auîïï que Mciicdeme f^iit de fon de /cènes, où il u'-y-a 

retour, Le lieu de la fcen?, rien que de fort ordinaire <Sc 

qui ctoit devant les maifons de fort naturel, 
de Cbrcuih & de iMér-édcme^ 

i) ©ag in fo fiirjfr3cit mcin S5;i(er m 3lnf<^un(j nui^ 

ncr afïfr (fmpfî'iMing î)x'r 3ia{ur oto^fagff. 
s) Sap \û) fdlM.3e tbcn fo ^caI cmpfiinî>c a(é i&r. 
3) 3it «acm, uvî^ td) flct^ait ^abe, %o,U i^ niir cu«r 

îài^iâ, \.\\\\> ciircn 2liiufd;n3Cifun|i«n ftoriuOûucn, 

jur îlbficOt iî?&>i('t. 
;, 4) 2)vi§ ^ù^ iiea^nivJrtigc 23crgtiû.(\fn in cur«m ©Ci 

nmfbc l'i? D:>cr()anî>, o(?uc fluf Daé iufûuftiâc à^i 



DE TERENCE/ 979 

moyens de vous empêcher de tomber dans l'indi- 
gence, & de dilTîper mon bien. ^) Voyant que 
vous ne me permettiez pas vous-même de vous fai- 
re mon héritier, comme celi fe dévoie naturelle- 
ment, ^) j'ai eu recours à vos plus proches, ') je 
leur ai tout donné, ce fera chez eux que vous trou- 
verez une reflburce contre votre mauvaifc condui- 
te, ^) Vous ferez toujours nourri, logé & vêtu» 
Clitiphon, Qu<^ je luis malheureux! 
Cbyémèi^ Cela eft bien mieux ainfi que de don- 
ner tout à Bacchis, ce feroit lui donner tout que 
de vous faire mon héritier. ^) 

Syrits^ Me voilà perdu! miférable, quels defor- 
dres ai -je f^îit ici fms y penfer? '°) 
Clitiphon, Je voudrois être mort ! 
Chrêmes, Apprenez auparavant ce que c'efl que 
de vivre; quand vous le faurez, fi la vie vous dé- 
plaît, vous defire'ez de mcurir. 

Syrus, Monfieur, me ieroit-il permis de vous 
dire , , ♦ ? 

. Chrêmes, 

5) €uc6 o6i|u^aï(en in 5)îangcl ju ôcrat^cn, unb racin 
©ut burd^jubringctî. 

6") ^\xd) juni ^*rbîn dnjufc^cn, aMe ce nadlrlic^e» SBei* 
fe gefc^^^m foûtc. 

7) S^ùhi id) cure nac^flc 23crwanbtc» ju |)û(f{ gc^ 

nommcn. 

8) ^co if)n«n tverbct \\)X ^ù(fe wi&er curç Wfe 2îuffu5« 

rung fitibcn. 

9) lînb bûé t)i«IT« ii)c aM âe&îît/ waii» ic^ euc^ ium 

(iïUw cinfcÇte. 
îo) OBuo fiir Unor&nungen ^ft^c tc& ^icr iii^t Wi^CP 



380 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

Qhrèwês. Parle» 

Syrîts, Mais en toute fureté. ") 

Chrêmes. Parle. 

Syrus, Quelle injudice efl-ce là, & quelle folie 
de vouloir qu'il porte h peine de ce que j'ai fait? 

Chrêmes. C'ed une affjire conclue. Ne te viens 
point mêler en tout ceci^ '") perfonne ne t'accufe, 
& tu n'ns que faire de chercher ni autel, ni inter- 
cefl'eur pour toi. '^) 

Syriis. Que faites- vous? 

Chi'emès, Je ne fuis en colère, ni contre toi, ni 
contre lui; de votre côté, vous ne devez pas non 
plus être fâchés contre moi de ce que j'ai fait» 

ACTE CINQ^UIEME. 

SCENE m. 

SYRUS, CLITIPHON, 

Syrus. 

Il s'en eft allé. Ah ! Je voudrois bien lui avoir de- 
mandé . ♦ . ♦ 
Oit'iphmK Et quoi, Syrus ? 
"Syrus. Où il veut préfentement que j'aille cher- 
cher à manger, ') puisqu'il nous a chaflcs* Car 

pour 

11) 2t6crba6meine3vcbe mir nucï) fcine©cfa^r Bringe. 

12) C^ i|î einc (KfchlctTme C'ad;c. ?Oiifd;f bic!) iiuc 
nid)t in allc tuf< J^^nbcl. 

13) llnb bu ba(] nii1)t iù>il)ig, tvcbcr CIU5r< noc^ '^wx* 
fprcd)ci: \\x fud)crt. 

i) 5i3o ic^ nmi iu «Ifm 6cfomm«n fott. 



DE TERENCE. 3Si 

pour vous, je comprends que vous en trouverez 
chez votre fœur. 

Clitiphon. Faut - il que je fois réduit h cette ex- 
trémité, que je me voye en danger de n'avoir pas 
du pain? ") 

Syrus. Pourvuque nous puifîlons vivre, il nous 
refte encore une belle efpérance ♦ , ., 

GkiphoiK Quelle ? 

Syrus. Que nous aurons toujours bon appétit. ') 

Clitiphon. Tu railles dans une affaire de cette im- 
portance, & tu ne m'aides d'aucun confeil ? 

Syrus. Vous vous trompez, je ne fonge à autre 
choie qu'à vous tirer de peine, '*) & pendant tout 
le temps que votre perc a parlé, je n''aieu que ce- 
la dans l'elprit. jMais autant que je le puis com- 
prendre « « . 

Clitiphon. Quoi ? 

Syrus, Les choies n'iront pas bien loin, *) 

Clitiphon, Comment donc? 

Syrus, 

2) ilTîuJl ii-f^ m foîcî^cS^otf) qcrrttî)cu, ^<^^ \6) micf) iit 
bcr(B.'fal>r fe()«ti foll/ ^^angvl nu^robt ju ^abcn. 

5) î^at ^<^xt Appert crj!recfc( (îcf)^ «i.i«n(flcî) nue auf 
tie ^ufr i;iiiTi (Siiai^ t^rtn ti a-'âr qar falfd), ivann 

ici) f.h^C) tvollrc, ;ivc2-vous appétit (le hni'rc ua 

verre <!e \\n'{ Donn in foM)cm 33eiffanbe jfl 
baéîPort envie ûllcm (3^^rou^:M^C^). Cdcttlehauc 

apprtit , iiv. jun^cc ^Oîtnfcl)/ tcm «flcéCrffeu wo()l 
fd)mecfcf. 

4) Qjud) aud tem 5vummcr ju iicf;ciî. 

5) €^ TOirl) nicl}t n?«li fommm CmK t)Cr©acÇc,) 



382 L'HEAUTONTÏMORUMENOS 

Syrus. Cela eft comme je vous le dis, *) c'eftqùe 
\t crois que vdus n'êtes pjs leur Bs. 

Ciitipboiu Comment cela? es -tu en ton bon 
fens? 

Syn/j-, Je vais vous dire ce qui m'eft venu dnns 
l'erprit, vous en jugerez. l'endancqu'ils n'ont 
eu que vous, que vous faifiez leul leurs nhifirs & 
qu'ils n'avoienc periocwie qui leur tout bat de plus 
près, iis avaient de l'indulgence pour vous, ') ils 
vous donnoient de l'argent; pieTentemcnt qu'ils 
^t)nt retrouvé leur véritable fîile , ils ont d'abord 
trouvé un prétexte pour vous chafTer. 

Cliiipbon. Celj e(t vraifemblable. 

Syrus, Etes- vous îilTcz bon ^) pour croire que 
ce ibit pour cette petite pccadille? ^) 

Cliiipbon. 

*) ta fineflé de Syvm cft nne grande différence entre 

jnerveilleufe, il ne cUerthe Jes cliofcs (]ue l'on ù\t tout 

qu'à faire la paix de Chti- de bon. & cd'cs ('ont on ne 

pbon, &qu'à flcclijr&attcn- fciitquefciDblant, Syrns con- 

drir ion père. Jl n'-y- av. it noiilMt trop ion bomme 

rien de plus propre à ce dcf- ponr luifaire cette contîden- 

feiii, que de hiire enforteque ce, il le trompe tout le pré- 

C//r/{.bon feignît de cr. ire mier. Cela clt très bien 

qu'il n'ctùit pas ti!<: deC/'rJ- conduit, 
mh: mais outre qu' il -y -a 

6) 23i|î bu ( ivfcbcit ) t>cn 5>cif dnbe. 

7) Unb b<^ fî*' "'«inan^ lutUn . bcr \f)mn naf)Ct an» 

Qiitti , fo f.j()cn ftc f U'-b nac^. 

8) Bon , on fîûtf fttrez fiinpie, 

9) 6ci)b i^r fo cinfôlticj, \m j(u (îfrtit^en, bng ce «m 



DE TE'RENCE. ' 385 

Git'iphon. Tu as raifon. - 

Syrm, Confidérez encore une autre chofe, *) 
Quand les enfans ont. fait quelque fûttile, les mères 
ne manquent jamais de parler pour eux, '") elles 
preunenc toujours leur parti contre les pères. Ici 
nous ne voyons pas que cela le flTe. 

Okiphon, Cela elt vrai, que dois -/je faire à pré- 
fc-nt, Syrus? 

'^ytus. Demandez -leur à eux-mêmes l'éclair- 
cifiement de ce Ibupçon, ") Dites-leur franchement 
votre penfée. Si ce que nous croyons ri'eft pas, 
vous les attendrirez tous deux , '^) & ils vous par- 
donneront fur riieure, ^: s'd cft vrai que vous ne 
fo)'ez pas leur fî!s, vouslaurez à qui vous êtes. ^^) 

Cli^phon. Le conlVil tft bon* je le fuivrai. 

Syrus. Ceb^m'eft venu dans l'elprit bien à pro- 
pos, ''*) *^\) car moins ce jeune homme aura d'efpé- 

rance, 

*) Ceci eft Fort adroit, fa tcndrefîè, d'ailleurs elle 

Syyus veut engager par là ponrroic cr?indre .que ion 

S Jh'ita à preiK.Ire vivement inari ne le mit en tête que 

le parti de Ion fil* contre iow ClicJpbon n'eit pas (on fils, ce 

mari, car le fils allant le qui pouvoit être pour elle 

plaindre à elle ik. lui dire le d' une très grande conld- 

loupçon qu'il aden'ctre pas qucnce. 
leur fils j oc peut luniiquer **) Il vent dfreque ce jcn- 

d'émouvxiiria compulUon & nchuniinc crai^n^nt toutdc 

bon 

10) Unfcriaffott fcic ?!}îû(fcc nicrtiiikn bné SBort fur fie 

^u fùhr.'J». 
ïi) 'Tîîtfrtefnc!) ^icfei^*:îlran?^^hn(•IFlâren ( bcnef)mcu, ) 

12) 5S^iî)(t ibr (ie 1^''P>^? juni ^^^uleiocn b«n?cgcn. 

13) ÇLBcrbct ihr crfV.hrcn, tin-m j{)r ange()Otct. 

14) S:)rt9 iil itiic rccl^t iu gclfscntï gct cinû«fanm. 



384 L'HEAUTONTIMORUMENOS 

rance, plus il aura de facilité à faire fa paix à foti 
avantage avec fon père. ") Maintenant je ne fais 
pas s'^il ne f.iudra point qu'il fe marie, j'appréhen- 
de qu'il ne m'en veuille pas grandi bien. '^) Que 
cela me fiut- il ^^) dans le fonds? mais voici notre 
bon homme, je m'enfuis. Vu les chofes qui fe 
font paflees; ^^) je fui? fort furpris qu'il n'ait pas 
commandé qu'on m'enlevât fur l'heure. ^^) Je vais 
chez Ménédeme, c'eft lui que j'ai choifi pour mon 
intercelTeur, car quoi qu'ait dit notre vieux maître, 
je ne me fie pas trop h lui. ^") 

bon de n'ctre pas fils âe touchante, que s'il étoitaver- 

C^î'i?'?//^, fera les rhofes beau- tique cen'dt là qu'un jeu 

coup plus natuicilement, & pour tâcher d'attendrir fon 

parlera d'une manière plus pcre, 

' ij) 2)cn Sric^ct1 |U fcincm 25ortf;eiî mit fcincm ^ûUt 
iu fnrrcîi. 

i6) ^d) fnïâ)ti, cr wirb ce mit njd}f foiiDfcIic^ ^ant 

17) Ïï3ad uiûc&e id) mir bnrûué? 

18) 3n 3tnfebuno ber ©oc^cn, fo tJorgcfûflcn ftn&# 

19) S)a6nian mtd) bcn Slugcnblid fortfd)kppU» 

20) 3cD traue txm ^anbfïlcbm nic^t ju uieï. 



ACTE 



E 



DE TERE'NCE. 385 

ACTE CINQ^UIEME. 
SCENE IV, 
S S T R A T A. CHREMES. 

Sofirata, 

n vérité, mon mari, fi vous n'y prenez garde, vous 
ferez caufe qu'il arrivera quelque malheur ') 
à notre fils, & je luis fort lurprife qu'une choie fi 
déraifiannable ait pu vous venir dans Telpric. 

Chn'inès» Oh , continuerez - vous- d' être femme ? 
ai- je jamais voulu rieu faire que vous n'ayez été 
toujours contraire à mes delfeins? ^) & fi je vous 
demandois en quoi j'ai tort, ou par quelle raifon 
j'en ule de la forte, vous ne pourriez le dire. Pour- 
quoi donc, fotte que vous êtes, ^) vous oppofez- 
vous préfentement avec tant d'opinatreté à ce que 
je veux? 

Soflratû, Je ne pourrois le dire. 

Chrêmes. Je me trompe, vous le pourriez* j' ai- 
me bien mieux le croire '^) que de recommencer 
& de vous entendre rebattre ^) cent fois la même 
chofe. ^) 

Sojîrata, 

1) ©0 ttjcrbct '\%i Urfac^e \tm, î)û§ m Unglûcf ge» 

2) ©afi ibr nid)( mcjncm SJor^aben jufôibci' âctv«fm 

ivciret. 

3) Sbr efnfiUtiçîcé 5en6. 

4) 3<^ njill ce \\t\\ix g(au6{n. 

5) Kebattre tjî ^ier metapii. ge^fàlic^f , ^d||V( proprte 

tDiebcrfdiIagm, ncpfcn, aueflopfen. -pier abtt 
bcj|]et eé tt>ic^ç^^)c(ctl. Kebattre les cartes, ftjf 
5îartcn roicbcr mifdjen. 
^) Un& ï;unî)«rt mal juKrlcy Scçer ^^rm^ 
Bb 



38é? L'HEAUTONTIMORUMENOS 

Soflrata. Oh! vous êces4njufle de demander que 
je me taife dans une chofe de cette importance. 

Cbréviès. Je ne le demande pas, parlez, je n'en 
ferai pourtant pas moins. '^) 

Sojhata. Vous n'en ferez pas moins? 

Chrêmes. Non. 

Sojirata^ Vous ne voyez pas les dangereufes fui- 
tes ^) que cela peut caufer, Clitiphon croira qu'il 
n'eft pas notre fils. 

Chrêmes. Qu'il n'eftpas notre fils! Cela eft-il 
poflîble? 

Sojhata. Oui aflurément, mon mari, cela fera. 

Chrêmes. Eh bien, dites -lui qu'il a raifon. ^) 

Sojîrata. Oh , je vous prie , pouvez vous parler 
ainfi? que nos ennemis faflënt une adion fi détes- 
table! je dirois à mon fils qu'il n^eft pas à moi? à 
mon propre fils? . ' 

Chrêmes. Quoi? craignez -vous de ne pouvoir, 
quand vous voudrez, faire voir qu'il eft h vous? 

Sojîrata, Eft-ce parceque ma fille eft retrouvée 
que vous me dites cela ? 

Chrêmes, Non, il- y -a une raifon bien plus con- 
vaincante* '°) c'ell: qu'il a toutes vos manières^ '') 
il vous reiTemble parfaitement, vous n'aurez nulle 
peine à faire voir qu'il eft à vous j il n' a pas le 

moin- 

7) 3îic^fé bÉJîowenigcr ttjccbc ic^ Docf) t^un, mal ic^ 

TOlU. 

?) 3bv f«()«t t>'2 geffl^rïic&cu ^oïsen nic^f <in. 

9) Se ()abe rcd)f* 

10) 9îeln, e^ 9i«6( einc tvcit i56crjcu(j«nbgre Uvfac^<, 

11) ^lv\ er cuc^ m ottcn igtûcfen nac^arm. 



DE TERENCE, 387 

moindre défaut que vous n'ayez tout comme lui. '^) 
D'aiileurs il n'-y-a que vous au monde qui puiiîlez 
avoir un fils comme celui-là. Mais le voi'à qui 
fore. Qu'il a l'air grave! '^) à le voir on connoîc 
cequ'ileft. '^) 

ACTE CINQUIEME. 

SCENE V, 

CLITIPHON. SOSTRATA. CHREMES, 

Clitiphon^ 

Sx jamais vous avez eu quelque ioye & quelque 
plaiiîr de m' entendre appeller votre fils, & de 
me donner vous -même ce nom;^ je vous prie> nia 
mère, de vous en fouvenir, & d'avoir pire d'un 
miférablc. Ce que je fouliaice, c'eft que vous me 
faiîiez connoîtrc ceux de qui je tiens le jour. ') 

Softi-ata. Ah ! mon fils , je vous prie , ne vous 
mettez pas dans la tête ^) que vous Ibyez à d' au- 
tres qu'à nous. 

Cl'itiphm Cela efl: afiurément? 
Softrata. Que jefuismalheureufe! avez -vous pu 
ta&f faire cette demande? ainfi puifîiez-vous fur- 

B b 2 vivre 

12) (ïr ^rt( nid)t bm gcrincîfîen %tWt, î)«n if;r x(\è)i 
TOie ce ^aben fcUiet. 

13) Corps grave,' fd)rt>er(r 5?crper ; Son, ton grave, 
gvobcr 5vlang, ticfec ^on ; accent gravée, accentus 
gravis, ^icr Ocifit grave graDttûtifd), 

14) 5Scnnnian i5n ficbct, crfcnna nm» ^\%\i), tv«^ 

cr \% 

1) ?S5clcï)en tdf) ^aé î?i&cn ju bonfcn 5^^^» 

2) <S«6ct cud; r.icîjt in î)«n ©inn. 



388 L'HEÂUTONTIMORUMEiNOS 

vivre à votre père que voilà ^) & à moi, comme 
vous êtes fils de l'un & de l'autre* donnez -vous 
bien g.irde déformais que j'entende jamais cela de 
votre bouche, fi vous m'aimez. 

Chrêmes^ Et moi Je vous dis, donnez -vous bien 
garde que je m'aperçoive jamais que vous ayez ces 
mêmes inclinntions, fî vous me craigilez. "*) 

Ciit/phon» Quelles inclinations ? 

Chrêmes. Je vais vous les djre. Puisque vous 
le voulez favoir, les inclinations d'un coquin, d'un 
fainéant, d'un fourbe, d'un débauché, d'un pro- 
digue. ') Croyez -moi, & ne doutez pas que vous 
ne foyez notre fils» 

Sojtrata, Ce ne font pourtant pas là les paroles 
d'un père. 

chrêmes. Non Clitiphon , quand vous feriez 
forti de ma tête, comme on dit que A/Sinerve eft 
fortie de celle de Jupiter, je ne foullrirois pas pour 
cela que vous me deshonorafiiez par vos infâmes 
débauches. ^) 

Sojirata, *) Que les Dieux faOTent . . , 

Chré- 

*) Soflrata , comme une en bien tout le defordre qui 

femme fort religiciife a tou- efl: entre le perc & le ^\Sy 

^ours recours aux Dieux. Ici mais Chrima ne lui donne 

elle fouhaite qu'ils changent pas le temps d'acbçver. i) 

g) I>rr ba 5ii(]crtcn ftcbef» 

4) Serdcid)<n Dvciciung ^û6ct , ttjo if)r cuch t)oc mirr 

fùrditef. 

5) 5^ie 3^<i.iun(|m cincé ©cî)f[m(?, î^auBen^fr^, Se» 

tru«<rci, I^^^clllcl-.cu sDicnfcl)enë, 33«rfd)n)cnb?r^. 

6) Î)j8 i^r mid) v>erunct)rct mit curer fcf)anï)lid)cu iif 

bcn^art. 

7) 2âJKt i&c nicl;t3eit oui^jureben. 



DE TERENCE. 3S9 

Chrêmes, Je ne fais point ce qu'ils feront, les 
Dieux* mais pour moi je ferai tout ce qu'il nie fera 
poiîîble pour l'empêcher. Vous cherchez ce que 
vous avez, un père & une mère; & vous ne cher- 
chez pas ce qui vous manque, le moyen de plaire 
à votre père, ^) & de conferver par votre bonne 
conduite ce qu'il a amafle ^) par fon travail. Ne 
rougiiTez- vous pas d^avoir eu l'infolence '*) de me 
tromper, & d'amener devant mes ytux & dans ma 
maifon une . « , *) J'ai honte de dire un vilain 
mot en préfence de votre mère* & vous n'en avez 
eu aucune de faire une aâion infâme. ") 

Clitipboth Ah, que je me déplais à moi-même, 
que j'ai de confufion! je ne fais par où commencer 
pour l'appaifer. '^) 

B b 2 ACTE 

*)Les Gr^ry&Ies/îtw^/wj un met deshonnête; la Kc- 

avoicnt un fi grsnd refpeiîît ligion& la Poh'tique lesobli- 

pour leurs feiiiines, que peur gecient également à cette 

rien (lu monde ils n'auroier.t bienféance. 
voulu dire en leur préfence 

8) Unb fuc^ctnid)twaêcud)mnn5cft, nâmlid) fcic ^\U 

tel curetr. Hîatcr eue»; gefûllig ^u mûdjen. 

9) Amalfer, faramkn ; rcmafier, ©clb jufammcnf(|)or» 

rcn; s'amancr, fjcl) bcrfammlcn, bnurea. 

10) 6d)âract i()r «uc^ nic()t fo unDcrfct'ûnu (jerecfcn ju 
fa)n? 

11) '^d) fc^âmc mic^, in ©^vîcnwart curft ^cnffer <in 
gûr(iig 5Cort ûu^jufprfcî)en , unb if;c ()•. ht n:d)f 
t\t gcvinfijie 6d)ambûftJ9fcit %^\)o.U, ciiie fci}unî)# 
bûre %h(ii ju 6e(]e^cn. 

12) 3<^ tvcig nicf;t, njie ic^ c5 ongreifen fcll, i^nwl^* 
tcc ju i)«(anftJ9cn« 



390 L' HEÂUTONTIMORUMENOS 

ACTE CINQ^UIEME. 

SCENE VL 

MENEDEME. CHREMES. CLITÏPHON» 
SOSTRATA, 

Mhiédeme, 

nyérité Chrêmes trmte ce jeane garçon avec trop 
deriguer&d'liihumanité. jeforsaufli tout ex- 
près pour faire fa paix, ') Je les vois fort à propos. 

Chrêmes. Ha, Ménédenij, d'où vient que vous 
ne fûtpi. p.is aller ma fille chez vous? & que n'ar- 
rctoas - nous doiic ce que \ ai dit pour fa dot. ^) 

Sojhata* Mon mari , ne le faites pas , je vous en 
conjure. 

Clhiphm, Je vous prie, mon père, de me par- 
donner. 

Mkncdeme. Pardonnez - lui , Chrêmes , * laiflez- 
vous fléchir à {ts> prières. ') 

Chrêmes^ Moi, que le fâchant, le voyant, je 
donne mon bien à Bacchis? je n'en ferai rien. "*) 

M'cnctieme^ Mais nous ne le foufiVirons pas. 

Cliciphon, Mon père, fi vous voulez que je vive, 
pardonnez- moi. 

So[irut(i, Faites le, mon cher Chrêmes. 

Ménèdeme. Allons, ne vous obiVmez p^s fi fort. 

Chrèml'S, Enfin vous le voulez : je vois bien qu'il 

ne 

i) 5r>ro«? be(?we(ien ^m\^t\\ wnitx. ihncn iw^iifUn. 

2) UiTb tivrinn madicn wir nid)t aué, ïvaé iâ) Wiqm 

ibrec3tut'*{t;'uer l>c^nblf^ct habe. Ce chien arrcte, 
ticfcr vgpùrbunb jhhct t>or, terni, tech. 

3) iînîfct <ud) ftin ^ium bwci^"- 



DE TERENCE. 391 

tie me fera pas permis d'achever ce que j'avois com- 
mencé. ^) 

Ménédeme, Vous faites une chofe digne de vous. 

Chrêmes, Je le ferai , à condition qu'il fera auflî 
que je trouverai à propos, 

Clitiphon. Mon pcre, je ferai tout ce qu'il vous 
plaira ï commandez» 

Chrêmes, Je veux que vous vous mariiez. 

Clitiphon, Mon père ♦ . * 

Chrêmes, Je n'écoute rien. 

Mênêdeme, Je me charge de cela, ^) moi, illefera. 

Chrêmes, Je n'entends point encore qu'il me pro- 
mette rien. '') 

Clitiphon, Je fuis mort ! 

Sojîrata. Eft-ce que vous balancez, ^) Clitiphon? 

Chrêmes. *) Sans tant barguigner, ^) qu'aime- 
t-il mieux? 

Mênêdeme. \\ fera tout ce que vous voudrez. 

Sofirata. Cela vous paroît rude d'abord* parce- 
que vous ne favez ce que c'eft; mais iîtôtque vous 
le faurez , vous n'y aurez aucune peine, 

Clitiphon. Je vous obéirai, mon père. 

Sofirata, Mon fils, en vérité je te donnerai une 
jolie fille que tu aimeras; c'eft la fille de notre voi- 
iîn Phanocratès. 

B b 4 Clitiphon^ 

*) C'eft à dire, il n'a qu' à fe marier, ou que je donne 
yOir ce qu'il aime mieux, ou tout à fa Iccur. 

5) î)a§ C6 mir n!cf)f wirb erlaubcî fêon, &ûéjeni5(/ 

njaô id) angefanqcn \:)QLiu^ jntîolIfùt;ren. 

6) ©û(> ntbme \û) auf mid^ 

7) Rien î)ci)Tct f)i«c ctTOaé. 

8) €;t€^ct \S)i ctwau an ? 

9) 0&H« fo s?Ul iu 5aut'«rn» 



392. L'HEAUTOWTIMORUMENOS 

Clîtiphon. Quoi , cette roufTe qui a les yeux de 
la couleur de ceux des chats, le vifage plein de 
roulTeurs, le nez de perroquet? '") je le ne puis, 
mon père* 

Chrêmes. Voyez un peu, qu'il eft délicat en 
beauté! auroit-on cru qu'il eût eu l'efpric tourné 
de ce côte- là? ") 

Sojirata, Je t'en donnerai une autre. 

Clit'iphm. Ho bien, puJfquM faut que je me ma- 
rie, j'ai trouvé moi-même à peu près celle que je 
veux. 

Sojirata. A préfenc, mon fils, je fuis fort con- 
tente de tt)i 

Ciicipbon, C'efl la fille d'Archonidès. 

Sojhatn. Elle eft fort à mon gré. '^) 

Cïiùphon. Mon père il ne refteplus qu'une chofe. 

Chrêmes. Quoi? 

Ci'îîiphon. Que vous pardonniez h Syrus tout ce 
qu'il a fait pour l'amour de moi, ") 

Chrêmes. Voilà qui eft conclu. Adieu, Meflîeurs, 
battez des mains, 

10) 2Bie,bj??votf)fDpfi(îte, bie f a^cnangctt , tai^t* 
fichte ijoflcr .Jîupfer unb cine ^')rtbid)ténafe ^ai'i 
Perroquet, propric ciii ^apaçiei); in difcurfu vul- 
gan", ioupc an perroquet, S^rcbtin-ÏCein ijctnuc^t* 

11) ëc&t Èioch, \m jartlicî) cr im <|3un£t bcr6d)cnbeiÉ 
ift! -f?âttc nian ftd) roc()l traumcn lafifen/ fcag « 
fcin ©cmûtbe auf fold)c <Sad;cn g«Unf<t? 

li») 6ic i^cht mir fcbr n?i>()l an» 
13) 2iud %\iU ju mir, 

LES 



"^ ^#^ e^ 395 

XXXXXXXXXXXXXX XX 
LES ADELPHES. 
D E 

T E R E N C E. 



LE TITRE. 

Cefte Pièce fut j) Jouée pour les jeux funèbres de 
L. /Emiliiis Paiiltis z) fous les Ediles Curules 
Q^Fab'ms Maximus (^ P. Cornélius Africamis , par la 
troupe de L. Attilius de Prênejie , i^f de Mimitius 
Prothymus» Flaccus affranchi de Claudius fit la mu- 
fique. On la joua j) avec les flûtes Ty viennes. Elle 
eji prife du Grec de Mcnandre. Elle fut reprefentèe 
pour la première fois 4) fous le Confulat de L^ Ani- 
cius (^ de M* Cornélius, 

REMARQ^UES. 

l)/^'eft L, JEmiliusPaulus qui fut appelle Mace- 
\^ donicus ^ parcequ'il avoir vaincu Perfes Roi 
de Macédoine. Il mourut Tan de Rome 593. cent 
cinquante huit ans avant la naifTance de Notre Sei- 
gneur; & il mourut fi pauvre, qu'il fallut vendre 
fon bien pour payer la dot de fa femme. 

2) Ce titre eft corrompu , comme Scaliger & 
beaucoup d'autres Tont remarqué; car ce n'étoit 
pas les Ediles qui avoi^nt foin (\qs jeux funèbres, 
mais les enfans ou les parens du mort. 

Bb 5 3) Ces 



394 LES ADELPHES 

3) Ces flûtes Tyriemies a voient le Ton aÎËfU, c'ê- 
toient celles qu'on employoic toujours dans les oc- 
cafions dejoye; comment donc eft-il pofîîble que 
les en fans de Paitlus /Emilius ayent employé une 
mufique enjouée à la repréfentation d'une Piérce 
qu'ils fcufoient jouer aux funérailles de leur père? 
cel.1 ne peut être. Ce titre n'eft pas feulement cor- 
rompu, il a été tronqué, *) comme il eft aifé de le 
faire voir. Il faut lire. Elle fut jouée avec les fiû~ 
tes Lydiennes , ^ en fuite avec les flûtes de Tyr, Avee 
les fiâtes Lydiennes , c'eft à dire, avec les deux flûtes 
droites qui avoient le fon grave, & que l'on em- 
ployoit par conféquent dans les occafions de deuil. 
Après la première repréfentation on la joua avec les 
ilûtes gauches, parceque ce fut fans doute dans des 
occafions moins triflcs que celle-ci. 

4) Ceft fous le confulat de L,Anucîits & de M". 
Cornélius Cetbegtis , l'an de Rome 5-93. avant lanaif- 
fance de N. S. i f 8* 

PERSONNAGES 
DE 

LA PIECE. 

jT e Prologue, 

'"' Micion, père adoptif d'Efchinus. 

Déméay fere, de Micion, & père de Ctéflphon & 

d'Efchinus. 
Efchinus ^ iîls de Déméa, & adopté par Micion, 
CteftphoUy frère d'Efchinus. 
Sojircita^ mère dePamphila. 
Pawpbila^ fille de Softrata, & maîcrefl*e d'Efchinus» 

Canthara^ 



DE T^RENCE, 39y 

Cartthara, nourrice de Pamphila. 
Hégion^ parent de Pamphila. 
Géia, va'et de Soitrata. 
Sanimn , marchand d' efclaveSé 
Dromony valet de Micion» 

Perfonnages muets] 
Une joueufe d'inftrurnens, dont Ctéfiphon cft: 

amoureux, 
Parnumn , valet* 

La fcene eft à Athènes. 

LE PROLOGUE. 

"VJotre Poète s' étant aperçu que fes ennemis ob- 
X^ fervent fes ouvrages pour les critiquer, ') & 
qu'ils tâchent de décrier la Pièce ^) que nous allons 
jouer devant vous, s'eft cru obligé, Meilleurs, de 
vous rendre ici compte de h conduire : ^) vous 
jugerez (i ce qu'on lui reproche eft digne de louan- 
ge ou de blâme. 

Diphilus a f;Ht une Comédie Greque qui a pour 
titre , Les viourans eiifeinhle, Plaute Ta traduite eu 
Latin , & lui a laiflé le même nom traduit en fa 
Langue. Dans celle de Diphilus il- y- a un jeune 
homme, qui dès le commencement de la Pièce en- 
levé une fille à un marchand d'efclaves. *) Plaute a 

lailTé 

I) 3luf feine 5B?rlc genou %6)im^ gc&en , um {M)% 

burch,VJÎ)ccî)e(n. 
î2) Sdë ©tûcf e ^erunfcr ju m^c^cn. 
s) ©eiiie Sluffûbrung Dor cud) ,^u rcd?ffcrfi^en. 
4) 5ïBii& cin jauger ?Oîcnfd) t>or(iJ|?c{lt, brr {Ai\6) 6cr)m 

(gingana î>c£î ©fudci?, <\\\m 6(l«t)cnl;ant>i«r ci/i 

SOîabgcn rau&cr. 



396 



LES ADELPHES 



laiiïe cet endroit -là tout entier uns le mettre en 
œuvre, ^) h Térence Ta traduit mot à mot, & l'a 
mis dans faCcmcdie *) des Adelphes, qui eft une 
Pièce toute nouvelle que nous allons repréfenter. 
Voyez, je vous prie, fi c'efl un vol» ou fi ce n'efi: 
pas plutôt un ufnge honnête qu'il a fait **) d'un 
endroit dont Plaute avoit négligé de fe fervir, 
& dont notre Poère a voulu profiter. Pour ce 
que difent cis envieux, que des premiers de la Ré- 
publique lui aident à faire fes Pièces, & travaillent 
tous les jours avec lui, bien loin d'en être offenfe, 
comme ils le l'imaginent, ^) ***) il trouve qu'on 

ne 



*) C'eft un motGrecquI 

fignirîe 'af.ere':. 

aeculcr ici PV»«/e d'être né- 
elicent; },t<rh^cf:ce cit mis en 
bonne par. , coinme dans le 
Prologue eu \* y^:'drienne\ «S: 
il fignifîe pr pronientquatid 
on iic4li[;c quelque chofc 
dont on ti'j pas hcloin. 

***) 'Icvcnce ne (e défend 
pas du reproche qu'on lui tai- 
foit, que ce? granrls hommes 
lui aidoicnt àrairefesComc- 



dies; ce reproche lui failbit 
trop d'honneur. Four moi 
je fuis pcrfuadée que la mo- 
deltie de Térence en cette 
occafion ne vient ni de ion 
honnêteté, ni de l'envie qu'il 
Bvoit df faire plaifir à Tes 
amis (X à Tes bienfaiteurs, 
mais i\Q la force de b véri- 
té. II -y -a beaucoup d'ap- 
parence que des gens auifi 
polis que Scipion ^ Leeùm 
avoient beaucoup de part à 
CCS Pièces; car comment un 
Cav- 



5) D^ne if)n in fdnc llc6crfi^un(] ju brinflcn. 

6) 21n (îaft, bag u , trie fie fi.& eô einbiletn, ^rtrù6cc 

fcclcibicet fii)!i folltc. 

7) 53?t) ne dire mot, fcjn ÎBcrt fprfcî;cn, n'avoir gar- 

de, nid)t ttufcn, nicî)t ni(5,)cn, ne voir goutte, 
(îocfMinb fi'O'i , tviïî) t'ic iSegativa poUcrior oQc* 



DE TERENCE^ 397 

ne lui fauroit donner une plus grande louange, puis- 
que c'eft une marq;je qu'il a i' honneur de -plaire à 
despeifonnçs qui vous plaifenc */ a vous, Mefliears, 
&h tout le Peuple Romain, & qui en paix, eu 
guerre & en toutes fortes d'affiires, ont rendu à 
la République en «rénçr^I, 6: à thjcun en particu- 
lier, des <ervices confidérahles , fans en être peur 
cela plus fiers, ni plus orgueilleux. ^) Au leile 
n'attendez pas que je dile ici le fujec de cette Pièce ; 
les deux vieillards qui pnroîtront les premiers fur 
la fcene, vous en feront connaître une partie, ^) 
vous apprendrez le refie dans la fuite. Faites, s'il 
vous plaît , Meflîeurs, que la difpollticn que notre 
Poète peut avoir à faire des Comédies, foit augmen- 
tée & fortifiée aujourd'hui par la favorable actention 
que vous donnerez à celle-ci. 

Carthnghiois 2.uro\t-\\ pu en *) /ivous^ cela s'adrefie 

fi peudeteinpsattràper tcu- aux fpcilateurs, à tous ceux 

tes les beautés 10) &,toute8 qui étoientau Théâtre; if a 

les grâces (l'une Langue auffi tout le peuple^ c'eft à ceux 

difficile que la Langue La- qui n'ccoient pas préfcns. 
tine? 

8) jD^nc tegraegcn cinbilbifc^cc noc^ f)oc^mût5i3cr ju 

trerl)«ir. 

9) ©le bcçbca Siffcn, \i'K juerfî ouffrcfen njerben, wec? 

bcn ein %\)i\\ Dûbon ju erfcnnçn gcb«n. 



LES 



398 LES ADELPHES 

LES ADELPHES 
DE 

T E K E N C E. 

ACTE PREMIER. 
SCENE L 

Mïctont. » 

Stnrax . . . Efcbinus n'efl: pas revenu cette nuic 
— (iu lieu où il foupa hier, ni aucun ci^s vaiets, 
qui allèrent au devant de lui. ') En vérité rien n'eft 
plus vrai que ce qu'on die d'ordinaire, fi vous êtes 
ablent, & fi vous vous arrêtez trop long tems quel- 
que part, ^) il vaut mieux qu'il vous arrive ce que 
votre femme en colère dit de vous, que ce que 
penfent d^^s parens qui vous aiment avec tendrefie. 
Si vous tardez trop à revenir, ^) votre femme s'i- 
magine que vous fiiites l'amour, '^j ou que vous 
êtes quelque part à boire & à vous divctir, & que 
vous vous donnez du bon tems pendnnrqu'elie 
n'a que de la peine. IVlais moi, fur ce que mon 

fils 

i) Siie i()in cntgegcn gienc^cn. Aller au devant de quel- 
que cliofc, cincc<êad)e t»orDauca; aller au devant 
de quelqu'un, çincm cntgcgciî gc^cn. 

3; 2Bann i^v \\x ïnngc (xv<^WMU 
4) 5)o§ '\%x courttfùïf- 



DE TERENCE, 399 

fils n*eft pas encore revenu, quelles penfées n'ai-Je 
point? & de quelles inquiétudes ne fuis -je point 
agité? ') je crains toujours qu'il n'ait eu froid; ^) 
qu'il ne foit tombé en quelque lieu , ou qu'il ne fe 
foit rompu quelque bnis ou quelque jambe. Ah ! 
cfl-il poHîble qu'un homme ait la folie ') de pla- 
cer dans fon cœur, ou de prendre chez foi quel- 
qu'un qui lui foit plus cher que lui-même! ^) Ce 
garçon qui me donne aujourd'hui tant de chagrin, 
n'eft pas mon fils, il eft à mon frère, & ce frère 
dès fon enfance a toujours été d'une humeur en- 
tièrement oppofée à la mienne. ^) Toute ma vie 
j'ai vécu à la ville d'une manière douce & tran- 
quille, '°) & j'ai pris le parti des gens du monde, ") 
qui aiment le repos, & qui font confiller le bon- 
heur à ne fe point marier, '^) je n'ai jamais eu de 
femme. Lui au contraire a toujours vécu à la 

cam- 

5) îXBaé fûttcn mit ni(f)f for ©cbrtnfen ein, unb tuie 

»erî)c id) nict)t t>on X\m\\l)t ()in unt> ^tr (jctricDcn? 
(i. e, gqudlct.) 

6) Avoir faim, fojT, Froid Sec. fînb iîîî SDeUffiOcn imper- 

fonalia , im 5»'flnjofifd)cn ûbet perfonalia. 

7) 3fî cêmdglid), Î)û§cing3îenfc^l>jc5:()or0cit U^î^(. 
S) î)« ir;m liibct, ald er fld) fclbcr, fei). 

9) 3lî ^ô" ^(nbeèbeincn on mcincc (13cmut()éart ganj 

«ntqccîcn genjcfen, 

10) 31uf cine (îiQc unb rubigc 5(rf. 

lO Unbid)babe micî) fo aufijefûf)r( , tt)i« «5 îmU, bit 
nûd) ber aScIt fci}n, ju mac!)cn pfïcge». Le beau 
monde, le grand monde, le poli monde, UonKf;rnÇ 
Seute. 

12) 2iii(i îtt Mdèfn, 



400 LES ADELPHES 

campacji^e, épargnant & travaillant inceiïbmment, 
ils'eftniarié & il a eu deux enfans; j'ai adopté 
l'aine, '^) que j'ai élevé dès fa plus tendre jeuneire: 
je l'ai regardé ôc aimé comme mon propre iils, il 
fait ieul toute ma joye, rien ne m'eft cher comme 
lui , & je fais tout ce que je puis pour l'obliger à 
me rendre la pareille. Je Jui donne de quoi 
fe diverïir, je paiïè fur mille chofes, "*) & je ne 
crois pas qu'il foit nécefinre de me fervir de toute 
mon autorité: enfin je l'ai accoutumé à me faire 
confidence '^) de toutes ces petites chofes que la 
jeuneflè infpire, '^) & que les enfans ont grand 
foin de cacher à leurs pères ; car celui qui eft ac- 
coutumé à mentir, & qui oie tromper fon père, '') 
entreprendra bien aifément de tromper les autres. 
Je fuis perfuadé qu'il efl: beaucoup mieux de rete- 
nir les enfiins par l'honneur ik par la pudeur, que 
par la crainte; '^) mon frère & moi ne fommes pas 
fur ceïa de même fentiment; '^) cette éducation lui 
déplaît. Il vient fouvent chez nous crier & me 
dire, que voulez-vous donc faire? pourquoi nous 
perdez-vous notre fils? "°) pourquoi foufiiez- vous 

qu'il 

ifi ^d) ^atJc ben Slcltcftcn nti 5îinbcé jîatt onacuom* 
m en. 

14) 3d) {écmh<^ taufcnfcedei) (Sacî)en. 

15) ^!liir an^ubn'trauen. 
i6) ©0 Ht 5^af^^ iinmbct, 

17) lltib ter fid) fcinai ^aut ju &cfrîl(jeit mUviliî^tt 

18) S^afi iâ mit tcffcr fei), bic .^iubct mit€orc utsb 
ec^am^aftiâfcit, ûlô mit gurd)t, im 3aum ju 
^alten. 

f9) 3rt biefcm 6tucf c{ncrlc))5)îc»)nung. 
20) 6flSriNfn' unfcrn (^o()U iné 2S«rb«r()cn? 



DE TERENCE. 401 

qu'il ait des mijcreiTes, & qu'il aille au cabaret? 
pourquoi lut donnez- vous de l'argent pour cela? 
vous l'habillez trop proprement, & vous êtes trop 
facile* Et lui, il çfl: trop dur, il paffe les bornes 
de In juflice Ik de i'équiîé, ^') &: il fe trompe extrê- 
mement de croire qu'une autorité établie par h for- 
ce ^~) efl plus folide & plus durable que celle qui 
a pour fondement l'amitié. Au moins je le crois 
ainfi, c'eft là mon fcntiment, ôi voici comme je 
laifonne: Celui qui efl contraint de faire Ion de- 
voir par la [îeur qu'il a du civitiment, prend gar- 
de à lui, pendancqu'il appréhende d' être décou- 
vert^ ^^) mais qu'on lui ôre cette crainte "'*) d'abord 
il retourne à Ion naturel. ^') Au lieu que celui 
que vous gagnez par votre douceur ôz par vos bien- 
faits, s'aquice toujours de l'on devoir fans aucune 
contrainte, 5i cherche à vous donner des marques 
de Ton afledion. Préfent 6i abfent il fera toujours 
le même. C'eft là le devoir d'un père ^^) d'accou- 
tumer les enfans à faire le bien par leur propre 
mouvement, plutôt que par ces motifs de crainte 5 
& c'ell en cela qu'un père eft fort différent d'un 

maître. 

ai) Unb i^r f.i)b ju f^û'mht Unb (v, cr ift ju {)Qtt, ' 
cr û(?crfd)feitît Die ©rânjcn bec ©cred/tigteif unî> 

22) 2)aO cin 51nfef)cn, fo bfe 6c!Daîf jum Ph-unbc ^aU 

23) (£0 lange cr cntbviti ju werten fûvditiU 

24) 5l6er, fo balb man iljm biefc -Jiirdjt bcnî'mmf. 

2s) îi(fo6aït) verfdat cr jvkbcr ouf feinç «aruiïid&c 

26) ^\i{iù \\\ biç ^Mf cfncâ 2}atet0, 
C c 



402 LES ADELPHES 

maître, ^'^) Tous ceux qui ne favent pas en ufer ^^) 
ainfi, doivent avouer qu'ils ne font pas propres à 
élever des enfans. Mais n'eft-ce pas là notre h m- 
ine? c'eft lui alTurcment. II me paroîc trifte, je 
ne fais de quoi. Je m'imagine qu'il va me querel- 
ler feion fa bonne coutume, ^^) 

ACTE PREMIER, 
SCENE IL 

MICION. DEMEA, 

Micion, 

Ah, mon frère, je fuis ravi de vous voir ici en 
bonne lancé, 
Dewèa. *) Ha, je vous trouve fort à propos ; ') 
c'eft vous même que je cherche, 

Micion, Qu'avez -vous à être trifte? ^) 

Dèmca. 

*) Dos le premier mot que vilitc ; car il eft plus prompt 
prononce ,OJwtY?, il Tait Icii- à quereller Ion tVcre qu'à 
tir fa groflléreté &. fon iiici- lui rendre (on fàlut. 

27) Unb cbcn tarinnciv i|î cm SSater tjon «incm h^Xi 
ractfter ftbV unrerfd,icDen. 

28) Lfler proprie, Oci|Tct ûl)»Ulii'n; flcbrauc^en,' en ufer, 
Derfaor^u. 

35>) i)ii§ cr iiiit mit iiûd) fcinem Idèllc^en Qythxa\\(S) 

jantcn ivirt). 
l) €t)tn rcd)f. NB. SBann baé Acherb. à propos in- 

tcrroi;ative (tet)t, fo beifit i^ im .j!)culfd)cn Ç^i\m\i 

nuUid): bort Dotl); tff eo tin Advcrb. poitpuliti- 

viiin, fo heftt c-^ ; cbm rcd)t. 
3) 2Ba^ fel^jct «ud), î)«g ii)i- fo traurig f«yt? 



DE TERENCE. 403 

Dcméit, Ce que j'ai à être ttifte? pouvez -vous 
me faire cette demande, vous chez qui eftElchinus? 

yî//V/o//.^rtX. Nel'ai-jepas biendit? haut. Qu'a-t-il 
fait? 

D'emea, Ce qu'il a fait? un garçon qui n'a hon- 
te de rien, qui ne craint perfonne, ^) & qui croit 
que les loix ne font pas faites pour lui. Je ne 
veux pas parler de tout ce qu il a fait avant ce jour ; 
quelle adion inouïe ne vient-il pas de commettre ? ^^ 

Micion. Quelle adion donc 11 terrible? 

Démen, Il a enfoncé une porte, il eft: entré par 
force dans une maifon, ') il a donné mille coups 
au maître & à tous les domeftiques, il les a laif- 
fés presque morts fur la place, ^) *) il a enlevé une 
femme qu'il aimoit, tout le monde crie que c'eft 
l'adion la plus indigne qu'on ait jamais faite) ah, 
Iviicion, en venant ici, combien ai -je trouvé de 
gens qui me l'ont dit! L'e peuple ne parle d'autre 
chofe. Enfin s'il lui faut un exemple, n'a -t- il pas 
fon frère! ne le voit- il pas appliqué à (es affaî- 
res, "^j fe tenir à la campagne, épargner, & vivre 
Ce 2 avec 

*) Voilà cet incident que le dit lui-même dans le di« 
Téfence a pri; de la Corné- xiême vers du Frologue, 
die de D/pb//us, comme il 

3) ©cr niâ)tô fd)euct, ftd) l?or ni«manb fmd)ttU 

4) 2Cdé fur cinc un«rf)orte l^ût l}at «r nur ie^o gleic^ 

5) <it bat citie thùvi eingefd^mijTen , unb i|î mit ©<» 

avilt in cin .^aué gtbruni^en. (Qe&roc^m.) 

6) (Et ^at (te M fo&i aufbiï BuUi ÎKgen laffm. 

7) (êcincn ©«fc()àft«n pblif3«n» 



404 EES ADELPHES 

avec frugalité? ^) On ne lui a jamais rien vu faire 
de fembl.ible. Quand je dis cela contre Efchinus, 
je prétends le dire contre vous, ^) Micion; c'eft 
vous qui Ibuflrez qu'il fe débauche. '') • 

M'icîon. Je ne trouve rien de fi injufte qu'un 
homme qai n'a nulle expérience du monde, il s'i-* 
niagine toujours qu'il n'-y-a rien de bien fait que 
ce qu'il fait lui-même* 

DiT/z/M. Qu'eft- ce que cela veu; dire? 

Mieion, C'e^: que vous prenez cela cie travers, ") 
Déméa; croyez-moi, ce n'eft pas un fi grand cri- 
me à un jeune homme d'avoir des maitrefles, ni 
d'aller au cabaret; '^) ce n'en eft pas un, vous dis-je, 
ni d'enfoncer une porte. Si nous n'e;i avons pas 
fait autant vous & moi, '^) c'eft que notre peu d» 
bien ne nous l'a pas permis, & aujoilrd' hai vous 
voulez vous f^iire un grand mérite d'anechofe "*) 
que vous n'avez faite que malgré vous. Cela eft 
injufte; car fi nous avions eu de quoi, '') nous au- 
rions taie comme les autres, & fi vous ciicz un hom- 
me 

%) Unb Ki«î(5ia Icfien, 

9) <So ift cfif auf cud) gemûnjf. 

10) S)a6 Cl? liiî)«iicf) tt)crt)e, 

11) OBcil if;i î)ief«é D« Aueere nc^met (tcife^rUiil* 
Icact. ) 

i«) ^l\t ?Dîrt^gmé uiHjugcf;cn, noc^ in 5i« ecf;cnfc jii 

15) ©ann roir nidj( bcrgUic^ctt gct^an ^ûOcn, i()rutib 
ici), (bi'çbe.) 

14) ^i^M j!)r cudj cjîî grogcô SSerbicnfî que cino: 
tSadîf niiUlH'n. 

ij) ÎSrtnti ttJir îOîittcl 3«^a5( l)hUn, 



Ùt TERENCÈ» 40J 

me raifonnabîe, vous foufTririez, que ce fils qui eft 
chez vous & dont vous dites tant de merveilles, '^) 
fe divertît a uffi, pendantque r%e où il eft,le lui per- 
met, plutôt que de l'obliger d'attendre qu'il vous 
ait enfin tait porter à votre dernier gite, '") aprèi 
avoir long-tems fouhaité ce moment. Alors tous 
ces plaifirs feront pour lui beaucoup plus hors de 
fair>n , '^) & il ne laifiera pss de les prendre. 

Démça, Oh, Jupiter! vous me ferez devenir 
fou! ce n'eft pa^ un crime à un jeune homme de 
faire toutes ces choies ? 

Micion. Ah ! écoutez* ne me rompez pas da» 
vantage la tête * '^) vous m' avez donné votre fîis à 
adopter, il eft donc ^°) à moi ; s'il fait quelque foc- 
tife, c'eft fur mon compte, ~'} c'eft moi qui en por- 
terai la plus grande partie. Il fait de la dépenfe, 
il va au cabaret, il fe parfume, c'eft de mon blen."^) 
Ce 3 II 

i6) Uiib t)on Xùt\A)m \%i fo bfel SBefcttjJ maâ^t 

17) ^\% ce cud) in <ure h%it f^tiUx^t ^a&e 6rinsm 
loj)en. Gïte^ m 3îflcf}îîa3fr, Umm Don tct» 
verbo cleFe£îivo gélîr ^tx , ifî ^jer metsph. ge» 
iraudjf ; ècijlft ouc^ &né Sagct eincé Jpûf<;n^, 
item b<r ©tant» t)on anberm233i(b Prov. c'cii U 
que git [c licvre, ba fîcdit ber iînotcn/ ta liegt î)« 
^unb bcgrû6cn. 

18) 2Bcit mf{)c ûu9<c ber 3«it f<ï)tt. 

19) ?}?ûct)i mit ben ^opf nid)t fôelter wàrm. 

20) Obf. c, bon donc roirb ()ier in b«r 2lu3fprad)C na^ 
n ûuegibrurft unb mit i ge butifcen , rodl <^ fine 
Emphafîs, unb bicfe^ einc %xt (ineé Syllogifmi 

ai) ©0 ge^îé ù6<r raicÇ, (auf meine^^|?en.) 
âa) Sv Êa(famir«( fid; ein, «é ijl i?ott tem meinigw. 



40(5 LES aDELPHES 

11 a des msîtrefTes, je lui donnerai de l'argent, pen- 
dantque je le pourrai j & lorsque je ne le pourrai 
plus, peut -^ être qu'elles le chaiTeront» H a brifé 
une porte, on la fera refaire: il a déchiré des ha- 
bits? on les racommodera* Nous avons, grâces 
aux Dieux, dequoi fournir à cette dépenfe. ^') & 
jusqu'ici tout cela ne m'a pas chagriné. Enfin, ou 
ceflez toutes ces plaintes, ou prenons tel arbitre 
que vous voudrez, ^'*) & je vous ferai voir que vous 
prenez tout-a-fait mal cette afTaire, ^^) 

Dhnéa. Mon Dieu, apprenez à être père, de 
ceux qui le font véritablement. 

Micion. Vous êtes fon père par la naifTance; 
mais moi je le fuis par T éducation & par les con- 
feils que je lui donne. 

Dém'ea, Vous, des confeils? vous lui en donnez 
de bons, vraiment. ^^) 

Mic'r/ii Ah, fi vous continuez, je m'en vais» 

Dèmiù, Eft-ce ainfi que vous en ufez? 

Mictoiu Faut il donc auiîî vous entendre tou- 
jours dire la même chofe ? "? 

ïYemea. C ell qu' il me tient fort au cœur. ^") 

Miâun, Et à moi auffi il me tient fort au cœur. 
Mais enfin, mon frère, je vous prie que nous par- 
tagions 

23) ÏÏSir 5«t6ctt, ben ©lîffcru fcj) î)anf, noc^ fo Dûf/ 
ba« roir biefc Unfafîcn beflreitcn fcnncn. 

24) (Fincn fold)cii ©cDiebémaun, \t>ic \\)x. eerlaniicf, 

25) Dat? ibr biefe 6ad)e ganj ûbcl auéleyct. 

26) %x , 9vatbfcr;Uvîc ? j^c gcbct i()m fûrivû^c Dur» 
trciTlicbc. 

27) ?8ort cud) bcjîiînbig cinerl«i) gcçct ^&rm. 
*8) -ifîîil %^\m {%\)\ \\<^\)% 9«l)er, 



DE TERENCE. 407 

tagîons vous & moi l'éducation de nos enfans, ayez 
foin de Tun, j'aurai fuin de l'autre. Car de vou- 
loir les conduire tous deux, c'eft à peu près ~^} me 
redemander celui que vous m'avez donné. 
Dèmca. Ail, Micion? 
iW/Wo;/. Ceft-Li mon fentiment. ^°) 
D'em'ea. Eh bien, vous !e voulez donc aînfi? 
qu'il dépenfe, qu'il perde tout, qu'il perifle, ^') 
cela ne me regarde point. Si j'en dis jamais un 
feul mot . . ♦ 

Micion. Vous mettez- vous encore en colère? ^^) 
Deméa, En doutez -vous? Quoi? c'eft vous re- 
demander celui que je vous ai donné? Cela m'eft 
fort fenfible; *j je ne fuis pas un étranger j ^^} ce- 
pendant fi je m'y oppofe plus, que je . . . Mais 
je n'en veux plus parler. Vous voulez que je ne me 
mêle que de la conduite d'un feul ; je le ferai, & je 
rends grâces aux Dieux de ce qu'il eft, comme je le 
demande. Votre bon fils fentira à quelque heure 
ce que . , . ^'*) Je ne veux rien dire de plus fort 
contre lui» Ce 4 

*) Il ne veut pas dire , je étranger^ comme s'il âxtoit^ 

fuis pourtant fon père , de vous ne voulez pas que je 

peur de déplaire à Micion, me mêle de fa conduite ,\ct- 

qui a adopté fon fils: mais pendant je ne fu?s pm un 

il dit, je ne fuis pas un étranger. 

29) 3lî ^«0 "û^e fo Ciel. 

30) Z)o^ Ifî mein ©cf)lu§. 

31) Se mag ûufge()cn lûffen, oHcé burcî;6rin9<n, imb 
um!ommen. 

52) ga^rct i()c fcï)on Wicbcf ouf? 

3^) 3<^ bin f«in 5^rcnib«c. 

34) Sw«c awtct ©o&n tvirî^ <in(î«n5 Wo^rncf^raîB/ taf • . . 

ACTE 



408 LES ADELPHES 

ACTE PREMIER. 

SCENE II î, 

Miàon. 

*) /^c qu'il vient de dire n'efJ pas vrai en tout, il 
V-^' en eft pourtanç quelque chofe, ') **) & cela 
we chagrine en quelque fjçon, ^) mais je n'ai pas 
voulu lui en f/ire lien connoître, car c'tfl: un hom- 
me bàtï demaniere,^) qne lî je veux l'appaiferilfaut 
que je lui réfille de toute ma force, "^j & que je 
crie plus haut que lui, encore a- t-il bien de la pei» 
lîe à /e retenir j ^) mais fi j'aidois à le mettre en co- 
lère, 

*) Tm.'/r^Taif parler afnfî a dif, <S: pour fitisrg're les 

Micir>}j, pour {àtisfairc le» f])edrtcurs, comme je viens 

fpecilateurs, qi.i.cuncnt tr(iu- dédire, ik parc.quc, s'il 

vc maiivais qu'il eût d;t des éroît infennhîç-à toi^tccque 

chofl-s qui poiivoient faire fait Efchhim ^ ce ne lèroiÉ 

un très méchant tffet dons plus ime fnduljcncc, mais 

i'cfprit des jeunes gcn?, s'il un abandon enta-r. 7) Dans 

n'eut ajouté ce Cdirci^lir. 6) cette grande modération il 

*^) Le cara£)crc de Mi- ne LilTc pas ôii confcrver 

chn cft (-brt bien mé;)aj,é. tons les fcntimcns d'un vc- 

Tcvâucs fait qu'il eft cha- ritabic pcre, A cela elt forfc 

grin de ce que Dèmca lui bien conduit. 

i) OSai? ix étxi gcf.îgt h^U 'fi "'«^^ '" ^^^^ 6tûcfm 
fôaf)r, «nfcrbcffcn ifl toc^ ctJVaê! bacan. 

2) Q^inT(]?r mafevu 

3) 5)v-,g cr .bjj< «critigftc tion Dcr 6a4)c lucrfcn fottfC; 

bann cr ifî {b ^<!fatit. 

4) ^iii^ icf) )f>m (UJ:J o(kn Jî^raff<n TOib«rjfeî;cn. 

5) 3lii \ii) ju ^a(tciu 

6) 'IB^un iï îé n-crMird) nid)f «cmifbfrt h^xU' 

7) 60 njore eé fcine Dbd fîcljO foufctn mi gâtiilic^C 

SScilaiyuuiJ ju ncnntR. 



DE TERENCE. 40^ 

îere,& fi je réchaufois tant foit peu, ') il-y-auroit 
en vérité de quoi nous faire devenir fous l'un ôs 
Tautre. ^) H ed pourtant certain qu'Efchinus me 
fait une efpece d'injure en cette occafion* quels at- 
tachemens n'a-t-il point eus ici? à quelle femme 
n'a -t- il point fait des préfens. Enfio il -y -a quel- 
ques jours qu'il me dit *) qu'il fe vouioit marier, 
je crus d'abord qu'il commençoit à fe Ijfler de tou- 
tes ces créatures, '°) & j'efpérois **) que tout le 
grand feu de fa jeunefTe étoit paifé, ") j'écois ravi, 
& voici encore une nouvelle équipée. '^) Ma^s je 
veux favoir ce que c'eft,& aller à la place chercher 
mon homme, ^^) 

Ce f 

*) Efchmus lui avoit bien **) Micion sttriBue tout 

die qu'il vouioit (è marier, au feu de la jeun elfe, & rien- 

mais il n'avoit ofc lui dire à Efchinm ', il ne fc peut 

avec qui; ainfî/W/c/o/z/rans rien c!e mieux fuivi que ce 

le (avoir, explique une par- carackre. 
tie du fujet de cette Pièce. 

8) 3^» nue (in n>cjiig aufSrodjfe. 

9) ©enug une 6«})be ^u Dîarrcn \m mad)cn. 

10) SlUcr bitfcr îOî«nfd)cr ùbcrïirû§iiî \w trer&m. 
I T) Unb ba% oS\i bi^fe 3u9«n^5'5- »otbct) mire. 

12) Unb fîe^e û6ecmaiai citu ncuc 1^/0r(jdi. 

13) Sluf bm 9ï?arft geOen, mcifçn 5\2rl Qiif|ufuc(|çti. 



ACTR 



4IO LES ADELPHES 

e^ cjo c^ c^ c^ d^ cjs (^ c^ c^ cja c^ c^ 0^ c^ cja C5^ c^ c^ c;^ c«^ 0^3 

ACTE SECOND. 
SCENE L 

SANNÎON. ESCHINUS. LA JOUEUSE 
D'INSTRUMENS. PARMENON, 

Sannion^ 

A l'aide, ^) mes concitoyens, Recourez , je vous 
prie, un miferable qu'on outrage injuftemenr, 
donnez main- forte ~) à un malheureux qui n'a nul 

appui. 

EJ'ch'wus tï la fille qu'il a enlevée^ Préfentement 
tiens -toi là fans crainte; que regardes - tu ? ^) tu 
n'as rien à appréliender, pendantque je ferai ici, 
il ne te touchera pas fur ma parole. ^) 

Sannion, Moi ? malgré tout le monde je vais 
la . . . 

Efchimis, Quelque méchant qu'il foit, ^) ily fon- 
gera plus d'' une foisy & il ne s'expofera pas davan- 
tage à être battu. 

Sannion, 

1) Adverb. Oc(ftJd|f! 

2) Seifîef ^ûlflid)e ^anb. Main forte, ©«rîdjtéfofgÉ; 

donner main forte, mit 6cttjcf)rt«r jTprtnb bcpjîeb^n; 
main mortahie, fo nid)t ousftirbt, al^ eiiic ©tV 
mcine/ cin ^tlcjîei ; main morte, fobte ^mb, aldi 
cine @em«ine, «in 6tift/ '^^^ m ïiM^mx, t)on t)«m 
bcr ^err crbef. 
s) 5Bornûd) ftc^cfî bu bid) um? 

4) (gea ce bid) gcmtglid) njd)t nnrù^rm. 

5) (Su 6«ctcif ig « jîc(^ auc^ (î«(ïr. 



DE TERENCE. 411 

Stimîfon. Ecoutez, je vous prie, nfînque vous 
n'en prétendiez caufe d' ignorance, ^) '^) je luis mar- 
chand d'efclaves au moins. ') 

Efchinus, Je le fais, 

Sawiion. Et homme de parole, s'il en fut ja- 
mais ^) Ne vous imaginez pas que je prenne pour 
argent compt;int> ^) quand après que vous m'aurez 
maltraité, vous viendrez vous exculer, "') & me di- 
re que vons en êtes fâché ! je ne m'en loucîrai 
non plus que de rien, ") ibyez en bien afluré» Je 
vous poui fui vrai en juftice, '") & vous ne répare- 
rez pomt }i r des paroles une injure que vous m'au- 
rez fjire réellement. ^^) je connois toutes vos défai- 
tes^ '"^j je luis très marri ") que cela foit arrivé, je 
iuis prêt a jurer que vous ne méritiez pas ce mau- 
vais 

*) Il lui déclare cela, par- profit que la République en 

ceque les marchands d'efcla- tiroit ; & il étoit défendu 

ves étoier.t fort privilégiés de les maltraiter fur peine 

z/^théuei a. caufe du grand d'exhérédation. 

<^)!>t)rtrnit j|)r fïiîîc Unnjiffén^eit Dorfc^ù^ef. 

7) Sî'^"'- 'br es triiTct. {\a.) 

8) îBo j«molé cmer geroefen i(î. 

9) î)ag iû) m\6) bainit bc^nû^en (nffc. 

10) Venir mit &cm bloffen Infinitivo îJtiicfcf bâé bm(« 
fd)e Fiiturum au0. 

lO 3d) fôer^e nid)t baé gcringfîe ivon bcc^Sdt bnr» 
nad) frûgm. 

12) 3cf) werbe cud) Dot ©erirfifc 6clangen. 

13) 60 i&r in Ux. Z^at m mir Êegangm {;û6f. 

14) 3cf) tt?ei§ aile eure 5luéflûd)te. 

15) ©ûé îBovt marri ij] TO^njg niçl)t gebr^ucÇlic^' 
man faijct batJor fâché. 



4IZ LES ADELPHES, ' 

vais traitement. Cependant j' aîlrai été traité de la 
manière du monde hi plu:, indigne. ^^) 

Efclnnus, Parménon, cours devant & ouvre U 
porte. 

Samnon. Tout cela efl inutile, je ne le fouffii- 
jFai pns. 

Efcbimis â la fiUe^ Entre préfentement. 

Sannion, Mais je ne le loufFriraî pas, vous dis- je. 

Efchinus, Approche un peu de ce côté-ih, Par- 
ménon, tu t'es trop éloigné de ce coquin, mets- 
toi près de lui ; bon, te voila bien, '') Préfente- 
ment prends garde de ne pas détourner tes yeux de 
-delFus les, miens. ^^) afinque tu fois toujours prêt 
« lui enfoncer les mâchoires au premier figne que 
je te ferai. '^} 

Sannion. Je voue! rois bien le voir, vraiment. ^') 

Efchinus. Hola. Parménon, prends garde. Par- 
menon donne eu mcme temps un fovjJJct à Samnon 
fans rien dire, (^ Efcbiniis continua, Laifle cette 
£lie, Faquin, ^') 

Sannion, Oh quelle indignité ! 

EJcbinus, Il redoublera, Il tu continues. *^) 

SanmoH^ 

lé) ^nb^ni'n fôîrb mie ouf fefe oIîernicberd'ûc^tiGftc 2lr( 
^m î5er ?a5elt f<;i}n ^cgcijnct n>orben. 

as) l:'Ci:K iHu;u» nidjt Don nifinca ju wcn&eit. 

.39) f>l)iîi Me ^vlcnbac?;'» bei) bem «l'Iicn 'S^inf; fb ic^ 
t)jc çicbcn îv»tr^e , Éîtîjufdjlagcfî. I-a mâchoire d* 
en haur, Db«rmrtUÎ/ d'en bas, Untcrmauî. 

flo) 55né tt?o(ïtc ici) fâcmûl>r wobl fft>«n. 

«.r) Safft mtr i.inô gT^^Uocn '*n6«ût)rt, bu 6d)UrF6 

■as) 5So tu fLMfflt)r(îy fo fcS <r K>i?ô<ranfana«n, tw er 
$1 â«l(i|Tm &a^ 



DE TERENCE, 413 

S^nnion, Que je fuis maiheurewx ! 

Efcb'wits û PavuienGti, Je ne t'avois pas fait figr.e 
«îe le battre, mais ii vaut mieux pocher de ce cerc- 
la, ^^) Vas c'en préfentemenc svec ton foufflet, ^'^) 
Sannion, 

Siinnïon, Qu'eil-ce donc, que cela, Eichinus, 
êtes -vous ici le Roi? 

Efchhitis. Si je i' étois > tu fei'ois traité felcn tes 
mérites. ~') 

Sonn'wH^ Qu'avez -vous à démêler avec moi? ^^) 

Efch'miis. Rien du tout. 

Sannion, Comment? me connoiflez-vous? 

Efcbimts, je n'ai nulle envie de te connoître. ^"} 

Saumon. Ai -je quelque chofe du vôtre? ^^) 

Efthinus, Si ceb étoit,^tu n'en ferois pas quitte 
à fi bon marché. ^^) 

Sannion. Pourquoi vous eft-il plus permis de 
m' enlever mon elclave qui me coûta mon bon ar- 
gent? répoodez* 

Efchinus, 

23) Mm, ce ij! 6eOcr ûuf folc^c %xt |u funbisew, ol^ 

54} Soufflet, cin S5{ai?&alg/ ft. einc 9Irt ÇSagcn ouf 
|iv«i) tfldbcrn, mit Sîûrf(ff)ne unb ©ede^ bic mûîï 
auf unb ^ mat^en fann ; aud) Oei^t ci? cinc 05r« 
fciflC Prov, donner un foufflet à Kbnfàrd, Xùihit 
bic ©vommaticf fdjniÇer.i ; au Koy, falfdje ?t'2ùn? 
\î nii3d)en ; à un habit, cin 5îldb wenfcea lajfcn. , 

2^) èoUtcjî \>ix red)tfd)affen bcïo()nt iDcrtcn. 

26) 2Boé f»oèt if;c mit mtc ju fd)nffe» ? 

27) œïld) fomnit nid)t bic gcrmgftc ^âigtcrbc an, bldj 
ju fentun. 

28) ^û&t ific c"ttt>an cfroai^ t)on mie ^,u forbern, 

29) 6«ja{«jt bu nid;î fu lcjd;{ iDsgfomoicn, 



414 LES ADELPHES 

Efcb'nius, Il te fera plus avantageux de ne faire 
point tant de vacume devant cette maifon, ^°) car 
iî tu continues à me chrigriner, je vais tout- à- l'heu- 
re te faire emporter au logis , où je te ferai don- 
ner mille coups d'étrivieres. ^') 

Sannion, \}t% coups d'étrivieres à un homme 
libre? 

Efcbinus, Cela fera comme je te le dis* 

Sannion^ Oh le méchant homme! F.ft-ce donc 
là ce qu'on dit, qu'ici les loix font faites pour tout 
le monde? ^^) 

Efchhîus. Oça ! ") fi tu as aflez fait T enragé, '"*) 
écoute, fi tu veux préfentement 

Sannion, Eft-cedonc moi qui ai fait l'enragé? 
n'eft- ce pas plutôt vous qui l'avez fait à mes dé- 
pens? '0 

Efehinus. Ne parle plus de tout cela, Ôc viens au 

fait. '") 

Sannion. A quel fait? ^ ^ 

Efehinus, Veux - tu donc me laifTer parler pour 

tes affaires? ") 

Sannion, Je ne demande pas mieux, pourvuque 

ce que vous direz, foit jufte. 

Efcbinus„ 

50) ^Myt fo i)(cl Carmen t)t)p bicfem ^paufe ju mac^cn- 

31) £)ab ûtpruiidn KitJcn. 

52) £)a§ ()icr bje ©ei'vJ^c jebcrmann an<)cf)ett. 

33) 0^z\ Interjeclio Popul. [yéit bod>! ?IBo()Iûn/ nUlt. 

34) ®cnn t>u fdftfam auéyiiobet IjaiT. 

35) W\t jiim 6d)ûben. 

S'S') Unb fomme jur î^af, (fc^r<jr< iur ©ac^e.) 
37) 2)iE âWBî 25(|l«n. 



DE TERENCE. 415 

Efchimts, Oh, vraiment nous y voici, '^) un fa- 
quin de marchand d' efclaves veut que je ne dife 
rien que de jufte-! 

Saniiion, Je l'avoue, je fuis marchand d'efclaves, 
la ruine commune des jeunes gens, un parjure, une 
perte publique j ^^) avec tout cela je ne vous ai fait 
aucun torr. 

Efchimis» Il ne te manqueroit que cela, '*'') 

Samiion. Revenons, je vous prie, à ce que vous 
aviez commencé. 

Efchimis^ Tu as acheté cette fille foixante pifto- 
les, ce qui puifle te porter malheur! "*') On te ren- 
dra ton argent. 

Sannioti. Quoi ? & fi je ne veux pas la vendre, 
moi, m'y contraindrez -vous? '^^) 

Efchifjus, Ho, point du tout. ^^) 

Sannion. C'eft pourtant ce que j'appréhendois. '*'*) 

Efchinus. J'apprens même '^') qu'elle ne peut être 
vendue, car elle eft libre, & je la foutiens telle» ^^) 
Tu n'as donc qu'à voir, (1 tu veux de l'argent, ou 
fi tu aimes mieux fonger à défendre ta caufe, "*'} 
Penfes-y pendantque je vais là dedans. 

38) ^a ^aUn ttjir ti. Idiot: 

39) ©aé oQv^emetne 33erî)crbcii jungec îiwU, m^im» 
cpbiflcr, cme aOgemeine ^i% 

40) (£é fef)ltte bJr aud) roeùcr mé^ii. 

41) ?!Bfld}çei bir (£cï)aben ûbcr ben ^a(^ |ie^en méac 

42) Ïï3o0et tf)r niict) barju ^wingen ? 

43) ^\), felnterofgc^. 

44) <£ê< tï»ar mir bôd) Bonflc Dat)or. 

^Ç) ©0 gar, adverbium affirm , negat. nicl)( ClniHal- 

46; Unb id) 6e^ajpte, bag f^ «Jnc fold)e fei). 

47) ^0«ï o& &» lubfr Ociii àu'cjjt tJïrtCHJbJgfn wiUfî. 

ACTE 



41^ LES ADELPHES 

ACTE SECOND. 

SCENE IL 

Sannion^ 

Gnnd Jupiter! je ne m'étonne plus qu'il -y- ait 
des g<;i!S(]ue îes-injullices fj^ient devenir fousl 
Il m'a arraché de ma mnifon, il m'a battu, il m'a 
donné plus de cinq cens coups de poing dans les 
mâchoires; ') 11 a emmeîîé mon efclîve malgré 
moi; ") & pour tous ces outrages i! demande que 
je iui donne cette fille pour ce qu'elle m'a coûté* 
En vérité Je lui ai trop d'obligncion pour lui rien 
refufer;^ ') il a raifon, & il ne demande que ce qui 
eft jufte. (\ la bonne heure, "*) je veux bien le 
fatibtaire, pourvuqu'il me rende mon argent; maïs 
je me repais ici de fumée, ^) fuôtque je lui aurai 
dit que je veux bien lui donner cette efclave pour 
ce qu'elle me coûte, d'abord il prendra de? témoins 
comme je la lui ai vendue, ^^ ôi pour ce qui eit de 
l'argent, bng.iteilcs, il ne s'en parlera plus ; on vous 
payera t3n tôt: revenez demain. Encore prendroic- 
on patience, '^) pourvuqu'à la fin on fût payé, quoi- 
que 

i) €r f)ût micî) iiîc5r bann n6iTÇoo.mûl mi( ber 5au|ï 

in i^aJîhnjefi.-bîc cjci'dîlaijcn. 
•2) CJBiv'^cr mnne.'i ®iQcn. 

3) 5!ié &aC ié iiim ctwo^ û&fd)(rt3cu fonte. 

4) <iJ fcn ^rur^. 

5) HUtin id> fpf'f*? "l'fft 'nif tjcrgcftîidjcr .Çjpfuun^ aB. 

6) (£r irir!" fo ÇiUkh Jcuqon onrutTni, C>aO id) fïc i^ni 

Dcrfaii!*t ()<• bo. Comme an ftaft que . . . 

7) llnb cetmod) ivûrtç maii Oc|) juf ©fJ>ulî) miim 



DE TERENCE. 4/7 

que ce foit là une fort grande injuflice. Mais voici 
une chofe qui efl très véritable, c'eftque lorsqu'une 
fois on a commencé à faire le métier ^) que je f^is, 
on doit fe réloudre à tout loufTrir des jeunes' gens 
fans rien dire. Peribnne ne rpe payera, je compte 
ici fans mon hôte* ^) 

ACTE SECOND. 
SCENE ///. 

SYRUS, SANNIOiN". 

Taifez-vous, je vais moi-même tout -à- l'heure 
le trouver, & je ferdi fi bien ') qu' il recevra 
cet argent avec bien de 1- joye, & qu'il dira qu'on 
en a fort bien ufé avec lui, Qu'eft-ce donc que ce- 
ci, ^) Sannion, & qu'entends -je dire de je ne fais 
quel combat entre mon maître & toi ? 

Sanuion. Je n'ai de ma vie vu un combat plus 
inégal, nous nous fommes lafl'és tous deux à n'en 
pouvoir plus, ^) lui de battre, & moi d'être battu^ 

Syrus^ C'eft ta faute*/*) 

^annion» Qu'aurois-je pu faire? 



SyrUi^ 



* It parie à Ëfcfmm en fartant du logis. 

?) ^ûê ^anbwcrf ^u trcibcn. 

9) ^\it niad)c id) bie îKçd)nun(3| ofirtc b«rt ?ffiir($, 

1) Unb njcr&e ce fo iu facfcn (fpieUn) tvificn» 

2) 2Saé ijî bann bicfeè? * 

3) S)a6 tuir nid)t mc^c fonntcttv 

4) €é i|î OcifK 6cf;u(b. ( Sic ^c^ulb i|ï hmt.) 

Dd 



4i'S LES ADELPÏIES 

Syrus. îl falloir avoir de la complaifance pour 
un jeune homme, 

S^imiion. Que pouvois-je mieux faire que de lui 
tendre Li joue, ') tant qu'il lui a plu ? 

Syrus. 0<^^^ iais-td bien ce que j'ai à te dire? 
C'eil fouvcnc un grand gain que de favoir tnépiirer 
le gain à propos. ^) 

Sanmoii. Mo, ho! 

Syrtis. As • tu eu peur, impertinent que tu es, ^) 
que fi tu eufles relâché un peu de tes droits, ^} & 
que tu euiïes fait pLiifir à ce jeune homme, ^cela ne 
t'eût pas éré rendu au double? 

Sannion. Je n'acheté pas l'efpérance à deniers 
comptàns, ^) 

Syrus. Tu ne feras jamais rien; va, tu ne iâis 
pas enjôler les gens , '") Sannion, 

Saumon, 

5) W iîJm ben '^aâtw fiin^u6flffcn. Donner fur la 

joue, cjn.'U 5?acfenfircid) <?cbcn; couciicr enjoué, 
anfd)ri9cn, in fcnfii metaph nufcinoûélaiirc», «in 

6) Ç<? ijî ôfterf? cin (\ro§cr Gcwimifl, ten ©cwinnfl 

ju r.;cî;tir '^-iM t>crûcî}icn. 

7) t>'A Untjcrfc^amtcr/ njac tir cfwan Êûiig^? 

8) îCum 5u ctwaâ tjon î)d«em 3icd)te nQd)ôerogm. 

9) 3C& 9«6< ^^!n 6<îûïcs ©cîb t)or» bie ^offnung «iiÉL 

^ier ijl ba(? Pariic. F. a vei bo compter adjcdive, ut?b 
~ liid)t pnrticiniûlitcr, (jencmmeii, X>i%{)Q\biXi lei^et 
C0 aud) bie motion UU Plur. fo participialicer nic^É 
o«fdîebcii fann. 

10) 5Du tvirfî beln îtU{a\^ xi\û)ié oor bic^ bringm/ 
bu Wîift bvn tocii mcJ;t lu li?blDf«n. 



DE TEEIEXCE, 419 

SannlofK Je crois qu'il feroir mieux d'en ufet' 
comme tu dis, mais Je n'y ai jamais entendu tant 
de iinefle, '') que je n';iye toujours mieux ain^é être 
payé fur le champ '^j & perdre, qu'attendre & 
gagner beaucoup. 

^yras, \'a, va, Ssnnion, je connois ta généro- 
fité; comme fi foixante piftoles t'étoient quelque 
chofe pour obliger mon maître. '") D'ailleurs on 
dit que ta es fur le point "'*) de partir '') pour 
Cypre. 

Samiiou, Oh ! 

Syrus, Et que tu as acheté ici bien des chofes 
pour y porter; que tu as loué un vaifleau: cela 
te tient l'efprit en fufnens, '^) je le vois bien ; mais 
à ton retour, s'il pLîc aux Dieux, nous termine- 
rons cette affaire. 

Saumon. Moi? je ne bouge d'ici. ^'^)ùûs. Mevoî- 
Ih perdu ! c'eft fur cette elpérance qu'ils ont tramé 
cette fripponnerie. ^^) 

Syrus^ Il a peur, je la lui ai donné bien chmde. 
Dd 2 Sannion^ 

11) îincin id) f)a6e ce ni^maleti fo gcnau unterfuc^<(, 

12) ^ogleid). 

13) SJîcinera .Çerm çincn ©cfaîlen ju «l'tvcifcin 

14) S^ûg tu im S5eôriff fcpjl, ^ 

15) Partir tt)irt> ûlïemal mit pour conjTni'ccf y i^ f<!j 
i?on cincra jDrf/ cinçm innU, ofccr ganjtm 3\<lc^« 

16) Saé nmd)t, bag tu nocî) in Sweiftl ftcl^efî. 

17) S'^ gf^c nicf;t t)on ticv C^fiHe. 

ï8) 5>ag fie tiffç ©c^dm«r«i;^angcfpcnncn ^û6err. 



420 LES ADELPHES 

Sannion. Oh, les méchantes gens î voyez com- 
me il s'ell bien (ërvi de Toccafionl '^) *) Il eft vrai, 
j'ai acheté plufieurs femmes, & beaucoup d'autres 
chofes pour porter en Cypre; ii je mnnque la foi- 
re, ^°j je ferai une très grande perte j ^') & iî je 
laifl'e ici cette dette, quand je ferai revenu, le tems 
fera paiî'ér il n'y aura plus de remède, ^^) la chofe 
fera trop vieille. Quoi, vous v6us avifez préfente- 
menc de venir, me dira-t-on? pourquoi rivez- vous 
• foufFert qu'on vous dût Ç\ Long-ten)s? où étiez- 
vous? De forteque tout bien compté, ^^) il m'eft 
plus avantageux de perdre cette fomme que de de- 
meurer ici davantage^'*) pour me faire payer, ou 

que 

*) 3f. Guyct ne vent pas toute la Grèce, Se y ache- 

quc ce mar. hainl eut ?.clie- toiewt des femmes pour les 

té des femmes à ./ithéuei aller vendre à une foire cc- 

pour les porter en Cyprf; il lebre qui fc tcnoit en Cyfr?; 

veut au contraire qu'il les & que le proht que les Gj-^rf, 

eût achetées en ry/)ir; pour particulièrement les Athc" 

les porter 1 y^théj/fi: & fur utem, tiroient de ce com- 

celaii change <X' corrompt le merce, ctcit cauiè de tous 

texte comme il lui pl..ît. les priiilesjcs qu'ils avoient 

Mais il devoit fe fnuvenir <lonné aux marchands d'eC- 

que les marchands couroienC claves. 

19) ©e^ct bod) , wie cr jîrf) bic ©efcgcn^cit ju 3îu0cft 

maii)cn fôunct» ! 
20^ ?ï8.>nn id) bic ^(((t Ccrfâumc La foire ^t\\Jit 

anâ) bcr î^urd)(ouf, bùnncr 2(«&. 
ai) ÎBcrC'c id) ff()r t)id einbùffcn. 
22 ^-f? roirb nid)tf< nic[)r l)d(fcn. 

23) î)atj nK?é rool)l nbcricf^t , ober itac^ «iflic^er O^r» 

tvcqung ûfl^r Uiiiftânbc. 

24) 2ài\QiX tiÛOicr ju untveilcn. 



DE TERENCE. 421 

que d'attendre même à pourfuivre ce payement ^^) 
quand je lerai de retour, 

Syrus*) As -tu enfin fupputé le gVin ^^) qui te 
reviendra de toutes tei marchandifes? 

Saiwion. Eft-ce là une aâion digne d'Ekhinus? 
un homme comme lui devroit il entreprendre de 
m'enlever ainfi par force cette fille? 

Syrus. bas. Le voilà bien ébrariié. ^^) haut. Je 
n'ai qu'une chofe à te dire vois fi elle te^pIiHC. Mou 
pauvre Sannion, plutôt que d'être dans l'incertitu- 
de, fi tu retireras ton argent, ou fi tu perdras tour, 
contente -toi de la moitié, il tirera trente pidoles 
de quelque endroit. ^^) 

Samiion. Ah, malheureux que je fijis ! quoi, me 

voilà en danger de perdre même le principal ? n'a- 

t-il point de honte? il m'a cafie les dents, il m'a 

fait de grofles bolFes à la tête ^^) à force de coups 

D d 3 ik lur 

*) On a fort mal compris cours, & parler d'autre cho- 
ie lènsde cepaflage, eu l'ex- ' fe, ofinque cela {(;it fini; il 

plfquant comme fi Syriis dcinandefîoncau marcband, 

parloit encore de cette fille s'il a bien fiippHré le tiain 

que (on maître avoit enle- qi.i' il prétend faire dans 

vée. Ce n'ell point cela, ce ion voyage, & cela elt très 

yalet veut détourner Je diP fin, 

29) Sluf bic 55cjaî>func| jn bringm. 

26) ViX[ ©enjîunfl au^oerccftnçt. 

27) v?r wanfct fcî)i)n sicsnltd). 

28) î^'.^i Mrf> mit ber ^nlftc 6e({ttij(t«n ; cr wir& jufc* 
bm, tt)o ce i5o.?itMv. rtuftrdbco funn. 

29) €r bat niir groj^e 55culai r.m ^opf< flffé'aoen. 
BofiTe de chardon, j)i|îclfcpfe; lerrurc à bofic, 
©djlof]/ fo Rinn aueroonbia aufraad'iet; trav.iilier 
d'après boflc, nod) îx^^Umï %xU\i (îbâcicî;nçR. 



423 LES. ADELPHES 

& fur tout cela, il veut encore avoir mon bien. Je 
ne vais nulle part, 

Synis^ Comme il te phira. 'N'as -tu rien davan- 
tage à me dire? Je m'en vais* 

Sannion. Eh, mon pauvre Syrus, de quelque 
matîiere que la chofe fe foit paflee, plutôî que d'a- 
voir un procès, -°) je te prie, qu'il me rende au 
moins ce que j'ai débouilé '') pour cette efclave«, 
Je fais bien que jusqu'ici tu n*as point eu de preu- 
ves de mon amitié; mais a l'avenir tu avoûras 
aflurém^nt que je ^n' oublie pas les fervices qu'on 
me rend , & que je ne manque pas de reconnoif- 
fance, '^) 

vSjTw;. J'y travaillerai tout de bon ; ") Mais je 
vois Ctéfîphon, i! cft fort gai d'avoir fa maicrciïe^ 

Samiion, Eh bien, feras -tu ce que je te deman- 
de? 

Syrus^ Attends ici un moment^ 

$o) €^e ich (ans? (ïrcitc' 
31) ÎSaé ic^ ouégcgeOcn. 

52) Utib &a§ ic^ nic^t anb«nf6ar 6irt. 

53) 3^t> tViCI iitt Snijî \iaxa\\ oiftcitcn. 

- ACTB 



DE TERENCE* 425 

ACTE SECOND. 

SCENE IV, 

CTESIPHON. SYRUS, SANNION. 

Cîéfiphon, 

|C quelque part que vienne un bîenf-îit dans une 
ocCcîfiQn pren^mce, ') cc!a fjit toujours plaidr; 
mais en vérité le pbifir eft double lorsqu'on le re- 
voie de ceux de qui on devoit l'attendre raifonna- 
blement. Oh, ir.on frère, mon cher frère! de 
quelle manière puis -je me prendre à vous louer? ^} 
je lais très bien que tout ce que je pourrois dire 
de vous, feroit toujours fort au delTous ^) de ce 
que vous méritez ; & je fuis perfuadé que le feul 
avantage que j'ai fur tous les autres hommes, c'eft 
d'avoir un frère comme vous quf pofledez au plus 
haut degré toutes \z% qualités elFentielles à un hon- 
nête homme. 

Syrus. Ho, Monfieur, 

Ctéfîphon, Ha, Syrus, où ert: mon frère ? 

Syrus. Le voilà qui vous attend au logis, 

Ctéftpbon. Ah! 

^yriis. Qu'y a-t-il? 

Ctéftpbon. Ce qu'il y a, mon cherSjTUs? c'efî: 
par Ion moyen que je vis préfentement. 

Dd 4 Syrus» 

i) (^i raag U\) cirtêt noît)brfnacn5cn Ç5cîe^«n^eit mt 

û) ÇÏBie fell icî) citc^ ju Io6erî onfangen? 
%) ?jm m aerin0(l«ti nicî;t Depfommen faon. 



424 LES ADELPHES 

, Syriis, C'eft un galant homme, en vérité! *) 

Ctiyphon. Il .1 compté pour rien cous Tes inte» 
rêrs , *) quand il a été queftion de me fervir; il 
^ dk expoi'é aux emportemens de mon père; il a 
priî fur lui fout ^) ce qu'on dira de cette aâion, 
les iuites làcheufes ^) de mon amour, mon crime; 
enfin perionne au monde n'eft plus généreux. Mais 
qu'eli-ce? on hicciu bruit \h. porte. 
SyruSt Demeurez, c'ell iqi qui fort, ') 

ACTE SECOND, 
SCENE V, 

ESCHÎNUS» SANNION. CTESIPHON* 
S y R U S, 

Efcbimis, 

\\x ed ce coquin? 

Saivîioii. Me cherche - 1 r il ? apporte - 1 - il 
quelque choie? Je fui? mort! je ne vois rien. 

Efch'tiiu^. Hn, je vous trouve ici bien à propos, 
je V(.nis cherchois. Oue dites -vous, mon frère? 
tout eft en iureté, çeflez donc d' être trifle. ') 

Ctéfiphon, 

4) (Er ifî in «S'^èr^cif m ^raucr ÇX^ann ! 

5) (?r f)nî fane 5l!iade.^cnf)eitcn fur nicîjfé ticncl^fet. 

6) Q:r \y\t aiU^i auf ftnic /Doracr c,cnommv'n. 

7) 2)u' A;!je£liva, Me iui Malcnlino In x nuégcftciî/ 

In'rwv.inN'di ^:l'fc^ v \K[ Fœ.uiu, in fe: fâclicux, fà- 
clicufc, auî^i]cnonniicn Mcfc 3^ Hiuv, fmiflx; doux, 
dniic^-, unb roux, ft^i^n^t^/ rt uffe. 
S) 55)!:!^ ^:\)i\\, et fernnu fcC^r hcrouô- 



DE TERENCE. 43f 

Ctçjtphon, Je cefle de l'êcre auflî, puisque j'ai un 
frère comme vous. Oh, mou cher Elchinus, oh, 
mon frère ! Mais je n'ofe vous louer davantage en 
votre prélence, depeurque vous ne croyiez que 
mes louanges ne viennent plutôt d'un erpric flaceur 
que d un elprit reconnoiflànt, ^) 

Efcb'mus. Allez, badin, comme fi nous ne nous 
connoi liions que d'aujourd'hui. ') Ce qui me fâ- 
che, c'ell qu'il ne s'en eft presque rien fallu '*) que 
nous n'ayons fu votre paffion trop tard, & que 
les chofes ne foient allées de manière que quand 
tout le monde auroit fouhaité de vous lervir, on 
ne r auroit pu pourtant. 

Ctèjiphon^ y avois honte de vous découvrir mon 
amour. 

Efchuius. Ah, cela s'appelle fottife, ^) & non 

pas honte. Quoi, pour fi peu de chofe *) avoir 

Dd ^ penfé 

*) Donat nous avertit que léreiice l'a corrigé avec raf» 
Ménnndve avoit fait que ce fon : & cela fait voir de quel- 
jeune homme avoit voulu fe le manière ce Pocte tradui- 
tuer de dcferpoir; mais corn- foit les Pièces des Grecs. 
me cela étoit trop tragique, 

2) îOîc()v aué cinem fd)nieic^dtib(n aie citcnntlidjm 

©cmuibc bcrrûbrc. 

3) ©«()f/ if)r fcl)(r5ct, cM tt.>cnn m une uon haiH 

an cr(î fcnnen Itnu'ten. 

4) Sf^/,^*^^ f^ fû(î nicht (um) mS^aav (jcfff)I<f. Taloir, 

niuffcn, foOcn, buffet flud) gcboren, ncîbig ()âbcn, 

fcraucticn. 5i)cr Imperativus, bap Pntfèns infiniti- 
vi, unb Partie. I. ûucî) Gerundja fi\\i^ nicl)t â«brâU(^« 
lid^ mm nimmt tafûv devoir. 



426 LES ADELPHES 

penf^ quitfer fon pais! ^) cela eft honteux, & je 
prie les Dieux d'empêcher un tel malheur. 

Ctéfîpho/i. J'ai eu tort. 

Efcbinus. Eh bien , Syrus , que dit donc enfin 
Sannion ? 

Syrits, Il cfl doux comme un mouton. ') 

Efchinus. Je m'en vais à la phce pour le payer 5 
pour vous, mon frère, entrez & aflez voir votre 
maîtrefle, 

Sannion. Syrus, prefle-le, *) je t'en prie. 

Syrus. *) Allons, Monfieur, dépêchons, car San- 
nion efl: fort prefie ^) de partir pour Cypre. 

Sannion, Pas preflë, ") jç n'ai rien à faire, j'at» 
tendrai tant qu'on voudra. 

Syrus ^ Ne crains point, H te rendra ton argent. 

Sanniofh Mnis au moins qu'il me le rende tout» 

Syriis, II te le rendra tout, t;û- toi feulement, & 
nous fui. 

Sannion. Allons, 

Cîéfipbon. Ho la, hola, Syrus. 

Syrus^ 

*) \irui dit cela pour de partir, «Sr qu'il ne lui 

épouvanter le marchand donne point d argent; c'eft 

tjiii appréhende d'abord qu' pourquoi il répond qu'il 

Èfchinm ne veuille profiter n'cft pas fî prcde 
de la néceffitc où il le voit 

6) 6cin 33.itcv{iinb fafî Derlalfcn moflett. 

7) (Er i\i\)it ^anj gdinbc Qanm ûuf. 

8) Irvbt l'on m. 

9) r^f? fcbr c:ifa-ti(î. 

zo) 25or eincm Mo§c«t Advcr!)io o^er Nomîne, itjfntt 
cmc ant>«rc ^«rfon rcbct, old jubor, trirb bai 
SBort, nid)t, Mc^ Mir*, pas, auèô^^rùcfr/ mi &tc« 



DE TERENCE» 427 

Syrtis, Eh bien, qu'ya-t-il? 
^Ctéliphou. *) Je vous prie au nom de Dieu de 
dépêcher au plus vice '') de payer ce coquin, de 
peurque s'il fe met encore a faire fenragé, cela ne 
vienne aux oreilles de mon père, ce qui me per- 
droit pour jamais. ''') 

Syyus. N'appréhendez rien, cela n'arrivera pas: 
cependant entrez au logis, 6i .illez un peu entre- 
tenir cette bellt fille. Surtout faices mettre le cou- 
vert, '^) &' ayez foin que tout foit prêt * iltôtque 
cette sffaire fera terminée; je m'en reviendrai bien 
vite avec tout ce qu'il faut '^) pour faire bonne 
chère. '') 

Ctéftpbon. je t'en prie, Syrus ; puisque tout nous 
û fi bien réulfi, il faut que nous paillons toute cette 
journée dans la joye Ca. dans le plaifir. ^^) 

*) Cté/tphon. étoft rentré, le fait fortir pour prier fon 
mais la peur qu'il 2 que le frère de payer prompte- 
marchand ne fafTe du bruit, ment cet homme, 

n) %m ^urtig fcrtjumad}ert. 

la) QB=(cï)?é mid) ûus m\^ unglûcfli^ raacÇcn tiwtd 

13) guffct ï)en tîfd) \iîd^)^* 

14) .Scilicet avoir. 

15; Um ttja^ autci? ju cffen unb ju (rinfcn. 
16) 2Be;I mè ûfleei fi> wc^l goluricjen, fo mi^ffen wiï 
^î« Xag lit grcubc unî» SSïranuam sut)vlnôen. 



ACTE 



42S LES ADELPHES 

ACTE TROISIEME, 

SCENE h 

SOSTRATA. CANTHARA. 

Softrata, 

a chère nourrice, je te prie, qu'arrivera -C -il 
de ce mal? ') 

"Canthnra, Ce qu'il en arrivera? j'efpere en vé- 
rité que tout ira bien. Mnis les douleurs ne fonc 
encore que commencer, ^) h vous appréhendez 
comme iî vous ne vous étiez jamais trouvée à au- 
cun accouchement, ^_) & que vous n'euflîez jamais 
accouché vous même. 

Softrata. Mniheureufe que je fuis! jô n'ai perfon- 
ne : nous ne fommes que nous deux, Géta même 
n'efl: pas ici, & je n'ai qui que ce ioit pour envoyer 
quérir *) la fage femme > ni pour faire avertir 
Efchinus. 

Canthara» 

i) ^aé wivb awî bcni Uc6cl tt)crti«n ? 

a) îilUin t)te @cbutî6fd)mfrjcu flc^^n crfî on. 

t'Çrauc'.'.iininicre! ijeipcfeu tudrct. 

4) N8. (>;cr!r W\Ut ûCcçoit ini Infinitivo, r. g. 
Venir q lerir, foiîinicn ^U ()Olcn. 
Aller m)i\\ ' 

Envoyer ()oica UlHeit. 



DE TERENCE. 429 

Cantharn, Pour Efchinus , il fera apurement 
bientôt ici : car il ne laifle jamais pafler un leul jour 
fans vous venir voir. ^) 

Sojirata, Il eft ma feule confoîacion dans tous 
mes chagrins. 

Cantbara, En vérité, puisque cer accident d. vi.ic 
arriver à votre fiile, elie ne pouvoic pas tomber vw 
meilleures mains. ^) Efchinus eft un jeune honuTe 
fi hien fait, fi noble, (i généreux, & d'une famille Cx 
riche & fi confidérable, 

bojirata. Cela eft très vrai, Ô2 je prie les Dieux 
de nous le conferver, 

ACTE TROISIEME. 

SCENE IL 

GETA, SOSTRATA. CANTHARA, 

Géta, 

C' eft préfentement que nous fommes dans un étar, 
que quai)d coure la terre *) s'ailembleroit pour 
confulter & pour chercher du remède au malheur 
qui nous eft arrivé, à ma maitrelle, à fa fille & à 
moi, tout cela ne nous feroic d'aucun fecours: ^) 

que 

5) ©ann cr \^H niemaictt eiticn cinîiocn %(i^, cr>ne 

i\x&) ,^u bcfud)cn, Dorbct; ^el)cn. SBaé in Der for» 
{)cr^«()cn^cn nor. 4. Qr\\\i\\mUi ttJorDen, finbet aud) 
bfj) ^COl verbo voir fiatt. 

6) ^onnce fie >n femc beff:rc jpânbc gcrat^cn. 

1) Tdutc lo terre, un llntt trut le monde oôer chacun. 



430 LES ADELPHES 

cjue je fuis miférabie! mille maux font verus nous 
allîéger couî d'un coup, ^) lans qu'ii nous lefle un 
feul moyen de les éviter. La violence, la piiuvre- 
té, l'injuftice, 1 abaruionncment, l'infamie. '?} F.il- 
jl poffible 'i]ue le (iécle foit fi corrompu! ') Ah les 
fcélér.ns ! ah les maudiees gens! ah le perfide . . . 

Softrata. Miilheureufe que je fais! qu' y a-t-il? 
d'où vient que Géc:i efl: h troublé? & pourquoi 
vient- î^ avec tant de hâte? ^) 

Geta, Qui n'a pu. être retenu ni par là foi qu'il 
lui a donnée, ni par les fermens qu'il a faits, ni 
par la compaHion, fii pour voir fur fon terme cette 
pauvre maiheurenfe qu'ii a deshonorée! '^) 

Soj'Irata, Je n'entends pas aflez clairement ce 
qu'il dit. 

Cmifhnra, Je vous prie, approchorjs-nous plus 
près lie lui. » 

Céca. Ah, que je fuis malheureux! fe ne faurois 
mepollcder, ^) tant je fuis tranfporté de colère î 
iMa plus grnnde palTion fero'it de rencontrer pré- 
fentement fur mon chemin ^) tous ceux de cette 
mailou, pour décharger fur eux toute ma colère, 

pendant- 

, 3) 2;(îurcnb UnôhlsIûfdOc ^(^Un m^ «uf cinmal ù6(Cf 
fûClcti. 

4) ©«n?a[t, Slrmiuf), Unrccî;-?, ïïn'Iajfun^/^cf^antif. 

5) £50!; tic '^iiHn fo Jjcrbcrbt ffyn î 

6) ©0 ciffertig. 

7) 3^or^ ba cr |t«r;cf, bo^ bfcfc rtrmc (?fcn^^ tu cr «fj 

fdninbft, bcr Pjebuvif'^eit no()c ifî» (ouf ter (v'iitm 

\?timbe (<«î)t) 
S) 3t^ t\'n mçincr nid>f nh^c^iflg. 
9) ©ag niir jc(jurD auf m<in«m SSf0< C>«3?i)n«({iu 



DE TERENCE. 431 

pendantqu'elle cft encore récente! '°) Jl n' y 3 rien 
que je ne vouiufle foufîViiV pourvùqu'il me f'ûc per- 
mis de me venger conîme je voudrois. ") Piémie- 
rement j'arracherois le cœur *) au vieillard qui a 
donné le jour à ce monfire; '")i6c pouf le fcé'c-rac 
de Syrus qui l'a pojjfle à faire cette perfidie: Ah 
de quelle manière le mectrois-Je en pièces? '^j je ie 
prendrois d'abord par le milieu du corps, je bat- 
trois de fa tête les pavés, "*) afîiique toute i\ cer> 
velle tûc répandue dans la rue. J'arracherois ks 
yeux à Efchinus, '') après quoi je le pouflerois dans 
quelque précipice. Peur les autres, **) je les jet- 
terois par terre , je les pourfuivrois , je les traîne - 
rois, je les affommerois, je les foulerois aux pieds. '^) 
Mais pourquoi tarder davantage à aller fai^e parc de 
cette méchante nouvelle à ma maîcrelle ? 

So/irafa, 

*) C'eftD^W^y car quoi- jour à Ffchiiun a fait un a{^ 

qu'il fût très éloisné d'ap- fez grand mal pour mériter 

prouver ce que faifoit fon qu'on lui ôtc la vie. 
fils, Géta eit fi tranfporté de 

colère qu'il trouve que ce *^) Tous ces termes ibnt 

feon homme en donnant le pris de la guerre. 

10) 5D?cincn 3orn, &a cr nod) nc« i|î, DôÛis û&er (te 
ûnéialalfin. 

11) iîJîïcl) \\x rûif/cn, mie id) wollfe. 

12) 3d) fôoîUe b?m Qlltcn / bcr bicf«é UngeOeuer gciSfU^ 
flct, Mi Jpsrje a\xi bcm 2fi0e rcijKn. 

13) 21cf) tt»ic woUtc Icî) if)n iu ©tûdfen jer^iiucn. 

14) ©eineti 5îopf rcoate id) auf b«m '^'fïajTer j«:ifIo^ciî. 
Le haut du psvé, @jif« tcc Gafftn gQH .oâufa'n, 
metaph. bie 0&er(îcQe. 

1 î) 5:iem Efchinus woOte icf) bic Slufiai auéfcaUtn» 
16) 3c^ roollrç fie mit gugm mj^n. 



432 LES ADELPHES 

Sof}rata. Rappelions - le, Géta» 

Ccta Hé, qui que vous foyez, ne m'arrêtez point, 

Sojlrata. C'eft SoilraM, 

Géca. Oùeft-elle? '*') Ceft vous-même que je 
cherchois, & que je ibuhiirois ranc de rencontrer^ 
en vérité je ne pouvois vous trouver plus à propos. 

Sofirata. Qu' y a-t-il? pourquoi es-tu il troublé? 

Géta, Ah mon Dieu ! 

Sojirata, Pourquoi es -tu fi fort hors d'halei- 
ne? '^j mon pauvre Géra, reprens tes efprits, '^} 

Gétà* Nous fommes entièrement . . « 

Sojhata. Eh bien entièrement quoi ? 

Gèta Entièrement perdus, c'en ert: fait. '*], 

Sqjîrata. Dis- moi, je te prie, ce qu'il y a, 

Gi'ta. Préfentement . , , 

Sojlrâta. Eh bien, Géca, préfentement? 

Géia, Efchinns ... 

Sojirata Qu'a fait Efchinus? 

Gèta. Ne fe foucic plus de nous. ~*) 

Softrata, Ah, je fuis morte! ^') & comment cela? 

Gèta, 

*) Cette réponfe de Ce- les rues &. àfesamufer,afin- 

tn elt fondée fur ce qu'en qu'ils fufîeiit battus, quand 

Gj-ff^? le peuple prenoitpiai- ils feroient de retour che» 

iîr à arrêter les efciavcs dans leurs maîtres. 

17) 60 f«()r ûuÇcr Situent. 

18) Si»IF<: î'ief) tvicbcr. 

19) ^é ifï alïeé aiii?. 

30) ^cfûmmcrt (îd) x\\6)t tnc6r um un^. 

21) 5>ie verba Neutre pafîîva ïcl^crt jebericif bit! mo' 
tion in remp. comp. mit il>rcm yorbcracf)enl)Cn 
Nominativo, ^aruni ^i\)ii morte im Fœmin, 



DE TERENCE. 435 

Cét(î. Dépuis peu ^") il eft devenu amoureux 
d'une autre. 

So/irûtû, Quel malheur eifî le mien.' ^') 

Cèta, Ec il ne s'en cache pa;;; ^'^) il l'a lui-mê- 
me enlevée en plein jour à un march-^ndd'efclaves. 

Sojirata. Cela efl-il bien vrai? 

Géta. Très vrai, je l'ai vu moi-même de ces 
deux yeux. 

Svjlrata. Malheureufe que jp fuis! *} que croi- 
re préfentement, & à qui fe iîer? ^^) quoi notre 
Efchii^us, notre unique reiTource, ^^) notre vie & 
notre confolation, fur qui nous fondions toutes nos 
efpérances ; qui étoit tout notre bien & notre feul 
appui, qui juroit qu'il ne pourroit jam3is vivre un 
feul jour fans ma filie, qui difoit que fitôrqu*elle 
feroic accouchée, **; il porceroic fcnfant fur les 

genoux 

^■) Que Croire ? C'eftpoiir dans legîron des grands pe- 
lés choies. AqiiifefievHJeÇi rcs. li y en a une preuve 
pour les perfonnes, la Bonne- bien rcinrrqtiable dans le 9. 
foi ne vient que decesdeux livre de J'Iîiade, vers 655. ou 
chofes, ou de la qualité des phœuix àt que fcn père fit 
perfonnes qui promettent, plufieurs impiécations con- 
çu de la nature des thofes tre lui, & qu'il invoqua les 
qu'ils promettent. Furies, pour les conjurer de 

Y)*^)C'étuitla coutume des faire en lôrtc que jamais au- 

Creci^ les enfans nouveaux- ctin entant né de lui ne fût 

nés étoient mis par les pères mis fur les genoux, c'eftàdi- 

t9 

22) (^cif furjcm. 

^3) CSie \^. mein UngUlcf fo ()rofî! 

24) linb er mac?)t fgin Ç)c()c{mni§ b<îcnu^.' 

25) Hnb n?cm ^i>^X man ftrl) ijsrîraucn? 

26) Unf«e cinige S^P^^'^t» 

Ee 



434 LES ADELPHES 

genoux de fon père , & qu'il le conjureroic enfuite 
d'agréer fon mariage. ^^) Ah! 

Céta, Ma maitredè, ne vous amufez pas à pleu- 
rer; fongez plutôt ^^) à ce que nous devons faire 
dans cette rencontre. Souffrirons nous cet affront, 
OU nous découvrirons-nous à quelqu'un ? 

Canthara, Oh, mon pauvre garçon, es -tu en 
ton bon fens? à quoi penfes-tu? *^ efl: ce que tu 
voudrois que nous allaflions publier une chofe com- 
me celle-là? ^^) 

Géta. Je n'en fuis pas trop d'avis ; ^') car pre- 
mièrement rien n'eft plus vrai ^') qu'il ne le fou- 
cie plus de nous, la chofe parle d'elle-même; fi 
nous publions ce qu'il nous a fait, il ne manquera 
pas de le nier, ^') j'en fuis fur, & c'eft commettre 

votre 

re qu'il n'eût jamais d'en- fes qu'il faut toujours con- 

fans Et quoique cette cou- icver. 

tume ne fût pas à Rome, lé- '^) ^^'''^''f ^ g"''^ ^^'«" '« 

rence n'avoit çarde eu tra- J^-^''\^ '^ "«"■''■icc elt 

, .,- ^ ' t /- o avis qu on cache cet scci- 

du.lant une Comed.e Gre- ^^^,^ car les valets croient 

que, de nen changer a un ^^^ ^,^^^ ,^ j^ ç^^^ rcm.à,, 

palLge qui marquoit une mais c'elt à q-ioi la meren'a 

coutume. Ce font des cho- garde de couleutir, 

27) ^r baé ^inb in bm ©d)cog fcin<é ^sauié trâgw, 
unb if)n nl£^baiin inlî(intîiâ|îcrmcI)<nn>onte/ m {î\i 
m fy<\)uM\') ju roinigcn. 

28) 'îB^inct nid)t lamjc; bcnff bidniebr. 

29) ^olltcfî bu, bufi wir fine foldjeSacÇe, ttjic Vh ipf, 
«tivan fuuo mad)fn foUen. 

30) 3d) bhi fbcn nicht fouberdcf) bcr ÇOîcçnung, 
30 (rt* i|î audgi-riiiulu (f)cll um Xûd<.} 

3::) iiiirb cr t^ ol)nff{)l6ar (cnauin. 



DE TERENCE. 43^ 

votre réputntîon, ") & l'honneur & le repos de 
votre fille; de plus, quand même il tomberoit d'ac- 
cord de tout, ^^) puisqu'il nime ailleurs, ce feroit 
fort mal fait de lui donner votre fille i c'cf} pour- 
quoi, de quelque manière que la chofe tourne, ^^) 
il faut garder le fecret. 

Sojhata Ah, point du tout, je n'en ferai rien, 

Gétû, Que prétendez- vous donc faire? 

So/lrata, Je veux m'en plaindre, 

Géta, Ah, ma bonne maîtrelîe, fongez-y plus 
d'une fois I '^) 

^oftrata, L'aflfaire ne peut être dans un état plus 
fâcheux que celui où elle eft. Premièrement ma 
fiPe n'a point de bien, & elle a perdu la feule cho- 
fe qui pouvoit lui tenir lieu de tous les biens du 
monde; elle ne peut plus être mariée comme 
fille, ) S'il nie ce qu'il a fait, j'ai une refluurce, 
Ee 2 l'anneau 

33) Unb baé r)nff curcn (jutni 9\uf \x\ ©efa(>r fcècm 
Commettre quelqu'un, cincn in SçfalT/ In ^Ml* 
fcruO ffÇcn; le lommettre avec quelqu'un, ^x^i) '\\\ 
(Befal)c \i%iX{ , mit cuicm J^anî'el ju bcfciKmen; 
commettre une perionne avec ur:e autre, ja^'ei) ^fr:î 
fon<n iufarnmin b«$en ; ce miriercre quelque clufe, 
€(îx»ûé ijbtl 9cbr(iud)cn, o^n« Utfurfjs ivoé in ©«;î 
fa(}r «incé èd)ûbené fvÇcu. 

34) 2Bann et oud) otlfô cingcfîûnbc 

35) €é mag ftcf) nuit ci? Sûcfje brcf;en ttU fi« ti?ia, 

36) Ufbcrifot c^ me()r tenu einmal, 

37) (Erfîlicî^ f)at meine Xocïjtcr fein -Bcrm^i^ert/ unb fï« 
^ot bic ^\K\\\<^<i 6nd)e, bie j{)r ttaft odco Qjfvmd» 
gC'.iô ()dtrc Mencn ÎDiuien, cingci-'ùlfet ; fîc fcinn 
nicl)t nicf;T fll£{ ^"nsfct ucr(>fi;rûttjc{ tvcrb«n. 



436 LES ADELPHES 

l'anneau que mn fîlle a de lui, fera un bontémoin,^^) 
Enfin, puisque je n'ai rien à me regrocher, & que 
nous ne nous fommes attiré ce malheur, ni par 
aucun autre motif indigne d'elle ou de moi, je veux 
voir ce qui en arrivern, ^^) je veux le pourfuivrc» 

Géta. Ah, qu'allez- vous faire? je vous en prie, 
changez de fentiment. . 

Sojirata. Géta , va le plus vite que tu pourras 
chez Hegion , le parent de ma fille, & lui conte 
bien toute l'affaire, '*') car il étoit ami intime de no- 
tre, pauvre Simulus , & il a toujours eu de l'affe- 
dïion pour nous* 

Géfa. Ma foi, il n' y a que lui qui nous confi- 
dere. ^^) 

Sojlrata. Hàte-toi ; ^ toi , ma chère Canthara, 
cours chez la iii^e-femme, afînqu'eile ne nous fafle 
pas attendre, quand nous en aurons befoin. *^) 

ACTE TROISIEME. 
SCENE IlL 

Dèmca^ 

e fuis perdu ! j'ai ouï dire que mon £ls Cté(i- 
phoa étoit avec Efchinus à l'enlèvement de cette 

fille. 



J 



38) ^a6c icft eine .^\\\it, Uï Wm, bcn meinc Soc^fîc 
t)i>n if)m h<iii \\\ (-in (jurer 3^'"3^ 

39) X>d) wifl fe&fn, voaû Daraué n?er^en irirb. 

40) llnb vi,h%U i()m fciii ^e^ garjcn ^anc«c(. 

41) 2?ci) mcmcrîr^ue, cr ifl.c^ aDelnc, Ux. noc^ îtt^ai 

ouf \V.\è f)Qlf. 



DE TERENCE. 437 

fille, ^) Miferable que JQ fuis! il ne me manque 
plus que de voir celui qui s'occupe à quelque chofe 
de bon, fe iailTer aulli entraîner à la débauche. 
Où. le chercherai -je? affuiément Ton frère l'aura 
mené avec lui dans quelque vilain lieu. ~) Ce per- 
du ^) l'aura enfin entraîné maigre lui, j'en fuis fur. 
Mais voilà Syrus, je vais tout- à- l'heure favoir oii 
il peut être. Cependant ce maraud eft de la ban- 
de, *) s'il s'apperçoit que je le cherche, le pendard 
ne me le dira jamais. Je ne ferai femblanc de 
ritn, 

ACTE TROISIEME. 
SCENE IV^ 

SYRUS. DEMEA, 

Syrus^ 

Nous avons tantôt conté à notre bon homme 
toute Paffaire d*un bout à l'autre, & de quel- 
le manière elle s'efl paffée, je n'ai de ma vie rien 
vu de plus gai. '} 

Ee 3 ^ Dcméa, 

i) 5Uê bûê fOîag'^iîen ctiffû^ref tporbca. 

2) 'Sein 33rubcr xo\xt i^n nn «tnen fd)ItsuracnDrf mit* 

9efcf)îeppt f)ubeiî. Les Ulriti lieux, baB (^clobtc 
î;anb; lieux communs, loci coîninunes; ces bas li- 
eux, t\î (Ecbc, 

3) ^cr X^unid).'3uf. 

4) Untcrbeffeii gcbdrt tif(tr (?cî)urfc auc^ mit tarju. 
s) 3c& tria raicf) (^eiîcn, nid mûgtc icî) oon nid)îé. 

*) 3c^ f;a5e In msincm ScÊcn nicf;té (uftiiîfvé gefc^cn. 



438 LES ADELPHES 

Dhiéa» Oh! Jupiter! voyez l'extravagance dii 
perlbnnage? *) 

Syrui. 11 a loué fon fils, & il m'a remercié de lui 
avoir donné ce confeil, 

Déméa. J'enrage! 

Syms. Sur l'heure même ') il nous a compté cet 
argent & nous a de plus donné une piftole & de- 
mie *) pournous réjouir. Elle a été bientôt em- 
ployée, m;i foi, & fort à mon gré. *) 

Di'njéa. Ho vraiment, fi Ton veut que quelque 
chofe foit bien fait, ^) on n'a qu'à en donner le foin 
à cet honnête homme-là. 

Synts. Ha Monfieur, je ne vous avois pas ap- 
perçu Que fait on? 

Dém/a. Ce que l'on fait ? Je ne puis aflez admi- 
rer votre manière de vivre, '^j 

Syrus. A n'en point mencir, ^) elle efl fort im- 
pertine.ite & fort extraordinaire. Dromon, vui- 
de moi tous ces poilTons, mais pour ce congre-là, 
lâifle-le un peu dégorger dans l'eau ; quand je fe- 
rai 

fi{)n>vMfun(î.) 

g) Adi^crbiuin, fo ^Uid), bcn Qlugenblirf. 

4) ©icbcn unb cinen Balèen 9vcicî)étf;aUr. 

s) 6ic finb balb ùw a^ann ncbrac^t njerbeO/ unb r^cÇf 
nad) rtuineé .^crjcni^iuunfd). 

6) QBann quelque chofe cttvi^ f)eiJT<t/ Vôii f)m, fo ijï 

eé Cirt Ncutrum unb nur Singul. Niim. unb fîcbfÉ 
bat? folcjÉUbC adjedhvuin in Gen. Malculino; iucnil 
«é abet cmc 6ad)C bcilTcf/ fo ijî «^ Gen. Fœuiin. 

7) 3d)fanncureÇ«baié(irt nicf)t faUfam betvunbern» 

8) 2)ie 2Ba^r^eit ju bcfcimcn. 



DE TERENCE, 435 

rai de retour, on l'apprêtera ; je ne veux pas qu'on 
y touche plutôt. ^) 

Démka. Peut-on fouffrir ces dérèglemensï 

^yriis. Je ne les approuve pas non plus & je crie 
fouvcnt contre. '°) Hola, Stéphanion, ayc foin de 
faire bien dedaler ces poiflons. 

Idéméfl* Grands Dieux? *) prend-i! donc à tâ- 
che de perdre ce fils ? ") ou croit-il qu'il recevra 
de grandes louanges, quand il l'aura perdu? Que 
je fuis malheureux! il me femble que je vois fïé]t 
le jour '^) que ce garçon fera contraint par la pau- 
vreté de s'en aller quelque part a la guerre. '^) 

Syrus. Ho, Monfieur; c'cft là ce qui s'appelle 
être iage, de ne voir pas feulement ce qu'on a de- 
vant les yeux, mais de prévoir encore de loin '"*) 
ce qui doit arriver. 

Y)éméa. Eh bien , cette joueufe d'inftrumens eft 
préfentement à vous? 

Syrus. La voilà la-dedans. 

Ee 4 "Dcméa, 

*) Il a fallu traduire cefih Quand il aura pert/u Efchi- 

pour conferver la heauté de wr^y, ou mon f.li, ou'fonfih; 

ce pafTage, qui conlilteence mais ièulemenc ce fih. 
que ûémca ne dit point, 

9) SRimm mir udc bi«fe gifcî)c mû , ùUm tua^ ^ief«Il 

sDcectdûl anlnnçit, îûflfe i^n m frifcf).'n *i<3û|]>r ba^ 
€îeroaff«r fin rcenig t)on fid) gcbeni n?ann icO 
iDcrte jurùcf gefommeu fa)n, foll mon it)ti juric^» 
ten i idb roill nicl)t, ^a|^ man i(;n ju&oc abt^ue» 

10) Unb fci)mûl< oft bcnïiJDer. 

11) ïdiTcî cr fîd) ci5 î)enn fo febr angclcgcn fcçn, t»i<fm 
(go()'» iHÉ^ 'Berbcrben }u fiurjen. 

12) roîir ijt fd)on (0, olel fd^e id) ben %(x% tJoc mir. 

13) 3'^Ôfn^^wo In bcR jî'cieg iu jic^cn. 

14) 6oabcrn ccn wctîem f(Jon oov^er îu fe5«n. 



440 LES ADELPHES 

Dcméa, Ho, ho, eft-ce qu'il veut l'avoir chez lui? 

Syriis. Je le crois, rnnt il eft fou. *^) 

Dé'/ica. Cela fe peut -il? 

•Sj/K/zf C'eft une lotte bonté de pere^& une per^. 
jiicieLMe facilité. '^) 

• D'einéa. En vérité j'ai bien du chagrin & bien de 
la ho )te de la conduite de mon frère. 
. Syrus. Moafieur, il y a une grande différence 
de vous à lui* ce ù'eft pas parceque vous êtes pré- 
fent '') que je le dis, vous, depuis la tète jus- 
qu'aux pieds vous n'êtes que fageffe, '^) & lui, rien 
que mtf'ere & que p.iuvreté» Ce feroit vous, vrai- 
ment, qui laifleriez f lire ces équipées à votre fils! '^) 

D'jjni'a, Al >i, lui lailTer faire? &" je n\iurois pas 
découvert tous {q5 deffeins fix mois tout entiers 
avantqu'd eût ofé entreprendre la moindre chofe? 

Synis. A qui le dires -vous? efl: - ce que je ne 
COnnois pas vos foins & votre prévoyance? ^°) 

Dc'méa. Pourvuqu*il foit toujours comme il efl: 
prérenttment, je n'aurai pas fujet de m'en plaindre» 

Syrits. 'Vl.i foi, Monfîcur, les enfans font ce 
qu'on veut qu'ils foicnc. "") 

Djméa 

!<)) 3c|) {\tati6c ce, fo ti^i'rifd) ift cr fcfjoit. 
i6) (^-tJ i|l eine t^ummc Cf'ûriQfcit dne(J a3ûfer^, unb 
cine gefd^rlicî)ç ©clinbigfvU. 

17) Si^ 9e{"ci)ic()f nicî)t biîiuui/ avil x'ot pacgcn fcpb. 

18) 3'->r f^i)î) t>om ijaupi 6ià ju bcn Swgeu ind;tj5 olô 

2Biir?hcif. 

19) 3'H' fofltct cg tvoM ft't)n, ber cuicm So^n folcï}C 
^ilui?f^f)ivcifunqc;i juliel^c 

£0) Ci-iu-f (Sor^^fitU uiK' 'l»or(U-î)(iv'(ioit? 
21) .^;c .^\inl>ci: finv) wic man {te ()al?«n tviCl. 



DE TERENCE* 441 

Ùèméa. Mais à propos 'l'as- tu vu aujourd'hui? 
, Syrus. Qui, votre 6I5? bas. Je vais lechsfler bien 
vite. ^") haut. Il y a lonç- temps qu'il eft à votre 
maifon de campagne à faire quelque chofe. 

Dh/ica. Es- tu hien fur qu' il y eft ? 

Syrus, Si j'en fuis fur? j'ai été avec lui jusqu'à 
moitié chemin. ~^) 

D'emca. Cela va le mieux du monde, je craî- 
gnois qu il ne fût retenu ici, 

Syrus, Et il étuit mênie fort en colère. 

Deméa, Comment donc? 

Syrus, îl venoic de quereller fon frère à la place, 
fur le fujet de cette chanteufe. 

Dcwéa, Dis -tu vrai? 

Syrus. Allez, il ne lui a rien cé'é. ""*) Mon 
homme eft arrivé tout d'un coup, comme on comp- 
toit i*argent, il a commencé à crier; Eft- il donc 
poOlble, Efchînus, que vous falîiez des chofes iî 
indignes de notre maifon? 

Déméa. Oh ! je pleure de joye. ^') 

Syrus, Ce n'eft pas feulement cet argent que 
vous, perdez, c e(l votre repos, c'eft votre répu- 
tation, 

Déf/iéa» Que les Dieux le confervent! j'efpere 
qu'il reflemblera h fes ayeux. ^^) 

Syrus. Qui en doute ? 

Ee 5 Déméa, 

aa) (I«ife.) 3d) WiU iOm finrfiq Q5cinc nî(icf}en. 

23) 3d) bin mit ibm bie y;)dlftc ^<é SSi-^eé gcgaiîgcn* 

24) €'r bat i^m nid>tê txrljeelct. 

25) 3d) tveine i)ov Srcu^cn. 

26) Sag çi? («incn iH^««n uflcOfc^laçicn tvirt. 



442 



EES ADELPHES 



D'eméa» Syrus, il efl: tout plein de de ces baux 
préceptes ^') que tu lui as vu donner à (on frère. 

Syrus, Bon! comment pourroit- il être autre- 
ment? n'a t-il pas toujours eu chez lui ~'j de qui 
apprendre? 

\)emea. Je fais affurément tout ce que je puis 
pour le rendre honnête homme; ^'^) je ne lui laifTe 
rien pafler; je l'accoutume h la vertu; en un mot 
je l'exhorte à confidérer la vie de chacun , *) à s'y 
regarder comme dans un miroir, & à prendre de 
là des exemples pour fa conduite* ^*') **) Faites 
ceci) lui dis je. 

Syrus, 



*) Comme on fc ^rt du 
miroir pour corriger les dé- 
fauts que la nature ou l'ha- 
bitude peuvent avoir don- 
nés, & pour prendre un 
meilleur air & des manières 
plus convenables, ainfî en re- 
gardant la Vi'e de chacun en 
particulier, on peut ch.ingcr 
ce qu'on a de vicieux; & 
choifir des exemples pour la 
conduite de {it. vie. Car d'ail- 
Jeurs la vie des autres ne 
nous repréfciite pas la nôtre 
comme un miroir reprcfentc 
le même objet. 



**) Ce cara-Elere de Déméa 
efl fort naturel & fort bien 
(uivi, \Jn honiine comme 
lui ne peut pas inllruirefon 
fils en Philoi(,phe, qui rend 
raifon d^s cholc-s, & qui dit 
pourquoi elles font bonnes 
ou mauvailes, il ne peut & ne 
doit l'inllruire que comme 
un fimpic bourgeois initruit 
fon fils, en lui dilarjt, faites 
ctci,éi)itei cela.,t4vc telle chofe 
efl ioiiahlc ; cette autre e/i 
ù/diHce t/e tout le mon Je.Pouc 
bien connoîtrc la beauté de 
ce paffage, on n'a qu'à le 
com- 



«7) Q;r f)âf fclrfx fcî)pnc ©runbfd^c t^iîOifl eingtfogcn. 
2S) S'pat <r mâ)t befti^nbiq jemanbcn umfîcOgebûbt . . 

29) 5lué ibm eincn red)tfct)o|f«ncna}*ûun iu mad)cn. 

30) <gid) barinncn ju bffvMcgcIn ; unb baïaiié 3}îaa§» 
rcgcln {U ftiiKc -iyuiîùl^rung ju jic^cn. 



DE TERENCE. 443 

Syrus. Fort bien en vérité. 

Véméa. Evitez cela. 

Syrus, Excellemment. 

Démén. Une telle chofe eft louable. 

Syrus. Voilà le point. ^') 

Démèa. Cette autre eftblaméede tout le monde, 

Syrus, Parfaitement. 

Déméa. En fuite je . . . 

^ytus. Ha pour l'heure, Monfieur, je n'ai pas 
le temps de vous entendre, j'ai le plus beau poif^ 
fon du monde, il faut que je fonge à ne le laifier 
pas gâter, ^^) car c'eft une auflî grande honte pour 
nous de faire une faute comme celle-là, que pour 
vous autres de ne pas faire tout ce que vous venez 
de dire ; & tant que je le puis , je donne ces mê- 
mes leçons à mes camarades. ") Cela''efl: trop falé, 
cela eft brûlé, cela n'a pas aflez trempé; ^*) voilà 
qui eft bien cela, fouvenez-vous de le faire de mê- 
me une autre fois. Je leur donne tous les meil- 
leurs avis que je puis lelon ma petite capacité & le 

peu 

comparer avec ce qu'^oiv/re „mauvai{e. C'cft afTez pour 

dit de fon père dans la 4. Sat. „un homme comme moi de 

du livre I. Cepereendon- „gardcr les coutumes qui 

nant à Ton fils les mêmes le- „viennent de nos premiers 

cens que Dcmca donne ici ,,pcrcs, & pendantqiie tu as 

au fieii, ajoute. ,,Le« f'I^ilo- „beloin de gouverneur , de 

„fopbes te diront, pourquoi jjConfcrver fans aucune tache 

„une chofe eft bonne ou ,,ta vie & ta réputation.,, 

31) S>a (lecftber ivnotm. 

32) jd) mu§ bflrûuf U^aâ)t feçti, bo§ ic^ j^n ni^t 
ocrberbcn (aflfe. 

.33) Unb fo \)\({ \û) fann, unffrtvdfc ic^ racine ?0?itgc« 

fcllen ûuf flkic{)« 5lct. 
34) S)ail l)at nicf)t gcnuij iiu 2Bflff(r gclegcn. 



444 LES ADELPHES 

peu de goût que j'ai. Enfin, Monfieur, |e les ex- 
horte à fe mirer dans leur v.îinelle comme dans un 
miroir, ^*) & je ies avertis de ce qu'ils doivent fai- 
re, je VOIS fort bien que tout ce que nous faifons", 
cfl ridicule; ninis quel moyen? il faut fervir ies 
y;cns à leur mode. ^'^} Ne me voulez- vous plus rien ? 

Dèmèa^ Que vous deveniez plus fages^ 

SyriiS. î'oiir vous, fuis doute que vous vous en 
sîlez aux chnmrjs tout de ce pas? ■^'') 

D'jm'aa. l'out droit. '''^) 

Syyus. Cir que feriez -vous dans un lieu où, d 
vous donnez de bons avis, perfonne ne les écoute? 

Démki. Je m'en vais apurement* puisque celui 
pour qui j'écois venu, s'en eft retourne. Je n'ai foin 
que de celui -1:^, il n' y a que lui qui me tou- 
che, ^') *) puisque mon frère le veut ainfi ; qu'il 
fade de l'autre comme il l'entendra. ^^) Mais qui eft 
CQt homme que je vois-i;i lias? Ell-ce Ih Région **) 
de notre 'i riba? fi j'ai de bons yeux '^'') c'eft lui 

alfuré- 

"*) Cette parole anroif pa- *^) Lt% .4: lumens <:to)Cï\t 

trt dure pour 1)11 père qui ne tlivilés en douze Trilnis, 

doit jamais oublier [on hls, peut-être à l'imitation des 

c'efè pourquoi il iijoute,f///i-- Juifi. 
ijHC vion fvcve le vent ahijt, 

35) ©idî in if;i"cmXifd)g«fi}ia' ol^Jin cincm(?pif3clitt 

befpicflcin. 

36) gjîau rau§ iiciim £ciUcu/ wie fie (aiticn wolletty 
Dorpft u'fn. 

57) CkraC>c^ iS'ic5, 

58) €c oîlcinc o.cl)t nue!) ait. 

39) (îr maq ni!t te;u aiibern tjcvf^ren, Wlc <t niconj 

40) 5Bo lîîid; nume 2iuii<rt nic^t Dctrûscir. 



DE TERENCE. 44^ 

afrurémenr. Ah c'efl: un de mes meJileurs amis 
depuis l'enfance, grands Dieux, quelle difette nous 
avons préfentement de tels citoyens! '^') c'efc un 
homme de la vieille roche; '^^) perfonne ne fauroic 
dire qu'il ait jamais fait la moiiidre chofe qui aie pu 
fcandalifer le public. "*') Que j'ai de joye, quaridje 
vois qu'il refte encore de ces bonnes gens du nècle 
d'or! '^) ah! il y a encore du plaifir à vivre; je 
vais l'attendre pour le faluer> & pour m'encretenr; 
avec luii 

ACTE TROISIEME. 

SCENE V, 
HEGION. GETA. DEMEA. PAMPHîLA. 

Hégioiî^. 

Grands Dieux, voilà une a(3ion bien indigne, Gétaî 
que me dis- tu? 
Gèta, Cela eft comme je vous le dis, Monfieur. 

HégioH, 

4O 3f)»^ 9r<>f?fn ©pffer/ toû^ OflBcn fôir j?0f fîlr 5îian< 
gc{ nn foldKn îOiUh'jrgcrn ! 

42) èé i(î cin aU<r Xcutfd)cr. Roche, proprie cinj^^f»?/ 
cinc 5?'lippe; coeur de roche, felft.'r.().'!rtcÔ .pn;^; 
de la Vieille roche, fcott befcjnntcr 2(iifrid){ip.feif ; 
(altemSd)rDOt unb Sîorn.) diamant de la vieille 
roche, fe()r feiner Diamant. Prov, ii y a anguille 
fous roche, c^ ffcdÉ n>o^ bû{)lnfer. 

43) ^0 Un îiwun (bcm ^ublico) i;d«c Slcrgcrnif^ gc- 
6<n fjnncn. 

44) '^a% mû) ford)ê t^acf<ce ^cw(e mi tec sû(C«nm 



44^ LES ADELPHES 

Héglofi, Que dans une famille comme celle-là on 
ait fait une chofe fl honteufe! oh, Efchinus, vous 
n'avez pas appris cela de votre père. 

Déméa, il a fans doute ouï parler de cette chan- 
teufe» & cela le fâche, quoiqu'il ne nous foit rien, ') 
& ce brave père n'en est point touché! ha mon 
Dieu, je voudrois bien qu'il fût en quelque lieu 
près d'ici, & qu'il entendît ce qu'on y dit. 

Hèg'wn, S'ils ne font leur devoir en cette affaire, 
ils n'en auront pas fi bon marché qu'ils penlènt. ^) 

Céta, Monfieur, nous n'avons d'efpérance qu'en 
vous , vous êtes notre feul appui , notre défenfeur, 
notre père; le pauvre défunt ^) nous recommanda 
à vous en mourant^ fi vous nous abandonnez, nous 
fommes perdus. 

Hég'ion. Ah , ne me parle pas de cela* je ne le 
ferai pas, *) &je nefauroisicfaireenconicience. "*) 

Détfiéa. 

>) Il parle de la pieté, par- fans aux percit, Hêgion ré- 

ceque Gétu lui a dit, vous pond parraiteinent à la bon- 

êtes notre pcre, i:^^ pieté en ne opinion que D<.}néa a tc- 

Latin eft des pères aux en- moignc avoir de lui à la fin 

fans, aufll bien que des en- de la prcccJente icene. 

i) Unb bûé ânjcil \^xi, ob tr uni fc^on nic^té an^ 

2) 60a c^ i()n«n nici)t fo ungcno||"«n ^ingc^en , aU fît 

ftcf) ce n?o()( cinbilbcn. 

3) £)û£î 5Bi3rt dcùint aMrb adjeaive uub fuMhntive, 

bocf) mct)s Im k^tcn, ûIé> erjlcn SaQC/ gebraucl;t. 

4) 3d) f J»n i^ ûud) mit qutcm ©croiflcn nid)t tl)utt. 

NU Je ne laurois an Oatt jenepuis, icf)fannnic^t- 
Idiotilinus. 



DE TERENCE. 447 

Détnêû^ Je vais l'aborder. *) Je donne le bon jour 
à Hégion» 

Hcgiou, C'eft vous-même que je cherchois, bon 
jour, Déméa. 

Démea, Que diresvous donc? 

Hégion, Votre fils aîné, votre Efchinus, que vous 
avez donné à adopter à votre frère, a fait une adion 
qui n'eft ni d'un honnête homme, ni d'un homme 
de condition. ) 

Déméa, Qu'a t-il fait? 

Hégion, Connoiflez-vous Simulus, notre amï, 
qui étoit de notre âge? 

Dcwca. Oui dj. ') 

Hégion, Efchinus a deshonoré fa fille. *) 

Vémea. Oh, bons *) Dieux! 

Hégiuti, Attendez; vous n'avez pas encore en- 
tendu ce qu'il y a de plus horrrible. ^j a 

Diwtvï. tdce qu'il y a quelque chofe de plus 
horrible que ce que vous me dites? 

Hégion. Oui affurémenc; car quelque méchan- 
te que foit cette aâion , elle eft pourtant excufable 

eu 

*) On fe fervoit de ces une aftfon & la rendre plus 
termes iil plait aux Dieux^ odicule* 
quand on vouloit aggraver 

s) 3<J) wiQ ihn anrebcn. Idiotifmus, 

6) -pat cine %{)ai be^ungen, Ini rocbfr cincm îl)x\\i 

éitxx 3)î«nfd}cn^ nocl) imm, t)er t^orn 6tant)€ \^, 
anflebct. 

7) ^opularifchc Slffîrmation, ijl miter gefùîctcn ^cufeti 

nid)t iu bul^«ll. 

8) ^?at f^me 2;oct)tcr um i^r« €^rç gcîjrac^t (fcil, ge* 

fd)ânC)Ct.) 

9) 2Ga^ &a(>tv ara «fc(;r(cflicf)(îfn i|l. 



448 LES ADELPHES 

en quelque manière ; '°) la nuit , Tamour, le vin, - 
la jeaneire l'ont porté à cela , il n'y a rien ià d'ex- 
ti'aordinaire; Tunis dès qu'il fe fut appcrçu de fa 
fimtc, il alla de lui-même trouver la mère de cette 
fille, pleurant, luppliant, conjurant, promettant, 
jur.Tîit qu'il 1 cpouferoit. On lui a pardonné, on n'a 
rien dit, on s'ell fié à lui. ") La fille fe trouve gref- 
fe, '") elle eil dans le neuvième mois, 6i cet hon- 
nête homme eft alié acheter une chanteufe, pour 
vivre avec elle, & il abando.ine celle-ci. 

Dêméa. En êtes vous bien lûr? 

Hégion. La mère & la fille font à votre porte, & 
la chofe parle allez d'elle-même. De plus voilà 
Géta '^) qui pour un valet n'eli ni un frippon, ni 
un fot; ''} il nourrit ces pauvres femmes de fon 

travail 

:(t)LesAnciensavoienttfcs viv.nfot. Et il parle aiiifî 

manvaifê cpiiiion A(:% vaUts, pour faire i' ir que \v\\ tc- 

A' i,'s les cri)yoienc tous ou inoi^n ge duir erre de quel- 

fots ou iDcchans, témoin le que poids. Il n'til pas wn 

proverbe Grec: Il v^y arien rr[-,pon, pour diic i;iie choie 

deplwi mccha'iU qu'un valet le qui ii'cfl pfint, & il n'clt pas 
meilleur ne vaut Yieu. Hé- . un /I t, pour être t on.pc ^ 

gion dit donc ii'i que pnur un ne pas lavoir ce qu'il dit, 
valet Gcta n'cfl ;// frijfùn 

10) j^ann fc> bo!> incfc'îGfif c.w «nv fur ftcb f^lMrcn fcçnt 
niûçî, fo ifl foId)c tod) cins3cr!iM§en.^ii enrfd■)ul^lac^. 

11) 5)îan hat fcincn îl'^crtcn o,. f rviuct, se lier »virD x\\d)t 
. . nUcinnîit^cnJOi!tiv•fl, fcn^lrrn <\\x&. mit en, ttPivef» 

\moA\d)VCxnù\r, coulîruirt'f, tat< d^rii atumob^r dé- 
lier, 'i,rcJ5 bivfcn, ri'qiercf CMtcn .Acruftivum; rc- 
ciproce aber le délier, cin 03vi6traucn fiijfcn, ciiieii 
Genitiviim. 

12) 3?cfiiiKct [îcf) (o&cr (fi) fcf- '.ranger. 

13) èer, o'j cri3itid^ (\n iviicd^t, dcnilO^ iVCtci: m 
Q^i\\\\ itoc^ (tn Osarr il?. 



DE TERENCE. 449 

travail, & il efl: leul le foutîen de toute cette famiilej 
enimenez-le; fjices-le lier, & tirez de lui la vérité, 

Gka, Oui aflurénient, Monfieur, mettez -moi 
à !a torture, '"*) pour favoir (î cela.n'efl: pas, comme 
on vous le d;t, Efchinus lui-même n'en difcon- 
vienJra pas, "j fjites-le venir en ma préfence. 

Déniéa^ j'ai grand' honte, ^^) & je ne fais, ni que 
faire, ni que lui répondre. 

Tampb'ila, Ah, malheureufe que je fuis! je n*en 
puis plus, Junon, Lucine, fecourez-moi, ayez 
pitié de moi, je vous en prie. 

Héghn, Ho, je te prie, eft-ce qu'elle accouche? 

G'eta. Oui, Monfieur. 

Hegion. Ha, Déméa, cette pauvre créature im- 
plore préfentement votre bonne -foi, ''j accordez- 
lui de bonne grâce ce que les luix vous forceront 
enfin de lui accorder. '^) Au nom des Dieux, fai- 
tes de vous-mêmes ce que doivent faire des genâ 
d'honneur, comme vous '^) Mais fi vous êtes en 
d'autres fentimens, je vous avertis que j'entre- 
prendrai hautement la défenfe de cette pauvre mal* 
heureufe, & que je vengerai l'ijAront qu'on voudra 

faire 

14) îi^i micf) nuf Me ^cfterSanf. 

15) 5)er Ekhinui fclbft tvirfc i^ md)i \^\x^m\\, ob«t lit 
Olbrcbc fcrti. 

16) ^d) fcf)am€ miel) fc^r. NG. (H^ gic&f gwiJTc 9îe« 
^enfartct^ tx^o bcr .Apoftroplius (î»ut fi^l^of, 06* 
fchcn bad Nom. G. F. al^: Ii Grand' G^rde, Me 
^auptwncfte; la Grand' MefTe, tie !)C&C 5)^ff«; 
avoir ^rand^peur, (îd) fffn- fiircbtcn, iC. 

17) t^a^ arme »0îpnfd) fïef)et jcÇo cure 9icMid)fe!t ott. 

18) ?\5umet ific ^a•:jcnî9c (^uhimIIi^ cin, wor^u cud) î?ie 
©cfeçe enblid) ibr ju m'df.îhrcu iictbtg*^n noerbcn^ 

î9) 2i5a0 (t)r(ici)« 2futf, tt)ic i()r f«^?t), t^un foUeiu 
Ff 



450 LES ADELPHËS 

faire à la mémoire de mon ami, ~°) C'écotf moft 
parenc, *) nous avons toujours été élevés enfem- 
ble, nous ne nous fommes jamais quittés ni eu 
paix ni en guerre^ nous avons fouilerc enfem.ble 
Une grande pauvreté; c'eft pourquoi je ne néglige- 
rai rien, j\igira!, je ferai, je tenterai toutes fortes 
de voyes; "'} enfin j'abandonnerai plutôt la vie que 
leurs intérêts. ^^) Que me répondez- vous? 

Dcfui'a. Tout ce que je puis faire, Hégion, c'efl: 
d'aller trouver mon frère. 

Hégion. Au refte, Démca, fouvenez- vous que 
plus vous êtes riches, puiflins, heureux & de bon- 
ne nailîance, **) plus vous ères obligés h être juftes 
& rîifonuables, fi vous voulez palier pour gens de 
bien» "') 



^) ÏI di'ù cefa parcequM cœurs. Mais c'efl: un prc- 

cft certain que ia mauvaiïè ccpte qu'on ne connoît pres- 

fortune lie Ck unit }>Ius les cjuc pul?. La plu port tîes 

hommes qui l'ont éprouvée licinincs aujourd'hui ne fe 

cnfemble que la bonne. ^fouvicnncnt qu"îils font ri- 

Cnc;, puifFaHii, heureux Se 

'^^) Ilêgion donne ici \\v\. de bonne n-.ailôn que pouf 

grand j)rccepte quidevroit en être plus injultes & plus 

être grave dans tous les déraifonuablcs, 

20) ©0 ffl(\c id) euci) frci), ba§ icî) bné ?;ecftf Bicfcé 
t'lc^^eu auf^a!^àuf!c^|lch•CI(>c^, unbtcn'^ôdjinipf, 
bÉit m^m C'cm ©cbad)fni)T^ meincé Srcunbcé tvitb 
iX'M\)m tvoKen, racfxn wcrte. 

21) %â) tuÉrbe flUe 5)iitic[ m\> ïïScÇîc i)frfud)cn. 

.•22J ^v^Ô ^VîU liclJcc bûé *iÉi>e» Ia)T««/ ^^l^ ibcïcftcé ôcr* 

iibfikiiiîn, 
23} ?iJ3ann iî;i- woUct fur cf;rlicOc S<iUc aiigcft^çn ftpn. 



DE TERENCEi 4yî 

t>éméa. Allez, on fera tout ce qu'on doît. 
Hégion, Ce!a eft digne de vous» Géta, mene-mol 
à ta maître (Te, 

ACTE TROISIEME. 
SCENE VL 

"Démèa. 

Je l'âvois bien dit, qu'il arriveroit quelque chofé 
de femblable; & piût-à-Dieu que nous en fuf- 
sions quirces pour cela* mais cette licence effrénée 
aboutira aHlircment à quelque chofe de funefte. '} 
Je m'en vais chercher mon frère pour lui dire tout 
ee que j'ai fur le cœur. ^) 

ACTE TROISIEME; 
SCENE Vlh 

Hégion. 
e vous affligez point, Softratà, k confolez au- 



N 



tantqu'il vous fera poflîble, cette pauvre fille. Je 
m'en vais voir, fi je trouverai Micion à la phce, ^} 
F f 2 & je 

i) 3* Oûîfc c^ ttjo^i (tîfa(îf,&a6 (îc^ cfwaé èergfcicOcît 
jutrn.îen vcxabi , iJnD irollten tk ©oîtcr, njn fâ« 
nuu Jioci) garnit lyc?^; ollnn ticfeunbmibigeJrccÇj 
I)£it jviro gcTOig ûuf cm lldylicl)eg S-ut)c {;inau^ 
(auifcn. 

a) Slfles!, rcaf! mfr nuf berh jÇjerjcn iic,îèf; 

3) 3d) rciîl jufcbcn, ob id) Den Micion nuf fccm sSiOrfJ 
te finl^cn funn. Oh/'erva, place Oeiff«î and) fine 
v^'Clunici, cin l)û(tbcrcr Drf ; in fcnlù inctaph. «jnc 
,Séf^K^u^9, cin 2Imt; bq; tcn ^vanfïcutcu, M 
jtace, Me ^o'tf?. Place d'armes, 50flffcnp(a8. 



4f2 LES ADELPHES 

& je lui conterai, comme toute la chofe sVft pafiee : 
s'il veut faire Ion devoir, qu'il le ùfU:, à la bonne 
heure; '^) finon qu'il me le dife, afinque je voye le 
parti que j'ai à prendre. ') 

ACTE Q^U A T R I E M E» 

S C E N E L 

CTESIPHON, SYRUS. 

Ctéjtplmu 

Dis -tu que mon père s'en efl: allé à l<i campagne? 
Syrus, Il y a déjà long -temps» 
Ctéfiphon. Dis - le moi, je t'en prie. 
Synts. Je vous dis qu'à l'heure que je parle il 
eft nrrivé, & je fuis perluadé qu'il tni vaille déjà de 
toute 1:1 force. ') 

OéJiphQn. Plût- à- Dieu ô & qu'il fe fatiguât ^) fi 
fort, *} pourvu néanmoins que cela ne preju'diciàt 

point 

*) Tcreuce n'a voit garJe phnu aiiroit c-tc une î'mpré- 

d'nublier ce correéiiT, qui cnticui pleicic li'iinpicté, ce 

ctoit très néccHLiire & fans qui auroit rendu ce carac- 

lequel ce fouhait de Ctéfi- tcre très vicieux, 

4) ÎBte ffcf) ù\M juçîcfraqcn f)nt: SBilï «r, irjaéfîcÇ gc^ 

bùbret, thnn, fo tbuc cr (é, c0 fci) ^runl. 

5) ^amt \i\) fel)e, ttv.^rJU \d) mid) cnffd;li«t'«n folï. 

1) iHuc aiUn 5vrflften. 

2) 3" ^^'"«n vèrhij, fo (juf cuer dué^cficn, 6(d6cf bai 

u r.Uc^cit nad> Ocm t^, ob (ïlcid) fcld>c0 iur ^lu(f«= 
fpriirbc nid)t not(;tv«nt)Jij/ old l;ter fdnnt* «9 fonjl 
^eiffcn fatigât. 



DE TERENCE, 453 

point a fa fanté, que de trois jours il ne pût quitter 
le lie. ') 

Syrus, *) Je le voudrois, & quelque chofe de 
mieux, s'il écoit pofîible. 

Ctéftphou, Ouij car je fouhaite extrêmement de 
pafler ce jour tout entier dans le plaifir, comme 
j'ai commencé ♦ & ce qui me fait plus haïr cette mai- 
Ton de campagne, c'eftqu'elleieft: trop près d'ici, car 
fi elle étoit plus e'ioignés, la nuit l'y furprendroit '^) 
avantqu'il pût être revenu. Frcfentement qu'il ne 
m'y aura pas trouvé, je fuis fur qu'il reviendra ici 
an plus vite' & comme je ne l'ai point vu de tout 
le jour , il me demandera où j'ai été ; que lui di- 
rai - je ? 

Syrus ^ Ne vous vient -il rien dans l'efprit? 

Ctéfipbon. Rien du tout. 

Syrus. Tant pis, ') vous êtes un pauvre homme» 
Mais eft-ce que vous n'avez ici ni client ^) ni ami, 
ni hôte? 

Ff 3 Ccêfi' 

*) Ce maîtxjc frippon, qui n'ofanf s'expliquer ouverre- 

fè fent coupable, & qui craint ment devant le fils, il le fait 

le châtiment qu'il a mérité, d'une manière équivoque, 

ne le contente pas du fouliait cemme s'il ne deiiroit qu'u- 

de Cté/iphon^ il demande ne incommodité un peu plus 

quelque chofe de plus, c'cit longue à Ditnéa. 
la tnortdu bon homme, mais 

3) £)ûf cr in breyen tagtn nic^f au(^ bcm ?Bcfre font* 

mm fôunte. 

4) ©0 wurDe ibn bic îRac^t bûfcl6|î îièerfûllm. 

5) Um befto fd)limmer. 

6) Client, «Client, ^art»)ci), bcr cin ^toccat Bcbient 

if?, obcr cin folcl)et ëor oltcn 3«iftn, bcr fKt untcr 
<in«é t)orne()rocn r(Jmifc{)cii93ùrgn-é «cciiuç tcâfl&. 



#Î4 



LES ADELPHES 



Ctéjïphon. "Sous yen avons alTez, que cela fait-^ 

Syriis. Il faut lui dire que vouç avez écé oblige 
^'en fervir quelqu'un en quelque afîaire. 

Çtéfîpbon.*) Quoifîîns l'avoir fait? cela ne fe peut. 

Syrus. Cela fe peut fort bien. 

O'efiphon. Bon pendant le jour ; mais fi je paffe 
ici la nuit, ") quelle excufe lui donnerai- je, mon 
pauvre Syrus? 

Ç>yrus Ha que je voudrols bien que ce fût la cou- 
tume d'aller devant les Juges la nuit! mais foyez 
^n repos, je le ftis prendre parfaitement, & lors- 
qu'il eft le plus en colère, je le rends aufii doux 
^u'un agneau. ^) 

Çtcfiphon. Et comment fais- tu? 

*:^yrics^ \\ écoute volontiers, lorsqu'on vous louç; 
^îeyant lui, je vous fais un Dieu, je conte vos gran- 
des qualités» Ct'cfiphon^ 

'^) Il efl bon àc remar- tlinairc des valets, mais C/(?- 

quer ia beauté du caraflere ftphon, comme un iiomme 

^e ce jeune homme. Leva- bien ne marque d'abord 

Jet lui cofifeille dédire un l'avcrfîon qu'if a pour un 

menfon^e; loj car les men- moyen fi indigne. 
Congés font la refTource or- 

7) .^cilicet, à la chofc. 5Baô t^uf Hê j^ur ©ijc!)c? 

8) S)cti 2ag f)•in^urd), bad m6rf)te iiod) ()incjel;en; aU 

Uxw wantt icf) Me 3îarf)t ()icr jubrincje. 

9) 3^ *^»^'§ oollfonnncn mit \\)n\ ûbium ju tùmmtn, 

ufib ttjcnu cr nod) fo fef)r ûufaobrnd}t \\x, fo raa# 
ci)e id) \[)w fo jncûfam ûI(^ ia\ ïmw^. 
\o) Menfonge proprie cinc SiliJC, metaph. ^rf^^^Jî^/, 
93crblcnb«ii3; in plurali, îBlûfc auf bcn Duivln 
î)cr ^^iniKt. Prov. iôniics (ont nienfonijcs, 'irailin^ 



DE TERENCE* 4f5' 

Ctèfiphon. Mes grandes qualités ? 

Syrt'S^ Oui, vos grandes qualités. On voit d' 
abord mon homme pleurer de joye comme un en- 
fant» ") Ho. ho, en voici d'une autre, prenez 
garde à vous. '^) 

Cté[ipbon. Qu' y a-t-il? 
^., Syiits. Quand on parle du Loup/ en en voit h 
queuG. '^) 

Ctéfîpbon, Mon père vient? 

Syriis. Lui - même. 

OcftphoiJ, Syrus, qu'allons- nous faire? 

Syriis^ Fuyez - vous en feulement au logis, éc je 
verrai. 

Ctéfipboth S'il te parle de moi, dis que tu ne 
fn'as vu nulle part, entends -tu? 

Syrus^ Ya t-il moyen que vous vous taifiez? ."*) 

Ff 4 

ïi) ©a fvingf racirt %\iit t).ot grcubcn an oî^ eiti 5?inÔ! 
ju meincn. 

12), ^9 ! tx),. ûèermnl^ ttjû^ ncueé, [«^et cuc^ i^er« 

13) 5Bann man t)Ort b«m5Bo(fe rcbct, ^at man ibn^ét) 
b?n Dbr«it/ ( fç- ifi cr nid;t roeiî.) ïSicnn raaR ^«r^ 
vSSolf nennf, fiuiimt er gerennt. 






ilCTE 



45^ LES ADELPHES 

ACTE (^IL^TRIEME. 
SCENE IL 

DEMEA. CTESiPHON. SYRUS. 

En vérité je fuis b'cn mnlhcurcux! Premièrement 
je ne trouve point mou fieie, <5i pour comble 
de ch.igriH, '} comme je le cherchois, j'ai trouvé 
un ouvrier ^) qui reveiioit de ma mnifon de campa- 
gne, 5: qui m'a dit que mon ftls n'y eft pas. Je ne 
■fais ce que je dois faire, 
Ctc/î(:h.îi. Syrus. 
Syn/s- Que voulez- vous? 
Ct-'fipbon. Me cherche - c- il ? 
Syyiis, Oui, ^ 

C'c'lîphun. Je fuis perdu ! 
Syrus. Mon Dieu, ne vous allarmez point, 
Dcmka. Quel m.illieur eft le mien ! je ne faurois 
le comprendre, je vois feulement que je ne luis né 
que puur erre malheureux; ^) tout ce qu'il y a de 
mal, c'ed moi qui le fens toujours le premier, c'eft 
moi qui en porte li nouvelle aux autres, ôc je fuis 
le feu] qui en ai du chagrin. 

Syrus, 

i) Util? .^um gr^fkn 25ctbni(l. 

2) Un ouvrier cin ?9t<imj Ht um ba^ îûflctcbit at&eij 
fcf, iiud) cin ^BafniMltr, mctap'i. ê(ri(Knte. Ou- 
vrier U'inicpnté, Ucbcltinucr. Un manocLivrc, «in 

s) h<x% icO nue ium Unalûcî gcèo^rçn tin. 



DE TERENCE. 457 

Syrus. Cet homme me fait rire, il dit qu'il eft 
le premier qui laie tout, & il ell: ie l'eul qui ne fait 
rien. 

Deméa. Je reviens préfentément pour voir fi par 
haznd mon frère ne feroic point revenu. 

Ctéjiphon. *) byrus, prends bien garde, je te prie, 
qu'il ne fe jette tout d'un coup dans cette mailon.'*) 

Syrtts. Vous tairez- vous, vous dis -je? j'y pren- 
drai garde. 

Ctèfrphon. Je ne faurois me fier aujourd'hui à tou- 
tes tes belles promefles, je vais toiit-à- l'heure 
m' enfermer avec elle dans quelque petit coin, c'eft 
le plus fiir. ^) ^ 

Syrus. Faites' je l'empêcherai pourtant bien 
d'entrer. 

Dèméa. Mais voilà ce fcélérat de Syrus. 

Syrus^ Par ma foi, fi les chofcs vont toujours de 

inême, il n' y a pas moyen que qui que ce frit 

ipuifle durer dans cette maifon: ^) je veux favoir 

enfin, combien j'ai de maîtres; quelle mifere eft- ce 

donc que ceci? 

Dèméa, Qu'a- 1- il à crier ? Que dis- tu, l'hon- 
nête homme, qu'eft-ce que c'eft? mon frère eft- 
il chez lui? 

Ff 5 Syrus ^ 

*) Cfc/P(>hon,nepaTO\tip2S dans un coin, derrière Ijt 
fur le Thcdtre, il clt caché porte. 

4") t)a^ et nlcf)t ï^lé^Ud) iw Mefeé 3?rtué 6«tein Umit. 
5) ^id) irecnb mit if)r iii cincn flcincn QBirJel i>ixtiiX6 

Ocn, ce ifi tvoM ba^- fic^crHe. 
é) X)aÇi, mt iï (wcï; fcy, m ^icfcm ^aufc auébaurm 



45S LES ADELPHES 

Syrus. Que diable me voulez- vous chanfer avec 
votre lîonnère homme? je n'en puis plus. ') 

Dmil'a. Qa'ns - tu ? 

Syrus, Ce que j'ai ? Crédphon nous a roues de 
coups; ^) cette chanteufe & moi. 

Di'i/ièa, Que me dis- tu Jà ? 

Syrui, Tenez, *) voyez comme il m'a fendu la 
lèvre* ^) 

Déniea^ Pourquoi cela? 

Syrus. Il dit que c'eft par mon confeil qu'on a 
acheté cette créatute. 

Dém'en, Ne m'as-tu pas dit tantôt qu'il s'en étoic 
retourné à la campagne, &que tu avois été avec lui 
jusqu'iFmoitié chemin? 

Syrus^ Cela eft vrai auflî * mais il eft revenu fur 
fes pas tout furieux, '") & il ne nous a pas épar- 
gnés. N'a -t- il point de honte de battre un hom- 
me de mon âge, moi qui le portois dans mes brss 
il n' y a que trois jours ; il n'etoit pas plus grand 
que cela. "^ 

*) Il prend jfà Icvrc, Se doigts, il y Fait paroître une 
en fc la prellint entre fes fente, 

7) >S5a<J jum JTienfcr iroUt i[)r mit bo mit «urtm c^rït- 

d)cn '5)?cnfcl)€n uorfùigcn? id> fann ti nic^t m<t)C 

au6(ic{>n. 
Jg") .Ç)at. und f)a(6 tot»t 9c|>rûgc((. Etre mue, tout 

roue, fo matt f«i}a, nié wenn man ganj jerfdjlûgm 

wcîre. 

9) Parler (lu bout des lèvres, mit ftalbcn ÎPorf C^D^unbe) 

rcbcn; avoir le cœur Tur les lèvres aufrid)!!;! fci;n. 

10) OIQein cr i)l gnn^ rofcnb toll \\\x\xû gcfcmaicn. 
|i; <S{Ji|]ni)d;ctcnfolamjcnic^t: (Srroacfaumfogro^, 



DE TERENCE, 479 

Démén. O Ctcfiphon , que je te k\s bon gré de 
cette aciion! tu t'ieos de tun pere; va, tu as déj3 
toute la fagefle d'un homme fair^ '") 

Syrtis. Vous le louez? par ma foi, s'il eft (àgCj^ 
à l'avenir, il retiendra fes mains. 

Déméa. Il a fait l'adion d'un homme de cœur. '') 

Synts. ïîo touc-à-fait ! il a battu une mirérabie 
femme' ôi un malheureux valet qui n'a oie fe revan* 
cher; la belle aciion ! "^), 

Di'wl'û» Il ne pouvoir pas mieux faire; il croît 
comme moi que tu es l'auteur de' cette belle équi-» 
pée. '') Mais mon frère eft-il au logis? 

Syrus, Non, il n'y e(l pas. 

"Oémén^ Je fonge où je dois l'aller chercher, 

^yrtis. Je fais bien où il efl, mais d'aujourd'hui iq 
ne vous l'enfeignerai, "^) 

Dc'jnéa, Hé, quVft-ce que tu dis? 

Syrus, Je dis ce que je dis. 

Deméa^ Je vais te caHer la tête tout - à - 1' heure. 

$ynif^ Mais je ne fais pas le nom de l'hommç; 
chez qui il eft, je fais feulement le lieu. 

Déméa^ Hé bien, dis -le moi donc, le lieu. 

Syms^ 

12) 5)u fc5(n3?(î tcincra SaUt tiar^; Î)U 6efi^ï|î fct)o« 

allé ^llug^eit ç'me^ niûnn6ûrcn 3}4cnfdjen 

13) Bie %^oit cineé tâpfecn 5}icnrd)Cît. 

14) ^i) frcniid) ! çr f)ot m «Icnbc^ 5[*3?i6é6i{b UHb un* 
Uliicfiidjeii f<m<i)t, bcr ficT) nic^f fôe^rfu burffC; 
8cfcl}la3«n ; ^gy W fdjdne S^at. 

15) ©isg bu bcr 21n(l!ff{r uon bicfcm fauèertt eerclc^e 

16) '^ix ^eutc fcUt it)t çiJ i?on mit nicr;t cvfaôr<^,^ 



4^0 LES aDELPHES 

Syrus, Savez -vous ce portique qui eft près de 
la boucherie, en defcendant? '"J 

De me a. Oui. 

Syrm. Paflez tout droit par cette place en mon- 
tant, '^) & lorsque vous y ferez, vous trouverez *) 
h cette main-là, une petircdefcente, jettez-vous-y. '^) 
Après quoi il y a une petite chapelle, & tout au- 
près une petite ruelle, ^'') 
■ Déin'ea. En quel endroit? 

Syrus. Dans cet.eotiroit ou il y a un grand fi- 
guier fjuvafre. Enreadez- vous? 

Dèwca. Fort bien.. 

Syrus. Continuez votre chemin par là. 

Dhfiéa. Mms on ne laupoit palier par cette pe- 
tite ruelle, c'eft un cul de fac. ^') 

Syrus. Cela cil vrai, par ma foi, Oh, quelle 
impertinence,**) le gros animal que je fuis! "^} je 
me trompois» Kctcurnez h ce portique dont je vous 
ai parlé, je ni'en vais vous donner un chemin bien 

plus 

*) Il fait J^g-is de la tant mieux îa confiance de 

tnain, ' ce vieillard par la bonne opi- 

"^^■^ En avouant fi ini,crui- iiion q l'i! lui donne de fa 

meut làfiiuïc, ili'ûttire d'au- fi.DpUcitc 

17) î'i fciî gerco'Ibtai ©araj, ( Mefe ipaOt\) bcr unwdÉ 
Ocr g(cifd>banfe, itj.uin mon berg^aû ccbet? 

18) (?5<f)et geraOeé S[Seâ»>'^ tucc^ bicfcu "Plaç OitKJuf» 
îvdrtei- 

isO Snu-n Ficinen ab^i^^ijfnbcn 'B'\^, ç,îhit b^rauf ju. 

20) ll^l^ aani f;l^(^c baibn) eitu flciiic ciitjc ©o|]V. 

21) ^}3ian faim ja nid^t tuvcI;foinmm , ce ift ja «la 
earf. 

22) %m id; nicDt cin bumm«r ^trl? 



DE TERENCE. 451 

plus court, ^^) & qui n'eft pas fi embarrafle» Sa- 
vez -vous la malA-n deCradnus, de cec-honune qui 
a tant de bien ? "*) 

'D'eméa. Oui. 

Syrus. Qa.^nd vous l'aurez paflee, tournez à gau» 
che dans cette même rue, & quanti vous ferez au 
'J emple de Diane, prenez à droite ^') avantque de 
venir à la porte de la ville, *) Tout auprès de 
l'abreuvoir il y a un boulanger, & vis-à-vis de ce 
boulanger vous verrez une boutique de menuifier, 
c'elt là qu'il eft. ^^) 

Dhiéa. Qu' y fait -il? 

Syrui, Il fait faire **) des lits de table avec les 
pieds de chêne verd"^') pour m:inger au foleil. 

Déméa, Pour vous faire boire agréablement, ^^) 
vous autres ? c'efl: fort bien fait en vérité. Mais 
pourquoi ne l'y aller pas trouver? ~^) 

Syrus, 

*) Farron nous apprend prenoit Je l'eau pour ctcin- 

qu'aujifès des pi)rtcs des viK dre le feu que les ennemis 

les il y avoit toujinrs de tàchuient de mettre aux por- 

grands refenoirs d'eau où tes, 

l'on abreuveit les chevaux, **) Cardans le beau temps 

& où en tems de guerre on ils {bupoient à l'air, 

03) Çincn tid fur^ern -ÏBcg. 

24) 5Der fo reid) jft. 

25) îBenfcct eud) jur Dîcd)(ctt. 

26) ^an< nal)ç bi\j b(v %ïànU ifî ein iSccffr, blffcm 
S?fcfer OfC$tn ùber n?crbct i()c cincn Xifd}crlncert 
Kïbiiâm, ba bnnncn t{ï cr. 

27) Unb bné (5îc|lea ijon griinm ^idjen. 

28) Sud) eincn ançjcnc^mcn Xrunf t^orjufc^m. 

^ 29) 8ib(v tvûrum gçljç id; nic(;( l)in, j(;n aufjufud;«n? 



4êâ ' LES ADELPHES 

Syriis^ Vous ne faui iez mieux faire. J' exerce- 
rai aujourd' hiîi tes jambes comaie il faur, vieux ra- 
doteur.^") Mais Etchinus efl bien haïfl'ible d'être il 
long-temps à revenir, cependant'') le dîné le gâ- 
te, ^') & Ctéliphon de Ton côté '^) ne penfe qu'a 
Ton amour. Four moi, je faurai fort bien niettra 
ordre à mes 3ftjîres> ") car tout préfentemeht je vais 
me garnir de ce qu'il y aura de plus beau & de 
meilleur, & en vuidant '"*) peu à peu les pots, je 
palTerai doucement la journée. ^^) 

*) Les Grecs S: Rmnains gîe, c'eft pourquoi dans U 

ne faifoient crdinsircmenC dernière fcene de cette Ce- 

qu'un repas qui étoit le loii- médie Dérnéa reproche â 

per, mais ici ce diner eiè pour Syrru qu'il avoit foin de leuc 

de jeunes gens débauchés tenir le £i{\ïn prêt dés le 

qui n'obfervcnt aucune rè- mctin. 

30) ^cufe tiMÏÏ îcî) bcincn 33clnm ju t()îîn fcÇ-ftlfen/ h\x 

aiîfx %tàM\mx* 

31) 25cv&irbt viiî 93iitrrtÇ5êmaf)fjci{* 

32) 2Uif, rairb iîiî granjdiïfdîen Cet) &cnm ÎBoifcrrt 
air, coté, fi(jon. Sic. m\î lî'ii\ Genitivo ober Ab- 
lativo gccjcbcn. 

35) ÇiScrbc fd)on mcjne @ad)i' cfn^^uridifctî milKn. 

34- ") QBeUîl bcm Parrieipio primo bie parLii^'ula en yci'* 
gcfcjt tlMVb, fi) Cûrccfpcîîbîft bicfe ConUruction 
mit bcm Gcrundio in do bcrcr Satemcv. 

35) 26iC[ îd) mîd) mit L-eiiî fd)é'nf?cn uno hiÇuWt fo (>er« 
()(jn&en feçn wirb, berfebcrt/ iinh Inbcni id) nad) 
«nb nad) bse îopf\' auélcêrcn tPcrDe, iViti ici) bm 
Sag (jcmadjlicÇ {;inbiin3cn. 



Acte 



DE TERENCE* 4^^ 

ACTE QJLIATRIEME. 

SCENE IIL 

M I C I O N. H E G I O N, 

Non, Hégion, je ne vols rien ') là qui mérite les 
louanges que vous me donnez; je fais ce que 
je dois, je répare !e mnl que nous avons fait« ^) 
Mais peut-êcre que vous avez cru que j'écois de ces 
gens qui s'imaginent toujours qu^on leur fîir tori?, 
quand on leur demande raifon du tort qu'ils ont fait 
aux autres & qui font les premiers à ie plaindrej 
parceque je n'en ufe pas ainfi, vous me remerciez. 

Hégion, Ha point du tout, je ne vous ai jamais 
cru autre que vous êtes, ^) Mais je vous prie de 
venir avec moi chez la mère de cette filie, & de lui 
dire ce que vous m'avez dit, que le Ibupcon qu'on 
à contre Elchinus, efl mal fondé, "*} & qu'il a enie» 
vé cette joueufe d'inllrumens pour fon frère. 

Aîichn^ 

1) ^mn cin anbfr«<5 Adverbfum negandi in ter bcuf;: 

fd)cn Conllrué^ion concurrjrêf , fo nmfi biefeé Ad- 
verbium negandi, TOie eé l)ier tù^ (£ïemp;t mit 
rien beutïîd) cnjciget, an cfeeti tzmOnt (Ic^en, luil 
ton recïjîjfrocgcn pas fïc^cn foîlîe. 

2) 3cf) nîQt^e tvicbcc giif, tvaé njir Êofc gcmni^t. 

§) aid) l'm (jfriniifïcn niii)f/ td> ^abc cuc^ niernalen fû$ 
cineiî anbcrn, aie ibr f^p^, c^t1)alrciî. 

4) Unb bo^ ber Slrgit^obH/ bcn nwn tvibep b«a Eièhi- 



4^4 LES A DELPHES 

, Miàon, Si vous jugez que cela foit nëcefTaire, 
allons. .^) 

Hégwn, Vous me f<^ites plaiiîr* car vous remet- 
trez l'clpric de cette pauvre fille, ^) que la douleur 
& ie chaa;rm ont mife dans un eut picoyjble, & 
vous aurez la iatisfjiiion de vous erre acquité de 
votre devoir» ^) Si pourtant ceb vous failoit de la 
peine, ^) j'irois feul lui dire ce que vous venez de 
m' apprendre. 

Miàon, Point du tout, i'irai moi - même. 

Héjjon. Je vous en ferai bien obligé; car les per« 
fonnes à qui la fortune n'eft pas trop fvornble, lonc 
je ne fais comment plus foupçonneufes que les au- 
tres, & prennent touc en mauvùife pnrt, croynnt 
touiours qu'on les méprd'e pour leur pauvreté. ®) C'eft 
pourquoi je penfeque le meilleur moyen de l'appai- 
fer, c'eft d'aller vous- mêtiie juftifier Elthinu», '°) 

M'iàon» 

5) 20«nn if)r Ws\)mt , \>:\^ biefcé \\it\)u;i fci), U^i mi 

gcbcn. 

6) £iûnn ir)i- n)«r&cf ticfcm ûrmm 5!)îai)^9c^ wicbcc 

?DÎU'.{) mac()cn. 

7) Unb \[)ï KOiK^ît ^.n^ Qjcr.'^rnhi.fn \y\Ux\, curer ^d)\xb 

bi^fcit fine ©mûj^c aclcifrcr ju l)a(\MK 

8) ÇQJnnn dUx Mcj'cC cuci) fdjwer anfommcn, (^DjU^c 

mad)en, ) follte 

9) Datm bic Çeufc bcttm brté ÇUlcf nicf?t fonbfrlfrf) 

flùufiig i(î, finh, tch tvci§ nîcl)t \imc .(>pnvfc(, unD 
tticitar(t!t)i5l)iiifi)crQl^ anbeco, lï\>'n oGoi? ùbel nué, 
n^cil fie aflc.îcit glaubtn, ina« occacf)fc fî; um i()rcc 
3limut() rrillen. 
40) 3(ï/ bnfi i|)c ftlbft èin3c(;et unb bcn Efchinus rccOt* 



J 



DE TERENCE. 4^f 

M'tciou. C'eft bien dit, & rien n'eft plus vrai, 
Hé^ioii. Suivez-moi donc par ici, 
Muiou. Je le veux. 

ACTE QJ-IATRIEME. 
SCENE 1 K 

Efcbimis^ 

e fuis au defefpoir! faut-il qu'un fi grand mal- 
heur me Toit arrivé tout d'un coup, fans que je 
lâche, ni ce que je dois f^ire, ni ce que je puis de- 
venir ? La crainte & le defefpoir m'accablent le corps 
ôcTerprit, je fuis incapable de prendre aucune ré- 
follition: ') ah comment mè tirer d'un embarras (î 
horrible? foupçonne de la plus noire de toutes 
les trahifons & avec quelque efpece de juflice, ^) 
Softrata croit que c'eft pour moi que j'ai acheté cet- 
te joueufe d'inftrumens. La vieille fervante me l'a 
fait comprendre, ^) car tantôt comme on l'avoit 
envoyée chercher la fage- femme, je l'ai rencon- 
trée par hazard , je me fuis approché d'elle, & je 
lui ai demandé des nouvelles de Pamphila , fi elle 

étoic 

1) %m^t unt) 5>«r|t\jC!fTutt() ^^)\a%(ti mcincn îûb unb 

(3)jmùtî)e barnicbcc , icf) bi» nid)t termdgcnD au(^ 
hm flcrm.cî(î«n €'ntfd)tu|î ^u fûffen. 

2) £)a man / unb isroor nocî) i^a^^^ mit einem fcftcintuî* 

rcn ÇU'unt) bc^9îecl;té, micl)tt)egenbcrflncrbaf;[ic^; 
0«n 53€rr5t()crcp im Serbai^t î)at ? Etant ift tçp 
loupçonné auCgdûfiin, \Xi<i\d)i^ oft 9efd)id)t. 

3) S)re oMi ^Oîa^O ()at mie «é ju iH'rfïd;en gcijcben» 

G"" 



4(^6 LES ADELPHES 

étoit déjà en travail, '^) & fi c'étoit pour cela qu'elle 
allojt faire vei?ir !a fage-femme , elle s'eft mile à 
crier. Allez, allez Efchinus, il y a affez long- 
temps que vous vous moquez de nous, & que vous 
nous amufez par vos belles- promefTes, 1) Ho, lui 
ai-je dit, qu'eft-ceci, je vous prie? elle a conti- 
nué, allez-vous promener, ^) allez, prenez celle 
dont vous ctes fi charmé. Tout aulîiiôc j'ai connu 
leur penfée, mais je me fuis retenu, ^) & je n'ai 
rien voulu dire à cette caufeule, de peurqu'elle ne 
Tallàt divulguer. ") Que dois je donc fjire préfen- 
temenc? Dirai-je que cette chanteufe eft pour mon 
frère? C'eft la choie du monde quidemande le plus 
de lecret. ^) Mais je pafle fur cette confidération, '"} 
je veux qu'il foit pollible que quand je leur aurai 
tout dit, cela ne falfe aucun éclat. ") Je crains 
qu'elles ne croyent pas même la chofe comme elle 
cft, tant les apparences font contre moi. '") C'eft: 
moi-même qui ai enlevé cette fille, c'eft; moi-mê- 
me qui ai donné rnrgent, c'eft chez moi qu'elle a 
été menée. J'avoue que ce malheur m'eft bien ar- 
rive 

4) D6 ftc fc^on in 5îtnbcénptf)cn \à(H(, 

5) Unb Dap ibr uns mit nircn fd)oncn 25crfprcc^un3<rt 

bel) ter D^afc hcruni rùbtct. 

6) îa\în mid) jufricbfii, (ucbt curer SiScgc.) 

7) ?lbn' id) habc oiî ni'd) }3cbnUcn. 

8) 2hi^ gurd)t fie mt^duc cj^ nuôbrcifen» 

9) (£éi|] cinc (^ûilK, fo Die gro'gtc 93erf(^roif3cn^«iJ 

i)cn ber ^^cit crforbcrt. 

10) ^iliicin icf) wiU ba€ ùbetQtïycn. 

11) 2)«cfcd nic^t tvcitcr nuéfommc. 

12) eo fv()c fmt) m %Q\)x{d)mn<i)UiUn tvib«J( 



DE T.ERENCE. 4^^ 

rivé par ma faute; ") de quelque manière que la 
choie le fût paffée, ne devois-je pas la déclarer à 
mon père? je Taurois fléchi, ''*} .& j'aurois obtenu 
de lui la perminion d'époiifer Pamphila, mais je me 
fuis endormi jusqu'à préfent; Eveillons-nous donc 
enfin à cette heure; le meilleur parti que je puille 
prendre, '') c'eft d'aller de ce pas chez elles '^) me 
juflifîer; je vais donc heurter à leur porte. Je fuis 
perdu! je fens un frilfon me courir par tout le 
corps, '^) dèsque je commence à heurter. Hola, 
hola, quelqu'un, c'eft Efchinus, Mais je ne fais 
qui fort. Je m'en vais me retirer ici, 

ACTE Q^UATRIEME. 

SCENE r. 

MICION. ESCHIlNUS. 

Michn. 

Softrata, faites, comme je viens de vous dire, pour 
moi, je vais trouver Efchinus, afinqu'ii iache de 
Gg z quelle 

13) 3cf) (îf fïcf)C/ fcû^mirbiefc^Unglûcî né,t fcurc^ mm 

33errcf)en ju^^cjiob'en ijî. 

14) (£r f)a«e fîd) bon mit er6iffcn ïa|Ktî. 
iç) ©aê bcfîe 93iitteî/ fo \^ cr^rcifai faim. 

16) ^ier (îet)eî bas Fronomen Pcrfonale in Pluralî Num. 
TOcil fl^ fo incl Ocbeiitef, nlsj chez la mere & la fille. 

17) Q:é ûbcrfâOt mîc{)dnêd)au?r ûber Den ganjen i?ei6. 

FrifTnn, mit cincm toppelfcn fl^ f)eiff(?t bfré(f)ouer, 
cin 3itf«rn ftor gurcht; frifon nbec ^cifTct cin fur^f 
JCC UiUerrorfi Friloii; onnc, ncutltç lîian tÛ ^&5 

wflljâç Frifios, ()««tf3ç Sriî^lÂn&fr» 



463 LKS ADELPHES 

quelle manière cette afTaire s'eft paflee. ') Mais qui 
eft: ce qui heurte? 

ffhinus. Ho, ho, voilà mon père ? je fais au 
defefpjîr! 

Michn, Efchinus. 

EJchhius, Quelles affaires peut -il avoir là- de- 
dans? ") ' 

Mhioti, Avez- vous heurté à cette porte? (il ne 
répond point) ùas : pourquoi ne me donnerois-je 
pjs le pbifir de le jouer un peu? ') je ne fiurois 
mieux faire , pour le punir de ce qu'il n'a jamais 
voulu me confier ce fecret. Vous ne me répon- 
des pns? 

Efcb'nuiSt Moi ? je n'ai pas heurté , que je fâ- 
che. 4) 

M'ichn. Je lecrois^ je m'étonnois bien aufîî que 
vous cuilîez affaire dans cette maifon, & je ne pou- 
vons comprendre ce que cepouvoic ctre» {Bas: il 
rougit, c'ell: bon ligne.) ^) 

Ejchiiiiis. Mais vous> mon père, dites-moi, s'il 
vous phiît, quelle affaire vous y avez? ^) 

Micioih Je n'y en ai nulle pour moi, en vérité, 
c'efl: un de mes amis qui m'a pris tantôt à la place, ') 

& qui 

i) ^k cô mit tiîfer <Baâ)t jugcô^ngcn. 

2) 5Bûi^ mag cr bod) tnrinncn ju fdjrtffin T^abcn ? 

3) 3f)" ci" aH'iiig ju ucyircn. 

4) 3d)? id) l)c3^c nid)t anflefiDpff, fo Diel \S) tvd^. 

.î)aô verlinin lavoir ^d)ii t>i'(în3cgçnbi«:riinConjua- 
«Slivo, njcil Conilriiâionccativa ttorI)Cr Qf^Cf. 

ç) Sr tt?irb cotf), c(J ijî cin mi 3Injet(}en. 

6) 'iiîaj» ibr Diirtniien ju fAajfctt babt? 

7) £)cc mid) uor^in auf bem 9Diarfr« anjjepacff. 



L)E TERENCE, 469 

& qui m'a prié de venir «ici pour quelque chof© qui 
le regarde. ^) 

E/ibhtis. Et quçllç.chofe? 

Micioii. Je vais vous la dire» Dans cette mai- 

'fon demeurent certaiîjos femmes qui n'ont pas de 

bien, & que vous ne connoiflez pas apparemment, 

j'en fuis même lûr, car il n'y a pas long-temps 

qu'elles font venues dans ce quartier; ^) , 

Efibinus. Eh bien, mon père, après Cela? '°) 

Mkion^ H y a une jeune fille avec fa mère. 

Efchinus, Continuez, je vous prie, 

Micioth Cette fille n'a plus'fon père. L'ami 
dont je viens de vous parler, eft fon plus'proche pa- 
rent, *) les loix l'oblfgent de l'époufer. ") 

Ffchinus. Je fuis mort! 

Miciun. Qu'eft-ce que c'eft? 

Efibinus, Rien, rien du tout, continuez, s'il 
vous plaît. 

Gg 3 Mkîon^ 

>^) Il y a mille exemples Nombrei & les remarques 

dans les Anciens que telle de Grotim qui croit que cet- 

étoit la loi d'Athènes. Et te loi avoit été communi- 

cette loi ctoit la même que quce aux Atbènion par les 

celle que Dieu avoit donnée Phéniciem.. £t cela ett trèj 

à fon peuple. On peut voir vraileniblablc. 
le XXXVI. Chapitre des 

8) ®p U)n fln9c()ef. 

9) 3d) tJn fo vjar b#n tterflc^crt, brttin ce i(l nic^t 

lange, bag ^n fic^ (jie^cr begsben i^abcn, 

10) ÇSie roeircr? 

11) 3^ac^ b«n @cf<^m iiï tt ycr6unb<n fîe jju ^«j)fû^ 
tl;cn. La loi, baé ©efeÇ, ©cbot; faire la loi, 6c* 
(e^e fi«t>çn; recevoir la loi, «in«m «nUrt()mîi3 



470 les' ADELPHES ' 

Mic'wiî. Il eft venu pour l'emmener) car il de- 
meure à Miler. 

Efcbiuus. Oh! quoi pour emmener cette fille? 

Micron, Oui. 

Efch'nms, Comment, je vous prie, ju^u'à Milec ? 

Mieion Oui, 

Efch'wus. Je n'en puis plus! '^) Et ces femmes, 
que difent-elles? 

Mïcion. Que penfez-vous qu'elles difent? elles 
ne dilent rien. L.i rr>ere s'eft avilée feulement de 
dire '^) que fi fille u'oic un enfmt de je ne (bis quel 
autre homme qu'elle ne n(^mme point, que cet 
homme l'a aimée le prém-er, & qu'ainfi fa fille ne 
peuc cire à ce parent. '"*) 

Efchinus. Ho, ho! eft-ce que cela ne vous pa- 
jroît pos jufte enfin? 

Mïc'ion, Non. 

Efchituis, Comment, je vous prie, non? Eft-ce 
que cet homme i'emmener.i, mon père? 

Mtcion. Pourquoi ne l'emmeneroit-il pas. 

Efchinus. Vous avez fiit la ch^fe du monde la 
plus dure, la plus crueUe> & fi je l'oie dire plus 
clairement, '^j la plus indigne de gens d'honneur '^y 
comme vous. 

Micion, 

12) ÇïBic mitb mit! (fcil. fo ûDcI.) 

13) S^ic îUtuttcc cin^ig un& oOcm f)at ftc^ «infommctt 
lalfm Dorjuroenben. 

34) Unb folglid) fonntc i[)rc %Q^Ux bicfcm 3lnoer^ 

wauDtcn nid/t jufommfn. 
1 Unb a^o xé:^ bcutlidjer re^cn bnrf. 
|6) (£()rIicbcnt'Cri^CUfC. Chevalier d'honneur, fin.^of* 

Cût>oliCF; Daine, (îllc d'honneur , ;<inc .^pof&amc» 

Conleilicr d'honneur, ICitUlariMt^» 



DE TERENCE, 471 

Micion. Pourquoi cela ? 

Efcbinus. Pouvez- vous me faire cette deman- 
de? En quel étic enfin penfez-vous que fera ce 
pauvre homme, qui a vécu jusqu'à préient avec elle, 
& qui fans dou.ce en eft encore pafllonnément amou- 
reux? que deviendra ce uîalheureux, quand ii fe 
verra enlever cette fîile à fes yeux? '^) C'eft adu- 
rément là une aclion très indigne, mon père. 

Mïc'ion. Par quelle raifon ? *) Qui lui a promis 
cette fille? Qui h lui a donnée? '^) Comment s'eft 
fait ce mariat^e? Qaand s'eft-il fait? Qui s'en eft 
mêlé? '^j Pourquoi veut il époufer une fille qui 
doit être à un autre? 

Efchimts. Etoic-il jafte qu'une fille de fon âge/ 
demeurât là en attendant qu'un parent de je ne fais 

G g 4 où 

S(t) Il dit cela, parcequ'il avoit point été appelle, &c. 

Fi'y avoit point eu de parole Et Micion raficmble en peu 

donnée, que c'étoit un rapt, de mots toutes les nullités de 

2o,)<îvi'il n'y avoit eu aucune ce prétendu mariage, 
céréiuoiiie, (Icqueleperc n'y 

17) Unb ber oî)n oîlcn 3w««f«l nod) jîcrMicî) in fit mx* 
livOt ijl? Xùa6 folt Qué Mcfcm ^IcnD^n t»(?r^e^, 
îvana er fd):u itirb, ha% mon ftc \\)m t»or fdnai 
SUiGcn cnttui)ven icirt». 

18) 5)tûn obfcrbirc nod)mûIcn, ba% ^k Particuî;r Re- 
Ltivs obfC Fron. Conjunc^v. Perfonalia Acci!). CzC. 
le, la unb les, bcm Dativo lui, leur, jebcrjclt OOÏ* 

19) vîBa- \yxt fid) bamit jti {\)wn gcmacfjf» 

20) Le rapt, m SvaiiO, dnc (jcTOûUfamc ^«i(fuf)rung 
ciner O^clOcéperfo»; rapt de Subornation, 95er* 
fû()rung« 



472 LES ADELPHES 

où, vint la demander en mnriage? ^') Voilà, mon 
père, ce que la juftice vouloic que Vous repréfen- 
taHîez, Si ce que vous deviez faire valoir. ^'? 

Miiioih Que vous ctzs plailiinc! ^^) aurois-je été 
parler contre un homme qui m'avait mené là pour 
fôutenir ies intérêts? ^"^j Mais, Erdiinus, que 
tout cela nous importe-t-il? qu'avons-nous à voir 
dans tout ce qui les regarde? allons-nous-en. 
Qu'ya-t-il? pourquoi pleurez-vous? 

Efcb'iv.us. Mon père, je vous prie d'écouter. 

Micion, Mon fils, j'ai tout entendu, & je fais 
toqt, cir je vous aime tendrement, & c'efl pour- 
quoi je m'interelTe fi fort à tout ce que vous fai- 
tes. -') 

Ef chinas. Mon père, ainfi puifllez-vous m'aimer 
toujours , & me trouver toujours digne de votre 
tendrelle: comme il efl vrai que j'ai une très fen- 
fible douleur d'avoir tait cette faute, & que je fuis 
confus de paroître devant vous. ~~') 

Micion, 

il) SSarc ce 6iDi(), bftf? cin?0?ô(\b3mDonif)Tcn^ùf;rm 
bû lourcn (ftÇen) follti?, bié cin 'ilnoertvaiiliter, ict) 
tvciiJ nic^f wo^cr/ famc^ ftc ju f)ci}rat()en ? 

22) UnbWâ!?i()rnacOî)iûcni.cl)i'»o)rtcncn/ urflircn fofl(«(. 

23) -îCie (arfi()) wunbcrlitl; feijb i()r? 

fl4) 6«in S5«|îcâ ju bcforgen. 

2j) 'Derof><îïbcu ttfbmc id) fo f«Or 5(ntf)cil an nHcm, 
umC i()r l>ornc()rnet. 

a6) .^af; cfS micï) r«d)t fcbmcrjct, bitfen S^f^l'^r ^^^9^"' 
(\cn JU brt'ocn, uni) baS id; mid; rcd;t fdjamt, yoc 
cuc() iu trctciî» 



PB TERENCE, 



473 



Amidon, Je n'en doute pas , car je connois votre 
bon naturel, ~'^) *) Mais je crains que vous ne foycz 
un peu trop négligent. *'^) • En quelle ville enfin 
penfez-vous vivre? ^^) vous avez desboiioré Une 
fille , dont les loix ne '('ous permettoifent pas d'ap- 
procher. ^') Voilà dcJ3 une grande faute, je dis 
fort grande, '°) *'^*) cependant pardonnable, car c'eft 
un malheur qui efl arrivé à bien d'autres,, &: m,ê- 

Gg 5 me 



if.) Il ne le gronde pas d' 
avoir fait cette aclion^ mais il 
le gronde de n''avoir pas su 
prendre les incfures qu'il 
falloit pour la faire tourner 
à bien, 91) & pour s'épargner 
les chagrins qu'elle lui a cau- 
ies. On ne lauroit rien voir 
de plus tendre que tous ces 
reproches, il n' y a pas un 
feulmocqui ne mérite d'être 
bien confidére'. 

*^) Voilà qui commence 
cl'un ton bien grave & bien 
férieux, mais ce ton fera bien- 
tôt radouci, 6c après avoir 
bien expofc la faute, il ne 



manquera pas de l'excn- 
fer. 

**^) Apres a voir exporéJa 
faute avec toutes Tes noires 
couleurs, ro/7(2 i^éja une qran- 
ile feinte^ je dis fort gyande, 
voici bien (les cxcuies, i) el- 
le clt pardonnable à la W\~ 
bleffe humaine. 2) Ce mal- 
heur eft arrive à bien d'au- 
très. Il faut encore quel- 
que chofc de plus, c'eft pour- 
quoi il ajoute 3) & même à 
de fort honnêtes gens. Ne 
peut on-pas dire que cette 
faute elè Ç\ diminuée & Ç\ af- 
foiblic par-là, qu'elle nepâ- 
roît presque plus? 



27) 5)<nn \6) fcnue cucr gufcé ©emût^e. 

28) 3» w^é fût eittcc (Stûbt î)«nft ir)v «nMii;, bflgjOc 
k()et? 

^9) 31>r \)M ciii 0)?â(ib(îcn gefd)anbcf, on mdd)c<5 cuc^ 
ju fôageu W @ef^6e eerbetcu. 

30) Saé ifl fcî)on citt grogcc; m, fc^r gvoflîc ge^lcr/ 

31) 5D,amit fîc woOl ouéfcî)(û,(ie. 



474 LES ADELPHES 

me à de fort honnêtes gcns« Mais, je vous prie, 
après cet accident, avez- vous pris quelques mefu- 
res? avez-vous prévu ce qui pouvoit arriver? f) 
avez-vous fongé aux moyens de faire réiiflir l'af- 
faire, comme vous le fouhaitiez? ^") & fi vous aviez 
honte de vous ouvrir à moi, ^^) ne deviez-vous pas 
au moins me le faire favoir par d'autres? pendant- 
que vous êtes dans ces irrcfoiucions, neuf mois fe 
font pafl'és; ^'*) *) vous vous êtes trahi vous-même, 
vous avez trahi cette pauvre mBlheureule & votre 
pauvre enfant, au moins il n'a pas tenu h vous 
que vous ne l'ayez fait. ^^) Que penfiez-vous 
donc? **) croyiez vous que pendantque vous dor- 
miriez 

5(t.) Il ne pouvoit lui n'en **) Ceci e(l encore plus 

dire de plus tentire ni de tendre que tout le rclte. Car 

plus conlôliint, car il lui fait Apcion fait voir 'à ce jeune 

connoître que non Icule- homme que s'il avoft voulu 

ment il iMofereffc à ceqni le s'aider, les Dieux auroient 

regarde, ninis à ce qui re- donne une hcurcule Hn à 

garde cette pauvre inere, & cette affaire. Or peut-on 

à ce qui regarde l'cnKint diminuer d. vontasic une 

dont elle vient d'accoucher, faute que de dire que les 

Dieux 

t) JF)a6t if)rcingcrcl)m, tt?a^bûrau^«nffîebnifonn{c? 
32) »9ci)b ibr ouf 93îittfl 6cb.jd)t aciDcfcn, bûf^ ^le Q,ai 

d)cn, fo n>ic i()r ce! rtn"u,fd)ict/ ciuen 9lùctitcl;cii 

Sluégancj çjcroinncn mdgcn. 

83) ÇiifV ^crj acijcn mid) fliif>jufd)uttcn. 

34) 3" fold)cr Unfntfd)Io|]cn()cit O^l^t i^r ncun ganjc 
s)}îonutf>c ju9cl'rv^d)f. 

35) 3^^' ^ûî*f f">^ndt>fî, unb bicarme (Jlcnbc, cucr 
arraeé if mb iH'tratlKn, rocniolrtne bût <é nidjt ait 



DE TERENCE, 



475 



miriez les Dieux prendroienc foin de vos afïiiires, 
cju'ils les feroient réiïlîîr félon vos defirs? ôi que 
fans que vous vous donnafliez h nioiridre peine, ou 
vous meneroit cetce fil'e chez vous? En vérité , je 
ferojs bien fàchc que dans les autres chofes qui vous 
regardent, vous fulliez aulTi peu foigneux; ^^) mais 
ne vous affligez pas, vous répouferez. 

Efcbinus. Ah? 

Micion. Ne vous affligez pas, vous dis-je. 

Efcbimts, Mon père, ne vous moquez -vous 
point ? 

Miciou.^^ Moi me moquer! & pourquoi? 

EJchimts. Je ne lais, fi ce n'eft que pius jedefire 
cela avec pafîion , plus il me fenible que j'ai fujet 
de craindre. 



Dieux l'auroient menée à 
bien, Avec quel art Micion 
fait -il entendre qu'- Efchi- 
nus n'eiè presque coupable 
que d'un p<îu trop de négli- 
gence, comme jI l'a dit 
d'abord. 

*) Ces deux pronoms de 
fuite, 7)Wi, 7ns, font admi- 
rables pour marquer la ten- 
drelfe que ce père a pour fun 
fils. Mais on demandera 
pourquoi Micion dit à Ion 
fils avec tnnt de confiance : 
Moimevioquev de vcin? th 
pour^uoP. puisqu'il s'eit dc- 
ja moqué de lui , faifant le 



conte de cet homme qui de-» 
voit éj)Ou{er fa maîtrefre. 
Voici une réponfc à^Donat^ 
qui me paroîr une maxime 
lûre dans la .Morale. Il dit 
qu'on peut j.iuer (es pcrfon- 
nes que l'on aiine, en leur 
donnant de tauffcs craintes, 
quand en peut d^ns le mo- 
ment dilîiper i Cs craintes par 
des joyes lolidcs & vérita- 
bles i mais que c'cft l'isflion 
d'un ennemi , de jetter les 
^ens dans de finiffes joyes 
qui ne peuvent être fuivies 
que de trillclTe & de dot- 
leur. 



56) 3^r nid;t fcrgr^ltificr xami. 



476 LES ADELPHES. 

Mh'tôn. Allez-vous-en au logis, & priez les 
Dieux , afînque vous puifîiez faire venir votre fem- 
nie chez vous, Allez. 

Efchinits. Quoi! >e l'épouferai tout-à-l'heure? 
Âlkiori. Tout à Theure. 
Efchhms. Dès à préfenc? 
Miçion. Dè's à prélent, le plutôt qu'il fe pourra. 
Efchinus. Mon père, que cous les Dieux me haïf. 
ienr, fi je ne vous aime plus que mes yeux. ^') 
Micion. Quoi plus qu'elle ? 
Efchhms, Tout autant. 
Micion, C'cll beaucoup. 

Efcbimts. Mais qu'eft devenu cet homme de 
Milec? 

M'îcion. *) Ils s'en efl allé> ^^) il s'eft embarqué, 
il' a fait naufr.ige. Mais pourquoi tardez-vous? 

Efchimis. Mais vous, mon père, **) allez plu- 
tôt vous-même prier les Dieux, car je fuis lûr 

que 

%) Pour ne pas dire crû- s'en efi: allc, que les chiens 

ment, '^^)j'afwcnti^ ccjlun l'ont njangc, &c. 

conte, il finit ce conte com- >*>it) C'elt unecho(èdesa- 

mc les qpurriccs tinilfent grc.ilije qu'un his loue fbn 

ceux qu'e'Ics font à leurs en- père efi ù préfence; c'eft 

fans, quanc^ elles les vaycnt pourquoi il elt bon de re- 

trop épouvantés: car elles inarqucric* avec quelle de'li- 

leur dilént alors que le loup catellc Jércncehit quEfc/'i- 

nus 

37) 5CSanit icO cticf) nicî)t nhtt âflc^aafjcn tic6f^ 

3S) vEcnn aller reciprocc mit en qc&raurf)t tvirb, fo jci^t 
eé cinc fd)ncnfre unb j>!oÇîirf)crf .^an^Iuna an. 

39) Crud, crue, (fpricf) baé d nid;t ûU(J) ^<\xi, <jrau; 

fam/ crûment, advcrb. 



DE TERENCE. 



477 



que *) comme vous êtes beaucoup meilleur "**) que 
moi, ils vous exauceront auffi plus facilement. '*') 

M.cion. Je vais encrer pour donner ordre qu'on 
prépare tout ce qu'il faut; vous, fi vous êtes f;:ge, 
faites ce que je vous dis. 

Efchintts Quelles manières chnrmmces font- ce 
là! '*^) diroit-on qu'il eft mon père, ôc que je luis 
l'on fils ! '^^) s'il étoic mon frère ou mon ami, pour- 

roic- 



fjin loue Micioii ; c'eft la Re- 
ligion qui lui fournit cette 
Jouange, & ce n'ell:i]u'cn s' 
excufànt de prier les Dieux 
lui-même, qu'il trouve une 
occaiîoti naturelle de donner 
en deux mots à fon père la 
plus grande louange qu'il 
pourroit lui donner. C'eft 
ainfî que dans f^irgile Enée 
d/t à Anchife: ,,Vons, mon 
5,pere, prenez les chofes fa- 
„crccj, Si les Dieux Pcnstes. 
44) Il veut porter Ton père, 
mais il vçutque fon père por- 



te les Dieux. Téyencc a peut- 
être eu en vue en cet en- 
droit ce que dit He/ioi/e, que 
c'cft aux jeunes gens à agir, 
'■aux homines en âge parfait 
à donner des conteijs, ôc 
aux vieiilards à prier les 
Dieux. 

*) Jamais les liommes 
n'ontété plongés en des ténè- 
bres fi épaiflcs, 45) qu'ils 
ii'ayent cru que Dieu exauce 
plus facilement les prières 
des gens de bien que celles 
des autres. 



40) T)ii Compar?tivi vôîïbtn Yùk im S)cutfcr)en i)cr* 
grdjîertburdjbicSBDrtgr: bien, beaucoup, dcTbeau- 
coup &c. 

41) £)ûg mil ihv Yûdt frdmmer fc^b, ftc cud; aucî)n?ciÉ 
cbcc di^tîiicÇi crr^dren werbcn. 

42) 5Bûô finb ba^ n\d)t fut liebreijcnbé Slrten! 

43) ^oUH wan fa^m, î)a^ et mem SSrtfw un& ic^ fdti 
©o^n tt)dcc? 

44) 2)ic ^aiiégdrter. 

4î) Sie 83(cnfd)ni haUn nimali in «incc fo bicfcti 



478 LES ADELPHES 

roit-il entrer dans toutes mes pafiions avec plus 
de bonté «Si de complaij'ance? '*^) ne dois je pas 
l'aimer ? ne dois-je pas avoir pour lui tout« h ten- 
dreHe 6c tout rempieîlement imaginable? "^^j ha, 
je puis dire aulîi que *J par cette complaifance il 
me jette dans un loin continuel de ne rien fiire par 
mégarde '^^j qui lui puilTe déplaire* car pour le faire 
exprès, ^^) je luis lûr que cela ne m'arrivera de 
ma vie. Mais pourquoi n'entrer pas tout préfen- 
tement, afînque je ne ibis pas caul'e moi même que 
mon mariage ibic différé? 

*) Tcrence a çrand foin aveugle. Maïs quanti elle 

de marquer les bons effets aiiroir tonjouis ctc bonne & 

que la complaifance des pe- utile dans ces teins où les 

res peut produire. Cela n'em- ténèbres de l'erreur cou- 

pêchepasque cette coinplai- vroicnt presque toute la rer- 

lance ne loit iouvcnt trcs re, elle leroit très mauvaile 

dangercufe , quand elle eiè aujourd'hui. 5c) 

46) (Soflfc cr tvcbl mit mcbrcrcr ©ùtc unb SBinfafv 
rjgfeit an aDcn meincu ^tibcnfc^aften 3hu|)cil uc^^ 
nitn fdiiiiîcn? 

47) 60Q id) nld)t fur ihn ûOé îar(Iid)e £icbe utib aflc5 
crfnnilidK -ï^auù^^en (Sbercitn)i[Iii]fcit) [)ci)fn. 

48) •?Oiad)t ix, biîfiicf) cincimmcr»a()rcnbc©ors«trûâe/ 

nidjCîJ <\\x^ 53Cife()cn ju tl)un . . . 

49) 5>cnn, bûfi id) «é mit SSorfa^ t^un folïrc. 

50) 60 tvûvbe fie bod) r^cutigcé ^ûgcij (^cut ju îaâO 
f«()r tJcrtvcrflid) fci;n. 

ACTE 



DE TERENCE. 479 

ACTE QUATRIEME. 
SCENE VL 

Dcméa» 

Je me fais lafTé à n'en pouvoir plus à force de mar- 
cher. ') Que le grand Jupiter te puifie perdre, 
pendard de Syrus, avec ta belle manière d'enfei- 
gner le chemin: ^} J'ai couru toute la ville 5 j'ai 
été à la porte, à l'abreuvoir^ où n'ai- je point été? 
& pourtant là je n'ai trouvé ni boutique de menui- 
iier, ni perfonne qui eût vu mon frère. Maispré- 
fentement j'ai réfolu d'attendre chez lui de pied fer- 
me, jusqu'à ce qu'il vienne. ^) 

ACTE Q^UATRIEME* 

SCENE VII. 

MÏCION. DEMEA* 

Démêa, 

Je m'en vais chez elles pour leur dire qtae de no- 
tre côté il n'y aura point de retardement, *} 
Déîfjéû, Mais le voilà. H y a long-temps que je 
vous cherche* 

Micion^ 

1) 3fî) \)aU mid) burd) bûé r)m unb ()erse^<» fo «• 

mùoer, ta% \A) nidjt mcl)r faim. 

2) 5!)cn SSeg ju ttiiifnn 

3) 55in \d) entfcf)lctTen fcincr m fcincm j^auff/ 6i(J H% 

cr fommt/ fcfîen î^ugcé j« crivartm. 
I) 5Dag fluf uufçvfr ©cite fçln SSjtweiim fcçu foR, 



480 LES ADELPHES 

MîcmK Qu'y a t il? 

Dcw:dii. j'ai h vous apprendre d'jutres defor- 
dres de ce biave gaiçon, mais des defordres épou- 
vantables, 

Muion^ Voilà- t-il pas? ^ 
Dcméa. Nouveaux, horribles, abominables ! 
Mi ci on. Ah c'eil allez. 

"Démca, Ho vous ne favez pas quel homme c'efl", 
AJic'fou. Je le fais fort bien, 
DcW«. Pauvre homme que vous ètes^ vous vous 
imaginez que c'eit de cette chanteule que je veux 
parier: il y a bien autre chofe, &ce que j'ai à vous 
dire, eft un crime capital, ^} & contre une fille qui 
ell citoyenne. ' 

JVIicioîh Je le fais. 

"Dêrnca, Ho, ho .' vous le favez, & vous ]e foufTrez ? 
Aïuion. Pourquoi non ? 

Déméa. Eft-cé donc que vous ne criez point? 
cfl-ce que vous n'eces pas hors de vous? "*) 

M/c/un. Non. J'aimerois mieux à la vérité ^) . . . 
'Dcméa. Il y a un enfant. 
Micion, Les Dieux ie beniflent, ^) 

Dèméa, 

a) .^a ^aftcn tt)iié ? 

3) Q:in .f)ûuptt)crbrccî)cn. 

4) Sn)b tf)r nid)t ganj ouÇit <ud)? 

5) (£-^ fiinbfn ftd) t)iel Suhflantiva bie i) im Genitfvo 
■ 2.) im Dativo 3) im Accufadvo unb 4) "lit C'"<* 

Prapolitioii adverbialiter genommfn îVCtbcn. L)c 
bouche, mÙnMicf;; à la liate, in ^plî un jour, ein= 
fîcn0; en pcrfonnc, pcrfônltcf). 

6) S^ie 05ott«c ffgnm «^. (6o(t &ewfl&rc <ô i>oc Un^ 

glud) 



DE TERENCE. . 48/ 

t)êmêa, La fille n'a rien. 

Micio}7, On me l'a die, 

Vémja. Et il faudra qu'il i'époufe fans dot? 

Micion Qui en doute? 

Déwéa. Eh que fauc-i! donc faire préfentemeiit? 

Micion. Ce que la chofe demande : il faut faire 
venir cette fille dans notre maifon, 

Vèméa, Oh Jupiter! ell-ce là 'ce qu'il faut faire? 

Miciofi, Que pourrois-je faire de plus? 

X)éwéa, Cq que vous pourriez? Si la chofô ne 
Vous touche pas efTedivement, *) au moins feroit- 
il du devoir d'un homme d'en faire quelque fem- 
blant ^) 

Micion. Mais j'ai déjà donné ma parole, la cho- 
fe eft conclue, l'on prépare les nô:es, ^) )e leur aî 
été tout fujet de ctainte, ^) & voilà ce qui eft bien 
plutôt du devoir d'un homme» 

\')éméa. Mais enfin êtes -vous fort content dé 
Cette avanture? 

M'îcion, 

*) Micion ne pôuvoit pas tôt entrer (îans les foiblefîes 

mieux répondre à ce que des autres boinsTies, y com-» 

Démca lui uvoit dit, qu'il patii', leur dunner tous les 

ctoit du devoir d'un homme îoulagemens dont il ell ca» 

de témoigner être en cole- pable. 
te : car un homme doit plu- 

7) 9Scnj<iiîen^ tDÛrbc ce mm 5>?cnfcï)é« m\)\ atljki 
()en, ftcî) cinigcc magcn fo ju (tcaen» 

g) (£é %i{)t fcl)on aitf bif .Ç!oc{)jcit lofj. 

9) !jcî) §abe j^Rm aUc gurdjt tcnommiîrti 

Hh 



482 LES ADELPHES 

Mhion* Non, fi je pouvois I,i changer; mais com- 
me je ne le puis, je le fup porte patiemment. '°/ *) 
Voyez -vous; dans la vie il f^ut tenir la même con- 
duite que dans le jeu de dez^ s'il arrive que vous 
n' ameniez pas le point qu'il vous fiut, c'eft à vous 
à corriger par votre addrefle celui que le hazard 
vous a envoyé. ") 

'Dêinéa. L'habile homme.' c'cfl: par cette belle 
adr'îlFe que l'on a jette dans l'eau les foixânte pis- 
toles qu'on a données pour cette chanteufe. II 
faut fe défaire au plitrôt de cette créature a quel- 
que prix que ce foit; '^; fi on ne la peut vendre, 
il faut b donner. '') 

Michn, Je ne veux ni la donner, ni la vendre. 

Vémêa, Qu'en ferez -vous donc? "*) 

*) Mhmndre poiivoit avoir a envoyé, en nous fèrvtnt de 

pris cette maxime dans Pla- toutes la lumières de noti-e 

ton qui dit dans le dixième raifo^i &. comme il nous 

livre de là /!j<!'/'?</'//yf/^: Qu'il fcmblera mieux. Ces ma- 

faut prendre conieii des acci- ximes de Morale rcufTiflent 

dens mêmes, & comme dans fort bien àsiu^ la Comcdie 

Je jeu (le dcz, régler nos afEii- qui n'eit qu'un tableau de 

tes fur ce que le hazjrd nous la vie humaine; 

10) (ro tHxa^t id) <ê mit ©^^ut!!l, 

11) ©c()t i()r tvoM, in t)cm £ebcn lîiuP man (îc() ^«rd&c 
fo, tvie Ux) tem ÎCûrfcIfpicI auffùl)rcn ; trogt cô 
jïd)iu,^l^^tf)r^jc3lu^lcn, M? \{v f)ii^ai m\\^î,\n(i\t 
VOixUx, fi> fûiiinit et* cud) 5ii,bicfc^^ ivui^cud) t>iirc& 
tad ê'diirffal jUiiefdMcfr tDorticn, buid? cure ©e* 
f*ifnid)fdr ^u oerbeffcrn. 

12) f;)vau niuO alfobalb, (^ h^t aud; tvad c^ woUf^ 
tiifcé ?\3tcnfd) forffrf'ûlfcn. 

13) O^tutî raan fîc lu'rfdiienfcn, 

14) $S3aé ivoOct i()c t)cnu mit i^c aufangcn? 



DE TERENCE. 483 

Mi ci on. Elle fera chez moi. 

Béméa. Grands Dieux i une courtifane avec une 
femme dans une même maifon! '') 

Micioii, *) Qui en empêche ? '^) 

Déméa, Et vous croyez être en votre bon fens? 

Micion. Oui en vérité, je le crois. 

Déniéa. Que je meure, à voir la folie dont vous 
êtes, ''^) fi je ne penfe que vous la voulez garder 
pour avoir toujours avec qui chanter. 

Micion. Pourquoi non? 

Déméa. Et la nouvelle mariée apprendra aufîî ces 
belles chanfons ? 

Alicion. Sans doute. 

Deméa. Vous danferez avec elles, **) & ce fera 
vous qui m.enerez le branle. '^) 

H h 2 Alicion, 

*) Micion pouvoit dire mené naturellement à croi- 

que cette courtifane n'ctoit re que dans ces temps - li 

pas la maîtreda à' Efchinus, quand beaucoup de perfon- 

Mais il fâlloit cacher la faute nés danfoient enfemhle, elles 

deC/e/T/'y^fl», & nepasfia dé- prenoient un cordon qu'el- 

couvrir à (on père. les tenoient, & qu'on difoit 

**) Mot à mot, V'jW davfe- de celle qui etoit au bout & 

vez aumilieu d' ellci tnme- qui marchoit la première, 

««;;? /^cor^f .Tl faut donc ex- qu'elle menoit le cordon, 

pliquer ce que c'eit que me- IVIais cela ne me paroît pomt 

ner la corde. Cette exprcffion du tout vraifcmblable, car à 

quoi 

15) 3" «'"«"î «Ç»aufc. 
1^) 2Baé (icijf baran? 

17) ®.-nn num bie %\)^x^i\X fieljct, tic if>r uon cuc^ 

bliden \Q'\\ii. 
î8) Unb \\)i tverbcf bcrjcnigc fej)n, bec bçn IBorrci^e' 

lan|cn (bcn SUi^en fAi^rcu) ivirb. 



484 LES ADELPHES 

Mhioti, Fort bien, 

Dé/nea. Fort bien ? 

Mu/on, Oui, ôi s'il le faut, vous ferez de la 
patrie. '^) 

Dhiêa, Ha, mon Dieu! n'avez -vous point de 
honte ^ 

Miciou. Oh enfin, mon frère, défaites- vous de 
cette humeur bilieule, ~°) & foyez gai & content 
comme vous devez pendant les noces de votre 
iils, je m'en vais' les trouver, après. quoi je re- 
viens ici, 

Déméa Grands Dieux, quelle vie î quelles mœurs î 
quelle extravagance! une femme fans bien^ une 
chanteufe chez lui, une maifon de dcpenfe & de 
bruit; un jeune homme perdu de luxe; un vieil- 
lard qui radotte! "') En vérité quandla DcdYa Sulus 
elle-même fe mettroit en tcte ") de fauver cette 
famille, elle ne pourroit jamais en venir h bouc, ~^) 

quoi bon ce cordon ? ne pou- à cette longue fuite de gens 

voit- on pas le tenir par les quidanlbicnt ciifcinhieen fe 

mains ? Je fuis perfuadcc tenant coinnic liées par les 

qu'cin n'employojt aucun mains: c.ir les mains aiuli 

cordon à CCS dan les, &. que liées enlcmble font comme 

les mains ont donne ce nom une elpccé de cordon. 

19) 3<ï' wnt> fo cé fcpn niu0, fo tocrbct if;r ûuc^ baUi^ 
fcijn. 

20) '^^eiKbet cud) bicfcê mîirvifcDcn unb jornigcn ©es 

ai) Ql-ih juttijcr ?Oienfff> in (Scl)n)clijcrcp crfojfen/ ciit 

2l[tcr., i>n ba tr(5uincf. 
2^) èid) in bcn 6nni fomtncn ïiegc. 
23) (r^ î)a()ju vsrmittcln ot5«v bviiivien* 

ACTE 



DE TERENCE. 485 

ACTE QUATRIEME. 
SCENE VIII. 

S y RU S. DEMEA 

Syriis^ 

En vérité, mon cher petit Syrus, tu t'es j^lTe^ 
bien troitc, ') & tu ne t'es pas mal acquité de 
ton devoir* va, tu es un brave garçon? mais après 
m' être- bien repu de tout ^) ce qu'il y avoit de 
bon 3u logis, j'ai trouve h propos de venir me pro- 
mei^r ici. 

Déméa. Voyez, je vous prie, le beau modelle 
pour l'éducation des enfans. ') 

Syrus. Âh, voici encore notre bon homme. Eh 
bien Monlîeur, que dit -on? d'où vient que vous 
êtes trifte^ 

Démèa, H3,-pendard. 

Syrus. Ho, ho, votre fagefTe vient -elle déjà 
flous chanter les belles maximes ? 

Dùmca. Si tu étois à moi ! ■^) 

Hh 3 Syrus. 

i) ©u Oo(l bit té jiemlic^ wo^t fcf)mec!en ïnjfni. 

z) afîacObcm id) mid) nun jicnilic^ mit aUm gçfd^fgcf, 

3) ©ef)ff, id) bitte cud? trum, ifî baé n\â)t cm fc()ôn«i 

sOîuficf 6?p 2lufcrjic()ung bec iîinbcr. 

4) SSSann bu meiiic tvarcjl ! SS^cnn être fo Uicf ^ciflTcÉ 

até appartenir, fo regicrct Cé afieiCit ben Dativum 
feeé Pronom. Perf^ Abfi 



485 LES ADELPHES 

Syyus^ Vous feriez bien riche, & ce feroit le 
moyen de mettre vos afTiiires en bon état. ') 

Déméa, Je ferois aflurcmenc que tu fervirois 
d'exemple à tous les autres. ^) 

Syyus. Pourquoi cela? qu'ai - je fiiit. 

Déwéa. Ce que tu as fait? dans le fort d'un def- 
ordre horrible ^) au moment que vous venez de 
commettre un crime épouvantable, & dont vous ne 
favez pas encore bien les fuites, vous vous êtes tous 
mis à yvrogner, comme fi vous aviez fait la meil- 
leure aflaire du monde. ^) 

Syrai. Par ma foi je voudrois bien n'ctre pas 
venu ici, 

ACTE QllATRIEME 
SCENE IX, 

DROMON, SYRUS, DEMEA. 



H 



Dyomotit. 

ola, Syrus, Ctéfiphon te prie de rentrer» 
Syrus. Va-t-en. 
DJmca. Qaeft-ce que celui-là dit de Ctcfiphon? 



5) SDv fôûrbct iév rcitf) fa)iî, mb baê mm baé rec^« 
te îOîittd cure Sarben in (jutcn ôtanb ^u fcÇ<n. 
Rien riche, ijt ^icr tcc Siipcriativus anfolutus. 

C) 'Daf? t>[\ aflen anbC' n jum CrcTtpcl biencn foflfcfï. 

7) ï}a u)r wicc abfc()culic()cé lùO«tlic^eé ttbm ouf baé 

bod)f?c ijctriebe ^ 

8) Unfe tctT«n ?b'ûlgcn ihv nci) nlcî)t rcdif ro'fTct, i)(\H 

\h\- cîid) aOc bcfoifcn, q\^ n.vum if)r Me fdjénlî? 



DE TEUENCE, 487 

Syrus, Rien» 

Déméa, Ho, ho, pendard, ell: - ce que Ctéfîphon 
eft là dedans? 

Syrus, Non, Monfîeur* 

Déméa. Pourquoi le nomme -t- il donc? 

Synis, Ce n'eft pas de votre iîls qu'il parle, c'efî: 
d'un autre qui a le même nom , c'eft d'un méthane 
petit parafite ; ') entendez - vous? 

Déméa. Je le faurai tout-à- l'heure* 

Syrus^ Que voulez -vous -faire? où allez-vous? 

Démea, Laifle - moi» ^) 

Syrus, N'entrez pas, vous dis - je* 

Déméa, Veux - tu ôcer tes mains , maraud ? je 
m'en vais te cafler la tête» 

Syrus, Le voilà entré * je jurerois bien que ce 
compagnon de débauche ne fera pas fore agréable 
à toute cette bonne compagnie,^) & furtout à Ctê- 
llphon: mais moi préfentement que dois- je faire? 
il ce n'eft, pendantque tout ceci fe calmera, de m'en 
Hh 4 aller 

i) & rcbct t)0n cinem ^«rlngm hlbcrljcOeii 6c^ma* 

rogcr» 
3) ^an Orûud)ct nâc^ bem Imperativo uffiamzutc an 

^Qtt me unb te, Me Pronom, abloiuta moi unb toi, 

ûbec négative bldbft me unb te. 

3) 3^ t^^ate fûjî [cbwdrm, ba§ Mcfcc «Saufbnibcc 
bec gutett ©«ftllfc^aft nic^t fenb«çîi':i; aR0îU«(;in 
fe9n ivir^. 



48S 



LES ADELPHES 



aller en quelque coin cuver '^) le vin que je viens 
de boire, ^) c'efl: là le meilleur parti, 

ACTE CINQllIEME. 
SCENE /. 

MICION. DEMEA, 

*) T^e notre côré, Softraca , toutefl: prêt, comme 

JL/ je viens de vous le dire, le mariage Te fera 

quand vous voudrez» Mais qui fait tant de bruiç 

à notre 

*) On ne peut pas douter & tout ce quf fe pafle chez 
que ce nei(iitici iccoinmen- Sjîrata fait un intervalle 



cément du V. A£h; qu'on 
avoit fort mal commencé 
deux fccnc! pluï haut. Dc- 
méa ed entre cîicz M/c/on à 
la fin de la fçenc nréccdcnte, 
^y>7/î s'ell retire pour aller 
euver ihn vin', & Micion eft 
chez iy/m/*-/, r^infi la fcetie 
demeure entiereinent vujde, 



inffir:nt. On ne {;uiroit croi- 
re combien d'abiurditrs a 
produit la faute d'avoir hiiÉ 
ici la truifiême fccne du V, 
A«^e. Le Manulcrit de la 
Bibliothèque du Roi confir-! 
me ce partage comme je i'^i 
fait. 



4) Cuver, verhum Ncutr. in tcr 5^ufe fc>crf>lcl^m, ûlé 

bic îBcintruubcn uacf) ter 2ifc. Lailfcr cuver le 
\U^, l>cn ^iîcin (inc 3»'itl'^"9 •" ^^^ ^"^' *"'f ^^^ 
S>VoTt<ru [v^yw hîffn. 'IBÙî) bie(c0 verbum ciM.er 
fl^cr adive iienomnifu ; \o bcinct t^ t-cn ?vnufd) 
. «u^^ct)laf«n/ item mctaph. fcincn oorn fc()ivmDcil 

5) "^ïo nM^i^jo iSi? in cinc (Jff? ti:ijU(\cbfn , um bcn 
^ ?vaijfc^,t>cn icO nue ùm ûctruiifcn^ flH^iufçl;lM(«n, 



DE TERENCE, 



489 



s notre porte? ') & qui eft - ce qui fort "de chez 
nous ? 

Déméa, *) Ha que ferai -je? que deviendrai- je? 
comment me prendrai -je à crier? quelles piaintes 
ferai- je? oh Ciel! oh Terre ( oh Mers du grand 
Nejitune î 

Micion* Vo\\a notre homme, il a découvert tout 

le miftere, ^) c'eft fans doute ce qui le fait crier iî 

Hh 5 haut. 



*) Déméa fort de chez M- 
Clou, où il a trouvé Ctéfiphnn 
à table avec Efchinus, & où il 
a appris la vérité de tout ce 
qui s'ctOit pafîe; c'elt pour- 
quoi il fort dans une colère 
furicufe, Mais il taut bien 
letnaïquer ici l'adrefTe de 
Tcrence-, .qui fait monter la 
colère qji'a Dcméa deS des- 
ordres de ion fils Ctc/iphon, 
autant au defFu*! de celle qu'il 
avoit des débauches d'jpfchi- 
imSy (^ue h tendrcfîc^u'il a 
pour celui-là, eft au defliis 
de celle qu'il a pour celui-ci. 
Quand il a fu les débauches 
^' Fjcbmui, il en a été trille. 
Ma;S fur le moindre {oup- 
çon qu'on lui veut donner 
que Cte/jphon ctoit avec 
ÈJchinin à l'enlèvement de 
la c'nanteufe, il dit. jsftm, 
perdu, il faut avouer que je 



fuis bien mnîheur'eux fl^t ici 
voyant la vérité de ce qu'on 
lui avoit dit; & qnM n'a\oit 
pas cru, il encre dans une fu- 
reur qu'il ne peut exprimer : 
c' ell: pourquoi ij commence 
par cette interjeé^ion, ah! 
Que ferai je ? Quand il a 
été qusibon à^ Efcbimis, il a 
fu ce qiiM devoir faire, il a 
querellé, \\ a grondé, il a 
crié, il a accufé MicJou. Et 
quand il s'agit de Ctcfirhon, 
il ne trouve rien qui piiifle 
exprimer là douleur, tcut ce 
qu'il a fait, lui paroît trop 
foible, & il accufe lesCi'eux, 
la Terre & la Mer, c'ell à 
dire tous les Elemens Se les 
Dieux mêmes. Cette con- 
duite eft merveilleufe, & ce 
font là de ces coups de maî- 
tre qu'on ne (iuroit fe laffer 
d' admirer. 



I) Ql6cr wcr larmef benn fo «ntf?^(jcî) i^or unfcrcr %%m ? 
5) (£r i(ï ()iiucr ^aé ganae ©c^çlmni§ gcfommçn. 



490 LES ADELPHES 

h;mt* C'efl: cela même; il nous en va donner tout 
du long. N'importe, il faut aller au devant. ^) 

D'emea. Ho le voici, le commun corrupteur de 
nos enfans. "*) 

M'icion, Efiiîn retenez un peu votre colère, ta 
revenez à vous. 

Déméa, Elle eft toute retenue, je fuis revenu à 
moi, je laifle là toutes les injures, examinons un 
peu la chofe de fens rafîîs. ^) Il me femble que 
nous étions convenus, & cela éroit même venu de 
vous, ^) que vous ne vous racleriez point du tout 
de mon iîls, & que je ne me mclerois pas non plus 
du vôtre. Repondez. 

Mkion. Cela efl: vrai, j'en tombe d'accord. ^) 

Démca, Pourquoi donc aujourd'hui eft-il chez 
vous ^) à faire la débauche? ^) pourquoi le rece- 
vez-vous dans votre maifon? pourquoi lui avez- 
vous acheté une maîtrefi'e? pourquoi les chofes ne 
font -elles pas égales entre vous & moi? Puisque 
je ne me mêle pas d' Efchinus, ne vous mclez pas 
de Ctéilphon. 

• M'icioH. 

3) (^r tDirb un^ bm ^cïj r«d)t tvrtfi^cn» Q;^ lieflf 

nic^tc baran, in«n muf5 tn^ibûiien. 

4) £)cr allgcmeinc ^Scrbcrî^r unf«rcr ^in&er. 

5) Sa§f un^ nur Ut ^iliij^ m njenig uiit gutcm ^i> 

^ad)t unfcrfiid)cn. 

6) 3^(10 it?ir ciné tvocbcn tvûrc», unb f» gar auf eu* 

v?n 5jorfd)Ia(?, 
y) Î5aé rôumc \û) eiit. 

8) SSie fonimt ff banii, H^ «r ^cut« è<t) CUcÇ (in eiî^ 

rcni /^unfc) ijl? 

9) 3«m 6vl;niiîuge. 



DE TERENCE. 491 

Mtcion. *) Ha ce que vous dites, n'eft pas iufte, 
en vérité. non. Vous favez cet ancien proverbe qui 
dit, qii'entYe amis tous lis us font communs, '°) 

Déméa, Que cela eft bien dit! ") '**) vous vous 
aviiez bien tard de tenir ce langage*'^) 

Micioti, Oç3, mon frère, écoutez, s'il vous plaît, 
ce que j'ai à vous dire. Premièrement, fi la depen- 
fe que font nostnfans, vous chagrine, fouvenez- 
V0US5 je vous prie, qu'autrefois vous les éleviez tous 
deux félon vos petits moyens, '^) & que vous ne 
doutiez pas que votre bien ne leur dût iuffire ; car 
alors vous me regardiez comme un homme qui de- 
voit fe marier. Faites donc encore votre compte 
fur cela; '"*) confervez, acquérez, épargnez, tra- 
vaillez à leur laidër le plus de bien qu'il vous fera 
polîîble: ayez cette gloire vous feul ; mais lailTez^- 
les jouir de mon bien , puisque c'eft une chofe qui 

leur 

*) Ce fécond mil fait voir *^) 11 lui reproche avec 

que Micion ne fait où il; en raifon qu'il n'a pas toujours 

ejt; If) iile prononce en ré- été de, ce fentiment, puis- 

vantA en cherchant quelque qu'il lui si'oit dit le marin 

excufcj & comme il ne trou- que c'ctoit lui redemander 

ve rien qui lui plaife, il a un E.fchinm-, que de vouloir eu 

proverbe qui elt plus contre prendre quelque foin, 
lui que pour lui. 

10) %^x njiflTct bûô nï^c Sprùcfjtvorf : Unfcr gufcn 
grcunben mûiT^n oHe ©uter gçinelnfdjaftîic^ fei)n. 

11) Saé ifl ja oortrcfflid)! 

12) 3f)r ^<X'^%%i ober sicmlid) fpât (xxi biffe ©prad)c ju 
fù^rcn, 

13) DÎQcf) carcm o^rinaen 3S«rmogcn/ ( 5L>i{f îc(n. ) 
14I %\\)ni fort cure Sied^nuug braiif ju macî;cn. 
15) D^ic^t wdp, Rjiî « "Hfxiw^ ijî. 



49i LES ADELPHE3 

leur vient contre votre efpérance ; '^) votre fonds ''^) 
ne climinûra point* & tout ce qui vous viendra de 
mon côté, prenez -le pour un gain tout clair, ''') 
^ pour une bonne fortune qui vous arrive. Si 
vous vous mettez bien cela dans Pefprit, '^) mon 
frère, vou^s nous épargnerez beaucoup d'inquiétudes, 
à vous, à moi ai à nos enfans, 

Dem'ea, Mon Dieu« je lailTe là 1% bien, & je ne 
me plains que des mauvaifes habitudes qu'ils pren- 
nent. ~°) 

M/cIoii, Arrêtez, je vous entens, e'efl: la que 
j'en voulois venir. "') *} Voyez- vous, dans l'hom- 
me 

*) Le pauvre Micron ne il peut; c'e{l4)Ourquoiiipar« 

fait pas trop bien comniciit" e avec rAilz d' obiciirite & 

fe tirer d'sfFairc; c^ar il s'ed d' enibatTas ; aii.ITi ne cher- 

etigai^é là à cxculerdcs cbo- che-t-il pns tant à couvain' 

fes qu'il ti'eft pas troup aile" cre «.S: â perJiiaJer Dc}j/éa^ 

d'excufer; il en fort comme qu'a retourdir par uf>gali- 

niatir 

16) 3^r foÊfcf bm Dluf)m alUim ^a&en; oflcin fûff fie 
mcm 'iicrmôl?^ gctiicfien , mcil c£j cine <3ac(;e jjî, 
biç il)i;cn wii^er eucr ?^crmutl)cn jufommt. 

17) Suer Capital. D& plcid) boé s biiitcr d RfOet Ut) 
fonds; |o ifl (Ô Ood) [\\d)t bet l'hiralis, fon^crn bec 
Singiilariî pcr fe, uill C^ Uon fond, bçr (Srunt), |U 
UHtcrfd)cibfn. 

iS) 9^»'&inct c4 t^oriiuen f(aren ©cwinnfr an. 

19) 5Bo \l)ï aid) ba^ f^Çi in &cn 5vopf fcÇct. 

20) Ull^ id) rebc uur Doii bcm ^6|"en, fo fie ^â) an^tf 
n)e(;nfn. 

ai) .f)j(r, id) i)cr(îc()e cuc^/ cbcn tarauf tvolI(ç ic^ 



DE TERENCE. 493 

me il y a plufieurs marques par lefqnelies il cd fa. 
cile de connoîcre de deux personnes qui feront une 
même chofe, celui à qui on peut la laiffer faiue fans' 
arucuii ^~) danger, & celui à qui on n-- le peut p.js^: 
non que la chcfe ioit difiérenre en -elle même, mais 
c' eft que ceux qui la font, font fore ditlé- 
rens. ~") Je vois dans nos deux enfans des choies 
qui me periùadènc qu'ils feront comme nous les 
pouvons fouhaiter* Je leur vois du bon fens, de 
l'intelligence, de la pudeur, quahd il faut, & ilà 
s'aiment tous deux. Tout cela fait aflèz voir qu'ils 
font de bon naturel, & qu'ils ont l'efprit bien fait, ^'''■) 
vous les réduirez quand vous voudrez fans aucune 

peine 

matias où il paroifle quel- qu'il a connu que cela ne 
que efpece de rsilon. 2j) II pouvoit pas les gâter, & 
lui veut faire entendre qu'il -qu'on leur feroit toujours 
n'a foiifFert les débauches de • changer de vie, quand on 
fes deux enfans, que parce- voudroif, 

22) Aucun, aucune, ijtilii Pronom. Jmprcpr. fo Wùi)i 

Con)un6bV. fils Abfolutuu), inei|lcn2i nuu Sinjr; 
Num., f)ii^it ncgatue feiii ober P.iemdnb/ affirma- 
tive abn-, irgcnb cin, oî^cr jcma.nD, 

23) î)enjcntq?n, njelc^cn man foldf)c o^n« @cfûf^r 6ô« 
geî)cn {ci\Ja\ îann, unb ben, mildnm man icldné 
nid)t julaîKn fann; n\d}t ^ûg bie Ba(î)t nn un& 
fût (td^ fclber untcrfcf;ifb«n fcp, fctibern m<.l bitf 
j?nl(^c, fo ftc bé9c(Kn, fi\)i mit t)on einûn&«c un* 
tcvfd^ict'cn fi'iib. 

24) Sicftd ûflc^ ni6f (attÇam ^u crfcnncn , ta^ fie boit 

gutem ©eraùtOe unb Don gutem 2Ser|îûnî)« finb. 

125) 51(é if)nburd)fjnen^!ï?iifc()mafd), ttjcrinncn cittc Stvf 
. t>on ajcrnuiift ^«vuovblicfen foS, ^u UtànUu* 



494 LES aDELPHES 

peine: "^) mais vous me direz peut- être que vous 
craignez qu'ils ne (oienr un peu négligens pour leurs 
affaires; ô notre cher Dcmka, l'âge nous rend plus 
ùgQs en toutes les autres chofes, ^'^) le leul défaut 
que la vieillelFe apporte aux hommes, c'tft qu'elle 
f,)it que tous tint que nous lommes, nous avons 
plus d'attachement au bien qu'il ne faudroit. "**) Ne 
craignez rien , i' âge ne les rendra que trop foi- 
gneux. ; 

Di'méa. Gela eft fort bien * pourvuque toutes ces 
belles raifoiîs & cet efprit tranquille qui prend tout 
en bonne part, n'aillent pas les gâter entière- 
ment. ^'') 

Alicîon, Ne vous inquiétez point, cela n'arri- 
vera pas. Déformais ne fongez plus au paffé* ^') 
donnez -vous à moi pour aujourd'hui, & foyez de 
belle humeur. ^^) 

Démeû. Je vois bien qu'il faut que je le falle, le 
temps le veut ainfi. ^^) Mais demain dès la petite 
pointe du jour, ^*) je m'en retournerai aux champs 
avec mou fils. 

26) dé mlrt> cucî) mcï)t faiicr wcr^Étî, ft« nad> curcm 
ÎCillcn ju UvUn. 

27) 5Bir n?ct^en t>on t(n]i ju Za^t in ûUtn Siiigert 
flùgcr. 

i8) 5Blr acnauer itjcrbcn, a\6 tvir foflfcn. 

29) §ûrc()U't cufh nur tnd)t; baé UUt mtb |î« nut 
<illî»i for.ifaltlg mflc{)cn. 

30) ©ic nicl)t Qanj uub o,ai' tvrbcrbcn. 

31) Scnff Don nun an tiid)t in{()C an î)û^ SSctâUugm» 
g 2^ Uub fn)b ûufacrâumt. 

3 3) £)ic 3«;<f crforbccf ce fo. 
34) ^«; an6rcci^«nC>cm iaûc 



DE TERENCE» 495 

M'icion. Dès minuit fi vous voulez; ^') foyez feu- 
lement de bonae humeur '^) aujourd'hui* 

Dhnèa, '^) J'y entraînerai aulîî cette chanteufe,^') 

Micion, C'ell un coup de partie, ^^) car par là 
vous y attacherez abfolument votre fils» Songez 
feulement h la bien ccniërver, 

Dé!7iéa, J'y donnerai bon ordre; j'aurai foin da 
la mettre à la boulangerie, afinqu'en cuifant le pnin 
elle foit toujours enfumée, & pleine de cendre & 
de farine» ^^) Ce ne fera pas encore là tout, car 

en 

*) Démêa vient de dire par avance du bon temps 

qu'il veut être de belle hu- qu'il va fe donner, par la 

meur, & que le temps le de- peine .& le travail qu'il Ce 

mande» Mais comme les ca- préparé. Il n'ira pas fcul> 

raclerez (échangent diiïicile- il emmènera ion fils, & avec 

ment, TVre-ffce nous Fait voir lui îl y entraînera cette 

ici une belle humeur bien chanteufe. Il n' y a pas 

fauvage encore & bien revê- là un mot qui ne foit amer, 

chc, 40) Premièrement il Et il l'entraînera pour lui 

ne confent à demeurer pour faire de la p^ne & la trai- 

la riôce de Ton fils que dans ter en eiclave & non pas 

l'efperance que dis le lende- pour faire plaifir à Ion fils, 

main matin à fa pointe du Tout cela elè ménage avec 

jour il ira travailler à fi cam- un art admirable, 
pagne, comme fè coniolant 

$5) 6cf)on um ^l\tUxna<i)t, wo \ï)vé Dcrlangef» 

36) 2Uif0cr(!umf. 

37) 3d) wcïbt tic ©ûni;crlntt auc^ mit ^infc^rcppen. 

3Sj Dûê i\i m 5?aupt{îrcid). 

39) 3^"^) ">»tt rd)on babcr forgcu , id) wiD (te Ut) ^cm 
S5robt[>acfen brrtudiçn, ttaniit rocnn fte bàât, fù 
belîânbig oclï^r ?îaud>, Qlfdje unb 53:'cf)l j"a> 



49<5 LES^ADELPHES 

en plein midi je l'envoyerai couper du chaume^'**) 
deforceque je ia rendrai auffi brûlée & aufli noire 
qu'un charbon. '*") 

Micioii, Cela me plaît; c'eft prêféntement que 
je vous trouve raifonnable. '^^) Mais quand vous 
l'aurez rendu fi jolie, je luis d'avis que vous con- 
traigniez votre fils d^en être encore amoureux. 

iJémèû. Vous raillez? vous êtes bien heureux 
d' être ci« cette humeur , mais poiir moi je fel- 
kns . . . ^^) 

Micidn. Ah! continuerez -vous toujours? 

Dètnéct. Non voilii qui eft fait. ^'^) 

Micion. Entrez donc aii logis, & puisque ce 
jour elt deftiné à la joye, ne longeons qu' à nous 
divertir. '^^) 

4î) ©ûtin irt t)oïïeni93?tffû9é WiK Ic^ jîC.Sfoppcln àU 
fcî)ncl^en fcf)nleiî. 

.42) l3o bûg ic^ raarf}cn mxH.. bnfi fïe fo t^crbronnt 
unb fo fcf?TOûvj, aie emc 5vol)Ie, ouc^fcben ii>Ui 
Chailifn, einc 5îe()(c jum br.-nncri; cli..rhon di 
pierre, êtetnftJhlc; chirhon île faille, DCnffoWe» 
la braife, (ilûb^libe 5ÎL^';lcn; le brafier, ein .Dauftf 
»cn ç\lùl)ontcn itû()Icn, it. dnc ^mcrpfann?. 

43) O'îun'foniïtit i{)r mir uctiuuiftifl t?or. 

44) iUleiïi id) cmpfinbe. 

45) 3îcin, ce ift au{^. 

46) 3ur greubc ()c{]imm<r i(î/ fo ïûgt une rtuf nicï)té 
bcitfcn, aie tvie wir uns crlufîi^itn mo^cn. 3" bctt 
verbis ouf ger fd)rfibct nian c n.îd) l', wenn a 
obi-r u bûcûuffolgct, tvic ()i6r Doé^>'«mpel flué^ 
îveifct» 

ACTE 



DE TERENCE. 497 

ACTE CINQIIIEME. 
S C E N É IL 

D'jmca, ' 

Jamais perfonne n'a fi bien réglé & fupputé tout 
çc qui regarde la conduite de la vie, que les 
affaires, l'âge, l'expérience, ne lui appieur.ent en- 
core; quelque choie de nouveau, & ne lui falîent 
connoître qu'il ne lait rien de ce qu'il '] croyuit le 
mieux Hivoir, de manière que d?ns la pratique on 
le voit louvent obligé de rejerrer le j arti qu'on 
avoit regiiiîé d'abord comme !e piusàvarMgeux. ^) 
C'ert ce que j'éj^rouve ;iujr)urd'iiui, car l'ur le point 
que ma courîe eft presque finie, ') je renonce à 
h vie dure ai pénible que j'ai menée jusques ici. 

Et 

i) De ce que jjî mt 21rt Cinet ConjuniHion, tci{â)t 
animal .uu Q)fK\f;l)iit nué>riicf?f, iinî)nfld)&fi.ett 
verbis nnb piirafihu'., bie ctne @crtintf)?l'cwegun9 
ûnbejit<ti;\3icbrauî!jc tïiji'b; fie tegieictjeberjcitt'm 
Indicat!vuin. 

2) Sîiemonb l)at jejîtal^ brtéjcnjge/ n?fiê bic îiiiffû^runn 
f«med ^ebcnè b'U\\f<, fotvoblangforbnetni'ctr.udi 
(imdMKt b^ifi bi' Oicfctnïjfte , bas îiltf, une bie 
S'rfabrunvi if)n nid)i noA ctrDa^ll^■uc^• Icb.cn/Unb 
tl)m ju afcnn?n cîc&cu fotlt'.ii, ^n§ tx nt>d) m.dHi 
n> ffc ocn bon, ivaP et an: b^ftiti ^^u Dilftn Devmen tC/ 
folcf)*T5e{îa(t bap iitda ta bcr Praxi fid) éficr? t>cr# 
bun&cn ft:()ef, bûeJ!'nJ(^e ju beriverfen, wa^ nian 
ûnf^nnl'ct) fur Hà 33cf{c ç/'balt'-n, 

5) î)icfc^ crfal;v< ici; ^«utc, bu nuin £«6en fajï iu Q;ut« 
g«l;ct. 

!i 



498 LES ADELPHES 

Et cela, pourquoi? "*) psrceque rexpérîence m'a 
fait voir, qu'il n'y a rien défi avantageux aux hom- 
mes que d'avoir delacomplaifance & de la douceur» 
Il ne faut que nous voir mon frère & moi pour être 
convaincu de cette vérité. Ilapafle toute fa vie dans 
roifivecé & dans la bonne chère; ^) toujours doux, 
complaifant, !. ne choquaint jamais perfonne, caref- 
fant tout le monde, il a vôcu pour lui, il a dépen- 
fé pour lui: chacun en dit du bien, chacun l'aime. 
Et moi bon campagnard, ^) rude, trille, épargnant, 
rébarbatif; ^) avare, je me fuis marie, quelle mife- 
re ! *} il m'efl: venu des enf;uis, ^) autres foins; en 
travaillant à leur amafîer le plus de bien qu'il m'a 
écé pollible , j'ai ufé ma jeuneHè & ma vie, '") 
Préfentement , que j'ai un pied dans la fofle, ") 
toute Ja recompenfe que je reçois de mon travail, 
c'efl: la haine de ceux pour qui je me fuis facriiié. '") 
Et lui, fans nulle peine, il jouit de tous les plai- 
fi: s qu'on peut trouver à ctre père; Ils Taimcnr, 

ils 



4) Unb mnm bîcfei^ ? 

5) ^r l)dt [An (^flPîct^ îécn im ^ûgiagangc unb int 

Çfficbflt'jcn 5Uv]ebrad)t. 

6) Unî) iii) (^utii' înnbmùniu 

7) R.ba-.batif, iin/rcin;M;rf), îfîim ^icrlicî)eit «bcn unb 

fcl)reiten nid}! rnebr (}cluaud;Iid}. 
$) vDîrirrifcf), gcîjM, l)abc niid) ua^cçrat^ef/ tt?«lc^c3 
Q:(cnb ! 

9) 3d) [^ahe 5\!n^c^ Ocfommfn. 

10) fpabt ii1) mcine 3u^5fn& unb îém ûHmutit 

11) 9îun id) mit ciacin 5ii§ im Sra&c fierté (auf bec 

(>)rube çjcbc.) 
li) 3fî/ biil? niicO bKjcnigc ^affinf fûï î)ie id) niic^ 
flufijifopfifrt i)ab(. 



DE TERENCE; 499 

ils me fuyent, ils lui font confidence de tous leurs 
fecrets ; ils le cliérfllnt, ils ibnc toujours chez lui, 
& on me bille là. ^^) Us fouluitenc qu'il vive long- 
temps, & Us attendent ma more avec impatience* '"*) 
En un mot '^} apiéi que j'ai bien pris de la peine à 
les élever, il les a rendu fiens à peu de frais; '*^) 
toute la peine eft pour moi, & tout le plailir pour 
iui. Oçi, voyons donc h notre tour, '^) fi nous 
ne (aurions pas dire des choîe? obligeantes, & hï-^ 
re le liherni, puisqu'il me force d'entrer en Hce 
avec lui. ^^) Je veux auiïi être aimé & ellimé des 
miens. Si cela fe peut fnre h force de prélens & 
de complailiince, je fuis lûr qu'il n'aura pas le def- 
fus. '^) Le bien manquera , que m'importe ? ^°) je 
fuis le plus vieux. 

li 2 

î3) Un^ mJd) N.îgt mnn <îef)cin 

14) iltib rourteti mif ScbîiKVjcsi nuf mcinen 2!ob. 

15) ^yfiiî, f;v't)Tct en in cini^cn bffonitru plir fihus, ttJÎe 
()ier &at> (rjccnipel ^civ^er; en confcience, mit }{U* 
tem ÇknJ'tf n ; écrire en encre roiige; m^t XOt\)it 

^inte, mefaph. mit ()artm îlSortcn, {d)ïiii)m:- 
■16) 9)?it romiGcn ^oÇun. 

17) 5)a bie Svcnl?e en un'^ tùmmt, 

18) 5Ceit fr ntid) juin ^utdauf mif i^m ^itjinacf. 

19) ^?jt yjclcn ©cfchenfni imb^è^id)UU, fo 6in ic^ 
i)crftd)crt, ^a^ er nid}t tiuDbcrbûnD gcminncn fcCf, 

20) ©aé Pronomen Perlon.tlc il tûirb bel) hcncn vcrbis 
Impcrfonalibus DieffôInçT/ fonbcrbcî) in Interroga- 
tione, & Ncgatiotie auèfleîaff'V», trie b'.cr, que 
m'importe? (t-iJ,) n'iniporte (il n'importe.) 

ACTE 



jG» LES ADELPHES 

^ ACTE CINQllIEME. 
SCENE III 
SYRUS. DEMEA. 

Syrus, 

Holà, Monfieur, votre frère vous prie de ne vous 
nns éloigner. ') 

'Déméa. Qui m'appelle ?*)ô notre cher Syrus, bon 
jour, que fait-on? comment vont les chofes? 

Syrus, Fort bien. 

'Déméa^ bas. Bon, nous commençons le mieux 
du monde, voilà déjà trois mots que j'ai dits con- 
tre mon naturel. ^) notre cher, que fait -on} 
comment vont les chofes? **) Il me parcit que tu es 
un brave garçon, ^^ & que tu fers avec honneur; 
je t'affure que je ferai ravi de trouver les occafions 
de te faire du bien. 

Syrus. Je vous fuis fort obligé, Monfieur. 

"Dcmea. Mais, Syrus, c'eft qu'il n'y a rien de plu« 
vrai, & tu en verras les effers au premier jour, '^) 

¥) Tnut"s les douceurs que qiron ne réiifnt jamais, lors- 
dit Dan' a, font riiiciiles & qu'on force fon naturel, 
impc.tincnres, & 'Icref.ce *'^) haut, 
l'a fait ainli poui- faire voir 

1) ïiUd)t tocit \u çje^cn, c^er cuc^ nic^f ju «nffcrncn. 

2) ©aé ftnb fcf^on tren ÎÇor(c, ^!c id) tiMbcr Me d^ii» 

gung raciii?6 ^»:màtl)c£( t>cr0cbrû(j[)t l)ab(* 

s) ^1? fcf)ciiit mir, bu bifï «in brût»cr ^ciU 

4) Unb bu foafl bic Sa3irfiH>g(U bubon nàd)^<v togeit 



DE TERENCE. ^ ^or 

ACTE CINQUIEME, 
SCENE IV, 
GETA, DEMEA, 

Gèta. 

adame, ie m'en vais les trouver, afinqu'au plu- 
tôt ils faflent porter la nouvelle miriée ') 
chez eux; mais voici Déméa. Bon jour, Monf.eur, 

Dcméa. Comment t'appelles-tu? 

Gcta. Je m'appelle Géra. 

Déméa. *) Géta, aujourd'hui j'ai penfé en moi- 
mcme que tu es un garçon qui vaut beaucoup* car 
félon moi un valet eft alTez éprouvé, ^) quand on 
voit qu'il prend les intérêts de fon maître avec au- 
tant d'afibdion que je vois que tu fais, mon pau- 
vre Géta; auflî pour cette bonne qualité, ^) fi l'oc- 
cafion s'en préfente, je ferai ravi de te faire plaifir* 
Bus^ J'ai deHèin d'être affable, & cela ne me réiiflit 
pas mal, '*) 

Il 3 Géta^ 

>f) Voilà encore une im- me le nom, & en afFeflanfe 

j)crtinente courtoifie ^ de de la politefie, il torr be dans 

Dcifica, de parler ainfi à un un menfonge greffier, 
valet dont il ne favoit pas me- 

1) ©ic ?5raut. 

2) 5>enn mcincr 5î)?ci)nun3 nacî) \)(\t man cinm ^nec^t 

fattfam unf bie ^robc geRcQt. 
5) Slud) um bi?f« gutcn ^icjenfrfjaft Wincn .' ♦ . 

4) 0«if>f-) 3<^> tt>'Q Qcrn^ frcunbl'C^ fn^n, unb id) trcf» 

fe tû nod) fo jicmlld)cc rafl§en. 

5) S)iefeé Sffiort wirb rocnifl mef)c geôrauc^ti -ma» 

«immUafttÇpoIiteffe, civilité. 



^02 LES ADELPHES 

Gcta. Vous êtes trop bon, Monfieur, d'avoir ces 
fentimens-là pour moi. 

Déméa. Je commence par les petites gens, & je 
tâche de les gagner peu à peu, ^) 

ACTE CINQ.UIEME. 

SCENE V. 

ESCHINUS. DEMEA. SYRUS. GETA. 

Efch'iniis, 

En vérité ils me font mourir, ') en voulant faire 
mes noces avec trop de cérémonies i?c de for- 
malités ils employent tout le jour en préparatifs. 

Vy'emca. Hé bien, Efchinus^ que fait on? 

EJch'nms. Ha! vous étiez K^, mon père? 

Yji'inéa. Oui rnTiirément, je fuis votre père au- 
tant par la tendrefle que par la nature; car je vous 
aime plus que mes yeux. Mais d'où vient que vous 
ne Liites pas aller votre femme chez vous? 

Efûbinus Je le voudrois bien; mais là joueufe 
de flûte & ceux qui doivent chanter Thymenée, nous 
font attendre, 

Déinéa. Ecoutez, voulez -vous croire ce bon 
homme ? ^) 

Efcbinus. Quoi, mon père? 

"Dèniéa. 

6) 3f^ f^Hi 6ft) (]crlit(îm Çcutctt on / unb ixaâ)tt ffc 

nucb u^^ rcd) ju vicrrimcn. 
i) ^in 5SJbrl)fU (te tbun niir D'e <f,x^^ic ÙjxaoX nn. 
2) aSoIlct i(;r Oicfcuivjuun cmf4ltiijcn^:0?ann«9laiiben? 



DE TERENCE* ^03 

Déméa. Envoyez -moi promener '} ces chan- 
teurs d'hymcnée, ces joueufes de flûtes, ces flam- 
beaux & toute cette foule de gens; "^j faites abctcre au 
plus vite ce méchant mur qui efl: dans le jardin^ ') 
qu'on porte par là la nouvelle mariée, que les deux 
maifons n'en foient plus qu'une, & que la mère & 
tous fe? domefl:!ques pafîent auflî chez nous. 

Ffchinus, L'on ne fauroit donner un meilleur 
confeil, mon père* en vérité vous êtes un homme 
charmant, 

Dcméa, bas. Courage, ^) on dit àé)A que \t fuis 
charmant; la maifon de mon frère va être percée, 
toute h f;:»ule fe jettera là dedans, cela fera fur Tes 
coflres, & bien d'autres chofes; que m'importe? ") 
je fuis un homme charmant & l'on m'a de l'obli- 
gaiion ? Mais à propos, Efchinus, faites en forte 
que cet homme tout coufu d'or ^) faiïe un préfent 
de foixante piftoles à ces bons garçons. Syrus eil- 
ce que tu ne vas pas faire ce que j'ai dit ? 

Syrus. Quoi donc? 

Dèm'ea. Abatte ce mur» =*) Et toi,' Géta, cours 
X^i faire venir par là. 

li 4 Cêta, 

s^)Dc^que D.^wp^ a parlé, dit les deux vers fu jVan?, va 
Syrui-^-xti pour aller abattre aufil pour faire venir lama- 
Jc mur, & Gcta^ après avoir riée par le jardin, 

3) gûffct mir jum ;;enfîr ^ingeô^n. 

4) Unb ûOe tiefe ^r^eng« Imit. 

5) I5i«f€ fd)lecf)fc ?Oîaucr, bie in tem @arfcît ijî, 

6) iDa^ %%\)i Qut. 

7) Siefcôunb noi)cin x&%\)xix^ roitb 'Mi feincn 35eMtd 

gef)cii: œné liec^t mir boran? 
S) ©agî)ief«g)îcnfd)t)oaei!Du(ûten (?;(îf, (mifS^uca* 
un ganj auj^gefûtutt , oba* gcfpict't i|î.) 



504 LES ADELPHES 

Gi'ta. Que les Dieux vous comblent de biens, 
Mofiiieur, puisque vous nous rendez de fi bons 
office:? 

Déin.'a Vous le méritez bien, que dites-yous 
de cet expédient, ^) mon fils? 

Efchbius, Je le trouve fore bon. 

Déwéa. Cela eft beaucoup mieux, que de porter 
par \\ iiie une pauvre femme malade & nouvelle- 
me [T accouchée. 

/[fhiiîus. En vérité, mon père, il ne fe peut 
rien de mieux im.<j>iné '") 

Dcméa. C'eft aiiifi que j\ii accoutumêde faire» ") 
Mais voilà Micion qui fort. 

ACTE CINQUIEME. 

SCENE l^L 

A'UCION. DEMEA. ESCHINUS. 

*)^^'i?fl mon frère qui l'a ordonné? & où eft-ce 
V^' qu'il eft? ') ha mon frère, eft-il vrai; l'avez- 
vous ordonné? 

Dcifièa, 

>^) W/V/Vj»? avant vu abattre qiiec'étoit par fon ordre, il 

la murailieclu jirdin p.ir Sy- elt étonné d'un cham^cment 

y/zî, comme Dcniéa l'avoit (î pcnit, Ck il vient iùi' le 

ordonne ''.,ns l.t fcene pic.é Théâtre pour s'en cclaircir. 
dente^ & Syiuo lui ^yant ilit 

9) «ffiie ufillt mc^ bi«f.-»< ^TMd? 

10) €b fjiin u'.d^î'ï iH'ITvi'^cifuubcn tt?frb«n. 
1') ^0 pffo^c id^il ju tn-:r[Kn. 

l) E'i ce qne, fM^f/ C Mlinclfo Intcrrr.gativa brawdjt 



DE TERENCIÎ, yoç 

Démea, Oui alTurément je l'ai ordonné. Et en 
cela , Cfimme en toute sutre chofe, je fouhàice paf- 
fioniiémtMU il'otfliger ces perlbnnes, de les lërvir, 
de nous les attacher, ^) & de ne faire qu'une mê- 
me rTniTon de li nôtre & de la leur. 

E/chinus z.Micion Je vous en prie, mon père. 

Miiioii je ne n>'y oppoie pas. 

Veméa, ht bien plus, je vous dis que nous y fom- 
me« obisgés. Premièrement c'eft la mère de la 
femme de votre fils. 

Mkion, Et bien après cela ?^) 

Déméa. C'eft une brave femme, fort modefte & 
fort lige. 

Mtcion On le dit. 

Deméa. Elle a déjà quelques années* 

I i f Mie ion. 

poputarjfc&e Siiebcn^ûrf, in fofç^fibctt unb 5frrt(ci- 

^tn Conftrudionibus ; oii eft-ce q e vous alcz? 
comment ed-ce que vous vousporr^z? an fîattoù 
allez vousV comment vous portez vous.'' wlcbc^ 
»eif bcffcr ijï. 2) mu^ eft-ce que not()W:ubig in 
Interrogatione 9cbraud)t wcrben, unb jroar ni pri- 
ma Perf. Prsf Ind. Mod. zxm ^\\)i\pm\\^J^m Jtt 
Dermciben, v. ^. ments je, lûgc id)? fè'.ufe con» 
funbirct rocrben mit mane,e, ig: berDl)albm 
(e&eid), elt-ce que je mcnts ? 3. niufî (^ nctî)' 
tt)enbig gchraud^t werbfn, un)^ i|l çine (J ajonj, 
ttjann in bev Sc'i^f ci" 3'V£ h'I Bcrbanbcn, tt)el« 
ef)es bieî)eutfd)eMircf)etw.,!; .udbrudPen,v g, pour- 
quoi ne fréquentez vous plus cette Demoifelle, eft- 
ce que vous êtes hroi illé'.? TOaruriî qcl)et ibr nid)t 
menr itiitbicfemS^aueniiumuc um? («çbi^r etwan 
unciné? 

2) @ie une \\x berpfficftteii. 

3) Unb^ernflcï) rvie tvcUct? 



506 LES ADELPHES 

M'icîon, Je le fais. 

Démca, Il y a lonf^ temps qu'elle n'efl: plus en 
âge d'avoir i\Qs enfins; '^) elle eft leule, elle n'a per- 
jbnne qui aie foin d'elle. 

Micioiu Que veut- il fiiire? 

Déméa. Il eft jufte que vous l'époufiez. Et vous, 
Efchinus, vous devez faire tout ce que vous pour- 
rez pour l'obliger à le faire, 
- M'tciQiu Moi l'époufer, dites-vous! ^) 

Dcmca. Oui vous* 

M'icion, Moi! 

r>émca. Vous-même, vous dis- je. 

JAicioiK Vous radotez. ^) 

Démèa, Efchinus, fi vous avez de l'efprit, il le 
fera. 

E/lhinus, fvion per^. 

Mkion, Quoi donc, grand benêt, :) eft- ce que 

tu prends garde à ce qu'il dit? 

Dcwéa, Vous ne gagnez rien ; cela ne peut être 
autrement. 

Mîcion. Vous extra vaguez. ^) 

Efchtmis. Souffrez que j'obtienne cela de vou5, 
mon père. 

Micion, Es-tu fou? ôte-toi de là. ^) 

Dcmea^ 

4) <Sie i(l fçî)on Uwo^t ûDec Vh %\\)x^ ^inau^, ^'\x\>^it 

ju gcba[;rcn. 

5) 3d)/ fie bcijriJtfiett, fagcf j^c! 

6) èé trâunicf cucî). 

7) CSrof^cr cinfaUi<îîr ©cl}5pi?. 

8) 3br fajllf, fJjivarmr. 

9) SSiP t»u narrifil; ? flcf;f/ pacîe tlc^ î 



DE TERENCE. yo? 

Dhiêa^ AllonS) mon frère, faites ce plaifir-là à 
votre fîls. 

Micioii. Etes- vous en votre bon fens ? moi nou- 
veau marié à loixante & cirjq ans? '°j & époufec 
une vieille décrépite? '') me ie conleilicriez- vous? 

Efchimis, Faites le, je vous prie, jq ie leur ai 
promis. 

Micioih Qui? vous le leur avez promis? difpo- 
fez de vous, mon petit mignon, '^) 

Dem'ea. Allons, '*) faites ce qu'il vous deminde; 
que feroit-ce donc, s'il vous demandoit quelque 
choie de plus grande conféquence ! 

Micîon. Comme s'il y avait rien de plus grande 
conféquence que cela. '"*) 

V>éméa, Accordez-lui cette grâce. 

Efcbimis^ Eh, mon père, ceflez d'avoir de la ré- 
pugnance '^) à nous faire ce plaifir. 

l^éwéa^ Dépêchez, promettez le -nous» 

Micion^ Ne me lailFeras-tu point? '^) 

Efchinus, 

td) ©«ob i5r gcfc^cib? (flug?) td) m $5r5uti£jam i« 
mcincm 6^ 3abie? 

11) S'inc alte cùrre &haà)U{. 

12) ^a, \)(xH i()r ce xmm i)cirprod)cn, fd)a(îet une 
n?<-îUet Ù6cr cu:&, rticin Ucbeo itm^^tn. 

13) DI) jroar allons ^jer fur bie er|le •perfott bcé PIu- 
raiis m Imperat. a vcrbo aller bctrOfJKet WerbCIl 
fdnnte; fo i(î ce î)dc() mcl)r m ber S^ebmtung, 
wic f^ Oiec gcnommen, cinc ,interje£lio, unb ()etf» 
fct, fDtt ! 

14) (gtmaé njidjflgcré aU bicfc^. 

15) Sajfctcud) tocî) 5ero?ij«n. (2Sib?rf<^ct «ud; nic^É 
njïiter.) 

ï6) 5SiU(î bu mid; nic^t ôe&m lûjfm? 



508 LES ADELPHES 

EfchUius. Non, que je n'aye obtenu cela de vous. 

Adicioih En vérire c'efl. là une violenee. ") 

Dtml'j. Allonoj mon frère, obligez-nous jusques 
au bouc, '^j 

Miciùii. Quoique cela me paroifTe impertinent, 
fot, ridicule, *5i entièrement oppolé à la vie que 
j'ai toujours menée, '^) *) fi vous le fouhaicez «vec 
tant (l'ardeur, je le veux. 

Ef/im/s. ]ç vous fuis bien obligé, mon père; 
que j'ai de rniions de vous aimer ! 

Déméa. M.)is quoi? que dirai je encore? puis- 
qu'on ù'\i tout ce que je veux; qu'y a-t-il enco- 
re? Hégion efl leur proche parent & notre allié; 
il ell pauvre; "") nous devons lui faire quelque bien/'} 
Aîiciviî. Eh quel bien? 

Déméa, 

*) Il paroît riMicule que la le défaut de ces bontés 

Tcvence fafTc coril> nrir ainiî ipttes<Srexce(fivcs, elles por- 

Micion à Te marier à foixance tent toujours ceux qui les 

Si cinq ans, ik l'un ne peut ont, à faire des roftifes dont 

])as dire que cela ne |.-.ir au il faut qu'ils le repentent né- 

inoins fort outré. ^^) Maisie ceflairemcnt. ^^) 
Foece a voulu fjirc voir par 

17) 5"^;rn?aF)r ba(S bfipf cincm ©"ivnff anff>uft« 

18) vipabt if)r 01 .acr^gt, fo faget nuvl) 35. (^ihrcf fort 
bi«? rtii ^^.^^ ^iicc l;cf(id) jii fcîjn ; uns yollïômm* 
lid) \w inrOiriDcn.) 

19) ©etn iJtbin, fo tcî; Icbcricie gtfùOïct/ gevabc ciUijfs 
Cjrtl oicf'^t. 

fio) 3(^ «i)r "<»^)ci' Clnôcrmanbtcr/ unb mit un^ ^iXi 
fc[)tt>5>]ci-ti cr ift iirm- 

21) 3a3irm!"i|ten!f;îJbod)t\^ot)lcini(5e'ïï>o^Uf)a( crjelc^m. 

22 ) î)a§ tiefco Min w nhîlltn nirf)t ;u avit a«in«bm f<i?. 

23) ai3(lcl;c]îc notl)Wcit^iij b«r«ucR mùiKiu 



DE TERENCE. ^09 

Véméa. Vous avez ici près d;ins le faiixbourg un 
méchant petit coin de terre que vous afîermez à je 
ne lais qui, donnez-lui-en la joui'fance. ^^) 

Micion, Un méchant petit coin de terre? 

Démka, S'il e(i grand, tant mieux, ^'} il ne faut 
pns iaiflêr de le lui donner; il tient lieu de père à 
Pamphila, il eft: honnête homme, & notre allié, on 
ne iauroit mieux faire» Enfin, mon frcre, ne 
croyez pas que je veuille m'attribuer le beau mot 
que vous avez tantôt dit fi Isgement, ^^^ c'efl: vous 
qui en êtes l'auteur ; le défaut le plus ordinaire de tous 
Us hommes^ c'efl d ' être trop attachés au b'ien^ quand 
ils font vieux. Nous devons éviter cette tâche, ^'^) 
rien n'efi: plus vrai que ce beau mot, nous devons 
en profiter. 

Micioii, Que fiire? il n'y a pas moyen de s'en 
défendre, puisqu'il le veut. ^^) 

Efchintts, Mon cher peie . . ♦ 

Dcméa, C'eft prélentcment que nous femmes 
véritablement frères par h naiflance & par les fen- 
timens. 1 

Micion, 

24) S^'uï no5c Ur), m &<f 25or|îabt ein ncriiKicê Stfii 
i;tînb; fo i^r t»apad)f«/ id) tveiô nic^t mm, gçbt 
c«> i()m auf fein ^^cb^nlang ju genitlfcn. 

2j) ©efïo U^ix j|l c^. 

26) 5!)aê id) nitr bai? finnrelcfjc ^QXi, ircldjeê \6) t>or» 
()in fo mci^hc^ t)orgebrad)t, jufd)r«i6cn wcOe. 

27) ÇEBir niuf]«n bicfcn ©d)onbfïcc!t)ermcibcn. 

28) 533aé ij] ju tr;un? ce i(î nid)t mdglid), fid) tcffen 
5u ivcii)çrn, (id) fann nic^t umfjin) nj:u er ce; 
tJfrlanfif» 



510 LES ADELPHES 

Ivlkioii. yen fuis ravi. 

Vêf/jéû. bas. Je le tue de Tes propres armes, '^) 

ACTE CINQUIEME. 
SCENE VII, 

SYRUS. DEMEA. MICÎON, ESCHINUS. 

Syrtis^ 

^^onfieur, j'ai fait ^ce que vous m'aviez com- 
i mandé, 

Déméa. Tu es un brave homme. Pour moi en 
vérité je luis d'avis, & je trouve qu'il eft jufte qu'au- 
jourd'hui on mette Syrus e;i liberté. ') 

Micîojj. *) Lui en liberté? (5^ pour quelle atlion? 

I^éfr.éa. Four pluHcurs. ~) 

5^;"«x.. Oh, notre cher Déméa, ma foi vous ^xes 
un bon homme! vous favez bien au/li avec quel 
foin jcvou? ai élevé vos deux enfin? dès le béguin, ^) 
je tes ai enfci^rpés, je leur ai donné des confeils, des 
préceptes , j^ai laïc tout du mieux qu'il m'a été 
polTible. 

Dcméa. 

x) Car /cfon la formuîe Icfqudles on meûtoit un 
des affranchincmcns, il fsi- cleiave en libcrtc. 
loit marquer les raifons pour 

29") ^-"^ \é\ao,i ifm xrM fcincn eiiîcncn OScrfctî, (©offcn.) 

1) ?^L'^ num b-'\xU ^em Syn. ^ie j^ivj)f)ctt fd)cnfe. 

2) îB^vn HTCOK nlt^eincr, (CiJ fînl? ibrcrOido.) PIu- 

ficiirs il? in f'roii. Impr romrmine, pliiralis Xum, 
tantum; mirh erbruthit) iffirm.itive, an fratt tcé Ad- 
vcrbri quantitatis, bien, i>|cl, çj«brOUCÏ)Ct. 

3) 23on bec vïQiegç an. 



DE TERENCE. 511 

Xiéméa. On le voit bien, tii leur as rendu mê- 
me d'autres fervices, tu n'as jnmais terré la mule "*) 
fur ce que tu as acheté pour eux, tu !es as toujours 
fort bien fervis dans leurs amours, & tu as eu foin 
de leur tenir toujours le feftin tout prêt dès le ma- 
tin, ce ne font pas là afl'urément les actions d'ua 
homme médiocre. ^) 

Syriis. Ho le galant honime que vous êtes ! 

'Ùéjiièn. De plus, il a aujourd'hui aidé h faire le 
marché^) de cette chanteufe , c'efl: lui quia pris 
foin de tout; il eft: jufle qu'on l'en recompenle, *) 
\qs autres en feront mieux leur devoir, ^) & d'ail- 
leurs je fuis lûr qu'Efchinus le veut. 

Miciou. Eft-il vrai, mon iîls? le voulez-vous? 

Efchinus, Je le fouhalte fort. 

Micion. Puisque cela efl ainfî, hola, Syrus, ap- 
proche, je te mets en liberté. ^) 

Syrus. Vous avez bien de la bonté, jMonfieur. 
Je vous remercie tous en général **J Ôc vous en 
particulier, ^) Monfieur» 

"Démca, 

*) Les aiitveî en feront „compcn{e fes valets, quand 

mieux leur devoir. C'cllune „ils ot)C bien fait, afinquece- 

inaxiine de Caton, qui d.ns ,,Ia duane envie aux autres 

le chapitre des devoirs d'un „dc bien faire. 
fern)ier dit: j,II faut qu'il re- **) a Dèméa. 

4) .î)u Oûfï nicmafen (Bcf)n)nnjc{pfinni(ic <i>iXQ,!xiii. 

5) ©ûé fînb ijciDiÇIid) fcinc cjcringe îî^ûten. 

6) €c ()af bcute bcn $:o.vl\ ()?(fcn fcIîdefKn. 

7; ©le onbern tuerben bcfio bçiJcc auf it)C6 ^Cv'î'.IDia^ 
fcit fc{)ctt. 

8) r^d) fcfienfe fcir bîe S"9^cif. 

9) Adverbia, u&cr()aupt ♦ . . In^ Ccfonfccrf» 



512 LES ADELPHES 

Déméa. J'ai bien de la joye de te voir libre. 

EJcb'nius. te moi auHi. 

Synts. J'en fuis perfuadé. Plût-à-Dicu que ma 
joye fur cnricre, & que je vifTe i^hrygia ma pauvre 
femme miie en liheité auill bien que moi. 

Déwéa, Hn, en venté c'tfl: une foic brave femme. 

Synts. C'efl elle qui aujourd'hui a donné la pre- 
mière à tetcr à votre petit fils. '°) 

Déiiica. Ho, en benne foi, fi cela eft, il eft jufte 
de l'affiiKichir. 

Miciou. (Comment? l'affranchir pour cela? 

D'em'ea, Oui fans doute, pour cela Enfin fi 
vous voulez je vous donnerai ce qu'elle vaut. 

Syrus. Que les Dieux accomplillent toujours tous 
vos l()uh;iits^ Monfieur. 

Micioii. Tu n'as pas mal fait tes affaires au- 
jourd^iui, Syrus. ") ' 

'Démcîi. Cela eft vrai, mon frère, pourvuque 
vous fafiicz votre devoir, ^ que vous lui mettiez 
un peu d'arj^ent entre les mains, afinqu'il le falle 
valoir, '^j & qu'il ait le moyen de vivrez il vous le 
rendra bientôt. 

Mu'ion. Je ne lui donnerai pas un fétu. '^) 

EJ'blmis, II ell honnête homme, je vous en ré- 
pons. 

Syrus, 

10) ©je i(7 bir jctiiiK, bic f)cufe jticrfî eurent ÇtiM bi< 
55! u<? afrc! 1\f. 

11) A?cufc bufl ^u fccinc (5ad)«n nicî)( Û6cl gcmac^f, 

niciu s. 

12) Unh boO ihx xhm iiwa^ ^îclb onberrrauct . ^ûO cr 
fcin (^'tervcrbc bamii ircibcii fcnnc iH^Î) «Wii^ C"*»» 
mit l>fr^KlK.) 

'13) 9^icf;t mm ©ct)crf o^ct ''Pfiffcrling- 



DE TERENCE. yrj 

S'jrus, Sur ma patolej Monfieur, je vous le ren- 
drai, donnez feulement. 

Efchinin. Allons, mon père» 

Alîcioth Y) penlerai. "*j 

Vewl'û. Il le fera, ne vous mettez pas en peine. 

Syrus, Ah, que vous avez de bonté! 

Èfchimis^ Ah, mon père, vous hQs le plus ga- 
lant homme du monde. 

Michn, Qu'eft-ce donc que ceci , mon frère? 
& qui a pu fi promptement changer votre humeur? 
quelle profuiïon ! quelle prodigalité fi fubite! 

Déniéa, je vais vous le dire? c'eft que j'ai vou- 
lu vous faire connoître *') que fi nos enfans vous 
trouvent fi doux & fi aimable, ce n'eft pas que 
vous viviez comme vous devriez vivre, '^j ni que 
vous agiffiez félon l'équiré & lebonfens; mais c'eft 
que vous êtes induigent,*") que vous leurfouffrez '**} 
tout, & que vous leur donnez tout ce qu'ils deman- 
dent. *) Prélentemenc donc, Efchinus, fi ma 

manière 

*^) Voilà Dênica qui revient douci contre fbn naturel , il 
àfoncaraclere. rérencez fort ne l'avoir fait que pour bire 
bien conduit cela, pour faire connoître à Ton ficre que la 
voirque s'il s'étoit iifort ra- complaifance aveugle qu'il 

avuit 

14) 3*^) ^^'îï '"'^^^ befînr.ciî. 

15) 2Ramlid)/ n?fU id) cucO ^abe ^ti etfcnncn gcbm 

16) êo 9efcî)ie{)t tê nicf)f tc^iuegeii, fcag if;v fo UUt, 
n?ie ihr rooM («bcn fcKfet. 

17) ©ûr 511 gelinbc. 

18) Souffrir quelque clinfe de quelqu'un, (i^n^ fpn tU 

mm cr^uIbcn ; à quelqu'un, cîn?aij an cjn«nî (ci? 



fH 



LES ADELPHES 



manière de vie vous eft odieuie, parceque je ne 
fuis pas d'humeur '^) de vdus accorder tout ce que 
vous voulez, Julie ou injufte ; je ne me mc!e plus 
de votre conduite; déteniez, achetez, faites tout 
ce qui vous viendra dans l'eiprit, ^") je ne vous eu 
parlerai de ma vie; mais fi au contraire vous vou- 
lez que je vous reprenne ^') dans les chofes dont 
votre âge 6t la paflion avec laquelle vous les. déli- 
rez, vous empêchent de voir les conféquences & 
les fuites, ^^) fi vous voulez que je vous corrige, & 
que je n'aye pour vous qu'une complailbnce de vé- 
ritable père* me voici , je luis prcc à vous donnée 
tous mes foins» ~^j 

Efchhius, 

avoît pour ïès enFans, étoit encans, entre îa trop grande 
la l'eiile caulè de 1' Muour féi crité de l'un, & la trop 
qu'ils avoi'ent pnur lui, & grande doucciir de Vautre. 
qu'il u'eft pas difficile d'en C'ell le parti que prend enfin 
ctre aiiTi<^, quand on xcut Dcmca, en prenant chez livî 
s' cl"igne~ en leur Faveur des cette cbanteulb dont Ion fils 
reules de la morale & de la ctdit amoureux. Cette coin* 
vcritible Honnèreté, Les ca- plai'.ancc que nous trouve- 
ractercs 'ippolc>: de cesdfux rions aujourd* Iiui fort cri- 
frcres, ik les inconvéniens niinelle, n'^voit rien de con- 
qui en arriv^enr, montrent damnal>le cliez~lcs/?w//7/>;f, 
parfaitement aox pères le qui n'ctcu'ent pas affcz celai- 
milieu q-i'ils doivent tenir rcs pour en connoître Icdé- 
pour r éducation de leurs faut, 

19) ÎOBcil \d) nicftf gcfonntrt Vm. 
zoi ^Hh'^ roaé «ud) iiî \Sjnn fonmicn tt)it&. 
2r) \)ci^ id) ciid) lirofc. 
22) (iiud) t)crf)«n^er^ Me ^olc^m fin^uffrKn. 
23; (i-nic SfîiUfabriafdÉ cincfit rcd)ird)ajf{nen 55ûf«ré, 
bier 6in td), td; b\\\ btrcù cud; aile mvjns 6otâfulÉ 



DE TERENCE. 51^ 

Efchimis. Nous nc)us mettons entre vos mains, 
mon père, vous êtes plus f^ge que nous, & vous 
favez mieux comment il fiîut Te conduire. Mais 
que deviendra mon trere ? ^'^) -. 

Dè/nca, Qu'il ait cette chjnteufe, & que ce Toit 
là b dernière de Tes folies. ^^) 

Efchiints, Cela efl: très raifonnable. Adieu, Mef- 
fieurs, battez i\QS mains, 

LE PHORMION 

DE 

T E K E N C- E. 

LE TITRE. 

Cette pièce fut jouée aux fêtes Romaines ^ fous les 
Ediles Curules L. Pofthuiiiim Albiints ^ L, Cor- 
nélius Merula. par la troupe de L, Ambiv'nis Turpio 
es" (le L Attilius de Prénefie, Flaccus affranchi de 
Claudius fit. la Mujique, oh il employa les flûtes inéga- 
les. Elle efl toute prifc du Girec d^ Apollodore ; vU 
elle a pour titre^ EpidicazomenoSy elle fut reprejt'ntée 
quatre fois fous le Confulat de C. Fannius ^ de M, 
Valériiis» 

K k 2 PER- 

24) ^iô mirb ce mit meinem $Bruber fôerbîtt, 

25) (?rma(î H^f? ©ân^crinn \)o.^m, unî) \\i\i^ ma0 
aud? fîinç \%%x% X|)ocf;eit fcon. 



516 LE PROMION 

PERSONNA GES 

D E 

LA PIECE. 

T e Prologue. 

Phormiou, porafite. 
Déifiiphorj, père d'Ântiphon» 
Aiitipbon, fils de Démlphon« 
Gétiiy vaiec de Dcmiphon. 
Dorioii, marchand d'efclavcs. 
Chrêmes, frerc de Démiphon & père de Phédria. 
Pbcv/ria, fils de Chrêmes, & nçveu de Démiphoii, 
Daviis, valet. 
Sophrotia, nourrice» 
Hi'gioii, 1 ' 
Cratinus, J» Avocats, 
CritoUy J 

Perfonnages muets, 

Dorcion, fervante. 

Phanio/i, mariée à Antiphon. 

La fcene eft à Athènes. 

LE PROLOGUE. 

*) T e vieux Pocte que vous connoiirez, Me/ïïeurs, 
JLj voyant qu'il ne peut obhger Tcrence à re- 
noncer à l'ctude de la Poëlîe, ') 6i à le jetcer dans 
rojfiveté, tache d'en venir à bout par les médifan- 

ces, 

*) C'eft toujours le incme Poète Ln/c/t/s Lavinim, 

1} SDent v5tuî)ircn (Hudio) bcr ^ocfjc abfaflcn. 



DE TERENCE. 



ri7 



ces, ^) car il ne cefle de dire partout que toutes les 
Comédies qu'il a faites jusques ici, lont trop {im- 
pies, & d'un ftile trop peu élevé, & cela, *) parce- 
qu'i! n'a pas mis, comme lui, dans aucune de (es 
Pièces un jeune homme furieux, qui dans les ac- 
cès de fa folie, ') croit voir fuir une biche pour- 
fuivie pas des chiehs* & que cette biclie aux abois"*) 
verfe des larmes, & le prie de la fecoux^ir. Si cet 
homme fe fouvenoit que quand cette nouvelle Pié_ 
ce de fa façon réulîit il bien,**} elleduccefuccès f\ 
Kk 3 à Ta- 

*) Térence ne pouvoit fe rir. Kicn n'efl plus extra- 
mieux excufer qu'en fai/ant valant dans une Pièce Co- 
voir que fon cnriemï n'accu- mique, 
foit les Pièces d'être {impies 

& (.Von Itile trop bas, que **) 7Vrf;;/rf pour ne pas 
jiarcequ'tl n'avoit pas voulu choquer les fiomûws, en fai- 
fai're, coinioe lui, desm on- fant voir T extravagance d* 
lires dans {esCoincdies. Cet- une Fiéce qu'ijfi avoient ap- 
te manière de s' excu{er c{t prouvée, dit que cette Pièce 
adroite, (X: ne manque jamais ne réuflit que par l'adrcfle 
de produire {on effet. Ce desA£îeur.«, quiparleuradi- • 
Liivmius avoit fait une Co- on avoient impofe au peuple, 
médie, où il avoit mis un Nous devons bien connoî- 
caraiilcrc d'un homme que tre aujourd'hui la force & la 
l'amour avoit rendu fou, & vérité de cette raifon , car 
qui clans les accès de {a folie nous voyons tous les jours 
croyoit voir fa maîtrefîc des Poctcs qui duivent leurs 
changée en biche, qui étoit fucces bien plus à l'habileté 
pourùiivie pardeschaffeurs, des Afleurs qu'au mérite de 
c\' qui le p;-ioit de la Iccou- leurs Pièces, 

S) 60 ixcA)\it cr Durd? fcine 23«cldumbun(jcn ii Ijo^jn 
ju bri'itjcn. 

3) 3ii bcm SlnfaH fdncv îborbcif. 

4) î)ie in \^i\\ leîîten 5'*'n?" licget» 

t) ©te tûf^n^ifçlg ju oauîm g«i>û6^ 



fi6 



LE PHORMION 



à Tadrefle des A6teurs plus qu' h Ton propre mérite, 
il ne nous actaqueroic pas avec tant de témérité. ^) 
Préfentement, Meffieurs, s'il y a parmi vous quel- 
qu'un qui dife ou qui penfe que fi (e vieux Poète 
n'avoit attaqué le nouveau, ce dernier n'ayant à 
médire de perfonne, n'auroit pu fiire de Prolo- 
gue, '^} je me contenterai 'de lui répondre qu'il 
s'agit ici de gagner le prix d'honneur^) qui eft 
propoié h tous ceux qui s'appliquent a travaillée 
peur le Théâtre, Pour lui, en empêchant Té« 
rence de travailler, il a voulu lui ôter tout moyen 
de lu 'filler^ & Térçnce n'a eu d'autre but ") que 
de lui lépondre. S'il en avoit ufé honnêtement ") 
nous aurions eu pour lui autant d'honnêteté qu'il 

en 



•) Têveijce ne répond 
pas direcle:ncnt nu repro- 
che qu'il le fait faire, mais 
fa rép'inlc ne laiffe pas d' 
être tort j^réciic & de fer- 
mer la bouche à fes tnnc- 
xrv^ ■, r.ir c'eR coinme s'il 
«Jifoit, fi l'on 'C in'avoit pas 
att.u|iic, MotHeurs, je fcrois 
des ''r'i!i'i;ues pour vous 
apprenche les fujets de mes 



Pièces ; mai?; puisque l'on 
tâche en toutes manières 
de me mettre mal dius vo- 
tre efprit 9) & q e c'elt ici 
un combat où il s'agit d' 
honneur & de réputation, il 
n'eit pas jultc q le je trahifi 
fe ma propre caule; je fiais 
forcé malgré MTioi de répon- 
dre aux calomnies de mes 
envieux. 



5") ïBiu'be <r une ijicf)t fo v»cr»cgm ûn(^vct£cii. 

6) Oi§ ié ()icr barnif anfonjint, \>in nSicj îjcr (H^re 
^ baDon ju traj)cn. 

7) SpM feinc ^'fîc()t nuf nicf)té aubcr^ 9<ri(^(cf/ (&at 

tîuj nid)t0 «inter^ gfj'^'h't. ) 

8) *3? uni cr rcblid) yeban^rU h?tU. 



DE TERENCE, 519 

en auroit eu pour nou^; *) on ne fait que lui ren- 
dre ce qu'il a pieté. '") Mais voilà qui efi: fini, je 
ne parlerai plus de lui, quoique de gayeté de cœac 
il continue (es impertinences;") écoutez iculenienr, 
je vous prie, ce que j'ai à vous dire. Kons nîlons 
jouer devant vous une Pièce nouvelle, que les Grecs 
appellent Epidicazomenos, & que nous appelions 
Fhormion, parcequ'un Pan^fite ainfi nommé y joue 
le principal rôle, 6c que c'eii lur lui que roule toute 
l'intrigue. '") Si vous honorez notre Poëte de vo- 
tre bienveillance, donnez- nous, je vous prie, une 
favorable attention, afij'qu'd ne nous arrive pas le 
même accideiiC qui nous arriva , lorsque le bruit 
que l'on fit, nous empêcha d'achever la Pièce que 
nous avions commencée, & nous contraiguit '^) 
de quitter le Théjtre. {1 eft vrai que ce malheus 
fut bientôt rép.ué p.ir h mérite de notre Troupe, 
qui le vit hcureuicment fecourue par votre patient 
ce & par votre bonté» 

Kk 4 

*y Mot à mot, gtûilpenfe C ctoit un proverbe fort or- 
ijue ce qttïl nom uvoit ap- dinair^ dans la bouclie du 
foné^ liti a été rapporté, j-îeuple. 

ic) 2ilé i[)n mit banrcr Olhuij*? bqa^fcn» 

11) Db cr féon m U'vkmx uubcrfd)amien ^SBefeti niuf^ 
tt).lli(î-r 'iCeifc; (mu 3>r||mé ^ufî) fortfahrcî. 

12) 5^ic vÇouptpeifon biiviniicn t>or|lcast, unO i)a§ bec 
Jp.iupijîrcid) nuf ibni fccvubct. 

13) ^le verba irregularia auf aindre, eindre, oindre 
flÇ^Cn rtH^ Wie baé veibum ceindre obcv craindre. 






LE 



510 LE PHORMION 

LE PHORMION 

DE 

T E R E N C E. 

ACTE PREMIER, 
SCENE L 

Dûvus, 

Mon meilleur ami & mon compatriote Géta vint 
hier me trouver, je lui devois encore quelque 
petite bagatelle d'un refte de compte; ') il me pria 
de lui ramafîer ce peu d'argent, ^j je l'ai fait 6c je 
le lui apporte: car j'ai ouï dire que Ton jeune maî- 
tre s'eft marié, ^) & je ne doute nullement que cet 
argent ne Toit '*) pour faire un prcfent à la nouvelle 
mariée ^) *) Quelle injufticc, bons Dieux! que les 

pauvres 

*) Les Grecs a volent (nr vre qui fait dei préfem ai^ 
cela un proverbe qui éroit ricbe^ 
fort commun : je bais le pair 

i) 3tï) wac xhm nocf) einige 5vlcini9!cit«tt bon <inci; 
5)vcd)nung fd)uk>ig. 

2) 3N« î>flé ttJcnigc 6c(b jufrtmmen ju brinacn. 

5) @cin juiiijcr S^txt ftcî) »er^ci;rûtf;çt ^ab<. 

4) ^>i|5 bicftj^ ©êlb âCtviMiut fci> 

5) 5:5cr SSraut 



. DE TERENCE. f2l 

pauvres donnent toujours aux riches, *) Tout ce 
que ce mil érable ^) a pu épargner de fou petit or- 
dinaire, & en le rctalant jusqu' à la moindre chofe, 
elle le raflera tout d'un coup, '') fans penfer feule- 
ment à toutes les peines qu'il a eues h le gagner. Pa- 
tience pour cela, ^) mais ce fera encore à recom- 
mencer ^) quand jamaîtreOè aura accouché, quand 
Je jour de h naiflance de l'enfant viendra, '") '^*) 
K k y quand 

^) lévence réufïït admira- par {'image contraire qui la 

blement à faire des images, fuit, ik qui marque parfaite- 

11 n' y a pas ici un feui mot ment riufatiabilitc de cette 

qui ne faiPe un trait mer- femme, „Eile le ratiera tout 

veiiieux & fort naturel, il „d'un coup (ans penfer feu- 

ne ie contente pas de dire, „lement à toutes les pei- 

foii a joh^ avec beaucoup de „ ncs, &c. 

pe/iie, il ajoute, de ion ordi- **) Il a fiîT)pIement dans 

nuire y &. parcequ'il fê pour- le texte, ^juaiia on i initîeva» 

roit faire qu'un homme qui Et on a voulu expliquer cela 

épargneroic de ion ordinaire, de la cérémonie que l'on fai- 

épargneri;it de fon fuperflu, foit, quand on fevroit les 

il revient ù la charge tV , joute enfans, & quand on les- fai- 

en fe refufant jmqu a la loitmani;er pour la première 

moindre chofi , qui ôtent fois, car on appeiioit cela 

tout fujct de douter. Et cet- les initier aux DceJ/ts Ediifa 

te image de pauvreté <3c de 6?° /Vz/'^/rt. Mais comme cette 

miiere eft encore rehaullcc Pièce elt Greque, & non pas 

LatinC] 

6) Sllïcé, xoaé biffer clcnbc ?Dicnfd). 

7) SSon fdncmiBcniacn \)<xt crfparen fcnncn^^a cr ftc^ 

fo gar Die uUa-vicringjîcn (Sad)en oom 9Jîaul a^^ 
%ihïi>&,in, baê tt?irt> jïe auf «initial tveôfa)nappeo. 
î?) SÎaé moc()te nocf; Ijingetcn. 

9) 5)a jvirt» €é Don nciicin oni^€()cn. 

10) S[Sirb ntcbcrgcfominen fci;n, Ux) t)çm ©cèurtétflâ 
t)€0 isiuOce, 



f 2X 



LE PHORMION 



quand il fera, initié aux grands Myfleres, enfin a 
toutes les bonnes fêtes, on donnera à Tenfanc, & ce 
fera la mère qui en profitera, '') Mais n'eft-ce pas 
là Géca que je vois ? 

ACTE PREMIER. 
SCENE II. 



G E T A. D A V U S. 

i un certain roiifieau vient me demander. ')♦.». 
Davus, Le voici, épargne-toi la peine d'en 
dire davantnge. 

Gèta. Oh, Davus, je fortois pour aller chez toi. 
Daims. Voilà ton argent, il eft de poids, ^ tu 
y trouveras le compte. ^) 

Oéiû. Tu me lais plaifir, & je te remercie de tout 
mon cœur de t'en ctre fouvcnu, 

"Davus, 



Latine, on ne âok pas rece* l' înitîatîon aux grands my^ 
voir cette explicatioJi. Aliu- tsrcs de Ccres On initioit 
rcment, Tcvence parle de les cnfans fort jeunes^ 

I i) 535cj) aficn o^nUn ^kf taacn ivir& wmx bcm ^tîttbe 

ÔclH'ti, uni) tic ÇJiutter tvirb (îd) ce ju 9?uo«» 

uu»rî)on. 
i) ^ lui ciii cjciviiTa" J»t()fopf foramf unt) nac^ mie 

ûm 
a) ^icr jft ^f5^ Çklb, «<î i(î njic^tlg, unb tu wirjî f<^ 

^cn, l)ag uUcô ricl;iiij ijî» 



DE TERENCE. 523 

Davus^ Tu as raifon, de la m:iniere ^) dont on 
vit aujourd'hui, on doit être bien obligé aux gens 
qui payent leurs dettes» Mais d' où vient que tu 
es trifte ? 

Géta, Qui moi? helàs tu ne fais pas la crainte 
& le danger où je fuis . . . 

Davits. Qu'y a -t- il donc? 

Géta» Tu le fauras, pdurvuque tu fois homme à 
te taire/'*) 

Davus. Va, tu es bien fou; doit- on craindre de 
confier Ton fecret à un homme à qui l'on a confié 
fon argent fans s'en être mal trouve. Que gagne- 
rois -je préfentement à te tromper? '") 

Gèta. Ecoute donc, 

Davus. Je te donne tout le temps que tu vou- 
drai;, parle, 

Géta. Davus, connoîs-tu Chrêmes, le frère aî- 
né ^) de notre bon homme? 

Diivus, Pourquvji ne le connoîcrois- je pas? 

Géta, Et fon fiis t^hédria, le connois-tu aullî? 

Davus, 

3) 3^ ^îf Genftivus ofecr Ablativus GaJlorum, mu^ 

im î)«utfd)en Mîrd), auf cu^oebrûclet tt'erbciî, 
nj'lcftciS ma) (îatt fiinOit bci; tisticu SBôïUVU air, 

cote, fjçoii Ôic. 

4) ©ar.H bu iiur fd)tt3cigcn fannjî. 

5) D^ne iibd tobci) gcfa^ien ju f«i)n, t»«i? hàiU ic^ 

nun baboo/ waHn id& bid) bctrû(icn TOotUe? 

6) 5^em a(t€(Î6n ^rubcr. ©inb 3 <Sp^nc, fo fagct 

lîîfln: l'ainC-, le puis- né, unb le cadei ; ftn6 ^CVCtl 

âb«r mebr , fo fânv^ct man on fîo ju unt£V^d)ct^fn/ 
burrf) Tainé, le fécond, le troifiême, &c. bev!''6tÇ 
\)î%i abcr QXm\<X^ le cadet, in fœmin. la Cîidctte. 



f24 LE PHORMION 

D^ivus. Comme je te connois. '^) 
' Gétû. Il faut donc que tu fâches que ces deux 
vieillards font partis en même tertips, Chrêmes pour 
aller à Lemnos, »Sc notre bon homme pour aller en 
Cilicie chez un ancien hôte qui l'a attiré par fes 
lettres, où il lui promettoit presque des montagnes 
d'or. ') 

DavKS. Quoi ce bon homme s'efl: laifie aller ainfi 
à ces be'Ies paroles, ^) un. homme i\ riche? 

Géta Celle de t' étonner, c'eft fon naturel. '°) 

Davus. *) Ho parbleu c'eft dommage que je ne 
fois ") grand Seigneur. 

Cétû^ Ces deux vieillards donc en partant, m'onc 
laiiTé ici auprès de leurs enfans comme l'eur gou- 
verneur. 

Dûvus, Mon pauvre Géta, tu as pris là un mé- 
chant emploi. 

*) C'cft à dire que c'eft Démiphon, & il n'jroit pas 

grand doitunaiie .qu'il ne comme lui au bout du mon- 

ibit riche, car il fauroit bien de pour devenir plus riche. 
mieux jouir de fon bien que 

7) ©0 gut aie id) bid) fcnne. 

8) 2)fr \[)n mit ^ikfm , morlimcn cr i^m fûjî gûlbcne 

iBcrjje eerfprad;, an fid; Q<\cdt, 

ç)) 2Bie i)at fiel) bev flutc "vjiann mit foidjen fugcn SiBor* 
tca finfd}tâf«rn lajTen. 

10) (rc i|î nannid)t ûnbcriJ. 

11) (S^ tinrb b<c Conjunclivus or&cnflid) nacf) bcm im- 

perlônali c'elt, ce ift, Wenil cé nid)! pleonaliice 
tîchet, nod) immédiate t>ov que {)fr9fhct^ ob cU 
filîid; «inc (yswiit)eU bcbcutst, sfbraud}ct. 



' DE TERENCE, ^2$ 

Géta. Je fais ce qu'en vaut Taune, '^) & *) |e me 
fouvtens fort bien que ce jour-là le Dieu qui me 
protège, étoit en colerg contre moi & m'avoit 
abandonné. D'abord je commença^ à '^} réfifter aux 
volontés de ces jeunes gens; mais à quoi bon tant 
de dilcQurs ? '*} pendanrque j'ai été fidèle à mon 
maître, je m'en fuis toujours fort mal trouvé, '') 

Davus, Je m'en doutois bien. ^^) Quelle folie de 
regimber contre l'aiguillon? '^) 

Géta, Aufli pris-je bientôt le parti '^) de faire tout 
ce qu'ils vouloient, & de ne leur contredire en rien* 

i)avus. '^*) Tu as fuivi, comme on dit, le cours 
du marché, '^) Geta, 

*) LesPayens étoknt per- que ce bon Génie en colère 

fuadés que chaque homme les avoiî abandonnes, 

avoitunbon G(:n e; unOieu **) C'elt une métaphore 

qui le protegeoit, qui le con- prife des marchands qui s'ac- 

dui{oit,& que quand ils tom- commcdent au temps & qui 

boient dans quelque mal- mettent le prix aux marchan- 

heur ou qu'ils faifoient quel- difcs félon le eours de la 

que faute, cela venoit de ce foire ou du marché. 

12) ^ICie bie ^mbî fcf)rci6cf, (njie a'ncm boBcn m mu; 
t^cift.) 

13) (S.i giebf 9cn)»{T« verha, bk kalb boê Oerundium in 
de, bal^ baé Gerundium iu à, VîÇiiiUn , nâCÎ)bem 

ce ber 'iBoblHanfî ecforDcrt, njoruntec commencer 
mit bcorifîen i|î. 

14) SBorju bimn fo uiel Sîcbcnô? 

15) (Se ifl mir aikmal ftbr û&cï Bcfommetî. 

16) 2?a^ {)aht td) mit njol cingcbilbct. 

ï7) aCûé ift ba6 fax tm %i)otl)tit, raiDcc ben ©fac^cî 
lecfcn roellcn? 

18) 2lucl^ cntfd)log id) mirf) bolb. 

19) ^u M, rote man ju fao«n ppit^jf, bcn i|«6a^n(m 



526 LE PHORMION 

Gcfa. Noti*e jeune maître ( Ant'phon) ne fie rien 
de mai les premiers jours* Pour Phédria, Ton père 
ne fut pas plurôt parti qu'il trouva une cert;nne 
chanreule dont il devint fou. ^°) Cette fille étuic 
chez "') un marchand d'efciaves, le plus infâme co- 
quin du monde, ^^) nous n'avions rien à donner, 
nos vieillards y avoient mis bon ordre. ^^) Notre 
jeune amoureux n'avoic donc d'autre confolatton 
que de repaître Tes yeux, ^'*) de fuivre la maitreflê, 
& *) de l'accompagner quand elle alloit chez Tes 
maîtres de Mullque, & de la ramener chez elle. 
Et nous, qui n'avions rien de meilleur à faire, ~^} 
nous fuivions ordinairement Phédria. Vis-à-vis 
du lieu où cette fille alloic prendre fes leçons, **) 

,ily 

*) Car cnGrece il y avnit ce qui avoff donne lieu su 

des lieux où tes fille;, alloi- \wvvci-hc^cn,^/tt^/ r/c ùoiir/<7îie 

ent apprenclre à ciianter &■ à de haibievt i hé'jphvi'.jle ^^•' 

jouer des inltrunieiis : il y pe'iloit le> alTei'.Mccs fie ces 

en avoit auffi pour les gar- ho\xt\(\\\'^%desfefljmo\xoiiiie 

çons. boHiti lie mange, parce qu'on 

**)Ccs bnufiques de bar- n'y (aiioit qucc-aufer. Vnilà 

biers étotient Je rendez- vous donc ce qui fonde ce que Gé- 

ordinairedetoosiesf'iincaiis ia dit ici qu'ils artenJoient 

de la ville qui s' y afleni- dans cette boutique de bar- 

Moient pour caufer. C'cd bier que cette fille lortît» 

20) ^n bie cr nôrrifcb bcrïictf tvurbc. 

2i) Chez f)cilTec im î)«utfd)nî, Ux), ivcnn i)pn ^M^if 
m\\ in ibrcr ^Scbaufuncï , 33atcr(anhc oDer «niom 
(^anjien ^Bclfc, unD cincc geroiffm 2(rt Imi tic 
Stcbc 'fî. 

22) Çi!t îlhfcftauin oïïcc ^d)flmen. 

23) UnK'rc 'liltfn battcti ftd) tvd i?orftffc5eiî, 
34) Que feme Qlucicn ju tt^ciben. 

25) O^ic^c^ bijfff^ ju f(l;a|fm (iw x\)\x\u) 



DE TERENCH, 527 

îl y avoit une boutique de barbier. C'écoic là 
que nous atceudiotis qu'elle fortic pour s'en reîoiïr- 
ner^ Un jour ^^) que nous y étions, *) nous 
voyons arriver tout d'un coup ^'^) un jeune hom- 
me qui pleuroit^ cela nous iurpend, nous deir^an- 
(lons ce que c'eft. jamais, dit- il, la p^uvreré ne 
m'a paru un fardeau lî infupportable que préfence- 
îîient: "^j je viens de voir par hazard dans ce voi- 
finage'une jeune fille qui pleure ia mère qui viens 
de mourir, elle eft près du corps, & elle n^a ni pa- ^ 
renc ni ami, perlonne enfin qu'une pauvre vieille 
qui lui aide à fsire !es tunerarUes, ~^) cela m'a fait 
Une grande cornpaiîianj cette fîlle e(t d'une beauté 
ch.irm;u)te. ^°) Que te diiûi- je davantage, Davus, 
nous fuines tous touchés de ce dilcours, '') & An- 
tiplion prenant d'abord la parole; Voulez -vous, 

dit- 

^) Dans Âpol/o^nve cQt ^ner leur deuil 32) fe raifoi- 

liomme ctoit le ba Hier, le cnc co'jpef les cheveux, Ôc 

maître de la boutique où les mettoient fur Ion tcin- 

ils étoienr, qui venoit decou- beau. Tévence z rtttznchc 

per les cbeveux 1 la jeune avec rajfon cette circonftan- 

fîile dont il va parler Car ce qui lui étoit inutile, ik. 

en Grèce les parent; Se les qui ne pouvoit pas être toit 

amis du mort pour térDoi- agréable aux liùmcùm. 

2,6) (finiîcn^. Adv<'rb. 

27) 2luf eiiitHrtl (pldfjltcî)) Adverb. 

as) ^<3!r îraq.n, ivaj eô mou îilim(tlé , favife er, 

ttt inir Dic :armutl) uucrtrcl(]licl)ec nié iîio, UDigc 

fonu'icn. 
.29) S)i2 ibr beç ïBcfcrc^ung K;rce Sei^cn&Êgaugnife^ 

30) ©le-'c- ^iiiî&vicn iff una^mdn fcljôit (reîjcuî'.; 

31) l^iîfc r'î^>e o'.mq un? aUm nûl;f» 

32) 5«)f ^eçlfto àu f)f jçugm. i 



528 LE PHORMION 

dit- il, que nous alîl ns voir? un autre dit, je le 
veux, ;>llo!)S, menez -non?» je vous prie: nous al- 
lons, nous arrivons, nous voyocs. Qu'elle étoic 
belle! •'') Cependant, imagine- toi, Davus, qu'elle 
n'a voit pas la moindre chofe qui pût relever fa beau- 
té» ^^) Ses cheveux écoient en defordre. Tes pieds 
nuds ; la douleur étoic peinte fur Ton vifage, un 
torrent de larmes couloit de fes yeux, ^') elle rl'a- 
voit que de médians habits ; Enfin elle étoit faite de 
manière, que (î elle n'avoit eu un fonds de beauté à 
toute forte d'épreuves,-'^) tant de chofes n'auroienc 
pas manqué de f éteindre & de l'effacer, ^'') *) Ce- 
lui qui aimoit la chanteufe, dit feulement: elle efl 
allez jol'e, vraiment» mais **) fon frère « , . 

Dnvtis, Je vois cela d' ici, il en devînt amoureux 
dès le moment. ^^) 

Gka, 

*) Phédria. **) Antiphoù, 

33) 31v1; ttjje fcf)on mar bicfclbcl 

34) €û '\\)Kit ©d)ôii{)cit m 2lnf«r)cn %hxit â^Oc» U\v 
ncn. 

35) Q3arfûf;ioi; man faf)« bcn ^dim^rj ûuf i^rcm 6e* 
ftc()te, cin 'iMncn^^^cî) fïog uufJ ifucn 21ugcn. 

36) 5:)a|j[ , tDcnn fie nlc^t Ù6cr oflc magcn fd;on (jetvc* 
fen ïoâre. 

37) Eteindre, unb effacer f)ci|Tm &et)bC âuéldfdjm 
cvjî;^ TOiib nud) i>on geucc unb ©lut/ U^fcé f)in« 
gcgcn nur in oiibcrn %h\\i\\, j. e »imi ©eiiiûl* 
bcn obec (iefdîiic^eneu €acî)cn, gcbrnud)t: e. g. 

. ctcindrc ii'ne thandeile, cin £id)t au6lJfd?«n; effa- 
cer une ligne, cinc 3^iU auélofd)cn. 

38) î^û(!i fc^c id) Don writcm, i?on ©tunb an tvurbc « 
in fîc ujrlUbt. 



DE TERENCE. 5-29 

Géta. Sais-tu avec quelle fureur? vois jusqu'cù 
alla la folle* ^^) (\hs le lendemain il va trouver la 
vieille donc je t'ai parlé, il la prie de lui faire voir 
cette fille; elle Je refufe, & lui re; rélente qu'il a 
des delleii-s fore injuftes, '*^) que cette fiîle eft ci- 
toyenne d'Achenes, qu'elle efl bien élevée; quelle 
eft de bonne famille ; que s'il veut Tépoufer, les loix 
lui en faciliteront les moyens, "^'j & que s'il a û'au- 
tres intentions , elle ne peut plus ni l'entendre ni le 
voir» Notre homme ne i\it d'abord à quoi Te ré- 
foudre, il mouroic d'envie de Tépouler, '*^) mais 
il craigno'.t tpn père. 

Davifs, Quoi, après que fon père auroic été de 
ret(;ur, n'auroit-il pas confenti à ce mari^ce? 

Géta. Lui, il auroit donné ^ fon fils une femme 
fans Dien, & une inconnue? jamais '^') il ne l'au- 
roit fait. 

Dflvus. Ou'arrive-t-il donc enfin? '*'*) 

Gi'ta. Qu'arrive-t-il? Il y a un certain parafite 
nommé Phormion , homme entreprenant, '^'^ le- 
quel . . . Que les Dieux puifienc Tabimer! 

Davus, ^u'a-t-il fait? 

S9> <^\t%i, ttJic ^i\t feinc 2:&cr^eU fic^ crjîrccffc 

40 ^t 5«tre un9ercd)tc SlbficDten. 

41) 3nn: Èie@cft;0cqarkicf;î5ariul3er5elfcn fdnnfcit. 

42) Die ^e,i,iciD« fie ju ^cyrat^cn mot ûro§. 

43) Diiî^ Acîverbîum negandi jamais ff?()çt ^iec 3^ad)» 
i-x\\â6 nje^cn t>oroîi. 

44) ^a;} \rirb cnn enC)Ii(^ tarauè? 
45; £'uj ^a9(;al^, 

Li 



^30 LE PHORMÏON 

Géta. Il a donné le confeil que je vais te dire. *) 
11 y fl une^oi qui ordonne aux orphelines '^^) de 
fe marier à leurs plus proches parens, & cette mô- 
me loi ordonne aufll aux proches parens de les 
époufer. Je dirai donc, lui dit-il, que vous êtes 
le plus proche parent '^'^) de cette fille, je ferai 
femblant d'ctre l'ami '*'*) de fon père, & je vous fe- 
rai afiîgner. ^^) Nous irons devant les Juges; là j'é- 
talerai toute h généalogie, '°^ je dirai qui étoit le 
père , qui étoit la mère , à quel degré vous êtes foti 
parent, ^') le tout de mon invention, & ce qu'il 
y a de bon & de commode d^ns cette nflaire, 
c'eft '^) que comme vous ne vous oppoferez pas beau- 
coup à ce que.je dirai, je gagnerai mon procès fans 
difficulté. ") Votre père reviendra, il me pour- 
fuivra, que m'importe? ^■^) la fille fera toujours à 
nous. 

Davus* 

*) La loi laifloit la liberté proche parent, au lieu qu'elle 

aux orphelines dé fe marier iinpordit à ce plus jiroilupa- 

ou de ne le pas inarfer. Mais reiit la nécellitc d'cpoulcr la 

iï elles vouloicnc fe marier, parente orpheline s'il en 

il failoit que ce fût à leur ctoit requis. 

46 rcn-îSiM)rcn. 

47) i)cr nûd)rtc ^Int^crtt^anbfe. 

4^;) ^si) n>iU inid) ftdlen, <i\6 wm id) cin ^rmnî». 

49) ilub id) tverbc cud) ttor6cfd)cit'cn (citircn) laffctt- 

50) 2)û ti'cibe id) btc jjûnie QicticalDglc (S>«njauM* 
f:haft) Ocrer ja[)l.''i, 

51) SBie ri 00e i()r t«crfclbcn onocrnjaiibt ft'j)b. 

52) Uni) D<13 bfftc uni) bfquemf^c bci> bcr ^ad)t ijT, 
53; 60 mibt Id) mu Icid)tcr ?)j^û()e Dîcd)r bet)alt«n. 
54J vlBiJg fioijf id) tornacl) ? o&sr Jvad licgt mir 

buiun.'' 



DE TERENCE. 5-31 

Davus* Voi'à une plaifante entreprise! ^^) 

Gka, II persuade notre homne, on fuit ce bel 
expédient, nous allons devant les juges, nous ibm- 
mes condamnés» il i'époufe. 

Davuf, Que me dis- ru là? 

Géta. Ce que tu entends. 

Davi/s. Ah, mon pauvre Géta, que vas- tu de- 
venir? '') 

Géta. Je ne fais. Ce que je fais fort bien , c'eft 
que je fupporterai courageulement tout ce que la 
fortune m'envoyefa ^") 

Davus. Voilà qui me plaît, c'eft avoir du cou» 
rage '') 

Géta. Je n'ai d'efpérance qu'en moi feul. 

Va vus. C'tfi: bien fait , . 

GHa. Vraiment oui, '^) j'aurpis recours à un in- 
terceiTeur qui viendroit dire foiblement, ba, laiflez- 
le, je vous prie; s'il fait jamais la moindre faute, 
je ne vous prîrai plus pour lui. ^'j Ce feroic niê- 

Ll 2 me 

55) ^aè i|î ja «ine ùït'm llnfcrnçl)raung. S^aéAdie- 

ttiviiiii piaiiànt çv'bort vnîcï iiM Adjcéliva, tlH'lcfîC 
cine anberc ïxrcutuna baben, tttcnn (ù ^cm Suh- 
ihutivo t)or cber n-Kh^lcben: v. f,. uwe plijùnte 
femme, eine IiU«}cr(i(iK S'''^" 5 une feiume piaf- 
fante, mu lufilge, arttgc xS^aw. 

56) ïïîic wirb tiré 0c()Cti ? , 

57) S^op, id) Q\h^, n^k ce bîii? ©{ûc!c f\i^m tokbf 

58) î>aé hi\%t .fpcr; tm lûbi f;a&çn. 

59) ^J) frcçltd) jû» 

60) aî^id iâ) nic^î mc^r fiîr iî;n hittm* 



^52 LE PHOUMION 

me beaucoup s'il n':ijouroit pas, quand je ferai forti, 
a(lommez-le fi vous voulez. *') 

DavKs. ^) Et cet amoureux tlran fi qui va comme 
un pédagogue conduire & reconduire ®^) cette 
chanteufe, comment fnir-il les affaires? 

Géta, IVU' foi pauvrement. 

Daviis, Il n'a peut-être pas beaucoup à donner. *^^} 

Gèta, Rien du tout que des p;iro!es» 

Daviis, Son père eft-il revenu? 

Géta, Pas encore. ^*) 

Davus. Et votre bon homme, quand l'attendez- 
vous? 

Géta^ Celan'efl: pas encore bien certain; ^^) mais 
on vient de me dire **) qu'il y a «ne lettre de 

lui 

*) En Grèce on appçlloit *) Les maîtres- des ports 

pédjgoejucs les valets qui ctoientceiu qui avoicnt pris 

alloietît mener les enfans à le parti des dnits que dvvait 

l'école, c*^ qui les r.Tiiie- p.:yci- tvvX ce qui entro-t 

noient.^ C'cfè ainlî que Si- à^.n^\e pais, eu qui en lôr- 

cyate cfoic -'ppclic le l'éda- toit, à cette coutut7;e ctoit 

go|i;ue d'.-f r//;/V.Y/*', parce- çnCrcce ci^imn^ en halie.- 
qu'il Je luiv'tiic p.iitoùf. 

60 ^d)loat i()n (o^^ xomn i^r fonfr WcÏÏt. 

62) Un& Mefnfurd)tfainc(()ffiurjtc)2:cM)a&cr, bcr fn'ne 
©ângcrtiina'iceuiQluîYeoer, (ipofmfillcr) ^iiiunC> 
{)tt bevjUitct. 

63) Çr W DicUck^f ûucî) nic^t uici ju im\û)inUn^ 

64) S)aJ^ 5Qorf, tiidîf, trirb Opn eiiicm Moffcn Adrer- 
bio Dber Nomine, un'ttn einc ânbcrc '^^erfon , ûid 
jubop, rcbet, niir burd) pas nut"J^f^rucîrf : v. g 
lavez-vous fait? Sintivort: pas encurc, noc^ nidjf» 

65) ©Aé fîe()( noc^ (jcî; î>m ©oUcrn- 



DE TERENCE* ^33 

lui chez les maîtres des ports , ^^} je vais la pren- 
dre. "0 

Davas. N'as-tu plus rien à me dire, Géta? 

Géta. Je te fouhaite toute forte de bonheur* 
Hola, garçon, n'y a-t-il là perfonne? prenez 
cet argent, donnez -le à Dorcion. 

ACTE PREMIER. ' 
SCENE ni. 
ANTIPHON, PHEDRIA, 

Antiphon, 

*) TT^util donc, Phédria, que je me fois mis en 
X état de ne pouvoir penfer qu'avec des frayeurs 
mortelles ') au retour de mon père, de Thomme 
du monde qui m'âime avec le plus de tendrelle, & 
qui me veut le plus de bien ? ah h je n'avois p^s 
été tout à fait incoi'^fidéré, ^) je l'attendrois pré- 
(êiitement avec tous les fentimens que je devrois n voir. 
Ll 3 Phédria, 

'^) Ce qu'An fiphoji dit ici, forcent à redouter la préfèn- 

marq'e tien naturellement ce de ceux Oiêmeduntoneft 

les malheureufes fuites du le plus tendrement aimé, 
vice & de la débauche qui 

66) 51n Hatt maître de poftc, njcil l)i«r Don cincm 
(5ې()afcn bie 9v-:bc ift, unb alfo bic Sriefe wie in 
.Ç)oaaiib, ^ngettanb; ^o'IIn atti 3i()cin je mit ^a* 
rfctbcotd anfommcu unb oba^janbï njitbeu. 

67) 3d) tvifl i^n QbhoUiu 

1) 3îut mit Xobc^an# 

2) Unb bec mil- am mdilen ivo()I toiQ! c-^ tumm ic^ 

Î)P(^ x\\0^t fo gar uiiî>èt)fld;tfam gcrvcun njâte. ' 



534 LE PHORVirON 

Phl'driif, Qu'eft-ce donc que ceci ? 

Autipbcn Me le demandez- voas, vous qui aA'ez 
été le rémoin & le con^denc de l'adion hardie que 
je viens de faire? Plût-à-Dieu t^ne Phormion ne 
fe fût jamais avifé ^) de me donner un (1 perni- 
cieux çonfeil! & qu'en fervanc ma pa filon il ne 
m'eût pas engagé dans une affaire qui va être la 
fource de tous mes maux. *) *) Je n'aurois pas eu 
la perfonné que j'aime; Eh bien, j'durois mal pafl'é 
quelques jours, ') mais ce chagrin contiuuei ne me 
rongeroit pas le cœur . . . ) 

Phérlr'ta. Je vous entends. 

Antiplmi, **) Pendantqu'à toute heure & à tout 

moment 

*) Autre leçon bien im- font fort néccfTaires; fans 

portante: En comltartant fa cela on croiroit que toutes 

pafîion , en lui réfilhnf, on les bonnes rcflcAionsqu'.Vw- 

en elt quitte pour quelques tiphvu vient de faire, c^- fbn 

jouis de peine, snais en la fa- repentir ne viennent que de 

tisfaifant, on court rifque de fon de'goût, ce qui les ren- 

fe rendre malheureux pour droit vaines, mais elles vien- 

toujours. nent de la violence de ion 

amour; ce qui eft honorable 

**) Ces derniers tnùt^ qui à fa maîtrcffc qui reliera fa 

va we priver ^c. font mis femme, & elt d'un grand 

avec beaucoup d'art, & ils poids pour le fpcflateur, 
♦ « 

3) 533i>IUe ter .Ç)immcl/ bû§ Phormien fï'c^^ mmaU wx 

©inn femmcn la|T«n. 

4) Uni) ba , inbf m cr mir in m<incr ^cibcnfcîxiff hiX)i 

offlan^en, tt mid> m fine ^nd)i DertvidfcU, fo Di« 
OMdU alled meinc^ Uiivjlûd'â fci;n ivirb. 

5) S^ï) ivûrbetilicfteîûge Û6cl M'an gcwcfîtt fcçtt. 

6) ?lBufbc mir U<? ^erj nic^t «tna^m., 



DE TERENCE. ^35 

moment j'atrends l'arrivée d'un père qui va me pri- 
ver de toute la douceur de ma vie. ^) 

Phédria. Les autres fe plaignent de ce qu'ils ne 
peuvent avoir ce qu'ils aiment, & vous vous tour- 
m'entez de ce que vous le poirédez. Antiphon, 
l'amour vous a trop bien traiié. ^) Pour moi, je 
ne vois rien qui foit plus digne d'envie ^) que l'é- 
tat où vous êtes» Je ferois bien obligé aux Dieux, 
s'ils vouloient me donner aut.int de beaux jours que 
vous en '°) avez eu; & je me foumettrois de tout 
mon cœur à leur abandonner après cela ma vie fans 
aucun regrec. ") Jugez fi les obftacles qui s'oppo- 
fent a mon amour, ne dovient pas m'accabîer de 
ch:igrin , & fi les faveurs que l'amour vous fait, ne 
doivent pas vous remplir de joye! *) je ne parle pas 

Ll 4 même 

*) Toutes ces re'flexîons oblige d'en faire une confî- 

de Phêdiia font natureilc- dcrrable pour retirer la lîen- 

inent tirées de /on ctat, qui ne des mains du marchand. 

en effet eli tiès-oppofé à ce- antiphon a une maîtreiïe de 

lui d'y^7///>/'rt«; ce dernier condtion libre, & lui, il en 

afamâtriirerans aucunede- a une ef lave; ceilc iVAuti- 

penfc, au lisu que Hhédvia eft: phon elt bien élevée, la fienne 

7) ^cv micf) um ûUc Orrcjo^lic^fcitcfi bcé îémè brin* 

gcn roirb. 
S) î)ie îiibi i|î cucf) |u gunflia gcn^tîfen. 

9) D-ié '^eneiDcnéroùrblger f«). 

10) En, a(^ cinc l'articula Kelativa, èebcufcf orbenfîicT), 
bava, bt^^xx, la'ûo'n, barilber, baî)«r/ bef^wc^en; 
bîjlieb't ft'cf) allejfit ûuf ben i?cri)ergc52nbm Genft. 
eb«r Ablat. in9(eid)cti nuf ben Acculât. Artic. Par- 
titivi, in ttcîd)mi gafl fie burc^ roaij, tvdc^f, n?el# 
^cé crfldret wirb. 

11) D^n? bic Q«ïm3{!« 3Rac^tv«^m. 



53^ 



LE PHORMIOiN 



même '") du bonheur que vous avez eu de trou- 
ver, (imii êcre obligé de faire aucune depenfe une 
perfonne bien née & de condition, '^) *) & d'avoir, 
comme vous l'aviez toujours Ibuliaité , une femme 
fur qui la médifance ne fnuroit rien trouver à re- 
dire^ '■*) H ne faut qu'ouvrir les yeux pour 
voir que vous êtes heureux en tout. La feule 
chofe qui vous manque, c'efi: un efprit capable de 
fupporcer tout ce grcnd bonheur. Si vous aviez 
à pafl'er par les n)8ins de ce maudit marchand d'efcla- 
va a qui j'ai affaire, vous le fentiriez. Voilà comme 
nous fommes tous faits; nous ne fommes jamais 
contens de l'état où nous nous trouvons. '^) 



eft nncrlinnteufe; Antiphon 
poli'jcic, cX; lii),il court ^prcs ; 
celle à^ Autjphon fera fa fem- 
me, & la ficnne ne peut être 
que {à maîtrenc; la paHlon 
d'^r;/,')^/»;;; eU une pafHon 
honnête 6i (}'un mari, & la 
Ç\<iw\^ç. cft malhonnête & d'un 
débaucbc. 

"*) On a malpriscep:ifra- 
gc. f />i dvia ne (1 it p as à /în- 
tiphoii^ vous avez en une fem- 
me fans nen faire contre vo- 



tre fcputstron, car cela ctoîÉ 
faux, puisqu'il ne l'avoit 
tpoulce cju en donnant les 
mains à une fauffeté; maitf 
il lui dit, voU'î avez une fem- 
me i]ui n'a aucune m^^uvaife 
réputation, &quielt fans re- 
proche. Ce que Ihèihinvcnt 
dire par là,elt afrezlcnfihie, 
car les perfônncsqui étdient 
à des m nhaud- d'ciclaves, 
comme la tille qu'd aimoit, 
étoient ordinairement fort 
fufpectes. 

12) (?o a^r nicfif, (lud) nid){ cinmaf,' Adverb. 

1 3) lE'inc t\)ol)(çje<oc(cn«? ^^crfon un^ tic bon ÊtnuDc î(î. 

14) Sm 5Biib an n?clcJ)cr aucl; niitt baô (^i-rinafk rtC* 
tû^cU mcrl^cn f.inn, {a\\ bcrDicîSnlâumDunafelbff 
nidnéi uui'jufcÇon iJorriflaO 

15) SiV.i'in ihr mit H\\\ tjcrfïndifcn ©drtt)onf)ân^Icr JU 
fd;atfcu ()aim, wie id}, fo ivurtçt il;t c:^ fd)oii 

fû()Un. 



DE TERENCE. 537 

Antiphon, Mais c'efl: vous-même, '^) Phédria, 
qui me paroiflez heureux, car vous êtes encore fur 
vos pieds, '") vous avez le temps de penfer à ce 
que vous voulez, & vous pouvez ou ferrer ou rom- 
pre vos chaînes, '^) au lieu que j'en fuis réduit '^) 
à ne pouvoir, ni conferver I'ob;et de mon amour, 
ni me réfoudre a le perdre. Mais qu'eft-ce que je 
vois? n'eft-ce pas Géta qui vient à nous avec tant 
de hâte, C'eft lui-même. Ha que je crains les 
nouvelles qu'il vient m'apporter^ 

Ll 5 

fû^fm* (Bo ftnb ttJir oKe U^c^^m, njlr fi'nb m\t 
bcm 3uff<if^^c i« fôtlc^em n?ir une bcftn&eu/ nie? 
niûlf^ jufric&cn. 

16) S)j< ^te^cu0art: 3cî) tJin «ê, bu W i^K. Wirb m 
5rnnicfîfc5«n mit: c'eft-moi, c'eli-toi, &g. aai» 
gfbrucfi/ îVfnn man t)t)<^ ter ^rrfca fclbjï rcbef, 

*rc;l ba^ pronofîi. einphatice ^■i\)ii\ a\i qui elt- 
làr trer iji ba? Refp. c'efl-!iti)i, id) bm fé. ©«2 
Çc( man û6a* baê Pron. Perf. nic^t cum Empbrîfî, 
ebcr man rcbcf bon bon Attnbntis, fo gebraucï)eÉ 
man im ^fjnjidn^rftcn, je le fuis, tu l'es, &c. v. g. 
cte<;-vous le compatriote de Mr. N. ? ^cpn fiC 
ber ^anbc^mann bon bcm ht- 3R. ? Relp. oui, Mr. 
je le fuis, jii, mcin .Ç)err, icî) Mn ce» 

17) èann eé (ît?l;t nocf) qut nnt cud). 

iS) Unb ibr Unmt eurc§c(]«l nocî) b«|ï«c Def^jîiB^n o^«ï 

fdbiçîe iierbrcdjen. 
19) 5)aê icO ba^in gcbrac^t 6in. 



ACTE. 



53S LE PF^ORMrON 

ACTE PREMIER. 

SCENE IV. 

GETA. ANTIPHON. PHEDRIA. 

Géta, 

C'en efl fait, tu es perdu fans refTource, mon 
pauvre Gét3, ') fi tu ne trouves bien vite quel- 
que bon expédient, voilà tout d'un coup mille 
maux qui vont fondre fur ta tête fins que tu y fois 
préparé. ^) Je ne fiis comment faire, ni pour les 
prévenir, ni pour m'en tirer, ^) car ce feroit une 
folie de croire que notre belle équippée ^) puilFe 
être plus long-temps fecrete, 

Antiphan, Qu':i-t-il donc h venir fi épouvanté, ^) 

Gcta. Et ce qu'il y a de plus fâcheux, c'eft ^) 

que je n'ai qu'un moment pour prendre mes me- 

fures , '^) car voilà mon maître qui va venir tout 

prélencement, ^j 

Anùphon, 

i) (El? i|î nflcô oué / tu Mj^ o^ne cinjicjc ^?i5lf{ ticrloÇ; 
\i\\, niera armer Geta. 

2) "EJa fomiiKit ûuf citimal tauffnMlngîûcfc nufnmmcn, 

tic nbcr bf inen ivi^pf cinfci)l,};3?n mcrbcn, unt» tvorju 
bui'^icl) rtarnid)t ccfcOiclt ()cm>id)t f)ûlî« 

3) 5Cc^cr roldje» t)Driubaucn, nod) mû) taraud ju 

roicftin. 

4) S)a§ unf^c fd)onfr Sfrcid). 

5) SSvié fc()It ii)m Dann^ bag cr fo érfdjrocfcu an^cro 

fommt? 

6) \\\\^ baé ocr^rllfifid)|■î« bû6«j) i(î. 

7) 5)l!td) VI cntfi)lif!len. 

%) :î)atm fù^c m«iu ^<« wirb in cin<m 2l^3cnUicî^a f(i;ii. 



DE TCRENCE» 539 

Aiitîf>hon, Quel malheur ed-ce la? 

Gétû, Quand il 3ura tout appris, que pourrai-;e 
trouver pour ^ppailer fa colère? ^) parierai-je? 
cela ne fera que l'enflammer davantage; ^°) me rai- 
rai-je? c'eft le moyen de 'e faire cabrer. ") Quoi 
donc, me juftifîer? c'eil peine perdue. '^) Que 
je fuis malheureux ! mais ce n'eft pas pour moi feul 
que je fuis en peine; le malheur d'Antiphofi me 
touche bien plus fenliblement '^) j'ai picié de lui, 
c'eft; pour lui que je crains. Je puis bien dire que 
c'ert lui feul qui me retient ici: car fans !ui,j'aurois 
déjà pourvu à mes affaires, & je me l'erois vengé 
de la mauvaile humeur de notre bon homme, j'au- 
rois plié la toilette. & j'aurois gagné au pied. "*) 

AnnphoiL Que dit-il de plier la toilette, & de 
gagner au pied ? 

Géta, Mais où trouveriil-js Antiphon, & où 
Tirai- je chercher? 

Phédiria, Il parle de vous. 

Antip')on. J'attends quelque grand malheur de ce 
qu'il va me dire. 

Phédria, 

q) 3f)n ju 6<fanfd9«n. 

10) 5)ûburd) bringe id) \i)n nuv ârger auf. 

11) ©0 TOirb er gac obcH i)\m\ié (fuOren) wcffem Ca- 
brer, tt)jrl) proprie t)on ^ffrl-cn gfbraue^ft/ ^{JjTeÉ 
ftd) bâumen; metaph. «rjuriun. 

12) (iâ i(l t)frg«&ené. 

j 3) &d)t mit uiel nôficr ju ôerj«n. 

14) 3cf) î)âîfc inein Sî'rdmgen îufammett Q(\>a($t unb 
'Scr^engd^ gejjïbcn. G3gner dix écu?, jcftn î^a-* 

1er gcnjinncni fa vie,, fdn S5rob tîcrDKn«n# 

fî(& «rn(S(;rcn ; ' au pic, tiatjon lauf<n» 



54® 



LE PHORMION 



Phédria, Ha êtes-vous fage ? '*) 

Géta. je m'en vais au logis, ilyeft la plus grande 
partie du temps. *^) 

Phédna* Rappellons-le» 

Ant'iphon. Arrête tout-a-l'heure. 

Géta. Ho, ho, vous parlez bien en maître, '') 
qui que vous foyez. '^) 

Antipbvn. Géta. 

Céth. Voilà jullement l'homme que jecherchois. 

Ant'tphon. Quelles nouvelles m'apportes-tu? dis 
vite en un mot, fi cela fe peut. 

Géta. Je le ferai, 

Anùphon. Parle» 

G'eta. Je viens de voir au porc * ", l 

Amipbon. Ouoi, mon « ^ ^ ? 

G'eta, Vous y voilà. '^) 

Ant'tphon, Je fuis mortf 

Vhbdyia. Quoi? 

Antipboii. Que ferai-je? 

Phédy'ia, Qlie dis-tu? 

Géta, Que je viens de voir fon père au port, vo- 
tre oncle. 

Antipbou^ Quel remède trouver ~°) à un mal- 
heur 

15) 3Ic^'fei)Mf)r()efc^eib? 

16} Sic meifîc '^ûu 

17) '^'imlxd) Ocrrifcf). 

1%^ %x mè^it oucf) f(;i)n, mt if;r raolUt, 

19) 35r ^fl^^î^ crrat()cit. 

20) fïOrté (foO) fanii mah f'ir O^iffcl fînbcn? ^iec 
ifl, puis je, pcr Eiiipfiii, ivjî uitlfôUiâ an3q<l3t 



U£ TERENCE» ^41 

heur fi fubit? ah, fi je fuis réduit ^') à me féparer 
de vous, Phanion, je ne puis plus fouhaiter de vivre» 

Céta. Puisque cela eft donc ainfi, vous devez 
travailler d'autant plus à vous tenir Ibr vos gardes, 
la fortune aide les g^ns de cœur. ^"} 

Amipbon, Je ne fuis pas maître de moi, ~') 

Géta. Il eft pourtant, plus nécefl'aire que jamsis 
que vous le foyez préfentement: car fi votre père 
s'apperçoit que vous ayez peur, il ne doutera pas 
que vous ne foyez coupable» 

Phêdria^ Cela eft vrai. 

Amipbon, Je ne puis pas me changer. ^'*) 

Céta^ Où en feriez-vous donc, ^'j s'il vous fal- 
loit faire ûqs chofes bien plus difficiles? 

Antipbdh Puisque je ne puis faire l'un, je ferois 
encore moins l'autre. 

Géta. Cet homme va tout gâter , Phédria , voilà 
qui eft fait, à quoi bo^j perdre ici davantage notre 
temps? ~^) je m'ea vais. 

Phéilria. Et moi aufîî. 

Antipbon. Eh je vous prie, fi je contrefaifois ainil 
Pafruré, ^'') feroibce affez? 

Géta^ Vous vous moquez. 

Antiphon* 

21) 55nnn icf) "baf)irt qc6rûc^t tucrbc, 

22) 51iîf eurcr-Ç)uî5 ju flchen, fcmbûffcn ItwUn ^zU 
fcc0 Çîlùde bci;. (giifc^ gavagî ijï t)ai6 gc» 
tïi!?iinen.) 

23) 3* ^>n niciRçr nid)t nmct)(ig.' 

24) 3t"^> f Jnn mid) nicfit ânï'cru. 

'2Ç) ^^le trûrbe cg ^e^n cifî mit cud) (!îr)cn. 
rî6) 5?Drju fclkn trir îii?r {ûn<?er Me '^nt t»rfi]iiiîi(n? 
27) -SBcnii icî; cine feW}c trsuft? CSîiue «nfiûl;îne. 



54^ LE PHORMION 

Amîphon Voyez cette contenance; qu'en dites- 
vous? y ibis- je? ^^) 

Gctfi, Non. 

Antiphon. Et préfentement? 

Géca, A per près. ^^) 

Afjnplmii, Et comme me voiUi? ^°) 

Géta, Vous y êtes, ^'; Ne changez pas, & fou- 
venez-vous de repondre parole pour parole, & de 
lui bien tenir tête, afinque dans Ton emportement 
il n'.ulle pas vous renverfer d'abord ^^) par les cho- 
(ts dures &: iacheufes qu'il vous dira. 

Antiphon. J'entends, 

G'eta. Dites-lui que vous- avez été forcé malgré 
vous par la loi , & par la fentence qui a été ren- 
due. ") Entendez-vous? Mais qui eft-ce vieillard 
que je voi^ au fond de la place. ^'*) 

Ant'iphojh C'cll: lui, je ne faurois Pattendce. 

G'eta, Ah, qu'allez-vous faire? ^^) où allez- vous? 

Aut'iphon, Je me connois, je fais la faute que j'ai 
faite. Je vôu? recommande Phanion, £i je remets 
ma vie entre vos mains. 

Phédr'ia^ Que ferons-nous donc, Géta? 

Gka^ 

28) ^ak id) cêôdrojfcn? 

29) èep iu\)î. 

30) Unb mic Hn xd) nun? 
31") (?o ifîtJ red)f. 

32) ^ûrt auf ':iBort ju onfttjorfcu unb if)m ti^rtrfcr bk 
©pige ^u bictçn, ^an^t cr «uc») n\ D<r <r(im"Jp!||c 
nidit flidd) ûbcc bcn .fp^ufcn Hjci'fc 

33) llnî! burd) &aé Wnhtxh fo gcfpio«î)cn worbcn. 
54) 5}iittïn ûuf bcm 33tnrftf. 

35) Qld) \y>ai foniHU eucl; an? (pbei' waé tvoOt i^r 
tJornc|)nun ?) 



DE TERENCE. ^ ^43 

Céta, Pour vcus > vous allez entendre une bon- 
ne Mercuriale, & moi je vais avoir les étrivieres, 
ou je luis fort trompé; ^^) mais, Monfieur, je fe- 
rois d'avis que nous fuiviflions le même confeil que 
nous donnions tout à-l'heure à Antiphon, 

Phiulria. Va te promener avec ton js feroîs d'' a- 
visj ''^) ordonne hardiment ce que tu veux que je 
faHc. 

Géta:- Vous fouvenez-vous de ce que vous aviez 
réiblu de dire tous deux, quand vous commençâtes 
cette belle affaire ; ^^) que la cauie de cette fille 
étoit la meilieure du monde, la mieux établie, la 
plus inconteftabie &i la plus juile. 

Phcdria, je m'en fouviens. 

Gèta, Voilà ce que vous devez dire à préfent, ^') 
ou même trouver de meilleures raifons 6i de plus 
fubtiles, s'il eft pofïïble. 

Phédria^ Je n'ouhlirai rien pour cela. 

Géta. Attaquez-le donc le premier, je ferai ici 
comme un corps de rélerve pour vous foutenir en 
cas de befoin, "^"^ 

Phcdria. Fais. 

36) Cffiaé euc^ û«lnnc|<f , fo wertct f^r cîncn fccr6m 
Sliiepugcr anbcrcn mâi^n, unb id) irr< fel)r, wann 
i^ nid)t wactere ^rùgd t^cbon trace. 

37) ^ac!e^id)jamltfccîncm: icî)n)arebct5)îc9nung. 

38) £)iî i^r Mvfcn |"d)cnen .<pa^^d anfîtcngeî. 
59) ©aé niûpt ijjr nuii tortrcnbcn. 

40) gallct ihr iî)n bann juctjî on, ic^ miîl ()içr a(é cill 
^intcr&ciU m galt bec Dîotf; ftçi^en» 

-^ # -^ 

ACTE 



5-44^ LE PHORMTON 

ACTE PREMIER.' 
SCENE K 
DEMIPHON, GETA, PHEDRÎA. 

Démiphon, 

*) 17^ >î donc enfin poiTible qu'Antiphon fe Toit 
J_-< marié à mon infli? ') qu'il aie eu fi. peu de 
refped pour l'autorité de père? psfle encore pour 
cette iiutojiié, ^) mais n'avoir pas craint les repro- 
ches qu'il favpit que je lui ferois , &. n'avoir eu ni 
pudeur ni honte! quelle audace! f) ah, Géta, mau- 
dit donneur de conl'eils! ^} 

Gétû» 



*) Je ne comprends pas, 
commcor on a pu faire de 
cette /cenc le commeiice- 
ment du II A-'c, if faut n'a- 
voir eu aucune ttcntion à ce 
queGcYrt dit à i'héchia à U fin 
delalceup préccdentc, nttu- 
qiiez le dore le prafiier-, je fe- 
rai ici coiin/ieuh covf s de rc- 
^ervipoiiv v uis fontetiir. II 
n'en f-^lloit p. s davant3ii;e 
pour prouver que 1.1 fcciiene 
demeure pas vuidc, puisque 



Pl/edria & Gcta y attendent 
DémiphoJi. Cette fccue efl 
manifefienient la cinquicme 
du I. Aâe. Cette faute elt 
pourtant encore dans beau- 
coup d'éditions, & ce qui 
inarque qu'elle elt fort an- 
cienne, c'elt qu'elle çW mê- 
me dans le Manulcnt de la 
Dibliothcque fin Koi: mais 
la raifîif) doit avoir plus 
d'autorité & de force que 
tous les MSS\ 



2) 5Bt'nn id) ûucI) fi> gar bicfcé SInfeOcn njc<j Iic|[c. 

•f) U^.^ fid) wsbcc gefc^euct nod; fl«fc(jdm( ^ûbc, tvclc^e 
5tùbubelt ! 

3) Su txrfîuc^rvr ?vat^0c6<r. 



DE TERENCE. 545 

Gka. A grand' peine "*) enfin me voilà de la par- 
tie, ^) 

Déwipbofî, Que pourront-ils rne dire? quelle ex- 
cufe trouveront- ils? je ne faurois me l'itnngiiier. 

Gé:a. Ma foi rexcufe eft toute trouvée, ^) pen- 
fez à autre chofe fi vous voulez» 

ÏJém/pho}?. Quoi? me diront- ils, qu'il a fait ce 
mariage malgré lui 5 que la loi l'y a forcé? j'en- 
tends cela, &i je l'avoue. ^) 

Géta. Cela me phît. 

'Démiphon. Mais de donner caufe gagnée ^) à fa 
partie contre fa conlcience, & lans former la moin-' 
drc oppofition, la loi les y a -t- elle forcés? 

Géta. Voilà l'enclouure. ^) 

Phi'drïa. Je la guérirai de relie > laifle-moi 
faire. '°) 

Dêmipbon, Je ne fais à quoi me déterminer; car 
c'efl: une afîjire que je n'aurois jamais pu prévoir* 
& je fuis dans une 11 furieufe colère, que je ne puis 
arrêter mon elprit à penler aux voyes que j'ai à 

pren- 

4) îOîan QpDlîropf;irf haê e bcê Fœmînini, grande, bOC 

cincm Confon. m oiclcn Dvefcenturtcn . txt ex ufu 
mûffen crkrnet t\)^r^en, e. g. la t;r3nd' chambre, 
bie D''e'!anim«r im^arlamcnt; faire grand' chère, 
wol bctt>irtf)ei werben; avoir grand' ioif, fe()r but» 
(îtg fei)n K. 

5) 3d) rana frcDlid) oud) babci) fcçn, ( cnbîicO foramt 

id) bcd) ûud) boju. ) 

6) î)ie Cfntfd)ulb!(]unn tfl f*on fk-rdg, 

7) î)ûé berRfbt fîd), id) râunic cd cm. 

8) (^)en>onnni êpid jn v^ebêu. 

9) èrt fîccfc ^cr 5vnD^en. 

1^ 3d) iDiij bjrvgact^c guf gcnug f^elf^-it, (aJTc mic^ mir 
8cl)m. 

Mm 



54^ LE PHORMION 

prendre» ") *) C'eft pourquoi tous tant que nous 
Ibmmes, '^) lorsque la fortune nous eft la plus fa- 
vorable, nous devrions travailler avec le plus d'ap- 
plication à nous mettre en dcat de fupporter les dif- 
graces; '^) & quond on revient de quelque voyage, 
on devroit toujours fe préparer aux dangers, aux 
pertes, à l'exil> & penfer qu'on trouvera fon fils 
dans le déreglemeac, '^) ou fa iîlle malade, ou fa 
femme morte, que tous ces accidens arrivent tous 
ies jours, qu'ils peuvent nous être arrivés comme 
àd*aucres* ainfi rien ne pourroit nous furprendre, 
ni nous paroîcre nouveau; Ô4 tout ce qui arriveroic 
contre ce que nous aurions attendu, '') nous le 
prendrions pour un g-iin fort confidérable. '^) 

Géta à Pbi'ària, Ho, Monfieur, on ne fauroic 
croire de combien je palTe notre maître en lagef- 

*) Cicérou cite ces ITx vers av(/ient gr^nJ tort delà con- 

dans le troifîc'Oe livre defes damner, car ce n^cfl pas, 

Tufculatici , pour prouver comme ils diloient, cVier- 

quc le'eul irioyen d'adoucir cher à être toujours fritte; 

le? maux q!ii nous arrivent, mais su contraire c'étoit 

c' elt de les av( i^ prévu?, prendreces prccautionspoiiE 

C'écoit une ,des maximes des ne l'ctre jamais. 
Stoïciens, & [t% Epicuriens 

11) 51uf i)ie 5jii(tel, He x&f crgrcffm fcU/ jii (3c^enfetT, 

12) «iro Diel un Ter fîrî^. 

I?) llnfi in bfii êionb ju fjgcn, teiTcit Unfûtte ju «r; 

Irac^iti. 
ï4) 2)ag man fcineit 6o5n in ter Sc^ttîdgm^) ontref* 

fen ^V£l•^sr. 
ij) Attendre ^eiffcf proprie ttjnrfctî ; Wirt of'er meta- 

pliorice éîiXXQ m. eiperer, {)Dffen, flel)rnUC^(« 

16) gûc cJH<« anfe^nllc^m ©««iiuitî» 



DE TERENCE. ^47 

fe» '^) Tous les maux qui peuvent m'arriver, font 
•prévus; il y a long -temps que j'ai fait ces réfle- 
xions: quand mon maître fera dç retour, ilrai pour 
le refte de mes jours moudre au moulin; j'aurai 
les étrivieres; je ferai mis aux fers; '^) on m*èn- 
voyera travailler auxch-mps* aucun de tous ces 
accidens ne pourra ni me furprendre, ni me pa- 
roître nouveau; & tout ce qui m'arrivera contre 
ce que j'ai attendu, je le prendrai pour un gain 
fort conlidérable. Mais que '^) n'allez-vous l'abor- 
der, 6i l'amadouer par vos belles paroles? ^^) 

Demiphon, Je vois Phédria, le fils de mon frère, 
il vient au devant de moi» 

Phédria^ Bon jour, mon oncle. 

Dhniphon, Bon jour. M.îis où efl: Antiphon? 

Phédria, Je me réjouis de vous voir arrivé en 
bonne fanté. 

Dém\pbon, Je le crois, répondez -moi feulement, 

Phédria, Il Ce porte bien, il eft ici. Vus ailair«;s 
vont -elles comme vous le fouhaitiez? 

Démiphon. Plût à- Dieu? 

Phédria, Que veut dire cela, mon oncle ? 

Mm 2 Démï- 

17) 5Btc fç^i* id) meinen |5errst an QBcfé^fit u^erfrcffe, 

18) 3c^ merbc auf W î\hx%î ^ùt mm^é hUné mtS) 
fcec 5)îûi)(e 0e(>en mûiT^n , icf) n)er^c hixb ôcprûgdt 
tt^erben, man voxxb mie '^i^ûxi anlcgen. 

15;) NB. Çhie obnc bie anbere Négation an jlatf pour- 
quoi _, njarum ? 

20) Unb if}îi mit gufen ÎBoreetî 6efnnfd(<e». L'ama- 
dou ^fijfcf bct6d)tvanim; wei( fid) btefcr oclinbe 
ongrcifen id|]ef/ fo vûl;rçC î^jçfc f]9uc({d;« lH«b«n^? 
m baÇ>«r. 



548 LE PHORMION 

Démiphon, Vous me le demandez, Phédria ? vous 
avez fait un beau mariage en mon abfence. 

Phédria, Ho> ho, eft - ce pour cela que vous êtes 
en colère contre lui ? 

Géta. Le bon Adeur! ^') 

Yiéiniphon. Ec comment n'y ferois - je pas? je 
voudrois bien qu'il fe préfentât "'^) devant moi, afin- 
qu'il apprît que par fa faute ^') le meilleur de tous 
les pères eft devenu le père le plus terrible & le 
plus inexorable. 

Phédria, Cependant, mon oncle, il n*a rien fait 
qui doive vous mettre en colère. 

Démiphon. Voilà- c- il pas? ils font tous bâtis 
les uns comme les autres, ils s'entendent comme 
larrons en foire j ^"^j qu'on en connoilTc un, on les 
connoît tous» 

Phédria. Point du tout, mon oncle. - 

Démiphon. Quand l'autre a fait une fottife, celui- 
ci ne manque pas de paroîtr^ pour le défendre; ^*} 
& qumd c'eft celui-ci, l'autre fe trouve là à point 
nommé "*^} pour lefoutenjr, ils fe rendent la pareille. 

Géta, 

3i) ^cc fpicl^f feine ^Vrfon t^orrrcflid) troî)IÎ 

22) fïïacT) bciKii verhisunbrh''itfibus, bieciue@<mùf&éi^ 
bcnjequnç^ anjcictcn, (îcbft ba^ verbum, njcnn que 
barûuf felqct, ûllcinal im Conjunaivo. 

23) îîiê burcf) fdn Dcrfeî)cn. 

34) ^a 5âbeit ttjir ié, ffc finb oHc glcic^cr 2Irt ; fîc Der^ 
ftc()cn fîd) tro^l unter cinonbcr. 

2ç) ©ûnn jcner cinc 5;f)Lnbelt bfcjanGetî, fo foramt tU" 
fer (ilcid) fid) fclncr aniunc()uj«n unî> , • . 



DE TERENCE. 549 

Gt'ta, Ma foi , le bon homme les a mieux dé- 
peints qu'il ne penfe. "') 

Démiphon, Car fi c?!a n'étoit pas, Phédria, vous 
ne prendriez pas fi bien ion parti. ~^) 

Phèdria, Mon oncle, (\ Anciphon n'a p3S eu tout 
le foin quM devoit avoir de fes affaires & de h ré- 
putation, & qu'il foit coupable comme vous le cro- 
yez, je n'ai pas un leul mot à dire ^^) pour Fem- 
pêcher de recevoir le châtiment qu'il mérite. Mais 
aullï fi quelque fourbe s' appuyant fur fes rufës & 
fur fa chicane, dreffe des embûches à notre jeu- 
nefie, ^°) & eft venu h bout de {es defleins, eft-ce 
notre faute ? ^') n'eft-ce pas plutôt celle des Juges,*) 
qui très-fouvent par envie, ^^j.ôrent au riche ce 
qui eft à lui, & par ccmpafiion donnent au pauvre 
ce qui ne lui appartient pas, 

M m 3 Cèta. 

*) Ces deux vers font con- contre l'un, Se une compaf- 

fidérabies, car ils renferjnent fioii mal entendue pour l'au- 

deux fentimens qui fe joi- tre. C'efè pourquoi Dieu qui 

gnent fouvent dans l'efpn't conncit le cœur de l'hom- 

dcs Juges, & qui les portent me, a particulièrement re- 

à favorifer injullement le commandé aux juges de 

pauvre aux dépens du riche n'avoir pas comp:ilTion du 

avec lequel il eft en procès, pauvre en jugement: Exod. 

nne fecret» & injufte envie XXIlI, 15. Lcvit. XiX, ij. 

27) ^ût ftc bcJT«, Glé cr fid) einbif&ef, abgefd)i[t)ert. 

28) SSùrbct i^c tucf) feinec nid)t fo annc{)m«n. 
39) @o tiMB ic^ U\n cinji(\eê 2Scrt fagen. 

30) î)er fîd) auf ftine î\^ unb 2^dnf« (lûÇef, unfer«i: 

jugent) gaûfïnrfe Icgcî. 
3O (5ci)n roir ©c^ulb fcaran? 
33) Siud 3îçiî>. 



jjo LE PHORMION 

Géta^ Si je n'écois bien inftruic du fait, ") je 
croirois qu'il dit \<\ véiité 

Vémiphon, Mais y a c-il au monde un Juge qui 
puidé connoîcre votre bon droit, ^"*j (î vous ne ré- 
pondez pas un mot, non plus qu'il a fait? 

Phi't/yia, En cela il lui eft arrivé ce qui drrive à 
tous les jeunes gens bien nés. ^-j Quand il a été 
devant les Juges, il n'a pu dire ce qu'il avoit. pré- 
paré^ la hoDte a augmenté ia timidité naturelle, & 
Ta rendu muet. ^^) 

^eta. Je luis bien content de notre Avocat. Mais 
.pourquoi dtflérer d'aborder le bon homme? ^^) 
Monficur, je vous donne le bon jour, je me ré- 
jouis de vous voir de retour en bonne Tante. 

Démiphon^ Ho, bon jour, notre bon gouver- 
neur, l'appui de toute la famille, à qui en partant 
j'avois (\ bien recomm,andc mon fils I - 

G'eta^ 

33) 5[0antt mi'r bîc (^ncïje tiiif)f ti^o^ï 6cfann{ woce. 

34) ^ix ciicr ?Ur^t cmfchcn fcnnc. 

35) 5Sad ûd^n n>o()laufa-pàcnm jungm Seutcn U* 
gcijnct. 

56) Unb f)rtt iî)n lîumm (jcm<itf)(. 

37)_NB. .\picr i|T, tiMc et* tMclrflliig m Ux fran^iîfîfcfym 
©pr'.u"i)e ju iicfd).()t^n v>fl[c n, fciU^ V'erbum devoir 
pcr Ki'ipf. audicl'ITu / (pourquoi dviis-je) max* 
\xn\ foU Icf) [(^n(jcr oiilît^cn , ^cu j\utcn 2iUc!i an* 
jurcteti? Aborder mit Dfm l)ativ<> \)i\%i (inldn* 
î)cn. (lué 6eni ©l'hiff tntcn, al^: Aborder .t >took- 
liolm, à Cop}HirnaL,ue, bçi) oci>C?f)oInt^ (ïcpp^n* 
^aqcjt a^lI(îtl^e^; ;uit oVin Aci-uf. Pcrionx ficii^t eJÎ 
«nrcbcti: Aborder ion Prince, fcinïn 5Ûï|î<« Otl^ 

rebcrt. 



DE TERENCE* 5-51 

Gétn^ Il y a long-temns. Moniteur, que j'en- 
tends que vous nous acculez iiou.-;, quoique nous 
n'ayons pas le moindre toft, & moi lurtour, jqui ea 
ai boucoup moins encore que tous les autres. Car 
que vouliez- vous que je fiflc en ccÉie sfî'iire? Les 
loix ne permeccenc pas h un^efchive de plnic'er une 
caufe, & ion témoignage n'efl: point reçu. 

Démtpbon. Je palVe i'ur toures les belles raifons 
qu'on m'a déjà dites; je veux encore qu'un jeune 
homme iàns expérience ait été timide, & pour toi, 
tu étois efclave; mais quelque parente quVlle ^^) 
fût, il n'étoit pas pour cela nécefiaire de Pépoufer: 
'*) il faîloit feulement s'en tenir aux termes de la 
loi, ^^) lui payer la dot, & qu'elle, chercbàt un au- 
tre mari, La rairoft lui a- 1- elle fi fort manqué, 
cjuil"^") ait mieux aimé prendre une femme fans 
bien 7 

Géta. Ce n'eft pas la raifon qui nous a manqué, 
c'eft l'argent* 

, Déwfphon. Que n'en prenoit-il quelque parc? 

Geta, Quelque part! rien n'eftplus ailé adiré.*') 
Min 4 Démi- 

*) Car la loi difoit: ,jQuc „rens, eu que ces plus pro- 
,,les orphelines' Te marient „ches parens leur payent 
„à leurs plus proches pa- j, leur dot, 

38) Qi?tlque mit que rcjjicrcf «Omiol bcn ConjunfhV. 

39) ÇOîan ()5ttc nui* ouf tan 2Bort<n tCJî ©ifc()«é 6i« 
^arrcn fon«n. 

40) S-^at c^ j^m fo fe5v fln ttcr QScrnunft aîf?f)lcf, ta§ 

41) 3rfient)étvo! ba^ ilî kit) sm&çt. 



f^2 LE PHORMION 

Démif>hon^ Enfin s'il n'en pouvoît trouver autre- 
ment, il failoit en prendre h ulure. "^^j 

Géfa^ Oui! c'cft: fort bien dit à vous, voire '*^} 
qui auroic trouvé des prêteurs vous vivant. '*'^) 

Démiphon, Non, non, il n'en ira pns sinfi, ^') ce- 
la ne fe peut. Moi je louffiirois que cette t'emme 
demeurât avec lui un leul iour? je ne le ferois pas 
pour un Royaume. '^^) Je veux que l'on m'amène 
cet homme, ou que l'on m'en feigne où il demeure» 

Geta Phormion fans doute. 

Démiphon. L'homme qui Ibutlent cette femme» 

Géta. Je vais vous l'amener tout- à -l'heure» 

Dewiphofj, Et Antiphon où eft-il? 
* Phi'drifu H eft iVirti. 

Dimiphon. Phédria , allez le chercher, '*^) & me 
ramenez ici. 

Pbé^y/a. C'efl là que je vais de ce pas. ^^) 

Géta. Oui che*z fa miicrelTe. 

Vémiphofi. Et moi je m'en vais entrer un moment 
chez nous, pour y l'aluer les Dieux Pénates. ^^) 

De 

42) 60 UtH mati Wildiié rait2Sud)ct o&« ouf tpfanb 
nebmcn )Vnn. 

43) 3^ ei" altbîîterif^cd -iCwt, on (îatt à favoir. 

44) 3br baH qùt fcl)wa8en, wir abcr, wo hàtttn tvir, 
Da tbr llod) mil îtbin fcçb, Creditores finOCrt 
nun]cn ? 

4O 9^in, nciii, ba mir^ nid)té barous rocrt-cn. 

46) 31d) tuollte «£^ nid)t juiicben, njann ic^ gUic^ n)û0le 
' cin ^pntijrcîd) bab^t) m Uorbicncn. 

47) Aller chercher, btnaebeii iu^olenî venir chercher, 
bcvfomnun nbjubcîiîn. 

48) ©porfnlîreid)i3 laufç ic() fca&in, 

49) ^i€ .^au!?9o't(cr. 



DE TERENCE, 



J5^ 



De là i'irai h la place, & je prirai quelques-uns de 
mes amis de venir m'.HJder dans cette affaire, afin- 
que d Phormion vient, je ne fois pas pris au dé- 
pourvu. '"') 

ACTE SECOND. 
SCENE /. 

PHORMION. GETA, 

Phormion. 
*)/^uoi, tu dis qu'Antiphon ayant appréhendé 

Vi3| la vue de fon père, a pris le parti de s'en- 
fuir? ') 

Cet a, Aflurément, 

phomirof?. Qu'il a abandontié Phanion ? 

G et a. Oui. 

Phormion. Et que ce bon homme eft en colère ? 

GtV«. Furieufement. 

Mm 5 Phor- 



*) On avoit fait de cette 
fcene la féconde de l'Acie fé- 
cond. C'elt une erreur s,roi- 
iïcre, comme je l'ai déjà dé- 
montré au commencement 
de lalccncprcccdente. C'eft 
ici néceir.irement le corn- 
niciicement du 2. Aâe, car 



on voit qu'à la fin delà fce- 
ne précédente le Théâtre de- 
meure viiide. Géca fort com- 
me pour aller quérir F/wr- 
wioth Phcdria s'en va chez 
famaîtreflè, &Démiphott va 
faluer fes Dieux domefti- 
ques. Cela ell clair. 

On 



5°) 3cï) nid)f û6cr bcn Solpel §en)orfen wcr&e. 
I) eicO jur gluc^t «ntfc^lolfm. 



5'f4 LJE PHORMÎON 

Phor/nlofî. Mon pauvre Phormion, c'eft fur toi 
feulquetoutecettcaffiiire va rouler* ^) c'clt toi qui 
as fait 1.1 faute, il fuuc que tu la boives-, prépare - toi ') 

Gka, Je te prie ♦ ♦ . 

Phormion, "^j S'il me demande ..♦'*) 

Géfa, Nous n'avons d'efpoir qu'en toi. 

PhormÏQU, M'y voilà Mais s'il mç répond . . » 

Géta. Tu nous as poufles à cela . ♦ ♦ ^) 

Phormwn, C'eft là Tafljire . . . ^) 

Géta., Ne nous abandonne pas, 

Phormion, l'u n'as qu'à me donner le vieillard; 
toutes mes mefures font prifes dans jna tête. ') 

Géta. Que vas-td faire? Phor- 

Onditqvie TcVf;t(r<? fiifànt que quand il compofoit ces 

un jtjur rcpctcr cctre Pièce ver.-, il avoit o'ans la tête le 

devant !ui en préfence de caraclere d'un parafite teï 

fesmciileurs imis,^mùivius qu était i\ors A-/iùivm. Cet- 

qui jouoit le rôle de F/.ior- te tradition cft remarquable, 

w/or? entra yvrc, ce qui mit en ce qu'elle ntuj apprend 

T^creuce dans une colère fu- de quelle manière ces Ac- 

rîeufc contre lui: in^sis après teurs-Ià jouoient» 
qu' /imhiviui eut prononce 

quelques vers en bciçayint *^) f /)^vw/c/; n'ccoutc poînÉ 

& en fe çratant la tète, non ce que lui dit Gcta^ il pcn- 

feulemcnt /ir>f >îre fut adou- fc à ce qu'il a à rcpoîKirc 

ci, mais il fcleva, en jurant au vieillard, 

2) iîUif C'id) fonnnt ofleé nn. 
3> £tu bifl^, &y f^aft cingcbrocft, fo magf bu ûHc^ Ck\xii 
eijln, bcrcjic Cdd) bo^u. 

4) Demander bcM^'t crDcntlid) ferbcitt, &«^f)vcn, Derlrttt* 

gctî, UHb rfiV*r?t eiticn Da;iv. Di-r'-perfon, unb cintrt 
Acciilat.v. lerGadK. ^.'mux^ abcr ^i\^it ti, ivcniî 
bit' viÇoa'cr i;ry c c. fi vc(m', p.irdon &c. bajU fonimcn* 

5) Du bdlr un;^ on^it Qlnîcituuvj gcacbiiî, 
<Ç) î>aé ifî cbcn ^)c ^^iJkv 



DE TERENCE. 5^5 

Phoymiof!, Que demandes -tu finonque Phanion 
demeure, que je tire d'intrigue Anti^hon, & que 
je détourne toute la colère du vieillard fur moi ? ^) 

Céta. O le brave homme, & le bon ami! Mais, 
Phormion, je crains bien, que comme cela arrive 
iouvent, ce grand courage n'aboutifib à te faire 
mettre les fers aux pieds, ^) 

Phormion. Ah ne crains point, ce n'eft pas d'au- 
jourd'hui que je fais mon apprentiHage:^ jt fais fort 
bien où je mettrai le pied, ^ ) Combien crois-tu que 
j'ai battu de gens en ma vie, tant bourgeois qu' 
étrangers, & battu, à les laiffer presque morts? 
Plus on fait ce métier, *') plus on le fait furement. 
Dis -moi un peu, as -tu jamais ouï dite qu on m'ait 
appelle en juftice*^) pour me demander réparation? 

Géta Pourquoi ne l'a -t- on pas fait? 

Phorniion. Parceqn'on ne tend pas des filets au 
milan ni à l'épervier, '^) qui font d^s oifeaux qui 
nous font du mal; mais on en tend à ceux qui ne 
îîous en font point* Car avec ceux-ci il y a quel- 
que chofe à gagner, & avec les autres on perd fa 
peine» ^'^) Le danger eft toujours pour ceux avec 

qui 

8) Unî) \>aé ic^ oacn 3orn Ué %\tm auf m\^) f?f)re. 

9) .î)id) in bie gelfcln ju britiôcn. 

10) 2)a(? ic^ nui? bcv^cbrc ïoiîime; ic| wei§ filjc Wd§I, 
tt)o icï) ^intrctcn foU. 

11) 3e im()r mon ticfcé ^anhxùnî txiiUU 

12) ûng \mxi raid) t>or ©erid)fe gefortert. 

13J aBcil man ticiien Sfîdgcvn unb épcrbevn îm t5?c§e 

mut 

34) 3f^ eé im i?cr3ê&(jcî;{ ÇOîôO?, (rlc^t^f man nicï;t^ 



^5S 



LE PHORMION 



qui '') il y a quelque cholë à prendre. On fait 
que je n'ai rien.*) Tu me diras que je leur ferai ad- 
jugé, & qu'ils m'emmèneront chez eux; bagatel- 
les, ils n'ont garde de vouloir nourrir un fi grand 
mangeur, & ma foi ils ne font pas niais '^) de ne 
mç pas rendre un fi bon office pour les méchans 
tours que je leurs ai joués. 

Geta. Antiphon ne fauroit jamais aflsz recon- 
noître un fi grand fervice. 

Phormion. **) C'eft plutôt ce que les grands Sei- 
gneurs font pour nous que nous ne faurions jamais 

a fiez 



*) Car par le droit les dé- 
biteurs qui n'étoient pas fol- 
vahles, éfceiit adjuges à 
leurs créancier^. 

**) Il îàut (è fou venir que 
c'eli un paralîre qui parle, ëi 
les paran!:e<: avoierit accouru- 
iTjc d'appeller Roh, grandi 
Seigneurs, ceux aux dépens 
defquels ils vivofeut. On pré* 
tend que du temps é'y^p-llo- 
dove, conteaipnr )i>i de Mé- 
nandve^ le Koi Sre-'cm^Vint 
un parafite apjMilc i'hor- 
tnion., Il tll toujours certain 



que ce nom convient fort à 
un parafîte, czr Phormion^ 
Oifiiiihon l'a remarque dans 
lès belles Notes fur les CV 
ra£^eres de Thé/^p/nvi/ie, eft 
' tire durnotGroc/>Z»tfr?/mqui 
iiiinifie un p>uiicr, ou un ca- 
luii avec lequel les paraiites 
alloient au marché, c'e'toit 
ordinairement les parafîtes 
qui ctoient chargés d' aller 
faire la provifion. L'ell pour- 
quoi nous voyons dans 1" Eu- 
nuque que Gnathon ctoit ^\ 
connu au marché. 



15) 3fîad) bcn Pracpofirionibus tann mun im Accufàtiv» 

que, pron. Kclat, ace. caf, nid)t (^ebroud)cn, fott^ 
bcru man ln.nicî)a ihmî i^erfonen qui, fdtm le- 
quel o^cv laquelle, Won Sbicren nbcr unb unbt» 
fccltcn ^5;id)cn ndcin lequel un^ laquelle, 

16) î)iiM>c i|l (^cbctbcn, (cae! jntTcti \xi n)ol)l 6Idl)cn) 
baÇ r«« cincn , ter fo l^iuf frijît , ernâbren foUt«n/ 



DE TERENCE. çj7 

aflez reconnoître. îS!'eft-ce pns une chofe bien 
agréable de ne parler jamais d' éeot? '^) d'êcre tous 
les jours baigné & parfumé? '^) de n'avoir Jamais 
aucun embarras dans Teipric? pendantque le mùcie 
efl: accablé de foins & dedépenTcjde n'avoir qu'à le 
réjouir? de rire Ton fou, '^} pendantqu'il enrage? 
on boit le premier : on fe met à table avant tous 
les autres : on vous fert un ambigu» 

Géta. Quel mot eft-ce là? ^°) . 

Phormion, Un repas où il y a tant de difTerens 
mets que l'on ne fait que choifir^ ^') Quand tu au- 
ras bien confidéré de quel prix font toutes ces cho- 
ks, & l'agrément qu'elles ont, pourras -tu t'empê- 
cher de prendre pour ton Dieu fur terre celui qui 
les fournit ? 

Gèta. Voici le bon homme, tiens toi fur tes gar- 
des. Le premier choc efl: ce qu'il y 3 de plus ru- 
de^ fi tu le foutiens, tout le relie ne fera que jeu. ^^) 

ly) 3^icmafé eom 3«cf>« ^a^hw reben. 
i8) 5itl« Xajie fauler unb gcpuçt cin^fc ju gc(;{tt 
(propric: %îha\>it unD «inbalfanuret.) 

19) ©i(^ fott ju Ind)en. 

20) ^iq,i rair fcicfîé ?S5ort a\x€. 

21) (£jne aKaUi^it, ba ce fo i>iéïe ©evii^fe Qiefif / &a§ 
nian nid)t tvei}^, roo mon juccff anfonqen foU. 

22) î)cr crjîe Slnfûll ijî allqejt î)cr bûrtcfîe, ()âlîfï bu 
ibn ûué, fo ()d|î eu gcivonnm 6pUI/ (Ort^ ûbrigc 
ijî nue ©pidracrf.) 



ACTE 



f^S LE PHORMION 

ACTE SEÇONli. 
SCENE IL 

DEMIPHON, GETA, PHORMION, HE- 
GION, CRATINUS. CRiTOiV, 

Démfphon. 

*) A v^^" v^"s jamais ') ouï dire, qu'on ait fait à 

l\ qui que ce foit ^) une injure comme celle 
que je viens de recevoir? Venez m'aider, ^) je vous 
prie, 

Géta. Il eft en colère, ma foi, 

Pbormion, Tais - toi , ft , ft , je m'en vais le me- 
ner battant. "*) O Dieux immortels! Démiplion ofe 
foutenir que Phanion n'cfl pjs là parente? 

Gt'ta. Oui affurcmcnt il le fuutient, 

Dhuipboii, Voiliî Tans doute l'homme dont je 
vous parlois, luivez-moi. 

Pbor- 

*) Dhniphon pnrîe à ces tort de ne pas marquer en- 
trois /Wocars qu'il amené tre les pcrlbnnages de cette 
avec lui, ^ qu'on avoit eu Icene, 

1) NB. Jamais ^\)M bic Négation ne 6cbeufCt tneifîcn^ 

jcmiil^/ mit ne obev nicmûlé- 

2) NB. Pronom, impropr. mm té aud) fcj) : {)ùt iltt 

Nominat. qui que ce Ibit, unD roirt) mit bcm Arti- 
cul. Indefinito flictirct. 

3) OD fiLl)en aider a\é t'm verbum a£livum lien Accufa- 

tiv'um rcaierft, fo fîn&en fid) t'orf) îKf^Én^arfcn, ba 
ce cinen Dativu»), fonbcrlicb ttJcnn t^ cinc^rlcc^* 
(trunjj l'cbeufct/ rcflicrft: aidez un peu à ce miic' 
rabie, f)dfct bod) bicfciii (î-lcnbcn dn ivcni^ îc. 

4) 3c^ ivia ll)n fc^on fort iXixUxi* 



DE TERENCE» 5^9 

Phormion, Qu'il ne fait pas même qui écoicfon 
père? 

Cet a, Afiurément^ 

Phormion. Et qu'il n'a jamais connu Stilphon ? 

Cçta. AUbrément. 

Phormion^ Parcequ'elle eft demeurée pauvre & 
miférabk', 011 ne veut pas connoître fon père, & 
OIT la mépnle ; voyez je vous prie ce que fait 
l'avirice! ^) 

Gftû. Si tu vas accufer mon maître d'avarice, je 
ne le foiiffrirai pas. Brijons là y je te prie ^ ^) 

Dhiiiphon. Quelle hardielTe ! vient- il encore 
m'accufer vk fe plaindre tout le premier? 

Phormion, Car pour Antiphon, je ne fmrois '^) 
erre taché contre lui, s'il ne l'a pas fort connu, par- 
cequë ce bon lYomme déjà vieux, pauvre & vivant 
de fon trav! 1, ^j fe tenoit ordinairement h la cam- 
pagne, vu ii avoir afuerrré de mon père une petite 
niaifon qu'il f.i!oit valoir* ^) & je me fouviens 
fore bien de lui avoir fouvent ouï dire que ce parent 
ici le n Cjiiifoit, '°) Mais, bons Dieux, quel hom- 
me c'étoit! je n'ai jamais vu'ua fi homme de bien, 

Gèta, 

5) ê?^f, tvaê bcr 0)?H «icî)^ îf^utî 

6) ^aH und ^ayon ablv^chai, id) Oitfc ^'\i), 

7) M». >iln 11 ft je ne puis ift «in idiotifin. unb \)<Xi tlUC 

ns h^X) {Ici;. 

S) S^a ff t'en feiîvr iponbnrbeit [c6fc. 
- 9) 5Û3ofcl61t er tjcn niaïK^u îiaicr ctti fleincô .Ç)au(J ^i* 
V» î(î)fct^ fo <r fi}Df)l ju ni,'{?':n wupte. 

lo) viB^nn nrtd) fcen vtrbis: entendre otfr ouïr fiorett, 
f.iie t?iad/«n, l<ljKn, laiffer Iciffcn unb voir fc()çn, 
cin Jntinit, vcfbi a6Hvi foltjct,- fo r««tcr«n fi? cmm 
Dativ. Perfonse ota* agentis «nO cin«a Acculât, rei, 

an 



5^0 LE PHORMION 

Géta. Que lui & toi ayez été tout ce que t\i 
voudras, que nous importe ? tu vas bien nous en 
conter. ") 

PboYinioiK Va te promener. Eft-ce que fi je 
ne Tavois connu pour un homme de bien, j'aurois 
attiré fur ma f.imiiie un ii puiHant ennemi '^) pour 
i'amour '^) de f.i fille, que ton maître- méprife fi 
malhonnêtement? 

Géta, Maraud, tu continues de dire des injures 
à mon maître en Ton ablence ? 

Phormiun, Je ne lui dis que ce qu'il mérite, 

Géta, Tu continues, pendard? 

'Dcmiphon, Géta. 

Géta, Voleur public, faufiaire. "^) 

'Démipbon, Géta. 
' Phormofî, bas. Répons. 

Géta, Quiert-ce! ha, ha! 

Y)émiphon, Tai-toi. '^) 

Géta. 

on me(d)CîS Accuf ffaft QUc5 oft ein Gerundûim, 
Cin Hronoin. oDfr Adverb. intcrrogandi oî)ec bïC 
Conjunc^io: que, ( ïtie bia") ft''bet 

11) 5S.i^ iX\ô\^W ^u m^ ^(^ î'ùr ODialnlciu ? 

12) ^uf) ^en 9}icîrit,cu ctncn ^^ mddjtiôcn ?5^inb f;a((e 
ùbtV Dm .\pal6 sie{)«n tvcden. 

13) Um, rotr? aci.v:f>en ^urrt) pour l'amour, n>«ntt c5 
be^cutct owQ ï\tH ju , cccr njcnn m-m bat^ ^^li^ovt 
■ÎBillon ()in,^ii ♦'i^i-n fann/onhi'rlid)t>on^K'r|'oni'n; 
WifWol)l matt crf in bi^fein 'Bcrfinnî'e ûucô flUciti 
mif pour all^^'■t"'rfon fann. 

14) S3ctrùqcr ( ^cr ^o(fcî)c ^5c!)riffen tjcvfcrri.iff. ) 

15) Se taifL-, fd)WciAen, '(ï im -^raniôfîrchm aOemal 
cin Reciprnonm ; f)CifJ?t cg obcr »crfit>tt>ci \pn , fo 
Xûn\> ce* '<ftive qebraucl^t; taire quelque choie, t\s 
tvaé t)crfd}ivci3çn. 



DETERENCE. y^i 

Géta^ Monfieur, d'aujourd'hui cet homme ci 
n'a ceHe de vous dire en votre abfence des injures 
que vous ne méritez point, & qu'il mérite lui- 
même. ^ 

DêmiphofK Oh, c'eft aflez. Mon ami, avec vo- 
tre permiHîoii, la première chofe que je vous de- 
mande, c'eft que vous me répondiez, fi cela ne vous 
incommode point. Qui étoit cet ami dont vous 
parlez? Expliquez-moi cela, je vous en prie, & 
en quelle manière il le difoit mon parent? '^) 

Pbormion. Vous me le demandez, comme fi vous 
ne le connoifiîez pas, 

Dhniphon. Je le connoiflbis ? moi ? 
Phofjniun, Sans doute. 

Dcmipbon, Je le nie. '") Vous qui le foutenez, 
prouvez-!e, & faites-nfen fouvenir. 

Pbormion. Ho, ho, vous ne connoiffiez pas vo- 
tre parent! 

Démipbon, Vous me faites mourir. Dites (on 
nom 

Pbormion. Son nom? volontiers. '^) // cbercbe ce 
nom qu'il a onhlic, 

'Démipbon. Dites donc, pourquoi ce filertce? 
Pbormion. bas. Je fuis au defeipoir, ce nom m'eft 
échapé ! 

Démipbon. Quoi? Comment? 

Pbor- 

16) llnb nuf waé îlrf et fia) fui' i««inm 23«wanttca 
auôgab? 



17) S)a»? Icugnc ic^. 

18) ^<rj(ic^ gcnu. 



Nn 



562 LE PHÔRMION 

Phormtofi. Géta , ii tu te fouviens du nom que 
nous avons dit.cantôt, fais-m'en louvenir. '^)*) Hé, 
hé, qu'ai-je affaire de vous le dirc> comme fi vous 
ne le i'jviez pas? Vous venez ici pour me fur- 
prendte. ^°j 

Dèmtphon. Moi pour vous fuiprendre! 

Céta Scilphon, 

Phormion. Au fonds que m'importe? C'eft StilphonJ 

D miphon^ Oui? 

Phormkn. Stilphon, vous dis -je. Vous ne con- 
noiiHez autre. ^') 

Dém/phon^ Je ne le conncifTois point, &qui plus 
eft:> je n'ai de ma vie eu aucun parent de ce nom-là. 

Phonnton. Eft-il pofîîble! n'avez- vous point de 
honte? s'il avoit laifl'é **) de grands biens . ♦ , 

"Dèmiphon Que les Dieux te confondent. 

Phormion. Vous feriez le préiT.ier :i dire par nom 
& par furnom toute votre généalogie depuis Tayeul 
& (e trifayeul. 

Dcinïpbvn, Jugement. Si je fufle arrivé à temps 
quand Taffjire fut jugée, ^^) j'iiUrois explique nos 
degrés de parenté. Faites de même, "■') vous, di- 
tes, comment efl-elle ma parente? " GcV^?, 

*) VtmjJ'eevinèmgtewpi Gét^He lui dire es nom, fatli 
fort haut, pour djHueY lien à qtic Déiniphon P entende. 
**) dix talent. 

19) ^.uinflc inicî) n?ic^cr barouf» 

20) 3hr a^cût nud^ tuir libcrrunipcfn, 
3 ^Tv'^r babr i'ou ffhr «ut s'cfi^nt. 

S2) 5Sjnu jrf) tu rcd)(ci 5cir onfcmmen roarf/ ûlô fcie 

©.id>€ t'or 0)'Tid)Ce c-tfch;cti'n tvuiDe. 
^23) %[)i\i \HÎÇ>\nà)îti. ^(\v '•I1. (Je mcinc que, \)i\%tf 

ebin fo ircl)l ul^, gieu^iuic aud;; «t mcme, un6 
fo jjar, it. \a nud; nv t 



DE TERENCE. 5^3 

.Géta. Ma foi, mon maître, vous le prenez 
bien. ^'*) bas. Mon ami fonge à toi. 

?hormiou. J'ai expliqué ceia fort neccement de- 
vant les lug^s , quand il a fallu. Pourquoi votre 
fils ne Tâ-t-iî pas réfuté? '") 

D'emiphon. Me psilcz-vous de mon fils, dont la 
fotciie efi: au deflusde tout ce qu'on en peut dire ? ~^) 

Vhovimon. Mais vous qui êtes plus fage, allez 
trouver Meilleurs les Magillrats, afjiqu'iîs remet- 
tent l'afFaire fur le bureau; ^") *} car je vois biea 
que vous êtes le Roi ici, ^ que vous avez le droit ^^) 
de faire juger une même sfiaire deux fois. 

X^l'mïphoih Quoique l'on m'ait fait injuflice , ce- 
|)end3nc plutôt que d'avoir des procès, ~^) & que 
de vous entendre, je veux bien faire tout com.me 
fi elle éroit ma parente, & payer fa dot peur (atis- 
faire '°) à la loi. Tenez, allez la prendre, voilà 
quinze pifloles. 

Nn 2 P/;or- 

sf^) Ce maître fri'ppcn ne voit paroître plus tyranni- 

pouvojt rien dire de plus que que défaire remettre fur 

fort. Car dans une vi'le libre le bureau une affaire déjà ju- 

comme Atheneî^ rien ne pou- gée. 

24) 3^r x>^âti i^n rcd)t «n. 

2j) Çffiorum bat #é ciKr 6o6n nic^f tt)ib«rî«{!(? 

26) 5}f!Tsn 21)or5eif allc^, tvaé ma» nue babon (jç&cn* 
fcn fan, ùlifrrrijft, 

27) S)amit fie fcle èû(^c Wicbcr ûufé n?ue yortte^; 
nicn. 

28) lînb la^ md) \>a^ Sîcc^f îufûmuic. 
29") (£bc id) lûnqc fîrcitc. 

30) Satirfaire, DcVviniigen, Kmzxti (xm hi^iXi finerî. Ac- 
cuf ber^crfon unb5!îî:cten, <"op(i u&^r einen Da- 
tivum, tvjiin Çé al^ çiu verbum neutrum Ofirod)* 

tçt 



5^4 LE PIIORMION 

Pbormion, Ha, ha, ha, ha! le pîaifant horti- 
me! '') 

Ddm/pbofj. Qu'y a-t-il donc ? Ce que je deman- 
de, n'eft-il pas Julie; & nepourrai-je pas obtenir ce 
que le droit accorde a tout le monde? '") 

Fbormioiï, N'y a-t-il que cela ^') je vous prie? 
Quoi après que vous aurez abufé une honnête fil- 
le, '*) il vous fera permis de la renvoyer en lui don- 
nant, comme à une courtisane, '■) la recompenfe 
de fon infamie, & les loix le fouffriront? Les loix 
n'ont elles pas plutôt ordonné que les filles àçs ci- 
toyens pauvres feront mariées n leurs plus proches 
parenF, afinqu'elles palfent leur vieavecun feulmaii, 
& que la pauvreté ne les force pas à faire deschofes 
indignes d'elles? *) Vo'là ce que la loi ordonne, & 
c'eft ce que vous défendez. 

Demi' 

*')'Etc'eflju/letnemcegue raifbns en fàifànt voir que 
vous défendez, quelles cou- Dcviiphon veut le contraire 
leurs ce fiippcn donne à ies de ce que veut Ja loi. 

fettvirb/ unb Me SrffÇung «incv SBc.'eibigung on» 
j<i(\«t: Se iatisfairc, ()jij7t( fic^ utrgnùjjm it, ftc^ 
rdd)cn. 

31) ©er ivunterlid^e ?Oîannî 

32) ^l?it(? baê Svccî)^^^*"^ iufpridfjf. 

33) 3fîtif'«itcc nicOté? 

34) QB*inn if;i' cin û)xM)i^ ^Dîâobum ttjcrbct Dcrfû^ref 
^ûbcn. 

3>) 5GiC cincr JP>urc; bi«M5Bort ij? imFoemin, ûUcicK 
- xn ma!o (cnlu, «m Mafcul. ober bûtf (9fgcnt()cil, in 
hono Icniu: v. j^. Un parfait courtilan, ^jn tJOfl» 
fe iinjcicr .^pofmann. 



DE TERENCE. 5/^5- 

Tiémrpboii, Oui, elles feront mariées a leur plus 
proche parent: mais nous, d'où fommes nous pa- 
ïens? *^) ou pourquoi? 

Phormion, Ceftafiez; ne parlez plus d'une chofe 
faite, '') 

Démiphoiu Que je n'en parle plus? j'en parlerai 
jusqu'à ce^que j'en fois venu à bout. ^^) 

PhoYiiîton, Vous radottez. '^) 

Démipbon* Laiflez-moi faire, ' 

Phorm'wn, En un mot comme en mille, '*") Dé- 
miphon, nous n'avons pas affaire à vous. "*') C'eft 
votre fils qui a été condamné, & non pas vous, car 
vous n'étiez pas en âge de vous marier* 

Démiphon. Il faut que vous vous imaginiez que 
tout ce que je vous dis, c'eft mon fî!s qui le dit, 
autrement je le chaflerai de ma mailon avec cette 
femme. *^} 

Cé(a^ Il eft en colère. 

Nn 5 Phot' 

36) 2Bo rû^vt benn unf^rc Sveuntfdjaft |«? 

37) îjitb(t nic^t mc^c inon einer gcfdjcOcnen «Snc^e. 

38) 35i«J iâ) i€ ju ©tanfcc Qtbïaâ)t ^a6e. 

39) 30" f'^')î> "icî)t gefû^ib/ obcr cô frâHtncf cuc|>. 

40) 5Çurj Gîfaijt. ((Jin îOort fo nuf aïiJ tcmfeîil)..) 

41) SBir {>abcn mit €ud) nid)ti^ ju fc^affeii. 

42) ©cnft ttJiU ici) i^n mit fiim( î)i«f€C S^'«« ««^ ^^ 



^66' LE PHORMION 

Phormiûf!, Vous ne ferez pas fi *') méchant qua 
vous dites. **) 

'Démiphon. Malheureux, veux-tu donc faire tou- 
jours du pis "*') que tu pourras contre moi ? 

Phormiujj. Notre homme nous craint, quelque 
beau fembiant qu'il fnfle. '^^) 

Gcta Voilà un heureux commencement, 

Phorviiofi, Vous feriez mieux de foufFrir de bon- 
ne grâce ce que vous ne fauriez empêcher; & c'efl 
une aâion digne de vous, que nous demeurions 
amis, *^'') 

Dcinipbon, Moi que je recherchafTe ton amitié, 
ou que je voulufl'e t'avoir jamais vu ni connu? 

Phormion, Si vous vivez bien avec elle, vous au- 
rez une bru '''^) qui fçra la confolarion & la joye 
de votre vieillefie; conficlerez Tage où vous êtes. 

Dê/niphofî, V^-t-en au diable avec- ta joye ■& ta 
conlblation, piens-la pour toi. 

JPhor- 

43) ^ann bie bnitrcftc Partîcnîa, fo, nur tint ccnnettl- 
rcnbe P.irticula ijî, fo 'ùUiba fie Un Sran^ofi» 
fd)«n efM;aup'c|Ébrû.':t ; i^. fr« binacqcn tjne 
Particula fiiperlavivi, e&?r Mi Conjunclio condj- 

tional!«, fo im ©^iin"ff)fn ^urt•l), wcnn, «■m^gcbay 
an tuirbi fo niu^ ftc nnunijjrtnglîcl) aud) imSton* 
j(5i'îfiî)cn bui'd), Si, c>)>rijnirt trcrbcn. 

44) 31)1^ tt^er^^f ?ud) ImUen '-ijlcn, ober i^t W<rb({ 
uidy. l'o bofe fonn, ùlé ii)t fa^ef. 

49) SB.aft bu ce bann mit mie ûwf \>aé Jrgfîc raac!)<n? 

46) (Er ntûj fui) fc gat uciîlcncn/ ali tv trill. 

4"^) ^i fiiht ii\d) bcffcr an, bû§ wir Çreunbc b(ci6cn. 

48) (?ine ecîjntir c^c^ Cc?)tviegatOv^(cr, ijl mt int 



DE TERENCE. 5-^7 

Phormtoïf, Ne vou*? emporrez pas, ■*') 

Démjpbou, Songe à ce que je te dis; c'ell afîez 
parlé; Si tu ne te hâtes d'emmener cecre femme, je 
la mettrai dehors. Voilà ce que j'ai à te dire, Phor- 
niiôn. 

Phormion. Si vous !t traitez autrement qu'on ne 
doit traiter une femme de condition, je vous ferai 
un bon procès; ^°) voilà ce que j'ai à vous dire, 
Démiphon. bas, Sx l'on a befoin de *'j moi, je fe- 
rai au logis. 

Qèta, bas. J'entends, 

ACTE SECOND. 

SCENE m 

DEMIPHON. GETA. HEGION. CRA^ 
TINUS. CRITON. 



D 



Démiphon, 

ans quels foins & dans quelles inquiétudes ne 
m'a pas plongé mon£U, ') en s'erabarraflant, ^) 
Nn 4 &cn 

49) ^rjûrnef cu^ nid)f» 

50) ^îttî id) îwûi fein t)or @ericï)te ucrff(ï<îcn. 

51) Avoir helôin, à faire, afFaire, nèl^ig ^ûbcn, 6rrttt« 
(^cn être befoin, ni5tî;ig ftJJUy n'avoir que faire, 
«id)t brnudvn, regiercn iin gi*JniL<ftf*«n t»^" ^l^' 
lativum, wanu glficO im 2Dt'utfcl)«u Dît Accufati- 
vus jTcl)et. 

1) ^flt mid) iTicin (go^n gefîiir^ct? 
â) SOîan unf«r.<"d)«'ioetvo^lembrafer,en(fïamnien, onjûtt* 
fccn, cmbra0èr, uroatra<n/ UU^ einbarraller, »Çï* 



- 5^8 LE PHORMION 

& en nous emharrafTant tous dans ce beau mariage ! 
Encore fi après cela il venoit à moi, ^) afinqu'au 
moins je puifle favoir ce xju'll dit, & quelle eft fa 
réfolution. Géta, va voir, s'il eft. revenu. 

Géta. j'y vais. 

Démiphoiî, Vous voyez, Meflîeurs, en quel état 
cfl: cette afi'iire : que faut- il que je fafle? Hégion, 
parlez, 

Hégion. Moi? C'eft à Cratinus à parler, fivous 
le trouvez bon. 

Démiphon. Parlez donc> Cratinus. 

Cratimis. Qui moi? 

'DniitphoJî, Oui vous. 

Cratinus. Moi, je voudrois que vous fîfllez ce 
qui vous fera le plus avantageux. Je fuis perfuadé 
qu'il eft Julie & r:ûlonnable que votre fils foie rele- 
vé de touc ce qu'il a fait en votre abfence ; '^) & 
vous l'obtiendrez ; c'eft mon avis 

Di'mipimi. A vous, Hégion. 

Hi'gion. Moi , je crois fermement que Cratinus 
a dit ce qu'il a cru de meilleur; mais le proverbe 
eft vrai, autant de têtes, autant d'avis; ') chacun 
a fes fentimens & fes manières. Il ne me femble 
pas que ce qui a cté une fois jugé félon les loix, 
puift'e être chmgc; & je foutiens même qu'il eft hon- 
teux d'entreprendre un procès de cette nature, ®) 

Y>cmi- 

3) 22Sann fr U\) ûflcm bcm [x<5:i nur noc^ U\) rpit bli^ 

c!i'M licfic. 

4) £)iiO i\m (Soî)n <>i>n aOcnt, tt>aé er in eurcr 2i6t»t< 

fvnî)dt «i>rv3cnommcn; frcn 9cfprod)cn n>crbe. 
ç") Prover!). 53jcl ^éx>\i, l'«cl ©inné. ?OJaH fa.jct OUC^ 
lu tijcjcm îS"»Qf/ chaque tète a Ton honiict. 

6) î>a{] i^ fc^ânblicO {i\), dnm fdcfjm etrcit on|W* 
fangcii. 



DE TERENCE. ^^9 

"Démiphoii. Et vous, Criton ? 

Criton. Moi, Je fuis d'avis de prendre plus de 
temps pour délibérer* c'eft une affaire de grande 
conféquence. 

Hégion. N'.ivez-vous plus befoin de nous? 

DémiphoJi, Je^vous fuis fort obligé. *) me voilà 
beaucoup plus incertain que je n'écois. "^y 

Cn'ta. On dit qu'il n'efl: pas encore revenu» 

Démrpbofî. Il faut que j'attende mon frère, je 
fuivrai le confeil qu'il me donnera. Je m'en vais 
en demander des nouvelles fur le port, **) & fa voir 
quand il reviendra. 

Géta. Mais moi je m'en vais chercher AntiphoTf, 
afinqu'il fâche tout ce qui s'eft paflé, 

ACTE TROISIEiME. 

SCENE L 

ANTIPHON. GETA. 

AntiphoiK 

Véritablement aufiî, Antiphon, tu es blâmable en 
toutes manières ') avec ta timidité, Falloic- 
il quitter ainfi la partie, & confier tout ton repos 

Nn 5 au 

3^) H dltvrai\ carde trois Ôc le troifième n'a rien dé* 
Avocats, les deux premiers cidc, 
«nt été d'un avis contraire, 

7) 3îun bin id) no(5 unc^cmifcr (Aé juDor. 

8) ^i) tvilî am ^pafen nad) i()m fragcn. 
I) SDu bift ouf aOc 2Bcife ju tal)cln. 



570 LE PHORMION 

au foin des autres? croyois-tu qu'ils feroient mieux 
tes 2 flaires que toi-même? à la bonne heure pour, 
tout !e rejle, ^) mais encore falloit-il pourvoir à ia 
fureté de ia perfonne que tu as chez toi, ^) & empê- 
cher que la conîiance qu'elle a eue en tes pro me (Tes, 
re la rendit '^) malheureufe, elle qui n'a de ref- 
fourc? ni d'efpcrance qu'en toi. 

Qéta^ En vérité, Montleur, il y a long-temps 
que nous vous blâmons ^) de vous en être allé de 
la forte. 

Antjphon, Je te cherchois, 

Q'etai Mais avec tout cela nous n'avons pas perdu 
courage. ^) 

Antiphon, Dis-moi, jeté prie, en quel état font 
mes affaires? quelle fera ma deftinée "^j? *) mou 
père ne fe doute-t-il de rien ? ^) 

Q'Qta, De quoi que ce loit jusqu'ici. -*) 

Anù- 

*) Il demande fifonpere vnion^ pour faire onlmner 
ne foupçonne point qu'il ait qu'il époiiferoit cette fille, 
«te de concert avec f/jor- 

a) -ÏBaé bad ûbricje anian^f^ fo fo; ce brum. 

3) 51nf M« ©tâcrbeit bev ^«fon, bic M J>ir (obct îri 

tdncm ^?aufO ifî, %îH\%i fcçn. 

4) 5)?ad)cn f)ci{Kt nicbt faire, fcilbcrtl rendre, ttJfnit C^ 

im ^ia((inîfd):n bvvd) rcdderc fuitn gfgebcn wcrbcn, 
foiiûeclid) rc*cun cin A<ljectivuin bocattf folijct. 

5) 5^ag n>ir ouf cnrfî f!i)mnlcn. 

6) %t\) oUcm bcm ï)abcn tt>lr è«n ?i)iut0 flic^f finf<ll 

Iaff;n. 

7) 5Baé mirb ûu«* meinem Sd)icîfal mcrbcn? 

8) 9îia-bt rnein 5Satcr feine îuntc 



DE TERENCE* ^71 

Antipbon^ Quelle efpérance en£n dois -je donc 
avoir ? 

Géta, Je ne fais» 

Antiphon, Ah! 

Qéta, Mais je fais bien que Phédria n'a cefle de 
parler pour vous. '°) 

Antiphon. C'eft fa coutume. ") 

Géta, D'un autre côté Phormion a fait voir en 
cette rencontre, comme en toutes les autres, qu'il 
ne s'étonne pas pour le bruit. '^) 

Antiphon. Qu'a-t-il fait? 

Géta, Par fes raifons il a bien rembarré votre 
père ") qui étoit furieufement irrité. 

Antiphon. Oh que "^) tu es un bravé homme, 
Phormion! 

Gcta, Et moi auflî j'ai fait tout ce que j'.ii pu. 

Antiphon. Mon cher Gét?, que je vous ai d'obli- 
gation à tous. 

Geta. Les commencemens font comme je vous 
dis, jusqu'ici tout eft tranquille, '^) & votre 

père 

10) (DûSPhedria bâéSSorf B^fîânbiâ fût euc^ 3cfûO«t. 

11) <S:<c\VA^i ".é njcï)c nnî^n•ê. ' 

12) SDag er fïcb filr tïm UxvMn nicf)f fûrc^tcf» 

13^ ^at ce eurcn r<3û'çr tDeiMJcîj a&g<fù()iff. 

14) 5!)iC Particula sdaiirandi que, njic, unb tant, in 
ter Q5eteatUTî9, (0, &fl[^m boê angetiûngte Adjefli- 
vuin (lié Caitim verbi, item bûé Advcrbium, or? 
bentlid) crfî nodj b«m vcrbo; bea îsominativunj 
aoer immédiate gleic^ tiûd) fîcJ)» 

15 ^<\è dato ifî no.l) ûfleé in ^\.\\\)U D6fd)on jusques, 
blé, orîjcnt îicD tcn Dati vum regicrct ; fo lc»bc{ eé bo^ 
ba;bcn2SJ^ft«fnici, là, cwMnb alors cinç exception. 



>7i ^E PHORMION 

pcre dit qu'il veut attendre que votre oncle foit de 
retour. 

Aiitiphon, Pourquoi l'attendre? 

Qéta. Pour fe gouverner dans cette affaire par 
Ie,conl"eil qu'il lui donnera. 

Ant'iphon. *) Que l'attente du retour de mon 
oncle me jette dnus de furieufes allarroes ! "^) car 
ma vie ou ma mort dépendent du confeil qu'il don- 
nera h mon père. 

Cé(a. Voilà Phédria» 

AntJpbotu Où? 

Céto^ Le voilà qui fort de chez fa maitrefle« "') 

*) Cette cxprefïïon efi: ad- avis qui ruïneroit toutes fcs 

miraWe ; Antiphon ne dit efpcrances. Mais il s'expri- 

pas. Je craim que mon oncle me d'une manière qui mar- 

iie vienne • car làns lui il ne que que fen. cTprit elèen ba« 

jiouvoit garder fa temme.' II lance entre l'çfpérance & la 

neditpasnonpius. yccr^/wi crainte, A qu'il ne sait s'il 

que mon oncle rét vienne pai\ doit craindre oa defirer ce 

Car il ne favoit pasfîceton- retour, 
de ne donncroit point un 

i6) ^Oîid) in <rfcf)rccflicOi UnruC'C f<^cf. 

17) 2)a fomrat cv cbeu Don fcincc ^iîbfï^n ^ctaué. 






ACTE 



DE TERENCE, 573 

ACTE TROISIEME. 

SCENE II. 

PHEDRIA. DORION. ANTIPHON, 
G ETA. 

Phèdria, 

Dorion, écoutez- moi, je vous en prie. 
Dorion, Je n'écoute point. 

Fhéffrîa, "Un moment» 

Doriofh Ah, lainez-moi. 

Pbèdria» Ecoutez ce que j'ai à vous dire. 

Dorion. Mais je fuis las d'entendre mille fois les 
mêmes chofes. ') 

Phédrïa. Mais jjréfentemcnt je vous dirai des 
chofes que vous ferez bienaife d'entendre. '^) 

Dorion. Parlez, j'écoute. 

Phédria. Ne puis-je obtenir de vous que vous 
attendiez ces trois jours? où allez- vous? 

Dorion. Je m'étonnois bien que vous eufîiez quel- 
que chofe de nouveau à me dire. 

Amipbon, j'appréhende bien que ce marchand 
ne s'attire quelque malencontre. ^) 

Géta. Je l'appréhende bien aulTi. 

Phèdria^ Vous ne voulez pas me croire? 

Dorion. 

1) ^â) f)aU ce fcrtf, taufcnbmal tmiUt) ^«pcc j^u ^^* 

rcn. 

2) 5Dlc i^r gcrnc an&dccn wcrbef. 

3) €é mvbt ftd) Mefcr ^aufmann mm 6df«n f^MUl 

fluf o«ii ^al^ biirO«R. 



574 LE PHORMION 

Dorion, Vous l'avez deviné. *) 

Vhi'drh. Mais fi je vous donne ma parole. 

D or ion. Fables ^) ' 

Vbcdria. Vous direz vous même que vous n'aurez 
pas ma! placé ie plaifir que vous m'aurez fait. ^) 

Dorion. Contes. 

Vh'edria. Croyez-moi, vous ferez ravi de m'a- 
yoir obligé, fur ma parole. 

'Ddrion. Songes. 

Vbèdria. Efïïiyez, cela n*efi pas loncr, ''^ 

Dor'wu. Vous chantez toujours la même note. ^) 

Vhèdyia, Vous me tenez lieu de père, de parent, 
d'ami, de ... ^) 

Dorion, Jai'ez tant qu'il vous plaira. ■'') 

Vbédria. Eft il poffible, Dorion, que vous foyez 
d'un naturel fi dur '') &: (i inflexible, que ni la pi- 
tié, ni les prières n'ayent point de pouvoir fur 
vous? '^) 

Dorion. Eft-il pofîible, Phédria . que vous foyez 
fi déraifonnable & fi fimple, que vous penfiez 

m'amu- 

4) 3r)r f)rt&t tê gcfroffcn c^fr crrnt^eit. 

5) A d'autres, bagatelles, contes, item chanfbn<:, fables, 

Êcbcutni ûQe, tîgiîraliter flcnommer: ^Pe(Ten. 

6) 5^a6 i{)r bcn mir crit>îcf:ncn ju «tnjcifenbtn) 6effl(' 

len nidjf ùbil nnqcbrocbî habu 

7) ^vobirct t^, eé ijî nidn {anqi f)in- 

8) Sbr (U\<\t irtiTicr cincrfcj) Îc\)qt. 

9) 2fd) ()ûbe ûtt cucb cinen 23ater, cinctt ?5«rtvant>(cn/ 

cincn grcunb, eiiicn . • ♦ 

10) ^lûDpcrt fo lano.c ce <itd) rt«fânf. 

11) i)afi if)r ein fo f;aried ©emût^C N^^^ 

12) Dîic^r^ U\) <uc^ fr«cOt«n. 



DE TEREN^CE. 573 

m'amufer par de belles paroles, & avoir cette fille 

pour rien ? 

, Antiphfiu. Il me fait pitié. 

Pbèdria. Helas. il n'a que trop de raifon! 

Céia. *) Que les voilà bien couj deux dans leur 
'caraâere! '^) 

Pbcària, Faut-i! encore que ce malheur me foie 
arrivé dans un temps où ''^) Antiphon a bien d'au- 
tres choies dans la tê^c? '') 

Antiphon, Ha, qu'y a-c-il donc Phédria? 

Yhédyia. O trop heureux Antiphon. 

AneiphoH, Moi ? 

Vhè.ir'ui. Qui avez chez vous ce que vous aimez, 
& qui ne vous ètçs jamais trouvé dans la necefîîté 
d'avoirafTair*";! un méchmt homme comme celui-ci ! 

Antiphon, J'ai chez moi ce que j'aime? ah, Phé- 
dria, je tiers, comme on dit, le loup par les oreil- 

le?, 

*) (7iV'i dit cela fur ce que & Je marchand d'efclaves 

P/'tv/r/a vicnt(ic dire, il ua confcmc aufîi ion cara6"tere 

quetvr.p de ràifon^ je fuii encoiiti?'uaiittians fa dureté. 

vaincu pfr.' la vérité.- Car On avoit tort mal traduit, 

en cela Fhédria cntifcrvc ion o'u'il-. fmt toui dtux Jembla^ 

caraclere d'i;- n-iè'c hDirjîne, blei l'un a l'autre i 
de iè rendre à la raifon ; 16) 

13) Q3ic unîerfdiidctî ftnb bccf) 6cDbc Dott @cmôtf)«? 
(Ba jtigen Depic rcd)t '\ï)m .ÇjerjenPf Çjrunb !) 

14) Ou ^iha {)\tX an fîatf dans lequel, ij] c\{o \)m M 

i\\\ Particnla Kelativa ûnjufd)«n» 

lO 5[8of){ anberc Sad)ert im ©inné ^af. 
1(5) ^cr 2S«rnunft ©c^(îc ju 9€&«n. 



57<S LE PHORMION 

les, carie ne fais ni comment le lâcher, ni com- 
ment le retenir. '') 

Dorion, *) Voilà juftement où j'en fuis avec lui. '"} 

Antiphon à Dorion, Courage, ne fiiites pas votre 
métier à demi. '^) à Phédria, Que vous a-t-il donc 
fait? 

Pbédria, Lui? ce qu'auroit pu faire l'homme du 
monde le plus cruel; il a vendu ma Pamphila. 

G'cta. Quoi ? il a vendu ? . . . 

Antiphon. Dites-vous vrai ? il l'a vendue ? 

Phédi-ia, Oui il l'a vendue. 

Dorion. Voyez, je vous prie, l'horrible adlion?^*) 
il a vendu une elclavequ'il a achetée de fon argent! 

Pbédria. Je ne faurois obtenir de lui qu'il atten- 
de, & qu'il dégage fa parole feulement pour trois 
jours, ^') pendant lesquels je tirerai de mes amis 
l'argent qu'ils ont promis de me prêter. Si je ne 

vous 

5^) Dot/on dit qu'il tient nir; car il a peur de perdre 

auiïi le loup par les oreilles, fon argent ou Ion eidave; 

ayant affaire avec Phcdria : & il trouve un égal danger à 

carilneljit ni comment s'en lui rerufer & à lui accorder 

dcfiiire, ni comment le rete- ce qu'il lui demande. 

17) 21rf) Plicclria, irf) {)aU , wk man ju faaen pffcyîcf^ 
^€ll ?lBolf bel) benDbrcn, binn iâ) mei6nid)r, wie 
id) i()u \)alUtt, obct me id) il)n faïfxm [a\Jm )oU. 

iS) <£é gc^t mir nictjt uni <in ^aat beffa* mit i^m, 

19) Ireibt tmr S^anbwtxt nid)t fd)(âferig. 

20) 6cf)ct bodj cinmal Me nbfc^euïic^c SSeïcibigung 
(areulid)c 53£fd)inipfunijO 

21) Unb bog er nur auf brci) Sa^c fcin îBott jurùcf 



DE TERENCE. 577 

vous le donne au bouc de ces trois jours, je ne 
vous demande pas une heure au delà» ^^) 

DorJoti, Vous me rompez la tête. 

Antiphon. Le terme qu'il vous demande, n'eft pas 
long, accordez -le- lui ; je vous promets qu'il re- 
connoîcra cette grâce au double. 

Dor/o/V. Ce ne font que des paroles. 

Amiphon. Quoi, vous fouffrirez que P;imphila 
forte de cette ville? vous aurez la crusuté de fé- 
parer deux amans ^^) qui s'aiment avec tant de ten- 
drelîè ? 

Doriofi, Ce n'eft: ni votre faute ni la mienne, f) 

Cùia^ Que les Dieux t'envoyenc tout ce que tu 
mérites. 

Dorion, Voyez- vous, pendant plufieurs tuois, 
contre mon naturel, ^'*) je vous ai foufîert promet- 
tant, pleurant & n'apportant rien : aujourd'hui j'ai 
trouvé qui me donne tout ce que je demande, & 
qui ne pleure point. Faites place aux gens qui 
font plus efiedifs. ^') 

Antiphon^ Pourtant il me femblc, (î je m'en fou» 
viens bien, que vous aviez pris un certain jour, ~^) 

auquel 

ai) ;3c5 ttcriancîc aucî) nic^f t\m êfunbc (ânaer 0Iuffcr)u6. 

23) Amant unb Amûteur ^^?^ bJ'.rintif UtUfrfcl)i(beit/ 
boj^ bûi^ criîe aUe^dt bom Sraueujimmer, taé ona 
bcrc tton 'IBiffenfidfren unb onbern Singcn fanit 
qcfagt njerbcn. 

f) 3d) f«"n tncî)té bafilr/ unb i5r ûud) nic^f, 

a+) 58iber mcinc 21rf. 

î2s) îreret bie ©telle bencnjeniijcrt û%, bi^ me^r 6e« 
tt>e>f(î<nicien fdnneti, 

26) Da§ U)t wegen imé gcnjij]«« ^a^e^ tvar«( dn^ 

Oo 



578 LE PHORIVÎTON 

auquel vous deviez remettre celte fîlle^^) entre le? 
mains de Thé Irla. 

Vhcr/ria, Cela efl certain, 

Dorion^ Eft-ce que je le nie? ~^) 

Antîphon^ Ce jour -là eft-il palTé^ 

Dorion Kon, mais celui -ci eft venu devint. ^^} 

Anrif'hon N'avez- vous point de honte de cette 
mauvaife foi? ^ 

Dorion, Point du tout, pourvuqu'elle tourne à 
mon profit. ^'^) 

Gêta. Ame de boue! '') 

Vhcdiia. Dorion, eft-ce ainfi qu'il en faut ufer? 

Dorion. Voila comme je fuis bâti, ^^) fi vous me 
trouvez bien, ^^) fervez- vous de moi. 

Antipbon. Le trompez- vous donc ainfiî 

Dorion, C'efl bien plutôt lui qui me trompe, An- 
tipbon, car pour lui, il favoic ce que j'étois; mais 
pour moi, je le croyois tout autre; ^'*) & c'eft lui 
qui m'a trompé; je n'ai jamais été que ce que je 
fuis. Quoi qu'il en foit, ^^) je ferai p~ourtant encore 
ceci. Le Capitaine doit me donner demain de l'ar- 
gent; fi vous m'en apportez aujourd'hui, Phédria, 
je fuivrai la loi que je nie fuis impofée de traiter 

tou- 

27) 3(>r tiefef? ?9?â£î&i]cn Hcfirn fclïfcf. 

28; i^duone iâ) ed cta>au ? cDcr: 3d) lûiigne ce janicÇf, 

i29) 5;)cr i(î ^ut)cr fouinieii. 

30) ÎBcnn Ci? nur ju lueinemSîort^eil attàfcl;l^3t. 

31) 2)a nii'ï)crtrôc!)tii)e£! @cmm(;f, 

32) Si)i?in icf> fleflrtet. 

33) -ïijunn ici) cucî; anjTc^f. 

34) -paite «d) il>n fur gauj au^jcc^ Ofar^^f. 
3)) ;D«m f<p i(v;c1(;m ivolle. 



DE TERENCE. 579 

toujours le mieux celui qui vient le premier les 
mains pleines. '^) Adieu, 

ACTE TROISIEME. 

SCENE Ilh 

PHEDRIA» ANTIPHON, GETA, 

Ph'edria^ 

Que ferai -je, malheureux que fe fuis?" où lui 
trouverai- je donc de Targeiu en fi peu de temps, 
moi qui puis dire qu'il s'en faut beaucoup que je 
n'aye un fou ? ') Si j'^vois pu obtenir de lui ces 
trois jours, on m'en avoir promis. 

Am'iphon, Quoi, Géra, fouiTrirons-nous que ce 
malheur arrive à celui qui comme tu m'as dit, vient 
de prendre mon parti ^) avec tant d'honnêteté? ta- 
chons plutôt par toutes fortes de voyes, de lui ren- 
dre dans fon grand befoin ^) le plaiiir qu'il m'a fait, 

Gcta. Je tombe d'accord '^) que cela feroit jufle, 

Antiphon. Fais donc ^ tu es le feul qui puillès le 
tirer de ce mauvais pas. ^) 

Céta, Que pourrois-je faire? 

Oo 2 Ami- 

36) 5l{ïf}«if bfmjenicîen om 6j|îcn ju bîgfgrten/ Ut 
nid)t mit leercn CbiViibcn lomnu. 

I) Sae oid bûrmi UWr ^<^^ id) cincu rot^«n JjeUef 

bdttf. 
a) '^bivi baé 55orf fur m\â) (^cfu^rcU 

3) 3n feincr brinp.cnbcn fjvotO. 

4) ':^ù) rdumc ciiu* 



58o LE PHORMION 

Antiphou» Lui trouver de l'argent. 

Gèta. je le voudrois de tout mon cœur. Mais 
où? parlez. 

Antiphon, Mon père eft ici. 

Gèta Je le fais. Mais que s enfuit -il de là ? ^) 

Antiphun. Ah mon Dieu , à bon entendeur un it 
motiïïffit. ^) V 

Gèta, Oui da ? 

Aiï^'tpbon, Oui. 

GHa^ Ma foi , voilà un fort bon confeil ; allez, 
allez, Monfieur, ne dois -je pas être trop content, 
s'il ne m'arrive aucun mal pour votre beau maria- 
ge, fans que vous m'engagiez ^) encore à m'aller 
faire pendre pour lui ? ^) 

Autiphon. Il a rai fou. 

Phèdria. Quoi, Géca, "*■) me regardez - vous donc 
comme un étranger? '°) 

Gàa, Non fans doute. Mais enfin comptez- 
vous pour rien la colère où ert notre vieillard con- 
tre 

*) Cela eft Fondé fur ce ne donne plus ridce d'un é- 

(\uc Géea^i dit, pour cet hof/i- franger, d'un homine qui 

me - là , pour lui. Et cela ne n'ell point de la mailôuj Se 

fubfîlte plus, fî l'o7/ traduit, c'eit à quoi il faut bien pren- 

pouf votre cnujin\ car cela drc garde, quand on traduit. 

6) SC^ié fofacttûrauô? 

7) 5!>eneii ^elr^rfcn ifî n»t prebfqcn. 

8) fflîcif?«né nUe vcrba, X^xt cin< ^emn^ung , 55equfm« 

ljd)fn( o&cr 0cfd)idlld)fcit wx<\i ^cflnnmung ju cl* 
ncr 6ad)e Oebcutcn/ mit cincm ^^xiz Me «meti 
Dativum rc^icrcn , ^Obcn baé Gerundiuni jtl à 
nacf; ftd). 

9) ©a^ xû) fur if)n <x\\ ©ûfgeit geOc? 

10; ^ctrac^jtct ir;r mld; oXi cinfn grfmben? 



DE TERENCE. fgi 

tre tous tant que nous fommes, ") qu'il faille en- 
core l'aller irriter davantage pour nous fermernous- 
mêmes la porte à toute forte de pardon ? 

Vhèdrïa, Un rival emmènera donc à mes yeux 
Pamphila dans un pnïs éloigne & inconnu? '") Ah, 
puisque cela eft, pendantque vous le pouvez, An- 
tiphon, pendantque je fuis avec vous, parlez -moi, 
voyez -moi pour (a dernière fois. 

Afitipbon. Pourquoi? Qu'allez- vous faire? par- 
lez. 

Phédr'ia. En quelque lieu du monde, qu'on la me- 
né, je luis réfolu de la fuivre ou de périr. 

Qka. *) Que les Dieux vous foient favorables 
dans toutes vos entreprifcs ! N' allez pas fi vite né- 
anmoins. '^) 

Oo 3 Ami- 

*) Ls beauté de ce paflage ce jeune homme de l'état 

eonfifle en ce. que Gcta ré- où cette réponfe le met, &. 

pond (le manière quM fèm- pour lui redonner courage, 

ble qu'il conlente à la réfb- il ajoute, n allez pn^ fi vite 

lution violente que Phèdria néauvîoim-, ce qui lui fait 

prend de fuivre fa maîtrefTe, aflTez comprendre que les 

ou de périr; Car c'ed corn- chofes ne font pas encore 

me s'il luidiibit. y^//(f2, /Vfo;/- defcfpcroes. Cela fuffit, à 

Jienr, que leî Dieux vomcon- mon avis, pour faire voir 

duifent. Et il prononce ce- que ceux qui ont donné ce 

la fort lentement; & puis perfonnage à AnUphon, iè 

tout d'un coup, pour tirer l'ont trompés. 

11) îBibcr une allé, fo \>'m\ wir unfcr finb. 

12) (ro foU bcmnac^ cin Dîebcnbublef bic Pamphila Doc 
mcincn Slucjcti in cin cntferntcé unb unbcfannu^ 
Sanb fû(;rcn ? 

13) (SiUt unUcbcJTm nicf;e fo f«5r» 



ygz LE PHORMION 

Aiitîpbon. Vois fi tu peux lui donner'quelque 
fecnurs. 
' Géta Lui donner quelque? . . ♦ Comment? 

Antipboih Je t'en prie, Géta, cherche, afinqu'il 
n'aille pas faire des chofes dont nous ferions fâchés. 

Ce'ùa. Je cherche. Cela vaut fait, ''^j ou je fuis 
fort trompé, le voilà hors d'affaires* mais je crains 
pour ma reau. '^) 

Anttphon^\A\\. ne crains rien, nous partagerons 
enfemble le bien & le mal, '^) 

Géia. Combien d'argent vous faut -il ? dites» 

Phédna II ne faut que trois cens écus. 

Geta, 1 rois cens écus ? oh elle eft fort chère, 
Moiifieur, 

pbcdcia. Chère? an contraire elle eft à donner") 

Gcta Allez, allez, je les trouverai. 

Vhédria, Mo, Thonnèfe homme, 

G'Jta. Allez- vous- en d'ici, 

Phédria* Mais j'en ai befoin tout-à-Theure* 

Géta. Vous les aurez tout-à-Pheurc aufli. Maïs 
il faut que j'aye Phormion pour fécond. '^)^ 

Phcdria. Va, di-lui qu'il m'attende au logis. 

Antipbon. 11 y eft. Vous n'avez qu'à le bien 
charger fans rien craindre, quelque pelant que foie 

le far- 

ï4) até iff fo guf , ûlé tt>cnn ce fcï)on (^cfd)c^cn trace. 
15) (£r ifî û\xi bcr 3îot(); oUcin ic^ fûrc{)tc mlc^ mù* 

ï6) CBir n?ofl«i 6ej)bc mit cinanbcc (^\iU6 un& ^è^iè 
tbeilen. 

17) ©ie i{î bcrfcftcnff. 

18) Oltlein ic^nmg Phormfon ju mciiim ©ccimbatttttt 



DE TÈRENCE, 583 

le fardeau, il le porter.i. *^) C'efl: un bon ami, s'il 
en fut janriis. "'') 

Géra, Allons donc le trouver au plus vite. 

Amipbon, N'y a-t-il rien en quoi mon fervice 
vous foie néceflirire? 

Gétû. Rien allez -vous -en feulement au logis & 
conlblez cette pauvre malheureufe, qui fur "') ma 
parole eft demi -morte de peur. ^ Vous h^s enco- 
re là? ^^^ 

Af'it'ipbon, Il n' y a rien que je fafTe fi volontiers. 

'Phéciria, Comment viendras -tu donc à bout de 
notre ^-flnre? 

Gétû. Je vous le dirai en chemin. "') ^^rchez 
feulement. 

ACTE QUATRIEME. 

SCENE L 
DEMIPHON* CHREMES. 

Dcm'rphon^ 

Eh bien, avez-vous fait ce que vous alliez faire 
à Lemnos? avez-vous amené votre fille? 

Oo 4 Chré" 

19) î?o fc^wcv nucï) tic 5a{î fet?, ce tvirb fie fragm» 

20) Scilicct, un. 

21) 2luf, giebt man burd/, fur, nid)f CiJeinc wcnn mait 
im i^ateinifc^en fuper obcr fupra 9<bcauc{)en fantt, 
fonbern ûud) in einiçim bcfonbcrn \^àaen, fo matl 
ouê ctner guten Grammaire crlcmcu mu§. 

22) 2Ba0 jau^ert i()v nec^? (f^çb tl)c ned) ba?) . 
33) Untçf 23^3?^. 



584 LE PHORMION 

Chrêmes Non. 
X)émipbon. Pourquoi non? 
Chrêmes. Sa mère voyant que j'étois trop long- 
temps ici, ') & que fa fille étoit dans un âge à ne 
pas s'accotnmoder de ma négligence, ^) partit il y 
a quelque temps, a ce qu'on m'a dit, avec toute fa 
famille pour me venir trouver. 

Démiphon. D'où vient donc que vous avez fait 
un fi long Icjour, ^) aprcs que vous avez Tu qu'el- 
les étoient parties? 

Chrhiês, C'eft une maladie qui m'a retenu, '*) 
Dêm'iphon. Quelle maladie? 
Chrêmes, Me le demandez vous ? & n'eft-ce 
pas une maladie que la vieillefle feule? ') Le pa- 
tron qui les a conduites ici, m'a dit qu'elles étoient 
arrivées heureufement. 

Dcmiphon, Avez -vous fu ce qui eft arrive à mon 
fils pendant mon voyage? 

Chrêmes C'eft ce qui rompt toutes mes mefu- 
res, ^) & qui me réduit à ne favoir à quoi me dé- 
terminer, car fi je donne ma fille à un homme, qui 
ne me fera rien , je ferai obligé de déclarer tout du 
long, ') comment elle eft à moi, & de qui je l'ai * 

eue. 

s) ©a§ |!e mit mcmcr 84ad)la§KjNit nic^t jufticbm 
fcj)n fonntc. 

3) ?ffiûiuni l)abt i()r cucî) fann fo (ancjcoufgcbaltm? 

4) ^'tie Jîraufbcit {)<\i mid) aufacbalten. 

5) 3(î bfnn bai^ îiltcr fdblî nid)t jî'rnnfbclî gcnuc»? 

6) èbcn l)icfci5 mûcf)t mciii iianjcd V)\d)U\\ utiC> %ta6)t 

tiw O^iJrb^iK'n junid)fe. 

7) ©cr niic^ nuttë (in\i«rcn \m\i, wcr^c \^ nwc^ ^^t 



DE TERENCE. jgj 

eue. Au lieu qu'avec vous je ne courois point ce 
risque,^) & j'étois bien fur, que vous me feriez 
auffi fidelle que je me le fuis à moi-même. Un 
étranger qui voudra entrer dans ma famille, gar- 
dera le fecret pendantque nous ferons bien enfem- 
ble* mais s'il vient à ne fe foucier plus de moi, ^) 
il en faura plus quM ne faudra, & je crains que ce- 
la ne vienne aux oreilles de ma femme. Si cela efl, 
je n'ai qu'à gagner au pie, '") & à quitter la mai- 
fon au plus vite* Car il n' y a pus un "} de tous 
les miens qui foit pour moi, & qui veuille prendre 
mon parti. '^) 

Demïpbon. Je le fais, & c'eft ce qui augmetîte 
mon chagrin ^ mais je ne me laflerai jamais de ten- 
ter toutes fortes de voyes '') jusque à ce que j'aye 
trouve' les moyens d'accomplir ce que je vous ai 
promis. 

ACTE (QUATRIEME. 
SCENE II, 

Géta, 

Je n'ai jamais vu perfonne fi rufé que ce Phor- 
^lion; j'ai été trouver mon homme, pour lui 
dire que nous avions btfoin d'argent & pour lui 
O o 5 rendre 

S) 3*^ t>i«f« (B€faf)r nicï)t liefe. 
9; 2IUcin meuu ec anfangt nic^t^ mc^c nac^ mie ju 
fraqen. 

10) èarf icî) nur ^^«rfengflb gc6cn. 

11) 2ln fîatt aucun, aucuncj, brauc^ct man îunjcrîm 

pas un, pas une. 
la) 5!)er fur mid) Ux), unb fur mid) vebcn tvottc* 
13) SiCK ^\\M «nb 5aj«3C su u«i;fud)<n. 



586 LE PHORMION 

rendre compte ûcï moyens que j'avoîs ^ms^inés 
pour en trouver. A peine avois-je '} ouvert la 
bouche qu'il en favoit autant que moi. ^) II ne fe 
fencoit pas de joye; ^) il me louoit* il demandoit 
•qu'on lui livrât le vieillard, il rendait grâces aux 
Dieux de ce qu'ils lui donnoient cette occafion de 
faire voir à Phedria qu'il n'étoit pas moins de les 
amis que d'Antiphon, Je lui ai donné ordre d'al- 
ler m'attendre h la place où je dois mener notre 
vieux maître» Mais le voilà lui - même« Qui eft 
celui qui marche après lui? Ha, ha! c'eft le père 
de Phe'dria, Mais quelle frayeur te fâifit, çrofle 
bête? Eft ce parcequ'au lieu d'une dupe en voilà 
deux? "*) Crois- moi, il eft toujours plus fur d'avoir 
deux cordes h Ton 'arc. ^) je m'en vais ^) attaquer 
celui que j'ai dcja entamé; ^) s'il me donne de l'ar- 
gent, 

l) D^acî) bom Adverbfo à peine, Witb <ntmcm(\Uâ) ttt 
NoinimtiVus nad) feincm verbogcfi't3ct,obeé(^(c!CÎ) 
mi Afiiriiiation ûnjeivJCt , njjc aud) nod) aufîï, au 

8) 5îaiim batte icb bm ^anb auf^cthan, ba n?uf(c it 

ce çd)\>\\ fo >v>t Mé icf) lMniufa^d^. 
3^) ^r foar qan; nuficr ftd) fur grcutc- 
4) ?S5iv< fi1)t Md) fur cin ^£d)r<rfcn m, bn tmmté 

Soicr? 53icIIçicl)t î)arum, tvctl an Çiaît cincei ?23iii»» 

prcttJ ibrcF i^MHi) );u fançicn fîti^ 
ç) '^W(\) 5)îiitcl finb nllejctt l^eifir aie cin^, 

6) \ét\\â)i verhd, wenn |î« reciproca ttjeitcn/ nc^inctt 

ju(\(eld) bU Particiilam en i;u ficl), unb jcigcn alj5« 
bcnn cille f(f)nellfre JôanMuncj an. 

7) 2^en id) fd)oti t>L>rhei: ungcfanijcn. Entamer bcilfcÉ 

pn prie, flbfiftnci^cn; entamer le pain, taé 35rp5t 
flnfdincibcn : Haura'itcmbcr, anfiingcnj entamer 
quelqu'un, «inm nnpndcn. 



DE TERENCE. 587 

gcnt, cela fuffic, & fi je n'en tire rien, je m'addrel- 
ierai à ce nouveaii venu. 

ACTE Q^U A T R I E M E* 
SCENE IIL 

ANTIPHON, GETA. CHREMES. 
DEMIPHON, 

'attends le retour de Géca , qui ne doit pas tar- 
der a revenir. ') Mais voila mon oncle avec mon 
père. Que Je crains les réfolucions que ion retour 
lui vn faire prendre ! ^) 

Gcta. Je vais les aborder. Ha notre bon Chrê- 
mes 4 . . 

Chrêmes^ Bon jour, Gcta. 
Géf.a. je luis ravi de vous voir de retour en bon- 
ne Tance. 
' Ckn'mès, Je le crois. 

Gétû. Comment tout va- 1- il? ') 
Chrêmes. J'ai trouvé à l'ordinaire bien des nou- 
vellez en arrivant. 

Gétû^ Cela ne peut pas être autrement. Vous 
avez appris ce qui efl arrivé à Antiphon? 
Chrêmes» D'un bout à l'autre. '*) 

Gèca» 

1) ©er hid)f («na ouffm fci)n fann. 

2) vlBic <]e()e id) in ©or^^cn ivrç^fn bti ^i?tf(^lujf«^, 

ben cr nad) feiuer 3'Jrncffunrt Taffen trirbl 

3) @c^t nod) adcf? troH ( ont oon (îotteii. ) 

4) 3m«ê S^MK Mw (i>om Sinfang blé mi (Snbe.) 



f88 LE PHORMION 

Gêta à D'emiphon. Eft: ce vous qui lui avez' dit? 
Quelle indignité, Chrêmes, d'avoir été trompés de 
cette manière! 

Chrêmes. C'eft de quoi je m'entretenois avec lui 
préfentement. 

G'eta, Ma foi je m'en entretenois aufîî moi tout 
feul, & même h force -^ d'y penfer, je crois avoir 
trouve un remède, 

X^emiphon, Quoi, Géta! quel remède? 
Qka^ Quand je vous ai eu quitté, ^) j'ai trouvé 
par hazard Phormion fur mon chemin. 
Chrêmes. Qui, Phormion? 
Gécn, Cet homme qui nous a empêtrés de cet- 
te ... ^ 

Chrêmes. Je fais, 

Gèta. Tout d'un coup il m'eft venu dans l'efprit 
de le fonder un peu. ^) Je le tire à part. Pour- 
quoi, lui ai -je dit, Phormion, ne cherchez -vous 
pas les moyens d'accommoder entre vous cette af- 
faire à l'amiable? ^) Mon maître eft honnête hom- 
me 

ç) î)ûé Adverbîum quantitatis à force rcc^ierct oSHi^iXt 
ben Genitiv. Artic. Partit, de, mit^Jn aud) boé 
Gerundium in de, 

6) îifé id} cud) ' »erIûH>n gc()a6f, obcr tUn bcrraffm 

()0ttc. Patilo Plus(]uampcrrcf!uin Galiorum, unt> 
ieigct «ine fdjncUe .Çanolung an, 

7) 5)cr unô bicfe . . . onge^angt. 

8) 3&nt cin mm ouf tcn^ar^n ju fû^Ien, ûuéjufor- 

fc^cn. 

9) Die 5}îittcl, feld^e 8ûcï>c unter cuc^ in b«r @ût< 

txpjuU^en. 



DE TEREiNCE. ^89 

me & ennemi des procès, '°) Car pour fes amis, 
ils lui confeilloient tous de chafier cette créature. 

Antiphon,, Que va- c- il' faire ? & à quoi cela 
aboutira- t-il ? 

Géta. Me direz -vous que par les loix il feroit 
puni de l'avoir fait? Croyez -moi, cela a été bien 
examiné par de bonnes têtes, ") & fur ma parole 
vous aurez h fuer, '^) iî vous vous attaquez à cet 
homme- là, c'efl: l'éloquence en perfonne. '") Mais, 
je le veux, "*} vous gagnerez votre procès; enfin 
ce n'eft pas une affaire où il aille de la vie, '') il 
ne s'agit que d'argent. Quand j'ai vu mon hom- 
me ébranlé '^) par ces paroles, nous fommes feuls, 
lui ai- je dit, parlez franchement, dites ce que vous 
voulez que l'on vous donne de la main à la main,'^) 
pour faire que mon maître n'entende plus parler 
de cette affaire, que cette femme fe retire, & que 
vous ne veniez plus nous chagriner, 

Antiphou^ Les Dieux lui auroient-ils tourné 
refpric? '^) 

Géta, 

10) Unb cin gcinb bed êtrcitcn^. 

11) λa3 ^abcn gefcf^icffe ïînu roo{)( unf<rfuc^{(, 

12) (Jr TOirb cucf) gcnug ju fc^affen mac^cti 
1 9) Q;r i{î bic 5)evebtfamfeit fd&jî. 

14^ 21&et ict) fe6c bcn %o.\i. 

15) ©aê ïibîn foflcf. 

i6) 21uf bûé ©clb fommt «Ilcé on. 2llô ic^ nieinm 
5l«rl roanfen fal)«. 

17) 21ué eincr ^anb in bic anbcre* 

18) <êoatcn i^m tt?o()l bi«©o'mr bcn 2Jcr(îan& i)mucf( 
^abcn. 



ypo LE PHORAÎION 

Gka, Car, & je le ^i\s fore bien pour peu que '^) 
vous vuui, métriez à h rnUon,mon maître efl lî trai- 
tahle ^°) que vous n'aurez pas enfemble trois pa- 
roles. 

Démiphou. Qui t'a chargé de dire cela? 

Ç.hri'iiiès. lia, il ne pouvoir pas mieux prendre 
la chrfe pour le mener oii nous voulons» ^'^ 

Aiit!l>hoii. ]e fuis moit! 

Cb'hncs. Continue, 
I, Geta. D'abord mon homnfe fe faifoic tenir à qua- 
tre. "") 

Chrmès, Que demandoic-il? \ 

G'eta^ Ce qu il demandoic? beaucoup trt>p; tout 
ce quf lui venoit dans la tête. ^') 

Chrmcs^ Mais encore? 

Géta^ Si on lui donnoit, difoit-il, fix cens écus. 

Chrêmes^ Six c^-ns diables à fon cou. N'a- t-il 
poiiu de honte? , 

G'cta. je lui ai dit auilî : Eh que pourroit-il 
donc faire davanc:ige, je vous prie, s'il marioit fa 
propre fille ? Il vCa p^s gagné beaucop ^<^ n'ea 
point avoir, puisqu'en voilà une toute trouvcequ il 
faut qu'il dote, ""*) Pour le taire court & ne pas vous 

redire 

19) Pourqnc, pour peu que, rcgicrctî flflcmûi bctl Con- 
jimclivum. 

20) 5Qann i'oc nuv in etivaf? ivrminftiçï eecfaî;rcn ivol» 
Ict, nicui -pcrr lal"r mit frcf> ()a^^cln 

21) Si)/ ce hattc Me (£acl)C uicf/t bciiVr angrcifcn fort* 
' lien y um ii)n, tvo ivir il^n ^\\\ l)abcn ivcflcn, ju 

brin(^cit. 

22) 5lnfdn(\îic() fîcIKc ftd) mcin 5vcvl rûffnb fcfl. 

23) (Lt rooaiv n«t è« ^i'^^^) Oniaut?; an«é, ^vad i^ni itt 
(3inn fie!. 

24) £^tc Cl' aui'jlcuctn niujî. 



DE TERENCE. 591 

redire toutes les impertinences, voici fd conclufion. 
Au conimcncemenc, m'a -t- il dit, j'avois fait def- 
fein (répoufer moi-même la fille de mon ami, ^^) 
cnr je prévoyois bien le malheur qui lui arriveroir, 
& je n'ignorois p3S qu'une fille p.îuvre qui trouve 
un homme riche, '^'^) devient plutôt l'efclave que 
la femme de Ion m3ri. Mais pour vous dire fran- 
chement la chofe comme elle ell, j'avois befoin 
d'une femme qui m'apportât quelque argent pouc 
payer mes dettes j & encore aujourd'hui, fi Démi- 
phon veut me donner autant que celle que j'ai fian- 
cée doit m'apporter, ~'^) il n' y a point de fem- 
me que j'aime mieux que celle dont vous vou- 
lez vous défaire» 

Antipboiu Eft-ce par fottife ou par malice qu'il 
fait cela? elt-ce de defiein prémédité ~^) ou fans 
y pen'er? je ne fais qu'en croire. 

Dém/pbon. Eh quoi, s'il doit jusqu'à fon ame?-^^) 

Gétû, J'ai engagé, m'a-t-ildit, une pièce de 
terre ^°) pour trente piftoles. 

Démiphoii, Voilà qui eft fait, qu'il Tépoufe, je 
vais les donner. 

Géta. Une petite maifon pour autant, 

'Dèmtpbon, Ho,' ho! c'eft trop^ 

Chrcmês^ 

25) ?B(Jt \6) felOlî (jcfonncii tic SccOtcr mnnciJ %xt\xx\i 

tié ju (>ci;rat[)tn. 
a<î) Î5te cinen reidjen iDîûtin ^efommf. 

27) Ollê ^l(je^tgc , mit ipcldjec iû) nucij i?etIo6et \)(iU, 
niir mitbrin^ïn foO. 

28) SSTcd 93orbcî?ad)t. 

29) 2Banii cr ini()r fcf}u(M3 'ff/ û^^«f in^^xm^try^dV 

30) ^(X) ijiU, fa^te er ju mir, çin 6tû(t Mu ujvi'egft- 



^92 LE PHORMION 

Chrêmes, ^3e criez point, je le donnerai, ces 
trente pKtoIes. 

Géta. W taut acheter une petite efclave pour ma 
femme: Il fautquelques meubles pour le mén.ige; ^') 
les noces jëronc de quelque dépenfe : pour tout 
cela, dit- il, mettez encore autres trente piftoles, 
C'eft bien le moins. 

Démipbon. Oh parbleu, ^^) qu'il me fafle plutôt 
{ix cens procès. Il n'aura pas un fou de moi. Je 
fervirois ainfi de rifée a ce coquin ? ") 

Cbr'emès, Eh, mon Dieu, je les donnerai, foyez 
en repoli ; & faites feulement que votre fils époufe 
la fille que vous lavez. 

Antiphon^ Que je fuis malheureux ! ah , Gcta, 
tu m'iis perdu par tes fourberies ! 

Cbnmês, C'eit pour Tamour de moi qu'on chaf- 
fe cette créature, il eft bien jufte que ce'foit à mes 
dépens. ^'^) 

Géta. Mais furtout, m'a-t-ildit, avertlflez- moi 
au plutôt sMs veulent me donner cette fi.'le, afinque 
je me défalTe de l'autre, & qu on ne me tienne pas 

le bec 

31) ^<in mu§ cinigcn ^aui^rot^ iur -poué^alfung 

32) Parbleu, fotïte cigetîtlic^ par nieu bcif^t'H; i(î (iUt 
roeqcn tté IcjncMi (ibiKfrf)n|ft/ cinc glcid)C S$e« 
tt?<mbniO bat eë mit benen ûbn^on compulîtis a\ûl 
Jarni - bleu, mort- bleu, ventre bleu, baOor tVo(>(« 

«rjoijcnc 8eute ftd) Don fflbfîen ()ntcn mcrbcn, 

33) (goûte id) fo bcm 6cl)«lm jum êpoU bicncn. 

34) D^H-f)t^ biaicjcr/ al^ brtg îi auf ia«ine Jîo(ï<n gw 



DE TERE'NCE, 5-93 

le bec en l'eau , "^) car les gens dont je vous parle, 
doivenc ne compcer nnjourd'hiii dé l'argent. 
, Chrêmes. I! l'aura touc-à- l'heure; qu'il retire fa 
parole & qu'il p'"enne cette fille. 

Démjphou. PuiiTe-t-elle lui porter malheur! 

Chrêmes, J'ai fort à propos apporte avec moi de 
l'argent, du revenu des terres que ma femme a 
à Lemnos, je m'en fervirai, & je lui dirai que vous 
en avez alTaire, ^^) Ils entrent pour aller quérir cet 
argent, 

ACTE (QUATRIEME. 

se EN E IV, 

ANTIPHON. GETA. 

Amiphon, 

Géta. 
Géta. Hé! 
Ant'ipbon, Qu'as-tu fait? 
G'eta. J'ai attrapé de l'argent aux vieillards. 
Antiphon, "^j Eft-ce donc aflèz ? ') 

Géta, 

*)Aiitipl)on veut â'\re.E{\- c'étoit me perdre? Et Géta 

ce donc afFczpfrur toi d'avoir répond (.omine s'il y auroit 

attrapé de l'argent? ne de- alfez d'argent, 
vois-tu pas coiilJde'cer que 

35) Unb \>(\% mcin mid) ntd)f mit t>i"r9ctlicf)er-^cffnung 
(îufî)G!te, i. e. ^a§ ic^ taxi) nicl)t sroifcèen jtvii; 
©table nicbcrfcfBe. 

g6) î)a!^ i')r ca bi\ui'i)et/ fiche not, çi. pug. 565. 

I) 3!î ce t'cnn Damit fluégcricl^tet? 



y94 LE PHORMION 

Géta. Je ne fais , vous ne m'en avez pas deman- 
dé davantage. 

Amiphon. Quoi, maraud, tu ne répondras pas 
à ce que je te demande? 

Gêta. Que voulez- vous donc dire? 

Antiphon^ Ce que je veux dire J que le beau coup 
que tu viens de faire, me réduit à m'aller pendre 
fans balancer. ~) Que les Dieux & les Déefles, le 
Ciel & l'Enfer, faflent de toi un terrible exemple. 
Voilà le pendard, on n'a qu'à l'employer, fi on veut 
que quelque chofe foit bien faite. Qu'y avoit-il 
de moins à propos que d'aller ainfi toucher cette 
corde, ') & de parler de ma femme? Par lii tu as 
redonné à mon père refpérance de pouvoir s'en dé- 
faire. Dis-moi enfin, je te prie, Çk Phormion re- 
çoit cet argent, il faut qu'il répoufc. Que devien* 
drai je? 

Géta. Mais il ne Tépoufera pas. 

Antiphon. Ho, j'entends. Mais quand on lui 
redemandera cet argent, fans doute que pour 
l'amour de nous, ilfe laidera mener en pnibn. **) 

Gka^ Monfieur, il n'y a rien que l'on ne puifle 
faire paroîcre mauvais, ^) quand on ne veut pas 
dire les chofes comme elles font: vous lailîez le 
bien , & ne dites que le mal. Tournons la mé- 
daille, ^) je vous prie. Si Phormion reçoit une 

fois 

2) W\^ o^ne mxtixn 2In|Tanb um bûô îiUw jw brin» 

g) 5^icfcn Umfranb ju bcriibren. 

4) ^\ fief) in Scrbaft ncbnicn lûflTcn tvirb. 

5) .'î^n^ man njc()t l'jbel oui^legen fann. 

6) ÏQ^it un(J X>a^ ^X^\<xH umnjcnbcn. 



DE TERENCE. 59^ 

fois cet argent, on le prefiera d'époufer Phanion, 
comme vous dites, cela eft vrai; Mais enfin fi '') 
faudra-t-il toujours du tems pour les préparatifs 
àes noces» On a Tes amis à prier, il y a un facri- 
ûce à faire, cependant vos amis vous donneront l'ar- 
gent qu'ils vous ont promis, & Phormion le rendra 
à nos bonnes gens. 

Antipboii. Pourquoi? ôc quelle raîfons pourra- 
t-il leur dire? 

Géta. Iklle demande! ^) combien ^)d'excufes ne 
trouvera-t-il point? D'ailleurs mille prel'ages, leur 
dira t-il, me font arrivés, qui me détournent de 
cette affaire; '°) un chien noir de quelque incon- 
nu cft entré dans ma maifon; un feipent elt tom- 
bé par le coic dans ma cour; *) la poule a chanté; 

Pp 2 le 

?^) C'eft un fcriipulô que Rcniaim ctoyokntzu^C^qnt 

les paifans ont encore en lorsqu'un .chien inconnu 

quelques Provinces! quand entroitJans leur maifon, ce- 

il arrive qu^inepoule chan- la fignilioit qu'il viendroit 

te, ils font tout tnftes, & la quelqu'un pi-ur corrompre 

pauvre poule clt tucc d'à- leurs femmes j & que le fèr- 

bord laiîs mifericorde; car pcnt qui toml)oit du toit 

cela prélage la mort du ma- dans la cour, prciàgeoit que 

ri,i i)ou tout au moins que fa la Femme ie déferoit de iba 

femme fera la maîtreffe. Les mari, 

7) Si un (îûtf pourtant, Fomnif fcff«n Uôt, 

9) Combien, roic Dicl, ^at fdn Subftantiv. m Genît. 

mit_^^eta Artic. P.'irtivo nllemnl gictd) f)îtTter ftd); 

OU'Tci bn^ bicfcéSuhUantivum nc&i b^m vcrbo JÎC» 

^«n fdnn, roenn combien cf;nc Pra-pofîtion jniAc- 

culàtivo î)ffTjiiMid). 

10) 'Sjm mu:!) bat)on ahhaUm. 

11) 5)«nn t>«^ foU ôen 'loD Dc5 53vflnncé ^eb«ufm. 



590 LE PHORMION 

le devin m'a défendu de pafTer outre; '^) celui qui 
confulte les entrailles ûçs vi6iimes> m'a dit que je 
ne devois rien entic prendre avant l'hyver. Et 
c'eil: là ia meilleure défaite. '^) Voilà comme iront 
les choies. 

Atitipbon. Pourvuquè cela foit ainfi. 

Géta, Cela fera, regardez-moi bien. Mais vo- 
tre père fort, retirez-vous, & dites à Phédria que 
nous avons de l'argent, 

ACTE Q^U A T R I E M E» 

SCENE V. 

DEMIPHON. GETA. CHREMES. 

Soyez en repos, vous dis- Je, je prendrai bien 
garde qu'il ne mefafl'e quelque fripponnerie. ') 
D'aujourd'hui cet argent ne lortira de mes mains 
que je n'aye pris de bons témoins qui verront à qui 
je le donnerai, & pourquoi je le donner.ù. 

Gèta. Qu'il ell fin quand il n'elt plus temps! *) 
Cbrémès, Ceft ce qu'il faut faire. Mais dépê- 
chez-vous pendantque cette fantaiiîe le tient: ') 
car fi cette autre Accordée venoit à le prcllèr avant- 
que 

12) îi?iM'fcr in Hx ©<îd)e ju j^ef^en. 

13) \\\\\> ^al? i|l Me lultc 2lu£}fliKf)î. 

1} 3d) ttMli micf) fd)en i>orrcl)«n/ t)a§ er mil" Xmixx 
êd)cliutîuid) fpiele. 

2) î) j (1? uuincl)rû 511 {i>'\^ ijî- 

3) ffl:ciî cr nod) bci; Der imxn ifî. 



DE TERENCE, 597 

que notre marché fût conclu , il pourroit bien nous 
plaj>ter là. "*) 

Céta. Cela eft fort bien penfé. 

D miphon. Mené- moi donc. 

Géta. Je fuis tout prêt. - 

Cbrcmès. Ounnd vous aure?. fiit, paflez chez ma 
femme, afînqu'elle aille ^trouver cette fille avanc- 
qu'elle forte de chez vous, & qu'elle lui dife qu'on 
la marie avecPhormion* qu'elle ne doit pas en être 
fâchée, ^) qu'il lui convient mieux qu'aucun autre, 
à caufe de la connoiflaoce, 6c qu'elle eft accoutu- 
Biée avec lui; que, pour nous, nous avons fait exac- 
temcnt notre devoir, ^) & que nous lui avons 
donné une dot telle qu'il Ta deniandée. 

Dcmipbon, Que diaiitie cela vous importe-C-il? 

Chrêmes, Beaucoup, Démiphon. 

D'em'tpbon. N'êtes-vous pas content d'avoir fait ce 
que vous deviez, fi le public ne l'approuve? ") 

Cbrcmès. je veux qu'elle donne les mains à cette 
féparation , ^) afinqu elle n'aille pas dire qu'on l'a 
chalTëe 

Di-mipboji. Je puis faire cela moi-même fans que 
votre femme s'en mêle. 

Cbrcmès, Une femme convient mieux à une 
femme. ^) 

Pp 3 Demi- 

4) Sf^c unfer ^an&el rid)ti(j wârc^ fdnnre er une ivof^I 

5) t)û'l ftf fîcl) barûbct arii^rn foîl. 

6) ^ir usifaer Sd)ulbi»]fcit cjcnau nacf)3(iommcn, 

7) 5Sani céntd)t jctcrmanii biCigct. 

8) £)û15 \U '\\\ Dicfe Ircnnung tf illig?. 

9) psvîç ^iMï fommçu alifinal U^it Û6(niiu 



5^98 LE PHORMION 

Dcwtphon, J'irai l'en prier» 
Chrêmes. Je penfe où je pourrols trouver pré* 
fentemeiit ces femmes de Lemnos. 

ACTE 0,11 AT RIE ME. 

SCENE VI, 

SOPHRONA, CHREMES. 

Sophrona, 
*) /^ue ferai-]e ? que je fuis malheureufe ! que! 



ami pouriai-je trouver? à qui confîrai-je 
un fecrec de cette importance? *) d'où tirerai-je 
quelque fecours? car j'appréhende furieufement, 
que le5 confeils que j'ai donnes à ma raaîtrcflè, ne 
lui fiilent recevoir quelque traitement indigne 
d'elle: tant on m'a dit que le père du jeune hom- 
me efl en colère de ce qui s'ed paifé. 

Cbréinès, Qui eft cette vieille femme fi épouvan- 
tée, qui fort de chez mon frère? 

Sop^^rona, La pauvreté feule m'a forcée à faire ce 
que j'ai fait j ^^ quoique je fulTe fort bien que ces 

fortes 

îf) On avoit mal fait de cet. Comme Ch'cma (è difpofbit 

te fccne le commencement à iortir pour aller chercher 

du V. A6le. Il c(t cv'idtnt ces femmes àz Lenvioi, Se 

quec'eftici h dernière fce- phroua paroît au fond du 

ne de 1' Acte IV. le Théâtre Théâtre en fbrtant de chez 

ne denieurc pas viiide n la D:vi/p/jofU 

Un de la Icene précédente. , 

1) vïGcm foQ id) cin fo tvidjtigcd Ç)cf)fjmni§ tvc^l an» 

crtruion ? 

2) CSnmi^ bit 'îlrmutt) f)at midi) ju ^m, n?aé iâ) bc^ûrt* 



DE TERENCE. ^99 

fortes de mariages ne font jamais fûrs, je n'ai pas 
laifTé de confeiller ceUii-ci pour avoir cependant le 
moyen de fubfifter. ^) 

Chrêmes, En vérité, (î je ne me trompe, & fi j'ai 
les yeux bien ouverts , "*) c'eft la nourrice de ma 
fille. 

Sophrona. Nous n'avons encore pu , . ♦ ■ 

ÇJorèmès. Que dois-je faire ? 

Sophrona. Trouver fon père. 

Qhrémês, L'aborderai - je ? ou attendrai - je ici 
pour être mieux inftruit de ce qu"'elle conte? ') 

Sophrona. Si je pouvois le trouver, je n'aurois ^) 
rien à craindre. 

Chrêmes. C'efl: elle-même, je vais lui parler. 

Sophruna. Qui parle ici ? 

Chrêmes. Sophrona. 

Sophrona, Qui m'appelle par mon nom? 

Chrêmes, Pvegarde-moi. 

Sophrona, O bons Dieux, cft-ce-là Stilphon? 

chrêmes. Non. 

Sophrona, Vous le niez? 

Chrêmes, Sophrona , approche d'ici , éloigne-toi 
de cette porte. Garde-toi bien de m'appeller ja- ' 
mais de ce nom-lh. 

Sophrona. Quoi n'etes-vous pas celui que vous 
nous avez toujours dit? 

Pp 4 Chrêmes. 

3) Um inbe§«n £Dîit(cl ju ^abcn , bû§ xoxt U6m 

fdnnfcjt. 

4) Unb ttjo id) nid)t gor blinb bin. 

5) Urn bûiJ,. roaé ^it crî(5{)Ict, bcffcr ju i)crncî)nicn. 

(>) £)ie bcy^C Auxiliaria avoir unb ctre «{fçrbCrn bc^ 
(?ânbig beé Gerundium in à. 



^00 LE PHORMION 

Chrcmcf, St. 

S&pbroiia^ Qaoi donc ? craignez-vous cette porte ? 

Cbiiwès, C'eft que j'ai une méchante bète là- 
dedans; '^) & j'. vois pris ce faux nom. de peurque 
vous ne m'allaffiez nomnier fin? y penfer, ^} & que 
par quelque moyen ma femme ne découvrît tout le 
myftcre. ^) 

Sophi'oua. Ha, vpilà donc pourquoi nous n'avons 
pu vous trouver ici. 

Chrêmes. Mais dis-moi , qu'as-tu à faire dans la 
maifo.i u'où ru fors? Où font tes mnîfrefles? 

Sophroua, Hclas, malheureufe que je fuis! 

Qbranès, Qu'ya-t-il? font-elles en vie? '^) 

Sophrona, Votre fille eft en vie' mais fa mère 
après bien des mifercs, eft morte de chagrin» ") 

Chrêmes, Quel malheur ! 

Sof>brou(t,. Et moi, me voyant vieille, fons ap- 
pui, pauvre & incimue, '") j'ai miiié comme j'ai 
pu votre fille à un jeune homme qui eil le, maître 
de cette miiifon. - 

Cbi-'emès. A Antiphon? 

Sopbrona. Oui à lu! nj*}me, 

'Chrê-ii.'s^ Quoi, a-t-il donc deux femmes? 

Sophrôna, 

7) îÇcil icf) <in murrifrdcé IJÇ^icr ^flliuncn ^aU. 

8) î>vTJ Pra-lcns lijHnitivi (îc^ct fcbt cft nncï) fcl.i«n* 

Dm pritpofit. entre, par, pour uiib faf^'S, Unb ba^ 
Perk-duin Infiivtivi mcijl illlcjcit nnd) après. 

9) ?)}?ciiK '^'"ou taé flanji SclKinniifi cvfûOrcii moc^te. 

10) îî'ad yifdt cs(? (inb fîc nai CtOcii ? 

1 1) 2iacin ih'^c ?'iuctcr i(î, jucî) Didcrn €-(ciîb, fur 23cr* 

1") iO^us iinçjlonb, arm^ unb unbefannf. 



DE TERENCE. 6oi 

Sophroim. Ho, je vous prie, deux femmes? il 
n'a que celîe-Ui feule. 

Cbréwès, Qu'eft donc devenue l'autre qu'on di- 
foic la parente ? 

Sopkfona, Cd\ h même. 

Chrhiês. Que me dis-tu là? 

Sopbrona. Cela s'eft fait de concert , '') afinque 
ce jeune homme qui étoit amoureux de votre fille, 
la put épouler lans dot. 

Cbréwès^ Bons Dieux, que le bazard fait fouvenc 
arriver des chofes que vous n'oferiez même fouhai- 
ter! '"*) En arrivant je trouve ma fille mariée à l'hom- 
me à qui je^'defirois tant de la donner: &cecre bon- 
ne femme, fans que nous y ayons rien contribué de 
notie part, a f'iule fait par fes foins ce que nous ta- 
chions de faire réuflir par toute? fortes i!e voves. '') 

Sopbrona. Voyez ce qu'il ell à propos de fai- 
re; '") le père dp jeune homme eft rever.u, & l'on 
dit qu'il t'fl: extrêmement en colère de ce mariage. 

ÇLbr'cmès, Il n' y-a rien à craindre; m.iis au nom 
des Dieux, je t'en conjure, que perfonne ne fâche 
qu'elle eft ma fille. '') 

Pp 5 Sopbrona, 

13) Sûô ifï fo û^gerebcf tuorben. 

14) îBie bringt bocf) Hé ScMdfiit cffcrê 3>inne \Mi 
n^ccie, bie n^an nidjt cmniûl }H iuûnfdjen fid} roa* 
gen bûrftc! 

15) SKaé roir burd) cncrr)finî)5i)îiftc( in(Statib jubrin^ 
geri fud)ctcn. 

16) 2Baë ju t()un ndt^icj ijï. 

17) S)o§ nieraanb cvfaf;i:cn moge, tia|5 (îe meinc Soc^» 
ter ijî. 



6o^ LE PHORMION 

Sophronn. Perfonne ne le faura par moi. ") 
Chrêmes, Suis- moi, *) tu apprendras '^) le refte 
dans cette maifon. 

ACTE CINQUIEME. 

SCENE /. 
DEMIPHON. GETA. 

Démipbon, 

**) /^'efl par notre faute que \qs méchans trouvent 

V^* leur compte a être méchans; '} car cela ne 

vient que de ce que nous affeiîons trop de pafler 

pour 

*) Cbrcmh n'entre poînt te nous voyons qneChrcPiès 

cîiez lui. il n'a g.ircle, il craint entre chez Dcmiphon Se qu'il 

trop fatcinme, il entre chez emmené avec ïuiiSoph:ojta, 

(on frcre Déniiphoti. &qu'ainfi la fcenc demeure 

**) Cette fcene, dont on vuide. LeMS-dela lîiblio- 

av oit fdit mal à propos la Te- theque du Roi a confirme le 

conde du cinquième Afle, changement que j'avois fait, 

n'en clique la première, car car il commence ici le cin.- 

à latin de la fceneprcccden- quicnie A£le. 

18) €é fi-^Q <ô nicmanb turc^ mxâ) [crfûbren, (Perfon- 
ne ift ^icr Nominativus verbi imb Lleibt Olfo \>it 

(eutfc^e Nominat. (ce) uiiouégctrùclft.) 

19) Appremlre quelque cliofc à quelqu'un, dtieitî Wû^ 
ïccncni de quelqu'un, i>oti cincm etroaé «rl<rnca; 
une nouvelle, ctwâé ncued crfû^ren. 

1) îïBûnn bic (^ottlofm 6ct) bcr 0>ottlcftgfeit i^rm 53w^ 
(()«il finbui/ fo finO wit allcin ed;ul& batan. 



DE TERENCE. ^03 

pour bonnes gens, ^) & pour gens commodes. îl 
vaudroit bien mieux ') fe fouvenir du proverbe qui 
die, qu'il ne faut pas courir fi loin qu'on perde de 
vue la porte de fa maifon. N'étoit-ce pas afl'ez de 
l'injure que j'ai reçue de ce coquin, fans lui aller 
encore offrir de l'argent, pour lui donner par là le 
moyen de fubfifter , & de faire de nouvelles frip- 
ponneries ? 

Gcta, C'eft bien dit. "*) 

Dcmipbon. Dans ce fiécle corrompu on ne re- 
compenle que ceux qui font voir que le blanc eft 
noir. ^) 

Géta. Rien n'eft plus vrai. 

'Démiphon. Nous avons fait là une grande fottifeJ 

Géta, A la bonne heure, ^) pourvuque nous 
l'ayons laifle dans une ferme réfolution de prendre 
cette femme. 

Dém/phofh Cela feroit-il encore douteux? 

Gétn, Ma foi, comme il eft bâti, je ne fais s'il ne 
feroit pas homme à fe dédire ? ^) 

Di'7}jiphon. Comment donc, à fe dédire ? 

Géta, Je ne fais, je h dis au hazard. ^) 

Dêmî- 

2) Sûr «^rïicÇe Çeufc aeboUcn ju wcv&m. 

3) (rt< trdre tveit bcffcr. (gé ijl, fôirb gcâebcn mit il 

vaut, a verbo valoir, burCÏ) ûfle tempora, mit tSClt 
Adverbiis mieux, bcffeV/ UUt) autant, cbcu fo gut. 

4) SDaé i|î tt)of)I gerebt. 

5) Die Owcifcn, bog tvei§ fc^Wûrj fey. 

6) S^ ffi) bnrum. 

7} ^urroabr, tcie cr ti ju frcibcn pfïcgf, (tvie cr ge* 
ûrtet ifî,) roêi§ id) nid)t, ob cr nic^t fonte fd^ig 
f<?t)n, fein 2Borf jiirurf ju ji{{;en» 

8) 3cï; fagc cd fo uon ungefcl^r. 



604 - LE PHORMION 

Dèmtphon, Je ferai ce que mon frère trouve a 
propos que je f.îfle: j'irai prier fa femme d'.iller au 
Icgis pour parler à cette créature; toi va devant 
pour les avertir qu'elle va venir. ^) 

Gèta. Voilà donc de l'argent trouvé pour Phc- 
dria ; nos vieillards ne difent encore mot; '°) tout 
eft tranquille I on a pris ùes mefures pour faire que 
la femme d'Antiphon ne forte pas encore du logis. 
Qu"'ya-t-il davantage, & que deviendra tout 
ceci? ") Mon pauvre Géta, tu es toujours dans le 
même bourbier, tu fais un crog pour en boucher 
un autre; '") le mal différé n'eft pas perdu, &: {\ 
tu n'y pourvois, tu as bien la mine de payer les 
arrérages. '^) je m'en vais chez nous pour in- 
flruire Phanion; a/înqu'elle ne craigne rien du cote 
de Phormion , & qu'elle ne s'épouvante pas de la 
harangue qu'on lui va faire. 

9) S)u, [(iwh boraué unb mcl&e i^iun, bû^ fù gtcicl) 

10) llnfcrc 5lîtcn fiiç^en Uiw î^erfcjcîî. 

11) Unb iiv)6 rturb oué bicfcm uncii mcrtcn? 

12) j5u (î-c!|î immcr fo ticf barlnnm olé y^'ozt, ci» 
^ocl) ma*rr tu M\f, baè (lu^cre ju. 

13) Q;e! fommt mir inimcr i^cr, ûld trcnn bu nOcé h\$ 
auf De» Uçtcji J?vDcr wùrbcji bejn()Un niùfitn. 

-i» t' X ^ ^^ 



ACTE 



DE TERENCE. 6^0f 

' ACTE C I N Qja I E M E. 
SCENE II. 

DEMIPHON. NAUSISTRATA. 

CHREMES. 

Allez, ie vous prie, Naufiftrnta, faites avec vo- 
tre acidrene ordinaire qu'elle ne nous veuille 
point de mah, dirpolez-la à faire de bon gié ') ce 
que nous fcuhaitons d'elle, 

Naiifîjhata.. Je le ferai. 

]ji'miphon. AiTiftez-moi de vos foins en cette 
occafion, *) comme vous m'avez déjà aiîiflé de vo- 
tre argent. 

Naufifirata. J'aurois voulu mieux faire; mais 
c'efl la faute de mon mari, fi je ne fais pas les cho- 
i^% aufli honnêtement que je voudrois, 

'Dhnjphojî*. Comment cela ? 

JSIntîfijhata, Farcequ'il n'a nul foin du bien que 
mon père m'a hiilfé, d: qu'd avoit acquis par fes 
épargnes, ^ Fendancqu'il a vécu, il n' y avoit i>oinc 
d'année qu'il ne tirrit mille ccus de fes terres. ^} 
Voyez quelle différence d'homme à homme î 

Démi- 

*) Il veutparferdc cestrois me à qui il a dit que Dcmi- 

cens cens que Chrunès lui a phon en avoit be/oin'àla fin 

prêtes de l'ûr^etic qu'il rap- de la Ill.iccne du iV. Acie. 
portait des terres de ia fcm- 

i) (HufwiOia. 

2) 2)a^ cr wuM looo ?î<^fr. a\xi fîiiicm vlcferUu ()c# 
è<?o<n l>dttf. 



606 LE PHORMION 

Démiphôij» Mille écus? 

Niiujijlrata. Oui tout autant, & dans un temps 
même où tout étcit h meilleur marché. ^) 

'Déi'îipbon, Ho ! 

Niiufîfirata. Que dites- VOUS de cela? 

lJi'W/phoi.\ En effet* 

Natijijirata. Je voudrois bien être homme, je 
lui montrerois « . , 

Dcvùphon, Je le fais fort bien, 

IQanJifirata. *) De quelle manière il faut ♦ . . 

'Démipboth Ménagez-vous, "*) je vous prie, 'afin- 
que vous puifliez parler, quand vous ferez- là, & 
tenir lète ^) à une jeune femme. 

Naufiflrata. Je fuivrai votre confeil. Mais voi- 
là mon mari qui fort de cliez vous. 

Chrêmes. Mon frère, a-t-on déjà donné de l'ar- 
gent h l'hcmme? 

T>c7îiipht}n. Tout fur l'heure. 

Chrcr/ics, Je voudrois bien qu'il ne fût pas don- 
né, bas. He, voilà ma femme, j'ai penfe parler plu» 
qu'il ne faut. ^) 

Démiphon. Pourquoi le voudriez- vous? 

Chrcmês. 

if.) Elle vouloft Hi're, de Dct'iipf.wn ne lui donne pat 
/jiieile manière il faut ^ou- le temps d'achc\ cr, 
vcrner fou bien: 7) Mais 

3) 3.1 flcrn^c fo iMcf, unb ^ù qûc ju «incr '^ixt, 60 aU 

l<è TOcit rooOU'cilcr mat- 

4) <6d)onct eurc ^raftc. 

5) IDic <Bp\%t. bicthcn. 

6) ^afl f)ciftc \&) ju LM'd (ïcplaiîbcrf. 

7) ^j{ raan mit fciium 58cnnd(îcn umgc^en folï. 



DE TERENCE. fo; 

Chrêmes, Pour rien. ^) 

'Dèmipbon. Mais vous, avez-vGus parlé à cette 
femme du defl'ein pour lequel nous lui amenons 
Naufiftrata? 

Chrêmes, Je lui en ai parlé? 

Viêmipbon, Que dit-elle enfin ? 

Chrêmes, Elle ne peut fe réfoudre,' 

Dèmipbon, Comment, elle ne peut? 

Chrêmes, Parcequ'ils s'aiment tous deux. 

Démiphon, Que nous importe? ^) 

Chrêmes» Beaucoup. D'ailleurs j'ai trouvé qu'elle 
eft notre parente, 

Dcmiphon, Quoi? êtei"-vous foU? 

Chrêmes, Vous en toinherez d'accord. Je ne 
dis pas cela à la volée. '°) Souvenez-vous de ce que 
je vous ai die tartot. 

Dcmiphon, Etes- vous eîi votre bon fens ? 

Nitufijirata. Ah Dieux, je vous en prie, pre- 
nez bien garde de ne pas faire un affront "j à une 
parente. 

lùêvvphon. Elle ne l'efl pas. 

Chrêmes, Ne dites pas ccln, î^on père avoit un 
autre nom, & c'eft ce qui vous trompe. '") 

"Dêmiphon, Ne connoiflbit-eîle pas fon perc? 

Chrêmes, Sans doute, elle le connoiffoit. '0 

D//W/- 

8) ^ûrum. {(ié i|ï nicî)(^.) 

9) QBaé qef)( \xx\é taé nn? 

10) ^cf; faqe bicfeé nid)t nur fo oben^in; («bc cénicf;( 
m ÎBiirt).) 

1 1) Î?a6 man ja nicf)t Oekibi^î^ 
- 12) Unb cbcn tas! bctrûvit cud). 

13) NB. .Sans doute tJOt affurémcnt, gij^i^lj^;, f«9(j^ 



6o!5 LE PHORMION 

Déwffihoii, Pourquoi ne le nommoit- elle pas 
par "*) Ion nom? 

Chreou'S, Ah ne me croirez-vous point? ne 
irj'enten(irez-vous d'aujourcPhui ? 

Déuiiphon. Si vous ne me dites rien » « ♦ 

Chninês, Encore? 

'Naiffiftrata. Je ne faurois m'imaginer ce que ce 
peut erre. 

Vcm'rpbon, Je n'en fais rien non plus. '') 

Chn-i/ii'S, Voulez -vous le lavoir? Air fi les 
Dieux me foienc favorables comme cette fille n'a 
pas de plu? proche parent que vous & moi. 

Déw/phofj, Gi'ands Dieux, cela eft-il poflible? 
allons de ce pus, allons la voir tous enlemble, je 
veux être écbirci d'un côté ou d'autre, '^) 

Chrcnics. h\\\ 

'Dcniipbvu. Qu'ya-t-il? 

Chrcnics. Eft-il polfible que vous nyez fi peu de 
croyance en moi? '^) 

Viéuùphon. Voulez-vous que je vous en croye? 
voulez-vous que je ne fade pas une plus ample re-" 

cher- 

14) Par mufi f)ier nnb iu t icUn anbcrn gallcn burc^, 

15) NC. Aufîi linh non p!ii?, ûUit/ fttlb fo JU Utlfcr- 
fl■I)«;i^l'^, bog man ^a0 er|tcre ■'ïSort m cincr Con- 
{\x\\i\. afiinnativa, non plus ûbcriH cincc Conltruc)» 
ncgativa tn'ûhd)cf. 

16) 3^1) ttJiH ouê bciu 3ri'f()ui" fommcn, cd ^^[<X)i\)^ 
ouf iviîé 3lrf ce n?oîlc. 

17) t^ag it^r mir fo ivinig ©laubcn ^cplcgcf. 



DE TERENCE ^09 

cherche? '") foit! '^} *) Mais quoi? cette fille de 
notre ami que deviendra-t-elle? 

Chrêmes^ Rien. 

DéiJiipbou, Nous l'abandonnons donc? 

Chrcmcs^ Pourquoi non? 

Dhfiiphon, Celle-ci demeurera? 

Chrêmes. Sans doute. 

Dêm/photi, Naufiftrat?. , vous pouvez- vous ert 
tetourner. 

Naufijhata. Je crois que pouf les uns & pour 
\q% autres, il eft beaucoup mieux ~°) de garder cette 
femme ^') que de la renvoyer, comme vous en 
aviez le defi'ein, elle m'a toujours paru fort hon- 
nête» 

Dcmïphon. Qu'eft-ce donc que ceci? 

Chréinês. A r-elle fermé la porte après elle? 

Viémipbon. Oui. 

Chrêmes, O Jupiter! Les Dieux nous font favo- 
tables» Je trouve ma fille mariée avec votre fils. 

Démi- 

*) il vetit parler de ia fille dans l'erreur, il ne fait pas 
deC/'j-cw/fïrncme, mais il dit que la fiile de Cbrcmès eft 
^e notre atfif, pour ne pas de- cette môme Phanioîi quefon 
couvrir la cIiorciAV////^r/j:- iils a épouiée, 
ta. Hémiphon e(è encore 

18) ©a^ icf) ttjciter nid}t bnrnad) frage? 

19) >oit, ijî \)\ir ciltcConjuncîio, ce fi'P DarUm. 

20) (£-^ \^ Xù^ii 6efTïr: 5in ^axx, W vaut beaucoup mi- 
eux, ^od) mit biefçm llntcrfdjeiD, \>a.f jene Con- 

ftru<nion ^a^ Gcrundfîim n»:t de iJCîbtDcuMg bci) 

fld)/ biffe obcc bm blofftn înlinitivum, IjûbcR mn| 
\\Ac p.'ig. 603. not. 5. 

3i) ^0^ fd ^?l;^crf^tt^3 lïdf 6f|fcr g«tr)au fip/ t)icf<^ 
5S«ib ju t)f(;a(tfn. 



Cio LE PHORMION 

DétîYiphon. He! comment cela fe peut-il? 

Cbn'Mc's, Nous ne femmes pas en lieu à vous faire 
ce récit. ^^) 

Déf.'npùoiu Entrez-donc chez nous. 

Cbfémês, Au moins que^ nos enfans même n'en 
fâchent rien, je vous prie. ^^) 

ACTE CINQJ.1IEME,. 
SCENE III. 

Autipboih 

,uolque mes afFaires foient en fort méchant 
^. état, ') je ne inilTe pas d'être ravi que mot> 
coufin ait ce qu'il fouhaite. Que c'eft une bonne 
choib de ne iaiffer nnkre dans fon cœur que desde- 
Urs "j que l'on puiilc contenter, mcme~dans' fa 
mauvaife fortune. Pirédria n'a pas eu plutôt de 
l'argent, que tous Tes chagrins ont ccfic. ") Et moi 
je ne puis rien trouver qui puifle me tirer de 
peine. '^) '^) Car fi mon aflàire demeure cachée, je 

ferai 

*) Il veut parler (lu cc:r- faire condamner à e'poufcr 
plot fait avec /"/;>/7/;<tf,v de le Phanion. 

ti2) Dicfor drt fc()!Cft fîc^ \\\d)t barju^ cud) felc^ci$ Jtt 

crjdî>ln. 
23) ^rtt>on iiicÎ5(i? crfo^rm, t(5 OKtc en* borum. 

1) 0'> ccf*on mit mnncr(5 id)c fd>r fiî)l?cî)tour-(?cficf. 

2) 2i(i) tiMc fd^on ift cif, tvann nion m fcineiti J^tcrjcit 

fcii' rtnbm^ J!Bcrlan9«n cinnifîchriûtfet/ ait? nue 
ba«?icntn?. 

3) 5?nuni l)nr &cr Pliedria ©c!î) hiUmmm, fo i|^ ûli<V'f«irt 

iîtrDrnf? ^)ln•^d)lD^n^<•n• 

4) 5>«k:J niid; (iVi'ù Dcm ivutiimcr feÇcn fcunc. 



DE TERENCE. 6ii 

ferai toujours dans la cr?ince: ^) S^ elle efl décou- 
verte, je n'ûferai lever les jeux. ^) Je n'irois pas 
même chez moij Ci on ne me faifoic efpérer que je 
pourrai garder Pbanion. Mais ou pourrai -je 
trouver Géta, pour favoir de lui quel moment il 
' voudra que je prenne pour me préfenter devant 
mon père ? ~} 

ACTE CINQjaiEME. 

S C E N E IL 

PIIORMION. ANTIFHON. 

Phormioiu 

ai reçu l'argent ^ je l'ai donné au marchand 
^ d'efclaves^ j'ai emmené la fille; je l'ai mife qï\- 
tïQ les mains de Phédria , qui en peut faire la fem- 
me, car elle efî préfentement libre. Je n'ai plus 
qu'une choie en tête dont il f.iut que je vienne à 
bout. ^) 11 faut que les , vieillards me donnent le 
temps de me réjouir, je 'veux prendre ces jours-ci 
pour moi. 

Anthhôn, Mais voilà Phormion, Que dis-tu? 

P.bormio:i, Quoi ? 

^ Qq 2 A^ntiphon, 

5) SQirbc icT) hflanbig itt gurc^t rccfjcn. 

6) 2BirCi ^iî \>ixïcktlytx\, fo iîjcrbe ic^ micf) fo fd}«mcn/ 
ba^ iàa niemanben 'MïU onfel^m fcûrfm. 

7) 533ûé tcf) fut cineScif nebmeiT, rtbpofîctt [on, iJOi: 
mciiKni Sîaïa* ju crfd)dn«R. 

i) 3^uc nccOciné (ici)nnirin î)cm.5?opfc ^Écunî/ laiJic!) 
êum '^xi^îd bringcn niu^- 



6ia LE PHORMION 

Antîphott. Que va devenir préfentement Phcdria, 
& que veut-il faire pour donner à l'amour le temps 
de lui préparer de nouveaux plaiiirs? 

Phormiort» A Ton tour il va jouer votre rôle. ^) 

Antiphon, Quel rôle? 

Phorm'ton, De fuir fon père. ') Mais il vous 
prie en même temps de jouer le fien, *) iSc de pren- 
dre Ton parti; ^) il vient faire la débauche chez moi, 
& je vais faire accroire ^) aux vieillards que je 
vais au marché ') à Sunium pour acheter cette pe- 
tite efclave dont Géta leur a parlé, afinque ne me 
voyant point ici, ils n'aillent pas s'imaginer que Je 
fric^ne leur argent» ^) Mais voilà votre porte qui 
s'ouvre. 

Anùphon, Vois qui fort, 

Pborumn, Ceft Géta. 

2) .î)û nu» bie3îf))^e oit i^n lonimf, n?irb creure?voflç 

fpiclcu.. 

3) 3Sor fcinem 5Sntcr \\\ f(i«f}cn. 

4) .Î)'C 6 'inigc ju fpiclen» 

5) 6cm •'î'Port j|u rcbctt. 

6) Accroire jj^ fin vcrbuin defe^ivum , fi) llUt in HVX 
' Prafeiite Infinitiv'in^d) faire (îcbr5ud)lid) iji Faire 

accroire, f(!l<"d)(id) beribcn : s'en faire accroire, 
^i-A) Ctn>'Jé elnbilbcn; faire accroire quelque chofe à 
quelqu'un eincm îX'Cùaé xci\% ma^^cn, ndmlic^ in 
bcr 31brid)t ibn ju bctrùacn. 

7) 3d) n>erbe ^en 3llteu ivei§ roadjctt/ ba§ icî; ouf bm 

^axh gcoc. 

8) 55ag ic^ i()t ©jlb burdjbringc. 

ACTE 



DE TERENCE. 613 

ACTE CINQUIEME. 
SCENE V, 
GETA. ANTIPHON. PHORMION. 

G'eta, 

O Fortune, ô grande Déefle Fortune. De com- 
bien de faveurs n'avez-vous pas comblé mon 
maître dans ce même jour! 

Ant'iphon, Que veut-il dire? 

Géta, Et de combien de craintes n'avez-vous 
pas délivré Tes bons amis ! Mais je m'amufe ici à 
mon dam. ') Que ne mets-je donc promptemenç 
ce manteau fuf l'épaule pour aller plus vite cher- 
cher mon homme, & lui apprendre ce qui lui ell 
arrivé, 

Am'iphcin. Comprens-tu ce qu'il dit? ^ 

Phormion. Et vous ? 

Antiphon. Point du tout. ^) 

Fhorviion. Ni moi mon plus. ') 

Geta Je m'en vais chez le marchand d'efclaves, 
ils font là fans doute. '*) 

Antiphon^ Hola, Géta. 

Qq 3 Geta, 

1) Sittein idj ^ûïfc micf) \)m i)cr(îc6cn^ (iu mcincm ci* 
penen (gd)aten) auf. Le dam ijî nur in bfrglcid)m 
3tebcnéûrten 9cbrflud)Iid) , unb \i\)x pcpularifc^j 
ce ^ciffct oud) bic Strafê berce Scrbammtcn, 

^ ©anj unb gat nic^t- Adverb. 

3) 3d) aud) nic^t. 



^14 LE PHORMION 

Cet a. Hola , toi-même. VoiLi une çhofe bien 
nouvelle & bien furprcnante, que d'être appelle 
qqand on fe met a courir. A d'autres. ^) 

Ant'iphon, Géta. 

Céta, Encore? Je ferai plus opiniâtre que tu 
n'es importun, 

Antipboi7^ Tu n'arrêteras p3s ? 

Géta. Tu pourras bien être frotté. ^) *) C'eft 
quelque galopin ^} qui m'appelle. 

Antipbon. Cela t'arrivera bien plutôt, coquin, fi 
tu net^irrêtes. 

Gkd., Il faut que ce foit quelqu'un de connoif- 
ûnce, puisqu'il nous menace. ^) Mais eft-cc l'hom- 
me que je cherche? ou ne l'eft-çe pas? 6'eft lui- 
inême, 

Phovmhn. Parlez- lui vîte. 

Autiphon. ' Qu'y a-t-il? 

Crta. O le plus heureux de tous les hommes qui 
font !ur la terre? car Gin/ contredit, -') Monfieur, 
les Dieux n'aimenc que vous, 

y^ijiiphoth 

*) C'cfl: comme une cfpc- blée à telle heure; c^ com- 
cc de valeldeconTrairie, To) me ils n*avoient pas Hcau- 
dcs valets qui alloicnt dans coup d'occnp:-.tion, ils étoi- 
les m^iforis avertir les bouc- ent urdinaircment dans les 
gcois d'une même Triîni de rues à faire enrager les au- 
ic rendre au lieu de l'aiîcui- très, 

6) Dîinim bki) in 2lc!jt, bag (i uid)t ©djlasjc fc^cf- 

7) (?)i>lT';»'juu9c. ' 

8) 'ÎGcil er uHi3brol)C^ fonmfic^jcmanbtn'fannfcéfa)». 

to) '(guifSlrt i?(ja Sliifwûvfçr bi\) cinn* Q^iùlHrfdjaft. 



DE TERENCE. 61$ 

Autiphou. |e le voudrois bien , mais comment 
puis-je le croirCT di-moi? 

Gétch berez-Vous concénc iî je vous plonge dans 
lajoye? ") 

hnîiphon. Ta me fais mourir. 

Vbçrm'îon. Ah,, trêve de promefles, & 3is 
prom|>tenient. '") 

Gsta, Ho, ho! «Sî te voilà aufîî, Phormion? 

Pborwii)U, Ou!> me voiià, te dépêcheras-tu? '^) 

Gkà, Ecourez donc, '^^) hem, hem»~ Après que 
nous t'avons eu dorwié l'argent h la place , nous 
fommes allés tout drcir au logis; ''^} dès que nous 
y avons été, le bon homme m'a envoyé chez votre 
femme. 

Antiphon, Que fi ire? '*) 

Qctu. Je ne vous le dirai pas, car cela ne fert 
de rien pour ceci. Comme j'approchois de Ton 
apparcemenc. Ton petit efclave Viidia vient par der- 
rière me prendre par le manteau, & me faif" ren- 
verfer la tête; je regarde Ôi je lui demande, pour- 
quoi il me retient; *^) il me dit qu'on lui a défen- 
du de laifler entrer perfonnc chez fa maîtreill^; que 
Chrêmes venoit d'y encrer avec Sophrona , 5^ qu'il 

Qq 4 étoit 

"*) Il tonJJ'c. 

1 20ann \<}:) cud) in Xawitt ^rcubc Oiîifdse? 

12) aîcî)pacfcbfrf)tnitbeincmQ3v'rfprcu)cn, fa^c %\\\H' 

13) SSiOrt bu fort niad}en ? 

14) @inb rclr gerabeé 5S?fSC3 nad) 5pûufe ge^nnijcn. 

15) 2Baé faîfeefï &u \>^ macï)^n? Dcvois-tu jR{;icr per 
Ellipf nuégelajftn, bergtcidjcii fd;on éftèri^ Oauu& 

■ ■ borten an^e^ei^.ct roorben. 



6i6 LE PHORMION 

étoit encore avec elle. Quand j'ai entendu cela, je 
me luis cou!é tout doucement vers la porte '^) en 
marchant fur la pointe du pied, ■") j'en ai appro- 
ché, je m'y fqis collé, j'ai retenu mon haleine, j'ai 
prêté l'oreille, & ytii écouté de toute ma force pour 
attraper ce qu'ils difoient» '^) 

Aiîtiphon Fort bien, Géta, 

Céta, Là j'ai entendu la plus belle avanturç da 
monde; j'ai penfé éclater de joye, ~°) 

Pbonnion, Qu'as-tu entendu ? 

Qcta, Que crojriez-yous? 

Antipbon, Je ne inis. 

Qçta, C'eft la plus merveîlleufe chofe que vous 
ayez jamais ouïe, "') Votre oncle fe trouve le père 
de notre Phanion, 

Anîipbotu Ho, que dis-tu ? 

J7) ©e^îftt / tvirb âu^gcbn'icfct btirc^ vers , tvcnn t»oii 
çjtiem Dvte (jcrc&a noirb; turd) envers, tvcnn ce 
im Satunjfd)«n crga ^cilJct, unb cinc 3un«i9un(j 
be(? @cmutl)cé onjcigcf; burd) à proportion unb 
en couiparailbn, njtn» ed cinc ©cgmboltung^ cbec 
tt>enn ct^ im î)«utfd)en burd^/ In ^ScnjUid^ung, fûim 
ûUév^cbrûcfct njcvben, 

iS) 'Ç>rt^c id) niid) <^a'^\, fad}fc ûuf bcn6pi6<n bcr^t^m 
nad) bec 5:i)ûre ^nîv3ffd)lid)çn. 

ly) 3cî) babe mid) rcd)t na()C baran (\cmfld)f, bm 
QitSctu an niicf) ucôoftc" / mit î>«nï ^l)^ aufjîcpafit 
(9claufd)et) -iinb rtufmerffam ju8ci)ort, uni M'o, 
waé fù borinticn fpiad)cn/ ju »crnc()mcn. 

«0) "^bc^Va roarc id) tu^r grcubeti aufgcpïo^t. 



DE TERENCEv <5i7 

Géta, Il a eu autrefois à Lemnos un commerce 
fecrec avec fa mère. ^^) 

J^hormiuiK Fables. Eft-ce qu'elle ne connoîtroic 
pas Ibn père ? 

Ç/eta. Crois, Phormion, qu'il y a là defTous quel- 
que chofe que nous ne favons pas. Car penles- 
tu qu'à travers ^') une porte ^*) j'aye pu entendre 
tout ce qu'on difoit dans hi chambre? 

Phormion, j'ai entendu dire quelque chofe d'ap- 
prochant. 

Géta^ Je m'en vais vous dire encore une chofe 
qui vous periuadera bien davanuge. ^') Pendant- 
que j'étois-là, votre oncle eft forti, & un moment 
après je l'ai vu revenir & rentrer avec votre père. 
Là ils ont dit tous deux qu'ils vous donnoient la 
permi/llon de gnrder votre femme, ~^) & enfin ils 
m'ont donné ordre de vous chercher & de vous 
amener, 

Antiphon, *) Que ne me mets-tu donc prompte- 
ment fur tes épaules pour me porter, Géta ? 

Qq 5 O'eta, 

' ^') Antiphon z tant de jo- ment il faut entendre ce paf- 

ye, qu'il le met fur les ép;>u- fsge. Cela faifoit un jeu 

les de fon valet, & fe fait de Théâtre qui plailoit au 

porter ainfî. Voilà corn- peuple. 

12) Sinen ècimlic^cn Uragang mit i^rcr 5D?umr flc» 
pffogen. 

23) ^Wà), tt)irb C|C3c6en mit à travers obcr au travers, 
rocnn ce ^eiffct; burd)f>in, qbcr ûbcr. 5. ^. à 
travers champs, 5urd)i? gclD ^W/ Ot)«C qt)çc ûbec 

»4) èag t)urd) cinc Xburc. 

2>) <So cud) roeit nicf)c ù()crfûf)ren mitb. 

26J ©ag fie eud; «(auètei)/ «u«r 28ci6 ju èc^aUm- 



6ïS Î-E PHORMION 

GHa, Cela fera bientôt fait, vous n'avez qu'à 

Atutpboii, Adieu, mon cher Phormion. 

Phormion. Adieu, Monfieur. En vérité- je fuis 
biena^fe qu'un fi grand bonheur foit arrivé à ces 
gens-là , lorsqu'ils s'y attendoient le moins Mais 
vcîci une beilc occnfion de cUiper les vieillards, ^^) 
& dMpargneràPhédria la peine de chercher de l'ar- 
gent & d'importuner fes amis. Car Targent qu'ils 
ont donné malgré eux, efl: fi bien donne qu'ils ne 
le reverront de leur vie. ^^) J'ai trouvé tout d'un 
coup le moyen d'en venir h bout» Il faut chancer 
de vifage & de pofture: ^°) mais Je vais me cacher 
dans cette petite rue, & de là je me préfcnterai à 
eux lorsqu'ils paroîtront, car voila qui eft fini, je 
ne fais plus fembbnt d'aller ''), à Sunium. 

'2f) Daë tvirb Dûîb gcfc^cf^ei» fa;iî, iî)i- lurfi nur U* 
fct)ïcn. ' " 

28) Siacin baé ijT cinc cvtvunfcf;tc G;cfcgcnf)cit U\pt 
SUtcn ju bctrûgcn. 

29) ïDafifïc ce 5cit ir;rcé £c6cn^ nicf;t ivicbcr feÇm 
wcrbcu. ' - 

30) 3^uti mug jd) mçin ©cftcîjt unb e^cOuna "oixàn^ 
bern. 

31) i^ann mitî ij? ce auê, icf) (îctl^ mid) tiid;f wc^r 
(\\i gicngc id) nad) ♦ . . 

ACTE 



DE TERENCE. 619 

ACTE CINQUIEME, 

SCENE VI. 

DEMIPHON. PHOB.MION. CHRErvlES. 

Démipbon. 

j on frère, je rends de très grandes grâces ^) aux 
i- Dieux, & avec raiicn, de ce qu'ils ont fait 
l'cufTir les ehofes fi heureufe/irent. ") Il n'eft plus 
queftion ^) que de trouver promptenienc Phor- 
mion, aiînqu'on retire de lui les crois^cens écus 
avnnt qu'ils (oient mangés. ^ 

Phormion. Je m'en vais voir fl je trouveraï Dé- 
niiphon chez lui pour lui dire que . . ♦• 

Dêmiphon. Ec nous, nous allions vous chercher, 
phormion» 

Phormion. Sans doute pour le même fujet- 

D'emiphon. Oui vraiment. 

Phormion. Je l'ai bien cru. '*) Mi)is pourquoi 
vous donner cette peine? cela el^ ridicule. Appré- 
hendiez;- vous que je ne fille pas ce que j'ai une 
fols promis? voyez-vous, quelque pauvre que je 
fois, jusqu'ici j'ai toujours taché d'être homme de 
parole. "') ~ Cbrcmès, 

i) Kcnilre wirb fc()r Dfi: iinAccuf cn'jne Articule g'f.fauc^f; 
fommt fl6er cin Adjca. ju bftnS'iibfbntivo, fo mu^ 
tec Articulus nothrocnûivi, bobci) (lcf)t'n, 

2) SDûg ^iî fc!e6âd7cn fo çïixâVxl) ïmaw^ qcfûi}r?t« 

3) S^un bc&avf c(J njciter nld)tt;. -(fL^nirtU ce auf tt?cUc« 

n\&\ié (Ui.) 

4) ^^ t|î unnDt^ig benCircumfl. d6«r bie Supîna ofà^ u 

nu fe^cn, cxc. crû p.civrt(f;fcn , unb dû aèrent, ^ii 
oon cru (icglaubt liub tlube^/ 5u»ntC;fi.i;Hii;)en, 

5) 3)î«{n vïSort âu ()al(m. 



610 LE PHORMION 

Chrêmes, N'avez-vous pas trouvé cette perfonne- 
là bien née, comme je vous avois dit ? 

DémJpbotî, AflUrémenc. 

Pborw'wn. Ceft pourquoi auflî je viens vous dé- 
clarer que je fuis tout prêt à la prendre, '^) & que 
vous n'avez qu'à me la donner quand vous voudrez, 
j'ai mis en arrière, comme de raifon, toutes mes 
rjutres affaires, quand j'ai vu que vous aviez celle-ci 
i\ fort .1 cœur. ^) 

Déwjphoii. Mais mon frère que voilà, m'a fait 
changer de deffein; car, m'at-ildit, vous ferez 
parler tout le mondes ^) Quand vous avez pu la 
rendre honnêtement, vous ne Favez pas fait, au- 
jourd'hui il eft honteux de la chalfer après un ma- 
riage dans les formes. '°) Enfin il m'a presque dit 
toutes les n.errrcs raifons dont vous vous lerviez 
tantôt contre moi, 

Phormion. Vous me traitez fort cavalièrement. ") 

]'>êwiphon. Comment? 

Phormioti. Me le demandez- vous? Parceque je 
ne pourrai plus avoir l'autre : car de quel front irois- 

je me 

7") (^U\\ tarum femme id)<u(D ânjiifunbigcn/ bQ§ îc^ 
fie ju l)ci)int(;eu fetrot)! bcrcit ûlé fertig bin. 

S) 3^) ^ûbCy unb baé i^on SKcc^té tvcgen, ûDc meine 
awhîu @cfcf)affc \)mttn an ijcf^lît, ba id) njû()rge« 
nommcn, bag cud) bicfcé fo am ))cricu lag. 

9) 51CIe îaitcn tverbcn Don cuc^ rcbeti. 

10) ^(t ce fcftanMid), ftf nacb cinec iJffcHtllc^ iJottiOge* 
ntn .Ç)ci;ratl) ju ucrjîoficn. 

11) 3^;f 3«(?«t W ff<9 niit mit um. 



DE TERENCE. 62ï 

je me préfenter devant une perfonne que j'ai re- 
fufée. '^) 

Chréwh bas à Démiphon, D'ailleurs je vois qu'An- 
tiphoii ne peut le réloudre à fe priver d'elle. Di- 
tes lui donc cela. 

Dhfiiphon. D'ailleurs je vois que mon fils ne 
fauroic gagner fur lui '^) de fc pafler d'elle. '"*) Mais 
allons à la place, afinque vous donniez ordre que 
l'on me rende cet aigent. 

Phormion, Quoi , l'argent que j'ai déjà donné 
à mes créanciers? '') 

Démipbotî. Que deviendra donc tout ceci ? '^) 

Phurniion. Si vous voulez me donner la femme 
que vous m'avez promife, me voilà prêt à l'épou- 
fer. Si vous voulez la retenir, vous agrérez nufli 
que je retienne l'argent» '^) car il n'eit pas jufte 
que pour avoir voulu vous faire plaifir, j'y fois pour 
mon compte, '") puisque c'eft à votre confidératiom 
que j'ai refufé cette autre qui dcvoit m'apporter 
autant que vous m'avez donné. 

D'cmi- 

12) 53ann tt>tc foÏÏ iff) eitter ^crfcn iinfcr baé ©tfïc^tc 

trtten, lit bcn ^oib ihmi mir betcmnien? 

13) 5^ag mcin <So()n nicl}t fo t)içl ù&cr fid) cc^altcn 

fûan. 

14) Se pafiTer de quelqu'un , cinciî €nftef)ren idnttcn, 
de peu, mit roenig Dotliîb ncf;mcn. 

15) 2Bic, baé©e(b, fo id) fd)on mcinen ©lâuèigcm 
oug,aqnl)lt ^ûbe ? 

16) 5!Ba(J foQ bcnn oué bicfcin oUen trcrbcn? 

17) 60 trcrbct i^r eud) ûud; gefaUm lalKH/ tag ic^ 
baé ^)î\\) bcbaîtc 



622 LE PHORMION 

Démiphon. Va-t-en au diable avec t^^ rodomon- 
tacks, '^) coquin.' Crois-tu donc encore que Ton 
ne te connoiiTe pas, & que l'on ne fâche pas de 
quel bois tu',té chau^fTes? ^°} 

Pbvyjmoiî', Vous m'échaufiez les oreilles, ^') 

D'amphou, ïu épouferois cette femme, fi on te 
la don noie? 

Phormion, EiTnyez pour voir. ~^) , 

Deuiiffbon. Ce feroit donc, afinque mon fils de- 
meurâcîiveceile dansta maifon. V'-oilà votre dedein. 

Mhorni'ion. Que m'allez-vGUs conter? ~^) 

Déniipbou, Donne -moi feulement cet argent 
bien vire. 

Vhonniw, Mais vous plutôt donnez -moi bien 
vite ma femme. 

Dcmipbon. Marche devant les Juges. 

Pbormion. Devant les Juges? Si vous me lanter- 
nez davantage ..,"*) 

Démiphott. Que feras-tu ? 

Pbormiûn. Moi? vous penfcz peut-être que je 
ne fais prendre le partique des filles fans dot: ^^) ='') 

mais 

*) ]i fait entendre à C/W- qui étoit fort riche, comnis 
mes qu'il va prendre contre nous l'ùvons dcja vu. 
lui le pr/iti ai Naujrjiratc:,^ 

19) ?Oî'f bcincm "î^rjl^îcn. 

20) "îlBie bcuif itrdl'e fd)rci6f Provcrb, 

21) ^Ta6:)l niir fcn 5vopf nic()t tcD. 

2::) ^^robu-ct.e(? {U\\a cébarauf ûiifDmmfn.) 

23) Sai- fînb ^;^ofTi'n. 

34) ?Boi(>r mil tiurcî) cure nacrifd)« Dxcben n\û)i (artgci: 

tcî'd)ïvt:r(id) fallut. 
as) 5^r ^cnft Dicr/t'id^r, bûé fti) blofi nicin S6iin, mid) 

oer orniiii v?^i.a!)($«n, tic nic^t^ ira â3cnno'9ea 



DE TERENCE. 6-25, 

mais je vous ferai bien voir que je fjis prendre 
aufTi celui des femmes oui ont été bien dotées. ^^ ) 

Cbrèwês. Que cela nous fait-il? ~") 

Phorinion. llien. Je connois ici une certains 
femme, «ionc le mari avoit ... 

Chrêmes. A^o ! 

Dhniphon, Qa'eft-ce que c^eft ? 

Pbormîon. Une autre femme à Lemncs. 

Chrhiès, Je fuis perdu. 

Phortnion. Et dont il a une fille qu'il a élevée fe- 
cretcment. ~^) ' 

Chrêmes je fuis enterré, "^) 

Pborwion, Je lui conterai tout d'un bout à^ Tau- 
tre. ) 

Chrêmes. N'en fais rien, je t'en prie. '') 

Pborm'wrr. Ho, ho! eft-ce donc voua? 

Viê.})jtpbon Comme il fe divertit à nos dépens ! l^) 

Chvcuiès. Nous r.e te demandons plus rien, 

Phormion. Fables. 

Chri-nits. Que veux-tu donc? nous te donnons 
tout l'argent .que tu as. 

Vhor- 

26) S)ic gut cuêgcfliUtet a^or&cn ^nb- 

27) 2B«é gcl)t un^ ba^ «n? 

28) S)ic cr ^cittilid) ûufcrjogcrt. 

29) 3'^)^'f9« ffî/Oii iiîi @ra6e. 

1 30) 3cî) TOcrbe i^r oiïcé uom Sînfang Cnéi jum €n&C 
crjrtol^n. 

31) î)ûd kg bïcifcîi, îd) bitte bicî) fcarum. 

32) OBie «ï une fcî)i«rf, (fîcO auf unfre ivojîm Ïu|îi9 



624 LE PHORMION 

Phoimio/2, j'entends bien. Mais pourquoi diable 
aufn me jouez- vous avec ces foccijes d'eiifanc? ^') 
je veux, je ne veux pas; je ne veux pas, je veux; 
rends, tien ; ce qui eft dit, ne i'eft pas ; ce qui eft 
fait, ei\ (iéfaic. 

Chrêmes. Comment, & d'où a-t-il pu tout fa- 
voir? ^'^) 

Di'iviphon. Je ne fai, mais je fai bien que je ne 
l'ai dit h oerfonne. 

1 

Chrêmes. Je veux mourir, s'il n y a là quelque 
enchantement. ^^) 

Pbormwn. Je leur ai donné martel en tcte. ^^) 

Dcmiphon, Ouais, ce coquin- Hi emportera no^ 

tre argent apiès s'être ainfi moqué de nous à notre 

barbe? ^') J'aimerois mieux mourir. Mon frère, 

c'efl: 

33) 5K'cr, \\vcn. JT^enfer, ivnruni njagf i^f fuc^ aiicfi mi< 
fcUljcn 5\inb<rpo)Tt-"n on n;id) ? Jouer, rpidcn/ 
j) uuf ciiiiiin tnujlcolifdjcn ^'ijtrumcîiti', rt^icict 
cincn AMativum, V. g. jouer du lut, auf l>er H.fx\x* 
te fpivicil ; tvaiin Ober jhT Acculàtivus, air, chan- 
ibn. ineriuer, c^c. t^atcl), fo TOirb tcr 3îânic bcfj 
3n|trumenté mit fur gcfc{?t, jouer un afr fur le 
dâvecin, citic 5(rie ouf tcin ^labicr ipidcn : OJîeri 
fc fl^^^cn^e phrafes mit ticm Ablativo, jouer de la 
prunelle, fcf)armircn; jouer de (on relie; oOe^Wa^ 
gcjî, 2) ?Bon (^(tuinufpifK'n rcaiercf cj^ bcn Dati- 
vuni, V. g. jouer au billard, auf fccm -^Mniirb fple^ 
Ifli; ()Ci|]et nber jouer metaphorice fo olfl aie 
tromper, fo reqia'Ct c(^ '"en Accufativum, jouer 
quelqu'un; ciiKn ()intcrv}cf)cn, bcttûgen/ Pcjciicn. 

54) ^ic unb tvoï)cr cr oITcé trfflf)ren ? 
3>) ÎBann nicbt 3*»u(H'rci) bocuntcr jîccff* 

36) 3cf) l)a6c ibncn bcii JTepf nieiiilid) trorttî 9<ma^(. 

37) 3îQc(?^cnj «r uuiJ in t)«n JSait au^gdacOt ()at. 



DE TERENCE. 625- 

c'eft maintenant qu'il faut avoir du courage, & 
payer de piéfence d'efprit. ^^) Vous voyez que vo- 
tre affaire eft découverte^ sk que vous ne fauriez 
empêcher que votre femme ne la fache« Croyez- 
moi, nous âmanderons confidérablement notre 
marché, ^^) de lui dire nous-mêmes tous les pre- 
miers ce qu'elle apprendra toujours par d'autres; 
& après cela je vous promets que nous nous ven- 
gerons de ce maraud- là comme nous voudrons. 

Phormiofh Ah, ma foi, (\ je n'y donne ordre, 
ine voilà pris, '*°) ils viennent fur moi comme des 
gens réfolus à ne pas donner de quartier, "*') 

Chrêmes. Mais je crains bien qu'on ne puilî^^ 
l'appaifer. 

YDémiphon. Prenez courage, vous dîs-j-e, je fe- 
rai votre paix, furtouc puisque cette femme de 
Lemnos eft morte. 

Phormioff. Efl-ce par- la que vous le prenez? 
je ne vous trouve pas mal fins. "*") Ma foi, Démi- 
phon, vous n'avancerez pas (es affaires de me pi- 
quer ainfi au jeu. '^^) Et vous, Monfieur, après 
que "*"*) vous avez hit dans vos voyages tout ce qu'il 
vous a plu, & qu'aucune confidération n'a pu vous 

empê- 

§8) Unb mit 5^«rfîonb bie @ocî)C ongrnfctt. 

39) 5iSir 'it)er^en bit (Bad)i um un sut 2^ei( ixrkffertt. 

40) (3o bin id) gcfnnacn. 

41) 2llé Seutc, bic cntfdjioffm ftnb U'm Quartier )ti 

42) 80 mont i^v céonfanoca, ibr (<r)b fo mfâUici ni*f» 

43) 35r lT>er^k•t fciue (gacben nic()t bcffem, mm i^ç 
raul) fo treibet. 

44) Conjun^io, XiQiiXit rtllemal btn Indicativum, 

Rr 



626 L^ PHORMIOP^ 

empêcher de faire le plus fenfibla de tous les^if- 
fronts a une des premières femmes de la ville, 
vous viendrez ici faire le marmiteux, '^') & vous 
croirez laver votre faute dans vos pleurs : que je 
vous entende feulement foufîl^r, je mettrai fi bien 
le feu aux étoupes, que"*^) vous ne pourriez l' étein- 
dre qucind vous fondriez tout en eau, 

Dcmiphon. Que les Dieux & les Déefles abîment 
ce pendard- là, Eft-il pofîibîe qu'il y ait au mon- 
de un homme de c^tiz audace, '^'^)'& qu'on n'aille 
pas aux dépens du public ^^) expoler un fcélérar 
comme celui-là dans quelque île déferte, 

Chmnès. Il m'a mis en un état que je ne fais 
comment '^^) faire avec lui, 

Yicmipbou, je le fais bien moi. Allons en juflîce» 

Phorm'iou^ En juftice? dans cette maifon-hi, fi 
vous voulez, 

Dcmiphon. Courez après, ce le retenez, pen- 
dantqae je vais appelier mes valets. 

Cbïi'mès^ Mais je ne faurois tout feul? venez 
m'aider^ 

45) 5Son( \\)X cuc^ \m BcfrûSf (ïclUn? 
4^) îBo icf) cud) imr fc^nicben ^orc, fo tvilï ic^ m fol* 
^)i^ Jcucr ûnvjcî)(en/ Dag . . . 

47) 2>n|? m bcr 2Sc(t cin fo îûOnei: SJîçnfc^ anjurrcf» 
fcn fei). 

48) 5!uf ûllgcmcine 5vcjTen. 

.. 49) %i\) Cojiimcnt ift ^ict t>ûi? verbum devoir per clfî- 
pfîn au^j^l.îlJin, îi?cld)c3 fc^r ofr, auc^ nad) où, 
pourquoi, t[ue qui iinî) quoi gefd}icr)f, uuc obec 
ttxuii Dvî!^ verbum \\\ tçtl temponbus limpl.cibus 
ftc&cn fûUu. 



DE TERENCE, ^27 

Phormion. *) j^îun.i une afTjire avec vous? 

Chrêmes, Ft bien foir, pouilbis - le en juflice* 

Pborfh'ion. Ec avec vous une iiutre. Chrêmes*. 

Di'mipboii. Enlevez- moi ce coquin. 

Phormion. Eli- ce ainfî que vous en iifez? ha, 
je vois bien qu'il eft temps de crier* -^) Naufiftra- 
ta, Nnufiftrata, Tortez. 

Chrêmes Fermez- lui la bouche, ^') 

Demi f bon. Voyez ce mnmud, quelle force il aï ^~) 

Vhormiou, Nauliflrara, lorcez, vous dis -je» 

Cbréwh., Te r.iiras-cu? 

Vhormion, Me tnJre? 

Dém'phm, S'il ne fuie de bon gré, roflez- le. *^_) 

■Vbarmion. Arrachez- moi les yeux, iî vous vou- 
lez, je lais le moyen de me venger de vous. '■*]) 

Kr 2 

*) Phormion dit cela àDi^'- £"? ùicn foit, pouvfv.ii-niot 

mti'bru, qui ctoit venu aider r/o/zf en jufiice, c.'oit être dit 

ChréiiiCi à le retenir & à à mon ai'Js non par C/6n;/7(ff, 

r etnpècher d'entrer chez jnais j^ar D£»'.'p/i(/n qui is 

Naufiftrutti. EiC ce qui fuit: moque de fa menace, 

50) 2Run f?f)e id) tt)of)f/ boO eê 3«if î" fcfn'coen ifr. 

51) Srcpfit it.iîi \>a^ Oîirtuî. 

52) vSebct einmal î)?n (3d)urfcii, n?aê cr fur ^rdfU 
bat? 

53) ^;nn er nidU gutîV'ÎIlt) î'clôot,' fo prilgcft i^u QÎ>, 

54) 3^ n?«ip' rcl}on COiutd' mid) ji; radjcn. 



ACTE 



628 LE PHORMION 

ACTE CINQUIEME. 
SCENE VIL 

NAUSÎSTRATA» CHREMES, PHOR- 
MION, DEMIPHON. 

Naujïjlrata^ 

Qui m'appelle? 
Chrêmes, Ah ! 

Naufijirata. Quel bruit eft-ce là, j'e vous prie, 
mon mari? 

Phormion, Eh pourquoi êtes -vous donc muet 
préfentement? ') 

Naufijirata. Qui eft cet homme- là, vous ne me 
rèpon Itz rien? 

Phormion. Comment vous répondroit-il? il ne 
fait pas même où il eft. ^} 

Chréinès. Gardez -vous bien d'ajouter foi à ce 
qu'il dit. ^) 

Phormion. Approchez de lui, Madame; tou- 
chez-le, s'il n'eft pas plus froid que marbre, je 
veux èae pendu. '*) 

Chré nés. Ce n'elt rien. 

Naufijîrata. Qu'y a^t-il donc? & que dit cet 
homme -là ? 

PhOY' 

i) a'îutt/ wavum t>er(Tummcf ifjr jefio? 

2) €*r raeifi {ûH nicf;r, ivo \\)\\\ ba* ilcrf fîc^cf. 

3) tim u\\\\i\\\^.zx\ , mod cr cuc^ ^<k%m rolrb, bip 

î^fbe ?tinon (^jlauben bcp. 

4) 2Bû;ui cr nicl^t «lUfûU ijl, fo tçiO icÇ tfn .t)alé l)«f^ 

liernt. 



DE TERENCE, 629 

Phormion, Vous allez l'apprendre, écoutez» 

Chrêmes. Vous amulez-vous à le croire? ^) 

Naiijijirata. Comment le croirois- je, il ne m'a 
encore rien dit? 

Pboriuion. Il ne fait ce qu'il fait, tant il a peur! ^) 

Naiijijirata» Ce n'efl: pas pour rien que vous êtes 
(i effrayé ') 

Chrêmes. Moi effrayé ? 

Phorvùon. Fotc bien; puisque vous ne l'êtes 
pas, & que ce que je dis, n'eft rien, dites -le vous- 
même. ) 

Démiphon. Lefcélérat! Qu'il le dife lui-même 
pour te faire plaifir? 

Phorwion, Ho, Monfieur, vous faites fort bien 
de parler pour votre frère. 

Naufijirata. Mon mari , vous ne voulez pas me 
dire ce que c'efl: ? 

Cbrçmès, Mais. 

Naujijîrata, Quoi, mais?^) 

Chrêmes, il n'cft pas néceffaire de vous le dire, 

Phormion, Il n'eft pas néceffaire pour vous, mais 
il Peft pour Madame. A Lemnos . , ♦ 

Chrêmes. Ah, que vas- tu dire? 

Démiphon, Veux- tu te taire? 

R r 3 Vhor- 

5) ÎSonct i^r i^m lange glauben, (wcr^et i^r euc^ 

ttjo^l t>ûn i6m vcxxé rocifi macî)ea laffeu. ) 

6) ©0 fe{)r bat \\)\\ bie guvcftt «inocnommcn. 

7) Umfonjl fet)î) if)c bod) iud)t fo erfcI)rocf ai. 

8) 9îun rooblan, wci( ihr ce nic!)t fct)î), unb ba^f'nige 

waé td) fage, nidjfé m btbnucn ^at, fo fagt «^ 

9) 58fléo«nn/ abct? 



620 LE PHORMION 



Phormion. A vôtre iiiîli . , . '°) i 

Chrêmes. Malheureux que je fuis î 

pboi-w!on. il 3 e'.ioulé une femme , . • 

Naufijhata. Ho, mon ami, à Dieu ne plalfe* ") 

Pboyjjtion, Cela e(l comme je vous le dis. 

Ndufijh'ata. Je luis perdue* 

Phormion. Et il en a eu déji une fîlie, pendant- 
que vous dormiez !)ien tranquillement. '^} 

Chrêmes. Qu'allons- nous devenir ? 

IS'aufiftyata, Dieux immortels, quelle n£iion ! 
• P.b'jrmio'i. je vous dis la pure vérité. '^^ 

Naiîftjhnta. A-t-on j;im:iis vu rien de plus in- 
digne! voila de ces miris *"*) qui ne font de mnu- 
vaife humeur qu'.^vec leurs femmes. Dcmiphon» 
c'efl à vous que je parle, car j'ai honre de parler 
h cet homme- là. Cé:oic donc là le Uijet de ces 
frcquens voyniïes & de ce? longs féjours à Lemnos: 
c'étoic donc là les mauvaifes années qui dimiimoi- 
enc nos revenus? '^) 

Di'm2[)bon. Naufiftrata, '^) je ne nie pas que ce 
ne foie une faute; mais vous ne nkez pas aulïï 
qu'elle ne foie pardonnable» 

Phor-f, 

10) Qrurî) un^civiiRf, (t)infcc ciirem Sîùcîcrt.) 

11) î>,i fei) ^'iii fur. 

J2) Un& Ui f5)on cinc Z^^Ux nu5 ticfcr €f)e m^* 
cet, bti cr euvi) inin.vfcf)sn oan^ riil)ii) fdjlafeit Mi^- 
15) 3t{) fc{)Ciifc cucî) flarci; OBcin cin. 

14) £)ci {)abrn tvic Im'î fd)ôtu'n i)3iann«r. 

15) £)icfcf^ wamx alfo Me fcblimmcti^aOre/WcIcOe un^ 
fcrc (i'inhlaftc ucrrinGtvtcn. 

S6) 3cf) rcid cbca nidn iâuvinin o^ec in iHOrcbc fc»)tî, 
tuO bicfci? cin a)crbi:çd}m f«;. 



DE TERENCE. 631 

PhorinioiK II parle à un mort, 

Dém'/phoii. Car ce n'eft ni par haine pour vous, 
ni par mépris. Il y a environ quinze ans, qu'après 
avoir bu, '^) il trouva cette femme fur Ton che- 
min, '^) il en eut cette fîile, h depuis ce temps -là 
il ne l'a vue de fa vie. '^) Cette femme eft morte, 
elle n'eft plus, & c'étoit là ce qui pouvoir le plus 
vous blefler. C'eft pourquoi je vous prie qu'en 
cette rencontre, comme vous avez toujours fait en 
toutes les autres, vous preniez les chofes avec 
douceur. ^°) 

N(Jii[îJïrata, Comment, avec douceur? je veux 
rompre avec lui pour toujours:"') car que puis- 
jeelpérer? croiral-je que l'âge le rendra plus fa- 
ge? ■'*■) fi la vieillefle ch^ingeoit les gens, n'étoit-il 
pas déjà vieux en ce temps -là? ou plutôt, Démi- 
phon, puis- je me flater qu'à l'âge où je fuis il me 
trouvera plus belle que je n'étois alors? Que me 
direz- vous donc pour me perfuader que cela n'ar-" 
rivera plus? 

Rr 4 Vhor- 

^) On a retrarqué que les homme ^e cinquante 'ans 

vieillards que lérence inrro- pour ces Toites de débauches, 

duJt, font à peu ptcs de 64. Et elle a raifon, (iun homme 

ou 65 an'?. Nanjiflynta ap- n'ed fjgc à cinq'jante.ans, 

pelle donc déjà vieux un quand le fera- c- il? 

17) 5>a§ nac^bem «v fîd) 6qçcf)f. 

18) Untcr OBcgc^. 

19) |)ût cr ^it in fdnem 2c6crî ntc()t <)cfc^m. 

■20) 3^c gdtnpfKid) xn bec ©ncl}e t>erfal)rert im^gcf. 
21) ^d} tïtiU auf cîvig mit '\\)\\\ Orcd^n. 



€32 LE PHORMION 

Phormion. *) Quiconque veut aller à l'enterre- 
ment de Chrêmes, qu'il fe dépêche, ^^) le convoi 
va partir. Ce (ont là de mes tours. ^') Que l'on 
s'attaque deforrnais à Phormion, je mettrai les gens 
dans le même état où j'ai mis cet homme- là: qu'il 
fafie fa paix, tant qu'il voudra, je Tai aflezpuni* ^'^) 
fa femme a dequoi lui corner aux oreilles tant qu'il 
vivra. *^) 

Naujtflrata^ Mais fans doute je me fuis attiré cela 
moi-même. Ah, Démiphon, peut- on compter 
en détail ^^) tout ce que j'ai fait pour lui { 

"DémiphofK Je le fais comme vous» 

N<iujtfirata, Ai- j^ donc mériré ce traitement? 

Démiphon. Point du tout ; mais puisque vos plain- 
tes ne fauroient faire que cela ne foit pas arrivé, ^'^) 

par- 

*) Ce partage eft d'autant termes de la publication des 
plus plailant que ce maître cnterremcns, 
frippon employé les propres 

12) ÎGcr mit Chrcmès ju ©ra6e ge^cn witl, Ut madie 
fort« Quiconque, t\3cr ta nuv, roeld)e ba nur, 
cin jebtr, bcr, pronom. Impropr. trirD niir Don ^cr^ 
foniMi im Sinculari, uub mcifiené niir, njcnn roatt 
ubcrbaupt r«bcf, (\ebraucl)ct , unb i(! uon qui faH 
gûr nicï)t uuterfcf)^c^ca. .Ç)cut ju l£;a(ie, ouffcc im 
Stylo oratorio, nid)t (îetudutl)licf). 

23) ©0 fînb mcinc ©trcidje» ( ©o pflc^i id) ce iu ma* 
d)cn.) 

24) Çr mag Sfi«^f mac^en, fo (ange, ( fo gut ) cr wilï, 
id) babc lt)n flenuct c^cftriiff. 

35) êo Uv.<y>t cr lebcu ivirb, wirb ibm fcinc 5rau bic 

Dî)"n boUbrummcn, Tbivutt rcibcn.) 
2<î) 'l^'i^^fùbrlid) berttffn, {a\Ué îr<.iblen. ) 
87) ©.Ml ibr abcr mit cllen ourtn ^Irtqcn nid)t tîiacr;«n 
fdnna, bug njati g«fd>«()en ijî/ unjjîfd^c^m f<j). 



DE TERENCE. 633 

pardonnez- lui , il vous en prie; il avoue fon cri- 
rne; il vous demande pardon; que voulez- vous 
da van ta ce ? 

Phrnmion. Ho, avantqu'elle lui pardonne, il 
faut que je prenne mes furetés ~^) & celles de Phé- 
dria. Madame, avantque de répondre trop légè- 
rement à Démiphon, ^^) écoutez. 

Nûujiftrata, Qu'y a - t- il ? 

Phurmion. Par mes rufes, je lui ai efcroqué trois 
cens écus; ^'') je les ai donnés à votre fils, & votre 
fils les a donnés fur l'heure ^') à un marchand 
d'elclaves, pour une fille qu'il aime. 

Chrêmes Ho que dis- tu^ 

Naufijlrata. Eft-ce donc, à votre avis, un (i 
grand crime, que votre fils, qui eft un jeune hom- 
me, ait une maîtreiTe, lorsque vous avez deux fem- 
mes? N'avez -vous point de honte? '^) *) de quel 
front oferez-vous le gronder? ") répondez- moi. 

Dêm/phojh II fera tout ce que vous voudrez. 

Nûu[î[irata, Et moi, afinque vous le fâchiez, je 

ne veux ni lui pardonner, ni lui rien promettre, 

Rr j- . que 

*) C'eft une grande leçon prendre leurs enfans, quand 
pour les peref;, ils fe mettent ils autorifcut leurs débauches 
horî d'état de pouvoir re« par leur exemple. 

28) 5îîug icf) mcinc ©ac^e in 8Jc^erbcit (îeUen. 

29) Sci>or fie î)em Démiphon nur fo leid)tfînni9 ^irt 
antwortcn. 

30) %\{ Sift 5o6e \â) 300, 3vt5(r. t)on i^ra yejogcn. 
91) Adverb. jur ©tunbe. 

?2) 6c!)âmet i^v euct) nicf)t? 
33) ÏÏSo rnoOst i(;v bie ^u^n^cit ^ccnsDmcn , if;n mi* 
$umoc^m? 



^34 LE PHORMION 

que ie'n'aye vu mon fils ; je le fais le maîrre de mon 
, reflèntiment, '"*) je ferai tout ce qu'il me dira. 

Phormion Que vous êces une brave femme ! 

Naujiflrata, Etes -vous content? 

Vborm'îon, ' Ho ma foi je m'en vais plus gai & 
plus content que je n'efpérois. ^') 

Naitfiftrata, Comment vous appeliez -vous? 

Phorwion. Moi, je m'appelle Fhorijnion à votre 
fervice; je fuis le bon ami de votre maiibn, & fur- 
tout de Phédria. 

Naufjirata. Phormion, croyez que je vous fer- 
virai toujours en tout ce qui dépendra de moi, ^'^) 

Phormion, Vous me faites trop de grâce. 

NauJiJIrata, Je ne fais que vous rendre ce que je 
vous dois. 

Phormion, Madame, voulez -vous aujourd'hui 
mcme me faire un fort grand plaifir, & dont vo- 
tre mari enragera? ■'") 

Nr.uJlJIi-.na, De tout mon cœur. 

Pbowî'ion. Vous n'avez qu'à me prier à fou- 
per. ^') 

Naujiflfûia. Vraiment je le veux. 

Di'mi' 

54) S)v'r foll meinm îBibfrwiQcn (îlCfcn, 

35) 'ÎH'J) meincrS;rcu,tt)dt lujngcr unb ucrgnugfcr, cM 

id) nnc cingebilbct. 

36) ÎJagicf) tn&i, t)>a{?iiuf m!cr;nnfcmmf/Mencnnjcrbe. 

37) llnb tvornbcr cucrO}iJun rafcnD ancDcn tvirt». 
38; ^xiUt mid) nur ^un^2UKn^C!Jl•n Prier quelqu'un de 

louper unb prier quoiqu'un à louper avec nous, i|1 
r)ierinne unt€rfcï)i<t»fn, bût? îîoiJ cr*tcr« piéçlid) unb 
tH>ti oî)np,cfi'br ncfd)ie(;t , bicfc^ obcr t?ai< tT>irf(id)C 
Cccemouicl flt^cuict, w^nn ici) «inc» tntU/ unD 
mic^ bciiu gçfdjjcîi scmnd;t. 



DE TERENCE» 637 

Dl'm'rphon. Allons /au logis^ 

Naitfifîrata. Soit. '^) Mais où efl Phédria notre 
arbitre? 

Vhorrnion. "Ne vous mettez- pas en peine, je vous 
TatTienerai bientôt. Adieu, Meffieurs, battez des? 
mains. 

*) Elle parle alnfî fur ce voir qu' elle ctoft appaiTée 

qu'elle a (lit j'Ius h.!ut. ,,Ie qu'en prenant pour arbitre 

,,le fais le maître de mon contre unniaridé[)auchc un 

5, refTcntimentjjekrai tnuîce fils qu' ne i'étoit pas moins, 

„ qu'il me dira. Nan/rfirata Ti fjntence ne doit pas être 

ne pouvoit pas mieux faire bien riguureule. 

L' tîECYRE 
DE 

T E K E N C E. 



LE TITRE. 

Cette pièce, fut jouée la première fois 'aux Fêtes 
Romaines,, fous les Ediles Curules Sex^ Julius 
Céfar, C^ Cornélius Dolabella, (^ elle ne fut pas 
(ichevêe de jouer, Fhccus affranchi de Claudius ft 
la mufique i) avec les fûtes i-gaies, 2) Sous le Cou- 
fulat de Cn, Ociavius ^ de T. Manlius elle fut re- 
donnée une féconde fois la même année pour des Jeux 
funèbres : cette féconde repréfentation ne fut pas plus 
heureufe que la première. Enfin 3) elle fut remife 

fur 



6^6 V HERYCE 

fur le Théâtre pour h i troifiême fois fous les Ediles 
Curules Q^. Fulvius ^ L. Marcius^ ^ elle véujfit fort 
biefu Elle eji toute prife du Grec H' A p polio dore» 

R E M A R Q^U E S. 

r) /^'eft à dire avec les deux flûtes droites ou avec 
K-J les deux gauches, pour faire entendre qu'el- 
le fut jouée tjiuôt avec les flûtes droites, & tantôt 
avec les gauches, félon les ocçafions. 

2) C'écoic Tan de Rome y 88. un an après VAn- 
àr tenue; ainfi V Hècyre eft la féconde Pièce de Té- 
reuce, & non pas I3 cinquiên>e, 

3) Elle fut rejouée la même année. On trou- 
ve dans les Remarques de Doimt fur le Prologue, 
qu'elle fut rejouée pou y les Jeux funèbres de L. JEmi- 
lius Paulus, Mais cela ne peut pas être de Donnt ; 
car L.JEm'iliu s Paulus ne mourut que cinq ans après 
cette féconde repréfentation de V tlétyce. Ou bien 
il fiudroit croire, que cette féconde repréfentation 
ne fe fît qu'après qu'on eut joué les Adclphesj ëc 
c'eft aiufi que M» Voffius l'a entendu. 

PERSONNAGES 

DE 

LA PIECE. 

T e Prologue, 

Philotis, courtifane. 
Syr/jy vieille. 

Parménon^ valet de Softrata. 
Lâchés, vieillard, mari de SVjflrata. 
Sojhata^ femme de Lâches, 

Hidtp' 



DE TERENC E* 



6^7 



PhidtpptiSi vieillard, mari de Myrrh'ina. 

Myrrbtna^ femme de Phidippus. 

Pamphile, fils de Lâchés, & mari de Philuméne. 

Sojie, valec de Pamphile* 

Bacchis, courtilane. 

Perfonmges muets^ 
Philuméne t fille de Phidippe, & ftimûie de P.-^m- 

plule. 
Sàrtusy petit efclave. 
Une nourrice 
Deux fervantcs de Bacchîs, 

La fcene eft à Athènes, 



LE PROLOGUE. 

DE LA 
SECONDE REPRESENTATION?, 

*) \ /f efîieurs, cette Comédie fe nomme l'f rlécyre: 
jVl *^) la première fois qu'elle fut de nnée au 
public, 11 arriva un accident & un malheur qui n'é- 
tolent jamais arrivés à notre Poète : c'eft qi l'elle ne 
put être jouée, & qu'on n'en putconnoître le s beau- 
tés, '^**j le peuple étant entièrement appliqué à 

regar- 

*) fiécyve eft un mot Grec, préfcatation, c'eft ici îc Prc- 
qui fignifie la belle- mère de logue de la féconde. 
la tenirae, la mère du mari : ***) l'érence veut i ;onfcr- 
& cette Pièce eft oinlî nom- ver là réputation fan s chô- 
mée, parceque «y^^m/â;, me- quer le peuple; c'eft pour- 
re de Patnphife , y joue un quoi il dit que fa Pi' :cc ne 
des principaux rôles, put être jouée, parce que le 

peuple ctoit attaché ai Heurs- 

**) Nous n'avons pas le Elle ne fut donc pas rebu- 

Prologue de h première re- tce comme mauvaife. 



é^% 



L' HE C Y RE 



regarder des danfeurs de corde. ") Préfentement 
donc elle peut paffi.^r pour nouvelle, car le Poète 
qui en ell l'Auteufi ne voulut pas qu'on la rccom- 
mençar, *) afin de pouvoir ^) b vendre une fécon- 
de fois pour quelque autre fête. **) Vous en avez 

va 



*) Tcrence ne pouvoi't 
mieux Jr.ii.T il P'éce, ni té- 
moigner plus tic roiifiance, 
qu'en diltiiir qû'aprë» qu'on 
l'eut rejettéc, il ne s-qulut pas 
qu'on 1.1 réconniieiiçàt, pour 
pocîvoir la vendre une fécon- 
de fois d.nis une nun c oc. «ifi 
on. C'eii être hicn ■ (faré du 
mérite de la Pièce; cV en mê- 
me temps ilfait .i vouer que c' 
eft corriger bien ad. oiten.ent 
le malbeiif qui lui ctoit arri- 
vé : car par là il tait voir qu'el- 
le n'étoit nulkment tombée, 
& que le peuple auroit été 
tout dirpofc à la voir, dêsque 
les danièurs decort\; euiert 
ceffé, fi lui- même u'avi it 
mieux aimé prorîtcr de cette 



avanture. Il aime mieux paN 
fer pour avare que pour mal-' 
lieuret/X. Cela nicfait fou- 
venir d'une jolie EjMi^ram- 
uie de Cci/iiwaejue^ qui diC 
que quiud l'i' demande à un 
Poë*-c des nouvelles de quel- 
que Pièce de laTaç n ; li elle 
a rculTi, il dit eu un Itul mot, 
fai van^ci;^ ]ui plu: mais (î 
elle çU tombée, d ulc d'un 
long circuit, ^. dit : il e(i ar- 
rivé dei chofti étraugei.'fai 
en du malheur. Au lieu de ce- 
la Tcrence dit: y ai été 
avare. On n eutort decroire 
que ceVroIoguc eU lipporé, 
^'^jCarJéreiice eu avoitfait 
plu (leurs avant VAtuivicnne^ 
qui eU la feule qui nousrelle 
de 



i) Cciltânjcr. 

2) ^adGerundium iiiif de 6rûucÇc( Hiati fcf)r oft nad) 

fccnîn Ccnjunclionibus afluquc, àmcinque, avant- 
que &c. ^a^el; ^u ir.crfcn; »>afi in folc^cii» }^a(l que 
ûllcmiil Don 3 fin ab(jefcî)nittcn wirb^ cb ce fct)Dii 
bci) Denfn ariticrn Conjuuclionibus nict)t qcfd;i-.bf. 
2- è. à fin ùc devenir gavant, uni qde^rt JU iVCrs 
ftcni avantque de vou"; parler du reile, cl;c ICl) «Uii) 



DE TERENCE. 



639 



vu d'autres de -fa façon, Mefîleurs, |e vous prie 
d'examiner celle-ci, 

LE PROLOGUE 

DE LA 
TROISIEME REPRESEiNTATION» 

■\ /îenîeurs, fous cet habit de Prologue '^) je fuis 
i T i un Ambaffadeur qui viens vers vous,^) accor- 
dez-moi, je vous prie, ce que j'ai à vous deman- 
der, & faites qu'h préfent que je fuis vieux, ;e 
puilie avoir le même avantage que j'avois quand 

j' étois 



de toutes celles qui' furent 
jouci:s zvant V H:cyye. Ou fi 
011 luit le fcntiinent de M, 
VoJJins, cette féconde repré- 
feiit-îtion n' ayant été faite 
qu" après que 'îérence eut 
donné les ^delfhes^ les Ro- 
viaiuî avoient vu les cinq 
autres ; car les Adel^hes font 
la dernière de fes Pièces, 

*) .Scr/î cet hiéit de Vrolo- 
gue. C'efè ici le Prologue de 
la troiiièine repre'fentation- 
Cette Pièce ayant été rcjet- 
tée k% deux premières fois, 



Tévence ne fc rebute pas 
pourranr, 4) il la redonne 
une troifièine ; <^r voici de 
quelle manière i'Acieur qui 
fait le Prologue, excute une 
témérité qui pouvoit pafler 
pour impudence. Ce Pro- 
logue e(i très -ingénieux, cS: 
parfaitement bien conduit, 
auHl tit-il tout l'effet que 
Jcrence en pouvoit atten- 
dre : car il difpofa tous les 
{pcéîateurs à l'entendre fa- 
vorablement, & à lui donner 
toute leur attention. 



3) Z^, iuivb burd), vers, iiini^eiieti oUcî) burcè ben Da- 

tivum âu3^fbrûcfci, bci) bcn verbis,fcic eincîôciVc» 
gun^ btb<u(cn , fo faim id; fofen : je viens vers 
vous, flucf) à vxius, 

4) Sa|Tc( fîcf; HiWMn nic^t a6fcDvtcî«tt. 



640 



L' HECYRE 



j'écois jeune; *) car fouvent j'ai fait rejouer avec 
fuccès ') des Pièces qui avoient été rejettées plufieurs 
fois *^ & par cette opiniâtreté ^) je les a» empêchées 
d'être enlévelies dans un éternel oubli ^) avec leur 
Auteur, **j De toutes les Pièces nouvelles que j'ai 
jouée* de CéciliuF, les unes'ont été d'abord mal re- 
çues, (k les autres ont eu bien de la peine à fe fou- 

tenir* 



*) Cela eft fort adroit« 
Pendaritqae j'ai été jeune, je 
vous ai tait entin goûter des 
Pièces que vous aviez rebu- 
tées: pourquoi n'eflayerois- 
je donc pas de faire aujourd'- 
hui la ir è;nf cliofe pour cet- 
te Pièce de Tcrence? Je luis 
vieux prérenteinciit , MeP 
fleurs, in. par conlcqiieiit je 
dois avoir plus d' cxprrien- 
ce, & connoîrre beaucoup 
mieux que je ne fajfuis alors, 
les choies qui peuvent vous 
pl;ure & vous divertir. Si 
cela m'a réuiTi en ce temps- 
là, il ne me rciiffîra pas 
moins en celui- ci i ik vous 
ne (auriez m' acculer d'im- 



pudence & de témérité, puis* 
que je ne fais rien aujourd* 
hui, que je n'aye fait plu- 
fieurs fois avec un grand 
fuccès, 

**) Céciliui n'a voit point 
fait de Pièce qui n'eilt été Ç\£- 
flée d'abord, ou reçue avec 
beaucoup de. peine; cepen- 
dant à force de ïts rejouer, 
elles avoient enfin eu }c bon- 
heur de plaire. Que ne de- 
voit-on pas attendre de 7if- 
rencT;~4iiS\t toutes les Pj ':cg 
avoient toujours réulli, ex- 
cepte 1 ' Hccyre feulement, 
qi;'on ne s'ctoit pas donné 
le loifîr d'entendre? Cela 
elt fort ingénieux. 



5) 2lfl< Porter, md^-f?* ini 2afnnifrf)cn nuf (^us au#« 
(^ehcn, iM \^vçac(ïu% fucceffws &c. ircrfcn bic l($t< 
iûtfinifd)c (Solbc tivi]. wwb fcÇcn auf ^ne' c bcn (") 
gravem, unî) ntd)f Dcn (') acutum, n)le cinige 
tbun- 

f>) Unb ^urd) ^tUn Çii«enfinn. 

7) 3n ctnr crotae 33crgcjTen{)çU m[^mti JU TOcrtXlt/ 
(ju 0(i:atl;enO 



DE TEREXCE* 



641 



tenir, 'j Mais comme je fa vois que !e Théâtre eft 
une mer qui a Tes calmes & i'es tempères, ^) 6i 
qu'une choie qui n'y réulTic pas aujourd'hui peut 
y réullir demain, je pris une peine lu e & certaine 
fur des efpérances fort iiKertaines & fort ciouceu- 
fes. *) Je rejouai ces mêmes Pièces, & je les re- 
jouai avec toute l'appiscatiun & tout l'art '°j dont 
je fuis capibie, pour en avoir d'autres <le fa fsçon, 
& pour ne pas ie dégoûte^- de iun travail. ")^*; Je 

parvins 



*) L'Afleur qui failoit le 
Proloi^ue, étoit lans doute le 
ChefdelaTr«.upe. Voiià un 
fentiment bien noble. Il fe. 
roit à fouhaiter que nos Co- 
médiens aujourd' huf vou* 
luffent en profiter, & faire 
tout ce qui dépend il' eux 
pour encourai;er les l^oëtes. 

*'^) Il y a ici une bicnié- 
ancedont je Iqis charmée. 12) 
Cet Adeur dit qu'enfiri il vint 
à bout par Ton addreffc de t?.i- 
re que l'on tût la patience de 



voir ces Pièces qui Evoicnt 
été {)(J]C->:s d^hon], \- de les 
vi.'ir d'un bouta l'autre Mais 
afin qu'on ne cr/yepss qu'il 
attribue ce fuccè? plus heu- 
reux à Ion liuhi cté, 1!.: joute, 
qu-:nd 1 ri les eut vue', elles 
plurent; & parla li fait hon- 
neur au mérite des Pièces. 
Nous avons vn ici desavan- 
turest'iutes pareilles à celles 
dont cet Acteur parle, nous 
avonç vn des PieVes de nos 
meilleurs Poètes trés-màl- 



henreu- 

8) Unb bicanKrnftnt) mit genaucr 9?ot^ nod) fol^in» 

geviancîfn. 

9) 2)ûé Thcatrum ^lU fejnc êtille unb fcin Unge|îiîm 

TOie baê 5}iecr. 

10) ^it (ifler •}ld)tr.jmfcit m^ ^unfï. 

11) Unb um feincn (iâd jui 2lr6«ic bit) i{)m ju îxmi 
cfcn. 

12) ^tcrunfcr fitdtit mi 20of;lanf?ânbjgf<jf/ bw raid} 
cnfiûcft. 



642 L'HECYRE 

parvins euRn à les faire voir d'un bout à l'autre, & 
quand on hs eut vues, eiles eurent le bonheur de 
plaire, Ainfi, Meflieurs, ceft moi proprement qui, 
vous redonnai un Poëce que la malice de Tes enne- 
mis avoit presque déjà rebuté. '') Car fi j'eufle 
voulu méprifer alors Tes Pièces, & l'empccher d'en 
faire de nouvelles, cela dcpcndoit de moi; '"*; *) il 
jn'auroit été très- facile de le porter '') à quitter la 
peine & le travail peur vivre en repos & fans affai- 
res. Préfentement donc, Meilleurs, pour l'amour 
de moi, & pour reconnoîcre ce fervice, écoutez je 
vous prie, avec un efprit desinteieffé '^) ce que {'ai 
?. vous demander. Je vous redonne encore au- 
jourd'hui l'Hécyre, que je n'ai jamais pu repréfen- 
ter en repos, tant le malheur lui en a voulu. '^) 
Votre prudence fera cefler ce malheur, fi elle veut 
féconder notre addreflè* '^) La première fois, com- 
me je commençois à la jouer, on vit arriver de fiers 

athle- 

heureufès dans leurs prcrnfc- porter le peuple à avoir de 

res reprckntations, c\ avoir li recoiinoiffincc pour Ceci- 

enfiiite de grands fucccs /'?«, & à favorifer en même 

quand elles curent étc mieux temps ceux qui comme 7e- 

connues. rence, travailluient à lui pro- 

*) Cela eft fort adroit pour curer de nouveaux plaifirs. 

15) (^inm ^î)ocfctî, bcn Me Soé6cjf feincr geinlte fafl 
fd)pn t»er^rict]licl) Qma<i)t, (abgcfcl;r{c!t0 

14) Cicfco (îunD be\) mir» 

16) '>ffiit emeni unpart§ci)ird)fn (Bmûtï)(. 

17) 60 f«l>r bat il)r ^a{J Unalucf ùOel flcivollf. 

iS) â^cro iT{ug{)e(t tvirb biefctn Unglûcî fîcurcit, wanu 

mi 



DE TERENCÈ. 6^j 

àîKieteSi & des danfeurs de corde. '^) La foule, 
le bruit, le eus des femmes ^"j m'obligèrent à for- 
tir, avanrque ma Pièce pût être finie. Dans cette 
nouvelle occafion j'eus recours h mon ancienne cou- 
tume, ^') je voulus elfnyer encore, fi elle pourroit 
avoir votre approbation; *) je vous la rapportai 
donc une féconde fois. Le premier A<rte avoit 
déjà plu, lursquM fe répandit un bruit ^~) qu'on al- 
loit donner des gladiateurs. Tout d'un coup on 
voit entrer une foule horrible j ^^) on fait un des- 
ordre furieux, on crie, chacun fe bat pour avoir 
ou pour conlèrver fa place» ""*) & moi dors cette 
confuiion je fus obligé de céder la mienne* **) Au- 
jourd'hui, Meilleurs, il n'y a aucun embarras ; on 
n'eft détourné, par aucun autre fpedacle ; on 
fait filence, il les Ediles ~^) ont bien voulu m'ac- 

S s 2 • corder 

v) C'eft la feconclc rcprc- y)^) Aujourd'hui, c'eft à di- 

fentatioi) pour laquelle fut re ù cette tioifiême repréfcn- 

hit Je Prologue qui clt avant tation^ 
celui-ci. 

19) .C>crf)mùt!jige g£cf)f<runi) (Sciîf5njcr. 
±0) 53ie ?>)îcncie tcs QSclf^, bec ^ûrti], t»aé ©cfcÇrCj;^ 
berec IBobcr. 

21) 3îai)m id) nieincn nffen Qkbxaud) tvicbCF ^crvor» 

22) 5)0 fid) cin Pn'fdircj) erI)ob. 

23) iliuf cinnwlfîc()ct man cine u<uje^«ure 5)ifïîôc SSoll 
biVi in trctcn. 

24) (i;n<e vct'.Ue.^i ^ûC'cn ober fcine h<!t)i;'àlHWiin- 

25) Les Edîîes, biè S^iumciftcr. NB. ©{«fce ^or!* ifï 
ninienbf^ ;;u qebrandîci!, alô \)yzv\] i)DU bencn 2f\i5a' 
m(rci)?n ^ouOn'ren Lif Siçbî tft^-iivie bcrcùé fdjDrt 
cinmal <rmnl)netj ci!! mî;)Kn fîcî) nlfo bie .Ç)irrett 
£)euifd)i;a iu ÎJtulôîaretï ter Siricfe tHnfd^cnj 
inan fci;lagç nuv leDiéhonnaire i)on Kichèîet ijae^^ 



644 ' L'HECYRE 

corder le temps de jouer encore cette Pièce devant 
vous, *) Souvenez-vous, MeHîeurs, que vous avez 
dans vos mains le moyen de confeiver h ces fêtes 
tous leurs orneniens: ne fouffrez pas qu'il n'y aie 
plus que peu de gens qui ofent travailler pour le 
Théâtre^ **) faites que votre autorité aide & fécon- 
de celle que mon âge me doit donner. Si je n'ai 
jamais confuhé l'avarice ^^) pour établir un prix à 
mon art, & fi j'ai Toujours efîimé que le plus grand 
gain que je f ufle faire, c'étoit l'honneur ^^) de fer- 
vir à vos divertilTemens; permettez que j'obtienne 
qu'on ne faflè aucune injuftice au Poère qui m'a 
choifi pour le défenfeur de fon ouvrage, ^^) & qui 
s'eft mis fous votre protection; & faites que les en- 
nemis n'ayent pas fujet de rire de 'fa disgrâce. ^^) 

A ma 

sf.) Ce n'eit plus l'intérêt mais on ne i'avoit pas bien 

de '/'fVfWce qui le fait parler, cclairci. 

ce n'e(t plus même l'interct -kx-) Il veut dire que puis« 

du peuple: c'eit l'intérêt de qu'à Ibn âge, & avec J'cxpé- 

ces fêtes facrées qu'on va rience qu'il a acquHè, il juj^e 

priver de leurs plus grands cette Pièce diijne d'amu/cr 

orncmeiis, i\ par une trop k<i Rot/uiins , cette autorité 

f;randc fcvér'tc f^n va dccou- feule devroit les porter à la 

r.'ger les Poètes qui fruniil- voir jouer. Mais cependant 

fènt les Picces de Tlicitre ilnelailHjpns de leur deman- 

qu'on joue pendant ces fè- der leurs iiifiVapcs, & le fc- 

tes» Cela clt fort cloquent, cours de leur autorité, 

26) 2Bann iâ) nimaié mit b<m ©dj ju ?îû(^c gc» 
qanacn. 

27) Unb M \â) iiSv^iit ({((^lanUt, ba% mm grogtec 
ÇivMDiiiii in tcr(i-i;rc beftun^e. 

28) 5>cr itiid) juin ^crt^H'ioiôcc fcinci? 5BcrM crtvaf;» 
lit Ut. 

29) Urfad^c \)Qbtn, ùUv fïin Ungdicf ju fpottcn. 



DE TERENCÊ/ 6^^ 

A ma confidération prenez fa défenfe, '*) & nous 
écoutez avec attention, afîiique cela donne envie ^') 
aux autres Poètes de travailler, & que je puifTe dans 
la fuite vous jouer de nouvelles Pièces*) qui auront 
été achetées au prix que je leur aurai taxé, &à 
mes périls & fortunes, ^^) 

L'HECYRE 
DE 

T E R E N C E. 



ACTE PREMIER. 

SCENE /, 

PHILOTIS. SYRA. 

Philotis, 
n vériré, Syra, les femmes de notre métier trou- 



E 



vent aujourd'hui très-peu d'amans fidèles. ') 

Ss 3 Voyez 

» 

*) Le Latin nefignifîepas manifeftemcnt par la fin du 
achetéei de mon argent i car premier Prologue, où il dit 
Jes Comédiens irachctoient que quand cette Pièce ne 
pas les Pièces. Cela paroît rcuiïit pas la première fois, 

Térefi' 

30) ?Oîic ju î\tU jÎÉ^f i^m Ux). 

31) Sluf bûg foIc{)eé cine 23esicrbe (rtvfrfe, 

32) 21uf mcjncn ÎJerlujî unb ©ctDinn. 

1) S)ie OBciber, Die ba^ ^anttrer! frcif>cn, fo ivit 
ùbcn, finbcn ^eutigcé Saaeé fc[)r wcnig gcttcue 



64s L'HEGYRE 

V yez ce Tamphile, quels fermens n'd-t-il point 
faic mille fois à Hacchis, qu'il ne fe marîroit ja- 
mais, cane ") qu'elle vivroit? Qui eft-ce qui n'au- 
roic ajoui-é ïoi a l'es proinefl'es? ^j cependant le 
voila marié. 

Syra, C'efl: pourquoi aufTî je te confeille & je 
t'exhorte tout de bon de ne taire quartier à pas un"*) 
& de n'en laifler pas échapper un icul, de les dé- 
pouiller, manger, ronger, dévoter jusques aux os. 

Phïlotis, Quoi , que je 14'en excepte, que je n'en 
préfère aucun? 

Syva, Aucun- Car mets-tci bien dans i'efprit *) 
que de tous ceux qui vont chez toi , il o'x en a 
pas un qui n'y aille ci.ins la réfolution de te fur- 
prendre par fes douceurs, ôc de t'efcicquer tes bon- 
nes 

TfyePff' ne voulut pas qu'on pe de l'cxmiiner, &'d'en 

]a rccoujinençàc , ik qu'il fane le prix. Si après cela la ■ 

Voulutia garder pcïurla ven- Piéje ne rciin'froit pa*?, cclu^ 

dic d.ins une autre occcfion. qui l'avoit t.-f-xéç, pouvoit 

Si les Conicdiens ravoicnt être contraint d> rcrulrei'ar- 

aclictce, IcFoctc n'en .luroit gcnt aux Kdiles-, & par cette 

plus été Icuiaitrc, dsc il n'^n- raifonles ComcHieusOtoient 

roit pu la vciulreune fecon- oWi^éspar kur propre inte- 

de fois. Mais voici lànsdou- rct, de faire valoir le.> Pièces, 

te ce que c'cH. Quanil les car la perte rcton,boit lue 

Pdiles vouloieiit faire jouer eux, quand elles çtoicnt fif' 

quelque Comédie, ils ohli- flécs, 
Çeoieut le Maître de la Trou- 

2) Tant on fîatf tout le temps. 

f) SBcr fdltc nirf)t fcincm 23crfprcc^cn ©(aulJm U\)%U 
Icflt ()dbcn ? 

4) 5îcincm nicf)té ju fd)cnFv'n. 

|) ^anu bilcç t)jv fc(î cJUt 



DE TERENCE, ^47 

nés gracep. Ed-ce donc, je te prie» que tu ne 
leur tendras pas âos pièces à ton cour?- ^) 

Philot s. Avec touc cela '^) il efl injaile de les trai- 
ter tous égiiiemenc. 

Syya, Quoi donc, il efl injufls de fe venger de 
fes ennemis, & de les faire donner dans \qs mêmes 
panneaux qu'ils nous tendent? ^} *) Ah! malheu- 
reufe que n'ai- je ton âge & ta beauté, ou que n'as- 
tu mes ientimens ? ^) 

ACTE PREMIER. 

SCENE IL 

PARMENON. PHILOTIS. 

**) Ci notre bon homme me demande, dis-lui que /e 

VJ ne fais que d'aller au porc *) pour m'infor- 

Ss 4 mer 

*) Ces deux vers me pa- Horace a bien fu en proHtcc 
roifîent fort beaux, & inar- dans l'Ode X. du Livre IV. 
quent parf.iteuient bien le **) Ce bon homme c'eft 
caractère de cette vieille, Lachh mari de Si^rata & 

perc 

6) ©oOfclî bu cftran i&ncn nicfie, bû tic Sfvcy^c ^n bit 

ifî/ micbec gall{îric!c Icgen? 

7) 53cp qQc bem. Avec gicbt man btirc^^ Ux), m efC" " 

kn Çâilen/ bte eine 53erfnarfur,g anjeiqen. 
s; Unb fie in cbcn bic galle, \>\z fie URé^IegeUy ju 

bringcti. 
9) îd^avum bin icf) nicî}t cben fo jimo unb fd)én aie bu, 

Dber n)an:m biil bu nidjt glcidjcéSinncé mit mit? 
i) 5^a^ ici) nue «rfî nod) bem .Ç)ûfen ge^onc^cn bin. 

Venir de, uiîb ne taire que de, jjiiî) gUic^ 

bcbfu* 



^48 L'HECYRE 

mer du retour de Pamphile. Entends-tu, Scir- 
tus? i 'ed:, s'il me demande, au moins, ") car s'il 
ne me liemjnde pas. ne lui dis rien, afinque je puifTs 
une autre fois me^fervir de cette excufe. Mais 
eft-ce Philotis que je vois? d'oii arrive-t-el!e ? Phi- 
lotis, je ce donne ie bon jour» 

Philotis, Ha. bon jour, Parménon, ,| 

Syra, *j Parménon, ma foi j'ai bien de la joye de ' 
te voir. 

Parménon Parbleu je fuis aufll ravi de te revoir 
Syra. Mais dis-moi, je te prie, Philotis **) où t'es- 
tu divertie fi longtemps? 

Philotis. En vérité je ne me fuis divertie en au- 
cune manière; je m'en allai d'ici à Corinthe avec 
un Cîr)itaine ie plus brutal qui fut jamafS; ') j'ai 
pnfré la deux ans entiers à fouffrir tous fes caprices. 

pereâe Pûffiph//e. CtPnm- pnc;noient leur falut d'un 

fhile étnfr allé à Imbre pour lerment Etîn de rendre plus 

recueillir une fucceiïion 4) & croyable ç; le fouhait qu'ils 

on Jrtc-ndoit à tout moment faifi>icnt en fahiant 

fon retour, " **) Voilà un plsifantcom- 

*) Do'iaf remarque fort pliinent & Hicn convenable 

bien que hs Anciens ^ccom- à celle à qui on le fait. 

6fî)«ufcnbc Gallicifmi, èod) mit bif fcm nicrf lid)cn Un» 
tcrfd)e!b, ^.l6 ^«r U^UX^, Wit aud), ne venir que de, 1 
nod) (\\\{ fiVjiTC 3nt un^fd)^ca^rc aaionûn|«i8«t- 
2) ^t' WrfTtba fîd>, roann er nad> mir fyi\([zU 
5) t)^r aO rarolMle îfiîcnfd), fo jcmalf^ gcwcfcn i(l. 

4) (£-mc (S; bfd)iif(, ein^u(rc!(>cn, [\\\ bebcn). 

5) '}\\\ j^ltf yfitiqu'iK reud'lTciit, Il'perfona pLImpcrfeé). 

I. CniijunoHvi, iNc Geriindia XùfX^tn \m %\.\m\6^M 
fd)cn fcbr of( nad) ç^iW\%n Pra-prfitinn; n^^ Con- 
juniliomb(i% 0'^« t»;<? Coniunflivi fl<brrtU(tt un^ 

ftnb fold}c conltrutliones aa«/i<it <in« S'Ugan}. 



DE TERENCE» <549 

Parm'emn. *) Je crois, ma pauvre Philot'is, que 
tu avois grande envie de revoir Athènes, & que tu 
t'es bien Ibuvent repentie d'avoir fait cette éaui- 
pée 

Philotis. L'on ne fiiuroit dire l'înîpntience que 
j'avois de revenir ici, & de quitter ce Capitaine; 
je mourois d'envie ^) de vous revoir, & de faire 
encore avec vous les agréables repas que nous fai- 
sons autrefois; ^) car tuut le temps que j'ai été à 
Corinche, il ne rn'a été permis de parier que par 
mefure* ^) il me donnoit ma tablature, '°) & je ne 
pouvois dire que ce qui lui plaifoit. 

Parm'emn, **) Je crois en effet que ce Capitajne 
te tailloit tes dilcour'* bien court, ^'j & que tu n'en 
étois pas trop contente 

Philotis, Mais Parménon , que veut dire ce que 

Bacchis vient de me conter chez elle? Je n'aurois 

Ss 5" jamais 

*) On peut inférer de ces ment deux cara£teres ; celui 

paftni'.es combien le Icjour d'unefemme qui aime ordi- 

d' ■///)?;?« étoit plus agréable nairement àparler; à celui 

que celui de Cortuthe. d'un Cspitaine qui ordinai- 

>■•!(■) Dans ce peu de mots rement n'ai'inc pas trop que 

Tcrence peint admirable- les autres parlent. 

6) Sicfe Oluéfitrofifungen bccçangcn ju Oa6en» 

7) 3ci) butte fût 53«rlan(}cn (i«rb«n \\\mx{. 

8) Unb mie mit eucï?, roie t>orbcm qcfd)cbw, Ofi) Îifc5« 

einen onmuîf^igen 3<'if^«i't'"<i^ J" Dcrfdjûjfcn. 

9) ^<\H id) afie ÇQSorte auf t)ie ®aa9frf)aalc Itgm 

mu {fin. 

10) €r fcbricb mir flflcé Dor. In fenfu metaphor. fecif^t 
hiefiîOicbfnéarr, «inem ticf iu fcbaff^n mod)cn; im 
populariffîi?n Stylo aber: cincn f«niKn lîrnen. 

11) D^icijt t>i«l "ilGcffné raif t>jr ô«macf;t. 



650 L'HECYRÉ 

jamais cru que tant qu'elle vivroit, *") Pampjiile 
eue pu Te lefoudre à fe marier» 

^arm'enon. A le marier? 

Vbihtis, Eh quoi, '') ne l'cft-il donc pas, marié? 

^armèmn. W l'eil, mais je crains bien que ce ma- 
riage. ne dure guère. ''^) 

Pb'dotis. Plût aux Dieux! pourvuque ce foit l'a- 
vautnge de Bacehis. Mais comment puis-je croire 
ce que tu me dis In, Parménon? parle. 

Parwi'iion. Il n'eft pas néceniiire de te le dire; 
ne m''interroge pas davantage. '^) 

Philotis. Tu me parles de cette manière, par-» 
ceque tu ns peur que cela ne foit divulgué, '^) n'eft- 
il pas vrai? Mais en vérité (i je te le demande, ce 
n'eft pas que j'aye deflein '^) de le dire, c'eft feu* 
lement pour avoir le plaifir de le favoir, & de jouir 
toute feule de cette bonne nouvelle, !") 

Parmé'< 

12) ©û(5 fo (ange fîe hhtn trùvfce. 

13) U^^ mi ^c^n fo? 

14) ^ng bi,)> jÇ)ei)ratf) nid)t lange bûurm m6d)tt. 

15) ^rac^c mid) nîd)f nmUv. 

16) ®a^ Mcfei^ auéfommcn m6d)tc. NB. ;D6fc^otî 
(ne) f)i«r iiti)tt, fo offirmirt îé bod), foldxd gc» 
fcfticî>ct Qcmciniijlicl) mit b«r Conjnri(^h que nacf) 
fcetun Vcrbis (lubit.indi, timcndi, u. f. n>. fo ()iobcC 
nH}t ac[)ôret^ aud)tiiv:î}t au0()cfàf)rct ;vcr^f^ fann. 

17) S'5 gefcOic^ct nid)t banim, e{«^ Wûrc id) SBiOnii?. 
j8) Nouvelle uub Gazette tvcr&en ,;n)ar im S)cutfcf;m 

mcift burd) ^«itunqcn gcijeboni bod) i(î bicfer lin» 
terfd)i(b babci) ju mad)en, i>a^ ba^ crfîere 3<''fw"^ 
5cn bebcutct, bie fid) autc 5»e""î'c unicr cinan* 
ter im 5?crtraucii fa.icn unb fc^rcibcn: bicfcô abcc 
tiurt>on3c'tii!i.:',cnbicbcmpublico burd) bm ©rncE 
tcfanut à?mac()t ttjcr^cii/ i\'rj]«u£)cii wirb. 



DE TERENCE, 651 

ParmC'Uoth Tu as beau faire, '^) avec tous tes 
beaux dilc^ours, tu ne me persuaderas jamais de met- 
tre mon dos à ta diicrécion. ~°) 

Phrlotis^ irîa, ne me le dis donc pas; comme fi tu 
lî'iuois pas;['his d'envie de me le dire, que jen'enai 
de le 1^3 voir. 

?ûrmànon. bas. Elle dit vrai, c'eft 1;\ mon grand 
défiiur.- ^'; Si tu me donnes ta parole de n'en pas 
parip«\,:je ce le dirai. , 

Phibtis. Ha, te voilà dans ton naturel. ^^) Je 
te garderai le fccret, parle» 

Parmétîoii, Ecoute donc. 

Vbilotis. Je iuis toute prête. 

Varméswti, Paniphile étoir dans le fort de fa paf- 
fion pour bacchis , ~^) lorsque fon père fe mit à 
le prier de fe marier, & a lui dire ce que tous les 
pères difent en ces fortes d'occafions^ qu'il étoit 
vieux, qu'il n'avoit que lui d'enfant, & qu'il de- 
fîroit de lui voir des héritiers qui t'ullènt le foutien 
de fa vieillefle Pampliile réHlta d'abord, ^^) mais 
fon pete le prefl'mt avec plus d'ardeur, ^^) le rc- 
duifit enfin à ne lavoir h quoi fe rcloudre!^ le res- 
peâ qu'il avoit pour fon père, bahnçoit dans fon 
cœur ^'^j l'amour qu'il avoit pour Bacchis, Enfin 
[, ;j ce bon 

19) ^û i|ï gefeHf, (tu fcmm|I Mitib.) 

S.O) ©ag ici) mx 'Slawi warc iirb uerfratitc^ meinw 

S3ucfcl ^€i^cm Si^iflen (Q^cliebcn) an. 
21) S)ae! x^ mein ^:5r!uptfc^î«r. 
Î22) D^cun \)ùt tic fï>cri^':Uiîn.3 cin Snbc 
35) Pamphihis n?ur miffaî! in ^ic Bacchis t»er(ie(tfv 
24) ÎBibcrfîunb anfmtglid). 
2ç) 5Da fcia 5ï5cîfcc il)ni noc^ ()eftigcv jufcgUi 



652 L'HECYRE 

ce bon homme, à force de lui rompre la tête ^'^) & 
de l'importuner, vint à bout de ce qu'il fouhaitoir» 
11 le fiançi ^^) avec la fille d'un de nos plus proches 
voiftfis ciont voilà la maifon. Cela ne parut pas 
fort rude à Pamphile ^^) jusqu'à ce qu'il fût fur le 
point d'époufer; mais quand il vit qu'on préparoic 
les noces, & qu'il ne pouvoit plus reculer, ^°) 
alors enfin il fopporta cela avec tant de peine, que 
je fuis lûr qu'il auroit fait compaflîon à liicçhis mêr 
me, fi elle l'eût vu en cet état. Toutes les fois qu'il 
pouvoit trouver un moment pour être leul gvec 
moi, je fuis mort, Parménon, me difoit-il, qu'ai- 
je fait? dans quel précipice me fuis- je jette? je ne 
pourrai fupporter cela , mon cher Parménon; mi- 
férable que je fuis, me voila perdu! ^') 

Vb'iht'is. Ah, que les Dieux & lesDéeffes te puif- 
fent confondre, maudit vieillard, avec ton impor- 
tuni'é? 

~ Vormction Pour le faire court; il mené fa fem- 
me chez lui; le premier jour il ne lui die pas un ^^} 

feul 

27) tDa et \{m ben 5îopf Bclli^nbict warm mad)fe. A 
force, AdvL-rb. ïDann a\xi bûlfdbe cinSubltant, folîf 
gct, flcbct Cd im Genitivo Articuli partitivi </f, 

unb tvtum i^ cin verbum ijî; fo i|{ ce aud) b(ié 

Gcrun.l, îll </^. 
58) Gc bcrloî^fc (ocrfprûd)) if)ti. 

29) Sicfcôfatn tfnPamphilLimnid^tfonbcrlic^ faner un. 

30) Unb bafi ?r \\\<^i mc()V ûuf bie .Ç>int«tbcinc (rctm 

fonnfc. 

51) D ici; SIcnbcr, ii i|] (Uiê mit rair. 

32) Pas-un, paS'unc, pronomina impropria, bic df(cré 
Ibtt aucun unb aucune (jcbiûud)t werbcn^ nûd;bcin 
<é i«r 5ÏSc(;lflan9 UtOct unb cVfurbert. 



DE TERENCE. 653 

Ifeulmot, le fécond encore moins, & toujours de 

A - 33\ 

même. ' ) 

Vhilvtis. Que me dis-tu là? Seroit-i! pofilhle 
qu'un jeune homme eût traité ainfi une jeune per- 
fonne, & qu'il eût été fi indiffèrent, iarrout un jour 
comme celui-là? cela ne me paroîc pas vraifcm- 
blabie, je ne faurois le croire. 

?ar7nèmn. je n*? doute pas que tu ne le trouves 
impodible , car peri'onne ne va chez toi qui i/ait 
envie de te voir; mais lui, il Tavoit époufée par 
force. '^) 

Phi/otis, Hé bien, qu'arriva-t-il enfuite? ^^ 

Varmémn, Peu de jours après ^^) Pamphile me 
mené dehors tout feul, ^"^j il me conte de quelle ma- 
nière il avoit traité cette fille, ■'^j vk me dit qu'avant 
que de l'avoir époufée, il croyoit pouvoir s'accoutu- 
mer à ce mariage; mais, Parménon, ajouta- t-il, 
puisque j'ai réfolu de ne la pas garder p!us long- 
temps, il ne feroir ni honnête pour moi, ni avan- 
tageux pour elle que je ne la rendJlfe pas à fon père 
dans l'état qu'il me l'a donnée. ^) 

Philot'îs. 

33) S«n erfîcn Zn fprad) ix fcin 5Borr mit ibr, fcen 

folgenb^n nod) wcnigcr, iinîj fo gieng <é bcjîdii» 
big fort. 

34) €r »tjQr ge.^iininijen njortm fie ju (ict;ra{f)<n» 

35) aBieijùnfl ce wcitcr? 

36) ^iurj &arnnf. 

37) Sûbret mic^ ^er Pamphiius nuff«rf)a(6 (janjotïeine* 

38) ^ï biefem -a)îûi?gen begeçtuit. 

39) e^ tvnirbe t)on mir md)t e^rlirf) (\cl)cjnbtïf , auc^ 

fiu-ftcfclnaScrif)ciIf(îyn, tt)a«n id) fte i^rcm ?SotÉC 
nid)t cbcn m i*>em Sufîanrç; oliJ ce fù mir segc» 
b«n/Wicb<r jufiflKte* 



6f4 L'HECYRE 

Ph'ilotis, CVd là une grande marque de la Ç^q,c(^t 
de Pamphiic 6c de Ton bon naturel, 

VarinéiiMi Cependant, continuoic-îl , js trouva 
qu'il cd tïic lieux pour moi de faire cet éclar. '"''j Ec 
d'ailleurs, c<jniment la rendre à fon père "*') l'ios 
lui dire pouiquoi, sk fins avoir aucun prétexte? 
c'efl traiter K s gens avec trop de hjuteur. '*^) Mais 
j'elpere que ioisqu'elle aura connu qu'il eft im{>ofA 
fible qu'elle vive avec moi, elle s'en ira enfin U\lle« 
mêm-'. ^0 

?hilotis. Que faifoit-il cependant? alloit-il chez 
Bacchis? 

^armcnon. Tous les jours. , Mais, comme cela 
arrive d'ordinaire, quand iiKchis vit qu'il avoit pris 
un parti qui Téloignoit d'elle, elle devint beaucoup 
plus diflicile (Se plus intereUce. '*'*) 

Vb'ilot'îs, *j Cela n'eft pas étonnant en-vérité. 

Parme- 

%) En çffet Ph//oris, qui fces pour les hommes mariés 

étoitdu métier 4^) iavoitt-ort que pour les aiitVcs, & il n'ell 

bienqueles touitilancs (ont pas difficile d'en trouver la 

plus difficiles t\ plus iiitt-rcl- r.iilun. 

40) (i;i5 fpinrat mid) tcd) fauci art/ âuf folcïjc 5îrt jiî 
brcd)cn. 

41) Coiimicnt la (fcilic: dois-je) rendre «Se. iriC fcK 
id) (ù iinoin 5Vv,ncr riMCPtr jutîillcn. 

42) 5^a£« l>ciw^tmit ^«utcn auf cmcgar ju bod)mût{)i9« v(rt 
t>ccM()rcn. 'ili^a^!I i ad) ban v erbo iinpcrionjli 
cVlt, l'tn bloficr Inlinitiv. fi>((]ct; fo mulJ c"clè nit 
5)cuird)eM alUmal ^uK^, ^a^J l;ci6t, un& racI)É 
îîurd), i>vii^ ijî oe^et•c^ n)cii?cn. 

45) <S(C 'oon fclbRcn fcrtacbcn triib. 

44) SoCcr jiieta>ai3i3Crtri|fcn, foibnoom i6r ctiffcrncff, 
module fie ibm all<^ fd;tv«r<i: mti mixbt Qcuijjcr. 

45) ^\i liiit macOtc, 



DE TERENCE. 



^5S 



Parmènon. Et c'eft ce qui a le plus contribué à 
le déiàcher, "^^j *) car lorsqu'il fut un peu revenu 
à lui, & qu'il eut connu Bacchis & la femme qu'il 
avoic cpoufée, *'") en comparant les mœurs de l'une 
&* de r.-îucre, "*") voyant que fa femme étoit fage & 
modelîe, comme doit être uns perfonne bien née, 
qu'elle fupportoic tous les mauvais traitemens , & 
toutes les injuftices de fon mari, & qu'elle cachoic 
{qs mépris* alors, vaincu en partie par la compaf- 
fion qu'il eut de la femme, en partie rebuté par la 
mauvaife humeur de Bacchis, peu n peu il retira 

fon 



*) Je fîils toujours char- 
més de cet endroit, il y a une 
fàgeOe & une vcrirc qui fe 
font {:ntir. Et je; luis per- 
fuadce que tous lesniarisqui 
ayant des femmes vertueu- 
{es ne lailTent pas d'avoir 
quelque engagement, re- 
viendroient à ceux comme 
Paviphik^ s'ils fc dnuncjent 
le temps de conm itre leur 
inaîtrcîlè ik leur fcminc, & 
d'en fjjre comme luib com- 
paraifon. Tout cet endroit 
elt écrit avec une grâce & 



une élégance dont rien n"'ap- 
prothc.48) Je me trouve bien 
hardied'oièr mettre mcspa- 
roles à câ:c de celles-là. 

*^) Cet endroit me paroît 
fort beau & fort judicieuï, 
Tcrence, après avoir fait le 
portrait de Phi/iimcue, s'eft 
bien gardé de faire celui de 
Bacchi ., cela :iur;)it e'té en- 
nuyeux ; car on n'a qu'à 
prendre le contraire 41;) de 
ce qu'il a dit de Philiimaie^ &. 
voilà le portrait de Bacchis. 



46) Unb \ia<i \)at om meifîcn ju felnec 2egniûcî;un3 

47) 2)û cr teybcc 6iacn (5îu{fù^rung) mi einan6«C 
t?cr9lic^- 

48) ©cm nicf)fô £'ci)!ommf. 

49) ^enn nian barf nur Hi ©fgcnt^ejl m^mn (6c» 

jracounj. 



6^6 L'HECYRE 

fon cœur, "') & le donna tout entier à fa femme, 
en qui il crouvoic un e. prit qui convenoit touc-à- 
faic au (len. Sur ces entrefaites '') un parent de 
notre bon homme meurt dans Vile d'Imbros, 6i 
comme tout Ion bien devoit légîtimemenc leur re- 
venir , il obligea fon fils d'aller malgré-loi recueil- 
lir cette fuccenion, '^) & de quitter fa femme dont 
il étoit fort amoureux; il l.> lailVa donc avec f' mère, 
car notre bon homme s'eft retiré aux champs, ") 
& vient très rarement à la ville? ■'^) 

Ph'ilutis. Qu'y a-t-il jusqu'ici qui te fafle croire 
que ce mariage ne fera pas llable? ") 

Varmcnon. Je vais te le dire. ,Au commence- 
ment, pendant quelques jours Softrata & fi belle- 
fille s'accordoient allez bien, ^^) mais '^) tout d'un 

coup 

*) Parme ncn ne à'\t cela «f» à ncpasTeiâifTèrvoir; 8c 

que pprconjecluFC, qu'il tire c'efl une particularité qu'il 

de ce que la bclie-hlle fuyoit falloit garder pour la luite, 

la belle -incre; il ic fivoit afinque le fpeélateurfùt tuu- 

pas eequiobligcoitP/'//KWf- jours en fufpens. 

50) 3um Sbnl burc^ ^aé ^Sîiflciben, fo er (loç^cn 1*ei^ 

ne ^rau batic, li^?rnn^n^o^ ; juni îbci! burt^ 
baé bdfcScmiitbc ^er Raalus m-rbrufiliclt) yeraacïjt 
n?orbcit/ joc^ er ^im -pcrj nUjnai)ll0 ub. 

51) 3>a Mcfk'Él t>orgieMC?. 

52) ^iffc (frbrd)art jcbct^nt. 

Ç3) Jpat (tc() (^wfbaé îan\i I>cac6cn. 

J4) Ohlerva ctre en ville {icbfUtct, ba|? «Itlfr, bfV in fcec 

(gfaM n)of)tt?t, wcgc» feiiior ^ScrndMunîJïcn m bec 
(Stabt berum i]cher. 5lbcr être à h v,lle bet-utet, 
ba§ cincr, bcr nuf bcm l^anbc ju wcbncn pPfâ«t, 
in Die &a\>t «cganont i(!, 

^>) s^afî tijcfe JpJpnrotb ntd)t lanqe tfluren tvii^. 

56) 93ertrU3«n jîd) jiemlic^ wol;U 



DE TERENCE. 6$^ 

coup la jeune'femme commença à haïr furieufe- 
meiic fa 'Lel'e-mere, il n'y a pourtant jamais eu 
aucun démêlé, ni aucune plainte de parc ni d'au- 
tre. '") 

Pbiloth. Qu''y avoit-ll donc? 

Fannenon, î)i la belie-mere aUoit quelquefois 
dans la chambre pour caufer avec elle, ^^} tout auf- 
fitoc elle dirparoiiïbit, & ne vouloit pas la voir. "} 
Enfin lorsqu'elle ne put plus la fouffrir, elle fei- 
gnit que ia mère la demandoit ^° ) pour un facri»: 
fice qu'elle vouloit faire* En eflèt elle s'y en alla, 
Quand elle y eut éié plufieurs jours, notre bonne 
femme l'envoya chercher; ^'') ils trouvèrent je ne 
fais quelle excufe pour la retenir: Elle y renvoyé 
une féconde fois, en ne voulut pas la rendre. Enfin 
après qu'on y eut renvoyé très fouvent, ils feigni- 
rent qu'elle étoit malade. ^^) Ma maîtrefle parc 

eu 

57) ^>«r f«'n S^r^'^ "od) .^(ûgc, njî&cr auf ti^fec Hoc^ 
jcncr 6cite gen?e|cn. 

58) ?Kit i^r îu fcf)>ragfn. 

59) 6ic fcterfcf;njûnb unb fôofîtc fîc nic^l «jor îluûcil 
fe^cn. 

60) eo ftcOfe fî« f4/ ûlé forberfc fîe i^rc ^Oîuftfr o5. 

61) Chercher, voir, tfouv•c^,un^olIqfltqlicrir,ttd)enfe^^: 
oft nod) C^en verbis aller, v enir,cnioyer,uui fut» aie* 
bannfottieleldictii'ininls^ :;:McrrhcrcIierqi!elqi:'un» 

«inenrtufuid)en; — voirquelqu'un, emcn bcfi!îi>fn; 
_ trouver — , \\\ finemgchcrr, !^n niit'ï'3iUtfncufru^ 
d)cn; — quérir — ,cincn a()boIcn,2C« venir chercher 
quelqu'un, fcmmen unb eincn ouffuitieui envo- 
yer cinm juffiTrfun loffïn. 

62) éabfn 0ç crî)lcl;t«ter 5Ecifc ter, fj« tvarc franf. 



658 L'HECYRE 

en même temps pour l'aller voir. ®^) On ne la fait 
point entrer. Notre bon homme ayant appris ce 
qui fe pafToit ^^) revint hier de fa maifon de cam- 
pagne> & désqu'il fut arrivé, il alla trouver le père 
de Philumene. Je ne fais pas encore ce qu'ils ont 
arrêté entre eux; "^') mais je fuis fort en peine de ce 
qui arrivera de tout ceci. Voila toute l'hifloire, je 
vais continuer mon chemin. 

Pbtlotis. Et moi aufîi, car j'ai un rendez-vous 
avec un certain étranger ^^) que je dois aller trouver. 

Panm'twn, Que les Dieux faflent rculTir tous te» 
defleins ! 

Ph'tlotii. Dieu te conduife, Parménon. 

Parménon^ Et toi auifi, ma chère petite Philotis.. 

ACTE SECOND, 
SCENE I. 

LACHES. SOSTRATA. 

Lâches. 

Grands Dieux ! quelle engeance eft^ce là? ') 
quelle confpiration? Que les femmes foiene 
toutes bnties les unes comme les autres, ^} qu'elles 
ayent toutes les mêmes humeurs «5c les mêmes in- 
dinations , & qu'on n'en trouve pas une feule qui 

s'éloi- 

63) Çiieng âu^cnMidé fïe ju 6«fuc^çn. 

64) ÎCd^ Dor()un(]. 

65) QBae fie mit clnanbcc ûOgcrf&ct f^aUn, 

66 j>enn te bat micf) cin cjcnjiflfcrgrcmfccc be^iUt 
1) 3br &6tur\ vt>aé \\i Daé fur cinc ^rut? 



DE TERENCE. ^59 

s'éloigne tant foit peu des maximes générales? ^) *) 
Car autant qu'il y en a, "*) elles hailfent leurs bel- 
les-filles, elles ont toutes la même application à 
s'oppoi'er à ce que veulent leurs maris, ') elles font 
toutes également opiniâtres-. Je crois pour moi 
qu'elles ont coures éîé à même école. '^} Et s'il y 
en a une où Ton aprenne à mal faire, je fuis bien 
aflûré que c'eft ma femme qui en ell la maîcrene. ^) 

Sojîratn. Que je fuis nriliieureufe! l'on m'accufe 
fansque je (acite pour (juei fujer. ^) 

Lâchés. Sansquc vous fâchiez pour quel fujet? 

Sojhata, Oui aflurémenc, mon mari, & veuille 
Tt 2 le Ciel 

¥) Voilà fur quoi font Ton- encore, mais Tcver.cê veut 

dées les grandes exclama- détruire ce faux préjugé en 

tiens que fait Lâches en pa- failant voir une belle-mere 

roiffant furie théâtre, c'eit qui ne hait nulifuw nt fa bel- 

fur la maxime que toutes les le-iii'e, &. qui au contraire 

belle -ineres haitrent leurs Paiine fort tendrement. L'er- 

bellcs- filles. Ce (cntiment reur du vieillard donne lieu 

ell fort ancien, & ilapnsde à un jeu de théâtre très di- 

iî fortes racines qu'il dure vertiflant, 

3) £)ie tiur in ftroaé i)cn btii ûnô<meittçn ©ruBbfâ* 

4) ©aun fo M'xû i^rcr finb. 

5) (Sic Icc^cn fid) «lie Hxawf, wie fie ftc^ bcm SSineti 

i()rer 5}iânncï n)lbcrfc(A<n mdflcn. 

6) 3ii mit êd)u(c. Môme jtij.rb W.t mit bem Arti- 

culo définit©, balb mit l)cm indefinito flectiref» 

7) î>a(1 metnc ^rau bo6ct) ctnc M)vm?it1«tinn û6vvc6f. 

Ma]tre(Te()e!jJe4 proprie cine f)'rnu, Cinc©<tM€tfrinn ; 
infenf metaph. t>ic gicbfre it. bie jjcrrfd)oft. Une 
maîtreffe femme, cine ()cfii)icrtc, flugC/ 5[Biitl)inn. 

8) 3cî; tt?crbc £>efcl)ulbjiî«r/ unt Wïif? nid)t anirum. 



660 L'HECYRr 

le Ciel qne nous pafîïons nos jours enfemble com- 
me je rignore. 

hachés. Dieu me garde ^) de les finir avec vous. 

Sofîrata, Vous contioicrez avec le temps que c'efl: 
înjudement que vous m'accufez. 

Lâches^ J'entends; je vous accufe injuflement? 
y a t-il des termes afTez forts pour vous traiter, 
comme vous le méritez, ") vous qui non contente 
de vous deshonorer, deshonorez encore votre 
mari ^ toute votre famille, & qui préparez h votre 
fils le plus fenfible dcplaifir qu'il puifle recevoir?") 
Vous encore qui nous faites des ennemis de nos 
amis & de nos alliés, qui ont fait l'honneur :i 
Pamphile de le juger digne '^) d'époufer leur fille. 
C'eft vous feule '^) qui venez tout d'un coup trou- 
bler notre repos par votre méchanceté. '"*) 

Sojîrata^ Moi, mon mari? 

hachés^ Oui, ma femme, vous-même? vous 
qui me prenez pour une pierre, & non pa.ir pour 
un homme. Quoi, parcequc je fuis fouvent à la 
campagne, croyez- vous que je ne fâche pas com- 
ment 

10) 5î'inn ici) fôo{;l ®or(c ert'jnfcn/ bie nad?bri5cf(icf) 
gcnui fci)n moflcn, eud} fo, ivie il;r cô i^crMcnct, 
ju b^geiincii. 

11) 5:)cn cllcrcmpfinblic^fïen 6cl}ni<ri, fo i^ jcmoW 
bc^^cgnin fami. 

1.2) ^f)n tt^ûrMg jund)f<n. 

13) Seul unbiiKfne nci)incn ûtl?i;ci( ciit pronomen ab- 
foliituiii jufjci), K)iinn fie flléprononiiiia impropria 
geln-audji wcrDcn, ni^t abct AJverbialiter. 

14) d:iî;î ciu-cc 5:?cdî)cjr, 



DE TERENCE. Ç6i 

ment vous vous £tou verriez? '') Je fais beaucoup 
mieux ce qui fe fût id, '^) que je ne (liis ce qui ie 
paffe où je fuis d'ordinaire, *) & cela parceque ma 
réputation Jcpend de la manière donc vous vivrez 
ici. Il y a long-remps vraiment que je fais que 
Philumene vous n prile en haine > '") & cela n'eH 
pas étonnant; '^) ce feroit une chofe bien plus 
étonnmte, fi elle ne vous hnïlToit pas. Mais 
enfin je ne croyois pas qu'elle haïroit aufli toute la 
mailbn? ^ fi je Tavois fu, elle feroit demeurée 
ici, & vous auriez plié bagage, '^) Enfin, Softrata, 
voyez, je vous prie, le tort que vous avez de 
me caufer ce chagrin* j'ai eu la complaifance pouc 
Tt 3 vous 

*) II me fèmble qu'on a veut dire, à mon avi's, que 

mal expliqué ce pa(r;.gc, car félon qu'elles fe ejouvernc" 

Lâches ne veut pas dire qu'il ront, il fera ou méprifé, ou 

fera bien ou mal à la campa- ellimé dans le monde. Ce 

gne, félon que fa femme & fcns-là efè très bien fondé, 

h belle -fille fc gouverne- car il ell certain que la bon- 

rontàla ville. ïl ne veut pas ne ou la mauvaife conduite 

dire non plus, quequandel d'une feinme efl ordinaire- 

les vivront bien, il aura de ment imputée au mari com- 

bonnes nouvelles, & que me au chef, qui doit régler la 

quand elles vivront mal, il inaifon , & empêcher qu'il 

en aura defàchcufes. Mais il n'y arrive du defordre. 

15) 2Bic if)r curf) an^ùî)tiU 

36) SCeit b(ûit, roaé bi«r eor^c^cf. S)cr Compara- 
tivus AJvcrbiorum tVirD/ tDtCbcr Comparativus Ad- 

jeaivorum, Dcrgrdff^rt , i>ux(l) tlc 2[BdrUr, bien, 
beaucoup, infinîmcnt etc. 

17) î)aîi bie Philumena «ud) nic^t Icibcit fatttt. 

18) ©avû&er barf mon fid) n\d)t truntcrn. 

19} Unt> i{)x \)àm mm mWi^ n«Nm Umm* 



66a L'BECYRE 

vous (le vous ccder la place , ^°) & de me retirer 
aux champs pour épargner, afînque vous ayez ici plus 
largement tour ce qui vous efl nécefniife, & que no- 
ire bien puifle luffire à vos dépenfes & à votre oiii» 
veté. Je ne me donne a;.icun relâche, ^') & je tra- 
vaille beaucoup piij> que je ne devrois, & que mon 
âge iie le peur permetue. Ne deviez-vous pas en 
revanche :jrend!;e garde qu'il n'arrivât rien ici qui 
pu'' rc\- fâcher? ^^) 

S(>(hata. *) En vérité ce n'eft ni par mon moyen, 
ni par m.i fiute que tout cela efl: arrivé. ^^) 

Lâchés. Et moi je vous dis que vous avez abfo- 
lumenc le tort; ^*) il n' avoit ici que vous , c'efl: 
vous leule qui êtes coupable; vous deviez avoir ici 
Toeil h toutes chofes ^') pour les bien régler, puis- 
que je vous ai foula^ée de coût le refte. N\ivez- 
vous Doinr de honte? une femme de votre ;\ge s'erre 
brouillée :3vec une enfant? ^^) Vous m'allcz dire que 
c'efl par j'i Lute. ^'^) Sojirata, 

*) Elle n'dcciiri.-pcrfonne, elle confirmerait le foup« 
elle fe contente du fcj'illirier, çon i^^ Lâches. 
fi elle accufoit fa bene-HlIe, 

20) Surf) bie ^uU iu raumen. 
21 ) 3d) ru()< Wf&fv XiiQ nod) 3îacf)f. 

22) 3»" ©lûicnffeeil rucf) PLn'f^f)cn/ bû0 ^itr ni($(iJ t)cr* 
c.'.nqc, fû tnid) (irgern fdnnte. 

23) StS ni fùrtt>(i()r Mcfcd nllcé rocbcr burd) mcincn 
3Si5rfd)ub, ncd) burd) mm 2Serf«()cn offd)e^«n, 

24) 5^afi tb- burd)aiié Unvcd)t {)<xbt» 

2O 3()r lulfta (jtcr nuf alkel cin macTjfûraciJ Sluge f;<ï* 

ben foûon, 
26) 53îit l'incm .^inbc ju <anF:n anfangcn. 
27,' Idi(jti^:niis bcr m; 'Dcutfiiîca mit bfin F'uturo aué/ 

flcbrùtf^t a^rb. ^hr ro^-rbct cinnjcut>cn/ cîJ fcij 

turd) l()V î>«rf<()cu ijcfd}c()cu, 



DE TERENCE, 663 

Sojïrata, Non en vérité, mon mari, je ne vous 
le dirai point. 

Lâches, *) En vérité je m'en réjouis, à caufc de 
mon fils : car pour ce qui eft de vous, *^) je fuis 
perfuadé que déformais vous ne fauriez devenir pire 
que vous êtes, ^^) quelque mal que vous faffiez, 

Sojirata, Mais, mon mari, que favez-vous iî elle 
ne fait point lemblant de me haïr, ^^) pour être 
plus long-temps avec fa mère? 

Lâchés. Que me dites-vous là? n'eft-ce pas une 
preuve aflèz évidente de la haine qu'elle a pour 

Tt 4 vous, 

*) II dit qu'il s'en rejouit tlefon fils, qu'elle ne rejette 

à caufe de fon fils, parceque pas la faute fur (à belle-fille; 

c'eft pour ce fils un très car, ajoute-t-il, je ne làu- 

grand bonheur d'avoir une rois m'en réjouir pour Pa- 

temme que la. belle -mère mourdevous, puisque vous 

même, c'elt à dire, félon le êtes en un tel état, que vous 

préjugé de ce bon homme, ne fàuriez jamais être ni pire 

la plus grande ennemie, n' ni meilleure que vous c.tcSf 

ofc accufer. 30) & quoi que 31) vous faflîez, 

cela eft toujours égal; vous 

**) Lâches dit à fa femme n'avea plus rien à perdre de 

qu'il fe réjouit pour l'amour ce côté là. 

28) Sûfl i^r fijnfriQr)in nic^t argcr werben UmH, aXi 
ibc bcr<itjJ feçb. 

29) 2Bag a'iflfctj^r, (njcr weig) 0^ fie ftcO nicl)t fojïfflt; 
alô ^a^at ftc md). 

30) D^acO b«m verbo ofer folgct ûflcjcit ber tlOpC infi- 
nitivus, obfl(cjcf) im ècntfdjen, ju, bauor ^t^it, 
obec fïc^«n fann, 

31) ^i« ifl quoi que cin Pronom Impr. ^eijTct im 
hî\xi(6)m, TOaécônjoflc, unb ttjirb b(il)tro in jwcij 
?ïBortmi()cfd)nc6en, juniUntcrfci)eib, ijon quoique, 
obfcOoîi/ r<gr«r«n abcr bepbc bm Conjunaivum. 



664. L'HECYRE 

vous, ^^) qu' hier, quand vous allâtes pour la voir, 
(Dn ne voulut pas vous lailTer entrer? 

Sojirata. lis me dirent qu'elle écoit fort foible & 
fore i'idacrue: ^^) c'eft ce qui fit ^"^^ qu'on ne me h 
laifTa pns voir 

L'Ci'ès. Je fuis perfuulé que l.i plus grande ma- 
ladie qii'clle ait, c'eft votre mnaviile humeur: ^j 
cela n'eft yws bien, furprenant; ^'^ cir il n'y a pas 
une (Je vous autres '^) qui ne veuille que Ion fils 
fe marie; lorsqu'on a tnmvé un parti v^ qui vous 
plait, vous le prelTez de le prendre' ") & ils ne fe 
font [)as plutôt m.nié': par vos folHcitations, '^) 
que par vos follicitatioas ils font contraints de chaf-i 
fer leurs femmes. 

ACTE SECOND, 

SCENE IL 

PHIDIPPE, LACHES. SOSTRATA, 

*) TJhilumene, quoique je fâche bien que je pour- 
JT rois ufer de mon autorité pour vous con- 
traindre 

*) Plii^/nrefovtâcCsmzl' maifondcfonmari. Maisvo- 

fôn, Aenlortant il achevé la yant la grande réongnanc* 

conveifàtion qu'il vcnoit d' qu'elle y avoit, & dont il ne 

avoir avec ù HIIc, pour Pcx- favoit pas la caufc, il n'a pas 

hortcr à retourner dans la la force de la contraindre. 

32) 3(1 ^a^ n!d)t fine flarc <î3roK% laf; ftc eue!) hafiVt? 

35) ha^. fit febr frbnvid) unb nicbcrgcfcijlûgen wdrf, 

34) '^a'i roar Me U'-fad)e. 

S>) Unb bûruber b-uf man fîc^ nic^t tvun&criu 

36) 5^cm< l>on cud) allni. 

37) 60 frcii^ct ibr ilm an barju ju grcifcn» 

35) 3luf (utrîlntrîiben. 



DE TERENCE. ' Ç^y 

traindre à m'obéïr: ') néanmoins vaincu par la ten- 
drefTe p?.teriiei!e, je veux bien fiire ce que vous 
voulez, & r.e pas m'oppcfer à vos fantnifies. ^) 

Lâches, Mais voilà Phidippe fort h propos: ^) 
je viis favoir de lui tout prélentemenc ce que c'eft 
que ceci. '^^ j'avoue, Phidippe, que j'ai une fort 
grande complaifance pour ma t'emme Sj pour mes 
cnfans. cette complail^nce ne va pourMnc ^) pas 
aflez loin pour f-ire que je les gâte: ^} ii vous fai- 
fiez la même chofe, nous en ferions mieux, ') & 
vous aufîî. Mais je vois que vous vous laiflèz en- 
tièrement gouverner par votre femme ^) 6î par vo- 
tre fille. 

Phidippeu Voilà-t-il pas? ^) 

Lâchés, J'allai hier vous trouver pour vous par- 
ler de votre fille: vous me renvoyâtes aulli incer- 
tain quej'étois, lorsque j'entrai chez vous. Cela 
n'eft pas bien de céier ainfi le lujet de votre co- 
T c 5" 1ère, 

i) £)o§ \6) lîiid) meincr Oî^tuaU, cuc^ju jwmgcn/icii; 

ju (}cf;crrf)en, bcbicncn fo'nnt?. 
2) llnb mid) curcm (f «gnifînn nidjt îï>ifccif«0«n, 
5) 3(ld ttjann cr o«n»ft'n w>âc<. 

4) 2Saé bùfcé bcbcufff. 

5) <